16 ) Rodney prisonnier ( première partie )

Rodney McKay examinait la pièce où l'avait conduit Mihran. La chambre semblait un peu austère mais elle était tout de même agréable malgré le manque de fenêtre, un grand lit, une table et une chaise ainsi qu'un fauteuil. Un placard occupait un pan de mur. Curieux Rodney l'ouvrit . Il y avait quelques vêtements et il fut surpris de les trouver à peu près à sa taille. Cette découverte le laissa songeur, d'un coté elle le mettait mal à l'aise parce que cela voulait dire que Kolya le connaissait suffisamment pour ne pas douter qu'il se livrerait en échange de ses amis mais d'un autre coté il se sentait rassuré, manifestement il serait traité avec certains égards.

Pour l'instant.

Une petite porte l'intrigua, elle s'ouvrit sur une salle de bain plutôt exiguë mais assez bien équipée. Il aurait pensé les installations souterraines des genii plus rudimentaires. Là aussi il examina l'intérieur du meuble et y trouva tout ce qui lui était nécessaire.

Décidément les genii n'en finissaient pas de l'étonner mais il n'avait aucune intention de séjourner longtemps chez eux même s'ils présentaient un certain sens de l'hospitalité. Il fallait qu'il trouve un moyen de s'évader du bunker, déjà, ensuite il aviserait. Il lui semblait que sortir de ces souterrains serait un premier pas vers la liberté.

Le scientifique retourna à la chambre et commença à fouiller, cherchant un objet qui pourrait éventuellement lui servir d'arme mais à part démonter une étagère, ce qui n'était pas très discret il ne trouva rien. Décidément les genii étaient aussi des gens prudents.

Rodney fronça les sourcils et retourna à la salle de bain. Il ouvrit le meuble et en renversa le contenu dans l'évier sans trouver ce qu'il cherchait. Il ouvrit le tiroir et examina l'intérieur . C'était bien ce qu'il pensait, il n'y avait pas de rasoir. Il fit la grimace, vraiment très prudents les genii.

Il retourna à la chambre et s'assit sur le lit en soupirant, découragé. Il se sentait impuissant. Ses pensées se tournèrent vers John, il espérait qu'il n'entreprendrait pas d'action inconsidérée. Il l'aimait plus que tout et cet amour là l'étonnait encore. Lui, le docteur Rodney McKay, génie reconnu des deux galaxies n'avait jamais accordé une grande place aux sentiments dans sa vie. Son travail l'accaparait, il était primordial pour lui et il n'avait pas de temps pour le reste. Il était sorti avec des femmes et avait eut une lubie pour Samantha Carter mais sans y croire vraiment. C'était plutôt un rôle qu'il jouait et qui le rendait peut être un peu loufoque mais apportait une certaine touche d'humanité à son personnage. Cela rassurait les autres de lui voir des faiblesses.

Et il avait rencontré le major John Sheppard. Il en était tombé fou amoureux dès les premiers jours, s'étonnant de se découvrir de pareils sentiments et encore plus envers un homme. Il avait combattu et rejeté ces émotions, refusant d'assumer. D'ailleurs il n'avait pas de temps à perdre à ces choses là et rien n'indiquait que le major partageait ces sentiments, bien au contraire. Sheppard s'était révélé un véritable coureur de jupons à tel point que Rodney l'avait surnommé capitaine Kirk, du nom du commandant du vaisseau Enterprise dont les aventures l'avaient fait rêver un temps, il y avait maintenant bien longtemps. Et le nom avait resurgit du brouillard de son enfance.

Et un soir, à la fin de cette terrible journée où Abrams et Gall avaient trouvé la mort, le major était venu frapper à sa porte. Rodney voulait rester seul, il avait pleuré longtemps et cela devait se voir. Il se sentait coupable de la mort de Gall , il aurait pu s'il avait montré un peu plus de compassion à son égard éviter que ce dernier ne se suicide. Mais Rodney lui avait collé le .9mm dans la main et avait tenté maladroitement de le rassurer, mal à l'aise. Il n'avait qu'une envie à ce moment là, retrouver le major, l'aider lui et non pas rester avec ce mort-vivant dont la vue seule le rendait malade.

Et quand la détonation avait retenti il en avait presque ressenti une sorte de soulagement.

Et plus tard dans sa chambre sur Atlantis il s'était demandé quel sorte de monstre il était.

Le major avait frappé et Rodney avait déclaré qu'il ne voulait voir personne. Il y avait des sanglots dans sa voix et John était entré. Il était resté quelques secondes silencieux, observant Rodney puis il s'était avancé et sans dire un mot l'avait pris dans ses bras. Rodney s'était alors abandonné et ses pleurs avaient redoublé puis il s'était calmé et là John l'avait embrassé et lui avait avoué son amour. Rodney lui avait répondu. John n'était reparti que le lendemain matin. Il s'était avéré être un amant tendre et doux, patient et amoureux. Contrairement au scientifique ce n' était pas sa première expérience avec un homme et Rodney en avait été rassuré, le major savait ce qu'il faisait.

Et depuis ils étaient ensemble, amoureux. Rien n'était parfait bien sur, John surprotégeait Rodney, parfois à la grande fureur de ce dernier et avait tendance à la jalousie mais le scientifique avait une confiance aveugle en son amant, jusqu'à ces dernières heures. Pourquoi John ne lui avait-il pas parlé du chantage de Kolya ? Pour le protéger bien sur, une fois de plus.

Rodney se prit la tête dans les mains, à quoi cela servait-il de ressasser tout cela ? Il était prisonnier et cela ne ferait guère évoluer la situation de s'appesantir sur le comportement de John à son égard.

La porte s'ouvrit et le scientifique bondit sur ses pieds. Kolya entra suivi de cet homme, Mihran.

-Vous n'avez pas appris à frapper aux portes avant d'entrer ? demanda le scientifique avec humeur. Il s'en voulut aussitôt, il était prisonnier de ces hommes et ce n'était peut-être pas judicieux de les provoquer mais cela avait été plus fort que lui, il ne savait jamais quand il fallait se taire.

Mais Kolya ne sembla pas le prendre mal, il avait toujours ce petit sourire ironique qui ne semblait pas l'avoir quitté depuis le matin.

-Docteur McKay, s'enquit le genii avec courtoisie est-ce que vous disposez de tout ce dont vous avez besoin ? S'il vous manque quoi que ce soit, Mihran se fera un plaisir de s'en occuper. N'est-ce pas Mihran ?

Le jeune homme hocha la tête tout en se mordant la lèvre inférieure.

-Ce que je veux c'est ma liberté Kolya, lâcha le scientifique tout de go.

-Je crains alors de ne pas pouvoir vous satisfaire sur ce point là, docteur, n'y a t-il pas autre chose que vous désirez ?

Rodney hésita, le genii semblait bien disposé, il tenta le coup :

-Euh, j'ai besoin d'un rasoir.

Kolya sourit franchement.

-Vous comprenez j'en suis sûr la raison de cette omission mais Mihran va vous chercher cela tout de suite, n'est-ce pas ?

Les yeux du jeune militaire lancèrent des éclairs mais il s'éclipsa sans un mot.

-Veuillez excuser Mihran, docteur McKay, on dirait qu'il ne vous porte pas dans son cœur.

Rodney scruta Kolya et une étincelle de compréhension jaillit.

-Oh, dit-il d'un ton sarcastique, je vois, ce jeune homme remplace comment s'appelait-il déjà ? Pranos, oui je crois que c'est ça, Pran…

Rodney ne put terminer sa phrase. Il se sentit soulevé et plaqué avec rudesse contre le mur. Son crâne heurta violemment la paroi. Kolya, les yeux brûlants de fureur l'écrasait de son corps.

-Ne prononcez jamais son nom, écuma t-il avec rage, jamais vous m'entendez ?

Le poing fermé du genii sur le col du scientifique se resserra, Rodney, terrifié comprit qu'il était allé trop loin dans la provocation.

-Excusez-moi, murmura t-il doucement, excusez-moi.

Kolya le regarda dans les yeux et pendant quelques secondes Rodney crut qu'il ne l'avait pas entendu puis le genii desserra son étreinte mais ne se déplaça pas. Le scientifique pouvait sentir le corps tendu à l'extrême peser contre lui.

-S'il vous plait, souffla le scientifique.

Les deux hommes s'affrontèrent du regard en silence puis la colère du commandant sembla s'amenuiser. Il finit par relâcher complètement la pression et Rodney se dégagea doucement.

-Je suis désolé, répéta t-il. Il ne savait pas trop bien pourquoi il continuait à s'excuser. Peut-être avait-il un peu honte d'avoir été si gratuitement cruel. Si Kolya avait aimé Pranos il devait énormément souffrir de sa perte. Et Rodney s'il était odieux et égocentrique n'était pas un homme délibérément méchant.

Kolya fit quelques part dans la pièce, Rodney l'observa, indécis.

-Commandant ? Hasarda t-il.

-N'en parlons plus docteur McKay déclara le genii qui avait retrouvé son calme, tenez, voilà Mihran. Il restera avec vous le temps que vous utilisiez ce rasoir et le reprendra ensuite, nous ne voudrions pas qu'il arrive un accident, n'est-ce pas ? déclara t-il de son ton grave et narquois à la fois.

Le commandant était redevenu lui même.

A suivre…