18) Rodney prisonnier ( Troisième partie )

Rodney McKay se sentit brutalement repoussé sur le bureau qui trônait au milieu de la pièce et entendit des objets tomber à terre. Il se remémora dans un flash Kolya penché sur lui pendant la tempête, l'écrasant sur la rambarde du balcon. Il ouvrit les yeux sur un regard brûlant. Les mains de Kolya se posèrent sur sa gorge et firent mine de serrer. Rodney essaya de se débattre mais l'homme était plus fort que lui et l'écrasait de son poids.

-Non, souffla le scientifique, ses mains se posèrent sur celles du genii, non. Il se souvint que la veille au soir il avait réussit à stopper la rage de Kolya avant que ce dernier ne perde vraiment le contrôle de lui même. Ne faites pas ça, non !

Il tenta de desserrer les doigts et à sa grande surprise il y arriva sans mal. Kolya ne serrait plus mais ses mains restaient posées sur sa gorge et il ne faisait pas mine de bouger. Les yeux sombres étaient plongés dans les yeux bleus avec une telle intensité que Rodney se demanda si Kolya n'allait pas…non, il devait faire erreur là.

Les deux hommes restèrent ainsi quelques secondes, le scientifique osant à peine respirer, ayant conscience du corps lourd qui pesait sur le sien. Puis Kolya finit par se redresser. Le silence s'installa finalement brisé par le genii.

-Décidément, docteur McKay, vous avez le don de me mettre hors de moi mais faites attention, un jour vous pourriez le regretter, menaça t-il, ne jouez pas à ce jeu là avec moi.

Je vais vous raccompagner, ajouta t-il en se dirigeant vers la porte. Vous êtes libre de circuler dans nos installations. Evidement certains accès vous sont interdits. Peut-être malgré vos dires trouverez vous de quoi vous occuper dans nos laboratoires, sous surveillance bien entendu. Je suis sûr qu'un homme comme vous ne saurait rester désoeuvré et la curiosité sera la plus forte je pense.

Le scientifique était sidéré, Kolya pouvait passer de la rage la plus noire à un calme olympien en quelques secondes. Cet homme était véritablement un mystère.

Kolya lui serra le bras :

-Une dernière chose, n'essayez pas de sortir du bunker, docteur, si vous tentez de vous échapper, vous le regretterez et cette fois ci vous pouvez me croire, je ne vous ferais pas de cadeau, vous aurez affaire à moi.

Rodney acquiesça. Il venait de l'échapper belle et n'avait pas l'intention de provoquer le genii de sitôt.

Le scientifique passa le jour suivant à visiter le bunker mais malgré sa résolution ses pas le menèrent irrésistiblement vers les laboratoires. Au bout de quelques heures de visite et de discutions avec ses homologues il trouva de quoi s'occuper. Après tout, il devait bien accepter le fait qu'il était coincé ici pour un bout de temps et il ne pouvait pas rester inactif. Il songea avec agacement que Kolya l'avait bien cerné une fois de plus. Rodney se souvint dans quelles conditions travaillaient les scientifiques genii. Ces derniers pouvaient bénéficier de ses conseils en matière de protection et de sécurité et il fut plutôt bien accueilli. Rodney avait ainsi l'impression de faire œuvre utile sans trahir les siens et travailler pour l'ennemi. Il mit en route un programme tendant à protéger les chercheurs genii des effets des radiations et dispensa son savoir en la matière à un auditoire intéressé.

D'ailleurs les genii ne se montraient vraiment pas hostiles envers lui et plus les jours passaient plus Rodney en venait petit à petit à l'idée que c'était un peuple qui avait beaucoup souffert mais qui ne manquait ni d'imagination ni de courage pour faire face à l'adversité et se défendre contre les wraith. Ce n'étaient pas des gens passifs attendant en gémissant que le malheur leur tombe dessus mais des combattants. Ils étaient tous dévoués à la survie de leur nation qui avait été grande autrefois. Certes, le scientifique ayant capté quelques bribes de conversation dans le labo avait compris qu'il y avait quelques luttes internes pour le pouvoir. Des noms revenaient souvent : Cowen, qui s'était exilé quelque temps pour installer des bases sur une autre planète, un certain Radim et surtout Kolya.

D'ailleurs ce dernier avait adopté un comportement courtois envers l'atlante qui s'était bien gardé de ramener la conversation sur des sujets délicats. Mais Rodney n'était pas dupe. Il connaissait le tempérament violent de Kolya et tremblait d'appréhension à l'idée que le major Sheppard ne décide de débarquer. Son ami lui manquait terriblement mais Rodney était persuadé qu'une action de ce type les mettrait tous les deux en danger, John et lui.

L'attitude du chef genii l'intriguait et le mettait mal à l'aise. Kolya faisait parfois irruption dans le laboratoire et restait là, observant et écoutant sans jamais intervenir. Parfois le genii semblait lointain et silencieux et d'autres fois il se montrait plutôt communicatif. Il débarquait dans la chambre de Rodney à l'improviste et entamait une conversation. A l'étonnement du scientifique Kolya s'intéressait à beaucoup de sujets, il posait des questions sur la Terre. Rodney lui parlait d'art, d'histoire, de science et un peu de littérature, de tous les sujets qui lui passaient par la tête. Le genii s'intéressait surtout à l'histoire et resta longtemps silencieux quand le scientifique eut terminé un long exposé sur la seconde guerre mondiale et ses conséquences. Rodney se sentit tout à coup gêné. Les genii n'étaient pas un peuple pacifique, c'était vrai. Ils avaient fait preuve de violence et de cruauté en débarquant sur Atlantis, tuant de sang-froid mais eux, les terriens ne pouvaient guère les juger au regard de leur propre histoire.

-Des millions de morts, murmura Kolya comme pour lui-même, des millions de civils morts…

Peut-être faisait-il un rapprochement avec l'histoire des genii. Ils avaient été une grande nation anéantie par les sélections des wraith au fil des siècles. Ou bien se posait-il des questions sur ces terriens qui se disaient pacifiques et dont l'histoire était si sanglante.

Rodney se demandait s'il n'avait pas fait une erreur et si tout cela ne confortait pas Kolya dans sa stratégie de violence.

Rodney s'habitua à ces visites impromptues. Le genii lui faisait moins peur mais il restait tout de même sur ses gardes, se souvenant de ses brusques accès de fureur. Il gardait en tête que Kolya était un homme dangereux mais curieusement il devait bien s'avouer qu'il éprouvait une certaine fascination pour le chef des genii..

oooooooooooooo

La porte de sa chambre s'ouvrit brusquement et Rodney qui sortait de la douche, une serviette autour des reins se retrouva nez à nez avec Mihran. Le jeune genii était manifestement en colère mais Rodney commençait à y être habitué. Il ne comptait plus les œillades meurtrières que le jeune homme lui lançait que ce soit au détour d'un couloir où bien à table. Le scientifique avait l'impression que cela amusait Kolya mais lui-même était assez mal à l'aise.

Pour l'instant le genii le toisait avec une envie de meurtre au fond des yeux.

Mihran venait lui apporter de quoi se raser et devrait attendre là que le scientifique ait terminé. C'était une tache de subalterne imposée par Kolya et humiliante pour le jeune genii. Il n'était pas au service ce… ce docteur McKay et il se demandait ce qui pouvait bien intéresser son amant chez cet homme.

Mihran le détestait et il aurait donné cher pour le voir attaché par des chaînes et pourrir dans un cachot là où était sa place. Mais non, cet espèce d'épouvantail arrogant avait le droit de se balader comme bon lui semblait dans le bunker et il fourrait son nez partout et Kolya ne disait rien, aveugle et sourd malgré les mises en garde qu'il lui prodiguait.

-Tiens, c'est vous, prononça le scientifique avec morgue en le toisant.

Mihran sentit la colère le submerger, l'autre aurait pu tout aussi bien dire « ce n'est que vous », cela aurait été pareil Ce sale prétentieux avait besoin d'une bonne leçon. Après tout il était un militaire et pas le domestique de ce type.

Le jeune genii referma soigneusement la porte et s'approcha les poings serrés. Rodney recula et se trouva bientôt acculé dans un coin de la pièce. Il n'eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait qu'il se retrouva plié en deux, une vive douleur au niveau de l'abdomen. Il tomba à genou et tenta de se relever mais un nouveau coup de poing l'atteignit au plexus, lui coupant la respiration.

-Arrêtez, gémit-il.

-Vous êtes vraiment pitoyable, railla le jeune genii, je me demande ce qu'il peut bien vous trouver. Faible et pleurnichard. Moi je suis un homme, un vrai. Un conseil : tenez vous éloigné de lui sinon je vous tuerais.

Malgré la douleur une idée germa dans l'esprit de Rodney.

-Alors aidez-moi à sortir d'ici, aidez-moi à m'échapper, souffla t-il.

Mihran resta un moment silencieux. La colère venait de tomber brusquement et il venait de se rendre compte qu'il avait fait une énorme bourde. Si Kolya apprenait cela il le tuerait de ses propres mains. Il venait de se mettre dans de sales draps en perdant son sang-froid. En deux secondes il prit sa décision.

-Ecoutez, je trouverais peut-être un moyen de vous aider si vous ne dites rien à Kolya sur ce qui vient de se passer, d'accord ? proposa t-il tout en aidant le scientifique à se redresser.

Rodney hésita puis finit par acquiescer. Après tout il avait maintenant une chance de pouvoir sortir d'ici et il pouvait survivre à deux coups de poings.

-Vous devrez être patient, avertit le genii, pour l'instant je ne peux rien faire. Il tendit le rasoir au scientifique et attendit que ce dernier ait terminé avec.

Mais le ressentiment était toujours là. Il serra les poings de nouveau mais cette fois ci les garda dans sa poche. Il n'était pas un larbin et il espérait que McKay avait compris la leçon.

oooooooooooooooooo

A l'heure où sur la planète des genii Mihran sortait de la chambre du docteur McKay, sur Atlantis le major Sheppard se tenait sur la jetée nord, observant les vagues qui venaient s'écraser sur la structure. Il pensait à Rodney. Il y pensait du matin au soir, l'angoisse au cœur. Comment allait-il ? Est-ce qu'il était bien traité ? Kolya avait contacté Elisabeth mais il était resté vague quand à la libération du scientifique. Il tenait surtout à rappeler ses ordres : interdiction absolue de s'approcher de la planète sinon c'était McKay qui en pâtirait. Mais John n'allait pas rester comme cela sans rien faire plus longtemps. Sa patience était à bout. Il n'allait pas laisser celui qu'il aimait entre les mains de ce fou furieux plus longtemps. Rodney était en danger, il avait besoin d'aide et il allait agir. Cette fois-ci Elisabeth allait l'écouter parce qu'il arrivait un moment où les mots ne suffisait plus avec les preneurs d'otages. Il fallait passer aux actes.

La major sentit une présence derrière lui, il se retourna. Teyla lui adressa un petit sourire grave. Elle ne lui demanda pas comment il se sentait parce qu'elle le savait. Elle était son amie, prête à l'aider s'il en avait besoin et c'était cela qui était important.

-John, dit-elle Elisabeth veut vous voir, elle se trouve avec le docteur Zelenka. Il semble bien que nous ayons un grave problème.

Un instant plus tard le miltaire se penchait sur l'épaule de Zelenka scrutant l'écran posé devant le scientifique.

-Combien de temps avons nous avant qu'ils arrivent cette fois-ci ?

-S'ils continuent sur cette lancée et en tenant compte du fait qu'ils vont certainement faire halte pour se ravitailler, les wraith seront à nos portes je dirais d'ici une semaine, major Sheppard. Si le docteur McKay était là, il serait plus en mesure d'interpréter les données mais je ne pense pas me tromper.

Le major John Sheppard leva la tête et planta son regard dans celui d'Elisabeth Weir.

-Cette fois-ci j'y vais Elisabeth, dit-il fermement.

La diplomate hocha la tête. Avec où sans son accord, John Sheppard se rendrait sur la planète des genii pour récupérer Rodney. Il avait le droit d'essayer et d'ailleurs elle ne voyait pas comment elle pouvait l'en empêcher. D'autre part d'ici peu de temps ils allaient avoir sacrément besoin du génie de Rodney McKay sur Atlantis parce que la situation allait devenir vraiment très très grave.

-Je vous accompagne major, déclara Teyla, vous ne pouvez pas y aller seul.

Le militaire acquièsca et Radek Zelenka lui serra le bras.

-Ramenez-nous le, major Sheppard, le lieutenant Ford, Carson et moi n'avons pas eut le temps de le remercier pour nous avoir tirés des griffes des genii et vous connaissez Rodney, je suis sûr qu'il ne nous le pardonnerait jamais, ajouta t-il avec un petit sourire. Il retira ses lunettes soudain embrumées pour les essuyer avec son pull.

-O.K, Zelenka, je le ramènerais bientôt à la maison, rétorqua John Sheppard, je vous le promets.

A suivre…

Il y a quelques mois j'ai lu un article sur le syndrome de Stockholm, cela m'a beaucoup intéressé et m'a donné des idées pour écrire une fic où un personnage, j'ai tout de suite pensé à McKay, allez savoir pourquoi, en était victime. Bon, je suis loin d'être une spécialiste en la matière alors je dirais que « je fais ce que je peux », j'aime bien cette expression.