19 ) A la surface
Le commandant Kolya ôta le couteau qu'il tenait sous la gorge de la jeune militaire et se releva d'un bond souple, faisant signe au suivant de s'approcher. L'entraînement touchait à sa fin. Il tenait énormément à ces exercices qui lui permettaient d'évaluer les nouvelles recrues et mettait un point d'honneur à les former lui-même. Il éliminait sans état d'âme ceux qui ne faisaient pas l'affaire et les renvoyait à la surface là où ils seraient plus utiles à la collectivité. Les garder aurait été un danger pour les autres. C'était là un luxe que les genii ne pouvaient pas se permettre. Peut-être le genre de luxe réservé à la planète du docteur McKay, cette endroit étrange, plein de contradictions. Et malgré tout ce que McKay pouvait en dire, Kolya n'aurait pas voulu y vivre. D'ailleurs sa place était là, parmi les siens. Comment les hommes de la Terre pouvaient-ils avoir le sentiment d'appartenir à une communauté ? Ils étaient si divisés ! Bien sûr il existait également chez les genii quelques luttes intestines pour le pouvoir et il savait bien que Cowen lui-même serait ravi de l'éliminer. D' ailleurs il le lui rendait bien mais ils n'avaient tous qu'un seul but : la sauvegarde de leur peuple et sa défense contre les prédateurs wraith, à tout prix alors que sur la Terre s'il avait bien compris, les intérêts des uns prenaient le pas sur ceux des autres. Chez les genii les actions même les plus offensives comme l'invasion d'Atlantis lors de la tempête avaient été guidées par le besoin de trouver de nouvelles technologies dans le but de se défendre.
Il soupira, McKay lui rétorquerait que les humains se trouvaient toujours de bonnes raisons afin de justifier le mal qu'ils infligeaient aux autres, c'était dans leur nature.
Un coup de bâton à la mâchoire le ramena à la réalité. Les petits nouveaux se défendaient bien. Il désarma sans peine le jeune militaire et l'envoya à terre d'une prise. Le jeune homme se réceptionna sur le sol dur sans aucune plainte et se releva, faisant face à son supérieur.
-C'est terminé pour aujourd'hui, déclara le commandant. Vous pouvez y aller.
Les jeunes recrues se dirigèrent vers la sortie jetant à peine un regard curieux au scientifique qui les croisa sur le pas de la porte.
-Docteur McKay, quelle surprise ! s'exclama Kolya d'un ton amusé, vous venez vous entraîner ?
Sans vraiment sans rendre compte Rodney examina le genii. Celui-ci se trouvait torse nu. L'homme n'était pas beau mais curieusement il se dégageait de sa personne une certaine séduction. Peut-être était-ce parce qu'il était viril au delà de tout ? Grand, un torse puissant avec une large poitrine couverte de duvet brun, un corps ferme et musclé sans un gramme de graisse , un visage sans beauté, criblé de cicatrices mais des yeux sombres qui reflétaient une vive intelligence.
-Votre examen est terminé docteur ? Le ton railleur amena une vive rougeur au visage du scientifique. Celui-ci se tortilla se demandant certainement comment il pouvait rentrer sous terre.
-Euh, je voulais vous parler Kolya mais peut-être plus tard, je vois que vous êtes occupé.
-Allez-y docteur, qu'avez vous à dire ? intima le genii.
-Ecoutez, Rodney tenta désespérément d'affermir sa voix. Combien de temps allez-vous me garder ici ? Tout cela ne rime à rien. Comment un homme comme vous peut-il se complaire dans une pareille vengeance. Je crois que je vous connais mieux maintenant et je sais que vous n'êtes pas vraiment comme cela.
Rodney s'approcha et posa sa main sur le bras du genii tout en le regardant dans les yeux.
Une minute passa puis à la stupéfaction du scientifique Kolya éclata d'un rire grave. C'était la première fois que Rodney l'entendait rire.
-Bien essayé, docteur mais cela ne marche pas.
Rodney, horriblement vexé se renfrogna. Ce n'était pas la peine d'avoir un cerveau de génie qui tournait à plein régime presque vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour en arriver là. Bon heureusement que John ne saurait jamais ça, il en ferait une attaque. En attendant il se sentait mortifié comme rarement il ne l'avait été.
-Alors plus sérieusement, docteur McKay, qu'avez vous à me dire ?
Rodney sentit l'amusement percer sous la voix profonde. Cette fois ci, c'était trop, il explosa :
-Vous n'avez pas le droit de me retenir là, vous m'entendez ? Hurla t-il. Ses mains s'élevèrent et tracèrent de furieuses arabesques dans l'espace. J'en peux plus moi, j'ai besoin de respirer, je ne suis pas une taupe. Il faut que je sorte, je suis une personne normale et j'ai besoin de respirer, de prendre l'air, VOUS ENTENDEZ ?
-D'accord.
La réponse laconique le calma aussitot.
-Que…qu'avez vous dit ? Bredouilla le scientifique abasourdi, j'ai dû mal entendre.
-Docteur McKay, vous avez exprimé avec véhémence votre souhait de sortir afin de respirer un peu à la surface et je vous ai répondu par l'affirmative. Cela ne vous convient pas ? Je ne vous demanderais qu'une chose, promettez-moi de ne pas en profiter pour tenter de vous échapper.
-Euh, oui je vous le promets. Merci, merci beaucoup, Rodney lui dédia son plus beau sourire, le Gibbs, celui qu'il sortait quand il voulait obtenir quelque chose d'Elisabeth. Quand ?
-Donnez moi un instant, Kolya entra dans une pièce au fond de la salle d'entraînement et bientôt Rodney entendit l'eau couler. Le genii prenait une douche et le scientifique profita de cet intermède pour réfléchir. Il ne comptait pas tenir sa promesse, à la première occasion, pfffuit ! il détalerait comme un lapin et il trouverait bien un moyen de se cacher en attendant que John vienne le chercher. Pour Rodney ce n'était maintenant qu'une question de temps avant que John ne tente de le récupérer. Ce n'était pas quelqu'un de patient, le scientifique en savait quelque chose.
Et puis plus confusément Rodney sentait qu'il ne devait pas rester plus longtemps. Il avait la prescience d'un danger, d'un trouble ou bien d'un désir qu'il n'osait même pas s'avouer clairement.
Kolya sortit les cheveux encore humides et fit signe à Rodney. Celui-ci s'empressa de le suivre. Ils longèrent les corridors sombres jusqu'à la sortie gardée par plusieurs gardes armés jusqu'aux dents des inévitables fusils à trois canons chers aux genii. Le commandant fit un signe et l'un des militaires déverrouilla le sas.
L'instant d'après les deux hommes étaient dehors dans le lit du torrent à sec. Rodney respira à pleins poumons l'air tiède de la fin d'après-midi. Il se sentit heureux. Heureux de respirer l'air pur, de sentir la caresse des derniers rayons de soleil et du vent sur sa peau. Comme tout cela lui avait manqué ! Il était reconnaissant envers Kolya d'avoir accéder à sa requête.
-Venez, lui intima le genii.
Les deux hommes gravirent la ravine et Rodney suivit Kolya . Ils logèrent un immense champ cultivé, sans doute du tava, pensa Rodney et s'engagèrent dans les bois.
-Commandant Kolya !
Une voix hélait le genii, provenant de la plantation. Kolya s'arrêta.
-Attendez-moi là, ordonna t-il au scientifique, ne bougez pas d'ici, n'oubliez pas votre promesse.
Rodney acquiesça et suivit des yeux Kolya qui s'engageait dans le champs et discutait avec l'agriculteur.
Le soleil maintenant rougeoyait à l'horizon et ses derniers rayons s'étendaient au delà des bois, couvrant les collines lointaines d'une pale auréole rosée.
Il compta mentalement jusqu'à dix et prit la fuite à travers la forêt. Il courut de toute ses forces, sentant les ronces lui griffer les mollets à travers le pantalon. Une branche le gifla au passage mais il ne s'arrêta pas. Rodney s'enfonça au hasard dans les bois sans but prémédité. L'important était de mettre le plus de distance possible entre lui et Kolya. A quelque part il savait que c'était stupide. Même s'il arrivait à se cacher toute la nuit, les genii organiseraient certainement une battue pour le retrouver mais il fallait qu'il se sauve, qu'il échappe à Kolya parce que le danger qu'il pressentait était d'une nature telle qu'il ne saurait ni peut-être ne voudrait s'y soustraire..
Il s'arrêta et tendit l'oreille : aucun bruit de course derrière lui, personne ne le suivait. Un instant de répit. La nuit commençait à tomber et les ombres de la forêt s'étendirent, soudain menaçantes. Epuisé et tremblant il s'adossa contre un tronc et se rendit compte qu'il pleurait. Les larmes ruisselèrent, l'aveuglant mais il n'arrivait pas à s'arrêter. Il laissa faire et finit par se calmer.
-Ca va mieux ?
La voix grave près de lui le fit sursauter. Il fit un bond et tenta de s'enfuir de nouveau mais une poigne ferme le retint.
-Vous aviez promis, docteur McKay.
Rodney ne répondit pas.
-Que vouliez-vous donc fuir ?
Nouveau silence.
Il sentit Kolya se rapprocher. A présent il pouvait sentir l'odeur du savon que le genii avait utilisé il y avait un instant de cela sous la douche et l'odeur plus subtile et légèrement musquée de l'homme lui-même. Rodney tenta de reculer mais il sentit les bras de l'autre homme l'encercler. La bouche de Kolya se posa sur la sienne, à la fois ferme et sensuelle, sa langue força le passage des lèvres et s'insinua entre ses dents, cherchant celle de Rodney. Ce dernier tenta d'échapper à l'étreinte mais le genii referma complètement les bras autour de lui, l'emprisonnant dans une vague de chaleur et de désir. Rodney se sentit succomber, sa langue se mêla avec fougue à celle de Kolya, se battant dans un ballet de fureur et de d'envie tandis que ses mains erraient dans le dos de l'autre homme resserrant au maximum leur étreinte. Kolya le serra contre l'arbre, l'embrassant avec une passion et une force que Rodney n'avait jamais connue. Il sentit l'érection du genii contre son aine et instinctivement se décala pour frotter son sexe dur contre celui de l'autre homme. Il était au comble de l'excitation et n'avait qu'une seule envie c'était que Kolya le prenne là, contre cet arbre, avec force. Il voulait sentir ces mains puissantes prendre possession de son corps et ces lèvres sensuelles courirent sur sa peau, partout. Il avait l'impression d'être en feu.
Plus loin une branche craqua, puis une autre. Kolya détourna quelques secondes son attention de lui. Ce fut assez pour que Rodney reprenne plus ou moins ses esprits.
Il regarda hébété le cervidé qui venait de jaillir des fourrés proches et la réalité reprit le dessus. Kolya qui avait sentit le changement l'attrapa par les épaules l'obligeant à lui faire face.
-Non ! cria Rodney, donnant des coups de tête dans la large poitrine. Non! non! non! Sa voix se perdit dans les aigüs.
-Vous en avez autant envie que moi, rétorqua la voix chaude et haletante à ses oreilles. Je vous veux et vous le voulez aussi.
-Il ne faut pas, gémit Rodney.
-Chut ne pensez pas à lui, là il n'y a que nous deux. J'ai envie de vous, répliqua le genii embrassant les joues mouillées de larmes. Je vous désire depuis si longtemps.
-Ce n'est pas possible, nous ne pouvons pas faire cela, bredouilla Rodney. Il se mit à trembler comme une feuille.
-Vous avez froid, rentrons, décréta le genii lui prenant le bras. Rodney se laissa de nouveau guider vers le bunker.
A suivre...
