24 ) John et Rodney
John :
Trois jours.
Cela fait maintenant trois jours que nous sommes rentrés. Le retour s'est effectué dans un quasi silence. Je crois que Rodney a pleuré tout le temps. Pas d'explosion comme au moment du coup de feu mais de grosses larmes silencieuses qui roulaient le long de ses joues, les unes après les autres. Mais il est resté calme. Trop calme. Docile. Un autre Rodney.
Nous sommes finalement arrivés sur Atlantis. Une équipe médicale nous attendait et l'a pris en charge tout de suite. De ce coté là j'étais rassuré, avec Carson, il était entre de bonnes mains.
Rodney n'est pas resté longtemps à l'infirmerie. Il était en bonne santé, physique j'entends et il a persuadé le docteur de le libérer assez vite. Ca je le sais parce que c'est Carson lui-même qui me l'a expliqué en me faisant mille recommandations. Je me demande ce que Rodney a raconté au médecin. Je me demande ce que sait Carson. Des choses que j'ignore encore ?
Je suis venu chercher Rodney à l'infirmerie et je l'ai ramené avec moi. Il n'a pas protesté, il n'a rien dit. Il était pâle et silencieux. Il a dû se rendre compte que je m'inquiétais parce qu'il m'a adressé un petit sourire rassurant.
Arrivés dans mes quartiers, nous sommes restés quelques secondes un peu embarrassés. Je ne savais pas trop quoi faire, je ne voulais pas le brusquer alors je l'ai pris dans mes bras. Il s'est laissé faire et je l'ai serré contre moi.
Très fort.
Je l'aime.
J'ai peur, je ne veux pas le perdre et je crois que je suis prêt à tout accepter pour le garder.
Mais pour l'instant il dort. Depuis trois jours il ne fait presque que dormir. La plupart du temps je m'allonge contre lui et je lui répète que tout va bien, que ça va s'arranger et que je l'aime.
Mais tout ne va pas bien, je le sais.
Que s'est-il passé là-bas ? Pourquoi Kolya a-t-il tué ce jeune soldat, Mihran ? Pourquoi ce Mihran nous a aidé à nous échapper ? Et cet échange de regards entre Rodney et Kolya, qu'est-ce que cela voulait dire ? Et surtout, surtout, pourquoi Kolya nous a t-il laisser partir ? Cela lui ressemble si peu. J'ai des doutes. Je voudrais savoir mais j'ai peur de la vérité. D'ailleurs la vérité est-elle vraiment nécessaire ? Je ne veux pas perdre Rodney. Est-ce que ce ne serait pas plus facile de ne rien demander ? Je pourrais vivre avec lui, continuer comme avant sans savoir…
Rodney :Il est malheureux, je le sais, je le sens. Bien sûr il se doute de quelque chose, John est un homme intelligent. Je pense qu'il a déjà plus où moins compris. Il se pose des questions. Moi aussi. Depuis trois jours que je suis dans ses quartiers et que je fais semblant de dormir j'ai eu le temps de réfléchir.
Bien sûr John a le droit de savoir.
Est-ce qu'il m'aimera encore après où bien se détournera t-il de moi ?
Il dit qu'il m'aime. Je n'en doute pas. Moi aussi je l'aime et je veux le garder auprès de moi.
Je n'arrête pas de penser à ce qui s'est passé là-bas sur la planète des genii. Kolya, Mihran…Tout est allé si vite. C'est un peu comme si une partie de ma vie m'avait filé entre les doigts. Comme un intermède dans cette existence que je menais : l'amour de John, Atlantis, mon travail, les missions.
Puis cette coupure. Parfois j'ai l'impression d'avoir rêvé tout cela. Mais bien sûr la réalité reprend le dessus, je n'ai pas rêvé. J'ai désiré, j'ai eu envie de Kolya, de sa force, de sa violence aussi, pourquoi me le cacher ? Qu'il soit notre ennemi n'y a rien changé, cet homme m'a fasciné. Fort, intelligent et impitoyable.
Il a tué Mihran ou plutôt je dirais qu'il l'a exécuté. Il devait le tuer parce que Mihran l'avait trahi. Il n'était plus fiable. Les sentiments n'ont rien eu à voir avec cela.
Mais est-ce bien sûr ?
C'est aussi de ma faute. Je comprends mieux l'expression « le poids de la culpabilité ». Cela me pèse, c'est lourd. Je sens ce poids qui comprime ma poitrine et qui me donne envie de me taper la tête contre les murs. Mihran est mort. Bien sûr c'est Kolya qui a tiré mais j'aurais dû savoir.
Je me dis que j'ai tenté de le sauver mais il n'a pas voulu partir avec nous quand je lui ai proposé. Il était encore temps à ce moment là mais il avait déjà pris sa décision et je suis sûr qu'il savait ce qui l'attendait.
Qu'aurais-pu faire d'autre ? Je ne pouvais pas l'entraîner de force dans le jumper. Et puis Kolya est arrivé et c'était trop tard.
Carson a compris que je n'allais pas bien. Il m'a proposé de me confier à lui mais je n'ai pas pu. Alors il m'a conseillé d'aller voir Heightmeyer. Mais bien sûr, il n'en est pas question. Pour l'instant j'ai besoin de réfléchir.
Si…si je n'avais pas cédé, si…Mihran serait toujours vivant. Mais je me dis que cela ne pouvait pas se passer autrement, d'ailleurs je ne pouvais pas savoir ou bien je ne voulais pas savoir.
Je me sens vraiment pathétique à tenter de me justifier ainsi. Et malhonnête.
Parce qu'il y a une réalité bien concrète et tout le reste est du pipeau comme on dit : Si je n'avais pas couché avec Kolya tout ceci ne serait pas arrivé, un point c'est tout. Pas de conscience qui viendrait me harceler. Mais je ne peux pas revenir en arrière, c'est trop tard. J'ai fait preuve de légèreté et cela a entraîné la mort d'un homme.
Mais ce qui me fait le plus peur, c'est que je me demande au fond de moi si je regrette vraiment cette nuit intense de plaisir avec Kolya. Je n'ai pas besoin de chercher bien loin pour savoir que non, en vérité je ne regrette pas. J'ai été comblé, j'en avais tant envie ! Kolya m'a donné ce que je désirais si fort. J'aurais voulu bien sûr que cela se passe autrement ensuite mais tout s'est précipité.
Je croyais jusqu'à présent être quelqu'un de bien, avec un fichu caractère d'accord mais quelqu'un de droit tout de même. Je ne sais plus trop où sont le bien et le mal. Suis-je bon ou mauvais ? Un peu des deux ? Je doute de moi. Evidemment je préférerais me regarder dans la glace et me dire que je suis quelqu'un de bien. Mais cela ne me semble plus possible maintenant. Il me semble que je ne réponds plus aux critères de l'homme intègre que j'étais. Mais est-ce que cela est important ?
Je ne sais pas trop bien ou j'en suis.
Je sens le regard de John sur moi. Il y a tant d'amour dans ses yeux que je me demande encore une fois si je ne devrais pas me taire. Je vivrais avec. Je ferais avec. Je crois que c'est possible, je ne veux pas lui faire du mal.
Mais je parle, je lui dis tout. Il écoute, je vois qu'il souffre.
Je n'oublie pas de lui redire que je l'aime.
A suivre…