Attention, attention médèmes et missieux, voici le dernier chapitre de leurs périlleuses aventures (périlleuses pour moi... baille )! L'épilogue n'entre pas bien sûr en considération!
Posté le 3 novembre 2006
Par Selann YUI.
Alors voila, le dernier chapitre… Sniff, c'est triste… Bon, il reste l'épilogue mais bon… C'est toujours triste quand une fic se termine…
Bon, à part ça, Célia-san (que je n'ai pas vu depuis deux bonnes semaines mais de qui j'ai des nouvelles tous les jours… héhé, sms, sms ! lol) m'a demandé de vous demander de lui laisser des reviews… Que vous aimiez ou pas, mais dites-lui au moins pourquoi… Elle a peur que sa fic ne plaise pas alors que, personnellement, je la trouve géniale ! C'est juste moi ? Ou vous aussi vous l'aimez bien ???
Voila, rassurez la…. Merci pour elle (et pour moi ! lol)
BONNE LECTURE !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
On se retrouve à la fin…
Partie VII
Un cri dans l'obscurité. Aussitôt, je m'agrippe à lui, espérant qu'il me ramène à la surface de ma conscience.
A travers mes paupières, la lumière se fait agressive. Elles se plissent.
Ough... mal au crâne... L'image de Goku m'assaille.
Quel petit con, il aurait pu y aller moins f...
La réalité me saute soudainement à la gorge. Goku épuisé. Le cri.
Cela me suffit pour trouver la force d'ouvrir les yeux.
S'il lui est arrivé quelque chose, je...
Ma gorge se serre face au spectacle qui m'est offert.
C'est un véritable carnage. Une mare de sang libéré par le corps amorphe de Gyumao. Mais surtout, plus abjecte, est le comportement de sa prétendue femme: affalée sur son torse, se vidant de ses larmes de manière exagérée et grotesque.
Parmi cette scène de profond abandon, une petite silhouette se dresse lasse mais fière. Ses grands yeux dorés se sont désintéressés du spectacle pour se tourner vers moi.
Mon singe.
A ma vue, son visage s'illumine d'un sourire radieux, rayonnant comme un soleil d'été puis, sans d'autres formes de procès, s'effondre lourdement sur le sol maculé du sang de sa victime.
Mon coeur se décompose à sa chute.
« - GOKU!!!
.O.
J'ai réussi. Je l'ai sauvé. J'ai réussi. Je l'ai sauvé. J'ai réus...
« - Goku! qu'est-ce qui s'passe?!
Sanzo... J'ai cru entendre sa voix... Douloureusement, mes paupières s'ouvrent sur les ténèbres.
« -... Sanzo..?
Une vague d'angoisse m'envahit.
... Je ne le vois pas... C'est comme si...
Jamais je ne m'étais si senti seul depuis que Sanzo m'ait libéré... J'ai l'impression d'être perdu... Des souvenirs du mont Gogyo ressurgissent en moi avec brutalité.
« - Goku... je suis là...
Mes peurs s'évanouissent aussitôt. Sa voix... il est près de moi...
Je me sens idiot...Pourquoi j'ai douté? C'est lui qui m'a sauvé. Sanzo a toujours été là. Toujours.
Son visage apparaît enfin à mes yeux. Aussitôt, les larmes se mettent à inonder mes joues.
« - Tu crois que tu pourrais te lever?
Je le dévisage puis lui souris.
« - Je me suis bien battu, hein?
Un silence.
« - Oui, tu t'es bien battu... Allez, debout. Je vois bien que tu es exténué mais tu peux pas rester ici... Tu veux que je t'aide?
Il est si gentil tout à coup. Sanzo...
Ma main tremblante cherche la sienne et s'y love. Elle est toute chaude...
.O.
Je regarde avec incompréhension sa main saisir la mienne. Sa petite main glacée contre la mienne. Cette image me donne la nausée...
Malgré moi, mes doigts viennent se refermer sur les siens.
Je ne comprends pas. Je ne comprends rien.
La vue de son visage émacié et moite fait naître en moi une appréhension sous-jacente.
Je resserre un peu plus ma main autour de la sienne et me focalise sur son sourire spectral.
« - Tu as connu pire... Une nuit de repos et tu pourras bouffer comme 15... Hakkaï te rafistolera s'il le faut.
Mais ces derniers mots, lancés au hasard, semblent sonner douloureusement faux à mes oreilles.
.O.
J'espère que Gojo et Hakkaï ont pu s'en sortir. Je ne veux pas que Sanzo se retrouve seul, après...
J'ai l'impression de commettre une trahison. Pourtant, j'ai fait ce que j'avais à faire. Si je les avais laissé tous les trois mourir, tout aurait été vain. Moi... je ne suis qu'un singe...
Mon seul regret, ce serait d'abandonner Sanzo. Je dois me débattre jusqu'au bout. Peut-être vais-je survivre après tout? J'ai bien réussi à tuer le mal même.
Le voyage vers l'Ouest est terminé à présent. On a trouvé nos réponses. C'en est fini. On peut faire une croix sur notre passé... oublier...
« - C'est comme un nouveau départ...
.O.
Un nouveau départ...
J'inspire profondément, comme si je réalisais soudain la portée de ces quelques mots.
Une douce vague de chaleur et de bien-être se répand en moi.
« - Oui. Nous sommes libérés de nos chaînes... Nous pourrons vivre tous les deux comme on l'entend...
Je vais enfin acquérir ce qui appartenait à mon maître et inhumer mes regrets.
Oui c'est ça... un nouveau départ...
Bien malgré moi, je me mets à sourire.
.O.
Il a souri... Sanzo... Sanzo m'a souri... ça me fait comme des picotements dans la poitrine.
J'avais tellement espéré le voir sourire aussi sincèrement.
De mes doigts, je caresse le dos de sa main et renforce mollement mon étreinte. Je m'en voudrais de le laisser là...
Sanzo... ce soleil que j'admire tant...
La douleur, lancinante, explose tout à coup en une multitude de poignards chauffés à blanc... Trop épuisé pour le supporter, je laisse échapper un gémissement.
Ses doigts se crispent autour de ma main. Son regard, inquiet, pèse sur moi.
La culpabilité m'assaille plus durement que la souffrance. Je ne veux pas, je refuse de le voir ainsi par ma faute!
Je lui souris. Je voudrais lui hurler que tout va bien! Heureusement pour moi, le sang de Gyumao dissimule le mien et mes blessures.
Je ne veux pas lui causer de soucis. Il en a tellement fait pour moi... Sanzo...
Jamais je ne pourrais oublier ce que tu as fait pour moi... tes mains se sont penchées sur moi, entouré d'un halo de lumière... moi qui vivais loin de tout, enchaîné dans cette prison obscure et froide... seul... apeuré...
« - Je t'avais tellement attendu...
.O.
Pourquoi me parle-t-il de ça? J'ai pas envie d'en savoir plus.
Je voudrais seulement comprendre... Je sens de moins en moins la présence de sa main dans la mienne...
Et s'il lui était arrivé quelque chose pendant ce foutu combat?.. J'en sais fichtrement rien...
Mon regard se pose sur son visage luisant et pâle. Probablement à cause de son bras cassé... Que cherche-t-il à me dire finalement...
Jamais sa voix n'a été aussi fragile.
« - Tant de personnes étaient passé devant moi sans me voir... mais je savais... je savais que tu viendrais me chercher... Tu m'as pris avec toi sans te poser de question, sans savoir qui j'étais, les raisons de mon emprisonnement... tu aurais pu me laisser moisir dans cette prison humide, loin de la lumière du soleil et du monde... mais tu ne l'as pas fait... tu ne l'as pas fait...
J'ai l'impression qu'il m'a ouvert la poitrine à coup de barre à mine... comme s'il avait libéré quelque chose qui m'était jusque là inconnu...
Merde... je me sens con tout à coup...
« - J'aime pas le sentimentalisme. Réserve ce genre de discours pour le jour où tu seras penché sur mon lit de mort.
Mais c'est à moi que je m'adresse plutôt qu'au singe...
« - ... je sais...
Goku...
Ca suffit. J'en ai assez vu.
« - Je vais t'aider à te lever. On s'en va.
Je lâche sa main malgré la faible réticence qu'il oppose. Avec précaution, mes mains se placent sous ses bras et redressent avec aisance le haut de son corps léger, souple et pendant entre mes bras. Lentement, sa tête glisse sur son torse. Cette vision me fait mal au coeur. Est-il si épuisé?
Si je veux le porter, il va falloir que je le soulève par derrière.
« - Maintiens-toi dans cette position un instant.
Mais son visage semble marquer un refus.
« -... peux pas Sanzo...
Mes mains jusque là plaquées sous ses bras glissent en direction de son dos. Un liquide chaud et poisseux s'insinue entre mes doigts.
Mon coeur explose de cette même douleur ressentie il y a 11 ans de cela.
Indolemment, le corps de Goku s'effondre sur moi qui m'étais accroupi. Cinq profondes entailles sillonnent sur son dos. J'ai l'impression de tomber dans un gouffre sans fond.
« - GOKUUU!
.O.
Tout est flou... j'ai du mal à respirer...
« - Sanzo... j'ai froid...
Je tente faiblement de me blottir contre lui afin de trouver un peu de chaleur.
.O.
Pourquoi!! Pourquoi ne m'a-t-il pas dit qu'il était blessé?!! Je n'ai rien vu! J'n'ai rien vu !!!
Mes bras se referment sur lui et l'amènent contre moi.
Hakkaï!!! Il faut que que je le trouve maintenant!!!
« - Je vais chercher Hakkaï.
Mais deux mains s'agrippent faiblement à moi.
« - ... ne t'en va pas... me laisse pas...
Malgré moi, je lui obéis.
.O.
Je sais que c'est égoïste mais... je ne veux pas qu'il parte... Je suis bien dans ses bras... ils sont chauds... Je me sens en sécurité...
Ca doit probablement ressembler à ça... L'étreinte d'un père...
.O.
Je peux pas rester sans rien faire! Faut arrêter cette putain d'hémorragie!!
« - On va appeler Hakkaï, hein? HAKKAÏÏÏÏ!!!
Mon regard se pose sur Goku.
Ses yeux se ferment.
Non!
« - Goku, reste éveillé! Reste avec moi!!
Il est glacé! Je frictionne ses mains entre les miennes.
Putain! Tiens bon!
Son visage se tourne vers moi et me sourit. Lentement, un filet de sang sillonne ses lèvres.
« -... naître...
Son regard se révulse soudain, sa tête glisse de côté.
Mon coeur s'emballe. Effrayé, je mets à le secouer.
« - Joue pas à ça avec moi!
Son corps se contracte entre mes bras; ses yeux, prostrés sur moi, gagnent un peu de vie.
Nom de Dieu... pourquoi il me dévisage comme ça... je sais pas... j'sais pas quoi faire...
Bordel! Me lâche pas!
Malgré la souffrance, au bord de l'inconscience, ses lèvres s'entrouvrent pour libérer quelques mots.
« - ... naître... d'un rocher... ou de l'aura de la terre... c'est un peu comme... naître du néant...
Son visage se crispe de douleur. Il déglutit avec difficulté.
« - ... mais tu es apparu dans ma vie et... je suis heureux... que ce soit toi... qui sois venu me chercher...
Putain, me sors pas ça maintenant...
Je tente de le réchauffer mais en vain: il tremble de tout son corps. Il se met à haleter comme un chiot.
« - Sanzo... où es-tu...
Sa phrase me transperce comme un poignard. Je resserre convulsivement mon étreinte.
« - Goku, me fais pas ça...
Mais ses yeux hagards poursuivent leur recherche futile.
« - ... ne m'abandonne pas... j'ai peur...
C'est moi qui ai peur! Je ne connais que trop ce regard-là!
Fais pas ça... J't'interdis d'me lâcher tu entends!
« - ... je voulais... te voir... une dernière fois...
Non! J'te l'interdis! Reste avec moi!!
« - ... mon soleil...
Ferme-là! Tais-toi! Pas maintenant!
« - ... le père... que... j'ai... ja...mais...eu...
.O.
Tu es tout pour moi.
.O.
... Goku?..
« - ...Goku?..
Non...
C'est impossible... Non! Tu peux pas me faire ça!
NON!
« - A L'AIIIDE ! QUELQU'UN, QUELQUE CHOSE... VENEZ M'AIDER!
Répond-moi Goku! Réagis! Pas ça! Me fais pas ça! Non!
Non!
« - NOOOOOOOON!!!
Aaah... j'étouffe! Je m'étouffe!! J'n'arrive plus à respirer... j'arrive plus à respirer!!!
Nom de Dieu pourquoi!.. POURQUOIIIIIIIII!!!
Mes larmes douloureuses, indolentes s'écrasent sur le visage amorphe de Goku.
...Pourquoi...
... pourquoi tu m'as fait ça...
Je l'ai laissé mourir.
C'est moi... c'est moi qui l'ai tué...
Je n'ai rien fait pour le sauver... C'est moi...
Je l'ai abandonné...
Mes mains sont rouges... rouges de son sang... c'est elles... elles qui l'ont tué...
Elles n'ont jamais su protéger personne.
Elles ne savent que tuer.
Tuer.
Je me replie sur son corps flasque, secoué d'un rire convulsif.
Ils meurent tous à ma place. Tous.
Pas vrai Goku?
Mes yeux s'égarent sur son visage détendu et serein.
Une colère incontrôlable s'empare de moi.
« - Tu souris hein? Ouais, c'est ça, tu te fous de ma gueule!
Ca te fait plaisir hein, p'tit con?
« - Répond-moi!
Tu me nargues, con d'singe! T'espère me faire flipper c'est ça?
Répond! Ouvre les yeux bordel!
Goku! Gokuuu!!!
Je le saisis par le col et commence à gifler son visage livide.
Réponds. Réponds! Réponds!! Réponds!!! Répooonds!!!
« - REPONDS-MOIIIIIIIIIIIIIII!!!
Sa joue se fend en une profonde estafilade. Je fixe, abruti, son visage tuméfié. Une douleur cuisante m'enserre la poitrine.
Non... qu'est-ce que j'ai fait... qu'est-ce que j'ai fait...
Anéanti, je le serre contre moi.
Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu étais blessé... pourquoi ne m'as-tu rien dit...
« - Savez-vous pourquoi il était dit que manger un sanzo rendait immortel?
Je sursaute. J'avais oublié que je n'était pas seul.
L'esprit embrumé, je tente de trouver la force de l'affronter.
« - Savez-vous pourquoi?
L'angoisse, mêlée à la fureur, parcourt mes veines. Lentement, je redresse la tête pour rencontrer son sourire narquois.
Gyokumen.
Je n'ai pas l'intention d'entrer dans son jeu. Instinctivement, je resserre mon étreinte autour de Goku. Le silence aurait perduré si elle ne m'avait pas parlé ainsi, crachant à la figure son venin:
« -Parce que c'est moi qui ai répandu la rumeur... pour pouvoir récupérer les sutras...
Mon maître... et maintenant Goku... Mon coeur explose sous le poids de la haine.
Que la folie est douce face à ce qui me guette...
Je dépose le corps de Goku sur le sol et me redresse.
Mon revolver pèse lourd dans ma poche.
« - Je pensais vous tuer d'une balle en pleine tête.
Je colle le pistolet sur ma tempe.
« - ... comme ça... Bang!
Je m'avance vers Gyokumen dont le visage se décompose.
« - ... ou d'une balle dans le coeur...
Je laisse tomber mon arme. En un petit cri inarticulé, Gyokumen trébuche sur le corps de son "mari".
Un frisson d'exultation me parcourt l'échine.
« - ...mais je crois que je vais vous tuer très... trèèèèèèèèèèèès lentement...
.oOo.
« - Pourquoi?! Pourquoi t'as fait ça!!! j'aurais pu l'avoir!
Si seulement Jien pouvait arrêter de se multiplier à la professeur Nî...
« - Gueule pas comme ça frangin...
J'ai du mal à respirer...
Dans un spasme, mes lèvres s'entrouvrent pour libérer un flot de sang.
La voix effrayée de Jien ricoche contre les parois de mon crâne.
« - Gojo!
... L'odeur... l'odeur du sang. Elle me donne envie d'gerber; J'crois qu'j'vais dégueuler... enfin... si mon estomac est toujours entier...
Tss... J'vais tourner d'l'oeil avant d'crever... Ya d'quoi s'foutre de ma gueule.
« - Réponds!
« - Ouais...ouais... j'ai entendu...
Merde... Voilà qu'l'autre se met à s'inquiéter...
« - Ca t'les brise hein... que c'soit moi... qui l'ai eu à ta place... t'inquiète... j'vais m'rattraper... C'est ma tournée...ce soir...
« - Putain Gojo, déconne pas! C'est pas l'moment...
Jien... ne fais pas cette gueule-là, ça t'ressemble pas...
La vague de douleur s'étend peu à peu dans mon corps à vif. Mon sang, chaud, me fuit pour s'agglomérer sur le carrelage froid.
J'ai l'impression de m'enliser dans des ténèbres glacées et sans fin.
J'vais mourir... j'le sais.
Mais ... tout va trop vite... j'aimerais un peu de temps... un peu plus de temps...
Je déglutis avec peine. Devant moi, le visage flou et déformé de mon frère.
Putain... j'aurais voulu pouvoir échanger quelques mots avec lui... mais ça m'vient pas...
Pourtant... y a tellement d'chose à dire... raah, bordel!
Il a toujours été là... à me relever quand je tombais... à me protéger... Il m'a appris à vivre... j'ai survécu jusqu'ici grâce à lui...
Le sort est quand même ironique, Jien... J'vais crever... Toi qui m'as appris à croire en la vie... c'est pour toi que j'ai décidé de la perdre...
Y a de quoi rire...
Finalement, quoi que tu fasses, quoi que je fasse, y a que la mort qui m'attend...
...mais j'te remercie pour tout ce que tu as fait...
J't'en veux pas... pour ça...
Cette mort me convient.
Dans les ténèbres qui me submergent, j'essaie de m'accrocher à l'image de mon frangin. Aveuglément, je tend une main vers lui. Je sens qu'il la saisit, ses doigts crispés se referment sur les miens.
Merde... T'en veux pas... j'regrette rien...
« - C'est pas... de ta faute... Jien... Ca n'a jamais... été... de ta faute... T'as ...toujours...fait... ce qu'il fallait...
Ses ongles s'enfoncent dans la chair de ma main.
« - La ferme... dis pas d'conneries...
Je me sens peu à peu glisser dans le néant. J'suis tellement fatigué...
Jien... tu n'es qu'un con...
« - Tu as... toujours été... plus ... fort que... m... frang...
« - Attends! Gojo, tiens bon!!!
Je suis loin... Sa voix n'est qu'un bourdonnement à mes oreilles... je me sens partir... la douleur s'estompe... je suis loin... très loin...
J'espère... qu'ils ont des femmes et des bières... en enfer...
.O.
J'étais persuadé que j'étais fini.
Pourtant, cette seule idée venue effleurer ma conscience en veille m'a fait découvrir des ressources inattendues: Gojo blessé. Gojo en train de mourir.
Je dois me lever. Il faut que je le rejoigne.
Tout de suite.
Rassemblant toute mon énergie, je tente de retrouver le contrôle de mes jambes. Impossible.
Qu'à cela ne tienne.
Mes mains s'collent au carrelage et tirent derrière elles mon corps flasque.
Si je dois ramper, je ramperais. Je ne l'abandonnerais pas!
La douleur provoquée par l'effort se mêle aux cris désespérés de Doku.
... Allez... Avance!.. plus que quelques mètres...
Par pitié Gojo... ne lâche pas...
« - Hakkaï?!!
Je lève les yeux. Doku. Avant que je ne puisse faire un geste, son bras m'entoure et me soulève. Son visage revêt un masque de douleur... Je détourne mon regard de ce spectacle, le posant alors sur le visage de Gojo.
... Mon dieu...
Mon coeur se comprime violemment à la vue de la plaie béante parant durement son abdomen... La couleur vive de ses cheveux contredit terriblement la pâleur de sa peau...
Je me laisse tomber à genoux à ses côtés, abandonnant l'appui de Doku.
Tout ce sang perdu...
Je ne suis pas sûr de pouvoir le sauver...
Alors que cette pensée frôle mon esprit, je me mets à trembler.
Ma propre faiblesse m'écoeure.
Je préfère lui donner le peu de force qu'il me reste plutôt que le préserver pour moi et lui survivre.
Mes mains trouvent leur chemin vers le corps amorphe de Gojo.
« - Gojo... tu m'entends?..
Un léger frémissement se ressent sous mes doigts au son de ma voix. Il inspire une petite bouffée d'air, non sans un sifflement rauque, signe que le sang occupe les bronches.
Mon coeur se serre avec angoisse. Je n'aurais jamais assez d'énergie pour l'aider. Mais...
Je préfère tout tenter. Je peux pas le regarder mourir sans rien faire.
Je sens mon énergie affluer vers mes mains.
Je sais que je n'y survivrai pas.
Un fin sourire d'adieu s'immisce sur mes lèvres. Alors que je m'apprête à offrir mes forces une dernière fois, m'apparaît le visage de Yaone.
Son rire cristallin, ce rire que j'avais pu capturer lors d'une de nos rencontres, résonne doucement en moi... Il est le seul rire que j'ai jamais entendu d'elle... Un rire que je pourrai jamais partager avec elle...
Mon regard se pose sur le visage cireux de Gojo... Son souffle se fait de plus en plus faible.
... Si je ne le fais pas, je m'en voudrai toute ma vie.
Je rassemble mes deux mains au-dessus de sa blessure.
Pardon Yaone... Si j'avais pu comprendre plus tôt mes sentiments envers toi... Je suis désolé...
Je me sens glisser... Mes yeux quittent Gojo pour embrasser le voûte métallique. Brusquement, mon corps entre en contact avec le sol froid..?!
Je prends soudain conscience des mains de Doku plaquées sur mes bras. Les miennes ont été éloignées de leur cible.
« - Tu le sauveras jamais en agissant ainsi!
Mais qu'est-ce qu'il fait... mais qu'est-ce qu'il fait!
Affolé, je me débats pour échapper à son emprise.
Il n'a donc pas compris!
« - Si je fais rien, il va mourir!
Sous l'assaut de ma réplique, ses doigts s'enfoncent un peu plus dans ma chair. Je réalise soudain ma brutalité.
C'est son frère qui est en train d'agoniser... et je l'attaque comme s'il n'en prenait pas conscience!
Je lève le regard vers lui. Son visage, qui veut se montrer fort et indifférent, est trahi par ses yeux empreints de désespoir... Quel idiot je fais...
« - Pardon... Je suis désolé...
Son regard se détourne du mien.
« - Je veux pas de deux cadavres sur les bras. Il faut être lucide; tu n'auras jamais assez de force pour le maintenir en vie. Il faudrait que tu aies de quoi recharger tes batteries...
Ces yeux s'ancrent dans les miens.
« - Je veux que tu prennes mon énergie.
Que je quoi!!!
Je le dévisage, incrédule... Est-ce qu'il réalise ce qu'il vient de dire?!
Que je prenne son énergie... Je secoue frénétique de la tête, éberlué.
« - C'est impossible! Je n'ai pas la capacité de faire ça!!
Son regard vacille un instant.
« - Mais... si tu as la capacité de donner ton énergie, l'inverse doit être réalisable!
Je déglutis avec difficulté. Son discours tient la route.
Et s'il avait raison... Un sérieux doute m'envahit...
« - En admettant que ce soit possible... il faudrait que je sache comment procéder!
Mes yeux partent à la recherche d'une quelconque faiblesse dissimulée dans son regard. Mais c'est peine perdue. Il ne semble pas près d'abandonner.
« - Je suppose qu'il faut poser ses mains sur la personne concernée comme tu le fais d'habitude...
Il saisit mes mains et les pose sur ses épaules.
« - Vas-y. Essaie.
Doku... Un frisson d'appréhension parcourt mon épiderme. Comment lui dire?..
« - Ce n'est pas si simple...
Rien ne pourrait me paraître plus insurmontable que ce sourire tout à la fois douloureux, persuasif et empli d'espoir qui pare à cet instant son visage défait. J'inspire profondément.
« - Je ne peux rien te promettre..
Il place tellement de confiance en moi... Si j'échoue... si tout cela ne s'avère être qu'une belle théorie...
Je ne pourrais pas supporter l'anéantissement de Doku.
Le coeur serré, je tente de faire le vide en moi et ferme les yeux.
Je focalise mes pensées sur mon objectif.
Je dois... aspirer son énergie... aspirer...
... Je suis sûr que ça ne marchera pas...
J'ouvre les yeux et fixent mes mains dans l'espoir d'y voir un quelconque changement. Un infime espoir.
Rien ne s'est produit.
Je n'ose confronter le regard de Doku.
« - Je suis désolé...
Mais ses mains se plaquent impitoyablement sur les miennes.
« - Tu n'as pas réellement essayé. Tu n'étais pas assez concentré.
Mes yeux rencontrent les siens. Il a raison. Je me laisse influencer par mon inquiétude.
Je ferme à nouveau mon esprit. Cette fois-ci, je guide mes pensées, mon essence vers le creux de mes mains.
Peu à peu ils se sensibilisent.
Aspirer... il faut que j'aspire l'énergie de Doku...
Mes mains s'engourdissent; comme envoûté par ma litanie, elles semblent chercher une substance dont elles pourraient s'abreuver.. Assoiffées. Oui. Mes mains sont assoiffées de force humaine. Des picotements pareils à un arsenal d'aiguilles transpercent mon épiderme sensible tandis qu'un vent chaud s'insinue dans mes doigts pour submerger mon corps affaibli.
J'ouvre les yeux. De mes mains s'échappe, irréelle, une lumière dorée. Une joie intense inonde mon coeur.
Dokugakuji avait raison! Ca marche! On va peut-être pouvoir sauver Gojo!
Petit à petit, mon corps retrouve sa vigueur perdue.
Un large sourire s'esquisse sur le visage terne de Doku. Ses mains, qui agrippent les miennes, deviennent de plus en plus froides.
Mon corps, en demande de chaleur après en avoir été trop longtemps sevré, dévore implacablement celle qui niche dans le sien. Je n'arrive pas à contrôler sa faim.
« - Doku, il faut que tu lâche mes mains! J'en ai assez!
Ses ongles s'enfoncent dans ma chair. Un rictus s'inscrit sur son visage luisant. Il refuse.
Effrayé, j'assiste impuissant à l'augmentation excessive de mon énergie. Des points lumineux commencent à envahir mon champ de vision.
« - Doku! Lâche-moi!
Une douleur atroce traverse mon oeil droit. Le goût du sang envahit ma bouche alors que je me mord la lèvre inférieure pour ne pas crier.
... Il ne va pas...tenir...
Soudain, une explosion blanche se produit dans mon champ de vision droit.
Je hurle tandis que mon oeil artificiel vole en éclat.
J'inspire brusquement.
« -CA SUFFIT!
Dans un sursaut d'énergie, j'extirpe violemment mes mains des siennes dont l'étreinte s'est affaiblie. La séparation est brutale.
Après quelques instants de suffocation, je dévisage de mon oeil unique, en colère et inquiet, Doku qui s 'est affaissé sur lui-même.
« - J'en avais assez pour le sauver sans que tu y risques ta vie! Pourquoi as-tu fait ça?!
Il ne me répond pas. Son regard se fige sur ce qui reste de mon oeil droit.
« - Je suis désolé...
Là n'est pas la question.
« - C'est pas grave. Pourquoi as-tu fais ça?! J'aurais pu te tuer!
Doku inspire douloureusement, épuisé. Sa voix tremblante énonce cette phrase qui semble tout justifier.
« -... C'est mon frère...
Ma colère s'apaise mais pas la rancoeur.
« - "Je ne veux pas de deux cadavres sur les bras", c'est ça?
Il sourit. Non sans difficulté, il se redresse et se place près du corps de Gojo.
« - A toi de jouer.
Je soupire. Une angoisse abyssale me saisit à la vue de son visage cadavérique. Et s'il était déjà mort?
Un râle sinistre s'échappe de ses lèvres livides.
Je pose mes mains sur lui.
« - Allez.
Je déverse mes forces en lui. Bien vite, la plaie se referme pour laisser place à une peau lisse et brune.
« - Eh Gojo? Tu m'entends?
Doku se penche sur son frère et tente de déterminer une quelconque réaction de sa part. son visage prend peu à peu des couleurs. Tout à coup, sa poitrine se soulève pour inspirer profondément l'air ambiant. Une voix faible, fragile, glisse hors de ses lèvres violacées.
« - J'fumerais bien une clope...
Tout se chamboule dans mon esprit lesté par la crainte de sa perte. Ne reste en moi qu'un grand vide. Je me met à pleurer. Je suis tellement soulagé!
« - J'ai vraiment eu peur...
« - Tu es vivant...
Les yeux ternes de Gojo me dévisagent avec stupéfaction. Je souris.
« - On dirait bien...
Un lointain sourire flotte sur ses lèvres. Lentement, son regard se tourne vers son frère dont le visage affiche à présent un doux soulagement.
« - Les copines de Lucifer étaient d'enfer mais... j'préférais de loin voir vos gueules de déterrés...
Doku émet un rire discret interrompu par une main saisissant la sienne. Une autre glisse sur les miennes toujours en train de diffuser l'énergie engrangée.
« - Merci les gars... merci frangin.
Une foule d'émotions semble traverser en cet instant l'esprit de Dokugakuji. Brusquement il se met à se frotter les yeux de sa main disponible avant de reposer le regard sur Gojo.
« - Tu ferais de t'la fermer. Tu parles trop et ça devient chiant.
Gojo sourit. Sa voix prend ampleur et assurance.
« - T'as raison, ça doit être mes gènes féminins qui r'ssortent...
Sa peau se fait tiède sous mes doigts. Tant mieux. Ca veut dire qu'il recrée de l'hémoglobine.
Je sens soudain son buste se redresser.
« - Gojo, qu'est-ce que tu fais!
D'un geste sûr et adroit, il éloigne mes mains de lui.
« - C'est bon, j'vais mieux.
Je le jauge d'un air peu convaincu. Il est encore beaucoup trop pâle.
Alors que je m'apprête à le réprimander sérieusement, sa main saisit la mienne et m'attire contre lui.
« - Hé!
« - Tu sors à peine des vappes qu'tu voles à mon s'cours.
Sa paume frappe amicalement mon dos raide avant de me relâcher.
« - Merci vieux.
Je ne peux m'empêcher de ressentir une petite émotion face à cette reconnaissance offerte avec autant de sincérité.
« - C'est pas moi qu'il faut remercier, c'est ton frère. S'il ne m'avait pas offert son énergie, on serait tous les deux morts à l'heure qu'il...
Un cri vient brusquement interrompre mes explications. Un hurlement déchirant, douloureux...
Cette voix, c'est...
J'ai l'impression que le sol s'effondre sous mes pieds.
Ce cri. C'est Sanzo.
Je me redresse aussitôt et me met à courir dans sa direction. Je tente tant bien que mal à éviter les obstacles, handicapé par ma vue restreinte.
Quelqu'un me saisit par le bras.
« - Hakkaï, attends!
Je me retourne au son de sa voix. Un Gojo pâle, haletant et perlant de sueur se retient à mon bras. Je m'effraie.
« - Qu'est-ce que tu fais! Tu ne dois pas bouger!
Il reprend son souffle, secouant la tête par dénégation.
« - Je viens... t'y échapperas pas...
Mais...
Je le dévisage, affolé.
« - Tu es inconscient! Tu es en anémie! Si tu bouges trop, tu vas rechuter. L'énergie que je t'ai fournie est tout juste suffisante pour t'aider à faire rapidement de l'hémoglobine... Tu ne dois pas faire d'effort!
« - J'en ai rien à cirer... j'viens et t'as pas l'choix.
« - Désolé, mais c'est comme ça.
Je prends la fuite. Il faut que je m'éloigne vite. J'espère que Doku aura le réflexe de l'empêcher de me suivre...
Je me prends soudain les pieds dans une pierre. Une main me rattrape.
« - Tu as besoin de moi pour te déplacer. Si tu crois qu'ton oeil pété passe inaperçu...
« - Mais Gojo...
« - Putain Hakkaï!!!
Je n'ose lever le regard sur lui. Après tout, que pourrais-je lui répliquer? Avec un oeil en moins ma vision est faussée...
Je porte mon oeil restant sur Doku. Si l'inquiétude s'affiche clairement sur son visage, il ne fera aucun geste pour retenir son frère. Je ne sais pas totalement ce qui s'est passé durant leur enfance; mais il semblerait qu'un grand sentiment de culpabilité pèse sur les épaules de Doku. Un poids qu'il cherche à alléger en le laissant partir avec moi, malgré ses craintes.
Je jette un dernier regard vers l'endroit où gît le corps de Yaone. A côté d'elle, Ririn, recroquevillée sur elle-même. Son visage se lève vers moi pour offrir un sourire crispé.
« - ...Elle... elle va bien...
Je lui rends son sourire.
« - Merci Ririn.
Attend moi, Yaone.
Je saisis Gojo par la taille et l'aide à avancer.
« - Eh mais qu'est-ce que tu fous, j'suis pas encore cul d'jatte!
Je me tourne vers lui.
« - Tu me guides et moi je t'aide à économiser tes forces.
Malgré les protestations de Gojo, nous avançons cahin-caha vers le champs de bataille de Sanzo et Goku.
Ce cri me laisse présager le pire. Le sort de mes deux compagnons commence à prendre en moi des dimensions dramatiques. Un frisson d'angoisse me saisit.
Non, non. Je ne dois pas me laisser aller à mes craintes. Il se peut que j'aie confondu le cri de quelqu'un avec celui de Sanzo.
« - Après ça, ce con d'singe va être encore plus chiant...
Je me retourne vers Gojo, intrigué.
« - Pourquoi?
« - Avec le combat qu'il aura mené, il bouff'ra et il pionc'ra plus que d'habitude...
A cette pensée, je me mets à rire de bon coeur.
« - Il y a des chances...
« - Sans parler de Sanzo... Niveau amabilité, il va exploser tous les r'cords.
C'est sur l'image d'un Goku repus et béat et d'un Sanzo plus égocentrique que jamais que nous franchissons le seuil de notre destination.
Cette lueur d'espoir s'étiole violemment. Je lâche soudain Gojo, pris de fébriles haut-le-coeur.
Tout n'est que sang et ruine...
A quelques pas, imposant, gît le corps de Gyumao; de son oeil transpercé s'écoule un sang noir et opaque parant durement le carrelage blanc...
Je porte la main à mon nez, espérant pouvoir contourner l'odeur cadavérique qui s'en dégage.
« - Nom de dieu... Qu'est-ce qui s'est passé...
Livide, Gojo pointe son maigre doigt droit devant lui.
Mon coeur se soulève tandis qu'un liquide âpre remonte le long de ma gorge.
Mon dieu... je crois que je vais vom...
Je me retourne à temps. Mon estomac se comprime, éjectant de mon corps la bile amère, à laquelle se mêlent des larmes de douleur.
C'est...
C'était une femme. C'était une femme avant qu'on ne lui fasse ça...
On dirait que son corps a été broyé, déchiqueté et traîné sur plusieurs mètres. Des monceaux de chairs suintants forment une auréole écarlate autour de ce qui était autrefois son corps.
Ne reste d'elle qu'une masse informe et sanguinolente sur laquelle trône, tel un trophée, son visage lacéré.
Comment peut-on faire ça en étant conscient de ses actes... A moins que Gok...
Mon coeur fait un bond dans ma poitrine.
« - Où sont Sanzo et Goku?!!
Comme pour répondre à ma question, mon oeil se pose sur de longues traînées sanglantes s'éloignant des limites de la mare rouge et poisseuse.
La terreur me saute à la gorge.
« - GOKU! SANZO!
J'entends la voix de Gojo se mêler à la mienne. Mes pas me précipitent à la poursuite du chemin écarlate.
Par pitié... je vous en supplie...
Affolé, je lève mon regard pour tenter d'apercevoir l'issue de notre recherche.
Dans la pénombre, accolée à un mur, une silhouette prend forme, recroquevillé sur quelque chose.
Ou quelqu'un.
Mes doigts se plantent férocement dans ma poitrine.
Se balançant d'avant en arrière, Sanzo est en train de bercer le corps de Goku, dont la tête ballotte indolemment dans le vide.
D'un pas vacillant, je m'approche de lui.
« - Sanzo?..
A ma voix, ses mouvements se figent. Ses yeux quittent un instant le sol pour me fixer d'un oeil vide et hagard.
« - C'est ma faute...
C'est comme si tout mon corps se préparait à un choc imminent. Il n'en faut plus beaucoup pour que le monde s'effondre sous mes pieds.
« - Sanzo... qu'est-il arrivé à Goku...
Un silence lourd et opaque émane de sa personne, enveloppant mon angoisse et ma peur. Sanzo, convulsivement, resserre son étreinte autour de Goku.
Non... Je vous en supplie...
« - C'est ma faute, c'est ma faute...
Mon coeur m'abandonne. Je me laisse glisser à terre, brisé.
« -Non... non...
Ce n'est pas possible...
.O.
Non...
Une douleur aigue me transperce la poitrine.
Non... c'est pas vrai... pas ce con d'singe...
« - C'est une blague hein, c'est ça? Vous m'faites marcher... Allez, réveille-toi con d'singe, ça fait rire personne...
Ma réplique se perd dans le néant.
... Non!
« - REVEILLE-TOIII!!!
.O.
Il faut que je rejoigne Sanzo. Lui qui se montrait amorphe il y a quelques minutes s'est mis à trembler sous la réplique de Gojo.
J'ai peur de ce qu'il pourrait faire.
« - Sanzo?..
Ses yeux se lèvent sur moi, exorbités, ses lèvres se sont tordues en un sourire aliéné. Ce n'est pas moi qu'il dévisage ainsi.
« - Il est mort à cause de moi...
Sanzo...
.O.
Ce revolver pèse si lourdement dans ma main.
C'est suffisant pour me trouer la tempe...
C'est si simple. Un trou, un seul, et tout serait fini.
.O.
L'angoisse me submerge.
« - Sanzo...
Mais il ne m'entend pas. Son visage émacié se défigure brusquement en un cri d'horreur.
« - Ils meurent tous par ma faute!!!
Sa main plaque soudain Goku contre lui tandis que l'autre brandit le revolver qu'il accole à sa tempe.
« - NON!
Je me précipite vers lui et lui saisit le poignet.
« - Arrête!!!
Je tente comme je le peux de détacher les doigts de son arme.
Allez Sanzo! Je t'en supplie...
« - Gojo, viens m'aider!!!
Sa main agrippe à son tour la sienne, essayant de la dévier de sa position.
Par pitié...
« - Ressaisis-toi Sanzo!!!
Une détonation.
Une vague glacée m'immerge.
« - SANZOO!!!
Une mèche de cheveux glisse nonchalamment sur le carrelage émaillé.
La balle lui a éraflé le cuir chevelu.
« - Alors c'est ça! Tu veux t'faire sauter la cervelle!
Je me retourne vers Gojo. Des pleurs sillonnent son visage pâle.
« - Vas-y, te gêne pas! Mais alors Goku est mort pour rien! Putain, il a fait ça pour toi et tout c'que tu trouves à faire c'est t'faire exploser la tronche! Tu m'dégoûte!
Sanzo laisse tomber son arme en un bruit retentissant. Son regard vide s'emplit de larmes, coulant lentement sur le visage inerte de Goku. Le corps tremblant, il referme ses bras autour de ce dernier.
« - J'voulais pas pas ça... pourquoi a-t-il fallu que je l'emmène avec moi... mon dieu... qu'est-ce que j'ai fait... pourquoi... pourquoiiiiiiiii!!!
Horrifié, j'assiste impuissant aux gémissements de Sanzo, laissant libre cours à mes larmes.
.oOo.
... Où...
... Où suis-je?..
Il fait tout noir...
Je regarde en bas.
Waouh! C'est génial, je flotte! Comment on fait pour avancer? Il faut faire la brasse? Position de la grenouille!
C'est trop marrant! Il faudrait que je montre ça à...
Je m'arrête.
Mais à qui?
Je me retourne; j'ai entendu un bruissement.
... Je suis sûr qu'il y a quelqu'un.
Intrigué, je me mets à déambuler dans sa direction.
Il se trouve que je ne m'étais pas trompé. Dans l'obscurité se découpe une petite silhouette.
Mes yeux se froncent, pour finalement s'écarquiller.
C'est un enfant!
Heureux de ne pas me savoir seul, je me rapproche de lui.
Son accoutrement est étrange, il ne me semble pas en avoir vu de pareil: au lieu d'un pantalon et d'un tee-shirt, l'enfant est habillé d'un ample kimono brodé. Ses cheveux, tirés en arrière, sont maintenus en un chignon stylé.
Je lui souris.
« - Bonjour!
Contre toute attente, son visage se décompose, effrayé.
« - Mais qu'est-ce que tu fais là...
Le regard qu'il me lance chamboule mon enthousiasme. Je me sens soudain mal à l'aise.
Je suis sûr de connaître ce garçon.
« - ...Qui es-tu?
L'enfant sursaute à ma question, ses yeux s'emplissent de tristesse.
J'aurais dû me taire. Je l'ai vexé, j'en suis sûr...
« - Il est normal que tu ne te souviennes plus de moi, ni de tout le reste. C'est même moi qui ai voulu qu'il en soit ainsi... n'est-ce pas Goku?
« - Goku?.. C'est comme ça que je m'appelle?
Il acquiesce d'un signe de tête.
Cet enfant me fait peur tout à coup. Il semble me connaître plus que je ne le peux moi-même. Je ne connais même pas son nom...
« - Comment tu t'appelles?
Un sourire douloureux envahit son visage.
« - Nataku... je m'appelle Nataku...
« - Nataku?
Une douleur fulgurante déchire mon esprit en une multitude de formes et de couleurs. Des images défilent en moi; à la manière d'un fils que l'on tire pour découvrir ce qui s'y cache à l'extrémité, je remonte chacune d'entre elles afin d'en comprendre le sens.
Une souffrance familière et lointaine me submerge peu à peu. Soudain, son visage m'apparaît, tout à la fois doux et railleur.
Nataku. Mon ami.
« - Oui... Tu m'avais dit que tu me montrerais tes cachettes où il y avait des framboises... mais...
Son regard m'englobe de joie... et d'une infinie tristesse.
« - C'était il y a longtemps... il y a 500 ans... Il est temps que je te rende les souvenirs qui t'appartiennent...
Son visage s'assombrit.
« - Pourquoi as-tu l'air si triste?
Il secoue légèrement de la tête, faisant virevolter quelques mèches de cheveux.
« - Ne précipitons pas les choses. D'abord tes souvenirs, après mes regrets.
Ses doigts se posent délicatement sur mon front. Ils sont gelés.
Ses yeux croisent furtivement les miens.
« - Je veux que tu saches...que je suis désolé...
Avant que je ne puisse saisir le sens de son pardon, une intense douleur se répercute contre les parois de mon crâne.
Les souvenirs se déversent en moi, se révèlent et explosent en une infinité d'images et de sons.
Goku enfermé, Goku récupéré par Kanzenon, Goku jouant avec Nataku, Nataku blessé, Tenchan et ses livres, Kenren emprisonné...
Je me sens soudain étouffer tandis que des larmes douloureuses montent à mes yeux. Un visage m'assaille, celui de mon soleil, ma famille, celui de Konzen Doji mort dans mes bras, tué par Nataku. Je lâche malgré moi un cri de souffrance.
Il est des choses que l'on préfère oublier.
Mes yeux embués de larmes rencontrent le visage crispé de Nataku.
« - Pourquoi... pourquoi tu as fait ça?
Nataku se recroqueville sous le poids du remords.
« - Je suis désolé... Je... Je n'ai jamais su désobéir à mon père...
Son corps se met à trembler sous l'assaut des sanglots.
Je ne sais plus quoi penser...
Alors que je m'apprête à poser la main sur son épaule en signe de réconciliation, il se met à hurler:
« - J'étais jaloux! Jaloux de Konzen!
Mon geste reste suspendu dans les airs. Déstabilisé, je le regarde se replier sur lui-même, tremblant de tout son corps.
« - Mon père ne m'aimait pas. J'étais qu'un jouet entre ses mains et je le savais. Et pourtant... jamais je n'ai eu le courage de m'opposer à lui. Je n'avais que toi! Que toi!
Il lève un regard pitoyable sur moi.
« - Toi tu avais Konzen...
Je le dévisage soudain sous un nouveau jour. Toutes ces années de distance me dévoilent ce que mes yeux d'enfant ne pouvaient comprendre.
Il avait toujours été seul. Seul et incompris.
« - Je savais... que je n'avais pas ma place parmi vous. Konzen et toi... Même Konzen qui était irascible et égoïste avait le droit d'avoir quelqu'un à ses côtés... Tu le préférais à moi. C'est pour ça que je n'ai eu aucun mal à le tuer.
La froideur avec laquelle il énonce cette dernière phrase m'écorche à vif. Je le regarde, ses yeux m'évitent, honteux d'avoir prononcé tout haut ses pensées. Dans un effort qui me coûte beaucoup, j'ose lui demander:
« - ...Pourquoi?.. Qu'est-ce qui s'est passé?
Un long silence suit ma question. Nataku semble s'être fermé à moi et au monde, fuyant probablement le souvenir douloureux de ce jour. Finalement sa voix s'élève, faible et hachée.
« - Ils en savaient trop. Maréchal Tenpô, Général Kenren et Konzen Doji. Mon père... mon père cherchait à s'emparer du pouvoir. Il prévoyait un nettoyage des fidèles de l'Empereur afin de l'isoler et de lui porter le coup de grâce, avec le soutien du peuple céleste.
« - Et c'est toi qui devait se charger de tous ces meurtres.
Nataku se tait. J'en viens à regretter mon intervention, cependant le son de sa voix vient contredire mon appréhension.
« - Oui. Mais Kenren, Tenpô et Konzen avaient compris les intentions de mon père. Ils menaçaient à tout moment de dénoncer au grand public sa trahison. Alors... alors il m'a demandé de les tuer...
Il éclate d'un rire sans joie.
« - Il m'assurait que je n'aurais plus à tuer après son avènement... Dire que je l'ai cru... Il me promettait d'être plus présent, d'adopter un statut de père avec moi quand tout serait fini. Je me suis faufilé dans la chambre de Konzen et j'ai attendu.
Le visage de Nataku revêt un masque sombre et pitoyable. Mon coeur se met à battre la chamade, redoutant ce que je sais déjà.
« - Je l'ai tué sans effort. La lame avait transpercé son torse. Et puis tu es arrivé. Pour la première fois de toute ma vie, j'ai ressenti la douleur, la souffrance que signifiait la portée de mon geste. Je t'ai vu te précipiter vers lui en larmes, le bercer dans tes bras tandis qu'il se vidait de son sang, le supplier de rester en vie. J'ai senti peser sur mes épaules le poids de ma faute. Tu m'as dévisagé, anéanti, les mains couvertes de son sang. J'ai eu envie de mourir. Je t'avais trahi. Je t'avais trahi et je devais te tuer car tu étais un témoin. Jamais je n'avais autant haï ma position. Mon sabre se tenait à quelques centimètres de ta gorge prêt à accomplir son devoir.
Ses yeux se voilent de larmes. Au souvenir de la mort de Konzen, ma gorge se noue, la douleur m'immerge. Je me mets à pleurer.
« - Mais tu m'as souri. Sans haine, sans colère. Un sourire que je ne méritais pas. Je me suis senti soudain si sale, si... si pitoyable. J'ai retourné mon sabre contre moi et l'ai planté dans ce bras qui avait failli te tuer. Avant de que je m'évanouisse, je t'ai vu te jeter sur le corps de Konzen. Il était mort. Tu... tu n'avais plus toute ta raison. Tu t'es mis à hurler, à pousser des cris.. Et puis, ton diadème s'est mis à tremblé et s'est brisé. C'est tout ce que j'ai vu. Mais à ce qu'on m'a dit, tu étais devenu incontrôlable. Le maréchal Tenpô et le général Kenren avaient appris la mort de Konzen. Ils se sont précipités à ta rencontre et tu... tu les as tués. Sans état d'âme.
J'avais tué mes amis... J'ai l'impression de tomber de haut. Un frisson de révulsion me parcourt le dos.
« - Finalement, tu as été appréhendé grâce à l'intervention de Kanzenon. Tu as été arrêté pour le meurtre de quelques dieux, du général Kenren, du maréchal Tenpô, de Konzen Doji et pour l'agression du prince des dieux guerriers Nataku, par ordre de mon père. Il t'aurait proposé se travailler à ses côtés, mais tu lui aurais craché à la figure. Quand j'ai repris connaissance, il était trop tard pour plaider en ta faveur. Tu avais déjà été emprisonné sur Terre. Lorsque j'ai raconté à mon père ce qui s'était réellement passé, il a ri. J'ai vu alors pour la première fois son véritable visage. Je crois que je n'avais plus rien à perdre. J'ai dégainé mon sabre et l'ai tué. Jusqu'à son dernier soupir, il n'a manifesté aucun signe de tendresse à mon égard. Finalement, je me suis présenté devant l'Empereur et j'ai avoué le complot que tramait celui qui avait été mon père.
Il se met à rire.
« - J'ai reçu les plus chaleureux remerciement de l'Empereur. Les circonstances sont parfois ironiques. Il était prêt à m'offrir tout ce que je désirais. Mais lorsque j'ai manifesté le désir de te réhabiliter dans le monde céleste, il n'a pu accéder ma requête. Il était trop tard. J'étais seul. Finalement, j'ai demandé à me rendre auprès de toi. Tu ne t'en souviens probablement pas, mais j'ai pleuré en te voyant et tu as pleuré avec moi. C'est là-bas que j'ai compris ce que signifiait ton emprisonnement. Tu allais vivre confronter à tes remords, à ta douleur... et tout était de ma faute. J'avais trahi la seule personne qui m'aimait. Je me suis senti insignifiant et coupable face à ta peine... Alors j'ai pris la décision la plus pénible de toute ma vie: sceller ta mémoire afin de te permettre de vivre au mieux ton emprisonnement, afin que tu puisse vivre une nouvelle vie loin de moi et du royaume céleste, car je savais qu'on viendrait te libérer. Quant à moi, le remords et la solitude m'ont rongé peu à peu. Je me suis mis à oublier. A m'oublier. J'ai scellé au fur et à mesure mes souvenirs de la même façon que j'ai scellé les tiens, pour finalement disparaître. Mon corps n'est à présent qu'une enveloppe vide et terne.
Il m'adresse un sourire de connivence. Mon regard s'attarde sur son visage: sa douleur m'envahit et m'étouffe. Vivre 500 ans avec autant de remords n'est pas vivre.
Mon ami. Malgré tout, il reste mon ami. Il a su, sans hésiter, m'avouer des moments difficiles de notre existence.
Mes pensées se fixent soudain sur l'une de ses phrases.
« - Quelqu'un est venu me libérer? Qui?
Il sourit. Des sons étouffés envahissent peu à peu l'espace.
« - Tu ne l'entends pas t'appeler?
Les bruits, tout d'abord éparses, se muent soudain en cris.
C'est mon nom qui est prononcé.
Je me tourne vers Nataku, indécis. Celui-ci adopte un air encourageant.
« - Vas-y. Vas le rejoindre.
Comme sous l'impulsion de la voix de Nataku, ma conscience s'élève en direction des cris.
Je commence à paniquer.
« - Mais toi! Qu'est-ce que tu vas devenir?!
Son regard se fait doux et rassurant.
« - Il est temps pour moi de retrouver la place qui est la mienne.
Progressivement, son image s'efface. Comme s'il n'avait été qu'un rêve.
« - Dis, promets-moi qu'on se reverra! Promets-moi que je ne t'oublierais pas!
Surpris, ses yeux s'emplissent de larmes avant d'acquiescer d'un sourire radieux.
« - C'est promis!
Je me sens partir, glisser dans une lumière éclatante.
Réinvestir ce corps étriqué qui est le mien s'avoue être une expérience brutale.
Mes yeux s'ouvrent brusquement sur son visage ahuri. L'air s'insinue douloureusement dans mes poumons, éveillant la souffrance qu'évoquent mes blessures. Instinctivement, mes bras vont entourer son cou avant de replonger épuisé et endolori dans un sommeil sans fin.
Konzen.
Non. Sanzo.
FIN
Voila le dernier chapitre achevé… Je vous le demande encore une fois pour Célia-san, des reviews s'il vous plait !!!
Gros bisous
Selann…
A la semaine prochaine pour l'épilogue !
