KISS

2 – Premier miracle

Si vite ? Si pleinement ? Cela se pourrait-il ?

Ses mains.

Ses mains sont sur ma nuque. Elles sont douces. Chaudes. Tendres.

Je ne le vois pas. Il est derrière moi. Mais je sens sa chaleur tout près de mon dos nu. Si près. Mais il ne se colle pas à moi. Pas encore.

Sa main gauche glisse lentement le long de ma clavicule tandis que la droite entame une lente descente de mon omoplate, le pouce suivant le sillon de ma colonne.

J'en frémis.

Mes mains ne bougent pas. J'ai trop peur. Peur que mes mains ne chassent les siennes.

C'est si bon.

La main gauche s'est arrêtée sur mon bras, juste en dessous de l'épaule. Une bonne prise.

La droite vient se nicher sur mon flanc droit. C'est ma zone la plus sensible. Il le sait. J'en gémis. Un pur gémissement de plaisir tactile et de luxure.

Je tremble d'excitation. Et d'impatience.

Je ne veux pas me retourner.

Sa prise se raffermit lorsqu'il m'attire contre lui.

Sa chaleur ! Elle m'entoure. Elle m'embrase.

Aie pitié de moi ! Eteins cet incendie !

Je sens son souffle sur ma nuque. Je sens sa poitrine contre mon dos. Je sens ses jambes juste derrière les miennes. Je sens son sexe dur contre moi.

Je ferme les yeux. Je ne le sens que plus.

Ma queue s'agite de gauche à droite. Impatience.

Ses mains passent l'une sur mon torse, l'autre sur mon ventre, le tout sans jamais rompre le contact. Il m'enserre. Sa langue et lèvres jouent avec ma nuque.

Je ne peux m'arrêter de trembler.

Je l'aime.

Il devine ma pensée et me répond « Je t'aime aussi. »

Sa main droite vient toucher ma joue gauche et il me fait tourner la tête le plus possible vers lui. Je capte son regard.

Un vert si clair que je n'ai vu nulle par ailleurs. Perçant, limpide. Un regard d'éternité.

Il penche la tête.

Ses lèvres s'approchent des miennes, son souffle recherchant le mien.

Il m'emb…

BIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIP !

« AAAHH MERDE ! »

J'achève du tranchant de la main l'innocent réveil qui ne faisait que son travail.

Je reprends mon souffle. Très difficilement.

J'ai chaud. Je suis aussi essoufflé que si je venais de courir un 100 mètre. J'en ai d'ailleurs les soubresauts d'adrénaline. Et je suis en sueur.

Et j'ai encore souillé mes draps. Comme quand j'étais gosse.

3 jours.

3 putains de jours ! Ou de nuits pour être exact.

Je n'arrive pas à l'oublier. Mon corps n'arrive pas à l'oublier. Et chaque nuit, je rêve de lui. Et chaque matin je suis dans le même état.

Je tends la main pour prendre la boîte de mouchoir. En me nettoyant, je serre des dents, puis je serre les poings puis les yeux.

Frustration. Détresse.

Baron, patron des personnes en difficultés, j'ai besoin d'aide !

J'en peux plus. Je veux que ça cesse. Au lieu de me calmer, ces éjaculations nocturnes ne font que m'exciter d'avantage. Je viens juste de me réveiller, d'éjaculer et je n'ai qu'une envie, recommencer, histoire de me calmer vraiment.

Je pense à résister. Je résiste. 2 secondes, pas plus. Comme le jour d'avant. Et celui d'avant.

Pas besoin d'inventer un fantasme. Mon rêve est toujours là.

Le plus frustrant, c'est que jamais le baiser n'aboutit. Jamais le stade des caresses n'est dépassé. Mais c'est surtout le baiser. Toujours le baiser. Je l'attends, mais il ne vient jamais.

Va falloir que je change de traversin si ça continue.

« Salut toi !»

Tiens ! Elle est déjà là ?

« Salut Joyce ! T'es matinale aujourd'hui ! »

Là, elle fait son sourire d'iguane en coin. Signe qu'elle se fout de ma gueule. Je suis pris d'un doute. Je regarde ma montre.

« Euh…

- 'Euh' en effet. T'as presque une heure de retard, mon grand.

- Mais c'est pas possible ! Mon réveil a... »

La douche. Merde. Note pour plus tard : ne plus se tripoter sous la douche, ça met en retard.

« Ton réveil a quoi ?

- Euh… il a … euh … perdu une heure, on dirait.

- Mouais, on y croit. En tout cas, tu ferais bien de courir, y a Henri qui a commencé à affûter ses bois.

- C'est vrai qu'on est le premier mercredi du mois, fis-je piteusement » Le premier mercredi du mois est consacré au rangement et au mini-recensement des clients en retard. Et comme ces derniers jours, j'ai pas été des plus productifs, forcément …

« Je suis mort.

- Meuh non. T'es juste promis à d'atroces souffrances. Tant qu'il a besoin de toi, ta vie de risque rien.

- Super. C'est fou ce que tu es rassurante. »

Je commence mon sprint pour diminuer de quelques secondes la fureur de Henri quand je sens la main écailleuse de Joyce me retenir par la main.

IIICK ! Reptilereptilereptilereptilereptile ! Ca m'envoie des frissons de dégoût tout le long de la colonne.

« Minute matou. J'ai tes tickets resto du mois. Et j'ai besoin de ton autographe.

- Vivivi ! Je signe, je signe ! »Tout ce qu'elle veut pourvu qu'elle me lâche la main !

J'appose ma signature et repart en courant. Juste avant de quitter le hall, je suis pris d'un doute et jette un coup d'œil derrière moi pour voir le regard de Joyce remonter brusquement vers ma tête.

Remonter ?

Oh merde. Henri avait raison. Elle. Me. Mate. J'ai rien contre elle, mais … j'ai rien pour elle non plus. Et je ne sais pas quoi faire. Alors je fuis.

« C'EST A C'T'HEURE-LA QUE T'ARRIVES ! »

Aïe ! Finalement, je préfère Joyce. Je réagis courageusement. Je me mets à genoux.

« Pitiépitiépitiépitiépitié ! Promis j'le referai plus !

- UNE HEURE QUE JE T'ATTENDS ! TU SAIS QUEL JOUR ON EST, AU MOINS ? »

Il a doublé les signes de ponctuation. Très mauvais signe

« Oui, je sais, je suis désolé. C'est mon réveil. »Je m'aplatis encore plus. Pov' réveil, je lui en aurais cassé du sucre sur le dos. Mais dans un sens je ne mens pas. C'est mon 'réveil', ma sortie du sommeil, qui me pose problème.

Je dois vraiment faire pitié car il se calme. Il est pas méchant, Henri, il a juste le stress mauvais.

« Bon, file vite. Y a beaucoup de boulot, c'est tout. De toute façon, je me vengerai en t'obligeant à tenir tes délais pour une fois.

- Traduction, tu vas me mettre la pression jusqu'à ce que je pète un câble.

- Exactement ! fit-il avec un sourire sadique. Maintenant va, esclave ! T'as déjà trois machines à désinfecter et une à ausculter. Plus les trois à préparer pour ce midi.

- Et je respire quand, moi, dans tout ça ?

- J'espère que t'as bien respiré durant l'heure qui vient de se terminer. »

Sur ce il me plante là.

Ah Bon. Ben … Au taf, alors.

Je ne sais pas si vous connaissez le truc du porte-tasse. C'est quand les clients sont convaincus que le support du lecteur de CD, celui qui sort de la machine, est fait exprès pour poser sa tasse à café. Dans ma profession, c'est un classique. C'est pour cette raison qu'on a un bon stock de lecteur de CD et également d'essuie-tout pour le café renversé quand le porte-tasse pète.

Aujourd'hui, j'en ai un qui a innové. Après le porte-tasse, voici le mange-toast. Le type a posé un toast fin avec beurre et confiture sur le support du lecteur. Suite à un cahot quelconque dans la machine, cette dernière a refermé brusquement le lecteur. Vous devinez la suite.

Je devine la question : comment un truc aussi gros qu'un toast peut entrer là-dedans ?

J'en sais rien. Mais celui-ci a réussi.

Un désastre.

Heureusement, on a droit aux explications honteuses du type en question. Ca compense.

Pendant que je m'esquinte à tout nettoyer, Henri se pointe. J'ai bien bossé ce matin, ce qui l'a considérablement déstressé. Ses bois ont perdu de leur aspect acéré et il m'a même autorisé à manger ce midi.

« J'aurais besoin que tu t'occupes d'un client au comptoir.

- Oh non, pitié. Tu sais que j'ai horreur de ça. Je sais pas vendre, moi.

- Je sais, je sais, mais j'ai deux bonnes raisons. La première est qu'il a demandé un conseil technique » Ca, c'est toujours mauvais signe, parce qu'habituellement ça veux dire que le gars en question pense s'y connaître mieux que les professionnels, ce qui est très rarement le cas. Ca a tendance à rendre ce genre de clients susceptibles.

« La deuxième raison est en rapport à notre conversation de l'autre jour.

- La discussion sur l'apparition d'Elvis dans un hamburger ? demandé-je, surpris.

- Mais non, imbécile, répondit-il dans un petit rire. L'autre jour tu me demandais où trouver un mec. Ben j'ai trouvé pour toi.

- Euh, Henri, c'est pas pour te vexer, mais …

- Tutut ! Tais-toi et fais-moi confiance sur ce coup-ci. » Je reconnais le regard qu'il me lance. C'est le même que quand il sait qu'un client a absolument besoin d'un outil qu'il ne connaît pas encore. Je cède.

« Bon, bon, ok, ça marche. Fais-moi voir ta 8ème merveille, Marco Polo. »

Il sourit de sa victoire et je vais jeter un coup d'œil discret au comptoir histoire de voir de quoi il retourne.

Je me fige.

Net.

C'est Lui.

Je me retourne brusquement vers Henri, les yeux exorbités.

« Comment tu savais !

- Savait quoi ? Demande-t-il surpris. Ton type de mâle ? Y a qu'à voir sur quel type de clients tu baves depuis 3 ans. Si je n'me trompe pas, celui-là rentre parfaitement dans ta catégorie. » Fit-il sur son sourire faussement innocent.

Je me tais. Il ne savait pas. Je rejette un coup d'œil, pour être sûr.

Loup. Noir. Grand mais pas musclé. Yeux verts très clairs. Cheveux courts. T-shirt noir et jean's près du corps. Et beau. Divinement beau.

Pour l'instant il lit un de nos catalogues dans une posture totalement décontractée, accoudé au comptoir qui lui arrive à la taille.

Je panique.

Et je n'ai pas de liste.

Merde, je fais quoi ?

« Tu comptes le faire patienter longtemps ? » Le bambi diablotin est de retour. Il lit parfaitement mon désir pour ce loup. Il me connaît. Il sait que je viens de faire un Panic Kernel. Il va en profiter.

Il me pousse en avant.

J'apparais devant mon fantasme de ces trois dernières nuits en trébuchant à moitié, essayant de retrouver mon équilibre. Je n'ai pas la moindre idée de quoi faire ou dire. Pendant un moment, j'ose espérer qu'il se souvienne de moi.

Surpris tout autant que moi de mon arrivée brutale, il me regarde en hésitant de rire de mon atterrissage en catastrophe.

« Salut ! Lance-t-il avec un grand sourire.

- Euh… Salut.

- Vous êtes le technicien que j'ai demandé ?

- Hein ? Euh … Oui, c'est moi. En quoi je peux vous aider ? » Il tique. Aïe. Qu'est-ce que j'ai fait de mal encore ?

« Euh… désolé, mais j'ai pas trop l'habitude d'être vouvoyé. Ca me fait sentir vieux. » Dit-il avec un petit rire de gorge embarrassé, une main se grattant l'arrière du crâne.

Kawaiiiii

la ferme mes hormones !

Ah non, c'est la raison, là.

« Ah. Euh … désolé.

- Faut pas ! C'est moi qui ai commencé. On recommence. Salut. Je m'appelle Lucien. Lucié pour les intimes, mais tout le monde m'appelle Luc. Et toi ? » dit-il sans se départir de son sourire et en me tendant la main.

Mon fantasme a nom. Luc. J'aime déjà.

Il a le sourire communicatif. Je lui serre la main. Il a la main chaude.

Mrrrrrr. Charmant. Très charmant

j'ai dit la ferme, ma raison.

Perdu, c'est les hormones qui parlent, là. D'ailleurs, j'aimerais te faire remarquer que ça fait bien 4 bonnes secondes qu'on lui serre la main en souriant comme un idiot tout en le dévisageant. Tu ferais bien de réagir un peu.

Merde !

« Euh ! Pardon, je m'appelle Samuel. Enfin … Sam.

- Enchanté, Sam. Dis-moi, tu pourrais m'aider à choisir un ordinateur ?

- Un ordinateur ? Ben oui, sans problème. Quel genre d'ordi il te faut ? »

Bien, ma voix est assurée. Les ordis, je connais, pas besoin de liste. Je sais de quoi je parle.

« Quel genre ?

- Oui, quel genre ? Pour faire quoi si tu préfères ?

- Ben … euh … c'est ça le problème, j'y connais rien là-dedans. Qu'est-ce qu'on peut faire avec ? »

Du coup je suis un peu scié. Un mec de 25 ans qui n'y connaît rien en informatique, c'est bien la première fois que j'en rencontre un. Mais d'où est-ce qu'il sort ? Il n'a pourtant pas l'air retardé.

- Ce qu'on peut faire ? Ben c'est vaste. On peut travailler, écrire, faire des comptes, dessiner, faire du montage vidéo, de la musique, de la programmation, jouer …

- Jouer ?

- Hmhm, jouer. Je sais que c'est enfantin, mais c'est l'utilisation la plus courante d'un pc personnel.

- Oh je critique pas. J'ai toujours énormément joué. On peut jouer à quoi ?

- Tout dépend des goûts de chacun. Jeux de sport, de simulation, de chasse, plate-forme, énigmes, RPG, stratégie …

- La stratégie, ça me connaît. Il y a des jeux d'échecs ?

- Oh oui, mais c'est pas ce qui se vend le mieux. Tiens, en ce moment, on offre le jeu Black&White avec un PC acheté.

- Euh …

- J'explique. C'est un jeu de stratégie et de gestion. Le principe est que tu incarnes une divinité, bonne ou mauvaise, et tu gères tes villages et ta religion selon ton bon vouloir. La prospérité des villageois ou de ta religion dépend entièrement de ta façon de jouer. »

J'ai la surprise de le voir en train de me fixer avec les yeux écarquillés, un sourire naissant sur les lèvres.

« On peut jouer à Dieu !

- Oui. Ou au diable selon que l'on choisisse le cd blanc ou noir. »

Et il éclate de rire.

Sans retenue, sans complexe. Un fou rire total. Il est écroulé sur le comptoir, secoué par les spasmes de rire et il en pleure. Je n'y comprends rien, mais j'adore son rire. Il est communicatif comme son sourire. Je ne devrais pas, mais je commence à rire. Doucement d'abord, puis plus franchement, sans pour autant atteindre son volume. Henri passe la tête par la porte pour comprendre ce qu'il passe, puis retourne à sa cachette d'un air satisfait pendant qu'au fond de la salle, Joyce nous regarde d'un air tout aussi surpris, mais une légère crispation des mâchoires m'apprend qu'elle aussi essaye de ne pas rire.

« Oh purée, fit-il en reprenant son souffle, il me faut absolument ce jeu. Et un ordinateur pour y jouer. Tu peux me conseiller, dis ? me demande-t-il soudain avec des grands yeux de chien battu. Irrésistible.

- Demandé comme ça, c'est difficile de dire non, fis-je en souriant.

- T'inquiètes, c'est étudié pour. » Merde, encore un sourire sadique. Henri a de la famille parmi les loups ?

Je prends une feuille de commande et lui demande de commencer à la remplir le temps que je vérifie les stocks. Je passe de l'autre coté du comptoir pour vérifier le stock de jeux ainsi que les barrettes de Ram juste à coté.

« Sam ? Tu peux m'aider un peu, là, je suis un p'tit peu complètement paumé. »

Sphinx ! L'entendre prononcer mon prénom me donne la chair de poule. Je sens que mes rêves ne vont pas s'arranger. Je m'approche de lui en me penchant sur sa feuille.

« Quel est le problème ?

- Le problème est que je ne sais pas quoi remplir. A quoi ça correspond toutes ces références ?

- Ce sont les éléments qui vont constituer ton ordinateur. La tour, le clavier, l'écran et les composants internes.

- … Je m'excuse, mais c'est à peine plus clair. Tiens, ce code, là, il correspond à quoi ? »

En me demandant cela, il me prend insciemment l'épaule de sa main libre, tout en s'approchant de moi pour bien me montrer de quoi il parle.

C'est là que je remarque la plume. Il a un pendentif où est accroché une plume blanche. Par contraste avec sa fourrure noire, elle semble rayonner. Elle est accrochée à la chaîne par la tige centrale grâce à une petite pierre rouge translucide. Elle sort à moitié du T-shirt où elle était cachée. Je ne m'y connais pas assez pour savoir de quel oiseau ça vient. Un cygne sans doute. Ca lui va bien.

Tout à ma contemplation, je n'avais pas remarqué que sa hanche poussait contre la mienne, forçant mon coude entre nous deux à pousser contre son torse, de même que ma jambe à avancer un peu pour ne pas trop frotter tout contre la sienne.

En clair, il se colle à moi.

« C…ce c…code, là ? C'c'c'est la c…carte-mère. L'élément qui va relier t…tous les éléments eeeentreux.

- Ah, d'accord. Et celui-là ? »

Merde ! Il le fait exprès ou quoi ? Je parie qu'en ce moment je dois avoir la queue enroulée contre ma jambe ou en train de faire des nœuds. Faites que je ne panique pas, faites que je ne panique pas !

Curieux de voir pourquoi je ne réponds pas, Luc me jette un coup d'œil. Sauf que ce n'est pas le coup d'œil intrigué que je m'attendais à voir mais un regard amusé et calculateur avec tout ce qu'il faut de lubricité.

Ici la raison ! Message urgent : Il le fait exprès ! Je répète : Il le fait exprès !

Oh merde.

Ah non ! Il nous refait un Panic ! Vite ! Reboot ! Reboot !

Je le fixe, les yeux comme des soucoupes. Je peux rien faire d'autre. Mon corps réagit, lui. Il bande. Dur. Mon cerveau, lui, débande.

« Je sais ce que je vais faire, me dis Luc. Je vais te laisser remplir ça pour moi, vu que moi, je n'y pige rien. Mets-moi la meilleure configuration et surtout ne t'inquiètes pas pour le prix. »

Il se décolle de moi pour me redonner de l'air et me tends le stylo tout en me regardant avec un visage angélique totalement innocent.

Il n'est pas attardé. Là j'en suis sûr et certain. Il est intelligent. Et manipulateur. Et pas innocent. Oh que non.

Et je bande toujours. Faut pas qu'il s'en aperçoive.

Un coup d'œil de sa part, un petit sourire pas méchant mais satisfait et je sais que je suis grillé.

Curieusement, je sais qu'il ne l'a pas fait méchamment. Son sourire en tout cas me le dit. Il semble presque … appréciateur ? Naaaaaan. Arrête de rêver, mon grand.

J'avoue que là, je ne comprends plus trop. Au bar, ce type m'a complètement ignoré. Là, maintenant, il m'allume comme pas permis.

Je ne sais plus. Je ne comprends pas.

Je suis quoi, pour lui ? Un jouet ?

Il a du comprendre que quelque chose n'allait pas. Il s'approche de moi et me pose une main sur l'épaule.

« Sam ? Ca va ?

- Mia ? Euh … Oui … Oui, ça va. Fis-je pas très convaincu moi-même.

- Sam ? » Sa voix baisse de volume « Je suis désolé. Excuse-moi. Je pensais pas que ça te gênerait comme ça. Ca ira ? »

Merde. Avec un regard si inquiet et une voix douce comme ça … Misère. Qu'il arrête ou je vais vraiment tomber amoureux, moi.

« Oui. Oui, ça ira. J'ai pas l'habitude, c'est tout. » C'est un peu plus assuré cette fois. Plus vrai aussi. La gêne est autre. Elle n'est pas physique. Je peux la cacher celle-là.

« Luc, je vais voir avec mon collègue pour les prix, ok ?

- Pas de problème, je t'attends là. » Dit-il avec un sourire plus rassuré, plus confiant.

S'il y avait que moi, je l'embrasserai sur le champ.

C'est qui qui parle ? La raison ou les hormones ?

Perso, je serais pas contre moi non plus.

… misère…

Remplissant la feuille, je vais voir Henri, occupé à me remplacer dans le nettoyage du mange-toast. En me voyant, il ne peut bien évidemment pas se taire.

« Et bien ! Il t'a tout retourné, celui-là !

- S'il-te-plait, pas de commentaire.

- Là, tu peux toujours courir, chaton. Ca bat à combien à l'heure là-dedans ? me demande-t-il en me tapotant le torse.

- J'en sais rien, j'ai l'impression que ça s'est arrêté à partir du moment où il m'a dit bonjour.

- Ah quand même ! Et bien au moins tu pourras plus dire que les hétéros n'ont aucun goût en matière de mâles, lance-t-il avec un grand sourire victorieux.

- Arrête de te passer de la pommade et donne-moi le prix de cette config, s'il-te-plait.

- Rabat-joie. Faut bien que je me fasse des compliments, vu le nombre de fois que tu m'en fais.

- Je suis désolé, mais je t'en fais. Tyrannique. Sadique. Sans pitié. Hétéro…

- Stoooop ! j'ai compris l'idée. Dis donc, tu lui as fait une jolie config. Faut plus que je te refile les clients sinon tu vas nous ruiner.

- Va pas dire que je t'avais par prévenu. Je sais pas vendre, je suis trop honnête.

- C'est faux, tu es trop simple. Tu réponds correctement aux questions qu'on te pose. Tu ne sais pas embellir. Tiens, voila ton prix. Retourne auprès de ton roméo.

- Roméo ! Va te faire, Bambi !

- Et te piquer ta place ? »

M'énerve ! J'arrive jamais à avoir le dernier mot avec lui.

Quand je retourne dans le hall, je vois Joyce et Luc en grande discussion sur le Rock. Je savais que Joyce était une convertie, mais je l'ai rarement vue aussi enflammée. Faut dire que j'ai l'impression que je pourrais discuter de n'importe quoi avec Luc, il serait capable d'écouter avec une passion égale.

« Voila l'addition !

- Ah super Sam ! Combien je vous dois ? »

Joyce et moi, on en reste comme deux ronds de flancs devant un Luc qui sort de sa poche une liasse de gros billets.

Je crois bien que je n'ai jamais vu autant de billets d'un seul coup. Surtout aussi gros.

« Tu te ballades avec tout ça dans les poches !

- Hein ! Oh ! Tu veux dire les billets ? Ah oui, c'est vrai que j'ai pas encore eu le temps, fit-il avec son petit sourire gêné.

- Pas le temps ? Le temps de quoi ?

- De recevoir ma carte de crédit. Je viens tout juste d'arriver dans la région et je viens à peine d'ouvrir un compte. Du coup, j'ai pas encore de carte ni de chèque. Et comme je savais pas combien allais me coûter l'ordi…

- N'empêche, c'est pas très prudent de se ballader avec autant d'argent. D'autant plus que t'as encore rien à payer. Tu ne paieras qu'à la livraison du PC.

- Ah bon ! Cool, ça ! Et je l'aurais quand au fait ?

- Ben vu les pièces, le temps de tout monter et installer, pas avant une semaine, une semaine et demi. Repasse lundi en 8 et tu devrais l'avoir sans problème.

- Lundi en 8 ? Sans problème. Et c'est tout ?

- Pas encore, je le crains, intervient Joyce. Il nous faut quelques renseignements par mesure de sécurité. Adresse, numéro de téléphone et photocopie de carte d'identité.

- Ah … Pour la carte pas de souci, mais le reste, va falloir être patient.

- T'as pas d'adresse ! je demande surpris.

- Pas encore. Je te l'ai dit, je viens tout juste d'arriver. J'ai pas encore trouvé d'appart'. A moins que tu ne veuilles m'héberger ? me lance-t-il avec un clin d'œil. »

Merde, je rougis.

« Je plaisante, Sam ! lance-t-il tout de suite avec un grand rire.

- Il rougit bien, je trouve, remarque obligeamment Joyce, avec son petit sourire en coin

- Je trouve aussi. Très belle teinte.

- Il rougit pas comme ça avec moi. » fait-elle, boudeuse.

J'ai une réaction très mature. Je boude.

« Ceci dit, ça explique pas pourquoi t'as pas de numéro de téléphone, même portable.

- J'aime pas les portable. Pouvoir être sifflé à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit où que tu sois, ça me hérisse le poil.

- Ca doit être ton coté loup, fait Joyce. Ca m'embête quand même, je peux pas ouvrir un dossier si j'ai pas ces infos.

- Tu sais quoi ? La semaine prochaine, j'aurai un logis et une ligne fixe. Alors en attendant, je paye 10 de la somme et je repasse la semaine prochaine pour compléter le dossier. Ca vous va ?

- C'est pas très habituel, mais je sais déjà que t'as de quoi régler… Bon ça marche. J'ouvre le dossier à quel nom ?

- Xard. Lucien Xard. X.A.R.D.

- Ok. Ca marche. Pour les 10, tu peux faire le calcul avec la petite somme rondelette que tu vois en bas de cette feuille.

- Trèèèèès bien. Alors je vous dis à la semaine prochaine. Salut Joyce. A bientôt Sam »

Sur quoi il me plante un baiser sur la joue avant de disparaître par la porte.

« … Sam …, fait Joyce.

- Hmm ?

- … Respire, j'ai du mal à distinguer le rouge du violet. »

J'ai même pas besoin de la regarder pour savoir qu'elle a son petit sourire en coin.

… Misère …