Merci encore Nelja, toi qui semble être la seule à me lire
Je continuerai quand même :p
Sinon, je reprécise : histoire homo, personnage à moitié animal, bible revue et corrigée par mes soins et ce qui n'est pas dans la bible est à moi. Donc pas touche. J'ai aussi piqué des trucs au jeu de rôle In Nomine Satanis / Magna Veritas. J'espère qu'ils ne m'en voudront pas trop.
Bonne lecture
KISS
Chapitre 4 – Moments intéressants
Je l'aime.
J'en suis le premier surpris.
Mais je l'aime.
Il est fragile, farouche, plein d'un désir désespéré.
Aimant. Aimable. Aimé. De moi.
Il est celui que j'attendais.
Et lui ? M'aime-t-il ?
Gabriel a-t-il changé quelque chose entre nous ?
M'aime-t-il ? Et si non, puis-je me faire aimer ?
M'aimes-tu… Samuel ?
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Chaleur.
Sa chaleur.
Sur mes hanches.
Ses mains sont sur mes hanches.
Ses lèvres sont sur le bas de mon dos.
Lentement, si lentement, il remonte le long de mon échine.
Ca double l'intensité des frissons qui la parcourent.
Dans le mouvement, ses mains glissent vers mon ventre où elles se croisent.
Ses lèvres, sa langue sont sur ma nuque, mon épaule, mon cou.
Son corps bouillant collé au mien.
Sa main droite remonte sur mon torse tandis que la gauche descend. Me saisit.
J'en gémis.
Il mordille mon épaule et sa main droite caresse mon visage. J'en profite pour lui sucer un doigt, j'ignore lequel.
Il me fait tourner la tête vers lui. Je cherche immédiatement ses yeux.
Verts clairs. Vert-eau.
Je le regarde.
Il me regarde le regarder.
Un mouvement de sa main gauche me fait fermer les yeux de plaisir.
Il en profite pour m'embr
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BIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIP !
…
Ne. Pas. Hurler.
…
Finalement, j'opte pour un gros soupir excédé.
C'est plus frustrant qu'agaçant. A se demander si je vais pas lui rouler une pelle dès que je l'aurais sous la main.
Bon, au lieu de fantasmer sur l'impossible, je ferais mieux de nettoyer, moi.
Et le nouveau rituel commence : nettoyage, pas branlette (ça met en retard), levage, abdos, mangeage, toilettage, habillage et enfin coursage parce que je sais que quoi que je fasse, je vais être en retard. Je suis vraiment trop lent le matin. J'aime trop traîner. C'est souvent dû à la douche.
Pas pour la raison à laquelle les esprits pervers penseraient immédiatement, mais parce que j'adore l'eau. L'eau chaude, j'entends, faut pas déconner non plus. Un chat qui aime l'eau peut paraître bizarre, mais c'est pourtant mon cas. Ca me délasse, me détend et m'hypnotise presque. C'est pour ça que je ne prends de bains que si j'ai au minimum deux heures devant moi.
Bref !
Arrivé au boulot, la première chose que je vois c'est Géronimo.
« Déjà de retour !
- S..salut Sam !
- J'aurais cru qu'ils t'auraient gardé plus longtemps. Comment tu te sens ? »
Le lévrier me tend son bras droit, immobilité par un de ces nouveaux plâtres en résine.
« Ca g..gratte ! C'est hor..rrible !
- Plains-toi ! T'aurais préféré un plâtre à l'ancienne ?
- P..pour me ret..trouver le bras ép..pilé ? M..merci bien !
- Surtout que t'es déjà pas bien épais, j'imagine même pas sans les poils. En tout cas, t'as l'air mieux qu'à l'hosto.
- C'est vrai que t'avais pas l'air très frais, Jeudi, intervient Henri après m'avoir serré la main.
- Les d..drogues pour pas q..que je bouge. Les m..muslces avaient d..déroullé.
- Je penche aussi pour le changement de bouffe. J'ai vu ton repas du soir, on aurait dit du vomi froid.
- Ah s..ça ! Je b..bénis le s..steak-frite.
- Amen ! » fait Henri en même temps que moi.
Les médecins ont dit qu'il avait eu une veine de pendu. S'il n'y avait pas eu notre sauveur, Mr Mambrer, il y passait. Ca me fait froid dans le dos rien que d'y penser.
Y a quand même une chose qui me gêne.
La mise en garde.
Je dois avouer que la bagarre de mercredi dernier m'a vraiment surpris. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé entre eux deux, mais ça a du être saignant. Bien sûr, je ne suis pas objectif, mais …
Je n'arrive pas à comprendre.
Gabriel Manbrer semble quelqu'un de bien, en tout cas de professionnel, de responsable. Genre bien sous tous rapports. Limite ennuyeux. Mais pas du genre à se fâcher ou rancunier.
Luc, lui, est plus … vivant, je dirais. Plus sociable sans doute. Plus remuant. Et certainement pas ennuyeux. Mais quelqu'un de bien quand même. Gentil, agréable. Je n'aurais jamais pensé le voir en colère.
En fait, ils semblent avoir un mode de vie diamétralement opposé. Qu'ils ne soient pas copains est pas franchement étonnant, mais fâchés à mort, ça, ça l'est.
Aucun des deux ne sont du genre à se fâcher ou entrer en colère. Luc est du genre à prendre ça à la rigolade et Mr Mambrer à réagir avec calme quelque soit la situation.
Je crois que c'est ce calme qui me gène le plus, justement.
Empoigné, je me serais débattu, hurlé, griffé. Pas lui. Il n'a pas réagi.
C'est pour ça que je n'arrive pas à prendre son avertissement au sérieux. Il ne me met pas à l'aise.
Géronimo, par contre, ne jure que par lui, désormais. Il est devenu son héros, malgré son nom. Il a été très déçu de savoir qu'Henri lui avait fait cadeau des barrettes. Ben oui, pas de chèque, pas d'adresse. Il voulait le remercier en personne.
C'est pour ça qu'il est là ce matin. Il espère qu'il repassera.
Moi aussi. J'aimerais lui poser quelques questions.
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Je pige pas.
Ca va faire presque 1 journée que je suis dessus et je ne vois rien.
La cliente qui nous l'a amené nous a signalé un problème au niveau de l'affichage. Les couleurs n'arrêtaient pas de changer, selon elle.
Ben je cherche depuis vendredi midi et rien de rien.
Ecran testé et allumé depuis vendredi : rien.
Carte vidéo testée et branchée sur un autre poste depuis vendredi : nada.
Carte mère testée et branchée sur un autre poste depuis vendredi : niente.
Disque dur testé et passé à l'anti-virus : nanimo.
Configuration vidéo et pilotes vérifiés, bios, windows, tout ce qui est testable, j'ai testé : Nichte.
Nothing, que dalle, que nib, peau d'balle, peau d'zob, rien de rien de chez rien.
Y en. A. Marre.
« Je réclame une pause ! J'en ai ma claque !
- T..toujours rien ?
- Nope ! J'ai beau chercher, je trouve rien. A part un tétris, il n'y a absolument rien de suspect sur cette machine. Personne n'a jamais entendu parler d'un truc pareil sur internet. Je jette l'éponge. Pause, pause, pause ! J'ai besoin d'un café pour me calmer !
- Ben essaye le déca, t'auras certainement plus de succès, me fait Henri en me suivant, suivi de près par Géronimo.
Nous réveillons Joyce qui rêvassait et nous asseyons dans la cafétéria.
Pendant que je remue mon café au lait en râlant sur les machines récalcitrantes et la loi de Murphy en général, je capte le regard d'Henri qui me fait signe de la tête de jeter un coup d'œil à Joyce.
Intrigué, je regarde discrètement. C'est vrai, qu'elle est silencieuse aujourd'hui. Pas de mise en boîte, pas de sourire en coin, rien. Elle rêvasse encore, les yeux perdus dans un café noir tournoyant.
Je retourne à Henri en haussant un sourcil.
Il me fait signe de regarder encore.
Je regarde à nouveau et vois Joyce sourire à son café.
Je retourne à Henri, l'air franchement surpris en mimant un « Naaaaaaaan ! » suspicieux.
On entend un petit soupir.
Henri hoche vigoureusement la tête. Je me tourne vers Géronimo qui suit notre 'conversation' depuis tout à l'heure pour lui demander silencieusement son avis.
Lui aussi hoche la tête.
Je me dévoue.
« Ca va Joyce ? je demande, en espérant prendre une voix innocente crédible.
- …Hmmhmm … répond-elle sans lever les yeux.
- T..Ton week..k-end c'est bien p..passé ?
- Oui oui… toujours les yeux dans le vague.
- Comment il s'appelle ? demande innocemment Henri.
- Hein ! D..de qui tu parles ? demande précipitamment l'iguane.
- Elle rougit … enfin verdit, je remarque.
- Je rougis pas ! se défend Joyce, la teinte s'accentuant.
- Alors ? demande impitoyablement Henri en souriant. Il s'appelle comment ?
- …
- On te lâchera pas avant, tu sais …
- … Il s'appelle Harry, lâche-t-elle finalement avec un grand sourire niais.
- Décidément, c'est chacun son tour, ici, fait-je faussement agacé.
- Viv..vement le mien, a..alors !
- Alorsalorsalorsalors ? Racoooonte ! » exige un Henri aussi excité qu'un gosse à noël.
Je répète ce que j'ai déjà dit : ce cerf serait au septième ciel à la tête d'un agence matrimoniale.
« Y a pas grand-chose à dire, en fait. On s'est rencontré à un concert de rock samedi. C'est une hermine. On a juste discuté un peu...
- Et … ?
- …Et on a rendez-vous demain soir ! termine-t-elle aussi excitée que Henri qui la félicite hystériquement.
- Ben t..toutes nos fé..félli...félisss..citta
- Félicitations.
- M..merci, Sam. B..bravo à toi, Dj..joyce ! fait-il en levant son gobelet, suivi par Henri et moi.
- Merci les gars, répond une Joyce rougissante mais visiblement aux anges. Oh vous verrez, il est adorable. Et si mignon !
- Je pourrais t'appeler Juliette ? » demande-je sournoisement.
Un regard noir me répond.
« Euh … je vais p'têt' retourner à mon poste, moi…
- Sage décision, Roméo »
Ah bah non, elle est pas cassée, notre Joyce. Le sourire en coin est toujours là.
Je fuis à mon poste pour prendre le téléphone et annoncer mon échec à la cliente, à cette heure à son travail et glaner quelques pistes supplémentaires sur son problème à la con.
Quand Géronimo revient, il me retrouve le visage enfoui dans les mains, secoué pas un fou-rire nerveux.
« Q..Quoi ?
- La cliente ! Elle est en congé maladie ! j'hurle, luttant contre le fou-rire.
- Et alors ? demande-t-il, complètement perdu.
- Elle va se faire opérer des yeux ! Elle voyait mal les couleurs ! »
Gérôme se prend la tête en grognant d'un air navré alors que je repars de plus belle dans ma crise.
---
Aux alentours de 4 heures, la porte du magasin s'ouvre, chose rare un lundi après-midi, ce qui attise ma curiosité.
Ce qui en double l'effet, c'est la phrase de 'bienvenue' de Henri.
« Tiens donc ! Regardez qui se ramène ! » Fait-il d'une voix froide. Très froide. Limite polaire. Le genre de froid tout juste avant le blizzard. On entend presque les reproches racler le plancher.
Je n'ai jamais entendu Henri accueillir un client comme ça. Le temps d'échanger un regard surpris avec Génronimo, nous nous levons d'un seul geste pour nous précipiter vers la porte.
Porte qui nous claque littéralement au museau. J'ai tout juste le temps d'apercevoir Luc.
« Bougez pas les enfants, j'en ai pas pour longtemps mais ça vous concerne pas. » Fait la voix de Henri à travers le bois avant d'entendre la clé tourner dans la serrure.
Je déglutis. Luc va déguster. J'ai rarement entendu Henri aussi furax, même quand j'ai une heure de retard.
Je croise le regard de Géronimo, très surpris et totalement largué. J'ai à peine pu lui apprendre que la victime est Luc que les premiers hurlements de Henri se font entendre. Une micro-seconde de concertation silencieuse avec le lévrier et nous collons simultanément nos oreilles à la porte.
« DANS MON MAGASIN ! A UN DE MES CLIENTS ! NON MAIS TU PEUX ME DIRE A QUOI TU PENSAIS ?
- C'est une affaire personnelle entre moi et Gabri…
- J'EN AI RIEN A FOUTRE ! ON N'ATTRAPE PAS LES GENS COMME CA !
- Ecoute, Henri, fait Luc d'une voix menaçante, cette affaire avec Gabe, ça ne regarde que moi !
- PAS CHEZ MOI ! PAS DANS MON MAGASIN ! DEHORS SI TU VEUX, MAIS PAS CHEZ MOI ! ET QUAND GABRIEL MAMBRER, JE T'INTERDIS DE LE TOUCHER EN MA PRESENCE ! IL A SAUVE LA VIE D'UN DE MES COLLEGUES MERCREDI ! »
Silence
« … Sam ? » Fait la voix inquiète de Luc.
- Non, pas Samuel. Gérôme, renseigne Henri qui se calme avec un soupir. Sam n'a rien. »
Un autre soupir se fait entendre. De soulagement, celui-ci. Luc.
Gérôme me donne un petit coup dans les côtes de sa main valide en souriant avant de lever le pouce de son autre main. J'en rougis.
« Ecoute, Luc, je sais pas ce qu'il s'est passé entre toi et Gabriel Mambrer, et je veux pas le savoir, mais je ne veux plus de bagarres dans mon magasin. T'es sympa et je te demande pas d'aimer tout le monde, mais règle tes affaires dehors. Okay ?
- D'accord. Je te présente mes excuses pour mercredi. Ca n'arrivera plus, je te le promets.
- Excuses acceptées, mais ne compte plus sur moi pour te laisser seul au comptoir.
- C'est correct. »
Et là, plus un bruit. Intrigué, je me colle encore plus à la porte pour tenter de mieux entendre et mon collègue fait de même. Mais quand on entend la clé tourner, nous échouons à nous relever précipitamment et nous aplatissons au sol quand la porte s'ouvre brusquement, aux pieds d'un cerf et d'un loup visiblement très fiers de leur coup.
« Alors ? demande Henri. On écoute aux portes ? »
On a vraiment l'air fin, Gérôme et moi, emmêlés par terre. Les ricanements lointains de Joyce n'aident pas.
- Eeeuuhhh … Fais-je très intelligemment, rouge de honte cette fois.
- S..sam, pousse-toi ! J..j'arrive pas à me re..rel'ver.
- Euh, oui, excuse-moi, je réponds en l'aidant.
- Ooooh je suis déçu, fait Luc. T'aimes pas être à l'horizontal ?
- Faut reconnaître que le plancher a pas l'air confortable, dit Henri.
- Ca ou le partenaire.
- C'est ça, marrez-vous.
- T'inquiète, c'est ce qu'on fait. Oh ! Attends, Gérôme. »
Henri, rapidement suivi de Luc, nous aide à nous démêler, me voyant plus gêner mon ami qu'autre chose.
« Qu'est-ce qui s'est passé, au fait ? demande le loup noir en désignant le bras de son cousin canin.
- Un m..machine p..pas symp..pa m'a env..voyé tout le c..courant qu'elle avait. J'ai v..volé en arr..rière. Ap..après je sais p..plus.
- Ouch.
- Comme tu dis. C'est moi qui l'ai reçu. Par contre, c'est Mr Mambrer qui lui a fait le bouche-à-bouche quand on a remarqué qu'il respirait plus.
- Ou..ouais ! C'est m..mon nouv..veau héros ! » lance Géronimo, les yeux remplis d'admiration.
La grimace de Luc n'échappe ni à moi ni à Henri.
« Puisque j'ai toute l'équipe sous la main, fait Luc pour changer de sujet, y en a un qui pourrait me dire si ma machine est prête ?
- Ta machine ? fait Henri. »
Je me mets brusquement à rougir. J'avais oublié que c'était aujourd'hui ! La machine est prête depuis jeudi, mais avec toute cette histoire …
« F..faut d..demander au chaton, renseigne aimablement Gérôme.
- Le chaton t'emmerde, Géronimo, et oui elle prête, Luc.
- Bah j'espère bien qu'elle est prête ! Il a passé quasiment une semaine dessus ! Un scandale ! Il veut couler la boîte ! » se plaint aussitôt Bambi.
Pendant que le cervidé m'accable de tous les maux de la terre, je passe dans l'atelier pour récupérer les cartons. Quand je les pose sur le comptoir, je vois Luc me lancer un regard perplexe.
« Euh … Il est encore en pièces détachées ?
- Meuh non. C'est juste le clavier, la souris et l'écran qui sont dans les autres. C'est pour pas qu'ils s'abîment durant le transport.
- Et je fais comment pour les assembler, moi ?
- Tu suis la notice, c'est très bien expliqué.
- Hmm … Tu pourrais pas venir m'aider plutôt ?
- Euuuh…Chez toi ? demande-je en essayant de ne pas déglutir trop fort.
- Hmmhmm. Comme ça je suis sûr de pas faire d'erreur et je ne la ramènerai pas sinon tu risques de passer une autre semaine dessus.
- Il va venir t'aider ! intervient brusquement Henri.
- Ah bon ? fais-je surpris.
- Et pas plus tard que tout de suite d'ailleurs ! T'as le reste de ta journée, Sam. »
En moins de temps qu'il faut pour le dire, il me met ma veste et ma trousse à outils dans les mains et nous pousse moi, Luc et les cartons, vers la sortie.
J'en suis encore à cligner des yeux quand Luc éclate de rire.
---
Quand Henri revient au comptoir, après avoir vérifié que les deux tourtereaux avaient chargé les cartons et pris leur voiture respective, Luc en tête, il croise les regards affligés de ses deux collègues.
« Quoi ?
- Marieuse, fait Joyce.
- P..pas mieux. »
Ce à quoi il répondit par un grand éclat de rire.
« T'aurais quand même pas dû être aussi pressé, reproche Joyce.
- Pourquoi ça ? fait Henri en s'essuyant les yeux.
- Tu lui as pas laissé le temps de payer.
- OH PUTAIN ! »
---
Quand on arrive devant l'immeuble de Luc, j'ai un peu de mal à croire.
1 – Je suis avec lui.
2 – On va rentrer dans son appart. Je sais donc où il habite.
3 – Le quartier et véritablement chic. Je savais déjà Luc riche, mais quand même.
Mais quand j'arrive dans l'appart proprement dit, deux choses me frappent de plein fouet.
La chaleur et la vue.
La température est étouffante et c'est véritablement immense.
Le fait que j'habite un petit appart mal chauffé n'aide pas.
Je suis sur le cul.
« Miiaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !
- Oui, c'est à peu près ce que j'ai dit quand je l'ai vu. Sauf que ça ressemblait plus à un 'wouah' qu'à en 'mia'. Du coup j'ai même pas discuté le prix.
- C'est … c'est … gigantesque.
- J'avoue. Je l'appelle mon petit Byzance.
- Par contre, c'est normal qu'il fasse aussi chaud ?
- Ah oui, merde, j'avais oublié, fait-il en se précipitant vers une fenêtre. Tu m'excuseras, mais j'adore la chaleur. Et comme l'isolation est géniale, ici, ça chauffe vite et ça reste. Un vrai petit 'paradis' » fait-il avec un petit rire tout en baissant le thermostat.
Une fois remis de ma surprise, je dépose mes cartons près des siens et j'enlève ma veste, complètement superflue.
« Viens, je vais te faire la visite. »
Outre le salon, déjà équipé d'un canapé mais encore encombré des cartons de l'emménagement, Luc me fait découvrir la salle de bain, où se trouve une baignoire ressemblant plus à une petite piscine qu'autre chose, dans laquelle je rêve déjà de me prélasser paresseusement, la cuisine, rutilante, les toilettes, vitales, et la chambre à coucher où je laisse échapper un petit 'tiens !' d'étonnement.
« Quoi ? me demande Luc.
- Rien. Je croyais juste que tous les mecs friqués avaient un matelas à eau.
- Ah ça ! Je dois bien avouer que j'y ai pensé, mais je me suis rappelé que les félins avaient les griffes très pointues, alors j'ai opté pour plus classique.
- … Les félins ? Mais t'es canin ! Pourquoi tu … euh … » je me tais en voyant le regard concupiscent qu'il me lance.
« Tu plaisantes, là ? je demande.
- Non, répond-il avec le plus grand sérieux.
- Euh ….
- Bon ! On se le monte, cet ordi ? » fait-il brusquement en passant simultanément du coq à l'âne et d'une pièce à l'autre.
Je reste très con pendant un moment. Je n'arrive pas à détacher mon regard du lit.
Qu'est-ce qu'il peut faire chaud dans cet appart, bon sang !
Quand je retourne dans le salon, Luc est déjà occupé à sortir le clavier. J'ouvre alors ma 'trousse à outils' pour récupérer un cutter afin d'ouvrir les cartons. Ce que j'y découvre me fait refermer ma trousse brutalement avec un grand claquement. Luc me jette un coup d'œil surpris.
« Euh… c'est rien. Tu peux poser le grand carton sur la table, s'il-te-plait ? »
Je profite de ce qu'il s'occupe du carton pour retirer et mettre discrètement dans ma poche le préservatif qu'un petit malin, sûrement du genre à corne, avait glissé dans ma trousse.
Durant l'heure qui suivit, je lui installa sa nouvelle machine, tout en lui expliquant tout bien comme il faut où chaque câble se branche, chaque prise et conneries à éviter afin qu'il puisse le faire lui-même, tout en racontant les plus belles catastrophes que j'avais pu constater, le nom de LaQuale revenant souvent.
J'ai tout juste branché l'écran que mon téléphone se met à sonner. Quand je décroche, c'est pour entendre ça :
« Alors, lâcheur ! Tu m'as pas appelé ce week-end ! T'étais trop occupé ou quoi ? »
Meeerrrrde, Harvey ! J'ai complètement oublié de le rappeler samedi ! Je devais lui raconter ma deuxième rencontre avec Luc.
« Har…euh… Monsieur Carroll ?
« Monsieur Carroll ? Pourquoi tu m'appelles par mon nom, maintenant ?
- Euh .. bonsoir Mr Carroll. Comment allez-vous ?
- Sam ? T'es sûr que tout va bien ? T'as une drôle de voix.
- Euh … oui oui, ça va bien, Monsieur. Je … euh … m'excuse mais je ne vais pas pouvoir rester longtemps avec vous, je suis chez un client, là.
- Un client ! A c'tt'heure-ci ? Oh ! Oooooooooooh je vois … A tout hasard, il serait pas du genre loup, ton client ?
- Euh … si si, c'est ça.
- Et t'es chez lui, là ?
- … Oui, c'est exact…
- Eh ben dis donc ! Alors, raconte ! C'est comment ?
- Y a … euh … beaucoup d'espace … disque.
- Grand ? Grand comment ?
- Pas loin de 100 giga, au moins. J'ai pas eu le temps de tout voir.
- Fiuuuuuuuuuuu. Et c'est comment ?
- Ben … l'installation a été bien faite, je dirais.
- Un loup qui a du goût en plus. Et lui ? Il est comment là ? Il est comment, torse nu ?
- Je … euh … je sais pas encore … J'ai pas eu l'occasion de regarder sous le capot de la machine.
- Quoi ! Alors là, tu me déçois, chaton ! Et toutes les leçons que je t'ai données, alors ?
- Pas applicables. J'ai manqué de temps.
- Ben tu vas me faire le plaisir de remédier à ça tout de suite ! Tu l'as embrassé au moins ?
- Euh … Non .. Désolé…
- Sam …
- Oui ?
- T'es une cruche. Vraiment… Bon, écoute-moi bien, ta mission pour ce soir est de l'embrasser. Sur les lèvres, je précise. Et c'est le minimum.
- Je demande pas mieux, mais …
- Et je veux un rapport demain sans faute. C'est bien compris ?
- Euh …
- Je suis bon prince, je te laisse la nuit de libre, on sait jamais.
- Je sais ce que je vais faire. Je vais vous envoyer un mail de chez moi afin de tester votre messagerie. Ce sera le plus simple.
- Ouais, bonne idée. Comme ça, même si elle tombe encore, tu seras obligé de venir ici. Ok, ça marche ! A demain Chaton ! Et n'oublie pas : aie confiance en toi ! Kiss !
- Oui, c'est ça. Au revoir Monsieur Carroll. »
Je raccroche en murmurant un 'désolé' à Luc qui n'a pas cessé de me regarder avec un sourire en coin durant tout l'appel.
« C'est une des raisons pour lesquelles je déteste les portables, me dit-il. Pas moyen d'être tranquille, même quand on est chez les autres.
- Oh ça va, c'était pas méchant.
- Pourtant j'ai eu l'impression que tu te faisais passer un sacré savon, dit-il en souriant toujours.
- Euh … ben … c'est-à-dire que j'ai oublié de rappeler ce …euh … client. Alors forcément …
- Exigeant, hein ?
- Pressé surtout. C'est un lapin.
- Ah d'accord. Je connais le genre. Toujours en retard, c'est ça ?
- Exactement. Bon, et si on repassait à ta machine, maintenant ? On va attaquer le plus dur »
Vint ensuite l'initiation proprement dite. Découverte du clavier, de la souris, de l'écran, des boutons et divers réglages possibles et de windows.
Ce fut long et difficile.
Oh pas pour lui. Au contraire. J'ai rarement vu quelqu'un assimiler aussi rapidement l'utilisation d'un ordi. Pas besoin de lui expliquer deux fois et il comprend d'avance la moitié de ce que lui apprends uniquement par logique ou par intuition.
Non, ce fut pour moi que ce fut difficile.
Assis l'un à côté de l'autre, Luc a pour habitude de se pencher pour désigner quelque chose qui l'intrigue, me frôlant à chaque coup, et pas seulement de son bras. Quand j'utilise la souris, une fois sur deux, il essaye de la prendre en même temps que moi, recouvrant ma main de la sienne. Et cetera, et cetera.
Toujours en est-il qu'à la fin, je ne sais plus qui de l'ordinateur ou moi chauffe le plus.
« Bon ! fais-je dans une tentative désespérée de me reprendre en main. Fini le sérieux. Maintenant, le fun.
- Comment ça ?
- T'as déjà oublié ? je demande en sortant le boîtier de "Black&White" et en le brandissant triomphalement.
- Oh ouais ! Vas-y !
- Tu préfères quoi ? Blanc ou noir ? Bien ou Mal ?
- Le Mal ! C'est toujours plus fun !» répond-il avec un grand sourire innocent.
Durant l'installation, Luc me demande si je veux boire quelque chose. Au hasard, je demande s'il a du lait. Curieusement, il en a. Je n'ose même pas être surpris.
Quand il revient avec nos deux verres, je suis en train de tester le jeu.
« Ah bien ! Ca marche ! Alors ? Comment on joue ?
- Ben là, tu vois, t'as ton incarnation, ton dieu maléfique. Ici le village ... » fais-je en montrant du doigt.
C'est à ce moment qu'il pose les deux verres sur la table en se mettant derrière moi, un bras de chaque côté de ma tête, bras qu'il referme autour de mes épaules.
« Et… euh ... lààà, c'est les vivillageoas…
- Et ça, c'est quoi ? demande-t-il en posant son menton sur mon épaule tout en désignant une icône.
- C'eeest le nnnombrrRRrrrRre de villaaajoie…
- Et là ?
- LeuRRRrrrRr ffooAAAAAAAH ! hurle-je quand je le sens me mordiller l'épaule.
- Et là ? demande-t-il sans même daigner désigner quoique ce soit.
- Gzxxpmrrtkkkzxxx !
- Hmm hmm. Et là ? » demande-t-il en frottant son museau contre mon oreille.
Je ne réponds même plus. Je gémis tout en serrant mes mains sur le bord du bureau.
De sa main droite, il caresse ma joue, puis la joue et me fait tourner la tête vers lui.
Ses yeux sont comme dans mon rêve. Tout aussi hypnotiques. Tout aussi verts clairs.
Ce n'est que quand il les ferme que je me rends compte qu'il rapproche son visage du mien.
Le contact de nos lèvres m'envoie une décharge électrique le long de la colonne.
Mes yeux sont écarquillés par la surprise, puis se ferme d'eux-même.
J'en tremble d'excitation. J'en gémis de plaisir.
C'est quand j'ouvre la bouche pour approfondir le baiser que ses lèvres quittent les miennes.
J'ouvre les yeux, surpris et le regard encore flou, le cerveau complètement obnubilé par une seule pensée: « Encore »
« Sam ? me demande-t-il doucement
- Hein ? Que .. ? fais-je en clignant des yeux.
- Pourquoi tu n'arrives pas à te détendre quand tu es avec moi ?
- Me … me détendre ? Mais je suis détendu ! » fais-je hystériquement.
Luc commence à rire avant de regarder mes mains. Elles sont si serrées à la table que les griffes menacent de traverser le bois. Je relâche immédiatement.
« Bon, d'accord, je suis peut-être juste un tout petit peu nerveux.
- Pourquoi ?
- Hein ?
- Pourquoi est-tu nerveux ? Tu as peur de moi ? Je vais trop vite ?
- NON ! Non … tu ne me fais pas peur, c'est juste que … euh … »
Je me tais.
C'est juste que quoi en fait ? Timidité, nervosité, peur, stress ? J'en sais rien en fait. Pourquoi je suis si tendu ? Je ne suis pas comme ça d'habitude. Je réagis comme si c'était ma première fois. J'en ai envie pourtant ! Alors pourquoi ?
« Je sais ce qu'on va faire, finit-il par dire, un sourire en coin plaqué sur les lèvres. Je vais te laisser encore un peu de temps pour réfléchir. Pas trop quand même. Et puis comme ça, ça va nous permettre d'avoir un vrai rendez-vous, plus romantique … plus détendu aussi. »fait-il en rigolant à moitié et en m'embrassant la truffe.
Je dis plus rien, tout encore à mes questions, ou à ma peur d'avoir tout fait foirer.
Réfléchir ? Mais je ne suis pas en état de réfléchir, moi ! Et puis réfléchir à quoi d'abord ?
Me détendre ? Mais je SUIS détendu ! La preuve : j'ai lâché la table. Et puis si ma queue pouvait cesser de se tortiller nerveusement, je serais plus crédible.
Et puis je …
Woh ! Minute, là ! Il vient de dire quoi, à l'instant ?
« Rendez-vous ? Je demande, incrédule.
- Oui, un rendez-vous. Toi et moi. Un vrai rendez-vous et non pas une excuse pour passer du temps ensemble. Tu veux pas ?
- SI ! » je hurle avant d'avoir pu plaqué mes mains sur mon museau.
Misère… faut vraiment que je me calme.
Quant à Luc, il éclate d'un grand rire, pendant que je m'excuse en me faisant tout petit sur ma chaise. Note pour plus tard : se mettre au yoga, il parait que ça déstresse.
« Très bien, alors ! fait soudain Luc. Un ciné, ça te dis ? Mercredi, comme on choisira parmi les nouveautés.
- Euh … parfait … très bien ... euh … Comment on …?
- Je viendrais te chercher. A ton boulot. D'accord ? »
Je hoche la tête, encore à moitié perdu. Puis je commence à rassembler mes affaires. Je crois que la première chose que je ferai une fois rentré à la maison, ce sera de me cogner la tête sur tous les murs de l'appart en hurlant « Quelcon!quelcon!quelcon!quelcon!
ahnonmaisquelcon!quelcon!quelcon!quelcon! »
Je suis presque devant la porte, perdu dans mes pensées, ma veste et ma trousse dans les bras quand je me 'réveille' soudain. Je lâche mes affaires, plaque Luc contre un mur et l'embrasse.
Surpris, Luc, réagit à peine.
La sensation est la même que le premier baiser, mêmes frissons, même goût, même plaisir. Voire meilleur. Mais quand j'essaye à nouveau d'approfondir le baiser, Luc rompt encore le contact.
Je le regarde sans comprendre.
« J'apprécie beaucoup, explique-t-il, mais j'ai bien l'intention de te revoir. Et de te revoir détendu et non pas aussi stressé que maintenant. Alors ta récompense pour la prochaine fois, ce sera ça. Mais pas ce soir. Tu sais à peine ce que tu fais, là. Alors, continue-t-il en me poussant gentiment vers la porte, tu vas me faire le plaisir d'aller te reposer, de stopper le café jusqu'à mercredi, et là … et bien, ma foi, on improvisera ! » termine-t-il en riant.
Ce n'est que quand je suis dehors et que la porte est presque refermée que je l'entends dire : « Et puis de toute façon, on met pas la langue la première fois. »
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Je hurle en me réveillant.
Un hurlement à mi-chemin entre le cri de frustration et le cri de victoire.
Il m'a embrassé.
Pas seulement hier, ce qui était vraiment, vraiment super, mais avec un goût de trop peu, mais là, dans mon rêve.
Mon rêve progresse !
Malheureusement, il ne progresse pas plus vite que la réalité, on dirait. Le baiser n'a pas dépassé la barrière des lèvres, tout comme moi hier. Mais quand même.
Je décide de me rendormir illico pour fêter ça, histoire de flotter encore dans mon petit nuage rose, en faisant fi de mes draps et mon corps encore 'tachés'. De toute façon, je me suis quasiment endormi dans la même situation hier soir, tellement j'étais excité en rentrant. Alors j'ai besoin de repos.
C'était sans compter ce salopard de réveil.
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Encore heureux que Luc m'a laissé une journée de répit. Je me suis tellement 'soulagé' que j'ai l'impression d'avoir la peau à vif, et je ne parle que de mes mains. C'est à se demander comment j'ai pu rentrer dans mes vêtements.
La journée se passe dans un calme relatif. Mis à part les premières minutes où je dois recevoir les vannes de mes très estimés collègues et la déception lubrique de Henri quand je lui rends le préservatif qu'il m'avait prêté, je passe la journée à ressasser la soirée d'hier, musique à fond dans mes écouteurs.
En parallèle, Joyce se fait très calme. Calme uniquement extérieur puisque pendant que je ne peux cesser de penser à la soirée passée, elle ne peut cesser de rêver à la soirée à venir, ce qui nous vaut un appréciable fou-rire quand nous nous en rendons compte.
Heureusement pour elle, son calvaire prend fin à l'arrivée de son ami à la fin de la journée.
Je ne m'attendais pas à voir l'hermine aussi petit. Ceci dit, Harry fait une bonne impression à toute l'équipe, inspection et inquisition pour la protection de notre collègue oblige.
Personnellement, j'ai arrêté d'harceler le pauvre étudiant dès que Joyce m'a menacé de me toucher.
Géronimo, lui, a été le plus méchant. Lui et le rock de toute façon, ça fait deux.
Henri a juste refilé la capote inutilisée à Harry avec un clin d'œil, à la très grande gêne de celui-ci. Je dois cependant avouer que les hermines blanches rougissent très joliment, fourrure blanche oblige.
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De retour à la maison, j'entame d'emblée une petite séance d'auto-psychologie appliquée.
Traduction, j'essaye de comprendre pourquoi je suis nerveux à ce point quand je suis à proximité de Luc. Je ne peux et ne veux pas me permettre de tout faire foirer avec lui. Je le sens. Il me plait beaucoup trop.
Je commence par une première liste.
Au bout de deux heures, le lit est recouvert de listes.
Froissées, raturées, déchirées, mises de côté, mâchées, percées, griffées, avec des petits dessins, des morpions et même un ou deux pliages, il y en a littéralement partout.
Mais j'ai quand même réussi à y voir un peu plus clair.
Raison numéro 1 : J'ai peur parce que je n'ai vraiment pas l'habitude de me faire draguer. Et surtout, je n'ai pas l'habitude de plaire à quelqu'un, encore plus quand c'est quelqu'un qui me plait. Et forcément, ça ne me semble pas naturel. Alors, je fais tout pour que l'attirance cesse en faisant n'importe quoi.
Le hic, c'est qu'avec Luc, quoi que je fasse, je lui plais quand même. Cool, mais je n'en panique que plus.
Raison numéro 2 : Il me plait. Un max. Le top du top, les rêves en sont la preuve. Mon corps et mon esprit sont d'accords sur ce point-là. Tant physiquement que psychiquement, il fait bander. Je n'ai jamais connu personne qui me fasse autant d'effet. Comme ça sort de l'ordinaire, je cherche la faille. C'est bien là le problème. Je ne vois pas de faille en lui, pas de vices, pas de défauts. Plus je cherche, plus il me plait. Et plus il me plait, plus je cherche. Arrive un moment où je sature ou je reboote.
Raison numéro 3 : J'ai envie de lui, à un point phénoménal. C'est peut-être dû au fait que je suis en manque mais quand même. Quand il m'a embrassé, c'était … génial. Et je n'ai pas pu m'empêcher de me demander ce que ce serait de coucher avec lui si un baiser chaste me fait tant d'effet. J'ai peur de perdre le contrôle. J'avais envie qu'il me prenne, là, sur le sol, sur son bureau, sur la chaise. Quand je l'ai embrassé, j'étais à deux doigts de le violer. Il me fait perdre tout contrôle. Ca me terrifie.
Raison numéro 4 : Les rêves. Quand il me touche, quand il m'a embrassé, j'ai fermé les yeux. Je n'ai plus su faire la différence entre mes rêves et la réalité. J'avais une peur panique de me réveiller à cet instant.
Raison numéro 5 : J'ai envie que ça marche avec lui. Plus encore que de coucher avec lui … enfin presque. Mais Sphinx ! Je ne veux pas le perdre ou rater quelque chose. J'ai une trouille bleue de tout faire foirer.
Rien qu'avec ce Top 5, j'ai de quoi rendre heureux le plus dépressif des psys.
Moi, amoureux ? Naaaaaaaaaaaaan.
Du moins pas complètement. Je le connais à peine. Mais y a pas trente-six façons de connaître quelqu'un.
La question est comment je vais faire pour être calme et détendu demain avec tout ça ?
Je me pose continuellement la question tout en faisant mon rapport à Harvey. Je lui rajoute également mes dernières pensées en espérant qu'il puisse m'aider.
Faut croire qu'il était en train de camper devant son ordi parce qu'à peine envoyé, j'ai la réponse de mon mail une minute plus tard.
Il me félicite, j'ai rempli ma première mission. Par contre, il me fait une réflexion intéressante : je lui fais l'effet d'un prisonnier qui se met lui-même des chaînes qu'il a lui-même forgé afin qu'il puisse passer son temps à tirer dessus et à se plaindre qu'il n'est pas libre. Un prisonnier qui a en fait peur de faire une erreur et qui se sent rassuré de se savoir enchaîné, surtout par de ces chaînes si solides dont il est si fier.
La vengeance des menottes, quoi.
Je lui réponds que si jamais il m'offre des accessoires sadomaso, je lui griffe les oreilles. Mais je le remercie quand même.
Tout à mes questions, je m'endors avec un magnifique mal de crâne.
Et je rêve.
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Le lendemain, l'arrivée dans la soirée de Luc met fin au calvaire d'Henri et de Géronimo.
« Par pitié ! supplie Henri. Emmène-le loin de moi et prends Joyce aussi, moi j'en peux plus !
- Henri ? Ben qu'est-ce qu'il t'arrive ? demande un Luc auquel vient de se agripper les chevilles par un cerf visiblement éprouvé.
- C..c'est ho..orrible.
- Euh … On m'explique là ?
- Y a rien à expliquer, y a qu'à constater » répond Henri en désignant la cafétéria.
Ce qui permit à Luc de voir ce spectacle navrant au possible : moi et Joyce, assis en face, souriant niaisement à notre gobelet de café respectif, café apparemment froid depuis deux bonnes heures. De temps à autre, un double soupir d'aise parcourt la salle.
« C..ça fait d..deux jours q..que ça dure !
- C'est insupportable !
- Inhu..nhumain !
- Ignoble !
- F..faut que ça cesse !
- Et tu vas te dévouer Luc !
- Oh mais en ce qui concerne Samuel, je me sacrifie bien volontiers, fait le loup en se rapprochant de la cafétéria, avant d'être retenu par un cerf soudain rétabli.
- Quoi ? demande Luc.
- Il y a que ton sacrifice doit quand même attendre un instant. J'ai besoin de toi pour un rituel de la plus haute importance.
- Un rituel ?
- Oui. Il s'appelle 'je paye ce que j'achète'. Voila ta note pour ton PC, mon grand. »
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La partie cinéma a été un vrai plaisir. J'avais pensé toute la journée à une multitude de scénarii romantico-pornographiques pouvant se dérouler dans l'obscurité d'une salle de cinéma. Je ne pensais pas qu'on porterait attention au film, à vrai dire. Comme quoi, comme devin, je repasserai.
Il y avait une nuit « the clercs ». Moi, je ne connaissais pas, mais Luc, visiblement, si. Quand il a vu que passait 'Dogma', il m'a entraîné de force le voir. J'ai été très surpris et très agréablement. Luc connaissait le film, mais ça ne l'a pas empêché d'avoir le fou-rire tout le long.
J'avoue sincèrement avoir été très fier de moi. Je ne sais pas si c'est dû aux listes d'hier soir, aux conseils de Harvey ou à l'épuisement post-masturbatoire, mais j'ai été calme, détendu. En contrôle.
Du moins jusqu'à maintenant.
On vient de terminer de manger. Rien de fantastique, mais MacDo a toujours su combler les grands gamins comme nous. Et on a causé. Pas discuté, non. Ce dont on a parlé ne mérite pas le titre de discussion, mais on n'a pas arrêté. Sur tout, sur rien, sur le film, sur la religion bien sûr, sur la coupe de cheveux de Matt Damon, sur les Clercs, sur le manque total de goût vestimentaire des papes, bref le genre de discussion navrantes de platitude et que pourtant tout le monde recherche tellement c'est agréable.
Mais là, on a fini de manger, on a vu le film et l'idée d'aller dans un bar ne me tente pas vraiment. Surtout avec lui. Manquerait plus que je tombe sur un concurrent sérieux. En fait, je sais ce dont j'ai envie, mais en pleine rue, on risquerait de se faire arrêter.
« Tu veux aller boire un verre ? me demande Luc.
- Ben, je dirais pas non, mais …
- Mais ?
- Mais je bois pas d'alcool. Alors je connais pas trop les bars.
- Oh si ce n'est que ça, je connais un bon endroit.
- Ah ? fis-je en craignant le pire.
- Tu ne me fais pas confiance ?
- Sisi ! Mais c'est juste que comme tu viens d'arriver, je pensais pas que tu connaissais déjà des adresses où sortir, dis-je en supposant qu'en fait il n'en connaisse qu'une.
- Allez, monte et fais-moi confiance.
- Bon, bon, ok, je te suis aveuglément.
- Tiens, c'est une bonne idée, ça.
- Hein ?
- Ferme les yeux, Sam.
- Quoi !
- Ferme les yeux et laisse-toi conduire. Comme ça tu n'auras pas peur en voyant où je t'amène.
- Euh … Tu sais que ce que tu viens de me dire n'est absolument pas rassurant ?
- Ferme les yeux, je te dis !
- Ah bon … ok. »
Et je m'exécute.
En fait, fermer les yeux n'est pas une bonne idée. Il essaye de discuter pour me rassurer, mais curieusement, je ne meurs pas d'envie de savoir où nous allons, mais plutôt où est actuellement sa main. Du genre, est-elle loin ou non de ma cuisse ou de ma propre main ?
Quand la voiture s'arrête, il m'autorise à ouvrir les yeux. Quand je vois où il m'a conduit, mon cœur rate un battement.
« Tu connais ? me demande-t-il.
- Euh … je crois y être déjà venu une fois, répondis-je, rentrant dans son jeu. Et toi ? Tu vas souvent là ?
- De temps à autres. J'aime bien. Le bar est gratuit, la musique est bonne et les gens que j'y croise sont de très bonne compagnie.
- Et en plus le cadre est très beau… vaste … Chaleureux aussi.
- Ca ne te dérange pas ? Tu acceptes d'y aller avec moi ? » me demande-t-il finalement.
Quand j'hoche la tête, il me fait un grand sourire. Puis il me précède pour ouvrir la porte qui mène à son appartement.
Quand je rentre chez lui, je remarque qu'il fait toujours aussi chaud, sauf que cette fois, il ne va pas ouvrir une fenêtre. J'enlève tout de suite ma veste et je décide de garder mon t-shirt, même si en t-shirt, il fait trop chaud.
« Tu veux boire quelque chose ? me demande-t-il en enlevant ses chaussures.
- Euh … oui. Du lait, si tu as, et très frais si possible.
- Je dois avoir ça quelque part. »dit-il en partant vers la cuisine.
J'en profite pour enlever moi aussi mes chaussures et sortir mon t-shirt de mon jean. Il fait une chaleur infernale, ici ! Et le fait de se retrouver à nouveau dans son appart n'arrange rien à ma chaleur interne.
Quand il revient avec nos verres, j'espère un instant qu'il revienne sans t-shirt, et ce pour deux raisons. 1 j'ai une envie folle d'enlever le mien ; 2 j'ai une envie encore plus folle de le voir torse nu.
Rectification, j'ai une envie folle de le voir nu tout court.
Enfin, quand je dis court, je me comprends.
Il s'installe alors un petit silence incertain pendant lequel je sirote mon verre tout en me demandant comment meubler le silence. Je pense bien à demander des nouvelles de sa machine, mais franchement, ce n'est absolument pas de ça dont j'ai envie de parler.
Et lui qui me regarde, sans rien dire, sans rien demander, sans rien exiger. Il attend.
C'est un défi que tu me lances ?
Ok. Je le relève.
« Luc ?
- Oui ? me demande-t-il d'une voix totalement innocente, alors que tout son corps le dément.
- Ta main, s'il-te-plait. »
Il ne me demande pas pourquoi. Il pose son verre sur la table à côté de lui et me tend sa main droite. Je me déplace et me mets en face de lui, prends sa main et la pose sur mon flanc gauche. Je conduis cette fois-ci. C'est très différent de mes rêves. C'est réel.
« Ton autre main »
Il me tend son autre main que je saisis et que je pose sur mon autre flanc. Quand je redresse, il me sourit. Je lui réponds de la même manière, puis plonge un doigt dans mon verre de lait pour ensuite en badigeonner son museau et ses lèvres.
Je m'applique ensuite à lécher et embrasser les endroits marqués.
Le baiser me fait toujours autant d'effet, mais je ne cherche pas à l'approfondir, cette fois. Quand je me recule et le regarde, il continue de me fixer avec ses magnifiques yeux. Il sourit et me laisse faire.
Je replonge deux doigts et me lèche les lèvres. Sans doute de l'anticipation, mais mes lèvres son sèches.
« Ouvre la bouche »
Il m'obéit, ouvrant légèrement les lèvres. J'y fais passer mes doigts enduits de lait et je les frotte sur sa langue. Rien que ce contact me fait presque gémir.
Quand j'enlève mes doigts, je repose en tremblant mon verre à coté du sien et le regarde. Pas d'empêchement.
Je l'embrasse à nouveau mais cette fois ses lèvres sont ouvertes. J'ouvre les miennes et ma langue va chercher la sienne. La langue cherche la mienne. Mes yeux se ferment, mes mains se rejoignent derrière sa tête et je me presse contre lui.
Enfin.
Un baiser si longtemps attendu. Désiré. Et il en vaut très largement la peine. Il en gémit, j'en ronronne. J'en couine, il en halète. J'en frissonne, il en grogne.
Le baiser se fait plus actif, plus gourmand. Plus profond. Plus fort. Plus passionné.
Je bande. Il ne peut pas ne pas le sentir.
Il bande. Je ne peux pas ne pas le sentir.
Je lui caresse les cheveux, il me caresse les flancs puis ses mains passent sous mon t-shirt et il me caresse les flancs à même la fourrure, puis c'est mon dos. Je lui caresse les cheveux, les oreilles, la nuque, le visage, le dos.
Quand nous nous séparons enfin, je suis en sueur et à bout de souffle. Il n'est guère mieux. Mais nous sourions comme des maniaques.
« Wow ! » je réussis à dire.
Il ne répond pas mais approuve.
Pendant que nous essayons de retrouver nos souffles respectifs, je passe mes mains sur son torse. Je veux le voir. Je tire sur son t-shirt et passe mes mains par-dessous. Il est brûlant. Et il est très agréable à toucher. Ferme et doux. Mes rêves ne m'ont pas menti. Il est musclé, l'animal.
Il m'aide à enlever son vêtement, puis il s'attaque au mien. Je l'enlève bien volontiers, mais la chaleur ne diminue pas. Tant mieux. Je le regarde enfin. Il est vraiment superbe. Je passe mes mains sur son torse désormais nu. Il fait de même avec le dos d'une de ses mains. Puis il saisit mon menton et nous nous embrassons encore, nos fourrures rentrant directement en contact, notre chaleur alimentant celle de l'autre.
O Sphinx ô Sphinx ô Sphinx !
Quand nous nous séparons cette fois-ci, je tiens tout juste sur mes jambes. Je ris, juste de joie. Je suis bien, si bien. J'ai atteint et dépassé un rêve. Je me demande jusqu'où je peux aller.
Je me rappelle le verre de lait. Je plonge trois doigts cette fois, pour en prendre un maximum. Puis je porte mes doigts à son torse, juste en dessous de la plume blanche qu'il a gardé. Le liquide blanc s'écoule rapidement le long de ses pectoraux, de son ventre jusqu'au nombril, donnant l'impression que le blanc s'est écoulé de la plume pour se répandre.
Luc rentre le ventre pour permettre au lait de s'écouler au-delà de la barrière de la ceinture.
Je le regarde avec le regard le plus joueur que je possède.
Son regard est pire encore.
Je sors ma langue.
---
Quand je me réveille, je sors du sommeil lentement.
Pas de sursaut. Je cligne des yeux. Quelque chose manque.
Je n'ai pas rêvé.
Je remue un peu pour voir où je suis et une main vient se poser sur mon ventre. C'est là que je prends conscience du corps chaud collé au mien. Et des odeurs aussi. Et des draps, qui ne sont pas les miens.
Je cligne encore des yeux, mon regard s'accommodant sur un point sur le plancher, point qui s'avère être les capotes utilisées la nuit dernière.
Oh.
OH !
Oooooooooooooooooooooooooooooooooh ouaaaaaaaaaaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiis !
J'ai … il m'a …On a ... Enfin !
Faut que j'arrête de sourire ou ma tête va se détacher. J'hésite sérieusement à hurler. Je prends finalement son oreille trop proche en pitié.
Je me recule pour me coller plus encore à mon nouvel amant qui resserre sa prise sur moi. Puis je sens son museau venir me chatouiller l'oreille.
« Tu es suffisamment réveillé ? » me demande-t-il.
Suffisamment ? Pourquoi faire ? J'ouvre la bouche pour lui poser la question quand je sens son sexe durcir entre mes cuisses.
Tans pis pour ma tête, je souris encore plus.
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Quand Luc me dépose au boulot, j'ai largement dépassé le simple stade du 'en retard'. Mais très honnêtement, pour le moment du moins, je m'en tape royalement.
Je flotte sur toute une escadrille d'avions quadrimoteurs peints en rose bonbon.
Il parait que j'ai l'orgasme divin.
Vous ne connaissez pas la blague ? Il y a 4 types d'orgasme. L'orgasme positif : (Oh oui ! Oh oui ! Ohouiohouiohouiohouiouiouiouiouiiiiiiiii !) , l'orgasme négatif (pareil avec des « oh non ! »), l'orgasme divin (Oh mon dieu, mondieumondieu !), et enfin l'orgasme simulé (prenez le prénom de la personne à qui vous racontez la blague et faites du ton le plus plat et le plus ennuyeux possible « oh jacques … oh jacques … »).
Et bien moi, c'est l'orgasme divin. Ou plutôt, c'est lui qui est divin. Y a pas d'autres mots. Baiser divin, corps divin, endurance divine, techniques divines, tout-ce-que-vous-voulez divin.
Je danse à moitié sans même m'en rendre compte.
Je redescends brusquement de mon septième ciel en entendant les applaudissements.
Henri s'approche de moi, toujours en applaudissant tandis que les deux autres continuent à leur place, le sourire en coin de Joyce également présent sur Gérôme. Très mauvais signe, mais je suis pas en état de m'inquiéter.
« Alors là, bravo ! Me lance Henri. 3 heures de retard, c'est un record ! Tu m'excuseras de pas te remettre ton certificat, mais il est encore en train de sécher.
- Euh … fais-je en rougissant un peu … c'est que j'ai pas vu l'heure et … »
Je me tais en voyant le grand sourire spécial 'je me fous de ta gueule' des grands jours de Henri.
« Va pas me chercher des excuses bidons, Roméo, on sait déjà tout, ta voiture a pas bougé depuis hier.
- Quoi ? Tu préfèrerais que je te dise que je suis en retard car j'avais un gros braq…
- SAMUEL ! » Menaça soudain Luc qui venait de rentrer.
Je me tais aussitôt, mais je suis récompensé en voyant la rougeur subite de Bambi. Je manque d'éclater en un fou-rire mais une main vient me tirer l'oreille.
« Va pas raconter des immondices à ton ami, veux-tu !
- Méééé, Luciééé ! C'est pas moi, c'est lui !
- Mais t'es intenable, ce matin ! Il est comme ça à chaque fois ? » demande Luc à l'assemblée.
Laquelle assemblée lui répond en hochant simultanément la tête d'un air las.
« … Ah bon … Ben tant pis pour vous alors, répond un loup noir soudain sadique et lubrique.
- Ah b..bah c'est p..pas s..sympa. T'as p..pas d'cœur !
- Je suis désolé, mais il est hors de question que je sacrifie cette partie-là de ma vie, fait-il dans un grand rire.
- En tout cas, je comprends pas, déclame Henri. C'est pourtant censé épuiser, les parties de jambes en l'air. Comment ça se fait que ça a l'effet inverse sur toi, Sam ?
- Oh ça m'épuise, mais c'est pas de ma faute si ça me rend euphorique.
- Ben va euphoriser à ton poste, alors. Quant à toi, Luc, ça passe pour cette fois car on s'y attendait, mais à l'avenir, tâche de nous le ramener à une heure plus convenable, s'teuplé.
- Aucun problème ! T'inquiètes pas pour ça, c'était pas dans mes intentions. Bon, j'ai livré le colis, faut que j'y aille maintenant. A plus tout le monde ! Et à vendredi, chaton.
- A vendredi, Lucié. » Fais-je en l'embrassant.
Nous sommes impoliment interrompus par Henri au bout de seulement 5 minutes.
---
Après midi, le ventre plein, la 'fatigue' de la nuit me rattrape enfin, au grand soulagement des pauvres victimes innocentes. Traduction : je somnole le menton sur mon clavier, un sourire rêveur riveté sur les lèvres.
Je réagis brusquement, donc, quand je sens deux doigts venir me chatouiller les côtes.
« MIAAAAH ! HARVEY !
- Salut chaton ! fait-il avec un grand sourire, soutenu dans son crime par Gérônimo.
- Pitié, Harvey, recommence pas ça, j'ai encore besoin de mon cœur, moi.
- Oh je te promets de ne pas recommencer si tu me rends un petit service.
- Encore ton ordi ? je demande étonné.
- Oh non. Je veux juste savoir quel est le nom de cette adorable hermine blanche qui discute avec Joyce.
- Herm…mine blanche ? Ca doit être Ha…harry, ça.
- Harry ? fait mon ami avec un sourire gourmand.
- Oui, Harry, le nouveau petit ami de Joyce.
- Oh …»
Harvey est si théâtralement déçu que je ne peux m'empêcher d'éclater de rire.
« Oh moque toi. C'est pas de ma faute si j'ai un faible pour les fourrures blanches. Pas comme certains qui préfèrent le noir.
- Ah ça ! fais-je en souriant
- Ooooooooh !
- Quoi, 'oooooooh' ?
- Je connais ce sourire-là.
- Quel sourire ?
- Fais pas l'innocent, minet, je te connais suffisamment. Dis-moi, Gérôme, il était comment ce matin ?
- In..inviv..vable.
- Toi, t'as conclu ! » accuse Harvey en me pointant du doigt.
Je me retiens à peine deux secondes avant d'éclater de rire puis sourire très fièrement au lapin blanc.
« Je te préviens, Sam, je veux tout savoir !
- M..moi pas ! » fait soudain le lévrier.
Un double tirage de langue lui répond.
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Lundi matin, Henri craignait de me voir arriver.
Il avait parfaitement raison.
« YAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !
- Salut Sam, me répond-il fatigué d'avance. Inutile de te demander à quoi tu as occupé ton week-end.
- Ben puisque tu me le demandes, je…
- Inutile de me le raconter également !
- Ooooh .. Pô fun.
- Sam, fait soudain Luc, Qu'est-ce que je t'ai déjà dis ?
- D'être gentil avec mes collègues, je sais…
- Alors file à ta niche et va passer ton énergie sur tes machines. Zou !
- D'accord si tu me donnes un bisou. »
Il râle pour la forme, mais s'exécute immédiatement. Puis je file.
« Mais comment tu fais ? demande désespérément Henri.
- Pour le supporter ou pour le calmer ?
- Les deux ! »
Le loup noir se contente de sourire de toutes ses dents pour toute réponse, sous le regard accablé du cerf.
---
Inutile en effet de me demander comment s'est passé mon week-end. Mes zygomatiques me font mal, pour tout dire.
Je suis aux anges. Heureux et comblé.
Tout ce que je peux dire de ce week-end, c'est que Luc avait raison quant au waterbed. Ce n'est pas un accessoire compatible avec les félins.
Par contre, les baignoires …
J'ai au moins compris une chose ce week-end, c'est-à-dire pourquoi il fait aussi chaud chez Lucié. Monsieur aime à vivre dans le plus simple appareil et il est frileux. Inutile de dire que ça n'a rien fait pour calmer nos ardeurs.
Mais … miaaaaaaaaaa ! Ca faisait très longtemps que j'avais eu droit à un tel week-end. Quel pied ! Aussi satisfaisant physiquement qu'émotionnellement.
Quant au psychique … et bien je me sens nettement mieux depuis que je fais des nuits complètes. J'avais craint jeudi soir que, sans lui, les rêves ne reprennent, mais non.
Tout est bien. Tout va bien.
J'apprends à le connaître. Ses petits défauts, comme son énorme appétit de tout, sa récente passion pour le jeu black&white, jeu auquel il excelle. Ses petites bizarreries, comme aimer le noir – la couleur et la nuit, même en plein jour -, vivre nu, dormir peu, aimer les épinards. Ses qualités, comme sa tendresse, sa patience, son expérience.
Je suis amoureux, quoi. C'est si compliqué que ça à expliquer ?
---
« Salut Joyce ! fais-je en arrivant en salle café.
- Salut Sam. Alors, ce week-end ? me demande-t-elle avec un grand sourire, un vrai, inhabituel.
- Eh bien, si je ne me trompe, il a du se passer à peu près aussi bien que le tien. »
Elle me répond en souriant encore plus. Sphinx que les reptiles ont la bouche large.
« En tout cas, t'as l'air heureuse. Il est si doué que ça au lit ?
- Oh vous les sangs chauds ! Vous ne pensez qu'au sexe. Vous savez, y a autre chose dans la vie.
- En clair, vous avez pas encore couché ensemble.
- Pas encore, j'avoue, mais …
- Mais ?
- Oh Sam ! Il est génial ! Si doux, si attentionné ! Jamais je me suis senti si bien avec quelqu'un !
- C'est marrant, ça me rappelle moi, y a pas longtemps que ça … genre deux minutes. »
Nous nous taisons en nous regardant d'un même sourire, baignant tous les deux dans un bonheur similaire. C'est là que je remarque qu'elle n'arrête pas de tripoter quelque chose à son cou.
« C'est nouveau, ce collier ?
- Oh ouiiii ! me répond-elle, absolument ravie. Regarde ! C'est Harry qui me l'a offert ! »
Elle se penche vers moi en tendant la croix qu'elle porte autour du cou.
Je ne suis pas bijoutier, et je ne crois pas que la croix ait dû ruiner son acquéreur, mais elle est belle. En argent sans doute, un peu grande à mon goût, mais bien ouvragée, sans fioriture. Sobre mais efficace. En bref, elle est vraiment chouette.
« Claaasse !
- Oui, hein ! Je lui ai dit qu'il était trop tôt pour se faire des cadeaux, mais il a tellement insisté. Et puis elle est si beeeelle ! J'ai pas pu dire non, s'excuse-t-elle avec un clin d'œil.
- Ben il a du goût en tout cas. Le paume pas, celui-là.
- Pas mon intention ! Mais je peux en dire autant à ton sujet.
- Oh ça, pas de danger, fis-je avant d'avoir pu me retenir.
- Comment ça, pas de danger ? » me demande ma collègue, surprise avant de changer pour un regard suspicieux.
C'est fou ce que les yeux de reptiles sont effrayants quand leur propriétaire vous fixe de cette façon.
« Samuel Anvéchat ! Tu nous caches quelque chose !
- Euh … mais non mais non, rassure-toi »
Note pour plus tard, ne jamais jouer au poker.
« Saaaam !
- Euh … Joyce, arrête de me regarder comme ça, steuplé.
- Pourquoi t'as dit que tu pouvais pas le perdre ? Réponds !
- Mais rien ! … C'est juste que … ilmademandédêtresonptitami » termine-je rapidement pour mettre fin au supplice.
Du coup, les yeux de l'iguane s'agrandissent brutalement.
« Vous êtes ensemble ? Officiellement ?
- Ben .. on est pas pacsé, mais … euh … oui, on est ensemble…
- Déjà ?
- Euh … voui. C'est un peu rapide, je sais, mais …
- Sam … Je m'excuse d'avance pour ce que je vais faire mais … FELICITATION ! » Hurle-t-elle en se jetant sur moi pour m'embrasser.
J'ai beau être un félin, les iguanes sont plus rapides. Je ne réussis pas à éviter qu'elle me prenne dans ses bras et son baiser sur le front.
Je pousse un long gémissement d'agonie.
Quand elle me relâche, toute ma fourrure est hérissée comme celle d'un porc-épic.
« Désolée, s'excuse-t-elle, mais je suis tellement heureuse pour toi.
- Gzzz... Euh … Merci ?
- Oh mais de rien ! Alors ? Ca s'est passé quand ?
- Dimanche matin. Tu m'excuseras si je te passe les détails.
- Oooooh dommage. Je suis pourtant bien la seule que ça pourrait intéresser ici, me fait-elle avec un grand sourire débordant de lubricité
- Tu fréquentes trop Henri, toi. Il déteint sur toi. »
Je n'ai pas le temps de dire autre chose car à ce moment-là la porte s'ouvre, poussée par Luc suivi de mes deux autres acolytes.
En un clin d'œil, Joyce se jette sur sa proie.
« Wouaaaaaaaaaaah ! Luc ! Félicit…
- AAAAAAAAAAAH »
Le cri de douleur la surprend tellement qu'elle manque de s'écrouler sur une chaise en reculant brusquement.
« Lucié ? je demande en m'approchant de mon amant qui se frotte la clavicule.
- Luc ? demande Joyce. Je suis désolée, je t'ai fait mal ?
- Non, ça va. Juste une vieille blessure. Tu pouvais pas savoir. Ca va bien t'inquiète.
- T'as pas d'bol, Joyce. C'est la première fois que tu lui sautes dans les bras et tu t'arranges pour lui démettre l'épaule. » remarque-je.
Je sais, je devrais éviter ce genre de pensées, mais ça lui apprendra à sauter sur MON petit copain.
« Et c'était pourquoi, au fait, cette agression caractérisée ? Demande Henri.
- Hein ? Ah oui. Luc ! Félicitation pour vous deux, fait-elle en l'embrassant prudemment sur la joue.
- Merci beaucoup ! répond l'intéressé en souriant fièrement.
- P...pour vous d..deux ?
- Ouais ! On est ensemble !
- Déjà ! Mais dans ce cas, faut marquer le coup !
- Ouais ! B..bourrage de gueule ! Woohooo !
- Ca c'est une idée qu'elle est bonne ! renchérit Joyce.
- Euh … Y aura du lait ?
- Mais oui, me rassure Luc comme il le ferait avec un enfant, t'auras tout le lait que tu veux, te tracasse pas. »
Je le remercie d'un air pas convaincu.
« Mais y a un problème, fait Joyce.
- Ah ? Leq..quel ? Tu p..peux pas ce soir ?
- Harry peux pas, il est pas en ville aujourd'hui, mais c'est pas ça le plus grave. Le plus grave, c'est qu'il va falloir attendre plus de 6 heures !
- Ben si y a que ça, on se fait une grosse bouffe ce midi, propose Luc. Resto marocain, ça vous va ?
- T'invites ? demande Henri, toujours pratique.
- Bien sûr.
- Alors avec plaisir ! J'appelle ma femme ! »
Ignorant nos regards consternés, nous le regardons se précipiter sur le téléphone sous le rire de Luc. Et moi je me dis que j'ai toujours rien offert à Luc. Ca me donne un peu l'impression de me faire entretenir mais curieusement, ma conscience n'a pas l'air de se faire remarquer plus que ça.
C'est peut-être le regard qu'il me lance. Je fonds.
Va pour l'entretien alors.
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Je n'arrête pas de jouer avec mon cadeau.
Lucié me l'a offert pour notre 'un' mois.
Ca fait un mois. Je n'arrive pas à croire que ce soit passé si vite. Habituellement, je me lasse rapidement de mes partenaires. J'ai tendance à attendre trop d'eux, ou d'attendre quelque chose qu'ils n'ont pas. Ou bien c'est moi qui n'ai pas ce qu'il faut, je ne fais pas ce qu'il faut. C'est pour ça qu'au bout de quelques semaines, je casse ou je me fais jeter, mais jamais par surprise.
Mais pas avec Lucié. Il doit avoir ce que j'attendais. Ou l'inverse, j'ai fait ce qu'il fallait, bien que j'ignore quoi. Ou, plus réaliste, ça colle entre nous.
Quand je lui ai dit que mes relations les plus sérieuses avaient à peine duré un mois, il a décidé de marquer le coup. Il m'a organisé toute une soirée, ou plutôt, une nuit.
Il m'a privé de tout moyen - portefeuille, téléphone, clé, argent, montre – afin que je lui obéisse pour une nuit. Enfin obéir est un mauvais terme puisque je suis traité comme le plus riche des rois.
Vous saviez que les chats aiment se faire traiter comme des rois ? Moi non. Lui, apparemment, il le savait mieux que moi.
Il m'a offert un costume beige sur mesure, bien que j'ignore comment il a fait pour avoir mes mensurations, m'a conduit dans le plus beau restaurant de la ville et durant le repas m'a offert mon cadeau.
Une magnifique plume noire. De la même espèce que la sienne, je dirais, mais complètement noire, la tige centrale y compris. Elle n'a aucun reflet bleuté comme je m'y attendais, mais le noir est si intense que la lumière ne prend pas dessus. Et la plume est si douce.
Je l'adore.
Nous sommes allé ensuite à un bar. Le bar.
Je ne lui ai toujours pas raconté la première fois que je l'ai vu. Je me demande parfois s'il s'en souvient. Je ne pense pas que ce sera pour ce soir non plus.
Ce que j'ignorais, c'est que Lucié en est un habitué. Ca lui donne droit à une table réservée. Avec nos costumes, on attire franchement l'attention, mais ça semble ravir au plus au point mon chevalier noir. Mais au moins, c'est visible que nous sommes ensembles. J'avoue avoir craint pendant un moment que le chat voleur de loup de la dernière fois ne réapparaisse.
Un mois.
Le cap 'symbolique' est passé.
Il est mien. Je suis sien.
Je crois que j'ai suffisamment confiance en notre couple pour le présenter à Harvey. Le pauvre trépigne d'impatience depuis bientôt trois semaines. Tout ce qu'il a vu de Lucié, c'est une photo. Habillée, à son grand regret. Mais quand il voit mon sourire, il me pardonne à chaque fois.
Promis, je lui envoie une photo de Lucié à poil dès que j'en ai l'occasion, ne serait-ce que pour me faire pardonner. Faudrait déjà que je réussisse à surprendre Lucié en plein sommeil. A la réflexion, il vaudrait mieux que je trouve une autre méthode.
Après le bar, qui n'était qu'un amuse-gueule destiné à me mettre dans l'ambiance, il me traîne dans une boîte.
J'avoue, je danse mal. Pour un chat, ça la fout mal, mais j'y peux rien. Je sens bien le rythme, mais je ne sais pas quoi faire de mes membres. Alors soit je ferme les yeux pour apprécier la musique, soit j'essaye de copier le style de danse des 'pros' avec plus ou moins de succès.
Mais ce soir, je ne peux pas quitter mon loup des yeux.
J'ignorais qu'il dansait aussi bien. Tout le monde a les yeux rivés sur lui. Je le vois bien. Tout le monde bave sur lui, surtout quand il retire sa chemise. Je ne fais pas exception. Sa plume blanche se détache de son torse noir. Ca en jette. Il doit y avoir plus d'un pénis à l'étroit, le mien le premier.
Je serais jaloux comme un pou s'il n'y avait pas juste un détail.
Tout le monde le regarde, le désire.
Lui ne regarde que moi. Ne désire que moi.
Jamais je ne m'étais senti aussi fier.
Il essaye de me faire danser avec lui. Evidemment, je ne sais pas. J'ai déjà du mal à danser seul. Mais il m'apprend. Et je retiens plus ou moins. Je suis ravi quand je vois des regards envieux se poser sur moi. Par contre je manque de m'étaler par terre quand Lucié me fait remarquer un nombre certain d'yeux gourmands posés sur moi, et pas seulement sur lui. Il me fait comprendre que la plume noire qui se voit sur mon torse gris clair par ma chemise entrouverte fait également de l'effet.
Quand la boîte donne le signal de la fermeture, il me susurre à l'oreille qu'il me reste encore une partie de ma soirée qui m'attend … à la maison.
Nous nous précipitons dans la foule qui se presse pour sortir, rajustant nos chemises et pantalons.
Malheureusement, avec la foule, je le perds de vue et me mets à le chercher à la sortie de l'établissement. Quand je sens une main me saisir par le col de ma chemise pour me tirer en arrière, je le suis jusqu'en dehors de la foule.
Quand je me retourne pour l'embrasser, je suis considérablement surpris de me retrouver face à deux rats.
Les derniers vestiges de mon sourire disparaissent quand il me montre son flingue tout en me faisant signe de me taire.
Le deuxième m'attrape alors et me pousse jusqu'à une ruelle que nous suivons et où ils me forcent à courir.
Ce n'est qu'au bout de la deuxième ruelle, que je devine à l'arrière de la boite de nuit, qu'ils me disent nerveusement de m'arrêter et de leur filer tout mon fric.
Je passe ma main dans ma poche arrière, là où je mets habituellement mon portefeuille, quand je me rappelle soudain.
Pas de portefeuille.
Pas d'argent.
« Euh … Ecoutez, les gars, le prenez pas mal mais ..
- TA GUEULE ! J'ai dis ton fric, pédale !
- J'AI RIEN ! Je hurle, pris de panique. J'vous jure que j'ai rien !
- Nous prends pas pour des cons ! Tu nous refile ton blé tout d'suite ou j'te bute ! menace-t-il en pointant son arme sur moi.
- J'AI RIEN, PUTAIN ! J'ai que dalle sur moi ! J'te jure !
- Putain ! Y m'gave c'te connard ! Frangin, fouille-le. »
L'autre rat me pousse contre le mur et passe ses mains un peu partout, à la recherche d'une quelconque bosse. Au bout de 5 secondes il se retourne vers son frère.
« Il a que dalle, ce con !
- Tu te fous de ma gueule ? T'as vu ses fringues ! Il a forcément quelque chose ! Fouille mieux !
- Il a rien, j'te dis ! Pas une montre, pas un billet, pas un portable ! Tout ce qu'il a c'est une connerie d'plume autour du cou. On est tombé sur la seule tante du groupe qui se baladait à poil. »
Je manque de faire dans mon froc quand le rat qui tient l'arme explose d'un « PUTAIN DE MERDE ! » tout en shootant du pied dans un carton de bière.
Je me décolle tout doucement du mur, mes jambes tremblant un peu plus à chaque juron proféré, pour voir s'ils allaient décider de partir à la recherche d'une autre victime, quand le rat se retourne brusquement vers moi, l'arme tendue.
« TOI ! TU L'AS FAIT EXPRES ! » Hurle-t-il en avançant vers moi.
Je pousse un petit cri de surprise et tente de reculer, mais je pose le pied sur ne bouteille vide et me retrouve sur le cul, la tête toujours la ligne de mire du rat au bord de la crise de nerf, ou de la crise de manque, plus crédible, tandis que son complice tente de l'apaiser.
« Arrête, grand frère. Ca sert à rien de rester là. Foutons le camp, on va en trouver un autre.
- J'TE DIS QU'IL L'A FAIT EXPRES POUR NOUS FOUTRE DANS LA MERDE !
- Calme-toi, putain ! On a merdé, ça arrive. Barrons-nous ! Tu gueules trop fort !
- RIEN A FOUTRE ! JE LE VOIS QU'IL SE FOUT DE NOTRE GUEULE ! J'AIME PAS QU'ON SE FOUTE DE MA GUEULE !
- Arrête merde ! Faut se barrer !
- Je le flingue d'abord ! » Annonce-t-il soudain, mortellement calme.
Je le vois qui s'avance encore vers moi sans que son frère ne fasse plus pour l'arrêter, et me vise. Je lève les bras dans un réflexe pour me protéger et ferme fort les yeux en attendant le coup. J'ai une pensée pour Lucié.
« Crève, pédé ! »
…
La détonation ne vient pas. J'ouvre les yeux brusquement quand retentit une voix puissante et grave qui fait vibrer jusqu'à mes tripes, Suivie d'un son d'os brisé.
« TU ! NE ! LE ! TOUCHERAS ! PAS ! »
Je ne peux que contempler la scène qui se dresse devant moi.
Deux ailes gigantesques.
Noires, comme faites à partir de la nuit même.
Elles sortent d'un dos muslcé appartenant à quelqu'un de très grand. Au pelage noir. Un loup. Il
Lucié ?
porte des cornes, énormes, qui s'enroulent au-dessus de ses oreilles. La plante de ses pieds
C'est Lucié ?
est si grande et déformée qu'elles l'obligent à marcher sur les orteils, alors que le talon remonte à la hauteur de ses genoux. De son bras tendu au-dessus de sa tête, pend le rat qui me tenait en joue une seconde plus tôt, le bras dans la main de
Lucié ?
la créature, l'os sortant de la fracture ouverte juste avant le coude.
Comme la
Ca ne peut pas exister
chose se tient entre moi et lui, je ne peux qu'apercevoir son bras et son visage, mais l'expression qu'il affiche doit être la même que celle de son frère qui est à terre, reculant sur ses fesses tout en contemplant l'apparition.
Une expression qui doit ressembler à la mienne.
Surprise et Terreur mêlées.
Un son d'os brisés se fait encore entendre et le rat captif écarquille les yeux et la bouche. Il ne peut même pas hurler. Le son se prolonge et se mêle à un bruit écoeurant de déchirement.
Non !
Le monstre
Pas Lucié !
lâche brusquement le rat qui s'affale à terre, et commence à se retourner lentement vers moi. Ses yeux sont entièrement rouge sang et deux disques d'argent y luisent en guise de prunelles. Ses crocs si blancs ressortent et sont certainement aussi tranchants qu'ils en ont l'air. Sur sa poitrine
Ce n'est pas Lucié !
repose une plume blanche, perdue dans un pelage couleur nuit. Ses ailes, qui semblent absorber la lumière ambiante, lui font une cape de ténèbres. Dans sa main griffe, maculée de sang, il tient une masse sanguinolente que je mets quelques secondes à identifier.
Un cœur fraîchement prélevé.
Je pousse alors un gémissement. Le monstre darde alors sont regard sang/argent sur moi. J'ai un mouvement de recul à ce simple geste.
Il ouvre sa griffe et le cœur tombe à terre avec un bruit mouillé.
Il fait un pas vers moi.
Je ne remarque même pas le deuxième rat qui en profite pour s'enfuir.
Il continue à s'approcher de moi.
Il tend sa griffe rouge de sang vers moi.
Il dit mon nom.
Seigneur.
Il vient pour moi.
Je suis le prochain.
Je fuis.
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Fin du chapitre 4
