KISS
Woaaaaaaaaaaaaaaah !
Y a plein d'monde !
Je devrais prendre Nelja comme attachée de presse, elle semble douée :)
Merci merci merci merci merci pour elle et un énooooooorme merci à tous ceux et celles qui ont lu ceci et plus encore à ceux qui ont pris de leur temps pour m'écrire un gentil petit mot.
Comme dirait Roger Rabbit je suis heureux : E.R.E.
Et je vais sans doute suivre un conseil que Nelja m'a donné et poster en parallèle l'histoire sur un autre site. On verra bien ce que ça donne
Sinon, je reprécise one more time : ceci est une histoire à caractère homosexuel, les persos sont à la Blacksad, à savoir mi-animaux mi-humains, et je m'inspire de la Bible selon un point de vue très personnel et totalement déformé. Inutile de me faire des remontrances vis-à-vis de ces points-là, je jouerai les autistes.
Par contre, si vous avez des critiques ou des interrogations, des remarques quant à des erreurs, n'hésitez pas, c'est là pour ça.
Ah. Il y a encore un point que je souhaite spécifier, parce qu'on m'en a déjà fait la remarque : dans ce chapitre, il y a un changement de point de vue. C'est-à-dire qu'à un moment, ce n'est plus Samuel qui parle mais un autre.
Avec le recul, j'avoue que ce n'était pas forcément une bonne idée, mais du point de vue de la narration, je voyais mal comment faire autrement. Ne soyez pas trop surpris.
Bonne lecture
Chapitre 5 – Révélations
Sam !
Inutile de fuir.
Je te retrouverai de toute façon.
---Quand je reprends conscience, ou plutôt quand j'arrive à aligner plus de deux pensées sans avoir envie de hurler, je suis chez moi.
Pas "chez nous". Chez moi. Dans mon vieil appart. Même si je ne crois pas avoir mis les pieds ici plus de trois fois la semaine dernière, et encore, en coup de vent, ça reste chez moi.
Un endroit sûr.
Grand sphinx. Je suis toujours à deux doigts de paniquer complètement.
Je ne me rappelle pas trop ma fuite. Je sais que j'ai couru. Mes jambes me le font sentir. J'ai même dû courir pas mal, vu que je suis chez moi. Je sais que je n'ai pu m'arrêter de trembler qu'une demi-heure après m'être foutu dans un coin de ma chambre, recroquevillé comme un enfant.
C'est complètement dingue.
Même maintenant, j'ai du mal à y croire. Mais je SAIS ce que j'ai vu. Ca ne peut pas être vrai, c'est irréel, c'est fou, et pourtant quelque chose au fond de mes tripes SAIT que c'est la vérité. Je n'arrive pas à oublier ces ailes. Ces yeux. Cette voix.
Ce sang.
Et le cœur.
Je réprime la énième nausée qui me vient, soit par habitude, soit parce que je n'ai plus rien à vomir.
Je n'arrive pas à y croire.
Lucié.
Un monstre.
Un démon ?
J'ai du mal à concilier les deux, et pourtant, la ... chose … était beaucoup trop semblable à Luc. Et la plume … Cette foutue plume blanche sur son torse.
En pensant à sa plume, je porte automatiquement ma main à la plume noire que je porte.
Une autre preuve, s'il en était besoin.
Une plume noire, née des ténèbres. Absolument identique à celles qui composaient les deux appendices que portait la chose.
Elle absorbe la lumière. Ou plutôt, la lumière n'accroche pas sur elle. Elle la fuit.
Je suis tenté de l'arracher, mais elle est mon lien avec Lucié. Son cadeau pour notre mois de vie commune.
Une autre larme s'échappe d'un de mes yeux. J'ai cessé de les compter. J'ai du pleurer même après m'être effondré d'épuisement.
J'ignore quelle heure il est.
J'ai besoin d'aide.
Je suis complètement dépassé.
Je devrais peut-être demander à un prêtre.
A cette pensée, je sens poindre un fou rire nerveux, fou rire qui s'étrangle quand la chose qui m'a réveillé se produit à nouveau.
Un bruit.
Chez moi.
Le plancher qui craque.
Y a quelqu'un chez moi.
A cette pensée, j'ai l'impression que toute ma fourrure se hérisse, alors qu'un gémissement de panique grimpe lentement au fond de ma gorge. J'essaye de m'enfoncer dans le mur derrière moi, les yeux rivés sur la porte.
Je suis pris au piège.
« Sam ? »
Je me bloque.
Je connais cette voix.
« Sam ? T'es là ? »
Ce n'est pas Lucié.
Mais je n'arrive pas à comprendre. Qu'est-ce qu'il fout là ?
Qu'importe ! J'ai besoin d'aide. Tout de suite.
J'ai à peine le temps d'ouvrir la gueule pour l'appeler qu'un museau blanc pointe déjà à l'entrée de ma chambre.
« Sam ? T'es... SAM !
- Ha…Harry ?
- Sam ! Oh merci, t'es là ! Tu nous as foutu une trouille bleue ! »
Il se précipite sur moi mais se bloque quand je recule brutalement à son geste précipité.
« Sam, ça va. Calme toi, tout va bien.
- Non ! Ca va pas ! Lucié ! C'est … Il … »
Je me tais un peu brusquement pour deux raisons : un, ma voix est en train de me lâcher, de même que mes larmes qui recommencent à couler, l'émotion et mon soulagement grandissants.
Deux : je n'ose pas annoncer que Luc est un monstre. Là je serais bon pour l'asile, diagnostic : crise de nerf.
« Je sais, me dit Harry en m'attrapant doucement les mains, je sais. Il a tué quelqu'un. »
Je rajoute rien. Ca suffit, ça explique tout. Je recommence à pleurer de soulagement. Et de peur. Bref, je repars pour une crise de larme. Harry me caresse doucement les cheveux pour me calmer.
Je ne sais pas combien de temps je pleure, mais sans doute pas longtemps car Harry essaye de me redresser.
J'ai un peu de mal à me tenir sur les jambes, mais l'hermine blanche me soutient. Petit, mais costaud comme diraient certains.
Je suis vraiment épaté par Harry. Il est venu dès qu'il a su ?
Dans un coin de mon cerveau, je me fais la promesse de forcer Joyce à l'épouser ou de la tuer si jamais elle le laisse tomber.
« Sam, je suis désolé, mais on peut pas rester ici. Luc sait où tu habites et on ne sait pas où il est. Tu as un ami qui pourrait t'héberger ? Un ami que Luc ne connaîtrait pas ? »
Je réfléchis à peine.
« Oui. Harvey. Harvey Carroll. Il habite au sud de la ville.
- Bien. T'as des affaires que tu veux emmener ? »
Je hoche la tête.
Avec son aide, je fais un petit sac, principalement des affaires de rechanges et ma trousse de toilette. Je profite du remue-ménage pour vérifier l'heure. 7 heure moins 5. Ouille ! Harvey ne va pas apprécier de se faire tirer de son lit si tôt.
C'est en prenant les clés de l'appartement que je bloque. Le petit truc bizarre qui me turlupinait quand j'ai reconnu Harry recommence à s'agiter en moi. Je me retourne vers la porte d'entrée.
Verrouillée.
L'hermine est plus que surprise quand il ressort de la salle de bain, ma trousse de toilette sous le bras. Le couteau de cuisine que je tiens à la main y est sans doute pour quelque chose. Le fait que je le pointe en tremblant vers lui d'un air menaçant aussi.
« Sam ? Mais qu'est-ce que tu fais ?
- Comment t'es rentré ?
- Quoi ?
- COMMENT T'ES RENTRE CHEZ MOI ?
- Calme-toi, ok ? La porte était ouverte.
- Elle est fermée, je réponds nerveusement.
- Je l'ai fermée derrière moi. Samuel, je t'en prie, pose ce couteau, je suis là pour t'aider !
- Je sais que je l'ai fermée. Je m'en souviens parce que je crevais tellement de trouille que j'ai du m'y reprendre une dizaine de fois et que je l'ai vérifié autant de fois. Et ça m'explique pas ce que tu fais ici à 7 heure du mat' ! Qu'est-ce que tu foutais à écouter les infos à 7 heures, d'abord ? ET COMMENT TU SAIS OU J'HABITE, PUTAIN !
- … Sam … Je te supplie de me croire, je ne suis là que pour t'aider. Je peux pas tout t'expliquer, mais on peut pas rester ici ou Lucce va débarquer d'une minute à l'autre. Faut absolument te cacher et vite ! »
Il sort ça avec un tel sérieux et une telle autorité que je suis tenté de lui obéir. S'il n'y avait pas ce détail.
« T'as dit 'Lucce' ? »
Clignement d'yeux.
« Quoi ?
- Tu connais Gabriel Mambrer. »
Ce n'est pas une question.
Harry a soudain l'air gêné, limite paniqué.
« Sam, faut que tu me croies. Je te jure de tout t'expliquer mais il faut partir d'ici au plus vite.
- Non, fais-je très posément. Tu vas tout m'expliquer tout de suite. J'ai l'impression qu'on me prend pour un con. Il se passe des trucs pas normaux et j'ai l'impression que tu sais de quoi il s'agit. Alors tu m'expliques. MAINTENANT ! »
Il y a un moment de flottement pendant lequel Harry semble réfléchir intensément. Puis il se redresse d'un air décidé et sûr de lui, à cents lieues de l'habituelle hermine blanche et me fixe droit dans les yeux. D'un regard trop bleu.
« D'accord »
Et il ouvre ses ailes.
J'ai tout juste conscience de lâcher un « Oh merde » avant de me retrouver par terre, les jambes coupées par l'émotion. Le couteau roule docilement de ma main jusqu'aux pieds de Harry, qui l'ignore totalement.
« Je sais, dit-il, gentiment moqueur. Ca fait souvent ça »
Deux ailes.
Blanches.
Magnifiques.
Je n'arrive pas à détacher mes yeux des plumes.
Amusé, Harry tend une aile vers moi, sans un mot.
Je lève les mains pour toucher l'appendice. On dirait de la lumière solidifiée. Elles brillent. C'est chaud et incroyablement doux au toucher. Encore mieux qu'une fourrure de nouveau-né.
« Tu te souviens comment tu as ouvert la porte ? Me demande Harry doucement, me tirant de ma contemplation.
- Avec les clefs ? fais-je, plus trop sûr de rien.
- Tu te souviens avec quoi tu es parti hier soir ? »
Je me tais. Je suis parti avec rien. Lucié y a veillé. Lors de l'agression, le rat m'a fouillé.
Je n'avais pas les clefs.
« C'est toi ?
- Oui. Je les ai mises dans ta poche quand tu es arrivé ici. Tu dois me croire quand je te dis que je suis là pour t'aider. Et qu'il faut se dépêcher. »
Sur quoi il fait disparaître ses ailes. Le changement est si soudain que j'ai l'impression que quelqu'un a éteint la lumière.
« Viens, me dit-il en me relevant tout en prenant mes affaires. Je vais tout t'expliquer en chemin. »
Je le suis docilement. Je ne pose plus de question. Je ne suis plus en état.
Il le sent bien. Aussi attend-il que je récupère avant de commencer.
---
Ca doit faire 5 minutes que nous roulons. Je continue de le fixer. Ca n'a pas l'air de le gêner. Je n'ai toujours rien dit, mis à part la direction. Je me contente de le détailler et de vérifier si par hasard il n'y a pas une plume qui dépasse, tout en me demandant où il a bien pu les planquer.
« Tu réalises ce que je suis, n'est-ce pas ? Me demande-t-il soudain, me tirant de ma séance d'autohypnose.
- Hein ? fais-je en clignant des yeux.
- Tu réalises ce que je suis, n'est-ce pas ? redemande-t-il patiemment.
- … T'es un ange, c'est ça ?
- Oui. Une puissance, pour être exact – c'est un grade, précise-t-il devant mon air perdu.
- Oh, je réponds, pas plus avancé.
- Mon véritable nom est Ariel.
- Ariel ! Comme la sirène ? » Fais-je avant d'avoir pu m'arrêter.
Il pousse alors un gémissement blessé si théâtral que je ne peux m'empêcher de sourire.
« Euh … Désolé.
- Y a pas de mal. Ce n'est pas de ta faute. Walt Disney m'a fait beaucoup de tort. Mais sache, Impudent Mortel, lance-t-il avec un sérieux absolument pas convaincant, que Ariel signifie "Lion de Dieu". Ca en jette un peu plus, présenté comme ça, non ?
- Ah oui, carrément. » Fais-je en souriant, beaucoup plus détendu.
Harry/Ariel me jette un regard, semblant apprécier mon état d'esprit moins paniqué.
« Bien. Maintenant, les mauvaises nouvelles. J'ai été assigné à ta protection. C'est ma mission actuelle : vous surveiller toi et Lucce et te protéger, sans que Lucce apprenne ma présence.
- Me protéger ?
- Oui. De Lucce. Du moins autant que possible.
- Lucié …
- … Tu réalises ce qu'il est, n'est-ce pas ?
- … Un démon ?
- Oui. Mais un démon puissant. C'est pour ça qu'on t'a attribué une Puissance.
- Mais qu'est-ce qu'il me veut, à la fin ? Et puis pourquoi il m'a encore rien fait ? Ca fait un mois qu'on vit quasiment ensemble ! Que je dors à côté de lui ! Qu'est-ce qu'il attend ?
- Je n'en sais rien. Tout ce que je sais, c'est qu'il a tué cette nuit, et qu'on m'a ordonné de te mettre à l'abri.
- Ordonné ?
- Oui… Mon supérieur direct … Gabriel.
- Quoi ? Gabriel Mambrer, c'est ton supérieur ? »
L'hermine a alors un petit rire.
« Mambrer ? Ah celui-là, j'te jure !
- Quoi ?
- Il a toujours eu le sens de l'humour.
- Tu veux dire que son nom, c'est véritablement un jeu de mot ?
- Oh oui. C'est parce qu'aux Cieux, c'est lui qui a la plus grosse … épée. » fait-il en rigolant.
Je cligne des yeux, stupéfait.
« Alors là, j'en reviens pas ! C'est à ça que vous vous amusez, là-haut ! J'arrive pas à croire qu'un ange nommé Gabriel puisse choisir un nom comme … »
Je me tais brusquement, saisi d'un doute.
« Ah, tu viens de comprendre, me fait Harry en souriant.
- … Gabriel comme …
- Oui.
- Tu déconnes, là ?
- Non.
- Tu veux dire que c'est … enfin … le vrai ? Le … le …
- L'Archange Gabriel, oui.
- … Oh merde … OH merde ! Geronimo a été sauvé par l'Archange Gabriel en personne. Oh ben merde, alors !
- Ca n'a rien d'extraordinaire, tu sais. Tous les anges font ça régulièrement, même les plus gradés.
- Okay, t'as d'autre scoop du genre à m'annoncer ? Dieu est une femme et le treizième apôtre est un rat ?
- Juste le véritable nom de Lucce.
- Et qui est ?
- Lucifer. »
Je reste en apnée deux secondes avant d'éclater de rire. Ca me déstresse complètement.
« Oh la vache, j'ai failli marcher ! Tu devrais pas de faire peur comme ça, Harry. T'es censé me protéger, je te rappelle. » fais-je en me retournant vers l'ange.
Qui ne sourit pas.
Ca aussi ça me calme.
« Euh … Tu déconnais là ? Hein ? Dis-moi que tu déconnais.
- … Non. »
Je cligne des yeux
« Désolé, rajoute-t-il, toujours en fixant la route.
- Je te crois pas.
- Samuel, je sais que -
- Je te dis que c'est pas possible ! J'ai vécu un mois à ses côtés ! J'ai couché avec lui ! Dormi dans ses bras, putain ! Un démon, c'est déjà limite à croire, mais Satan en personne, faut pas charrier non plus !
- Sam…
- Non ! Je refuse de te croire ! »
Harry/Ariel tourne alors brusquement le volant et se gare tout aussi brusquement sur le trottoir avant de se retourner vers moi furax.
Les yeux bien trop bleus.
« Maintenant tu vas m'écouter, Samuel Anvéchat ! L'Archange Gabriel lui-même s'est intéressé à ton cas et a dépêché une Puissance, le deuxième grade le plus haut que puisse obtenir un ange, et choisi le plus doué d'entre eux afin de protéger ton cul velu ! Et ce n'est certainement pas pour tes beaux yeux ! Je suis un Ange, serviteur du Tout Puissant et il n'est pas dans mes habitudes de mentir ! Tu dis connaître Lucce depuis plus d'un mois ? Moi je le connais depuis des milliards d'années ! Crois-moi sur parole, c'est Lucifer ! »
Il reste quelques secondes à me fixer droit dans les yeux de son regard ardent, histoire d'être sûr que j'ai bien compris. Puis il ferme les yeux en soupirant. Quant il les rouvre, ils ont repris leur couleur 'normale'.
« Il faut que tu comprennes, Sam. Cette histoire en inquiète plus d'un, là-haut. Je ne suis même pas sûr d'en comprendre toutes les implications moi-même. »
Il ferme à nouveau les yeux et semble se concentrer. Quand il rouvre les yeux, son regard se porte à la médaille du saint Christophe accroché au rétroviseur.
« Il faut d'abord que tu comprennes que 'Satan' n'est qu'un titre qui est donné au dirigeant des enfers. Depuis la création de ces derniers, Lucce a gardé le titre, étant d'abord le créateur de ces derniers ainsi qu'en tant que démon le plus puissant y résidant. Mais il y a une centaine d'année, il a renoncé à ce titre et quitté les enfers.
- Hein ? Il est parti ?
- Oui. Il a abdiqué. Démissionné, selon ses propres termes.
- Attends une minute ! C'est possible, ça ? Je veux dire … C'est Lucifer, quand même ! Il peut pas faire ça !
- Et bien il semblerait que si, justement. De toute façon, il a toujours été dans ses habitudes de fausser les règles du jeu. Mais ce qui nous a vraiment inquiété, c'est le fait que personne ne sait pourquoi il a fait ça. Le démon qui a repris le titre de Satan, un dénommé Asmodée, semble lui-même ignorer la raison de ce départ. Lucce quant à lui s'est installé sur terre, discrètement, et a commencé à voyager un peu partout. Nous avions perdu sa trace il y a à peu près cinquante ans, à cause de la guerre. Et il y a un mois et demi, Gabriel tombe sur lui totalement par hasard, au beau milieu d'un magasin d'informatique. Encore mieux, Lucifer semble s'être entiché d'un mortel – toi – et personne n'a le moindre début d'explication sur son attitude. Certains anges avaient même commencé à réellement croire à la 'retraite' de Lucce. Jusqu'à hier soir. »
Harry se tourne vers moi, vérifiant mon état. Me voyant encore en train d'assimiler tout ça, il continue.
« Il a donc été décidé de te mettre à l'abri pour l'instant.
- … Pendant combien de temps ?
- On en sait rien. Jusqu'à ce que qu'on comprenne ce qu'il se passe, ou que Lucce re-disparaisse Dieu sait où.
- Et je fais comment moi, pendant ce temps-là ?
- Prends quelques jours de congés. Cache-toi. Ne dis pas à personne où tu te trouves, surtout à Henri et les autres. Lucce pourrait le lire dans leurs esprits.
- Ah carrément ! Et comment ça se fait qu'il me retrouve pas tout de suite, s'il est si puissant ?
- Les anges te dissimulent à sa vue, tout simplement.
- Et ça va durer combien de temps tout ce cirque ? Harvey est sympa, mais il va pas me loger éternellement. Tout comme mon travail. Qu'est-ce qui va se passer à la fin de mes vacances si rien ne bouge ? Je sais pas si t'es au courant, mais trouver du boulot en ce moment, c'est pas simple !
- Je me permets de te rappeler que tu as Lucifer en personne à tes trousses. Ne prends pas ça à la légère. Ton travail est franchement secondaire.
- Après avoir vécu un mois dans ses bras, tu m'excuseras de relativiser.
- Même après la nuit dernière ? »
Ok. Un point pour lui. A la simple évocation de la scène, un frisson me parcours le dos. Je n'ose pas fermer les yeux de peur de revoir le démon. Et le simple fait de regarder l'ange me calme. Il pourrait faire un malheur dans une boutique New Age, celui-là.
Harry profite de ce répit pour redémarrer la voiture et reprendre la route. Durant le chemin, il m'indique toutes les précautions que j'aurai à suivre, du style éviter de retourner à des endroits où j'ai l'habitude d'aller, comme les restaurants, les bars, et de changer toutes mes habitudes, les chemins où je me promène, les magasins où je fais mes courses, mon médecin, etc.
Ce n'est qu'au bout de 10 minutes que je réalise ce que toutes ces mises en garde signifient.
« Tu restes pas avec moi ! Tu vas pas me laisser seul face à Luc quand même ! Demande-je, un début de panique grimpant dans la gorge.
- Je ne peux pas. Je dois absolument retrouver Lucce. C'est la meilleure solution.
- Et moi alors ! Qu'est-ce que je fais s'il se pointe ? Je récite la bible ?
- Tu vas pas me faire croire que tu ne sais pas comment on appelle un ange, quand même ?
- ... T'es sérieux ? Faut que je … prie ? »
Ca doit être l'espèce de dégoût que j'ai mis dans le dernier mot qui le fait éclater de rire. Ca ou il se fout de ma gueule. Ah non, c'est vrai, il ne ment pas.
Oh.
« Et tu croyais quoi, Sam ? demande-t-il entre deux rires. Qu'on avait un numéro de portable direct pour le Paradis ?
- Euh … Tu veux dire que la prière et tout ça … Ca marche vraiment ?
- Bien sûr que ça marche ! Mais c'est comme pour toi avec le spam, on trie. A la fin, on garde les prières sérieuses et les Archanges décident si oui ou non on doit intervenir. Tu serais étonné du nombre de prières qu'on reçoit par heure. Mais pour toi, pour simplifier la situation, tu es branché directement sur Gabriel. Alors fait gaffe à ce que tu pries, s'il-te-plait.
- Pourquoi ? Ca pourrait me coûter ma place au Paradis ?
- Non. C'est juste que Gabriel a un sens de l'humour bien à lui quand il sent qu'on abuse de sa gentillesse. Pour te donner une idée, il est du genre à te donner la glace double chocolat que tu désires directement dans les poches, quand ce n'est pas dans le caleçon.
- Oh. »
Note pour plus tard, laisser tomber l'idée de demander à gagner au Loto.
« Ah oui, encore une chose. Ta plume. Donne-la moi.
- Quoi ?
- La plume que Lucce t'a offert. Tu dois t'en débarrasser.
- Pourquoi ? C'est qu'une plume !
- C'est une de ses plumes. Une de ses ailes, tu comprends ? Elle fait partie de lui. Il peut te retrouver grâce à elle. »
J'hésite quelques secondes avant de l'enlever. Je n'ai pas envie de m'en séparer, mais si ça peut attirer le démon jusqu'à moi … Je finis par la lui donner et je remarque que Harry prend bien soin de ne pas toucher à la plume elle-même.
Nous arrivons enfin devant l'appartement de Harvey. L'hermine blanche me répète une dernière fois tous ses conseils en me conduisant jusqu'à la porte de l'immeuble.
C'est avec un regard désespéré que je le regarde remonter dans sa voiture. Je continue même à fixer pendant 5 minutes l'endroit où la voiture a disparu. Puis enfin je soupire.
Je suis en pleine ville, à la rue, un démon à mes trousses, et pas le démon lambda, mais Lucifer en personne et mon ange gardien vient de me lâcher.
O joie.
Comment ça, je suis sarcastique ?
Quand je me décide à me retourner et à faire face à la porte, j'hésite encore une minute avant d'appuyer sur le bouton de l'interphone correspondant à Harvey. J'ignore totalement quelle heure il peut bien être, mais le soleil commence à peine à montrer le bout de son nez à l'horizon et Harvey travaille de nuit en ce moment.
J'ai l'impression qu'il va falloir que je bétonne mon excuse pour pas que le lapin me piétine à mort.
Deux minutes plus tard, je retente ma chance.
Vous connaissez la loi de Murphy ? J'ai l'impression que le stress ne m'aide pas non plus, mais l'hypothèse de l'absence de Harvey commence à me grignoter le cerveau. Un peu comme dans ces films où le héros se dit « de toute façon, ça peut pas être pire. » et que pile à ce moment-là, ça devient pire.
Je crois que je n'ai jamais autant pris compte de la durée d'une seconde.
Je suis prêt à tenter une troisième fois et les 4 autres tentatives suivantes à la suite quand j'entends le mugissement de l'interphone tentant de transmettre le marmonnement de mon ami.
« HmmuHHmhuhuMMhu ?
- Euh … Harvey ? .. .C'est Sam…
- ... Hhham ?
- Oui … euh ... Je peux monter ? … Steuplé ?
- … Mhhonhay, hhmonte. »
Le grésillement caractéristique de la serrure électrique se fait entendre et je pousse la porte. Encore incertain de l'excuse à donner, je grimpe lentement les marches qui me conduisent au 4ème étage.
Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui raconter ?
« Salut, j'ai Satan qui me court après, tu pourrais m'héberger deux ou trois ans, le temps que ça se tasse ? »
Mouais … Pas terrible …
« Mauvaise nouvelle, ça fait un mois que je couche avec Lucifer. »
Non plus …
« Figure-toi que Luc est un démon et il vient de tuer quelqu'un ! »
…
« Pour notre 'mensiversaire', j'ai découvert que Luc est un démon alors qu'il arrachait le cœur du type qui … »
Stop ! Mauvais train de pensées.
« Harvey, tu pourrais m'héberger, j'ai vu un type se faire arracher le cœur sous mes yeux. »
Stop stop stop stop stop !
« Cache-moi, j'ai vu un meurtre ! Et c'est Luc qui … »
Pitié, que ça s'arrête !
« … cœur … »
Assez !
« … démon ! … »
Assez !
« …dusangsursesgriffesdusansdanssesyeuxslodeurdusangpartoutdusangsurlecoeur... »
ASSSSSEEEEEEEEEEEEZ !
---
Quand Harvey ouvre enfin la porte, inquiet de ne pas me voir arriver, il me découvre en boule sur le seuil, tremblant et sanglotant.
---
Ses mains.
Ses mains sont sur ma nuque. Elles sont douces. Chaudes. Tendres.
Je ne le vois pas. Il est derrière moi. Mais je sens sa chaleur tout près de mon dos nu. Si près. Mais il ne se colle pas à moi. Pas encore.
Sa main gauche glisse lentement le long de ma clavicule tandis que la droite entame une lente descente de mon omoplate, le pouce suivant le sillon de ma colonne.
J'en frémis.
Mes mains ne bougent pas. J'ai trop peur. Peur que mes mains ne chassent les siennes.
C'est si bon.
La main gauche s'est arrêtée sur mon bras, juste en dessous de l'épaule. Une bonne prise.
La droite vient se nicher sur mon flanc droit. C'est ma zone la plus sensible. Il le sait. J'en gémis. Un pur gémissement de plaisir tactile et de luxure.
Je tremble d'excitation. Et d'impatience.
Je ne veux pas me retourner.
Sa prise se raffermit lorsqu'il m'attire contre lui.
Sa chaleur ! Elle m'entoure. Elle m'embrase.
Aie pitié de moi ! Eteins cet incendie !
Je sens son souffle sur ma nuque. Je sens sa poitrine contre mon dos. Je sens ses jambes juste derrière les miennes. Je sens son sexe dur contre moi.
Je ferme les yeux. Je ne le sens que plus.
Ma queue s'agite de gauche à droite. Impatience.
Ses mains passent l'une sur mon torse, l'autre sur mon ventre, le tout sans jamais rompre le contact. Il m'enserre. Sa langue et lèvres jouent avec ma nuque.
Je ne peux m'arrêter de trembler.
Je l'aime.
Il devine ma pensée et me répond « Je t'aime aussi. »
Sa main droite vient toucher ma joue gauche et il me fait tourner la tête le plus possible vers lui. Je capte son regard.
Un rouge si profond qu'on jurerait du sang dans lequel nagent deux prunelles d'argent. Perçant, inhumain. Un regard signe de cruauté éternelle.
Il penche la tête.
Mes lèvres s'entrouvrent de surprise en même temps que les siennes, tandis que ses ailes noires se déploient derrière lui.
Je m'apprête à enlever ses mains quand je sens ses mâchoires se refermer brutalement sur ma nuque.
---
Je hurle.
Je me calme aussitôt que je sens la main de Harvey dans mes cheveux. Il est assis derrière moi et a posé ma tête contre son estomac. Et il me berce.
Comme d'habitude, en somme.
Comme la première fois où je me suis réveillé chez lui, y a deux semaines.
Je ne me rappelle pas m'être endormi, et encore moins dans son lit, mais je me rappelle parfaitement m'être réveillé en hurlant et complètement paniqué. Je crois qu'il a fallu à Harvey une bonne demi-heure avant que je me calme. Enfin … que je sois un peu plus calme. Personnellement, je me rappelle à peine cette journée.
Je ne sais plus trop ce que j'ai raconté à Harvey, mais je sais avoir évoqué le meurtre. Et je me souviens avoir réussi à me rendormir après 3 heures de tentative infructueuse. Mais il faut dire qu'une crise de nerf, ça épuise. Encore heureux que c'était samedi.
Je me souviens avoir supplié Harvey de me cacher et de ne pas avertir âme qui vive, les copains de la boîte en tête.
Le dimanche a été calme, c'est-à-dire que j'ai dormi, et c'est à partir de lundi que j'ai du m'organiser.
Les vacances pour commencer.
Ca n'a pas été triste. Expliquer à Henri que je me cachais de Luc, alors que celui-ci avait fait le pied de grue devant le magasin pour demander à Gérôme, Joyce et Henri si ils savaient où j'étais, que je ne pouvais pas lui dire où je me cachais mais qu'il devait absolument s'éloigner et se méfier de Luc, sans autre explication que le meurtre, transformé en légitime défense par l'intéressé, bref, expliquer tout ça à un Henri mort d'inquiétude n'a pas été une mince affaire. Toujours est-il que je suis en vacances pour un mois complet.
J'ignorais et j'ignore toujours si Harry et la compagnie des anges vont réussir à régler le problème durant ce laps de temps, mais à ce moment-là, j'avais d'autres soucis en tête.
Comme le travail de Harvey, entre autres.
Harvey travaille de nuit. Je dors mal la nuit. Très mal. Et me réveiller dans un lit qui n'est pas le mien, sans personne pour me rassurer … sans façon. J'ai donc passé une nuit blanche en attendant le retour du lagopède après le premier cauchemar, et ce dernier m'a retrouvé en train de manger le café à même le paquet parce que la cafetière était trop lente. Pour un peu, je me serais terré dans un coin en répétant en boucle : « Veux pas dormir, le loup va me manger. Veux pas dormir, le loup va me manger. »
Depuis, je me suis mis à un régime nocturne histoire de pas dormir tout seul.
Enfin dormir est un bien grand mot, puisque les cauchemars sont de retour. Après deux semaines, le seul progrès observé est la durée de panique suivant le réveil qui est quasiment descendue de 30 minutes à 2 secondes, le temps que je me réveille.
Le deuxième souci, c'est une petite crise d'agoraphobie. En clair, j'ai refusé de quitter l'appart toute la première semaine jusqu'à ce que Harvey me traîne à son boulot à grands coups de pied bien placés, à force de me voir dans un état de stress à la limite de l'auto-combustion à chaque fois qu'il rentrait, et pour une autre raison moins joyeuse.
Quand j'ai mentionné à Harvey le meurtre, la première chose qu'il a fait, c'est de vérifier dans la presse et dans les médias. Il trouva la scène que m'avait décrite Henri : 'Un loup descend un drogué qui tentait de le braquer'. Mis à part la violence de la scène, rien d'inhabituel ne ressort de l'article. Pas de cœur arraché, en somme.
Ce qui l'a plus inquiété par contre, de même que ses collègues, c'est la petite série de meurtres qui a commencé dans les environs. Ca lui a donné l'excuse de me sortir de l'appart : l'escorter à l'entrée et à la sortie de son travail.
Le genre d'excuses qu'on ne peut pas refuser, quoi.
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Rien qu'avec deux semaines de recul, je me rends compte à quel point mon petit lapin blanc a été patient et compréhensif. Il m'a recueilli, nourri, logé, blanchi, bercé et secoué les puces sans rien demander en retour. C'est grâce à lui que je suis en ce moment en train de papoter avec le patron du bar où Harvey travaille, au lieu de me retrouver bourré de calmants avec une jolie chemise blanche avec les manches qui s'attachent dans le dos.
Le raton laveur avec qui je discute pendant qu'il lave les verres accumulés par ses clients, c'est Romain. La première chose que j'ai remarquée chez lui, et la première chose que tout le monde remarque chez lui, c'est sa taille. Il est grand. Du moins pour un raton laveur. Mais c'est quand même le premier que je rencontre qui peut me toiser du regard sans monter sur une chaise. Et il est très doué pour ça.
La deuxième chose qu'on remarque, c'est son énergie. Il parle, sert les clients, donne des ordres, encaisse et nettoie en même temps et sans discontinuer pendant toute la nuit.
Rien que le regarder m'épuise.
Mais il est clair qu'on ne s'ennuie jamais avec lui. C'est d'ailleurs lui qui a été chargé de me 'secouer' quand Harvey m'a ramené ici la première fois. La technique de Romain, ou 'Fonce Pilate' comme le surnomme Harvey, est très simple : puisque le fait de penser me ramène toujours à Luc, il m'a occupé jusqu'à ce que je ne sois plus capable d'aligner deux respirations sur le même rythme.
Crevant, mais efficace.
De plus, afin que je sois 'rassuré', Harvey et Romain ont chargé le videur du bar de me garder à l'œil, juste au cas où, et d'empêcher un certain loup noir de débarquer ici par erreur.
Quand ils ont fait ça, je n'ai pas osé les en dissuader. Je doute franchement que Raoul, aussi grand et costaud qu'il soit, puisse faire quoique ce soit si Lucié se mettait en tête de rentrer en force. Mais bon … ça fait quand même plaisir.
A ce propos, j'ai appris de Raoul en personne quelque chose de marrant. Raoul n'est pas son vrai nom. C'est Romain qui a décidé de l'appeler ainsi sous prétexte que son prénom ne faisait pas sérieux. Surtout pour un ours brun pesant dans les 120 kilos tout en muscle. Faut dire aussi qu'on n'a pas idée d'appeler son fils Ignace.
Toujours en est-il que ces deux-là me couvent comme pas possible. Et pas seulement parce que Harvey le leur a demandé. C'est parce que, pour faire passer l'idée de m'avoir débarqué dans le bar, Harvey a dit que j'étais son petit ami, mensonge crédibilisé par le fait que nous nous connaissons depuis quelque années.
Seulement, j'ignorais que Harvey était la coqueluche du bar. Mignon, danseur sexy et tête bien faite, faut avouer qu'il a tout pour plaire. Et il plait. A tout le monde, pour être précis. Et comme il est à la fois teaser au bar - l'espèce de gogo qui danse sur le bar pour aguicher le public – et strip-teaser vedette, il lui est très difficile de rester discret.
Du coup, quand tout le monde a appris que j'étais son petit copain … ben on m'a regardé d'un sale œil. Surtout que j'en menais pas large la première fois, en pleine crise d'agoraphobie et de démonophobie. Aussi, et grâce aux explications de Harvey, Romain et Raoul m'ont pris sous leur coupe. L'un en me surchargeant de travail (pour me réveiller beaucoup et me malmener un peu devant les autres) et l'autre pour me protéger en cas de besoin.
Ca fait donc une semaine que je suis Harvey à son travail et ma pauvre cervelle semble fonctionner à nouveau depuis un ou deux jours, après une semaine et demi dans le coltar. En tous cas, ça doit sûrement se voir puisque Romain m'autorise pour la première fois cette semaine à m'occuper comme bon me semble. Je l'ai aidé pendant deux heures, c'est-à-dire à ouvrir et m'occuper des premiers clients et là je m'octroie une légère pause en sirotant un verre de lait bien frais offert par la maison et en discutant avec Romain qui semble suivre 3 discussions à la fois, les mains toujours occupées à essuyer les verres.
En un mot comme en cent : je revis.
Je ne me rends compte de la gravité de mon état que quand Harvey prend son service.
Fallait vraiment être dans un état de dépression absolue pour ne pas le remarquer. J'invoquerai bien l'excuse selon laquelle Romain me surchargeai de travail mais je sais d'avance que ça ne suffirait pas.
Il. Est. Hot.
Pas étonnant que je fasse des jaloux.
Il attire les clients au bar à lui seul. Bon, j'exagère un peu, il n'est pas le seul. Les autres teasers font un super boulot aussi. Mais le lapin se détache nettement du lot.
Je crois que Harvey s'est rendu compte que j'allais mieux, lui aussi, parce qu'il remarqué que je le regardais. Rectification, je ne le regarde pas, je le mate. Et il s'en est aperçu.
J'imagine sans difficulté ce qu'il est en train de penser : si le chat recommence à bander, c'est qu'il est guéri.
Le pire, c'est qu'il n'a pas tort.
Aussi quand je le vois faire son chemin jusqu'à moi, je sais que je suis parti pour une nuit de supplice.
Et je ne me trompe pas. Pendant tout le temps où il est au bar, la moitié de sa 'danse' et de ses tours pour exciter le client me sont destinés, et quand arrive le moment où il part en coulisse, une bonne dizaine de personne me tapent dans le dos pour me féliciter, et une autre dizaine de paires d'yeux jaloux et haineux tentent de me cramer par fixage intensif.
Ce n'est que quand Harvey passe sur la scène centrale une demi-heure plus tard que je prends vraiment l'exacte mesure de cette jalousie.
Sur le bar, Harvey est hot. Sur scène, il est la tentation incarnée. Il subjugue, il joue avec le public, il le manipule et le fait consumer. Même les hétérosexuels purs le regarde, non par désir, mais parce sa danse est également très belle. Du moins c'est ce qu'ils disent.
Quand, à la fin de son spectacle, Harvey me fait signe d'approcher de la scène et descend pour se serrer contre moi à la limite de l'obscène et m'embrasser sur les lèvres quand je commets la stupidité de lui obéir, j'ai l'impression que la salle explose entre les vivats, les 'moi aussi' et les cris de désespoirs.
Harvey me glisse un « Heureux de te voir guéri » à l'oreille et une main au panier à fruits avant de remonter sur scène pour saluer et rentrer en coulisse, me laissant seul avec une horde d'inconnus hurlant des 'Vengeance !' bon enfant.
J'ai déjà hâte de vérifier tout l'étendue de ma … guérison.
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Encore un rêve.
Je le sais, puisque je ne vois aucun décor. Et puis j'ai encore ce sentiment au ventre.
J'ai hâte de sentir ses mains sur moi.
J'ai hâte de sentir son souffle sur moi.
J'ai tellement hâte. J'ai l'impression d'avoir attendu cela des centaines d'années, quand bien même je n'ai atteint la puberté il n'y a qu'une quinzaine d'année.
Je sais qui il est. Je sais ce qu'il va me faire. Je sais ce qu'il est.
Je le sais pertinemment.
Je sais que je vais hurler. Je sais que la terreur va revenir. Une partie de moi veut fuir à tout jamais.
Mais il y a cette partie qui le réclame. Et elle est si forte.
C'est pour cette raison que je ne fuis pas quand je l'entends dans mon dos.
C'est pour cette partie de moi que je ferme les yeux et gémis quand ses mains/griffes me caressent le dos.
M'enserrent.
Me saisissent les bras.
Il me force à lui faire face. Je ne veux pas. Je ne veux pas briser se sentiment de l'avoir enfin trouvé.
Quand je le regarde, il est tel que je le craignais : grand, terrifiant, démoniaque. Ses prunelles d'argent font courir un frisson glacé le long de mon échine. Ses ailes sont complètement déployées.
La plume blanche brille à son cou.
J'attends le coup, la déchirure, la douleur, celle qui vient à chaque fois. Inéluctable.
Aussi je suis surpris quand j'entends sa voix puissante et irréelle.
« Je te retrouve enfin. »
Je cligne des yeux et il est tel qu'il a été pendant notre vie commune, sauf les yeux. Toujours rouges.
« Ils ne peuvent nous séparer. »
Les rêves. Il veut parler des rêves.
« Nous nous reverrons très bientôt. »
Je me crispe et sa prise sur mes mains se resserre.
« Je te dirais tout. »
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Et je me réveille.
Pour une fois sans hurler.
Sphinx sait que je le voudrai, pourtant.
Pour un peu, j'en regretterais mes cauchemars.
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On doit être samedi. La foule est un indice qui ne trompe pas.
Encore heureux car cette période de 'vacances forcées' a réussi à me faire perdre tous mes repères.
On est donc samedi.
Et j'ai peur.
Depuis ce rêve, ça devait être mercredi ou jeudi, je ne sais plus trop, je m'attends à ce que Lucié débarque à chaque coin de rue, ou plus exactement, de derrière moi.
Même la visite de Harry l'autre soir m'a à peine calmé.
Il est venu suite à ma prière.
Quand j'y repense, je crois que je ne me suis jamais senti aussi ridicule. Moi, qui ai toujours clamé bien haut et fort que Dieu et toutes ces fadaises, c'était pas pour moi, j'ai prié. Seulement je ne crois pas que ceux qui prient s'attendent à ce que Dieu ou l'un de ses anges lui répondent directement. Et à vrai dire, moi non plus.
Je me revois encore, dans la salle de bain pour pas que Harvey me surprenne comme ça. Je pense que s'il m'avait surpris en train de me branler, ça ne m'aurait pas tellement gêné et lui encore moins. Mais en train de prier … j'aurais eu la honte de ma vie.
Ironique, vraiment.
Surtout pour lui expliquer pourquoi j'étais habillé de pied en cape. M'adresser à l'Archange Gabriel en personne à poil dans une salle de bain, je sais pas pourquoi, mais je ne pense pas que ça aurait été une bonne idée.
Toujours en est-il que j'ai prié. Sans doute pour la première fois de ma vie. Je doute que ça ait été une grande réussite :
« Euh … Monsieur Mambrer ? Euh, j'veux dire Monsieur l'Archange Gabriel ? … Je sais pas si vous m'entendez mais … Je crois que Lucié, enfin Lucifer, quoi, ben il m'a parlé dans mon rêve. Il a dit qu'on se reverrait bientôt … Vous avez entendu ? … Je crois qu'il m'a retrouvé … y a quelqu'un ? … euh … Hou-hou ? … … … »
J'ai regardé attentivement chaque reflet, chaque fissures, poussières, motifs, flaque pour être sûr… Sûr d'être fou ?
« C'est rien, Samuel, t'inquiètes pas, t'es juste en train de causer dans le vide à genoux en costard dans une salle de bain. Tout va bien. … Non mais quelle co-
- Votre message a bien été reçu et transmis à Gabriel. Il vous re-contactera dès que possible. Ne perdez pas courage. »
clignement d'yeux
« Ah. »
re-clignement d'yeux
Je ne sais pas combien de temps je suis resté la bouche ouverte à fixer le vide.
Depuis, je m'excuse d'un air gêné à chaque fois que je dois pisser.
On ne sait jamais.
Et Harry a débarqué dans le bar le soir même. Il a attendu qu'Harvey soit en coulisse pour venir me parler. Il n'a pas dit grand-chose. Juste qu'ils ne savaient pas où était Lucce, mais que la garde autour de moi s'était renforcée et qu'il ne pouvait pas rester trop longtemps de peur de se faire voir.
A un moment, je me suis demandé comment Joyce réagirait si elle apprenait que Harry traîne dans un bar gay le soir.
J'en ai profité pour demander des nouvelles de la boîte et Harry m'a dit que Luc ne traînait pas trop dans les environs. Qu'il ne s'en était pris à personne. Bref, il me cherche.
Et le fait qu'il puisse m'avoir retrouvé grâce à mes rêves n'était pas vraiment un bon signe. D'où la garde.
Pour faire court, Luc m'a peut-être retrouvé, j'ai un peu plus d'anges autour de moi, sans doute plus que quiconque sur cette planète et je n'arrive pas à être rassuré. Et ça fait ... euh … peut-être deux jours que c'est comme ça, même si ça donne l'impression d'être bien plus long.
Je suis tellement pris dans mes pensées que je suis surpris quand 'Fonce Pilate' ferme les premières lumières.
Comme d'habitude, je sors avec les derniers clients pour aller retrouver Harvey à l'autre sortie, l'accès aux coulisses m'étant interdit. Harvey a pourtant supplié Romain avec ses grands yeux humides mais allez savoir comment, celui-ci a résisté, et mis à part une visite exceptionnelle, il a été très ferme sur la sécurité. Rétrospectivement, je le comprends un peu, mais quand il pleut, je suis nettement moins compréhensif.
C'est à la sortie principale du bar que je l'aperçois.
Luc m'attend.
Pas d'apparition surprise dans le dos. Pas d'arrivée théâtrale à grand coup d'ailes ou de jets de flammes. Il m'attend juste.
Ses yeux sont vert d'eau sur fond blanc.
Je ne peux empêcher mon cœur de se serrer en le voyant, juste avant que mon estomac se contracte de trouille.
« Salut » me lance-t-il gentiment avec un sourire. Pas un sourire cruel, mais un sourire doux. Tendre. Le sourire auquel je m'étais habitué.
J'ai à peine le temps de chercher frénétiquement du regard une tache blanche parmi la foule, dans le faible espoir de repérer un ange salvateur, que Luc m'arrête.
« Inutile. Toute ta garde est occupée. J'y ai veillé. »
En désespoir de cause, je me retourne pour retourner au bar et retrouver Raoul, mais à la place, je me retrouve en face d'un grand lion, vêtu tout en noir.
« Je te présente un ami, me dit Luc : Scox. Scox, voici Samuel. »
Le lion me salue de la tête en souriant aimablement, mais à part me barrer le passage, il ne fait rien d'autre.
Je me retourne vers Luc.
Il m'indique un coin de la place un peu plus tranquille.
« Je veux juste parler. »
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« Mais où est-ce qu'il est ? Il devrait être là, pourtant. »
Harvey s'inquiète. Depuis que ses cauchemars avaient cessé, Samuel semblait perdu dans des pensées pas agréables. Ca aurait du lui faire plaisir pourtant, mais c'est l'effet contraire qui se produisait.
Il n'aimait pas ça, mais il va vraiment falloir qu'il le force à lui dire ce qu'il s'est passé cette nuit-là. Tout ceci ne ressemblait absolument pas à Sam.
« Pardon, fait soudain une voix … C'est bien toi qui dansais sur la scène tout à l'heure ? J'me trompe pas ? »
Habitué à cette phrase, Harvey se retourne en souriant vers le rat qui vient de l'accoster.
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« J'imagine que l'on t'a expliqué qui je suis, n'est-ce pas ? » Me demande Luc.
Je hoche doucement la tête, prêt à 'tenter' de m'enfuir au premier signe de transformation.
Et ça, ça n'échappe pas au démon.
« Bon Dieu, Sam ! Détends-toi un peu. Je vais pas te manger ! Oui, je sais ce que tu rêves, mais t'as tout faux si tu penses que j'ai l'intention de t'arracher la gorge. Et puis je te ferais remarquer que l'image que tu as de moi n'est pas très flatteuse. Je préférais largement la façon dont tu rêvais de moi avant.
- C'est pourtant à ça que tu ressembles, non ? » Fais-je aussi agressivement que ma peur me le permet.
Ma réponse doit plaire à Luc puisqu'il me sourit de toutes ses dents.
« Enfin tu ouvres la bouche. Tu es en progrès. Mais tu as encore tort. C'est une de mes formes, sans plus. Je suis un être d'essence divine à l'origine. Je n'ai pas de forme définie. Si tu veux vraiment savoir quelle est ma vraie forme, il faut que tu m'imagine complètement en blanc, pelage et ailes comprises. C'est à ça que je ressemblais, au commencement.
- Et ta forme actuelle ? Elle est faite juste pour moi, c'est ça ?
- Non. C'est ma forme 'mortelle'. C'est à ça que j'aurais ressemblé si j'étais né de la même façon que toi.
- …
- Je ne mens pas, tu sais.
- Alors c'est toi qui m'envoyais ces rêves ?
- En partie seulement. C'était la seule façon que j'avais de communiquer avec toi. Et vu que tu dormais le jour ces derniers temps, tout ce que tu as reçu, c'est les traces de mon passage. Ta peur et ton subconscient ont fait le reste. Ca m'a bien compliqué les choses, d'ailleurs. Une fois que j'ai compris pourquoi je n'arrivais pas à te parler la nuit, tu as bien vu que les cauchemars ont cessé.
- Et de quoi tu veux me parler, au juste ?
- Je veux que tu viennes vivre avec moi.
- Quoi ! En Enfer ! Mais tu rêves, là !
- Mais non ! S'écrit-il en hurlant de rire. Pas en Enfer ! Je veux que tu reviennes à l'appart ! »
Je me tais deux secondes, histoire de me calmer, pendant que mon loup s'esclaffe bruyamment. Il veut que je revienne à l'appart ? Je comprends plus, là.
« Pourquoi ? Mais qu'est-ce que tu me veux, à la fin ?
- Tu n'as pas encore compris ? C'est simple : je t'aime. Pas d'un amour pervers et tordu dans lequel ta vie ne serait que supplices et souffrances comme tu sembles imaginer, mais d'amour tout simple. Je t'aime. Vraiment. Et je sais que tu m'aimes aussi.
- Tu m'aimes ? Fais-je incrédule. Toi ? Lucifer, Satan, l'Ennemi, l'Adversaire, tout ça, tu m'aimes, moi ? Un glandu de troisième zone ? un mortel pris au hasard - et hop ! – t'es amoureux ?
- Tu serais surpris. Et ce ne serait pas la première fois.
- Te fous pas de ma gueule, tu veux ! Et qu'est-ce qui te fais croire que moi, je t'aime ? Je t'ai aimé, c'est vrai, mais t'as tué un type devant moi, j'te rappelle !
- Il le méritait ! Crache-t-il violemment.
- Méritait ? Tu lui as arraché le cœur, bordel de merde !
- Bien sûr que je lui ai arraché le cœur ! Pour qui me prends-tu ? Pour un de ces héros de ciné qui ont fait le vœu de ne jamais tuer ? JE SUIS LUCIFER, NOM DE DIEU ! Pas un de ces putains de boy-scouts descendus du Ciel ! »
Sous l'effet de la colère, ses yeux ont repris leur aspect argent sur sang et pourrais jurer qu'il a pris 10 bons centimètres. Mais c'est peut-être parce que je suis en train de me ratatiner sur moi-même.
Voyant ça, Luc se calme aussitôt, les yeux redevant illico normaux, et reprends d'une voix un peu plus calme.
« Comprends bien ceci, Samuel : il a bien failli te tuer. D'une balle en pleine tête. J'ai mis tant de temps à te retrouver que je ne laisserai personne, et je dis bien personne, mortel ou non, nous séparer.
- … Et moi ? J'ai peut-être mon mot à dire, tu ne crois pas ?
- Tu m'appelais déjà avant même de m'avoir rencontré, me dit-il en me souriant patiemment.
- Ca veut dire quoi, ça ? »
BLAM !
La détonation nous fait sursauter. Moi surtout ; lui est déjà en train de fouiller les environs pour rechercher la source.
Etant sans histoire il y peu, j'ai peur de reconnaître le bruit. Mais il est tellement présent à la télé qu'il est très difficile même à un enfant de ne pas savoir ce que c'était.
Le bruit d'une balle expulsée d'un canon. Et pas très loin.
Je cligne des yeux pour m'aider à reprendre mes esprits parmi les divers cris et murmures qui nous parviennent.
Ce n'est qu'alors que je remarque que tout le monde regarde dans la même direction. Une direction que je connais.
« Oh non … »
Je fais un pas hésitant. La peur qui me convulsait l'estomac il y a peu n'est rien comparée à celle qui est en train de me broyer la poitrine.
« Non… »
Les pas que je fais désormais sont plus assurés et je ne peux m'empêcher d'accélérer le rythme et en quelques instants je passe devant Luc sans même lui accorder un regard pour me précipiter vers la ruelle qui jouxte le bar.
« Non, non, non, non, non… »
La sortie des artistes.
« Non. »
Je pousse de mon chemin les premiers curieux qui osent à peine approcher pour me ruer dans la ruelle. J'ai une petite pensée, ridiculement éphémère, qui me dit que la personne ayant tiré est toujours là, mais l'autre pensée, celle qui me fait courir et qui me dévore le torse l'écarte sans aucun effort.
« Non ! Non ! Non ! »
Je prie. C'est totalement involontaire, mais c'est d'autant plus fort que le coup d'essai de l'autre jour, même si la prière est muette et très courte. Elle se résume en deux mots qui tournent en boucle dans ma tête : Pas lui.
Cette prière vole en éclat dès que j'aperçois sur le sol en face de la porte une tache blanche.
« HARVEY ! »
---
Luc :
En tant que démon, et surtout en tant qu'ex-démon suprême, j'identifie immédiatement le bruit. En me concentrant un peu, je pourrais presque en déduire le calibre, le modèle et la marque de l'arme utilisée.
Pendant un bref instant, je crains que ce ne soit le fait de l'un des démons à qui j'ai demandé de l'aide pour occuper les boy-scouts en blancs qui surveillent Samuel. Une bataille ouverte en ce moment est bien la dernière chose dont j'ai besoin. Mais je sais que ce n'est pas eux.
Un : les balles ne servent à rien contre les anges.
Deux : les armes à feu ont le gros désavantage d'attirer l'attention des mortels. Trop de bruit.
Trois : j'ai clairement spécifié de bloquer les anges sans les blesser.
Ma nature me permettant de permettant de distinguer les pêchés et leur pêcheurs, je 'vois' le rat qui s'enfuit, ce qui finit de me rassurer complètement. Je m'apprête à me retourner vers Sam quand il me passe devant, tellement affolé qu'il m'ignore superbement.
Quand je le rejoins, il est agenouillé près de la victime, un lapin blanc. Sans doute l'ami qui le cachait et dont j'ignorais tout.
Il a pris la balle en plein cœur. Son âme est déjà partie. J'ignore qui il était, mais Sam le pleure et hurle son nom tout en l'agrippant pour le rappeler. Ses cris et ses émotions me font mal.
Quand il me remarque, ses pleurs cessent brutalement et le regard qu'il me jette alors m'atteint directement au cœur.
Je sais ce qu'il va dire.
Je le sais car moi aussi, j'ai eu ce regard.
Moi aussi, j'ai donné le même ordre.
« Ramène-le, me dit-il, glacial.
- Sam ….
- Ramène-le ! Tout de suite !
- Sam, je t'en prie…
- Rends-le moi, tu m'entends ! Fait-il en m'empoignant le t-shirt . Immédiatement ! Je sais tu le peux ! Alors fais-le !
- Je n'peux pas…
- MENTEUR ! Je sais que tu le peux, alors rends-le moi !
- Sam, je –
- JE T'ORDONNE DE M'LE RENDRE !
- JE N'PEUX PAS ! TU M'ENTENDS ! JE NE PEUX PAS ! » Hurle-je en lui prenant les mains, le forçant à me lâcher.
Il me fixe pendant une seconde ou deux, surpris de mon éclat, puis re-jette un œil à son ami avant de revenir vers moi, les larmes revenues dans ses yeux.
« J't'en prie …
- J'n'en ai pas le pouvoir, Sam. Je ne l'ai jamais eu.
- R-r-ramène…
- Son âme n'est même pas en bas …
- … S-s-s'il te p-plait …
- Je ne peux rien faire, Sam…, dis-je en le retenant quand ses jambes commencent à le lâcher.
- .. J-j-j-je …
- Je suis désolé, Sam. Il est mort. »
Je suis totalement impuissant. Tout ce que je peux faire, c'est serrer dans mes bras le mortel que j'aime pour le réconforter pendant qu'il pleure son ami, qu'il hurle sa perte. Ce qu'il fait, me serrant comme un noyé serre désespérément la bouée de sauvetage.
Je profite de ce moment où il ne me voit pas pour lancer un ordre mental, de démon à démon. Je doute que Sam apprécie de me revoir avec les yeux rouges.
:Retrouvez-moi celui qui a tiré! Et gardez-le moi au chaud :
:Et pour les anges , Lucce ? Que fait-on :
:Relâchez-les:
:OK:
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Le rat les sent derrière lui. Il a beau courir et se cacher, tenter de les semer, ça fait une heure qu'ils sont après lui et ils ne le lâcheront pas.
Il sait qui ils sont.
De toute façon ils sont partout. Et il sait qu'ils le cherchent.
Les démons.
Ils ont déjà eu son frère. Ils ont arraché son cœur juste devant lui. Il les a vus.
Ce n'était qu'une question de temps.
Mais il a réussi à se débarrasser de quelques uns. C'était facile. Les démons ne peuvent cacher leurs mœurs perverses. Ils se font appeler 'homos' ou 'gays', mais lui connaît leur vrai nature. Il était là.
Aussi n'est-il pas surpris quand deux monstres ailés le coincent dans un cul-de-sac. Il est prêt à mourir.
Mais pas à entendre ce que l'un des deux démons lui demande.
« Ca te dirait, une petite partie ? »
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Il dort enfin.
Je l'ai ramené à mon appart après que les policiers en ont fini avec lui. Durant leur interrogatoire, j'ai appris que Harvey, le lapin, était un ami intime et de longue date de Samuel.
Je regrette de ne pas l'avoir connu.
J'ai également appris qui est l'ange qui a été dépêché pour sa protection : Ariel. Ils m'ont pris au sérieux, ça flatte mon égo. Il s'est approché de l'ambulance de Sam, mais pas trop près, à distance respectable de moi. Il est parti quand il a compris que je ne partirai pas sans lui et surtout quand il a compris que n'avait pas l'intention de lui rentrer dedans.
Les médecins ont préféré donner à Samuel un calmant afin qu'il dorme. Ca l'a quasiment assommé sur place. Je l'ai transporté jusqu'à l'appart. Je veux qu'il dorme tranquille, ce soir. Demain, nous verrons ce qu'il décidera.
Mais pour l'instant, je veille sur lui et ses rêves. Ne lui en déplaise, je n'ai jamais manipulé ses rêves, et je ne vais pas commencer maintenant, mais je tiens à ce qu'il sache qu'il n'est pas seul, même durant ses cauchemars.
:On le tient:
:Parfait. J'arrive:
« Je n'en ai pas pour longtemps. » Murmure-je doucement en lui caressant les cheveux.
Deux minutes plus tard, j'apparais aux côtés de mes deux amis. En train de s'échanger tranquillement les derniers potins, Scox est adossé au mur pendant que l'autre lion est assis en tailleur devant le rat terrorisé qui se tient douloureusement le bras.
Ce dernier pousse un hurlement me voyant.
« TOI ! C'est toi ! J'te r'connais ! T'as –
- Ta gueule ! »
Je lui cloue le bec d'un regard.
Avisant son bras, je demande au démon assis en face de lui :
« Que lui est-il arrivé ?
- Il a pas trouvé le mot 'humérus' » Me répond Asmodée d'un air ravi.
Je retiens in extremis un sourire, ce qui n'échappe bien entendu pas à mes amis, avant de retourner au rat terrifié.
« Toi ! Par ta faute, l'être que j'aime a perdu un de ses amis et j'ai été impuissant à l'aider. Je n'ai pas ressenti cela depuis des siècles. Et j'ai horreur, absolument horreur, de me sentir impuissant. Tu vas payer pour mon ami. Tu vas payer pour son ami. Et ensuite, tu paieras pour moi.
- Oh, tu vas pas tout garder pour toi, quand même ? Me demande Asmodée d'un air déçu.
- Vous aurez tout le temps de vous amuser avec lui. En Enfer. »
Un sourire inhumain de sadisme et de cruauté apparut alors sur les visages des deux lions-démons alors que montèrent dans la nuit les premiers cris.
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Fin du chapitre 5.
