J'ai vu pour la première fois Solo quand je rendu visite à Quatre qui le gardait pour les vacances. Je me rappelle la première fois où ses yeux timides se sont levés vers moi. Je n'ai pu m'empêcher de sourire à ce petit bout de chou qui me fixait avec de grands yeux violets. Je me suis baissé et lui ai tendu les bras. Encouragé par Quatre et Trowa, il s'est avancé tenant son dauphin en peluche contre lui. Je l'ai serré contre moi avant de lui faire des bisous chatouilles. Il gigotait en rigolant, et jusqu'à la fin de la semaine, nous ne sommes plus quittés.
Je n'ai pas d'enfant et je ne sais pas si j'en aurai un jour. Je n'ai jamais été un enfant, j'ai toujours été utilisé comme une arme ou un soldat. Et bien sur dans le laboratoire de J, il n'y avait que moi. Les enfants de Quatre et de Trowa sont mes seuls contacts avec ce monde innocent que je n'ai jamais connu.
Je découvre tant de choses…sur eux, sur moi. Ils sont si mignons mais déjà leurs caractères se dessinent. Ils ont besoin de nous mais ils sont forts déjà. Iria joue à la maman avec le petit Mark et Solo. Mark est un bout en train casse cou et colérique, il n'hésite pas à envoyer les cubes en l'air s'il n'arrive pas à ce qu'il veut. Solo lui est calme, plutôt silencieux, il se laisse guider par les deux autres.
C'est vers lui que je suis le plus attiré, je partage ces jeux, je lui montre comment mettre un cube sur l'autre. Et je sourit quand son visage s'illumine, il me regarde comme si une merveille venait d'apparaître.
Trowa me dit qu'il savait qu'il y avait en moi des trésors de patience et des montagnes de tendresse. Je ne sais pas, mais je me sens bien et j'aime m'occuper avec eux des tous petits.
Le seul ombre à ce tableau du bonheur est quand je prononce le nom de Duo ou papa, Solo se replie sur lui et serre sa peluche. A la fin du séjour il reste le plus souvent prés de Trowa ou de Quatre. Le jour de son départ, il pleure silencieusement. Cela me fait mal, très mal. Je crois qu'il est temps que j'en parle avec les deux époux.
Quatre et Trowa m'ont beaucoup soutenu et étaient si content de me voir si serein, heureux en quelque sorte, et c'est vrai ces bonheurs simples m'emplissaient d'une grande plénitude. Après tout j'apprends à vivre et je me m'immerge dans toutes ces sensations nouvelles.
Mais ils m'ont aussi fait par de leurs inquiétudes pour Duo. Duo qui ne se calmait pas, qui ne s'occupait pas de sa femme, de son fils, Duo qui buvait, qui découchait, qui ne rentrait pas, Duo qui se battait, avec les clients parfois, Duo qui ne gagnait pas assez d'argent, Duo qui fonçait sur sa moto
Alors je ne m'étais pas trompé, ce rire cachait un grand vide, Duo le bout en train de la bande était celui qui était le plus détruit à l'intérieur, et incapable d'avoir une vie normale. Il entraînait dans sa déchéance sa femme et un peu son enfant. Il refusait la vie, il n'arrivait pas à sortir de son passé, d'enfant des rues, d'enfant-soldat. Il n'arrivait pas à penser au lendemain, il n'arrivait pas à avoir un futur.
Leur affaire sur L2 allait mal, Hilde s'est mise à boire guère après la naissance de Solo. Elle avait surpris son mari avec une autre femme quelques semaines après leur mariage seulement. Et malgré les cris et les promesses, il recommençait sans cesse. Lui aussi buvait, Quatre pense aussi qu'il se drogue. La violence qu'il dégageait dans les batailles avant se déversait sur son entourage maintenant. Hilde avait reçu des coups après une nuit de beuverie. Quatre était intervenu à plusieurs reprises quand la police s'en était mêlée. Mais tout le monde avait peur de lui y compris sa femme. Et sans argent que faire. Ainsi les séjours de plus en plus fréquents de Solo chez eux étaient pour éviter qu'il ne soit placé en foyer. Quel ironie, Duo dont le comportement amenait son fils là justement où sa vie avait commencée et finie, détruite à jamais. Je ne pourrais jamais, jamais, oublier la souffrance dans les yeux si purs de mon ami quand il m'a dit dans quel état il les avait trouvé la dernière fois. La maison sale, des immondices jonchant le sol et les meubles, Hilde, couverte de bleu, soûle dans un canapé défoncé, délirant. Duo vautré sur un fauteuil, lui aussi délirant, un couteau à la main, des griffures sur le visage, sa longue natte sale, ses vêtements sentant le rance. Et le petit Solo, dans sa chambre délabrée, en pyjama sale, pas lavé, peut-être pas nourri correctement…Il lui avait fallu ses millions mais surtout son courage. Il les avaient fait placer en centre de désintoxication mais il n'avait pas beaucoup d'espoir. Duo était arrivé à sortir dès qu'il avait pu à nouveau tenir sur ses jambes, il était soulager qu'il n'ai blessé personne dans sa fuite Qui pouvait tenir un ancien pilote de gundam surnommé la mort?
Il m'a dit qu'il avait commencé les démarches pour avoir la tutelle légale du petit Solo. Trowa m'a dit aussi, mais avec moins de complaisance, qu'il ferait tout pour soutenir les démarches de son mari. Trowa qui avait maintenant les bras longs. Il s'était découvert un don pour la gestion des affaires publiques. Plus traces du clown triste dans cet homme au charisme calme mais inexorable. A eux deux, ils dirigeaient L4 qui renaissait de ces centres. Trowa, sans nom, mais dont tout le monde connaît le nom. Trowa Riberba Winner Barton, qui n'avait jamais été proche de Duo. Trowa ne lui laissait pas le bénéfice du doute.
Je suis rentré chez moi avec cette boule dans le ventre. Je m'aperçoit que je ne connaissais pas vraiment Duo, notre amitié n'était qu'une illusion, peut-on aimé quelque un qu'on ne connaît pas. Je n'aime pas celui qu'il est devenu. Cette nouvelle personne est une étrangère. Pour lui je n'ai été qu'un étranger, un temps réunis pour les hasards de la guerre, il n'a pas cherché à me revoir après la guerre. Il ne s'attache à personne, mais comment lui en vouloir, lui qui a vu toutes les personnes qu'il aimait mourir…Lui qui n'a vécu que dans la violence, comment s'adapter à cette petit vie bien réglée, avec des inconnus nous faisant des discours sur des choses insignifiantes, leurs petites blessures, leurs petits quotidiens, bornés par l'angle de leur rue. Nous, on a été sacrifiés sur l'autel de la paix, on est les enfants de la guerre, on nous a pas appris, on nous a pas montré, il faudrait que du jour au lendemain on fasse comme les gens normaux. On n'était pas sensé survivre, c'est si dur à comprendre, on ne devait pas survivre…On nous a donné cette nouvelle vie sans le mode d'emploi…
Quatre, plus que nous autres, à tout fait pour aider duo, à refuser de voir l'inévitable, à réparer les dégâts. Le petit solo perdit sa mère à cinq ans. Hilde après une énième tentative de désintoxication s'est pendue dans leur maison.
Duo n'a même pas cherché à jouer le mari éploré, il a poursuivi la même vie qu'avant, quand il n'avait plus d'argent, quatre lui en envoyait pour qu'il ne sombre pas totalement dans la misère.
Quelques jours après, il a pris avec l'accord de Trowa et le désintérêt de duo, le petit solo sur L4. Le petit n'a pas pleuré en voyant pour la dernière fois ce père qui ne lui manifestait aucun intérêt. Il oublia aussi vite Hilde.
Duo mourut deux ans plus tard, dans un banal accident de moto.
A son enterrement il n'y avait que nous et le notaire… Il fut enterré dans la même petite tombe à côté de Hilde. Nous étions tristes, mais nous n'avons pas pleuré, quelques part nous savions tous que duo était déjà mort, depuis la fin de la guerre.
Il n'a rien laissé à part des dettes et Solo. Dans les deux cas Quatre a tout pris en charge. Le notaire nous a dit avant de partir « heureusement il n'a blessé personne « .
Devant ta petit tombe grise, dans ce cimetière anonyme, je me dit que tu es là, toi qui a sauvé le monde avec nous.
Adieu Duo
Je ne t'aimais pas Duo. Aujourd'hui je le sais avec mes sentiments tout neuf. Je ne t'aimais pas, pas assez pour t'aider, pas assez pour au ne pas te condamner, pas passer pour ne pas d'abandonner, notre lien s'est brisée avec la paix, en tant de guerre je ne t'ai jamais laissé tomber.
J'ai senti la main de solo glisser dans la mienne, il m'a fait un petit sourire timide, il avait tellement grandit. Je l'ai serré dans mes bras et j'ai pleuré pour lui, lui ne pleurait pas. Son père était un héros, pour lui c'était un tyran.
A sept ans, Solo fut officiellement adopté par Quatre et Trowa.
J'ai passé quelques semaines avec eux . C'était une véritable ruche.
C'était un environnement idéal pour le petit Solo. Les enfants étaient heureux dans cette ambiance chaleureuse et bien sûr l'argent n'était pas un problème. Ils n'avaient pas eu de chance au départ mais un avenir radieux s'ouvrait à eux.
Avant de partir ils m'ont annoncé l'adoption de leur quatrième enfant, une petite fille prénommée Clara.
J'était vraiment heureux, car ils sont ma famille, et ma famille s'agrandit à nouveau. Moi qui n'avait jamais été le fils, le frère de personne, je me trouvais comme le tonton gâteau, et, si j'avais encore besoin de mon isolement sur Terre, dans ma maison, les retrouver était un bonheur toujours plus grand.
