Chap 3 :Consigne improbable

Jamais le chemin ne fut si court.
Certes, les 276 mètres à parcourir étaient présents.
Mais, il aurait donné n'importe quoi, ou presque, pour multiplier cette distance.

Il hésitait encore sur la réaction d'Albus.
Enfin... pas vraiment sur la réaction en elle-même.
Plutôt sur la méthode...
Que choisirait le vieil homme pour tuer un vampire?

C'est sur ces charmantes pensées qu'il arriva.
La gargouille de pierre semblait... narquoise?
Après tout... A Poudlard rien n'était impossible.

Sa bouche était désagréablement sèche.
La langue collée au palais.
Sans compter les mains moites.
Ce qu'il pouvait détester avoir peur.

Retenant un soupir, il se résigna.
Il lui fallait rassembler tout son courage de Serpentard.
En priant qu'aucun Gryffondor ne l'apprenne... sa dignité ne s'en relèverait pas.

Quel était le mot de passe déjà?
Ah oui...Glucose Addict.
Le directeur et ses lubies...

L'escalier en colimaçon s'éleva.
Severus ne sachant pas s'il allait trop vite ou pas assez.
De toutes façons, dans quelques minutes, cela n'aurait vraiment plus d'importance...

Oserait-il s'avouer que sa voix avait tremblé ?
Oui, trembler…en prononçant ces foutus mots.
Son sang habituellement froid semblait se réchauffer.
Putain…Etre trahi par son propre corps.
Comble du comble pour quelqu'un de sa condition.

Déjà l'escalier ne tournait plus.
La porte massive devant ses yeux l'écrasant par sa présence.
Une envie sournoise et typiquement Serpentarde de fuir lui tordit les entrailles.

Il s'apprêtait à frapper…
Quand la porte s'ouvrit d'elle-même.
Le futur diabétique l'attendait.

S'obligeant à aligner un pied devant l'autre, comme un automate.
De par son instinct, il sentait le regard bleu perçant sur lui.
Et, s'attendait à tout moment à un déchaînement de fureur froide.

« Asseyez-vous Severus »
Son ouie commencait à faire des siennes.
Le directeur, aussi stupide que cela puisse être, était entre l'amusement, la tristesse, la résignation et la joie.
Impossible.

Il s'avachit sur son siège plus qu'il n'y prit place.
Face à lui, le directeur.
Occuper à papouiller un Fumsek extatique…Pouah!

Le dégoût mis à part, la scène le laissait comment dire…perplexe.
En effet, Phœnix et Vampires n'avaient jamais fait bon ménage au cours des siècles.
Essayez donc de faire cohabiter le mort à « vie » éternelle et l'oiseau de la naissance perpétuelle.

Or, devant lui, l'oiseau de feu avait abaissé sa garde instinctive, mieux se laissait complètement aller.
Quant au propriétaire, il souriait.
Un sourire franc teinté d'un peu de mélancolie.

Severus se sentit plus mal à l'aise encore.
Même la fameuse impassibilité vampirique devenait une épreuve de force.
Il décida de prendre les devants.

« Albus, je ne voulais pas ça, mais ce fichu gosse se fourre toujours dans des… »
« Situations improbables, je sais Severus, vous me l'avez déjà dit. »
Préférant mettre de côté le fait qu'on ait osé l'interrompre, il ferma la bouche.
Il détestait avoir l'air d'un ahuri de Poufsouffle.

Les yeux pétillant, mais un air grave jurant franchement avec le reste, l'homme lui dévoila toutes ses dents dans un sourire.
« On ne peut pas dire que la nouvelle d'avoir eu un nouveau nom rajouté à la liste des vampires sur mon bureau et, de surcroît, celui d'Harry m'ait enchanté, mais on ne fait pas toujours ce qu'on veut. Je tiens d'ailleurs à ce propos… »
Ca y est, Albus Dumbledore commençait à radoter.

Non, mais sans rire, c'est tout ce que l'un des plus grands sorciers trouvait à lui dire ?!
Comment ça, il faut se résigner ?
Pourquoi pas ouvrir une bouteille de champagne, tant qu'à faire?

Non, mais franchement…
Il avait toujours détesté ça.
Dumbledore et ses réactions incongrues.
Inadaptées et déconcertantes seraient un mot juste, enfin…2 mots justes.

Perdu dans ses pensées qui rivalisaient en amertume, Severus mit du temps à comprendre que le monologue était terminé et acquiesça par réflexe.
Mal lui en avait pris.
Il aurait du réfléchir un peu.

Le sourire de son persécuteur s'élargit encore plus.
A supposer que cela soit possible.
Il n'aimait pas, mais alors vraiment pas, ça.

« Je suis heureux que vous acceptiez de si bon cœur, Severus »
Accepter quoi ?
Et puis, d'où venait ce mauvais pressentiment insidieux ?

« Vous verrez, vous ne le regretterez pas. »
Pourquoi sa conscience lui criait-elle le contraire justement ?
«Je suis sur que cela vous rapprochera énormément avec Harry et que cet enseignement vous sera facile.. »

Mais de quoi le vieux fou parlait exactement ?!
Il s'apprêtait à demander ce que le directeur entendait par enseignement.
Mais eu la réponse avant de poser la question.

« Harry sera très attentif à tout ce que vous pourrez lui apprendre sur sa nouvelle existence de vampire, croyez-moi. Je m'en voudrais d'ailleurs de vous en éloigner plus longtemps, vous pouvez retourner dans vos appartements Severus »
Il se retrouva dans le couloir en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.
Il s'était fait rouler.
Et encore, il restait poli !

De nouveau, il tremblait.
Mais de rage à peine maîtrisée.
Décidément, Potter était toujours la pour lui pourrir l'existence.
Et maintenant, que le dit chieur était immortel…

Préférant ne pas pousser plus en avant cette perspective innommable.
Réfrénant une stupide envie de se mettre à cogner dans les murs.
Et l'idée loufoque de se jeter de la tour d'astronomie…
Severus rentra dans ses quartiers.

Il fut bien tenté de boire un grand verre de concentré sanguin.
Alcool puissant pour un vampire.
Mais, désormais lié de par sa nature, alla plutôt voir comment se portait son « invité ».

Encore étourdi par la transformation et par la caresse que lui avait octroyée la mort.
Harry James Potter s'étendait de tout son long à travers le vaste lit.
Les premiers signes vampiriques se manifestant déjà.

Le teint d'une pâleur unique.
Les cheveux noirs luisant à l'extrême, à tel point qu'on aurait pu les croire gras.
La mâchoire légèrement plus proéminente.
Les lèvres d'un rose sombre.

La bouche entrouverte lui laissait apercevoir deux pointes effilées là où se trouvaient autrefois des dents classiques.
Le corps s'était visiblement aminci.
Déjà qu'il n'était pas très épais à l'origine...

Soudain, il vit remuer les cils du jeune homme.
Les yeux verts aux pupilles dilatées le fixant brusquement.
Une expression incrédule et furieuse les assombrissant dangereusement.

Plus leste qu'un chat,
Potter se leva et l'empoigna par le col de sa robe.
Après un long moment de silence, il prononça ou, pour être précis, cracha une phrase.
« Je peux savoir ce qui vous est passé dans l'esprit Snape ?! »