Chapitre 3 : Le réveil Je sors aux bras des ombres
Je suis aux bras des ombres
Seul
(Absences II, Paul Eluard)
Le soleil se levait quand Dumbledore se retrouva une nouvelle fois devant la maison des Dursley. Désactivant de nouveau les barrières de protections, il transplana à l'intérieur pour trouver Pétunia évanouie à l'entrée de la chambre de Harry Apparemment, elle supportait assez mal la vue du sang. Enjambant consciencieusement son corps, le directeur se mit à rassembler rapidement les affaires de son élève. Il venait de prendre la lettre que celui-ci lui avait adressée et l'avait soigneusement rangée quand la silhouette massive de Vernon Dursley se découpa dans l'embrasure de la porte. Son regard porcin vint de sa femme évanouie aux draps teintés de sang, en passant par Dumbledore et la malle où s'empilaient les maigres possessions de son neveu.
Que faites-vous ici ? Et qu'avez-vous fait à ma femme ? rugit-il.
Calmement, le vieux sorcier lui répondit :
J'emporte les affaires de Harry. Quant à votre femme, elle était déjà évanouie quand je suis arrivé. Et, au cas où le sort de votre neveu vous intéresserait, il se trouve pour l'instant à l'infirmerie de Poudlard et sa vie n'est plus en danger.
Vernon Dursley pâlit affreusement, avant de virer au cramoisi, teinte qui ne le flattait pas particulièrement. Ses yeux brillaient de colère.
Ne… Me … Parlez… Pas… de cet endroit maudit et quittez ma demeure, vieux fou. Et si vous croisez Potter et qu'il n'a pas eu la bonne idée de mourir, dites-lui de ne pas revenir
Vernon Dursley sembla se ratatiner sous le regard furieux de Dumbledore et recula de quelques pas. Mâchoire serrée, le vieux sorcier combattait pour conserver le contrôle de ses actions et ne pas jeter un sort à ce monstre. Non, quelque forte qu'en soit son envie, il n'allait pas transformer ce rebus de l'humanité en crapaud ! Prenant une profonde inspiration, le directeur de Poudlard transplana vers son bureau. Ce ne fut qu'une fois arrivé à bon port qu'il laissa libre cours à sa colère, détruisant au passage quelques meubles, statues et autres babioles qui ornaient la pièce, sous l'œil réprobateur des portraits des anciens directeurs.
Sincèrement, disait l'un, il faut contrôler votre caractère…
Parfaitement, renchérit un autre, une telle attitude est indigne d'un sorcier de votre rang, voyons !
Lorsque Dumbledore fut calmé, il remit tout en ordre de quelques coups de baguette, puis, soupirant, il réactiva les protections entourant Privet Drive : il ne savait pas encore ce qu'il allait faire et ne voulait pas que le ministère ou Voldemort soupçonnent quoi que ce soit. Avant de prendre la moindre décision, il voulait comprendre.
°°°°°
Ce ne fut que le lendemain, vers midi, que le survivant reprit conscience. La première chose qu'il perçut fut une douleur diffuse qui ressemblait plus à une gêne persistante ou à un profond malaise qu'à une véritable souffrance. Il se dit que la mort était loin d'être aussi agréable que ce que l'on lui avait vanté et soupira, avant de se figer. La certitude qu'il était toujours vivant l'envahit et, pour s'en assurer, il ouvrit les yeux. Cette opération lui demanda énormément d'énergie et de concentration car ses paupières semblaient faites de plomb. Ses yeux se posèrent sur un plafond blanc qu'il connaissait par cœur : l'infirmerie. Des larmes silencieuses se mirent à couler le long de ses joues. Pourquoi ne l'avait-on pas laissé mourir ? Il était fatigué de vivre, si fatigué… Fatigué de se battre, fatigué de voir les autres mourir… Epuisé. I voulait se reposer… Il eut un petit sanglot étouffé mais ce son, pourtant léger, suffit à attirer sur lui l'attention des deux hommes qui le veillaient. Dumbledore se pencha vers l'adolescent et lui dit d'une voix douce :
Harry, tout va bien. Tu es à Poudlard.
Le garçon sentit de nouvelles larmes affluer vers ses yeux, mais il les retint. Non, tout n'allait pas 'bien'. Il était toujours vivant et il voulait être mort. Mais cela, il ne pouvait pas l'avouer au directeur, alors il se contenta d'un hochement de tête pour prouver qu'il avait entendu.
Comment te sens-tu ? s'inquiéta le directeur.
Cette fois, Harry ne put retenir de nouvelles larmes, au grand désarroi de Dumbledore. Snape, qui avait observé la scène depuis sa chaise, leva les yeux au ciel devant l'expression d'incompréhension de son aîné et se décida à intervenir, avant que Potter ne s'effondre totalement. Prenant sa plus belle voix froide, il s'adressa à son élève :
Potter, vous devez boire ceci.
Ce disant, il pressait un flacon contenant un liquidé verdâtre contre les lèvres du Survivant. Comme celui-ci s'étouffait à moitié en essayant de déglutir, Snape fut obligé de le soutenir, ce qu'il fit avec une certaine brutalité, pour l'aider à terminer sa potion. Dès qu'il fut à nouveau appuyé contre l'oreiller, Harry Potter plongea dans un sommeil profond. Dumbledore avait, quant à lui, observé la scène, un profond pli marquant son front.
