Chapitre 34 : Fudge
That it's a lonely place that you have run to
Morning comesAnd you don't want to know me anymore…
C'est vers un endroit désert que tu as couru
Le matin arrive
Et tu ne veux plus me connaître…
Keane, Your eyes open
Le lendemain, Fudge, suivi par deux aurors, fit irruption dans la grande salle de Poudlard, au petit-déjeuner. Il arborait un sourire triomphant. Derrière lui se trouvait une mince silhouette féminine : Narcissa Malfoy. Sur un geste du ministre, l'un des aurors s'écarta et scruta la pièce, visiblement à la recherche de quelqu'un. Pendant ce temps, Fudge s'était approché du directeur.
-J'ai appris que vous aviez une nouvelle fois osé outrepasser la loi, Dumbledore.
-Vraiment ? demanda poliment le vieux sorcier, haussant les sourcils, d'un air faussement surpris, ce qui eut le don de mettre Fudge particulièrement en colère en colère.
-Inutile de faire semblant, je sais de source sure que vous avez laissé un Sans Nom assister aux cours. Oseriez-vous le nier ?
-Bien sûr que non, monsieur le ministre. Mais je n'ai fait que respecter la loi. La sentence ne prend effet qu'après 36 heures…
-Cessez de couper les cheveux en quatre, Dumbledore. Vous savez que vous n'aviez pas le droit de protéger ce garçon.
L'auror sembla enfin avoir trouvé ce qu'il cherchait et se dirigea vers le bout de la table des poufsouffle, là où était assis Draco, à côté de Nathan et de Susan. Le blond, qui avait affreusement pâli à l'arrivée de Fudge et durant sa discussion avec le directeur, agrippa nerveusement la table tout en jetant un regard inquiet vers les professeurs : il n'y avait aucune trace de Lupin… L'auror s'arrêta à un mètre de lui.
-Draco Sans Nom, veillez vous lever et me suivre sans résistance.
Pour toute réponse, les doigts du blond resserrèrent leur étreinte sur la table. En voyant cela, l'auror fronça les sourcils : il n'aimait pas ce qu'il avait à faire et comprenait la réaction du gamin mais il pouvait difficilement passer outre les ordres du ministre. Il posa la main sur l'épaule du Sans Nom et le secoua gentiment.
-Viens, ne fais pas le difficile, ça ne fera que rendre les choses plus insupportables.
La réaction du poufsouffle ne se fit pas attendre. Dégageant violemment son épaule, il se leva et recula de quelques pas.
-Ne me dites pas ce que je dois faire. Il n'est pas question que je vous suive pour aller dans l'un de ces ghettos crasseux…
L'auror poussa un soupir et se tourna vers le ministre et son collègue. Fudge lui envoya un regard qui voulait tout dire et il sortit sa baguette, la tendant vers l'adolescent.
-Veuillez me suivre, je vous prie, répéta-t-il, je ne voudrais pas avoir à employer la force.
-Expelliarmus !
La baguette de l'auror lui sauta hors des mains pour atterrir dans celles d'un adolescent aux longs cheveux noirs bouclés qui vint se ranger à côté de Draco.
-Vous l'avez entendu, il ne veut pas venir…
L'auror regarda avec stupéfaction le jeune homme qui avait osé le désarmer. Avant qu'il ait pu réagir, son collègue, Fudge, Dumbledore et le professeur Snape étaient à ses côtés.
-Arrêtez ce jeune homme ! gronda Fudge, pointant son doigt vers Nathan.
Aussitôt, Snape sortit sa baguette et la pointa vers le seul auror armé qui restait.
-Si vous osez toucher mon fils…
-Snape ! Si j'étais vous, gronda le ministre, je baisserais cette baguette. Avec votre passé, cet acte équivaut à un aller simple pour Azkaban.
Un long silence chargé de tension s'installa tandis que tous les intervenants se mesuraient du regard.
-A vrai dire, monsieur le ministre, intervint une voix féminine, ce que vous dites est inexact. Le professeur Snape a été reconnu innocent de toutes les charges qui pesaient contre lui. Ses actes passés ne peuvent donc être retenu contre lui par un tribunal.
Tout le monde se retourna vers l'endroit d'où provenait la voix. A quelques mètres du ministre se trouvait Hermione Granger.
-En fait, j'irai même jusqu'à dire que vos menaces constituent un acte illégal, de même que l'ordre que vous avez donné à ces deux aurors. Tant que 36 heures ne se sont pas passées, Draco est légalement intouchable. Vous ne pouvez le forcer à quoi que ce soit… C'est écrit dans la loi n° 36-128-54, au paragraphe 18a
Pendant que la préfète de gryffondor parlait, le ministre était devenu rouge pivoine.
-Quelle insolen…
-En fait, Cornélius, j'ai bien peur que miss Granger n'ait raison… le coupa Dumbledore.
De plus en plus rouge de colère, le ministre se tourna vers les deux aurors.
-Arrêtez le Sans Nom !
Les deux hommes se regardèrent, hésitant, ne sachant s'il fallait obéir au ministre si, comme le prétendait Dumbledore et cette jeune fille, il leur donnait des ordres illégaux. Devant leur inaction, Fudge saisit lui-même sa baguette et la pointa vers le blond.
-Suivez-moi, Sans Nom ! Quant aux autres, s'ils osent s'opposer à moi, ils seront arrêtés pour obstruction à la bonne application de la loi.
°°°°°°°°°°°°°°°
Comme chaque matin, péniblement, Jade Snape s'était levée et émergeait peu à peu, à grand renfort de café, des limbes du sommeil. Elle détestait le matin, se répéta-t-elle, en frottant ses yeux bouffis de sommeil d'une main molle, tandis que l'autre venait couvrir sa bouche, dissimulant à moitié son bâillement. Elle était toujours en chemise de nuit, ayant simplement mis un châle de laine rouge sur ses épaules, et était assise devant la table de sa cuisine. D'ici vingt àç trente minutes, elle serait totalement réveillée et envisagerait de manger la tranche de pain qu'elle venait de tartiner de confiture. En attendant, elle se contentait de bâiller et de boire son café.
Quelque chose vint tapoter sa fenêtre et, sans même prendre la peine de tourner le regard, Jade prit sa baguette et d'un mouvement du poignet, ouvrit la voie à la chouette qui lui apportait la gazette du sorcier. Heureusement, elle s'était abonnée et avait payé à l'avance pour les six prochains mois, si bien qu'elle n'avait pas besoin de fouiller sa maison à la recherche d'argent. L'oiseau, après avoir déposé le journal sur la table, s'en alla comme il était venu. La sorcière poussa un soupir et jeta un coup d'œil sur la une de la gazette. Deux secondes plus tard, elle était debout, tenant la gazette dans ses mains, avec un mélange de colère, de consternation et d'horreur. Comment Narcissa avait-elle pu faire cela à son propre fils ?
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Rémus Lupin avait pris sa décision finale peu après minuit. Ce n'était pas tant de savoir s'il accepterait d'adopter Draco qui lui avait posé problème (il savait au fond de lui qu'il aurait fini par accepter, même si celui-ci s'était révélé n'être que l'insupportable adolescent qu'il avait connu quelques années plus tôt), mais de savoir si cela était réellement la meilleure solution pour l'adolescent. Après tout, être le fils adoptif d'un loup-garou était loin d'être une situation idéale et il savait que cela fermerait bien des portes à l'adolescent une fois qu'il se lancerait dans la vie adulte. Il avait fini par se dire que c'était à l'adolescent de choisir et d'estimer ce qui valait mieux pour lui. Et à présent, assis à une table de ses appartements, il contemplait les documents officiel qui lui donnaient la possibilité d'adopter le blond. Il resta un moment à les contempler silencieusement avant de saisir une plume et d'y apposer sa signature. Restait à voir si Draco lui aussi signerait…
Quittant ses appartements, Rémus Lupin se dirigea vers la Grande Salle. Il allait arriver en retard pour le petit déjeuner, il en était bien conscient, mais il avait du attendre l'arrivée des documents officiels lui permettant d'adopter le Sans Nom. Arrivé à la porte de la salle, il l'ouvrit et resta figé. Que faisaient Fudge et des aurors là ? Ses yeux parcoururent la pièce et se posèrent sur Narcissa Malfoy. C'est alors qu'il comprit ce qui se passait réellement.
Annexe 4 : LuciusTout se dissout peu à peu dans ma tête. Par moment, je tente de rattraper les souvenirs qui peu à peu s'effacent, mais autant vouloir retenir de l'eau entre ses doigts. Et puis, il y a ces moments où peu m'importe ce qui fut et où seul compte ce qui sera, l'avenir brillant qui m'attend, à la droite de mon maître. Et ces moments se font de plus en plus présents. A présent, rares sont mes regrets. La mélancolie n'a jamais été l'un de mes traits et ne le sera jamais, semble-t-il. Tout juste si mon cœur se serre de temps à autre en pensant à celui qui fut mon fils et que j'ai renié. Je me souviens vaguement d'une époque où le Seigneur des Ténèbres avait disparu. J'ai toujours eu l'intime conviction qu'il reviendrait et j'ai préparé Draco à cette éventualité. Je ne sait pas quand les choses ont dérapé. Après tout, quelque chose doit s'être passé pour que nous en soyons là, à présent…
Entendons-nous : je n'ai jamais été une personne agréable. La simple pensée que j'aie pu l'être est en soi ridicule. Mais je pense avoir été un bon père… Froid, distant et sévère, mais juste et présent, ce qui est déjà bien plus que ce que ne m'avaient offert mes propres parents. Le problème doit trouver son origine en Narcissa. Cette femme est un véritable glaçon. Elle l'a toujours été, me semble-t-il, que ce soit envers moi ou envers Draco…Je me souviens avoir tenté de lui plaire, au tout début de notre mariage. Mais la patience n'est pas l'une de mes qualités… Peut-être est-elle tout simplement incapable de la moindre émotion. Puisque j'ai renié Draco, il me faut un nouvel héritier. La décision n'a pas été facile à prendre, sachant que je devrais une nouvelle fois faire face à son indifférence, sa froideur et sa frigidité. Je ne peux supporter le regard impavide qu'elle pose sur moi… Là où la tendresse a échoué il y a bien des années, peut-être la cruauté et l'ironie parviendront-ils à un résultat. Je voudrais la voir, ne serait-ce qu'une fois, exprimer une quelconque émotion : tristesse, angoisse, peur, haine,.. Que m'importe, puisque je n'ai su éveiller en elle nulle joie.
Je me contemple dans le miroir, et le reflet me renvoie mon image sans la moindre complaisance. J'ai toujours les mêmes yeux bleus glace, les même cheveux platines, striés de blanc à peine visible, le même visage. Et pourtant, je sens qu'Azkaban a laissé des traces en moi, si ce n'est visible en mon apparence extérieure. Du moins, les autres ne paraissent rien voir de changé en moi alors que mon reflet me semble si différent de ce qu'il était l'année passée. Personne ne semble remarqué qu'à Azkaban un monstre est né en moi… Et s'il n'y est né, s'il avait toujours été présent, il a cru jusqu'à embraser tout mon être. A peine s'il me reste encore assez de lucidité pour de temps à autres prendre conscience de mes actes. J'ai failli tuer mon propre enfant. J'ai violé ma femme. Je perds tout simplement la raison… Mais que m'importe, au fond ? Que m'importe…
