Waou, je suis super contente ! Même ceux d'entre vous qui ne connaissent pas la série Traders apprécient cette fic', ce qui est un très beau compliment pour son auteure, croyez moi.
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Pendant qu'il tenait Grant dans les bras, Rodney réfléchissait aux nombreux qualificatifs qui s'accordaient à la perfection à ce qui lui avait tenu de mère : égoïste, vaniteuse, manipulatrice, mais jamais il n'aurait cru devoir y ajouter celui de voleuse.
Et pourtant, c'était ce qu'elle était. Elena McKay née Jansky était une voleuse, une voleuse de la pire espèce.
Rodney ne voulait pas savoir pourquoi elle avait fait ça. Il y avait déjà des années qu'il ne cherchait plus à comprendre cette femme. Il savait qu'elle ne l'aimait pas. Il faut dire qu'elle avait été suffisamment claire à ce propos.
Plus jeune, il avait été mince et elle l'avait traité pendant des années de maigrelet, le regardant avec pitié, puis, il avait pris du poids, un peu pour lui faire plaisir, un peu parce que manger était devenu un refuge. Et son regard n'avait pas changé : elle le trouvait immonde parce que trop gros. Elle n'avait d'yeux que pour Jeannie, merveille des merveilles.
Rodney frissonna et Grant en profita pour passer ses bras autour de son cou. Rodney resserra son étreinte.
Encore heureux qu'il n'en avait jamais voulu à Jeannie, si cela avait été le cas, sa mère lui aurait aussi volé ça.
Il se souvenait aussi de ce qu'elle avait fait … il avait vite trouvé dans le piano une passion qui lui avait permis de survivre, il y avait mis toute son énergie. Son père l'encourageait dans cette voie mais sa mère … elle était juste agacée, voir indifférente. Et puis, un soir, il avait eu sa première représentation. Son père avait insisté pour que la famille y assiste, ce qui signifiait que sa mère était aussi conviée. Sauf que cette dernière avait prévu autre chose. Rodney se rappelait que son père avait haussé le ton, ce qui était rare, et sa mère, contrainte et forcée, avait donc assisté à la représentation. Rodney avait été si sûr qu'après l'avoir entendu, elle le verrait différemment. Quel idiot il avait été ! Quelques semaines plus tard, son professeur particulier lui annonçait qu'il n'avait pas de don artistique, qu'il était juste un excellent technicien. Rodney avait abandonné le piano et s'était lancé dans la science.
Et il avait fini par apprendre la vérité, de la bouche de Jeannie des années plus tard. Ils s'étaient disputés tous les deux pour la énième fois, Rodney essayant de convaincre sa sœur de ne pas abandonner ses études. « Si tu avais pu continuer le piano, Mer, est-ce que l'aurais fait ? » lui avait-elle soudain demandé. La question l'avait surpris. « C'est différent, lui avait-il répondu, je n'avais aucun talent, mais toi tu --». Jeannie l'avait interrompu. « C'est ce qu'elle t'a fait croire ! Elle avait payé le professeur Léandros pour qu'il te dise ça ! Pour se venger ! ».
Rodney ne se rappelait plus très bien de ce qu'il avait dit après. Juste qu'il lui avait fallu quatre ans pour revoir sa sœur et qu'il avait eu ce jour là, la certitude que sa mère était un être cruel, sans coeur. Et puis, il y avait eu Atlantis, une autre vie, une autre famille.
Jusqu'à maintenant.
Sa mère était une voleuse de vie : elle lui avait volé son avenir en détruisant son rêve de devenir pianiste et elle lui avait volé son passé, en lui cachant l'existence de son frère.
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« Alors ? »
Rodney se tourna vers Sheppard qui était adossé à l'embrasure de la porte de la cuisine. Il posa l'assiette qu'il venait de laver sur l'évier, s'essuya les mains et soupira.
« Alors !? Alors, je présenterais volontiers ma mère à Kolya. Je suis sûr qu'ils feraient un couple très assortis.»
La réplique, pleine de venin, fit grimacer Sheppard qui s'approcha de lui.
« Rodney, peut-être que --»
Rodney leva un doigt pour le stopper.
« Non. Surtout ne dites rien du genre « elle avait sans doute ses raisons ». Vous ne la connaissez pas c'est … ce n'est pas une femme, que dis-je, ce n'est pas un être humain, c'est … c'est un monstre ! »
Rodney reprit le lavage des assiettes d'un geste rageur. Il était revenu depuis une semaine et avait laissé la vaisselle s'accumuler. Il était temps de faire un peu de ménage, de laver.
« Rodney … »
Il faudrait aussi qu'il range un peu la salle de bain. Il y avait jeté pêle-mêle son uniforme et ses sous-vêtements en arrivant et c'était il y a cinq jours.
« Rodney, et Grant ? »
Rodney leva les yeux de son eau savonneuse et jeta un coup d'œil dans le salon.
Grant était assis en tailleur sur le fauteuil et jouait avec Saliéri.
Rodney avait récupéré son chat dès son retour. Il avait toujours été incapable de vivre seul. Non pas qu'il ait jamais eu besoin d'un colocataire, non merci, quelle horreur ! Il appréciait juste la présence des chats, discrète mais chaleureuse.
Une petite patte apparaissait, toute griffes dehors, rapide comme l'éclair, essayant d'attraper la couverture que Grant agitait devant le fauteuil. Il se penchait pour parler au chat et poussait de petits gloussements amusés.
Rodney sourit. Il espérait que son frère était patient parce que Saliéri pouvait jouer à ce petit jeu pendant des heures sans se lasser.
Son frère …
Il avait un frère. Un frère jumeau.
Bien sûr, Rodney n'avait pas franchement eu besoin de la confirmation de sa Tante Mildred pour le deviner, la ressemblance parlait d'elle-même. Et puis l'hérédité aussi : Mildred et Elena Jansky étaient de vraies jumelles.
Etant enfant, Rodney avait souvent envié sa mère. Il aurait aimé avoir un frère et un ami, unis en une seule personne, parce que c'était ce que lui inspirait les jumeaux. Il avait même lu quelques ouvrages sur la gémellité, par curiosité … mais peut-être avait-il juste senti, au plus profond de lui, qu'il lui manquait cet « ami-frère », cette âme sœur.
Synchronicité (4) ? Peut-être …
Grant avait du finir par se sentir observé parce qu'il se redressa sur le fauteuil et lança à Rodney un sourire rayonnant.
Un frère …
Rodney refourgua littéralement la poêle mouillée qu'il tenait à la main à Sheppard qui poussa juste un petit « hey ! » et il s'agenouilla devant le fauteuil. Grant avait repris le jeu et Saliéri tentait toujours d'attraper les franges de la couverture. Rodney se pencha vers Grant et le prit dans ses bras.
Il avait un frère, et il entendait bien cette fois, qu'on ne lui vole pas
TBC …
(4) Selon les dictionnaires, une coïncidence correspond à des événements qui se produisent ensemble par hasard, c'est-à-dire à la suite d'un concours de circonstances. Mais, certaines de ces coïncidences, que Jung a nommées synchronicités, sont plus complexes et chargées de sens en laissant une profonde et troublante impression au témoin. La synchronicité serait une véritable création d'une connexion entre l'esprit et la matière, entre le psychisme intérieur de l'observateur et le monde extérieur objectif. Certaines circonstances sont propices à l'émergence de synchronicités, comme par exemple, les liens affectifs et empathiques très étroits entre jumeaux (certains parlent de télépathie et d'empathie).
