LA VOIE DES NOMBRES

TOME I


II

Pour de mauvaises raisons

« Tomber est permis; se relever est ordonné »

Proverbe russe


OOOOO

-Bella ! Cria Jacob à travers la porte de son appartement, sur la 64th de Madison avenue, dans un bâtiment de brique rouge et à l'entrée habillée de grands cyprès et d'un gazon presque luxuriant. Je sais que tu ne dors pas, alors ouvre ! Putain, sérieux, ouvre ! Isabella !

Cette dernière était assise sur son plan de travail, une tasse de chocolat chaud dans les mains, fixant avec intérêt la porte d'entrée tremblée sous les coups de son coéquipier. Elle prit tout son temps pour finir sa tasse, inspirant avec délice son breuvage encore brûlant qui la réchauffa une fois coulé dans son estomac. Pendant ce temps, Jacob braillait toujours, sous le regard amusé de l'agent Swan.

-Tu te marres, c'est ça ? Demanda alors son ami après un silence relativement court. Tu te fous de ma gueule, en fait !

-Affirmatif ! S'esclaffa-t-elle dans sa tasse.

Quand elle finit par lui ouvrir – de mauvaise grâce, il fallait bien le dire - Jacob ne se perdit pas en effusion et autres salutations en entrant dans l'appartement rapidement, la bousculant au passage. La jeune femme le vit alors balancer sur la table de la cuisine – grande table carrée en bois de cerisier et métal – des tas de clichés et de documents. Elle soupira bruyamment en refermant la porte, s'approchant de lui pour regarder ce qu'il avait apporté. L'agent Swan vira au rouge à la minute où elle vit des cadavres sur les clichés.

-Mais ça va pas ! Je ne veux pas de ses visions d'horreur sur la table où je mange, Jake ! Enlève-moi ça tout de suite !

-Pour l'amour du ciel, arrête deux secondes, Bella ! Écoute, je crois avoir trouvé une piste supplémentaire par rapport aux corps précédent. C'est peut-être rien mais si j'ai raison, ça change la donne.

-Comment ça ? Demanda-t-elle en fronçant les sourcils, remettant enfin sa casquette de flic. Tu as trouvé un autre indice ?

Il acquitta avec un sourire, sortant ensuite une photo accompagnée d'un document signé du légiste, qu'il lui tendit.

-J'ai parlé avec Tyler, hier soir, à la morgue. Apparemment, le Dramaturge aurait changé de mode opératoire... Ce n'est pas la balle qui l'aurait tué, cette fois.

Bella parcouru le document, montrant la cause de la mort et l'état de la victime retrouvée; il avait des hématomes sur la tête, les membres et les flans, indiquant donc une lutte. Mais ça, c'était le cas de tous les autres corps. Chose nouvelle, toutefois, c'était la cause de la mort. Pas par balle, comme les autres, mais par strangulation. Or, le meurtrier qu'ils recherchaient sous le nom de Dramaturge tuait toujours par une balle dans la tête. Aussi, le fait que l'un soit tué par strangulation ne concordaient pas du tout avec les pistes précédentes.

-Jake... c'est forcément quelqu'un d'autre, du coup. Le Dramaturge ne tue que d'une seule façon, on le sait tous.

-Ouais, bah justement, j'ai fais le même raisonnement, au début. Sauf que la disposition des corps quand on les à retrouver est identique. C'était une mise en scène, mais... pas par le même tueur. Donc... tu en déduis quoi ?

-Peut-être... peut-être que quelqu'un lui voue un culte en reproduisant ses crimes, tout en étant peut renseigné sur la manière de procéder ? s'interrogea Bella en reposant le dossier. Après tout, ça ne serait pas la première fois qu'un amateur imite un sérial killer.

-Moi, je pense plutôt à un duo, insista son coéquipier. Deux meurtriers pour une seule affaire. Deux profils diffèrent, mais un seul metteur en scène. Les neuf premiers corps ont été tué par le meneur, le dominant. La dernière victime par le suiveur, le dominé. Une sorte d'entraînement ? Une initiation au crime, peut-être ? Quelque chose dans le genre. Reste à savoir pourquoi le Dramaturge laisse un autre faire son travail.

Bella haussa les épaules face à ses questions, le nez dans les documents du légiste. Si l'hypothèse s'avérait fondée, et que deux tueurs se partageaient le même hobby, il faudrait alors construire deux profils, chercher deux personnalités. Deux fois plus de possibilités... deux fois plus de complexités.

-Jake... admettons que tu aies raison et que nous recherchons désormais deux tueurs... Tu ne crois pas que Newton devrait être mit au courant ? C'est bien beau de faire des recherches de son côté, mais... vu que tu n'as pas l'enquête...

Son coéquipier rejeta violemment les documents sur la table, donnant un grand coup de poing sur cette dernière. Bella recula face à sa soudaine colère, les mains levées en signe de reddition.

-Mais bon sang ! Bella, on a une chance de faire nos preuves, là ! En résolvant cette enquête, on s'assure les bonnes grâce de Newton. Et par-dessus tout, de grosses enquêtes. Ce n'est pas ce que tu veux ? Souffla-t-il d'un air sidéré.

-Eh bien, oui, évidemment. Mais si jamais...

-On peut pas reculer maintenant, Bella. On est sur la bonne voie. Aller ! Montre à notre chef ton talent de profiler ! Trouves les profils, impressionne tout le FBI par ton analyse. Impressionne ton père.

Là, il touchait une corde sensible et il ne le savait que trop bien. Bella était la fille du directeur... par conséquent, son entrée dans l'équipe du BAU avait été plus difficile que pour les autres. Elle avait dû faire ses preuves. Montré que son père n'avait rien avoir dans son affectation. Elle avait simplement dû se débrouiller seule.

Désormais profiler depuis à peine deux ans, les opportunités pour faire ses preuves s'étaient faites rares. Son père, Charlie Swan, attendait toujours que sa fille unique, tout droit sortie d'une licence en criminologie, prouve son utilité dans une grosse affaire. Peut-être qu'il était enfin venu de sortir des sentiers battus !

-Admettons que je te suives... Pas un mot à Newton, d'accords ? Je ne veux pas être mise à pied car nous nous serions trompés de pistes.

-Super ! sourit son coéquipier. Alors, on relit tous les rapports ?

Des rapports sur dix longs mois... ils n'étaient pas couchés.

OOOOO

Le Mystique Alice se trouvait sur la 103e avenue, à coté d'un magasin de chapeau. Son côté minimalisme et chaleureux avait toujours plu à Bella, qui se rendait dans ce café très souvent afin de parler avec son père. Les guirlandes couleurs or qui ornaient toute la façade donnaient des airs de petite maison des contes de fées, faisant toujours grimacer son père, s'estimant trop âgés pour ce genre d'endroit. Elle l'attendait donc à l'intérieur, attablée à une petite table en métal, un chocolat chaud posé devant elle et un café serré pour son père. Regardant sa montre, elle sourit, car son père arrivait toujours à la même heure exacte, sans jamais être en retard pour sa fille. Elle se leva donc une seconde avant qu'il n'apparaisse.

Le père de Bella Swan était comme toujours, habillé d'un costume noir impeccable, à la chemise immaculée et à la cravate noire. Ses cheveux noirs étaient impeccablement coiffés vers l'arrière, lui donnant des airs de John Travolta étant jeunes. Car oui, la jeune femme était fière de dire que son père ne faisait absolument pas son âge; bien qu'âgé de cinquante ans, il en paraissait dix de moins. Et si sa tenue paraissait stricte, c'était simplement que monsieur Swan était, dans le district de New York, le commandant du FBI. Autant dire qu'en dehors de sa fille, il ne rigolait pas souvent.

-Nouvelle enquête ? Lui demanda alors son père après avoir passé les sujets banals qu'avaient une fille et son père pendant une vingtaine de minutes.

-Je rame, soupira-t-elle en buvant son chocolat – le troisième depuis ce matin. Que de petites histoires sans importance. Un pyromane au lycée, notamment. Rien de palpitant... c'était bouclée en deux jours. Les profils sont bien trop simples. C'est ennuyeux. Que des petits amateurs.

Bella observa son père en se mordant la lèvre, hésitante. Son père arqua un sourcil, l'invitant à continuer. Quand la serveuse passa devant eux, elle remarqua non sans faire les gros yeux le holster de monsieur Swan sur la table, et déguerpie aussi vite qu'elle était venue. Cela les fit rire tous les deux.

-Un problème avec ton coéquipier ? Enchaîna-t-il avec un sourire.

-Avec Jacob ? S'exclama Bella. Tu rigoles ! Non, non, c'est toujours... pareil entre nous. C'est juste que... enfin tu sais... son père qui est mort, tout ça... ce n'est pas facile pour lui.

Son père acquitta, compatissant. Le père de Jacob et lui étaient de vieux amis. Sa mort l'affectait particulièrement, bien que ça fasse cinq mois, maintenant.

-J'aimerais l'aider, tu sais, papa. Mais... en tant qu'agent, c'est difficile.

-C'est toujours dur, dans notre métier. Il faut savoir parfois dissocier beaucoup de sentiments. Je sais que s'il t'arrivait quelque chose, chérie, je crierais vengeance aussi... quitte à mettre en péril ma carrière pour retrouver l'assassin.

-Papa ! Cria-t-elle, indignée. Tu es le premier à dire que joué les justiciers n'est pas moral. Alors qu'essayes-tu de me dire, au juste ? Je devrais encourager Jake dans cette voie ? C'est... il risque plus de perdre la vie qu'autre chose. Ça me fait peur.

-Ton vieux père essaye juste de te dire qu'entre sa carrière et sa famille... la famille passe toujours en premier. Je dis juste ça.

Il lorgna sur sa montre avant de sauter sur ses pieds, la prenant par surprise. Il s'excusait de ne pas pouvoir rester plus longtemps, mais que son travail lui prenait beaucoup de temps et qu'il était pressé. Difficile de le comprendre, quand on était la fille du directeur du FBI.

-Mais tu viens à peine d'arriver !

-Je suis désolé, chérie.

Monsieur Swan remit son holster à sa ceinture, regardant attentivement sa fille avant de reprendre.

-Je dois m'absenter... pour quelques semaines. J'ai un vol pour Paris dans trois jours.

-Dois-je m'inquiéter ? Demanda Bella d'une petite voix, accompagnant son père dehors, faisant un signe à la gérante du café avant de sortir. C'est vrai, c'est quoi, ce voyage ? Un problème de niveau national ? Du terrorisme, de l'espionnage, un enlèvement ?

Son père rit doucement, se dirigeant vers sa voiture – une berline noire.

-Je ne vais pas te le dire, Bella, enfin ! Surtout si c'était de l'espionnage ! Mais ne t'inquiète donc pas; ce n'est rien de tout cela. Promis !

Bella le laissa monter dans sa voiture avant de se pencher à la vitre, son visage exprimant le souci dû à son froncement de sourcils.

-Alors ça à avoir avec le crime organisé ? Le FBI a bien assez à faire par-ici ! Pourquoi t'envoyer à Paris ?

Son père soupira, se contentant de garder le silence. Mais la jeune femme était une bonne flic, elle réfléchissait très vite, comme son père. On ne pouvait pas la duper. Surtout pas lui.

-Et tu dis de ne pas m'inquiéter ! S'emporta-t-elle alors. Mais si tu me dit rien, comment je... !

-Bella, ce n'est qu'un voyage d'affaires sans importance. Une affiliation avec la France, rien de plus. Juste de la paperasse. Je reviens très vite.

22 mars 2014

La semaine suivante, Bella Swan était de nouveau sur sa piste de prédilection, courant d'un rythme régulier et calme, accompagnée cette fois d'une musique plus lente, s'accordant parfaitement avec le cadre du parc, renvoyant grâce au soleil les couleurs du printemps – le prélude de fleuraisons. Tout en continuant à courir, elle passa devant un banc, qui lui fit soudain rappeler sa rencontre de la semaine dernière avec cet homme sexy mais grossier. Et alors, sans savoir pourquoi, elle regarda tout autour d'elle, une part d'elle espérant sans doute le revoir, l'autre espérant plus jamais recroiser sa route. C'était très frustrant quand, arriver à ce fameux banc, il n'y eut personne. La jeune femme rebroussa alors son chemin, la musique bourdonnant dans ses oreilles, la faisant de nouveau sourire. Elle se mit alors à chantonner, tout en reprenant sa lente course.

Ainsi, quand Bella courait, elle se sentait comme libre, pouvant décoller du sol et sentir cette sensation de liberté l'envahir et gonfler son cœur de légèreté. C'était un plaisir simple et elle s'en contentait, courant toujours plus vite, voyant ses cheveux se balancer devant son visage. Le vent n'étant pas froid, la journée ne pouvait être que meilleur... du moins jusqu'à maintenant.

Non loin d'elle, monsieur sexy/connard s'étirait sur un banc, tendant une jambe sur le dossier et se penchant en avant afin de s'étirer. Il fit la même chose avec l'autre jambe, tandis que la jeune femme enlevait précautionneusement ses écouteurs, totalement absorber malgré elle par ses mouvements.

Il portait un t-shirt moulant gris et un simple short noir. La banalité même sur un corps exceptionnel. Bella ne pût alors s'empêcher d'admirer ses mollets saillants, ses bras musclés et ses cheveux si craquants. En le détaillant, elle s'aperçut qu'il devait approcher de son âge, n'ayant à son avis pas plus de trente ans. Et vue sa carrure, elle l'imaginait comme prof de sport... oui, prof de sport. Sa carrure virile était là pour en attester. À moins qu'il ne fasse partie de l'armée, peut-être. Non, finalement, non. Ses cheveux désordonnés et plutôt longs d'un point de vue militaire ne concorderaient pas. Prof de sport, c'est bien. Bella l'imaginait alors très bien lui donner des cours...

Mince, elle oubliait avant tout son arrogance et son impolitesse ! Sexy mais grand connard... Elle soupira devant ce constat. Décidément, elle n'allait vraiment pas bien, ces temps-ci, pour succomber à ce genre de type. Elle si passive et calme, serviable et gentille – sans doute pas assez caractérielle pour figuré comme bon flic dur et implacable.

Revenant à la réalité, elle tenta de s'extraire de la vue de monsieur sexy/connard avant qu'elle ne tombe irrémédiablement dans la démence. Sauf qu'au moment de repartir, l'homme se redressa pour partir à son tour, et comme si le destin se moquait d'elle, faillis presque se rentrer dedans. Tous deux reculèrent par réflexe puis se figèrent, lui le premier. Mais soudain, alors que la surprise et... quelque chose qu'elle ne savait identifier traversa ses traits, il se rembrunit aussitôt, comme se fermant dans une huître. Bella resta prostrée.

-Encore vous ! S'écria-t-il d'un ton rauque et incroyablement sexy. Putain, le parc n'est pas assez grand, peut-être !

Bella blêmie, ayant oublié son côté haineux, à croire que son apparence d'ange lui avait fait oublier que derrière, se cachait le diable personnifier. Si c'était le cas, elle ne s'en étonnerait pas, du moins.

-Je... je vous signale, monsieur, que je cours sur cette piste depuis des années ! C'est vous qui débarquez !

L'agent Swan aurait aimée que sa voix soit plus menaçante, comme son coéquipier savait le faire. Mais elle était loin d'avoir un foutu caractère comme lui, et comme d'habitude, le fait qu'on élève la voix sur elle la rendait nerveuse et elle perdait alors toute assurance. Si bien que quand elle parla, cela sonna comme une gamine apeurée. Merde alors, il ne fallait pas qu'elle se montre faible devant un connard pareil !

-Ah ouais, et alors ! Répliqua-t-il avec arrogance et hargne, croisant soudain les bras, faisant gonfler encore plus les muscles de ses bras. Ça explique le fait que vous me suiviez ?

Bella écarquilla les yeux, comprenant ensuite qu'il ne faisait que la provoquer, voire ainsi jusqu'où il pourrait aller avant qu'elle ne craque. Elle redressa donc les épaules, serrant les dents.

-De nous deux, on pourrait plutôt dire que c'est vous qui me suivez, lui reprocha-t-elle.

-Peut-être bien, susurra alors l'homme, la prenant au dépourvu. Peut-être que je vous suis, en effet. Qui sait !

-Vous êtes...

Bella ne fini pas sa phrase, trop perturber par son regard. Tantôt railleur, tantôt menaçant, elle le vit tout de suite comme un homme dangereux. Après tout, tout homme l'était plus ou moins, non ? L'était-il réellement ou son côté dominateur l'effrayait plus que de raison ?

-Vous êtes grossier, impoli et totalement ingrat ! Je vous signale que j'attends toujours votre merci pour l'autre jour, quand je vous ai sauvé la vie ! Franchement, si vous deviez un jour être sauvé par les pompiers ou les flics, je les plaindrais beaucoup !

-Ah, vraiment ? Rie-t-il.

Il la regarda quelques instants en se frottant la joue, la détaillant des pieds à la tête en étirant ses lèvres dans un sourire éblouissant. La jeune femme serra les dents et détourna le regard, honteuse de le trouver toujours aussi beau bien que son âme soit aussi laide que l'enfer. Elle pensait pourtant bien se connaître ! Elle qui disait vouloir un gentil garçon intelligent, dévoué à la justice et sauvé des vies ! Voilà qu'elle craquait pour le mauvais garçon de service, arrogant et horripilant comme jamais. C'était vraiment injuste !

En attendant, l'homme pencha la tête sur le côté, se frottant l'oreille avec son épaule. Bella ne le trouva que plus craquant et cela l'irrita.

-Vous tenez à ce que je vous dise merci, marmonna-t-il tout près d'elle. Eh bien... accepter un rendez-vous avec moi.

Bella en tomba des nus, s'attendant à toutes réflexions déplacées et misogynes... mais pas du tout à ça. À vrai dire, elle était à des années-lumière de penser à ça. Se moquait-il d'elle, au juste, afin de l'humilier par la suite ? La jeune femme se contenta pour réponse de tourner les talons rapidement, totalement outrée par son comportement. Mais il la rattrapa bien vite, lui empoignant le bras pour la retourner. Elle se rebiffa immédiatement, agissant comme la flic en elle devait faire en cas d'attouchement non consentant.

-Lâchez-moi immédiatement ou vous allez le regretter, le menaça-t-elle sous l'air amusé de l'homme. Je ne plaisante pas !

-Désolé, s'esclaffa l'homme en tentant de se contrôler dans son fou rire, c'est juste que c'est toujours hilarant de vous voir me menacer ! J'en tremble, vous voyez !

L'agent Swan siffla, exaspérer qu'on la prenne pour une imbécile. C'était bien pour ça qu'avec les hommes, Bella ne révélait jamais son statut de profiler. Parce que soit il lui riait au nez au vu de sa petite taille et de sa passivité, soit il devenait excité et intrigué, la voyant soudain comme une bête de foire à exploiter, lui demandant alors de deviner qui il était.

L'agent Swan, bien que rarement surprise, devinait assez aisément la personnalité de la personne face à elle. Or, pour cet homme, elle faisait chou blanc. Et ne comprenait donc pas pourquoi il voudrait un rendez-vous avec elle. À son sens, soit c'était pour l'avoir dans son lit, soit pour l'humilier, et l'un comme l'autre, elle n'était pas intéressée. Elle repartit donc une seconde fois.

-Arrêtez de fuir, putain ! S'écria-t-il en la rattrapant sans la toucher, cette fois. Un putain de rendez-vous pour vous remercier, c'est pas la mer à boire, si !?

-Non mais vous vous entendez, seulement ! Un putain de rendez-vous, sérieusement ? Quand vous me reparlerez mieux, j'accepterais peut-être votre offre !

L'homme se plaça alors devant elle, lui bloquant le passage. Son ton était redevenu sérieux et froid. C'était repartie avec monsieur bipolaire !

-Très bien, je reprends : Accepteriez-vous, mademoiselle-la-coincé, un rendez-vous avec moi dans un café, un resto, bref, avec moi ? Ah et ouais : s'il vous plaît ?

-La gentillesse et le tact, vous connaissez ? S'agaça alors la jeune femme en montant le ton. Parce que vous êtes à des années-lumière de l'atteindre ! Mais comme j'ai l'impression que vous allez jamais me lâcher, j'accepte. Mais j'ai intérêt à entendre merci lors de ce «rendez-vous» ! Ah et pendant que j'y suis, histoire que ça soit clair; il est hors de question que je couche avec vous ! Sur ceux, bonne journée !

L'homme la héla une fois encore. Elle inspira un bon coup avant de se retourner.

-C'est bien joli d'accepter, mais si l'un et l'autre n'a aucune idée de l'identité de l'autre ni de son adresse... enfin, je sais pas moi.

-Il est hors de question que je vous dise où j'habite ! S'indigna la jeune femme.

-Parfait. Alors on aura cas se rejoindre à ce banc... demain soir ?

-Jeudi soir. À vingt heures. Et pour faire quoi ? Demanda-t-elle, suspicieuse.

Lorsqu'il l'avait hélé une fois de plus, elle avait vraiment cru qu'il décommander après qu'elle lui ait indiqué ne pas coucher avec lui. Or, c'était juste pour s'organiser. À vrai dire, en y repensant, Bella n'avait même pas remarquée qu'elle ne savait pas comment il s'appelait. Pour un profiler, elle était vraiment à côté de la plaque, aujourd'hui.

-Surprise ! Répondit-il en s'éloignant déjà dans le sens inverse.

Bella aurait vraiment voulu savoir son nom. Elle aurait pu ainsi vérifier s'il ne possédait pas un casier judiciaire ou qu'il ne trempait pas dans la drogue ou...

Non, c'était ridicule. Certes, cet homme était arrogant, mais de loin à le voir comme un psychopathe ! C'était peut-être ça, le problème, avec elle. À cause de ce qu'elle voyait dans son job, elle mettait les hommes dans le même sac, étant trop paranoïaque pour leurs faire confiance d'une manière ou d'une autre. Il était peut-être temps de faire confiance. Après tout, cet homme était peut-être bien plus gentil qu'il ne le laissait paraître.

Quel risque prenait-t-elle, sinon ?

OOOOO