LA VOIE DES NOMBRES

TOME I


IV

Le langage des chiffres

« La théorie des nombres occupe parmi les disciplines mathématiques une position idéalisée analogue à celle qu'occupent les mathématiques elles-mêmes parmi les autres sciences. »

Jürgen Neukirch


ooooo

25 mars

-Agent Black, virez-moi vos foutus pieds de là ! J'ai deux mots à vous dire dans mon bureau, immédiatement ! Cria l'inspecteur Newton devant l'agent Jacob Black, assis à son bureau, une montagne de papiers devant lui. Levé votre cul de branleur et suivez-moi.

Le chef reparti immédiatement, ne laissant pas Jacob protester. De toute manière, Bella le fusillait du regard afin qu'il se tienne à carreau pendant l'entre-vue avec son patron. Il se leva donc en soupirant, en emmenant avec lui son café. Au moment de franchir la porte, il se retourna vers elle en levant ses deux sourcils, faisant glisser un doigt en travers de sa gorge, à l'horizontale. Le message était passé. Il se pensait mort.

Bella ne put s'empêcher d'admirer alors sa carrure et la comparer à monsieur sexy/connard. Ils pourraient très bien rivaliser, en conclut-elle donc, observant Jacob disparaître dans le bureau de leur chef. Avec sa chemise blanche aux manches retrousser sur sa peau très mate et son holster en cuir bien mis en évidence sur sa hanche, il donnait des airs de rebelle sauvant le monde. Bella sourit donc intérieurement au vu des autres femmes dans le bureau à le regarder en salivant comme des femmes en chaleur. OK, il y avait pas beaucoup de jeunes dans ce département, mais tout de même ! Elles étaient toutes couguars ou quoi !?

-Salut Tyler ! Tu remontes sympathiser avec les vivants ?

Ce dernier était le médecin légiste de leur section et il passait ses journées à la morgue pour y faire des autopsies. Bella ne le connaissait que peu, finalement, car elle ne descendait jamais là-bas. C'était bien trop morbide comme endroit. Mais quoi qu'il en soit, il était très proche de Jacob, bien que dix ans les séparent.

-Ouais, je cherche Black, tu ne l'aurais pas aperçu ? Lui demanda-t-il en tapotant un dossier sur son torse, habiller d'une blouse grise propre – Dieu merci, il n'y avait pas de sang, cette fois.

-Le chef le retient, répondit Bella en haussant les épaules, ignorant pourquoi et à quel sujet. Tu as quelque chose à lui dire...

-Heu ouais... enfin plutôt, non. Je dois lui filer ça, dit-il en montrant les documents. C'est les résultats complets des dix corps retrouvés durant l'année, qui coïncide le plus avec le Dramaturge. Newton m'a demandé de le lui donner.

Bella attrapa le lourd dossier, surprise par cette révélation.

-Heu... tu es sûr que le dossier ne revient pas à Eric ? Demanda-t-elle en fronçant les sourcils, faisant référence à l'agent s'occupant de l'enquête.

-Bah... le chef a bien dit Black et Swan. J'en sais pas plus, moi.

-D'accords, dit-elle avec hésitation, se mordant la lèvre. Mais...

-Bon, écoute, je dois y retourner, d'accords. Vois ça avec le patron.

Tyler tapota le dossier sur le bureau avant de repartir, lui faisant un signe de la main et lui souhaitant bon courage au vu de toute la paperasse sur leurs bureaux. Bella regarda ensuite le dossier, se mordant les lèvres. Jacob avait déjà toutes ces informations. Or, c'était totalement contre le règlement. Mais maintenant qu'on le leur donne officiellement... Bella coula un regard vers le bureau de son chef. Peut-être qu'il était déjà informé.

L'agent Swan patienta plus de trente minutes, ayant le temps de boire deux chocolats chauds, avant que son coéquipier émerge enfin du bureau de Newton. Bien qu'elle s'était préparée à toute éventualité, le fait qu'elle le voit sortir un grand sourire aux lèvres, se frottant les mains d'un air satisfait et sautant presque de joie, la décontenança totalement. D'ordinaire, on ne ressortait jamais heureux du bureau du chef.

-Putain Bella, j'ai des couilles en or ! S'exclama-t-il en arrivant à son bureau de bonne humeur, exalté dans ses mouvements.

-Je te demande pardon ! Dit-elle en éloignant sa tasse des mouvements brusque de Jacob.

-Newton vient de nous laisser une chance ! Putain, il nous donne enfin un truc important ! J'ai hâte de voir sa tête quand je trouverais l'assassin. Tu vas voir, il me léchera le cul pendant longtemps, après ça !

-Heu... l'enquête sur le Dramaturge ? demanda la jeune femme, perplexe. Je ne comprends pas. Pourquoi il nous donne l'enquête ? Enfin, tu n'as pas le droit de la mener puisque ça concerne ton père !

-Ne t'emballe pas. On collabore avec Eric et les autres. Mais on a le droit d'enquêter légalement. Il veux voir si deux petits jeunes sortis d'école peuvent être plus futés que les anciens.

-Les anciens t'emmerdent ! Cria faussement l'agent Bennett, deux bureaux plus loin, un sourire aux lèvres.

-Bref... vu que tout le monde patauge à cause de cette histoire, il veux prendre aucun risque. Plus d'agents seront sur l'affaire, plus on aura de chance de trouver un suspect.

Jacob s'installa à son bureau en mettant comme à son habitude les pieds dessus, adressant ensuite un grand sourire à sa coéquipière. Cette dernière ne le lui rendit que partiellement, troublée que leur chef soit si coopératif. Les autres équipes du bureau avaient déjà géré des meurtres mais pour eux, c'était une première. Or, l'affaire était importante. Leur chef les estimaient-ils assez compétent et digne de réussir ?

Soudain, tandis qu'ils feuilletaient tous les deux le dossier qu'avait remis Tyler, le téléphone professionnel de Bella sonna, la faisant sursauter.

-Agent Swan.

-Agent Brandon a l'appareil. Matricule 1206. Besoin de renfort immédiat à l'angle de la 65 th avenu de Transverse, Central Park. Besoin d'agents et d'un légiste.

Bella avait mis sur le haut-parleur, faisant ainsi réagir immédiatement Jacob. Ce dernier se levait déjà en jetant le dossier sur la table, s'équipant. La jeune femme fit de même, portant plaque, holster - un beretta 96 à l'intérieur – taser et enfourchant par la suite sa veste en cuir. Ses cheveux en queue de cheval la rajeunissant trop, elle la détacha, balançant sa tête en avant afin de se recoiffer et se donnant une allure plus sérieuse.

ooooo

Arrivés sur place après vingt minutes dans la circulation de Manhattan, Bella et Jacob entrèrent rapidement dans le parc et rejoignirent leurs collègues. Le vent étant très violent aujourd'hui, ils devaient se dépêcher.

Des bandes jaunes barraient le passage aux civils, des policiers en uniforme postés devant afin de calmer une petite foule totalement affolée. Bella montra sa plaque avant de passer sous la bande et rejoindre Hannah Brandon, un des agents travaillant dans le même bureau qu'elle. Elle tenta de se concentrer sur son travail, bien que sa conscience lui rappelle l'endroit où ils se trouvaient ; la scène de crime se trouvait derrière un banc, ce dernier posé près d'un arbre, reculer de la piste des coureurs. L'endroit où elle avait rencontré monsieur sexy / connard pour la première fois. Autant dire que ça lui jeta un froid.

-Félicitations, les jeunes ! S'exclama alors l'agent Brandon en serrant la main des concernés. Je savais que tu rêvais de faire ce genre d'enquête, Jacob.

-Qu'est-ce qu'on a là ? L'es interrompu Bella d'un ton agacé, ne trouvant pas du tout le moment propice pour s'extasier.

Tyler était arrivé entre-temps, déjà sur le corps afin d'évaluer sa température.

-Un homme avec blessure à la tête. Le coup classique. Raide comme une statue, comme toujours. Marque de strangulation, aussi, répondit Brandon avant de s'éclipser, tenant à Jacob la déposition d'un témoin.

-Sauf que cette fois, nous ne sommes pas le quinze mais le vingt-cinq, marmonna Jacob en s'accroupissant en face de Tyler, perplexe et le visage sérieux.

Bella observa le corps minutieusement. Au premier coup d'œil, l'homme était de la trentaine, une balle dans la tête, raide et au garde-à-vous, les yeux grands ouverts. Comme les dix corps précédents. Sauf que cette fois-là, la date ne concordait pas. C'était étrange... voilà la deuxième scène de crime que l'assassin ne respectait plus. Fallait-il y voir un message ou juste un empressement pour tuer ?

Cela ne faisait qu'une semaine entre les deux meurtres, et non un mois, comme il le faisait toujours. Deux meurtres au mois de mars. Qui que soit l'assassin, Bella vit tout de suite que son mode opératoire avait accéléré, ayant peut-être un besoin plus frénétique de donner la mort. Ce qui était alors très paradoxal au Dramaturge car dans les rapports d'autopsie, elle avait bien vu que la cause des morts – en dehors de celui de la semaine dernière – était toujours une balle dans la tête. Pourtant, le tueur en série tuait car il en éprouvait du plaisir, apportant une mort lente et douloureuse à sa victime, pas une exécution brève et indolore. Ce qui n'était pas le cas avec le Dramaturge, qui au contraire, semblait avoir une tout autre motivation. De plus, les victimes n'étaient que des hommes. Il semblait alors, pour Bella, que sa seule motivation soit la mise en scène des corps. Il voulait choquer, provoqué et se faire connaître. Il voulait qu'on parle de lui. Bella voyait donc très bien un homme solitaire en manque d'affection.

Mais surtout, elle voyait que Jacob avait raison... Le Dramaturge n'avait pas commis ces deux meurtres. C'était un autre. Très différent.

-Pourquoi pas une femme ? Demanda-t-elle à Jacob après lui avoir fait part de son observation. On a tout de suite classé le Dramaturge comme sexe masculin, mais peut-être que c'est une femme.

-En tant que complice, peut-être, approuva Jacob. Après tout, le choix se porte sur les hommes. Mais regarde-les : toutes les victimes sont plutôt carré des épaules. Je doute qu'une femme puisse tuer un homme comme ça. Les deux dernières victimes ont été tués par strangulations, ne l'oublie pas. C'est toujours difficile comme méthode.

-D'autant que rien n'indique qu'ils étaient attachés au moment de la mort, intervint Tyler. Si c'était une femme, l'homme aurait pu la maîtriser. Or, il n'y a pas de signe de lutte. Pas de drogue dans l'organisme non plus.

-Putain, j'ai compris ! S'écria Jacob en se redressant vivement. Bon, reprenons : le mec est debout, tout à fait conscient, pas attaché, pas drogué, pas une goûte d'alcool dans le sang. Ils ne se battent pas. Vous en concluez quoi ? Que l'assassin était digne de confiance. Voire même que les victimes le connaissaient. Un ami, une figure d'autorité, une connaissance, quoi !

-Attends, attends, le stoppa Bella en se frottant le front. Le tueur en série ne connaît jamais ses victimes.

-Je crois qu'il faut s'écarter du profil type, alors. Ce mec laisse les corps à la vue de tous, ce qui n'est pas non plus dans les habitudes du tueur en série.

-Attends deux secondes, lui rappela à l'ordre Bella. Sache que ton hypothèse sur deux tueurs n'est pas fausse. Et là, c'est clair, ce n'est pas le Dramaturge. Faut vraiment qu'on les distingue tous les deux, maintenant. Il y a un autre tueur, et celui-ci n'a pas de point de repère ni de date précise. C'est spontané. Peut-être même que ce n'était pas prévu.

-Comment ça ? Demanda Tyler en recouvrant le corps d'une bâche noire, ayant fini pour le moment son expertise.

-Eh bien, Jacob pense à deux tueurs dans une même équipe. Un binôme. Mais j'ai l'impression que le suiveur ne sait pas ce qu'il fait.

-Il apprend, dit Jacob. Il observe l'autre, et l'imite. Mais il préfère donner une mort plus lente avant. Un sadique.

-C'est aussi mon impression. Du coup, peut-être peut-on envisagés que le Dramaturge, lui, continu ces meurtres que le 15 de chaque mois. Son complice apprend, il doit donc tuer dans l'immédiat. Sous pulsion.

-Et donc, qui est qui ? Demanda le légiste.

-Dans le profil du Dramaturge, on l'a toujours vu comme un psychopathe... mais si son complice était un psychotique ? Tout ne concorde pas, c'est vrai. Mais on pourrait peut-être s'y pencher. La perte de contrôle, le délai de meurtre qui rétrécit, le changement d'habitude... C'est désordonné, contrairement à l'autre.

-Le dramaturge pourrait être schizophrène, toutefois, en conclut Jacob en se grattant le menton d'un air songeur. Ça se pourrait. Rien n'est à écarter.

-Moi, je pense que dans le binôme, aucun des deux n'est censé. Mais ce qui est sûr, c'est que le premier meurtrier est méthodique, conscient de ses actes, avec une motivation, un but précis. Un message à délivrer, peut-être. Le second est impulsif. Irrationnel. Un amateur imitant un professionnel. Qui ne respecte pas les codes ni les exécutions.

-Mais qui domine l'autre, finalement ? Marmonna Jacob.

C'était une bonne question.

L'agent Swan plissa les yeux en observant le corps, sous la bâche. Ce genre d'assassin, aux multiples facettes, se révélait être un génie, bien souvent. Quelqu'un d'incroyablement intelligent, jouant avec la complexité d'un message codé.

Il y avait un message, derrière ces mises en scène. Bella le sentait. Mais n'était pas encore sûr de ce qu'elle avançait.

Est-ce que l'idée que des nombres puisse être la clé de l'énigme semblait absurde ?

-Eric a regroupé les interrogatoires des familles des neuf premières victimes ? Demanda la jeune femme à Tyler alors que celui-ci s'apprêtait à partir.

-C'est dans le dossier que je vous aient refilés, assura-t-il en hochant la tête. Mais il y a peu à en retirer.

-Tu penses à quelque chose ? Lui demanda ensuite Jacob.

Les deux agents quittèrent la scène de crime après le légiste, s'insérant rapidement dans la circulation. Dans la voiture les ramenant au poste, Bella fit part de son hypothèse.

-En lisant le dossier, j'ai vu quelque chose; les neuf premiers corps ont tous étés enlevé le treize du mois, tué douze heures avant d'être retrouvé, le quinze de chaque mois. Mais ça coïncide pas avec le dixième corps. Celui-ci fut enlevé le douze mars. La victime d'aujourd'hui... à n'en pas douter, révélera aussi un écart de trois jours.

-Ça fait beaucoup de chiffres pour une enquête, remarqua son coéquipier en faisant claquer sa langue.

-Je crois qu'il est temps de retourné à la faculté, dit-elle sérieusement.

ooooo

Le Courant Instutute of Mathematical Sciences faisait partie des établissements très prisés de la célèbre NYU. Pour le monde entier, cette université restait la meilleure des États-Unis et pour cause; tous les plus grands chercheurs y travaillaient.

En s'y rendant, Bella espérait éclaircir l'enquête, et surtout, pouvoir la résoudre rapidement. Dix mois s'étaient écoulés et le fait qu'ils n'aient encore rien trouvé avaient des conséquences sur son département. Le FBI remettait sérieusement en doute l'efficacité des profilers. La jeune femme devait donc leur prouver le contraire, et vite.

Jean-Pierre Serre, Lauréat du prix Abel sur la théorie des nombres pourrait bien être d'une aide précieuse. Quoi de mieux qu'un expert en mathématiques, théorèmes et nombres pour ce genre d'enquête !

-Merci de nous accorder quelques minutes, Monsieur Serre, sourit Jacob en lui serrant la main.

-Ma foi, j'ai toujours été intrigué par l'étude comportementale, s'extasiait le Lauréat suite à la présentation de leur département. Vous êtes un peu mystérieux, vous savez. J'ai toujours considéré les profiler comme mentalistes invétérés.

-L'ésotérisme n'a rien à voir là-dedans, intervint Bella en s'asseyant face au bureau du mathématicien. La logique fait tout le travail.

-On parle le même langage, sourit-il. Bien, que puis-je pour le FBI ?

Jacob invita sa partenaire à commencer, s'occupant pour sa part d'observer le bureau du professeur.

-Monsieur Serre, que pouvez-vous me dire sur la signification des nombres ?

-Toute une thèse, si nous avions le temps, plaisanta-t-il en se passant une main dans ses cheveux blancs. Plus sérieusement, à quel nombre faite-vous allusion ?

-Plusieurs, à dire vrai. Les plus récurrents à l'enquête sont le douze, le treize et le quinze. J'ai pensé que peut-être vous pourriez nous éclairer. Le tueur souhaite peut-être nous délivrer un message et je n'ai trouvée que ceux-là.

Jean-Pierre Serre se cala dans son siège, tapotant sa joue de son index, songeur. Bella en profita pour lorgner sur son bureau: impeccable. Cet homme était un maniaque du contrôle.

-Le langage des nombres est multiple, averti l'homme en se penchant légèrement en avant. Connaître avec précision le code caché sans connaître l'auteur est quasi impossible. Mais ça reste surmontable. Vous dîtes que trois nombres se répètent... le 12, 13 et 15. Hum... puis-je en savoir un peu plus ?

-L'enquête est confidentielle, dit Jacob.

-Toutefois, si votre savoir nous aide...

Bella fusilla son coéquipier d'un regard noir avant de ce retournée vers le professeur, reprenant. Elle lui expliqua l'histoire, insistant sur l'importance des nombres répétitifs. Pendant ce temps, le professeur l'écoutait, attentif, la mine passive. Une lueur passa alors dans son regard.

Monsieur Serre était amoureux des chiffres et cette histoire ne pouvait que le fasciner.

-Commençons par le commencement, voulez-vous ! S'exclama l'homme en souriant largement. Le nombre douze est mon préféré. Signe positif, il incarne les douze apôtres de Jésus dans la religion catholique ou bien les douze tributs d'Israël dans l'ancien Testament. C'est aussi un nombre très fréquent dans les divinités Olympiennes, avec les douze travaux d'Hercule. Plus généralement, nous avons douze mois dans l'année, douze signes du zodiaque occidental, e cetera. C'est courant dans la vie de tous les jours. Ce nombre est partout.

Bella écoutait attentivement, mais quelque chose retint immédiatement son attention.

-Les douze mois de l'année... murmura-t-elle.

-Pour le nombre treize... vous êtes sans ignorer que ce dernier est plutôt mal considérer, et ceux, dans la plupart des cultures, principalement chrétienne. On parle même de triskaidékaphobie quand le rejet de ce nombre est total.

-Comme dans les avions, souffla Jacob en prenant des notes dans un calepin. Le siège treize n'existe pas afin d'éviter toute forme de panique. Certains motels omettent ce nombre aussi.

-Mais le vendredi treize est parfois vu comme chanceux, non ? Demanda Bella à l'adresse du professeur.

-Pour une infime population, oui. La peur du nombre treize viendrait là encore de la religion. Dans l'interprétation de la Sainte Cène, le treizième apôtre de Jésus, appelé alors Judas, aurait été le traître conduisant Jésus au crucifix. De là s'est découlé une superstition sur le nombre treize. Chez les hébreux, la treizième lettre de l'alphabet signifierait mort. Dans le Tarot, le treizième arcane représente la faucheuse. Pour aller plus loin, treize n'est divisible que par un, contrairement à son voisin le douze. Il est donc vu comme un déséquilibre. Douze mois, douze heures le jour, douze heures la nuit, douze Dieux dans l'Olympe, e cetera... Le treize se retrouve seul. Le treize est mal considéré.

-C'est un peu tiré par les cheveux, non ? Dit Jacob d'un air septique. Mais allez-y, dîtes nous ce que cache le nombre quinze.

L'agent faisait la grimace, pas le moins du monde absorbé par les propos du mathématicien. Il était évident pour lui que la piste était faussée. Bella invita l'homme à continuer, désireuse d'en savoir un peu plus.

-La signification du nombre quinze est plutôt abstraite et ésotérique.

-Fabuleux ! Grommela Jacob. Vous allez nous dire que ce nombre invoque les esprits ?

-Absolument pas, jeune homme, répondit le professeur d'un ton badin, ignorant gentiment le ton qu'employait l'agent du FBI. Le nombre quinze, selon certains experts, aspire à un comportement dit passionnel. L'orgueil et la tentation des biens matériels et physiques.

-Quand vous parlez de tentation physique... hésita Bella.

-Je parle évidemment de la luxure. Mais pas seulement. Le sexe n'est qu'un exemple. On peut parler de tentation meurtrière aussi.

Les deux agents échangèrent un regard entendu. Tout était clair.

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À la fin de l'entrevu avec le professeur Serre – passionnante pour Bella, absurde pour Jacob, qui ne croyait pas en ce genre de chose – la journée s'était pratiquement déjà écoulée, ce qui la réconforta. Bella allait enfin pouvoir rentrer chez elle pour se préparer, bien que le rendez-vous n'égale probablement jamais ses espérances. Revoir le type du parc la rendait vraiment nerveuse. Elle ne savait même pas pourquoi elle avait accepté... ! Et le fait de décommander... la jeune femme y avait songé mais s'était dit qu'il valait mieux ne pas le contrarier. Après tout, il semblait avoir pris sa piste de prédilection pour s'entraîner, donc elle risquait de le recroiser quoi qu'il arrive. À moins qu'elle ne change de parcours … ?

Non, c'était puéril. Elle était une adulte, désormais. Elle ne pouvait pas fuir éternellement les hommes.

Jacob l'attrapa soudain par le coude afin d'y faire passer son propre bras dessous. Cela lui rappela leur courte histoire d'amour. C'était agréable et elle lui sourit donc en retour. S'il y avait bien un homme en qui elle avait confiance, c'était Jacob Black. Il ne lui faisait pas peur et elle était sûr qu'il ne lui ferait jamais de mal. Tout comm son père, bien sûr.

-J'ai bien envie de fêter cette pseudo piste, s'excita-t-il en arborant un sourire complice en se penchant vers sa coéquipière. On sort, ce soir ? J'ai bien envie de retourner au Dive 75 et...

-Heu... je peux pas, ce soir, Jake, marmonna-t-elle doucement, se mordant les lèvres nerveusement.

Bien que l'histoire entre eux deux soit fini depuis un an – et durer seulement deux mois – l'un comme l'autre n'étaient pas ressortis avec quelqu'un durant l'année écoulée. Bella ignorait comment son ami réagirait.

-Pourquoi, tu as un rendez-vous ? Railla-t-il malicieusement, la couvant des yeux. Putain ! C'est vrai ? Tu as un rendez-vous avec un mec ?! Oh la vache ! Et tu oses me le dire que maintenant ! J'hallucine !

-Mais ce n'est pas un rendez-vous « rendez-vous », tu vois ! Répliqua-t-elle, devenant rouge sous l'embarra. C'est juste... je sais pas. Prendre un café, tu vois !

-Bella, tu n'aimes pas le café, répliqua son ami comme si c'était le pire méfait au monde. Et quand un mec invite une fille pour prendre un « café », comme tu dis, il...

-Bah... il a plutôt employé le mot « rendez-vous » en fait, se crut-elle bonne de préciser.

Il la regarda, tout étonné. Ils étaient arrivé à la voiture mais il ne l'avait pas lâché pour autant.

-Bella, dit-il doucement, pourquoi tu ne m'as pas dit que tu voyais quelqu'un ? Tu pensais... que j'allais le prendre mal ?

Elle haussa les épaules, baissant la tête, mal à l'aise. Elle n'aimait vraiment pas parler de sa vie privée, mais si Jacob s'y mettait, c'était deux fois plus gênant pour elle. Il la connaissait par cœur alors elle ne pouvait pas le lui cacher plus longtemps, de toute manière.

-Je n'en sais rien, répliqua-t-elle en marmonnant. Et pis je ne vois personne. C'est juste... par politesse, que j'ai acceptée.

ooooo

Bien que le printemps vînt tout juste d'apparaître, l'absence de soleil rendait la ville bien sombre, bien qu'illuminer, fidèle à l'image que donnait New York. Mais quand on s'aventurait dans Central Park sur les coups de vingt heures et que le temps était à l'orage, il fallait s'attendre à y découvrir une atmosphère plutôt morne et glaciale. Surtout lorsque le jour même, les passants découvraient un corps gisant dans l'herbe, à la vue d'enfants innocents.

Mais Bella n'était pas nerveuse. Du moins, elle ne l'était pas parce qu'elle attendait ici toute seule, qu'un homme aussi arrogant que sexy n'arrive. Après tout, bien qu'en dehors de son service, la jeune femme n'était pas totalement idiote, et avait donc apporté avec elle son taser. L'arme étant interdite en civil, elle se consola en se disant que le taser suffisait amplement pour se défendre en cas d'attaque.

Relevant la manche de sa veste en cuir – en y repensant, peut-être qu'elle aurait mieux fait de s'habiller autrement, ayant enfilé son éternel look d'inspectrice sexy, comme disait Jacob – elle vérifia l'heure : 19 h 58.

Soudain, une ombre apparut enfin, marchant lentement vers elle. La jeune femme remit ses cheveux en place et s'humecta les lèvres en signe de nervosité. Bon, ce n'est pas comme si elle n'avait pas déjà cerné le personnage !

Monsieur sexy / connard arrivait enfin, les mains dans les poches, un air soudain farouche plaquer sur ses lèvres. Elle crut vraiment l'avoir vu sourire pendant une seconde ! Comme s'il était soulagé. Quoi, il pensait qu'elle s'était dégonflée ?!

-Encore vous, dit-il suavement pour la saluer.

Bella fut prise de court. Elle n'avait encore jamais entendu ce genre de ton, avec lui. Séducteur et doucereux... ce n'était pas du tout en raccord avec le personnage, ça !

-Encore moi, répondit-elle donc bêtement, forçant ses mains à rester le long de son corps, montrant le moins de signe de nervosité possible. Ou... où allons-nous ?

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