LA VOIE DES NOMBRES
TOME I
V
Arrogant à souhait
« Le passé et le présent sont nos moyens; le seul avenir est notre fin. »
Blaise Pascal
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Le vent qui s'infiltrait par violentes secousses à travers les arbres de Central Park fit trembler la jeune femme, seulement emmitouflé dans sa veste en cuir, serrer contre son corps menu. Elle dut croiser les bras sur sa poitrine afin de se réchauffer, serrant des dents pour éviter de trembler devant l'homme. Le simple fait de se frotter les bras la rendait vulnérable et elle le savait. Mais bien que le vent soufflait par violente rafale, ébouriffant spectaculairement les cheveux bronze de monsieur sexy / connard, ce dernier restait de marbre face au temps et à la jeune femme recroqueville sur elle-même, ce qui impressionna Bella plus qu'il ne le devrait. Après tout, cet homme n'était pas plus chaudement vêtu, troquant son short et t-shirt moulant de sport contre un simple jean et un pull blanc. Ses yeux verts ressortaient alors de manière incroyable sur la couleur de son pull. Bella piqua un fard face à son regard, baissant les yeux sur ses pieds.
Quelle cruche ! Baver devant un type de ce genre !
-En route ! Répondit-il après l'avoir observé à son tour, la contournant et lui frôlant légèrement l'épaule.
Bella le suivit de mauvaise grâce en traînant des pieds, soupirant bruyamment face à son comportement des plus grossiers et des plus autoritaires. Elle fit d'ailleurs exprès de marcher lentement derrière lui, claquant alors des dents quand une rafale plus glaciale s'abattit sur son dos. Elle courut presque pour le rejoindre, maudissant le caprice du temps.
Elle ne comprenait vraiment pas pourquoi il l'avait invité, de toute manière, si sa présence le rebutait tant ! Car elle avait vraiment l'impression d'être un fardeau pour lui, comme si finalement, il regrettait son offre. La jeune femme se décida donc de ne faire aucun effort en communication s'il ne faisait pas le premier pas lui-même. Bordel, pourquoi avait-elle seulement accepté de venir ? Ce n'était pourtant pas dans ses habitudes d'accepter ce genre de chose, encore plus si c'était un inconnu. Mais il fallait bien avoué que Bella était attirée malgré elle par cet homme, bien que ses manières et son côté macho l'horripilassent plus que tout. Elle ne comprenait plus ce qu'elle voulait réellement.
-Vous pouvez pas marcher plus lentement ? Gronda-t-il alors qu'ils sortaient enfin de Central Park pour aboutir dans la 196e avenue.
Et bien que le temps soit exécrable – tout comme l'humeur de monsieur sexy / connard -, ils durent patienter avant de pouvoir traverser la rue, la circulation étant très dense à ces heures-ci. L'homme et elle longèrent alors un grand hôtel de luxe à la façade ornée de grandes pierres blanches, où les hauts des arches de la porte pointaient fièrement trois drapeaux des États-Unis. Un autre hôtel encore plus luxueux suivit par la suite, possédant quand à lui un vaste porche de couleur or. Bella savait pertinemment qu'avec son modeste salaire de jeune profiler, elle ne risquait jamais de venir ici.
-Heu, dîtes, on va marcher encore longtemps ? Demanda-t-elle en le rejoignant à sa hauteur, devant presque courir pour maintenir son allure plus que rapide et tant soit peu conquérante.
-Nous sommes arrivés, répondit-il platement en s'arrêtant net.
Bella se tourna dans la même direction que lui, suivant son regard impassible... et resta bouche bée. Elle se trouvait devant un restaurant appelé « Gates » et – contrairement au philanthrope Bill Gates – était absolument sûre que le simple verre de vin devait coûter des dizaines et des dizaines de dollars, pour peu qu'ils servent un verre seulement. Le restaurant se trouvait ainsi dans un immeuble d'une trentaine d'étages et rien que la porte avec le majordome devant, annonçait déjà la couleur de la note. Alors instantanément, Bella recula, secouant la tête. Il n'était pas question qu'elle entre là-dedans ! Elle n'avait même pas les moyens de regarder la carte !
-Il n'était pas question de dîner ! S'écria-t-elle en se tournant vers lui d'un ton de reproche.
-Parfait ! Passons directement à ma chambre d'hôtel, alors ! Répliqua-t-il sur le même ton, l'air mauvais. Je savais bien que vous me désiriez.
Bella écarquilla les yeux face à sa réplique, virant au rouge instantanément. Elle ne savait même pas quoi répliquer face à son arrogance. Il était tellement sûr de lui !
-Bon, maintenant, refermez-moi cette bouche, avant que j'ai l'idée de la remplir. C'est assez tentant, donc ne me provoquer pas. Allez, avancer !
L'homme lui aboya l'ordre en la poussant brusquement devant lui, entrant dans le restaurant. La jeune femme se laissa guider malgré elle, n'ayant de toute manière pas le choix puisqu'il avait plaqué une main sur son épaule, la dirigeant ainsi comme un vulgaire pantin. Et puis de toute manière, elle était encore beaucoup trop choquée par ses propos salaces et misogynes. Elle ne savait même pas pourquoi elle essayait de répliquer ; il aurait toujours le dernier mot, choisissant des propos qui lui cloueraient le bec à coup sûr. Mais dans quoi elle s'était laissé entraîner ?
Le hall où ils venaient d'entrée était très moderne, dans des tons blancs crémés et chocolats. Le mobilier était quand à lui marron clair et les tables en bois. Des vitres aux formes de bulles séparaient quelques tables de-ci delà et des fleurs couleur rose ornaient plusieurs vases blanc, disposé partout dans le restaurant. L'ambiance était très chaleureuse et donnait des airs de coconing charmants. Bella ne savait où donner de la tête, tandis que l'homme à ses côtés demandait sa réservation pour deux. Mince ! Elle n'avait pas écouté... il avait sûrement dit son nom au maître d'hôtel.
On les guida alors à une table ronde aux fauteuils rembourrée de couleurs chocolat et aux couverts blanc crème. L'homme s'était déjà assis quand Bella s'installa à son tour, face à lui. Cela la mit mal à l'aise. La table n'étant pas large, elle risquait, en bougeant ses pieds, de rencontrer ceux de monsieur sexy / connard. Elle devait donc rester aussi immobile que possible.
Levant les yeux, elle se racla la gorge, posant les coudes sur la table. Le silence ne la gênait pas en temps normal, mais là, il était pesant et elle ne voulait pas non plus se mettre à son niveau en étant impolie. Son père l'avait élevé mieux que ça. Elle dut donc prendre sur elle.
-Donc... commença-t-elle avec hésitation, mordant sa lèvre inférieure quand il daigna enfin la regarder à travers ses cils ambrés. Vous avez un nom ?
-Comme tout le monde, non ? Sourit-il en penchant la tête de coté. Dites-moi d'abord le vôtre.
Monsieur autoritaire revenait ! Bella se contenta de le fixer sans mot dire. Elle ne céderait pas la première. Cela l'amusa plus que de raison, posant à son tour ses coudes sur la table, son menton reposant sur le dos de ses mains. Penché ainsi en avant, il l'observa avec attention, arquant un sourcil quand Bella tenta de l'imiter. Elle ne céderait pas ! Elle aussi, pouvait jouer l'arrogante ! L'homme étira ensuite un minuscule sourire face à son attitude, puis se redressa en soupirant. Il leva légèrement une main en faisant signe aux serveurs, le tout sans la quitter des yeux.
-Apportez-moi une bouteille de Richebourg, et si vous n'avez pas, un pouilly fumé, l'année que vous ayez.
Il avait expliqué sa commande d'un ton froid et connaisseur. Cet homme-là savait ce qu'il voulait dans la vie et l'obtenait toujours. Bella compatit alors pour le serveur, qui repartit aussi sec.
-Vous savez être aimable, de temps en temps ?
-Je ne vois pas en quoi j'ai mal agi ! Bon, et si on revenait à ce qui nous intéressait; votre nom.
Son ton autoritaire la fit frémir une fois de plus, mais étrangement, ce n'était pas de la colère que ressenti alors Bella... plutôt... un certain degré de plaisir. Elle devenait malade !
-Vous vous comporter comme si vous aviez le pouvoir, voilà en quoi vous agissez mal ! Vous avez effrayé ce pauvre serveur.
-Je n'ai même pas haussé le ton !
-Non, mais il était glacial, et ça suffit amplement pour terroriser !
-Je vous terrorise ? Lui demanda-t-il alors, posant son index sur sa bouche.
Bella baissa les yeux sur ses lèvres et son index. Comment pouvait-il être si beau et méprisable à la fois ! Bella ferma les yeux un instant, reprenant ses esprits.
-Oui, dit-elle honnêtement, sachant pertinemment qu'il saurait si elle mentait.
Sa réponse sembla le satisfaire, car il hocha la tête d'un air ravie, continuant à caresser sa lèvre supérieure de son index.
-Vous pouvez m'appeler Edward, soufflât-il soudain, se redressant dans son fauteuil tandis que le serveur de tout à l'heure revenait avec une bouteille de vin. Edward Massen.
Bella se détendit aussitôt, satisfaite de ne pas connaître de Massen. C'était sans doute bon signe, non ? Et puis maintenant, elle pouvait enfin mettre un nom à cet homme détestablement sexy. Edward... si peu commun et pourtant. Mince alors ! Voilà qu'elle craquait. Sûrement pas ! Pas lui !
Pendant ce temps, le serveur versa un fonds de vin dans le verre d'Edward afin qu'il puisse y goutter. Ce faisant, il lui fit ensuite signe de les servir. Bella n'eut malheureusement pas le temps de protester que déjà, son verre était plein. Elle commença à grimacer sous le regard noir d'Edward.
-Quoi ? Aboya-t-il.
-Je... je ne bois pas de vins, marmonna-t-elle. Pas d'alcools, en faite.
-Eh bien, forcez-vous pour ce soir ! Ce vin est un Rothschild. L'un des meilleurs ! Vous devez le boire.
-Mais...
Il la fusilla du regard, serrant la mâchoire. Elle se ratatina dans son fauteuil, complètement tétanisé par le regard qu'il lui lançait.
Bon sang, elle aller le boire, c'est bon !
Elle ne comprenait vraiment pas pourquoi elle n'arrivait pas à lui tenir tête. Il l'intimidait tellement qu'elle devenait totalement à sa merci. Osant jeter un coup d'œil dans sa direction, elle le vit la fixer intensément, l'air coléreux. Bella s'empressa de prendre le verre de vin dans ses mains et le porter à sa bouche, buvant une petite gorgée avec appréhension. Elle voulut aussitôt recracher mais se retint, se crispant sous le goût infect du breuvage.
Comment expliquer à cet homme qu'elle n'aimait ni les vins, ni tout ce qui se composait d'alcool ? En fait, d'après Jacob, elle n'aimait rien que les adultes prenaient normalement : alcool, vins, café, cigarette. Et bien depuis toujours, elle s'en fichait. Sauf qu'elle ne pensait pas tomber sur le seul homme qui la forcerait à boire quelque chose qu'elle n'aimait pas, sous prétexte que c'était meilleur. Rapidement, elle reposa son verre, pinçant les lèvres quand sa gorge commença à brûler et devenir tout engourdi.
-J'attends toujours votre nom, grogna-t-il. Dois-je vous saouler pour obtenir une réponse ?
-Isa... Isabella, marmonna-t-elle. Enfin Bella Swan.
-Isabella, fit-il lentement en détachant chaque syllabe. Une chance que vous ne soyez pas trop mal, comme votre nom l'indique ! Bien que vous soyez un peu trop petite, à mon avis. Allez, soyez honnête : vous m'avez menti, sur votre âge, hum ? Vous ressembliez plus à une gamine, les cheveux attachés. Finalement, laissez-les ainsi, au naturel. On pensera que vous être majeure !
-Vous êtes vraiment grossier, monsieur Massen ! Riposta-t-elle en se levant. Je sais même pas pourquoi je suis venue ! De toute évidence, vous aimez tout contrôler et donc quand on ose vous aider quand vous êtes en situation de faiblesse, vous vous braquez immédiatement et prenez la personne en face de vous comme défouloir. Eh bien je suis navrée, mais je ne servirais pas à ça !
Il l'avait vraiment mise en colère, cette fois. Elle allait donc partir quand la main d'Edward jaillis sur son bras, l'enserrant fortement afin de l'arrêter. La jeune femme tenta de s'extraire de sa poigne, mais il ne resserra que plus fort, la faisant grimacer de douleur. Son regard assassin la transperça.
-Assieds-toi ! Gronda-t-il d'un ton sec. Le rendez-vous n'est pas fini.
Il lui tordit légèrement le bras en signe d'avertissement tandis que Bella s'apprêtait à protester. Le message était clair. Elle obtempéra en fulminant.
-Bien. Maintenant que tu es sage, on va pouvoir commander. Je meurs de faim.
Sa dernière phrase sonnait comme une menace, Bella le voyait bien. Mais à l'heure actuelle, elle était trop perdu pour y faire vraiment attention. Quelque chose de beaucoup plus grave se passait en elle.
La façon qui l'avait attrapé... les ordres qui lui donnait constamment... le côté menaçant qu'il avait... tout cela lui rappelait son passé. Elle pensait pourtant en avoir fini avec ça. Voilà que ça recommençait ! Voilà pourquoi Edward avait gagné si vite pour la maîtriser.
Le regard perdu, elle ne l'entendit pas commander, trop terrasser par d'anciens cauchemars, qui revenaient surgir dans son esprit.
Sa mère... cet homme... ce regard froid... ses mains glaciales.
C'était il y a si longtemps et pourtant.
D'où sa nervosité face aux hommes désirant l'aborder. D'où son incapacité à se défendre contre l'homme face à elle. D'où son manque d'expérience en matière de relation amoureuse.
Tout ça... parce qu'un jour, un homme avait détruit sa vie. En quelque heure, l'homme avait fait de sa future vie un enfer. L'avait rendu méfiante, craintive et froide.
C'était il y a bien longtemps. Mais voilà que tout lui revenait en pleine face.
À cause d'Edward Massen.
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Putain, voilà maintenant qu'elle ne bougeait plus ! Était-il aller trop loin ? Putain, bien sûr que non, bordel ! Elle a voulu partir avant même d'être arrivée. Edward avait donc perdu son sang-froid. Il n'était pas question qu'elle parte sans qu'il le lui autorise ! Il lui avait donc dit de s'asseoir. Ce n'était pas la mer à boire, quand même !
Edward finit son verre de vin rapidement, la mâchoire serré, la fixant pendant qu'elle regardait dans le vague. Et pis c'était quoi, son problème !? Avec ses longs cheveux chocolat ondulés et sa tenue moulante, on aurait dit une gamine habiller en femme. Edward n'aimait vraiment pas ça. Elle devrait porter des robes avec escarpins. Là, elle ressemblerait peut-être à quelque chose. Pour le moment, on aurait dit une de ces tenues de combat qu'on voyait dans les films d'action, que portait toujours la nana pour faire certainement plus sexy. Il n'aimait pas.
Attendant trop longtemps à son goût, il claqua des doigts brutalement devant le visage d'Isabella afin de la faire revenir à la vie. Edward n'appréciait pas qu'on l'ignore. Encore moins elle. Elle était là, alors elle allait le regarder et parler. Ce n'était pas plus compliquer, bon sang !
-T'était parti où ? Tonna-t-il plus par envie de la provoquer qu'autre chose.
OK, peut-être qu'il était légèrement brutal... bon, très bien, un peu trop brutal. Mais le côté gentleman n'était vraiment pas son domaine. Si cette fille avait un toc parce qu'il élevait un peu la voix...! Où était passé la femme fougueuse des autres jours ? Ce côté-là lui allait parfaitement bien.
-Il faut que je parte, souffla-t-elle alors en relevant enfin les yeux.
Quoi ?! Elle ne pouvait pas partir maintenant ! Pas question !
-Oh non, Isabella, rétorqua-t-il d'un ton mielleux. Tu restes ici.
-Vous n'avez aucun ordre à me donner ! S'écria-t-elle alors, faisant relever un sourcil à Edward. Si je veux partir, je le ferais !
Se pourrait-il qu'elle se réveille ? Ah enfin ! S'extasia alors Edward, tout sourire. Il aimait les femmes dynamiques. Pas les silencieuses et craintives.
-Oh Bella, s'amusa-t-il alors à lui soufflet à l'oreille, s'étant penché au-dessus de la table pour l'approcher. Je serais étonné si tu arrivais à m'échapper.
En lui envoyant son sourire carnassier, Isabella ne put que frisonner.
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