LA VOIE DES NOMBRES

TOME I


XII

Suspicion

« En amour, qui doute accuse »

A. Dumas


ooooo

30 avril

Central Park était probablement le lieu le plus magique de New York, lorsque tôt le matin, la brume renvoyait de faibles lueurs dorées, transperçant de manière exceptionnelle les branchages et les hauts buildings de tout Manhattan.

Bella y préférait alors passer son temps le matin, sentant la rosée du matin faire remonter des effluves printaniers de boisées et de chèvrefeuilles. Ainsi que la fraîcheur, qui revigorait et donnait des coups de fouet.

Le parc étant quasiment vide à cette heure-ci, la jeune femme en profita pour se poser sur un coin d'herbe, mettant la musique à fond en choisissant du charleston – sa danse de prédilection parmi tant d'autres. Un livre à la main, qu'elle sortit de son sac avec une petite couverture rose pâle, elle se posa une trentaine de minutes, étendu de tout son long dans l'herbe fraîche, les jambes repliées vers le ciel en battant l'air au rythme de la musique. Le soleil commençant à percer les nuages, elle ressentit vite une douce brûlure réchauffer tout son être, la faisant soupirer de bien-être.

La semaine commençait finalement de manière agréable, chassant bien vite le mauvais temps des jours précédents. Le printemps était doux, oubliant bien vite les gelées, ce qui la remplit de bonheur. Le moral reprendrait une bonne dose d'énergie, éradiquant bien vite les idées noires. Ce qui ne pouvait pas lui faire de mal, au vu des soucis que représentait son enquête et le silence de son père. Plus d'une semaine et demi s'était encore écoulé sans que son père n'appelle.

Bella leva les yeux à un moment donné, distraite par les rares passants. Ses écouteurs l'envoyaient à une autre époque, dans les années vingt, où les femmes devenaient de plus en plus indépendantes et où les plus grandes légendes avaient vécu, aussi bien du côté des détectives que des criminels.

Cela lui fit alors penser à un couple hautement célèbre ; Bonnie et Clyde, dont elle avait étudié l'histoire quelques années plus tôt, durant son adolescence. Bien que braqueurs et tueurs, elle en avait eu un certain respect tout au long de sa lecture, admirant leurs débrouillardises et leur amour. La mort qu'ils avaient eue ne lui plaisait pas particulièrement, toutefois.

L'agent Swan n'était pas une justicière comme Jacob, et était totalement contre le fait qu'un flic se permettre de mettre à mort une personne, bien qu'elle représente un danger réel pour la communauté. Le plus célèbre couple des années vingt n'avaient pas eu cette chance. Leurs arrestations n'avaient pas été des plus protocolaire.

Une nouvelle chanson de charleston passa alors, la sortant de sa rêvasserie. Bella s'était vu les cheveux bouclés, un bandeau noir autour du port de tête, un rouge à lèvres criard et une robe à franges blanche, le sautoir noir accentuant ses cheveux noirs d'ébène.

Elle sourit légèrement, pensant qu'elle serait bien plus médiocre comme flic si elle avait vécu à cette époque. Les hommes lui auraient très vite ri au nez.

..

«Vous avez lu l'histoire de Jesse James,

Comment il vécut,

Comment il est mort.

Ça vous a plu, hein,

Vous en d'mandez encore

Et bien, écoutez l'histoire de Bonnie and Clyde. »

..

Bella associait beaucoup ces paroles à ce qu'elle était désormais. Car après avoir lu l'histoire de ce couple mythique, Bella avait annoncé à son père son choix de carrière. Afin qu'ainsi, elle puisse jamais représenter les détectives de l'époque ; tirez puis posez les questions. Pas elle. Bella poserait d'abord les questions, puis aviserait suivant la situation. Mais jamais elle abattrait de sang-froid, sous peine de probablement se morfondre pour le restant de ses jours.

..

« Alors voilà, Clyde a une petite amie,

Elle est belle et son prénom c'est Bonnie.

À eux d'eux ils forment le gang Barrow,

Leurs noms : Bonnie Parker et Clyde Barrow.

Bonnie and Clyde

Bonnie and Clyde »

..

Bella ramassa ses affaires, les mettant dans son sac à dos noir et remettant sur ses épaules sa veste de sport, se frictionnant les bras à cause de la température restant plutôt base quand le soleil disparaissait quelques instants.

..

« Moi, lorsque j'ai connu Clyde autrefois,

C'était un gars loyal, honnête et droit.

Il faut croire que c'est la société

Qui m'a définiti'ment abîmé

Bonnie and Clyde

Bonnie and Clyde »

..

Elle repartit ensuite vers la piste de course, resserrant distraitement sa queue-de-cheval et ajustant son brassard où se trouvait son smartphone. Le sac à dos n'étant pas idéal pour courir, elle du se résoudre à rebrousser chemin vers son appartement, trottinant légèrement pour se s'échauffer les chevilles et les mollets.

..

« Qu'est-c' qu'on n'a pas écrit sur elle et moi,

On prétend que nous tuons de sang-froid.

C'est pas drôle mais on est bien obligé,

De faire taire celui qui s'met à gueuler

Bonnie and Clyde

Bonnie and Clyde »

..

La vision de l'arme à feu sous le siège de la voiture de monsieur Massen revint alors la hanté, chassant sa bonne humeur brusquement. Bella ralentit imperceptiblement sa course, pinçant les lèvres, préoccupée.

..

« Chaque fois qu'un polic'man se fait buter,

Qu'un garage ou qu'une banque se fait braquer,

Pour la police ça ne fait pas d'mystère.

C'est signé Clyde Barrow et Bonnie Parker.

Bonnie and Clyde

Bonnie and Clyde »

..

Après tout, bien que le métier d'avocat soit parfois risqué, avait-il réellement besoin d'une arme pour s'assurer ? Était-ce vraiment une nécessité ou cachait-il un lourd passé ?

Edward avait été soldat pour l'air force... enfin, selon son dossier. Cela expliquait l'arme. Et son tempérament violent.

Bella ne devait donc pas être préoccupée. Edward était juste prudent et distant. Rien de plus, rien de moins.

..

« Maintenant, chaqu' fois qu'on essaie d'se ranger,

De s'installer tranquilles dans un meublé,

Dans les trois jours voilà le tac tac tac

Des mitraillettes qui reviennent à l'attaque

Bonnie and Clyde

Bonnie and Clyde »

..

Mais pourquoi ne pouvait-elle pas le cerner ? Personne ne lui avait résisté jusqu'à présent, ou alors que très rarement. Et le fait qu'Edward lui revienne en tête en permanence l'obligeait à savoir pourquoi. Et surtout, à le retrouver.

..

« Un de ces quatre nous tomberons ensemble

Moi j'm'en fou c'est pour Bonnie que je tremble

Quelle importance qu'ils me fassent la peau

Moi Bonnie je tremble pour Clyde Barrow

Bonnie and Clyde

Bonnie and Clyde »

..

Le baiser l'obsédait toujours et elle devait pourtant avancer. Il fallait donc qu'elle résolve le mystère qu'incarnait Edward Massen avant qu'elle ne perde la tête.

..

«D'tout façon ils n'pouvaient plus s'en sortir

La seule solution c'était mourir

Mais plus d'un les a suivis en enfer

Quand sont morts Barrow et Bonnie Parker

Bonnie and Clyde

Bonnie and Clyde »

..

Arrivé plus tard à l'appartement, l'agent Swan sortit rapidement le dossier que lui avait refilé son coéquipier, détenant les quelques rares informations de monsieur sexy / connard. Elle avait déjà parcouru la feuille à plusieurs reprises, mais sans jamais vraiment s'arrêter aux détails les plus futiles. Notamment l'adresse, par exemple, se souciant d'emblée de son passé et de sa profession que de la façon de le retrouver.

Ainsi Bella ne réfléchit pas une seule seconde qu'en au tournant de la situation, arrachant déjà son brassard de son bras et allant enfiler une tenue plus confortable qu'une tenue de sport serré près du corps. Elle empoigna ensuite sa veste en cuir et sortit rapidement de l'appartement, de peur de vouloir faire demi-tour si elle réfléchissait trop.

OOOOO

Arrivée à destination, au 177 E 63rd St, Manhattan , la jeune femme resta sur le trottoir d'en face, observant l'endroit où habitait monsieur Massen, avec curiosité.

L'appartement n'était vraiment pas ce à quoi elle s'était attendu, imaginant probablement un immense immeuble avec gardien et portier sur tapis rouge, au vu de l'argent qu'il pouvait visiblement dépenser dans un restaurant hors de prix.

Or, Bella était arrivée devant une petite maison plus qu'adorable, aux murs blancs et aux fenêtres vertes foncés. Une grande porte de garage de la même couleur était située à côté de la porte d'entrée, avec un portail parcourant toute la longueur de la maison. Étant très étroite comme l'était toute maison du quartier, elle se dressait sur trois étages, constitués de balcons orner de buis taillés en boules au vert flamboyant.

L'un dans l'autre, bien que minimaliste, elle ne manquait ni de charme ni de luxe. Alors Bella voyait une parcelle de ce qu'était cet homme : riche mais dépensier dans uniquement quelques domaines. Minimaliste et sachant exactement ce qu'il voulait. Probablement aussi très maniaque.

Bella allait traverser la route, espérant secrètement que personne ne soit présent dans la maison pour qu'on ne lui ouvre, quand soudain, la porte de la maison s'ouvrit, laissant apparaître deux hommes dans l'embrasure de la porte. L'agent Swan eut alors le réflexe de se réfugier derrière une voiture noire, les observant discrètement à travers les vitres. Elle n'avait même pas réfléchi en agissant ainsi, se contentant de suivre son instinct la prévenant de quelque chose qui ne tournait pas rond entre ses deux hommes.

En effet, les deux hommes qui étaient encore dans la pénombre, semblaient dans une posture défensive, se disputant clairement au sujet de quelque chose. En plissant les yeux, Bella découvrit une chevelure blonde. Elle ne distinguait pas grand-chose d'autre.

Mais, au moment où elle voulut se rapprocher un peu pour connaître le tenant de la conversation, l'un des deux hommes sortis enfin de l'encadrement de la porte, s'exposant totalement à la lumière du jour, faisant apparaître par la même occasion l'autre homme derrière lui.

Alors Bella poussa un cri d'exclamation, plaquant immédiatement une main contre sa bouche pour se taire. L'homme qui venait de sortir de l'appartement d'Edward n'était autre que son chef : Mike Newton.

OOOOO

Newton venait de partir, l'air furibond, quand Edward s'apprêtait à refermer la porte. L'entrevu ne s'était pas exactement passé comme Edward l'avait prévu, mais au moins, il avait su garder son calme et ses menaces pour lui. Mais la prochaine fois que Newton viendrait lui donner des ordres, il saurait très bien quoi répliquer.

Lançant un dernier regard vers le flic, Edward amorça un demi-tour pour rentrer, quand, du coin de l'œil, il vit une silhouette en face de sa rue qui retint immédiatement son attention, lui faisant écarquiller les yeux de surprise. Une soudaine angoisse monta alors en lui, bientôt remplacé par la colère.

Agrippant violemment l'encadrement de la porte, se penchant légèrement en avant, il fusilla la jeune femme du regard, la mâchoire serrée, les jointures de ses poings écartelés. Une rage noire l'anima dès lors, se déversant injustement sur la jeune femme.

Il fit un pas en avant, s'immobilisant sur le trottoir, menaçant.

-Qu'est-ce que tu fous ici ? Cracha-t-il avec véhémence, assez fort pour qu'elle l'entende.

Isabella Swan se redressa de derrière la voiture, l'air totalement paniqué par son regard meurtrier. Ses yeux à elle naviguaient entre lui et la rue qu'avait empruntée Newton, l'air perdu et troublée.

Edward en profita pour traverser la rue rapidement et l'agripper par le bras, l'entraînant de force devant l'appartement. Mais la jeune femme reprit vie au moment d'atteindre le trottoir d'en face et s'écarta subitement de lui, se retrouvant au beau milieu de la rue, déserte fort heureusement. Elle se massa ensuite le bras en lançant des éclairs vers Edward. Ce dernier pinça les lèvres, croisant les bras sur sa poitrine, faisant gonfler ses muscles sous son t-shirt noir.

-Tu es là depuis longtemps ? Poursuivit-il en plissant les yeux, visiblement en colère. Tu m'espionnais ?

-Je passais dans le coin, répliqua-t-elle simplement en rejoignant la chaussée, gardant une certaine distance entre eux. La rue appartient à tout le monde, il me semble !

Edward garda la mâchoire crispée, la toisant méchamment. Il fit encore mine de l'approcher, levant une main pour la saisir.

-Ne recommencez pas ! Plaida-t-elle en reculant, le visage rouge de colère. Je vous interdis de m'approcher.

-Ah oui, vraiment ? Sourit-il légèrement, gardant un air froid et distant. Je ne crois pas que tu sois en mesure de m'interdire quoique se soit, Isabella. Je t'ai déjà mise à terre une fois. Ne m'oblige pas à recommencer.

Elle ouvrit la bouche pour protester, mais il s'avança rapidement vers elle, la prenant au dépourvu. Il la poussa alors vers sa porte sans ménagement, saisissant ses épaules d'un geste violent.

-Vos menaces ne m'atteignent pas, gronda-t-elle en se retournant, le regardant dans les yeux. On est en pleine rue, vous n'oserez rien faire contre moi.

Edward arqua un sourcil, amusé. La rue était déserte à cette-ci et le fait qu'ils soient désormais dans la petite cour de sa maison, à l'abri des regards derrière les buis, ne fit qu'accentuer son hilarité. Il la plaqua contre la porte du portail, qui était désormais refermée, la poussant ensuite brusquement contre la porte entrebâiller de l'entrée.

Le corps d'Isabella, extrêmement menu et léger, ne résista pas une seule seconde à son assaut, rebondissant sur tous les obstacles. Elle finit par trébucher dans l'entrée, se rattrapant bien vite à l'encadrement de la porte. Son regard lançait des éclairs.

Edward l'ignora et referma la porte, les isolent définitivement du reste du monde. Et avant qu'elle ne puisse amorcer le moindre mouvement, il fut devant elle, imposant et le regard sévère. Elle détourna les siens, analysant son environnement.

L'entrée de la petite maison débouchait immédiatement sur un escalier blanc et noir et sur un grand salon, aux couleurs noire et argents. Un style typiquement masculin, faisant immédiatement penser à une garçonnière. Aucune femme ne vivait ici, c'était une certitude pour Isabella.

Alors, quand elle reprit conscience de la situation, elle repoussa l'homme devant elle, braquant des yeux noirs sur lui, restant violente tempête semblait s'annoncer entre elle et lui. Et aucun des deux ne semblaient vouloir baisser les yeux.

Edward souffla d'exaspération avant de la laisser planter là, dans l'entrée. Cette dernière échappa un bruit d'indignation, le suivant à la trace jusqu'au salon, s'appuyant contre l'arche que possédait l'entrée de la pièce. Elle serra les dents.

-Vous me traînez de force ici, et ensuite, vous poussez un soupir comme si j'étais un supplice ? Cria-t-elle en lui agrippant le bras pour qu'il la regarde. Votre attitude marchait peut-être à l'armée, mais pas avec moi ! On se connaît à peine, tous les deux et déjà, vous croyez avoir un certain pouvoir sur moi ? Bah vous vous gourez bien, Massen. Vous n'avez aucun contrôle !

-Je n'ai aucun contrôle, hein ! Ria-t-il, soudain très hostile. C'est drôle que tu dises ça, Isabella, car je crois comprendre que tu as fait des recherches sur moi pour pouvoir dire que j'ai fais l'armée. Et ensuite, je crois bien que c'est toi, que j'ai retrouvé en face de chez moi, m'espionnant par la même occasion.

Edward s'approcha du visage d'Isabella, l'air mauvais.

-Alors le contrôle, oui je l'ai, Isabella, siffla-t-il sèchement en la poussant contre le mur, posant ses mains autour de sa tête. Car tu m'as suivi, tu as fait des recherches sur moi. Et surtout...

Il pencha la tête sur le côté, approchant ses lèvres de son oreille gauche, la faisant frisonner. Elle déglutit face à sa proximité, se raidissant en sentant une main glisser sur sa clavicule droite. Elle tourna la tête vers la droite, l'évitant au maximum.

-... tu penses encore à notre baiser, finit-il en l'embrassant dans le cou une seule fois, s'écartant ensuite légèrement en l'emprisonnant toujours de ses bras.

Isabella releva les yeux, totalement affolé. Un frisson lui parcourra tout le corps quand il sourit, une lueur étrange passant dans ses yeux.

-Votre baiser ! S'emporta-t-elle en grinçant des dents, le fusillant du regard afin d'oublier son trouble. Ce n'est pas moi qui vous ai embrassé !

-Tu ne t'es pas non plus écarté ! Rétorqua Edward, l'air amusé. Je ne t'ai pas forcé la main, je te rappelle.

Il la ceintura pour coller son corps au sien, la faisant crier de protestation. Les mains d'Edward restèrent sur la taille de la jeune femme, faisant des mouvements circulaires.

Elle le frappa immédiatement sur les mains.

-Utiliser la violence et la contrainte, ce n'est pas obligé, peut-être ? Cria Isabella. Et sans parler que vous m'aviez fait boire de la tequila, avant ! C'est d'ailleurs toujours la même rengaine : bois, Isabella ! Et là encore, on parle d'obligation.

-Tu prétends que je t'ai forcé à boire, apprécier mon baiser et être venue ici sans que tu le veuilles, peut-être ? S'écria-t-il, l'air menaçant. Très bien, fini de jouer : qu'est-ce que tu foutais derrière ma voiture, à m'observer, Isabella ? Et n'esquive pas, tu n'as aucun moyen de m'échapper. Alors répond !

La jeune femme tressaillit face à son ordre, tremblant légèrement. Edward se réjouit antérieurement, satisfait.

-Je passais dans le coin, répéta Isabella d'un ton sans appel, le visage impassible.

-À d'autres, Isabella ! S'emporta-t-il en frappant le mur. Réponds-moi !

-Et vous, comment connaissez-vous Mike Newton ?

Edward se figea, l'observant sans répondre. Il détourna ensuite les yeux, contractant la mâchoire et les poings. Que devait-il répondre à ça ? La vérité ou le mensonge ?

-Newton est... un informateur, dit-il avec hésitation. Rien qui mérite d'en parler.

-Un informateur ? Dit-elle en arquant un sourcil. Sais-tu au moins qui il est ?

Elle était trop en colère pour s'apercevoir du changement. Mais Edward sourit imperceptiblement face au tutoiement.

-Un flic, répondit Edward en braquant un drôle de regard sur elle. Mais tu ne m'as pas toujours répondu. Parle !

-Vous sembliez en désaccord, dit Isabella avant de s'interrompre brusquement. Attends... tu n'as pas semblé surpris quand j'ai cité Mike Newton. Qu'est-ce que ça veut dire ?

-Rien qui te concerne, gronda-t-il. Tu en as trop vu, de toute manière. Si je t'ai traîné ici, c'était pour pas que Newton te voit. Mais tu n'as pas intérêt à revenir dans les parages, Isabella. La prochaine fois, je risque de vraiment m'énerver !

-Oh parce que là, tu es calme, peut-être ? Railla la jeune femme. Écoute Edward, tu fais ce que tu veux, je m'en fiche. Mais après avoir vu une arme dans ta voiture puis la dispute que tu viens d'avoir avec Mike... je ne peux que me poser des questions.

-Et bien arrête ça, cracha-t-il en s'écartant complètement d'elle, ouvrant la porte pour lui faire signe de partir. Fait comme si tu n'avais rien vu. Passe ton chemin.

La jeune femme passa devant lui avant de se retourner, l'air soupçonneuse.

-Tu ne cours plus à Central Park, dit-elle, le prenant totalement de court.

Edward fronça les sourcils avant de se passer une main dans les cheveux, soudain très nerveux. Cette flic était bien trop dangereuse.

-Je ne tiens pas à refaire une crise d'asthme et me faire sauver par une gamine, ne trouva rien d'autre à répliquer Edward, lui claquant ensuite la porte au nez.

Cette fille avait bien failli l'achever à la minute où Edward l'avait découvert, derrière sa voiture noire. Il en avait plus qu'assez de la croissez ! Tout ce qu'il voulait quand il la voyait, c'était l'embrasser !

Ça devenait vraiment ridicule !

La peur, la panique et la colère l'avaient possédé à la minute où leurs yeux s'étaient croisés, se comportant alors à nouveau comme un con avec elle. Comme depuis le premier jour.

Mais c'était ce qu'il savait le mieux faire. Repousser les autres. Repousser de susceptibles faiblesses pour lui. Elle la première.

Cette Isabella Swan serait sa perte, il le savait, désormais.

En l'embrassant à nouveau dans le cou, il savait.

Alors il devait l'éloigner. Il devait la haïr, et non l'aimer.

Mais évidemment, Newton avait tout gâché ! Edward était désormais bien obligé de suivre cette flic. Ça craignait vraiment, parfois !

OOOOO

-Attends, attends, attends. Temps mort, là, l'interrompit l'agent Black en passant ses mains dans ses cheveux, soupirant un grand coup avant de s'asseoir.

Bella et Jacob se retrouvèrent alors face à face sur le canapé, dans le salon de l'agent Swan. Jacob prit ensuite la télécommande de la télé pour baisser le son, un peu revêche que son amie interrompe un match de base-ball important. Il baissa alors ses épaules d'un air abattu, regardant Bella avec morosité.

-Vas-y, accouche, soupira-t-il théâtralement sous le regard courroucé de sa coéquipière. Non sérieusement, je t'écoute, Bella.

Elle le regarda avec défiance, le menaçant de son index s'il venait à l'interrompre.

-Bon, alors je reprends : tu sais que certains corps ont été retrouvés sur des lieux que nous fréquentons. Et que certaines victimes te ressemblent, Jake.

Jacob hocha sérieusement de la tête, attentif. Bella sourit.

-Et que l'assassin semble alors nous avoir pris pour cible. Le FBI, du moins. (Nouveau hochement de tête) Ça, tu vois, c'est la base. Mais voilà, en réfléchissant, j'ai assemblé plusieurs autres éléments ; deux lieux concernent ma rencontre avec Edward Massen... Et donc, pure coïncidence ? Sans doute, mais... avec l'arme découverte sous le siège de la voiture d'Edward... tu comprends mes doutes. Mais ce n'est pas le pire et là, tu vas sans doute prendre mon parti. Écoute un peu ça ; en allant devant l'appartement d'Edward, j'ai vu Mike Newton en sortir, terminant une dispute avec Edward. Et crois-moi, ils n'avaient pas l'air amis, tous les deux. D'autant que quand Edward m'a découverte, j'y ai vu dans son regard de la peur. Peur d'avoir été vue avec notre chef ? Pourquoi, dans ce cas-là ? Que cache-t-il ? Après tout, il ignore qui je suis, donc je ne vois pas pourquoi il ne m'avait pas répondu quand je lui avais demandé comment il connaissait Mike Newton. C'est... je sais pas. Est-ce délirant de penser que notre chef trempe dans quelque chose de louche ?

Jacob soupira une nouvelle fois, se relevant en croisant les bras, une main retenant son menton. Il réfléchissait sérieusement aux raisonnements de la jeune femme, faisant les cent pas. Bella tapa du pied nerveusement.

-Tout ça peut sans doute tenir la route... mais seulement avec des preuves concrètes. Et franchement, je ne vois pas notre chef – aussi connard soit-il – lié à des affaires louches. Tu insinues carrément qu'ils sont liés directement à notre affaire, là ? Bella, n'a tu jamais songé à l'autre alternative ?

-Laquelle ? Demanda-t-elle en penchant la tête sur le côté. Ce que je te dis n'a donc aucune importance !

-Edward Massen porte une arme et côtoie Newton car il est lui-même un flic, supposa Jacob. Tu sais, ce n'est pas une idée absurde non plus. As-tu remarqué des signes qui confirmerais mon hypothèse ?

Bella haussa les épaules. Edward ne pouvait être un flic, c'était impossible ! Il était bien trop... méprisant, violent et royalement con pour ça.

-Non mais mon hypothèse tiens mieux la route ! S'énerva-t-elle en s'avachissant au fond du canapé, croisant les bras d'un air bougon. C'est d'ailleurs probablement un dealer, ou quelque chose dans le genre. Tu verrais sa voiture et sa maison ! Un simple avocat ne gagne pas des millions non plus !

-Et sur quel motif t'appuies-tu, Bella ? Car il me faut des preuves contre Massen et Newton, sinon nous ne pourrons rien faire. La meilleure chose à faire, c'est d'aller voir Mike et...

-Ouais, super, railla-t-elle en levant les yeux au ciel. « Salut chef, ça va ? Ah, au fait, pendant que j'y pense, je vous ai vu vous disputer avec un certain Massen l'autre jour. Et c'est curieux, mais ce dernier est bizarrement quelqu'un qui revient souvent dans les lieux des crimes. Un commentaire, peut-être ? » Non mais franchement, tu as d'autres idées, comme celle-ci, Jake !

-Oui, lui demander simplement si Edward Massen fait partie des services de police. Bella, si ça se trouve...

-Mais Edward a toujours été violent ! S'écria-t-elle rageusement. Et un corps ont été retrouvé à l'endroit exact de notre première rencontre. Lui seul pouvait connaître ce lieu, si l'assassin nous visait vraiment.

-Attends, tu soupçonnes Massen d'être le dramaturge, là ? Souffla son coéquipier, une lueur sauvage parcourant son regard.

-On se calme, le justicier. Il me faut des preuves, maintenant. Et je sais où les trouver, désormais. Il me faut juste une assurance pour qu'Edward ne soit pas à son domicile pendant que...

-Sans mandat, Bella ? C'est impossible, la prévint-il. Et si Newton est lié, comme tu dis, ça sera d'autant plus improbable. Lui seul peut contacter le procureur pour obtenir ce genre de document. Et de toute manière, je ne te laisserais certainement pas faire ça toute seule. C'est beaucoup trop dangereux. Imagine que ce soit vrai et que tu te fasses prendre ! Non, c'est hors de question...

-Mais Jake ! Protesta-t-elle en se redressant brusquement.

-... je t'accompagne, termina-t-il en souriant.

-Oh, merci ! On pourra toujours prétendre être détectives privés ou journalistes d'investigations, si quelqu'un arrive ! Plaisanta l'agent Swan en se mordant les lèvres nerveusement.

Il fallait désormais savoir quand Edward serait loin de l'appartement.

ooooo