LA VOIE DES NOMBRES

TOME I


XIII

Coupable

« Celui qui fait du tort à un seul en menace beaucoup »

J. Gaarder


ooooo

Tous les bureaux du BAU étaient désormais totalement vides, épuré du bazar que laissaient tous les agents au fil de la journée. Les lumières s'éteignaient au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient, et le silence devenait dès lors de plus en plus pesant, seulement interrompus par la clameur de la ville. Le bruit du micro-onde, en provenance de la petite pièce réservée à la pause, en revanche, donnait le signe que malgré l'heure tardive, certains n'étaient pas encore prêts à rentrer se reposer.

C'était le cas pour l'agent Swan, avachis sur son siège en train de bûcher sur des dizaines de dossiers, la tête reposée dans une main, la mine renfrognée. Une petite lampe posée sur son bureau était allumée, renvoyant dans un faisceau blanchâtre les effluves de son chocolat chaud. Cela faisait maintenant une heure que tous ses collègues étaient partis, la laissant réfléchir enfin seule, entourée d'un silence relaxant. Mais Bella n'avait pas bougé depuis, gardant la même pose défaitiste, engloutissant boisson sur boisson. Elle n'avait même pas remarqué le bureau de son chef, encore allumé lui aussi à cette heure tardive.

Minuit allait sonner.

-Que faite-vous encore là, Swan ?

Son chef venait de refermer la porte de son bureau, sa veste plié sur son avant-bras, un dossier dans l'autre main. Il semblait réellement surpris de trouver l'agent Swan à son poste de travail, les yeux fatigués et des dossiers éparpillés. Il se posta devant elle, le regard sévère.

-Vous me serez inutile demain, si vous restez là ! La morigéna-t-il. Vous piquez du nez à vue d'œil. Ce n'est pas saint.

-Je n'ai pas terminé mon travail, marmonna Bella en réponse, sans le regarder. J'en ai pas pour longtemps.

Son chef serra les poings, se retenant visiblement de lui répondre que c'était lui qui commandait. Il se contenta de lâcher un soupir résigné.

-Faite comme vous voulez, bougonna-t-il en rejoignant l'ascenseur, à quelques pas de Bella. Mais la semaine est loin d'être terminé, alors vous avez intérêt à vous montrer lucide demain matin ! Entre nous, agent Swan, vous n'êtes doué que pour être profiler... Black est les muscles, vous le cerveau. Alors allez-vous coucher pour mieux réfléchir demain, à tête reposée.

-Je tacherais de m'en souvenir, soupira-t-elle en relevant les yeux de ses dossiers. Mon coéquipier donne les coups, et moi j'interroge... vous savez donc que je suis la meilleure du service pour démasquer les tueurs.

Bella lui sourit, le regardant pendant toute sa tirade droit dans les yeux. Elle espérait alors déceler chez lui une réaction face à sa menace voilée. Mais fut très vite déçu de n'y voir rien de particulier. Mike Newton était très doué.

-Alors, dans ce cas, rétorqua-t-il, un sourcil arqué, dépêchez-vous de me le trouver ! J'ai déjà trop de corps et peu d'indices. Et vous êtes pourtant pas moins de six agents.

-Je ne peux pas faire de miracle non plus. Le tueur semble avoir une personnalité très instable pour préméditer ses actions futures.

Mike Newton était déjà parti, laissant l'agent Swan seule dans l'open space. Cette dernière secoua la tête avant de revenir à ses dossiers, trop bien habitué au détachement que pouvait lui présenter son chef. Elle reprit son travail, épluchant minutieusement les informations, notant en mémo quelques phrases:

_Dossier Massen Peu d'éléments intéressants. Ne semble pas impliqué pour le moment. Reste à porter de main. Doit vérifier l'appartement.

_Dossier Newton Beaucoup de déplacement injustifié durant la journée. Découvert chez Massen. Peu impliqué dans la résolution de l'enquête. Élément potentiel. À vérifier.

_Analyse / résultats d'autopsie Tous tuer d'une balle dans la tête. Mort rapide. Exception pour deux corps. Changement de mode opératoire. Aucun lien connu entre les victimes à ce jour. Tous des hommes. Hommes d'affaires pour la plupart. Deux profils pour deux tueurs.

_Profils des victimes / antécédents Sam Uley, retrouvé le 15 avril. Physique trop rapproché de Jacob Black. Homme de la trentaine, travaillait comme manager au Financial District. Retrouver devant le restaurant. Profil du tueur le meneur.

Eleazar Denali, retrouvé à Central Park, le 25 mars, brun. Travaillait comme comptable au Financial District. Tué par strangulation. Profil du tueur le suiveur.

Amun Yoa, retrouvé à Riverside Broadway, le 15 mars, blond foncé. Travaillait comme trader au Financial District. Profil du tueur le meneur.

Les autres corps remontent avant le 15 mars.

_Profils des suspects / antécédents Mike Newton; simple suggestion. Edward Massen; vérification.

_Plan / caméras / lieux Rien de concluent.

_Témoins deux confirmés; semblent reconnaître tous une grosse voiture noire.

_Armes utilisées un colt M1911, une corde en fibres naturelle. L'arme à feu n'as pas pu être retrouvée et n'est plus utilisée depuis la Seconde Guerre mondiale. Aucun moyen d'identification.

OOOOO

L'agent Swan prenait note de tous détails, tout ce qu'elle pouvait trouver, lisant et relisant les profils, les lieux, les armes... Beaucoup travaillaient dans un lieu similaire, mais le point commun semblait s'arrêter là. Jusqu'à ce qu'elle tombe sur quelque chose d'enfin intéressant. Bella se concentra alors dessus, se redressant subitement sur sa chaise de bureau, l'air enfin enthousiaste d'avoir trouvé quelque chose. Comment avait-elle pu passer à côté ? C'était tellement évident, désormais ! Elle tapa rapidement sur son ordinateur les derniers éléments nécessaires à sa vérification, buvant une bonne gorgée de sa boisson avec un grand sourire aux lèvres quand, soudainement, une ombre furtive lui passa devant, lui faisant relever subitement les yeux de son écran. Elle n'était pas folle, elle avait bien vu quelqu'un passé dans la pièce !

Ne voyant pourtant personne, elle alluma tout l'espace, se relevant doucement de sa chaise en faisant le moins de bruit possible. Son instinct était en alerte et elle n'aimait pas ça.

Pas un bruit ne venait troubler le lieu, mais Bella ne s'en laissa pas berner, tirant silencieusement de son tiroir de bureau son arme de poing. Elle fit ensuite le tour de son bureau, se dirigeant vers l'endroit où l'ombre s'était manifesté. À pas très lent, mesurant sa respiration, maintenant son arme des deux mains, le canon baissé vers ses tibias, Bella enleva alors le cran de sécurité, se préparant mentalement à tirer, priant pour qu'elle se soit trompé et qu'un des agents était revenu.

Pour les civils, crier « Il y a quelqu'un ? » aurait été instinctif. Mais les agents savaient très bien que se manifester de cette manière aurait été vraiment stupide. Surtout s'il y avait effectivement quelqu'un, et que ce quelqu'un cherchait à vous nuire.

Bella était sans doute un peu plus paranoïaque que la normale. D'autant qu'à cette heure-ci, elle aurait dû être seule dans le bâtiment.

Se plaquant contre le mur, Bella se pencha sur le côté, jetant un rapide coup d'œil dans le couloir qui suivait. Mais il était vide, comme elle l'avait espérée. Elle continua donc son ascension avec prudence, se dirigeant vers la cage d'escalier, qu'elle ouvrit doucement, grimaçant quand la porte se mit à grincer bruyamment.

Déjà, si quelqu'un était passé par là, elle l'aurait entendu... Bella se retourna alors vers l'autre cage d'escalier, celle-ci menant indépendamment des autres. La morgue était alors la seule destination. L'agent Swan hésita donc à y pénétrer, se mordant les lèvres violemment. Cet endroit ne lui disait rien qui vaille. Pourtant, elle devait s'assurer que personne erré dans le bâtiment. Quand elle avait pris son arme, Bella avait jeté un coup d'œil par la fenêtre, vérifiant bien que son chef était parti. Maintenant, elle devait vérifier que la morgue était vide, elle aussi. Du moins... pour ce qui était des vivants.

OOOOO

Edward Cullen ne dormait toujours pas, bien que minuit sonnât. Il se trouvait dans la petite maison blanche, lui servant dès lors de refuges pour son travail. Il s'y était rendu plus tôt dans la journée, le lendemain de son entrevu avec Isabella.

Mike Newton était repassé, le sermonnant une nouvelle fois, lui ordonnant d'exécuter la mission. Or, Edward ne pouvait pas. Et de toute manière, il n'obéirait jamais à un putain de flic, voulant plutôt mourir.

Il s'était pourtant bien expliqué auprès de se sataner de poulet, lui démontrant que ce n'était vraiment pas une bonne idée ! Mais comme d'habitude, les flics n'étaient pas sensibles aux menaces, encore moins quand elle provenait de type comme Edward.

Le soudoyer n'avait rien fait, alors Edward s'était une fois de plus disputé avec Newton, l'accusant finalement de n'être qu'un lâche pour ne pas pouvoir le faire lui-même. Toujours pareils, de toute manière, avec ces gens-là; une plaque à la main, ils se croyaient rois. Il en avait vraiment plus qu'assez de ce genre de fumier. D'autant qu'il n'était autre que le chef d'Isabella. Après cette information, Edward s'était encore plus énervé contre lui. S'il était maudit, autant qu'on lui dise tout de suite !

Depuis, Edward ruminait sa haine des flics dans son coin, ignorant les appels répétitifs de sa sœur Rosalie, lui demandant où il était. Seul son putain de boulot le tourmentait.

-Monsieur Cullen, comprenait que le choix n'est pas optionnel, cette fois.

Son supérieur, Monsieur Berkeley, le houspillait depuis déjà une bonne dizaine de minutes, au téléphone. Edward voyait rouge.

-Je vous le répète une fois encore, monsieur; je ne peux pas exécuter cette mission. J'ai déjà expliqué pourquoi. Trouvez-vous un autre homme.

-L'ennui, Cullen, est que l'on vous a demandé personnellement, et ceux, sous la garantit de votre père. Il n'est pas question de reléguer cette affaire ! Vous devez l'exécuter !

-Monsieur, je...

-EXECUTION ! Hurla son supérieur, perdant patience. Obéissez aux ordres, ou votre carrière chez nous prendra une ascension exemplaire ! Même un bleu dans la police serait heureux de son poste par rapport à celui qui vous attend, Cullen !

-Très bien... je le ferais...

Edward raccrocha, serrant la mâchoire à s'en faire mal. Le verre posé sur son bureau vola, se brisant à ses pieds.

Il devait exécuter la mission la plus suicidaire de sa carrière. Et il savait qu'elle se finirait très mal.

OOOOO

L'agent Swan ouvrit lentement la porte menant à la morgue, traversant rapidement le couloir où s'entreposaient les brancards. Elle haïssait vraiment cet endroit !

L'arme chargée, Bella avança à pas prudent jusqu'à l'entrée de la salle d'autopsie, distinguant déjà des bruits en provenance de la pièce. Quelque chose clochait néanmoins... aucune lumière n'y filtrait. La jeune femme marqua un temps d'arrêt, écoutant.

C'était très subtil, mais Bella entendait comme du verre s'entrechoquait. Et une respiration sifflante. Elle passa la porte rapidement, levant son arme.

-Merde ! Cria-t-elle en accourant devant la silhouette allongée au sol, remettant rapidement son arme dans son holster. Qu'est-ce qui s'est passé ? Tu vas bien ?

Tyler ne fit que sourire en réponse, la regardant d'un air endormi. Bella comprit très vite la situation, soupirant en tentant de le relever maladroitement.

-Bien, t'assure, ricana le médecin légiste en chancelant sur ses jambes toutes tremblotantes. T'roule...

-Tu es complètement saoul ! Le réprimanda-t-elle en le faisait asseoir sur une chaise, manquant de tomber avec lui en avant. Et tu m'as fait une sacrée frayeur ! J'étais armée, Tyler, merde !

-P'tit' Isabella, bafouillât-il en levant des yeux fiévreux vers elle. Pas méchante flic... pas tirée, même si j'étais méchant.

-Tu dis n'importe quoi, souffla-t-elle. Bon, tu as bu combien de verres ?

Tyler se mit à ricaner sans raison, levant une main pour mimer un verre qu'il buvait.

-Juste... deux... bouteilles.

Bella remarqua bien vite les bouteilles d'alcool fracassées au sol, laissant des bouts de verres partout. Elle soupira en jetant un regard à Tyler, sortant son téléphone.

-Écoute, ne bouge pas, d'accord ? (Elle composa un numéro avant de lui tourner le dos) Jake, j'ai un gros problème, là... non, je sais bien mais... oui, je suis toujours au bureau. Bon écoute, j'ai trouvé Tyler complètement saoul à la morgue. Je fais quoi ? Très bien, mais dépêches-toi ! (Bella se tourna vers le médecin en lui jetant un regard méfiant) Il n'a pas l'air bien.

En effet, Tyler semblait même tournée de l'œil. Son teint était blafard et ses yeux totalement dilatés. Il regardait dans le vide, la bouche béa, avant de revenir fixement sur Bella, la jaugeant longuement. L'agent Swan détourna le regard en serrant les dents, n'aimant pas du tout ce silence et cette situation.

-Tu as appris une mauvaise nouvelle, pour te saouler comme ça ?

-Nan, pas du tout, répondit Tyler en la fixant. Juste une p'tite célébration perso.

Pour appuyer ses mots, le médecin se leva, bien que maladroitement, pour ensuite déambuler dans toute la pièce, les yeux fous. Bella le suivit du regard, méfiante. Elle n'avait rien contre Tyler mais elle ne le connaissait pas comme Jacob. Aussi, bien que très sympathique quand elle le voyait au bureau, sur le terrain ou en soirée, elle devenait très hostile devant un homme bourré. Elle connaissait très bien l'effet que pouvait produire l'alcool sur les hommes ; même quelqu'un de fort sympas pouvait vite devenir imprévisible. Et elle le savait très bien, ayant fait les frais auprès d'Edward Massen.

-Je crois que tu devrais rester assis, lui recommanda-t-elle. Tu es déjà tombé une fois.

-Vais bien, te dit ! Gronda-t-il en s'arrêtant de tourner en rond, braquant des yeux noirs sur elle. Pourquoi restes-tu là ?

-Tu es remonté, il y a quelques minutes.

-Pas le souvenir, aboya-t-il. Tu dois te tromper. T'es parano !

Bella s'offusqua même pas du ton que prenait Tyler avec elle. L'alcool parlait pour lui, certainement.

-Jake va arriver, lui dit-elle doucement, tentant de l'apaiser. Il va te ramener chez toi.

-Génial... Black rapplique, ricana Tyler en prenant un ton que Bella n'arriva pas à distinguer. Je sens que ça va être drôle.

-C'est ton meilleur ami ! S'offusqua-t-elle en haussant le ton.

Tyler plissa les yeux avant de détourner la tête rapidement, lâchant un juron. L'agent Swan trépigna d'impatience que son coéquipier arrive. Elle ne reconnaissait plus Tyler quand il était bourré. Il n'était pourtant jamais aussi froid lors des soirées !

-Bon, je... je vais remonter. Tu as l'air de ne plus avoir de nausées. Jake arrive.

Bella était crispée au maximum, se retenant de partir en courant. Elle détestait vraiment cette situation ! Elle lui lança un dernier regard avant de tourner les talons. Elle venait d'atteindre les escaliers quand Tyler l'appela.

-Isabella... c'est pas personnelle.

La jeune femme remonta déjà les escaliers, fronçant les sourcils. Les derniers mots de Tyler sonnaient comme un avertissement.

..

2 Mai

..

Deux jours plus tard, Bella se disait que le seul moyen de connaître l'emploi du temps d'Edward Massen, s'était d'aller à l'endroit qu'il semblait fréquenté le plus. Central Park s'étant révélé décevant, elle franchit l'entrée du Mystique Alice, prenant déjà sa table habituelle.

La gérante se précipita alors sur elle, lui lançant un bonjour enthousiaste. Bella y répondit avec la même chaleur.

-Je pourrais vous demander un renseignement ? Tenta-t-elle après avoir commandé sa boisson officielle. C'est très important.

-Je vous écoute, répondit Alice avec sérieux quand l'agent Swan sortit sa plaque. Mon Dieu, vous être du FBI ! Ce n'est rien de grave, j'espère !

-Nullement, la rassura-t-elle en souriant. Je voudrais savoir si vous reconnaîtriez un de vos clients.

-Pas de problème ! S'écria-t-elle avec un sourire. J'ai une mémoire photographique. Personnes ne m'échappent. Décrivez-le-moi.

-Vingt-cinq - trente ans environ, plutôt grands, les cheveux légèrement roux et désordonnés, l'air froid et autoritaire et... très séduisant.

Bella piqua un fard au dernier mot, mordant sa lèvre. Oui, il était séduisant, mais incroyablement arrogant !

-Je vois très bien de qui vous parlait !

-Et il s'appelle Edward Massen.

Le sourire de la gérante s'effaça aussitôt, commençant même à pincer les lèvres.

-Heu... non, c'est Cullen, son nom de famille. Je le sais, puisqu'il s'agit de mon frère.

OOOOO

-Tu es sûr que personne n'est là ? Répéta pour la énième fois Jacob, les mains crispées sur le volant, la tête penchée en avant, observant la maison d'un œil méfiant. Non parce que, sans mandat, techniquement...

-Où est passé ton sens de l'aventure ? Demanda Bella en ne l'attendant pas pour descendre de voiture. Je croyais que c'était ça, ta motivation première !

-Bon OK, je bande à l'idée de jouer l'espion, répondit son coéquipier avec sarcasme. Mais merde, si t'as raison, personne n'est au courant de notre présence ici !

Jacob descendit à son tour du véhicule, glissant une seconde arme à poing sous sa ceinture, derrière son dos. On n'était jamais trop prudent.

-Je sais qu'Edward est occupé aujourd'hui, ne t'inquiète donc pas ! Râlât-elle en lui faisant signe de le suivre. Et sinon, Alice Cullen me préviendra par message.

-C'est quand même fort, cette histoire ! La probabilité que tu fréquentes depuis des années le café tenu par sa sœur. Trop fort, quand même ! Et par-dessus le marché, cette Alice coopère facilement pour t'aider... Heu... c'est moi ou je sens comme un traquenard ?

-Arrête ! Alice nous aide car elle sait que son frère lui cache des choses depuis des années. Raison de plus pour enquêter sur lui ! Crois-moi, elle est innocente.

-Mouais... fit Jacob en jetant des coups d'œil partout autour d'eux. Je le sens pas, c'est tout. On peut remettre ça ?

-Pas question ! Gronda-t-elle en se glissant dans la petite cour de la maison, s'assurant que personne ne les observait. Suis-moi et arrête de te plaindre.

-Merde ! Chuchota-t-il à son oreille, posant une main sur son épaule. Qui êtes-vous et qu'avait vous fait à ma coéquipière ? La mienne est du genre super respectueuse des règles et peureuse.

Bella lui lança un coup de coude dans le vendre, alors qu'elle forçait la porte. Jacob ne faisait que jeter des regards derrière lui, méfiant.

-Jake ! Cria-t-elle en chuchotant, lui agrippant le bras pour le traîner à l'intérieur, avant de refermer la porte violemment.

-Putain ! Siffla l'agent Black en arpentant la pièce principale, les yeux rêveurs. Ça, c'est ce que j'appelle un écran plasma ! Imagine les matchs qu'on peut voir, là-dessus ! Oh et la coupe du monde, aussi ! Quel salopard, celui-là ! Dis, Bella, s'il est innocent, garde-le et emmène-moi chez lui de temps en temps. Ce type sait bien choisir son matériel audiovisuel.

Bella le frappa derrière la nuque, ignorant ses jérémiades. Elle trouva rapidement le bureau, et commença ses recherches ici, étant certainement le premier endroit où Edward Massen rangerait des documents importants. Jacob la rejoignit peu de temps après, l'air toujours rêveur, ce qui l'irrita au plus au point. Décidément, les mecs étaient vraiment tous les mêmes !

Elle ouvrit les tiroirs, fouilla dans les papiers, regarda les murs, alluma l'ordinateur...

-Certains papiers sont au nom Massen, d'autres au nom Cullen, observa Jacob. Mon hypothèse se concrétise, sourit-il ensuite en levant les yeux vers Bella.

-Ce n'est pas un flic, Jake ! Ça ne se peut pas ! Je suis sûr que je vais trouver quelque chose... Tient, bingo !

Elle venait d'activer le répondeur du téléphone. Tous les messages étaient de la même personne.

-Monsieur Cullen, j'ai eu le regret d'apprendre que vous posiez problème dans l'affaire en cours. Je tiens à vous rappeler vos obligations dans cette histoire ainsi que votre dévouement pour notre action. Au préalable, ne nous décevez plus, et appliquer ce qui doit être fait. Ne rediscutez plus nos ordres, à l'avenir !

Jacob et Bella entendirent deux autres messages similaires à celui-ci, gorgé d'autorité, d'ordre et de mystères. La jeune femme reconnu là un homme de grande importance au vu des termes employer et de sa passivité à dialoguer.

-Putain, c'est quoi, ça ? Jura l'agent Black en passant une main dans ses cheveux d'un air distrait. Et ses ordres, ils proviennent de qui ? On se croirait dans une mauvaise série télévisée, là ! Pleins d'énigmes et pas beaucoup d'informations.

-Il l'a appelé Cullen, marmonna Bella en mordant ses lèvres. Or, il se fait passer pour Massen. Ce type est donc impliqué dans la fausse identité d'Edward. Et il avait l'air d'être... celui qui commandait.

-Comme un chef parlant à son agent ? Sourit Jacob en la regardant du coin de l'œil. Avoue que cette hypothèse...

-Ne recommence pas, Jake ! Ça n'a aucun sens et tu le sais. Bon, trouvons d'autres trucs, il ne faut pas traînez.

Les deux agents foulèrent l'appartement pour dénicher le moindre élément suspect. Regardant ce que les fichiers de l'ordinateur contenait, les dossiers sur le bureau, les photos, les écrits, les messages. Jacob trouva beaucoup de dossiers confirmant sa profession d'avocat, ce qui énerva Bella. De son côté, elle se concentrait sur les fichiers de l'ordinateur.

-Il y a des vidéos, lui dit-elle en lui tapant sur l'épaule, le regard rivé sur l'écran. C'est bizarre...

-Yes ! S'enthousiasma l'agent Black en venant s'appuyer sur le dos de Bella. Tu as trouvé un tableau de bord. Ma chérie, j'ai le regret de te dire que beaucoup de flics utilisent ce genre de procédés dans leurs missions infiltrées.

-Ou de psychopathe dérangé ventant ses actions en full HD, rétorqua-t-elle avec colère. On va le savoir très vite !

Prenant pour dit, elle appuya sur Play, sous le regard attentif de son coéquipier. La vidéo s'activa, découvrant une pièce sombre, dénué de tout mobilier sauf d'un tabouret, au mur blanc et à la fenêtre fermée d'un rideau. Rien ne se passa durant quarante secondes, et Jacob commença à grogner d'impatience derrière Bella. Cette dernière resta toutefois attentive à la scène, espérant que la vidéo ne tourne pas pour rien. Et effectivement, à cinquante-six secondes, une voix se manifesta. Jacob se redressa vivement. Personne ne vint devant la caméra, mais la voix continua à parler.

-C'est marrant, quand on y pense, hein, Black ! Tu ne te doute vraiment de rien, et moi, je continue devant toi, sous ton nez, alors que tu te tortures l'esprit pour tout déchiffrer. Mais je te le répète une dernière fois; c'est moi qui décide des règles du jeu ! Oh, c'est tellement marrant de te voir tourner en rond ! Même ton Isabella n'est pas foutue de comprendre un traître mot ! L'un comme l'autre, vous ressemblez à vos pères ! Quel gâchis alors, mon petit Black, que de devoir t'éliminer... Mais je sais que j'en retirais le même plaisir que lorsque je mettais occuper de ton père. Ne t'inquiète pas, Jacob Black, ta mort n'est pas pour maintenant. J'ai deux autres cibles pour le moment. Fini de jouer avec les autres, je m'en lasse très vite. Il me faut agir. Et je finirais par toi, Black...

Les deux agents étaient figés d'horreurs, aussi pâles que la mort. L'annonce de leurs prénoms respectifs les rendirent totalement fous.

Bella referma l'écran d'ordinateur d'un mouvement sec, faisait crier d'indignation son coéquipier. La jeune femme l'empêcha de rouvrir le portable, les mains tremblantes.

-Arrête Jake ! Tu ne vois pas qu'il essaye de te faire du mal, de cette façon ?! La suite n'a pas d'importance.

-Ce sale fils de pute vient de venter le meurtre de mon père, et tu dis que ça n'a pas d'importance ! Cria l'agent Black en reculant vivement. Putain, mais c'est quoi, ça ! On est tombé sur quoi, bordel !

-Calme-toi, Jake, l'implora sa coéquipière en se relevant. On va tirer ça au clair, je te le promets. Calme-toi.

-Je peux pas, Bell' ! Rugit-il en détallant dans le salon. Putain, on est si prêt du but de découvrir qui il est ! Mais non, il faut qu'il se cache derrière sa putain de caméra et qu'il me nargue, en plus de ça. C'est tordu, la vache ! J'aime vraiment pas ce que je viens d'attendre...

Il se tourna vers la jeune femme, les poings serrés, le regard inquiet. Jacob ne montrait que rarement ses émotions, mais à cet instant, Bella put y lire la frustration, la colère et la peur. Une peur dirigée vers elle.

-Jake, détends-toi, lui souffla-t-elle doucement, d'un ton apaisant. Tout va bien.

Son coéquipier secoua la tête d'un air dépité, la rejoignant rapidement avant de l'enlacer subitement. Bella resta sans voix, totalement inerte dans ses bras. Il la serra plus fort contre lui, l'écrasant de tout son poids. Bella le sentit alors trembler, sa tête reposé sur le sommet de son crâne. Jacob commença à la serrer plus fort encore, caressant distraitement sa nuque et ses cheveux, l'apaisant immédiatement. Bella lui rendit enfin son étreinte, fermant les yeux un instant.

-Je jure qu'il ne te touchera jamais, chuchota-t-il contre elle, le ton dure. Il ne t'arrivera rien. Plutôt mourir.

-Jake, gémit-elle en t'entant de s'éloigner. Tout va bien, d'accords ? Le... le tueur ne semble qu'intéresser par toi.

-Mais il te connaît, Bell' ! Gronda-t-il. Il passera par toi pour m'atteindre. Je ne veux pas te mêler à ça.

-Alors quoi ?

-Tu ne sors plus toute seule, tu resteras avec moi. Tu viendras vivre chez moi.

-Quoi ? Non, pas question, cria-t-elle en reculant. Je refuse de vivre ainsi. Ce n'était même pas une menace, Jacob ! La vidéo...

-Ça me suffit amplement, rugit-il avec colère. Il a parlé de toi, ce qui signifie qu'il te fera du mal. Alors maintenant, tu restes avec moi.

La jeune femme repartie dans le bureau sans rajouter quoi que ce soit, furieuse d'être traitée comme une pauvre civile menacée. Elle prit en photo ce qu'elle trouvait important puis rangea ce qu'ils avaient déplacé. Jacob l'observa de la porte, les bras croisés, la mine renfrognée, le regard terrifié. Bella ne lui prêtait pas attention, mettant sur clé USB tout les fichiers du portable. Elle ne voulait plus s'attarder ici une minute de plus.

Dans la voiture, les deux agents n'échangèrent plus un mot, se repliant chacun dans un silence glacial.

Deux heures plus tard, l'agent Swan franchit le seuil de Jacob Black, un sac de voyage à la main. Chacun parti de son côté dans l'appartement, la colère toujours présente chez les deux amis. Jacob rejoignit sa chambre, furieux. Bella s'attarda auprès de Rebecca et Rachel, les deux sœurs de Jacob, avant de rejoindre à son tour la chambre d'amis.

Elle reçut un message d'Alice Cullen quelque temps après, l'informant de la présence de son frère dans le café. Ni une ni deux, Bella se jeta dans un taxi, regrettant le temps d'une seconde la réaction de son coéquipier quand il saurait ce qu'elle faisait. Mais Bella voulait des réponses ! Et le seul coupable pour le moment, c'était bien Edward Massen.

ooooo