LA VOIE DES NOMBRES

TOME I


XIX

L'ange noir

« J'ai vu un ange dans le marbre et j'ai seulement ciselé jusqu'à l'en libérer »

Michel-Ange


ooooo

7 mai

L'agent Black se gratta lacement la joue avant de tirer sèchement la chaise face à lui et de s'y asseoir à califourchon. Sa mine harassée traduisait son ennui et sa fatigue grandissante. Il se passa une main sur son visage, énervé et irrité.

-Bon, on reprend depuis le début : pourquoi étais-tu dans cet entrepôt ? Qui sont les hommes qui détiennent Charlie Swan ?

Edward regardait la vitre sans tain, immobile, les lèvres serrées. Son regard était insondable, tout comme le fond de ses pensées. Ses mains reposaient simplement sur la table, les doigts repliés. Bella se trouvait quand à elle de l'autre côté, debout face à la vitre, les yeux rivés sur lui. Jacob avait commencé l'interrogatoire depuis à peine dix minutes, et Edward n'avait toujours pas bougé. Il fixait continuellement la vitre, l'air provocant.

La jeune femme était persuadée qu'il savait qu'elle se tenait là, en face de lui, à seulement quelques mètres. Son regard noir était là pour le prouver, ainsi que l'étirement imperceptible d'un sourcil, l'air inquisiteur. Il le savait parfaitement et la défiait du regard.

-Pourquoi t'être rapproché de l'agent Swan ? J'imagine bien que tu étais au courant du lien entre le directeur du FBI et elle ! Alors, c'était quoi, ton plan, au juste ? Parce que je suis largué, là ! Tu avais des tas d'occasion de l'enlever ou la tuer, non ? Alors, c'était quoi le but, finalement ?

Bella regardait la scène sans broncher, seule dans la pièce attenante à la salle d'interrogatoire. Les autres agents étaient restés sur les lieux de l'entrepôt, recherchant des traces des autres hommes. Son père était avec eux, Jacob avait donc contacté d'autres agents pour le retrouver et multiplier les recherches. Leur chef, Mike Newton, ne devrait pas tarder à arriver. Bella l'avait joint quelques minutes plus tôt, alors que Jacob menait Edward dans la salle. Elle n'avait rien expliquée de la situation, trop sonnée. Elle lui avait juste dit de venir au bureau de toute urgence.

-Tu sais, je peux déjà te boucler pour menace sur agent, alors... parle ! Edward Cullen n'existe pas, nous avons vérifié, alors commence plutôt par là. Qui es-tu et pourquoi en avoir après Charlie Swan ?! Tu comptais t'en prendre à sa fille, aussi ?

Edward ne bougeait toujours pas, un air sinistre sur le visage. Bella sentit la nausée la gagner quand elle y vit une once d'humour briller dans le fond de ses yeux. Un imperceptible sourire étira ses lèvres.

-Je ne parlerais qu'à Isabella, soufflât-il en tournant légèrement la tête vers Jacob.

-J'ai toute la nuit devant moi, prévint Jacob en se levant brusquement, ignorant sa requête. Et qu'on soit clair tout de suite ; je ne suis pas le gentil flic, OK ! Ton cul pourrait rester posé sur cette chaise pendant des jours que je n'en aurai rien à foutre ! Je veux des réponses et je les obtiendrais. Mets-toi à table !

Son coéquipier perdait patience, Bella le voyait bien. Le type restait prostré devant la vitre sans tain, ignorant prodigieusement les paroles de l'agent Black. Ce dernier frappa du poing la table en inox, le regard assassin.

-Tu as menacé à plusieurs reprises l'agent Swan, ma coéquipière. Crois-moi, je ne vais pas te lâcher. Je t'enverrais au trou et je veillerais à ce que tu y reste pour le restant de tes jours !

Son ton était bas, menaçant, emplit de promesses. Jacob se plaça alors devant le champ de vision de Bella, entrant dans celui d'Edward.

-Pourquoi détenir des vidéos avouant des meurtres et me menaçant personnellement ? Ça va te coûter très cher, tu le sais !? Tu détiens aussi des informations confidentielles sur des agents; explique-moi ça.

Bella entendit des voix portées de l'autre côté des murs, dans les bureaux. Elle décroisa ses bras en jetant un dernier coup d'œil à la salle d'interrogatoire, puis sorti pour aller voir.

Dans l'open space, Mike Newton s'entretenait avec un homme vêtu d'un costume sombre. Ce dernier lui tournait le dos et Bella ne pût qu'apercevoir une chevelure blonde plaquée en arrière et ondulant légèrement. L'expression de son chef, en revanche, lui était accessible, et elle pût constater la tension entre les deux hommes. À son approche, Mike la regarda, le visage sombre. L'homme se retourna alors, présentant d'incroyables yeux bleus et un visage étrangement familier.

Le monde de Bella s'effondra sous ses pieds.

-Isabella Swan, je vous présente...

-Je sais qui il est, chef, dit-elle d'emblée à l'adresse du bel homme.¨Vous travaillait pour le FBI, par le passé... C'est vous qui...

Bella laissa sa phrase en suspens, reprenant son souffle et ses esprits. Elle n'avait aucune envie de se souvenir.

-Bref... qu'est-ce que vous faites là ? Vous êtes là pour mon père ?

-C'est la raison de sa venue, oui, continua son chef en montrant l'homme d'un geste de la main. Mais... j'ai bien peur qu'il y a eu un malentendu.

-De quoi parlez-vous ?

L'homme blond serra la main de Bella, un sourire encourageant aux coins des lèvres, les yeux sages et avenants.

-Je m'appelle Carlisle, dit-il doucement en fixant la jeune femme d'un air scrupuleux. Je me doute que tes souvenirs à mon égard sont assez flous. Tu as tellement grandi ! Cela fait maintenant des années que je ne t'avais pas vu, soufflât-il avant de se reprendre. Je travaille au bureau de la CIA, désormais. Il se trouve que vous ayez interrompu une affaire émise depuis maintenant plusieurs années. Il va falloir vite rectifier ça et sauver votre père, par la même occasion.

-Heu... j'ai peur de ne pas vous suivre, répliqua Bella.

Elle regarda son chef sans comprendre, découvrant des agents curieux tout autour d'eux. Tous les observaient avidement, interrompant leurs tâches respectives. Mike Newton les fit déguerpir d'un geste de la main, sifflant.

-Continuons cette conversation en privé, je vous pris.

Son chef les conduisit alors dans la salle attenant à celle où Jacob et Edward se trouvaient. Quand ils pénétrèrent à l'intérieur, Jacob avait le front collé à la table, les épaules voûtées. Il ne semblait rien pouvoir tirer d'Edward. Mike frappa à la vitre, faisant comprendre à Jacob de revenir.

L'agent spécial observa l'homme de l'autre coté de la vitre, pensif. L'agent Black apparut dans la pièce, la mine sévère.

-Désolé Bella, ce connard... ! S'écria Jacob avant de s'interrompre brusquement à la vue des deux hommes. Excusez-moi, j'ignorais que ma coéquipière n'était pas seule.

-Bien, maintenant que les concernés sont présents, nous allons pouvoir tout expliquer, s'exclama leur chef en venant s'appuyer contre la vitre.

Il fit signe à l'homme de commencer.

-Bonsoir, Jacob Black, débita rapidement l'homme en lui serrant la main. Ravi de faire enfin votre connaissance !

-Eh... qui êtes-vous ? Demanda-t-il, incertain.

-Je suis l'agent spécial Cullen, répondit Carlisle platement.

Les deux jeunes agents ouvrirent la bouche simultanément, abasourdit. L'agent Swan fit les gros yeux en déviant son regard d'Edward à Carlisle. Jacob semblait toutefois moins perspicace.

Bella n'avait jamais su le nom de cet homme... Elle comprenait maintenant son impression étrange de déjà vu entre lui et Edward. Leur lien de parenté était flagrant.

-Putain ! Cria Jacob d'un air sidéré en se passant une main dans ses cheveux noir de jais. Ce fumier a pris le nom d'un agent spécial !

Bella soupira en levant les yeux au ciel, accablée. Leur chef et l'agent spécial Cullen le regardèrent en haussant les sourcils.

-Pas exactement, non, répondit Carlisle en souriant légèrement. Il se trouve que cet homme est mon fils. Un agent infiltré par le biais de la CIA, pour être précis. Edward Cullen n'est donc dans aucun fichier, cela va de soi. Mais il existe bel et bien.

-Attendez une seconde ! Cria Bella en levant les mains, la nausée reprenant de plus belle. Vous... vous dîtes qu'Edward n'est pas... ce n'est pas un criminel ? Mais... pourquoi... ? Je ne comprends pas...

-Et vous étiez au courant, n'est-ce pas ?! Continua Jacob en fusillant son chef d'un œil mauvais. Depuis le début, vous étiez au courant de ça. C'est pour ça que Bella vous a vus sortir de chez cet homme !

Mike sembla surpris par cette révélation mais ne fit aucun commentaire. Il se contenta de hocher la tête, l'air grave.

-Edward est infiltré depuis trois ans dans la mafia new-yorkaise, ayant gagné en confiance ceux que nous surveillons. Je tiens à être clair avec vous deux: ce qui est dit ici ne sortira pas de ses murs ! Le fait qu'Edward ait été arrêté ne brisera pas sa couverture si nous nous comportons comme s'il était bel et bien suspect. Vous ne devrez en aucun cas changer vos comportements à son égard.

-Mais qu'est-ce que ça à avoir avec le BAU ? Demanda Bella. Avec nous ?

-Les meurtres sur lesquels vous enquêtez depuis dix mois sont étroitement liés à la mafia New-yorkaise et Italienne, expliqua l'agent spécial Cullen. C'est l'un de ces hommes qui les commets... n'oubliez pas que la règle d'or de la mafia c'est bien «vendetta».

Bella sursauta à ses mots.

-Oh mon Dieu, j'avais alors raison ! Cria-t-elle en souriant largement. Le soir où je t'ai appelé pour venir chercher Tyler, Jake, j'étais tombée sur une éventuelle piste concernant le dramaturge. Les victimes étaient toutes présentent à la soirée caritative du 15 juin 2012.

Jacob secoua la tête, l'air perdu. Les deux hommes s'étaient raidis et elle en ignorait la cause.

-J'ai supposé que ça avait un lien avec cette soirée. Nos pères avaient commandité une mission ce soir-là, essayant de boucler beaucoup de personnes présente à cet événement. Des familles mafieuses, justement. Comme le tueur semblait en vouloir à Jacob, je pensais que ça aurait un lien avec ce jour-là.

Suite à ces explications, Bella sentit son cœur s'affoler, et elle dus se retenir à la vitre pour ne pas tomber. Jacob s'approcha d'elle pour la soutenir.

-Oh mon Dieu...

Elle sentit la panique la gagner et elle poussa un faible gémissement.

-Ils ont enlevé mon père pour ça ! Ils vont le tuer !

-Ne tirons pas de conclusion trop hâtive, prévint Mike doucement. En effet agent Swan, vous avez raison sur toute la ligne. Je suis impressionné par votre raisonnement.

-Mais vous le saviez ? S'emporta Jacob en relevant des yeux noirs sur son chef. Pourquoi ne pas nous en avoir fait part ?!

Carlisle se posta entre lui et Mike, calmant les tensions.

-Parce qu'il s'agit de la mafia, jeune homme. Bons nombres sont morts pour avoir simplement essayé de s'en prendre à eux. Nous connaissons les coupables, mais l'arrêter maintenant entraînerait des conséquences redoutables sur bon nombre d'agents. Ils sont loin d'être seuls...

-Vous connaissez l'identité des tueurs ?.. souffla Bella, abasourdie. ET VOUS NE L'ARRETEZ PAS ? Hurla-t-elle. MAIS QU'EST-CE QUI VA PAS, CHEZ VOUS ?!

-Elle a raison, gronda son coéquipier. On a plusieurs victimes sous les bras, je vous rappelle ! Il faut agir maintenant !

-Plus facile à dire qu'à faire, quand les tueurs font partie de familles mafieuses très dangereuses, expliqua Carlisle. Et comme vous êtes les principales cibles... Isabella, le rôle d'Edward était aussi de vous protéger. Charlie connaissait les risquent. Il savait qu'on en avait après lui et ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils agissent véritablement. Il m'a donc contacté pour vous trouver un agent susceptible de vous protéger. Les méthodes de mon fils sont parfois archaïques mais il reste le meilleur.

-Un peu archaïque ? S'écria-t-elle en écarquillant les yeux. C'est un rustre macho et violent qui a un véritable problème avec les femmes, oui ! Mais je comprends, trois ans dans la mafia, ça transforme, c'est sûr !

Son ton sarcastique lui valut le regard noir de son chef. L'agent Swan se calma et baissa la tête.

-Dites-nous les noms des tueurs, continua Jacob en fixant les deux hommes intensément. On a le droit de savoir.

Carlisle secoua négativement la tête, peu enclin à coopérer.

-Monsieur Newton et moi-même avons besoin que vous gardiez un summum de normalité avec le suspect. Si vous veniez à le savoir, votre comportement changerait et il le verrait immédiatement. Ce serait alors bien plus dangereux.

-Donc nous le connaissons et le fréquentons ? Demanda Bella d'une petite voix mal assurée. Mon Dieu, c'est de pis en pis...

-Vous en savez assez pour aujourd'hui, je crois, dit doucement Mike. Nous allons procéder de la manière suivante, désormais: Edward va être libéré car nous n'avons aucune preuve de ce que nous avançons. Suspecter d'être l'auteur de l'enlèvement de Charlie Swan, il gardera une bonne image auprès du groupe qu'il a infiltré. Mais on peut s'attendre à ce qu'il soit désormais surveillé, de peur qu'il parle. Il devra ainsi agir de la même manière qu'avant. Et... Edward restera votre garde du corps, Isabella.

-IL EN EST PAS QUESTION ! S'indigna-t-elle en s'écartant du mur. La dernière fois qu'il «veillait» sur moi, il m'a regardé tranquillement agonisé pendant que je faisais une crise d'asthme ! C'est le rôle d'un garde du corps, ça ?

-Il a fait quoi ?! Hurla à son tour Jacob.

-Calmez-vous, jeunes gens, calmez-vous ! Cria Mike Newton en levant les mains en signe d'avertissement. Ceci est un ordre, Isabella, et vous vous y plierez. Edward Cullen gardera un œil sur vous que ça vous plaise ou non ! Quand à vous, Jacob, allez me chercher Cullen.

-Il n'est pas question que je...

-EXECUTION ! Où je vous mets à pied ! Menaça son chef.

Jacob poussa un grognement avant de partir. Bella observait Carlisle fixement.

-Tout était une mascarade, alors. Notre rencontre, nos croisements répétés...

-En partie, seulement, répondit l'agent spécial. Il se trouve que mon fils vous avait remarqué avant la mission. Ce qui a tout compliqué pour lui.

Jacob refit irruption dans la pièce, accompagné cette fois d'Edward. Ce dernier semblait perplexe, mais à la vue de son père, Edward échappa un ricanement sec.

-J'imagine que tout est dit, déclara-t-il en déviant son regard sur Bella.

ooooo

Edward sorti des locaux du FBI trois heures après son arrestation, passablement énervé et infiniment plus léger, par la même occasion. Le fait que sa couverture soit dévoilée à quelques flics l'agaçait au plus haut point mais en ce qui concernait Isabella... c'était aussi beaucoup plus sympa. Il n'aurait plus à jouer, désormais.

La jeune flic sortit de l'immeuble, traînant des pieds. Son humeur massacrante fit rire Edward avant qu'il commence à la suivre à la trace. Cette dernière lui jeta un coup d'œil acerbe avant d'accélérer l'allure.

-Tu comptes me suivre comme un petit chien, ou quoi ? Explosa-t-elle après quelques mètres parcourus, se retournant face à lui. Retourne donc joué au mafieux...

Edward plaqua une main contre sa bouche mais Isabella le mordit violemment avant de faire un bond en arrière. Edward poussa un juron avant de l'attraper rapidement par le bras.

-Putain, mais il te manque un cerveau ? Cria-t-il durement en la secouant. Cri plus fort ma couverture, pendant que tu y es ! Chuchota-t-il ensuite en la plaquant à lui.

-Lâche-moi tout de suite ou je le fais ! Menaça Isabella en lui écrasant le pied.

Isabella appuya de toutes ses forces et il du lâcher prise en la poussant brusquement. Il jura en la foudroyant du regard.

-Tu veux continuer comme ça ? OK, mais tu m'auras cherché.

Ce faisant, Edward attrapa Isabella par le cou et la poussa jusqu'à sa voiture. La jeune flic se débattit en criant mais Edward la balança rapidement dans la voiture, sur la banquette arrière, avant de refermer la porte violemment. Isabella se mit à crier comme une folle quand il prit place au volant.

-TU N'AS PAS LE DROIT !

-Si, j'ai tous les droits, désolé, répliqua-t-il en souriant. Je suis payé pour ça.

-Tu es payé pour me traiter comme ça !? Désolée, mais je n'ai pas la même vision d'un garde du corps. Tout ce que tu fais est contre ma volonté, Edward !

Bien qu'à plus de quatre-vingts kilomètres à l'heure, Isabella tenta d'ouvrir les portes, avant de souffler et d'agripper les sièges avant. Edward la fixait par le biais du rétroviseur et semblait amusé. Son petit sourire l'attestait.

Il faut dire qu'il adorait la mettre hors d'elle. Elle devenait toute rouge et ses yeux marron brûlaient d'une ardeur puissance. Elle était incroyablement sexy dans cet état.

-Assieds-toi sagement avant que je ne m'amuse à freiner brusquement, la prévint-il pince-sans-rire. Crois-moi, je le ferrais.

Isabella s'effondra dans son siège en poussant un cri rageant, donnant un violent coup de pied dans le siège d'Edward. Ce dernier passa une main derrière lui et frappa sèchement sa cuisse. La jeune femme glapie en éloignant sa main.

-Touche-moi encore une fois et tu le regretteras ! Rugit-elle. Et pis d'abord, où est-ce qu'on va, comme ça, tu peux me le dire ?! Ton comportement est complètement débile !

-C'est toi, qui l'es ! Rétorqua-t-il en soupirant d'exaspération. Si tu crois que ça m'amuse de devoir te suivre, tu te goures ! J'ai été engagé pour assurer ta protection, que tu le veuilles ou non ! Mais n'oublie pas non plus que je suis aussi sous couverture ! Alors si mes méthodes ne te plaisent pas, qu'à cela tienne. Tu es surveillée par eux, je suis surveillé par eux. Je ne vais pas changer de comportement, alors habitues-toi !

-Tu sais quoi, va te faire voir ! J'ai déjà Jacob pour jouer au parfait garde du corps. Je n'ai pas besoin de toi ! Tu as manigancé notre rencontre, tu n'as pas arrêté de m'insulter... tu as couché avec moi... C'était dans le contrat, ça aussi ?! Ou c'est juste histoire de mieux me connaître ? Ah, parce que là, ouais, quel professionnalisme ! C'est bien, tu t'investis drôlement dans l'affaire !

-Ferme là, Isabella ! Dit-il calmement, insufflant toutefois une pointe de menace dans la voix. Je ne veux plus t'entendre jusqu'à ce qu'on arrive chez toi.

-C'est un ordre, c'est ça ? S'écria-t-elle en se penchant sur son siège, s'approchant du visage d'Edward. Je ne suis qu'une flic, mais toi... oh toi, tu es de la CIA ! Tu as donc tous les droits de m'ordonner quelque chose, n'est-ce pas...

Qu'elle était pénible ! Edward se retenait vraiment de la remettre à sa place, celle-là !

Serrant le volant plus fermement, il l'ignora, se concentrant sur le trafic. Le souffle de la jeune flic près de son oreille l'émoustillait. Il déglutit et inspira un bon coup, tentant de s'extraire des visions peu professionnalisme qui l'assaillait. S'il ne tenait qu'à lui, il arrêterait la voiture et la prendrait, là, dans la voiture. Mais cette erreur ne devrait jamais se reproduire et il le savait parfaitement.

..

11 mai

..

L'agent Swan passa une fin de semaine catastrophique.

Appuyer contre la console où se trouvait la machine à café, elle observait de loin son chef parler avec des agents d'unités différentes, tous impliqués dans l'affaire «dramaturge».

La situation était toutefois devenue bien plus présente le jour où elle sus que son père était enlevé par le même réseau criminel. Quatre jours s'étaient écoulées depuis la connaissance de son enlèvement et du rôle que jouait Edward dans l'affaire. Mais ce qui l'inquiétait le plus, finalement, fut la révélation que le tueur se trouvait être dans son entourage et... que le père d'Edward... n'était autre que l'homme qu'elle avait vu une fois, étant enfant.

Elle n'avait que sept ans à l'époque, mais le visage de Carlisle était resté gravé dans ses souvenirs. Après tout, comment pouvait-on oublier le visage de l'homme venu vous sauver ? Son nom avait toujours été inconnu pour elle, mais désormais que tout était clair... Que son fils soit son garde du corps... c'était beaucoup trop pour elle. Beaucoup trop.

Samedi soir arriva bien vite et Bella n'avait toujours aucune nouvelle de son père. Et étant sa fille, on l'avait bien entendu retirée de toute cette histoire, chose qu'elle désapprouvait. Après tout, Mike avait donné l'enquête à Jacob alors qu'il était impliqué aussi, non ?! Alors pourquoi elle était mise de côté ?

Cette situation la rendait hargneuse, et, alors qu'elle ruminait toute seule dans son canapé, quelqu'un frappa à sa porte.

Ayant le choix entre Jacob ou Edward, Bella hésita longtemps avant d'aller ouvrir, se mordant les lèvres nerveusement.

-IL N'Y A PERSONNE ! Hurla-t-elle du canapé, les jambes remontées contre sa poitrine. JE NE VEUX VOIR PERSONNE !

À peine fini que la porte s'ouvrit doucement, faisant sursauter violemment Bella. Elle était sûre que la porte était verrouillée !

-Je préférais l'accueil de l'autre soir.

Bella plissa les yeux quand Edward fit irruption dans le salon, un sourire espiègle et enjôleur aux coins des lèvres. L'allusion à leur coucherie la fit rougir.

Il était comme à son habitude; incroyablement séduisant et scandaleusement arrogant. Son blouson s'ouvrait sur un pull blanc et son pantalon de toile beige s'accordait avec des mocassins bleu et marron. L'élégance même.

En repensant à ce qu'il était véritablement, Bella se surprenait toujours à chercher une arme sur lui. Or, il donnait l'allure d'un simple homme. Un homme très sexy.

-Tu as une clef, constata-t-elle d'un air blasé en le regardant s'approcher d'elle lentement, à pas feutrés. Ça ne devrait pas m'étonner.

-Juste au cas où, dit-il en haussant les épaules avant de froncer les sourcils à son insu. Qu'est-ce que tu fais encore, habillée comme un sac ?

-Je te demande pardon ?! S'ingurgita-t-elle en se relevant promptement. Tu viens m'insulter ou faire une visite de courtoisie ?!

-Ni l'un ni l'autre. On est samedi soir. Tu dois sortir avec tes collègues comme tu le fais chaque semaine.

-Mon père vient d'être enlevé ! Cria-t-elle d'indignation. Je n'ai pas vraiment la tête à sortir, tu vois !

-Et pourtant, tu le feras ! Cria-t-il à son tour, faisant reculer Bella. Le tueur ne doit rien savoir de ce que Newton et mon père vous ont dit. Rien ne doit changer sinon, il aura des soupçons, et c'est bien la dernière chose que nous voulons !

-Vous avez dit que le tueur était dans notre entourage... pas parmi mes collègues...

-Je n'ai rien dit de tel ! S'emporta-t-il. Maintenant, habilles-toi !

-C'est un flic, le tueur ?! S'entêta-t-elle en ignorant son ordre. Mon Dieu, le dramaturge est l'un des nôtres, c'est ça !?

Edward la fixa sans ciller, serrant la mâchoire. Bella ouvrit la bouche, mais ne pût rien ajouter. Le choc la paralysait soudainement.

-Qui est derrière tout ça ? Reprit-elle en levant des yeux perdus vers lui. Edward...

-Habilles-toi ! L'interrompit-il sèchement avant de tourner les talons. Moins tu en sais, mieux ça sera.

ooooo