LA VOIE DES NOMBRES

TOME I


XXIII

Ultime voyage

« Puisque la mort est inévitable, oublions-la »

Stendhal


ooooo

13 mai

Bella rampait comme elle pût, grimaçant sous la douleur fulgurante de son épaule.

La blessure était minime, mais le fait qu'elle soit récente dissuada la jeune femme de faire des mouvements brusques. Ce n'était pourtant pas le moment de faiblir, au vu de la situation qui se présentait. Avec un bras en moins, il valait mieux pas joué en héros.

Les projectiles lancés sur ses fenêtres avaient pénétré son salon, inondant la pièce d'un gaz inconnu. Bella resta donc au plus près du sol, se dépêchant pour atteindre le couloir de l'entrée. Crier maintenant ne servirait qu'à alerter ses poursuivants, alors elle préféra se taire et avancer tant qu'elle le pouvait.

Arrivée près de sa chambre, elle bondit sur ses pieds et se glissa dans la salle de bain, éteignant à sa suite toutes les lumières de l'appartement. Ses agresseurs savaient qu'elle était ici, mais il était inutile qu'elle leur laisse le champ libre sans ajouter de difficulté. Fermant rapidement la porte derrière elle, Bella éteignit aussi la pièce où elle se trouvait, faisant jurer son garde du corps.

-Bordel, qu'est-ce que tu fais ? S'écria Edward en la regardant à travers la porte vitrée de la douche italienne. Rallume la lumière, Isabella !

Il exagérait, tout de même ! On voyait encore un peu. Légèrement.

-On a un gros problème, dit-elle sans préambule. Je crois qu'on est attaqués.

Edward avait de la mousse plein les cheveux, le corps ruisselant sous le jet brûlant. Elle ne put, malgré la situation, s'empêcher de le reluquer pendant qu'il se démenait à s'essuyer le visage à l'aide d'une serviette noire. La buée sur la vitre ne cachait rien de son anatomie masculine.

-Attaqués par des mygales géantes, je présume ? Railla-t-il en entourant la serviette à sa taille.

-Boucle là deux minutes ! C'est très grave ! Je crois qu'on est repérés !

Edward releva la tête en fronçant les sourcils, en alerte. Son regard se porta directement sur la porte derrière elle, ainsi que sur la fenêtre. Son côté agent fédéral prenait le dessus.

-Passe-moi mon pantalon, dit-il posément en se tournant déjà vers la vitre, d'où il tira le store à son maximum. L'échelle de secours est inutilisable... va falloir sauter.

Tout en se rhabillant prestement, Edward évaluait un plan pour s'évader, ouvrant la fenêtre et passant sa tête à l'extérieur. Bella admira la rapidité à laquelle son cerveau analysait la situation.

-Passe en première, je te couvre.

Bella obéit à ses ordres, décidant que la situation était trop critique pour discuter ses mauvaises manières. Elle passa donc sur la petite balustrade en fer avant de s'asseoir aux bords. Là, elle ne put qu'hésiter sur la suite.

Son garde du corps la précéda rapidement et l'intima à sauter. Elle lui vrilla un regard assassin sous la requête suicide de l'homme.

-Tu préfères une foulure à la cheville ou une balle dans la tête ? Gronda-t-il en commençant à réellement perdre patience. Je te préviens, je ne vais pas attendre cent-sept ans, moi ! Saute tout de suite, Isabella !

-Tu n'as qu'à y aller en premier ! C'est Jacob qui s'occupait des acrobaties, pas moi !

Edward jura avant de sauter sans une once d'hésitation, se réceptionnant sans trop de mal trois mètres plus bas. Levant les yeux, il leva les bras en l'enjoignant à sauter à son tour. Bella obéit, sachant pertinemment que quelques secondes plus tard, son hésitation lui serait probablement fatale.

Percutant Edward, ils tombèrent au sol sous les jurons et les cris. Bella se redressa au-dessus de l'homme, grimaçant à la vue de son coude écorché et de sa douleur au pied.

-Putain, je te pensais moins lourde ! Jura Edward en se relevant à son tour, se massant le cou. Aller, filons. Ne prenons pas nos voitures... suis-moi.

Bella ravala son injure, vexée par la réflexion de son garde du corps, et le suivit à travers les rues longeant l'arrière de son appartement. L'homme marcha rapidement, raide comme un soldat en mission, les yeux en alertes, une main sur son holster.

-Pourquoi n'ont-ils pas encerclé l'appartement ? Demanda Bella alors que l'homme demanda à un taxi de s'arrêter. C'était pourtant évidement que j'allais m'enfuir ! Ou alors, ils étaient là uniquement pour me provoquer ?

Edward ouvrit la portière et la poussa à l'intérieur, sourds à ses questions. Il referma brutalement la porte derrière elle, la faisant crier d'indignation. La jeune femme baissa sa vitre.

-Je ne crois pas qu'ils en avaient après vous... du moins, pas directement. Ma voiture était malheureusement bien trop visible, devant votre appartement.

Il coula un regard derrière lui, vérifiant la rue.

-Allez dans un endroit sûr, chez votre ami, Jacob Black... restez-y, barricadez-vous et restez sage. Je me charge du reste.

-Quoi, tu me laisses, après qu'ils viennent saccager mon appartement ?! Cria-t-elle.

-Vous n'êtes plus du FBI, désormais, dit-il d'un air hautain. Vous êtes une civile que je dois protéger. Par conséquent, obéissez.

-Arrête avec ton vouvoiement, Edward, s'excéda Bella en levant les yeux au ciel. On a vécu trop de chose pour que tu fasses machines arrière maintenant. Garde du corps ou pas, je suis plus que ça !

Il la regarda un moment, pinçant les lèvres, puis s'écarta brusquement d'elle.

-Vas-t'en, vite !

Sur ceux, il tourna les talons, sortant rapidement son arme de son holster avant de disparaître dans la circulation.

OOOOO

Bella ne savait pas pourquoi elle avait demandé au taxi de l'emmener là.

Edward était tout à fait en mesure de lui ordonner telle ou telle chose, désormais, et lui désobéir dans un moment pareil était une folie. Pourtant, Bella se fiait toujours à son instinct, et ce dernier lui criait de venir ici.

-Désolée, madame, on ferme dans une min... Agent Swan ? Que faites-vous ici ? Un problème ?

Alice Cullen s'avança prudemment vers elle, la mine soucieuse.

La dernière fois, Bella était venue pour l'interroger sur son frère, suspecté de meurtre. Il était légitime que la jeune femme n'ait peu de sympathie pour elle, désormais.

Son regard était suspicieux, visiblement peu encline à coopérer.

-Si vous avez encore des questions au sujet d'Edward, je demande un avocat. Je ne sais rien, mais mon père m'a toujours appris à rester prudente, avec des gens comme vous.

Bella regarda les quatre coins du café, sculptant minutieusement les lieux, repérant porte d'entrée, porte de sortie et toilette. Même sans son badge, Bella restait flic dans l'âme.

-C'est en effet pour votre frère, que je suis là, commença Bella en s'approchant de la porte d'entrée pour observer la rue, déserte pour le moment. Où la porte de sortie mène-t-elle ? Avez-vous une caméra de surveillance, ici ?

Alice Cullen souffla bruyamment face à ses questionnements aléatoires, croissant les bras sur sa poitrine. Son regard noir voulait tout dire.

-Je crois qu'un mandat est de rigueur, pour ce genre de chose, non ? Qu'est-ce que vous chercher ? Je vous préviens, je ne vendrais jamais mon frère, c'est clair !

-Calmez-vous, l'intima Bella en se retournant vers la petite femme. Je ne suis pas là pour ce que vous croyez. Je suis là pour vous protéger.

-Pardon ? S'écria la jeune femme en écarquillant les yeux. Jamais mon frère ne me ferait le moindre mal, vous entendez ?! Mafia ou non, il reste mon frère et... !

La porte s'ouvrit brusquement, faisant sursauter la jeune femme. Bella se jeta immédiatement sur le nouvel arrivant, le plaquant au mur.

-Papa ! Cria Alice en se précipitant sur eux.

-Monsieur Cullen, souffla Bella en reculant précipitamment. Désolée... je pensais...

-Il n'y a pas de mal, je t'assure, sourit Carlisle en se massant le cou.

-Vous vous connaissez ? Demanda sa fille avec colère. Papa, cette flic me menace...

-On a un très gros problème, la coupa son père en fixant Bella d'un air grave.

-M'en parler pas, railla Bella en levant les yeux au ciel. On vient de saccager mon appartement. Mais je pense que je n'étais pas la seule visée. Je suis venue chercher votre fille pour la mettre en sûreté.

-Je crois qu'il est trop tard, pour cela.

Carlisle sorti une arme de son holster, qu'il tendit à Bella. Cette dernière n'hésita pas une seule seconde pour s'en prémunir et déjà, enlevée le cran de sécurité.

-J'ai repéré une berline noire, un peu plus loin. Ils savent que nous sommes là.

-Ils ne sont pas là pour nous tuer, assura Bella. Ce serait déjà fait, sinon. Ils cherchent à nous faire peur.

-Assurons leurs le meilleur accueil, alors !

Alice Cullen était figée d'horreur depuis que son père avait sorti une arme de sa ceinture. Bella trouvait la situation ironique, sachant que dans leur famille, le père et le fils cachait depuis tout ce temps une profession bien éloignée de celle-ci étaler au grand jour. Médecin, avocat... Alice n'était pas au bout de ses surprise.

-On n'a pas le temps pour un récapitulatif, mademoiselle Cullen. Des hommes sont dehors et en ont après votre père et moi. Inutile de vous dire qu'ils n'hésiteront pas à vous toucher pour obtenir ce qu'ils veulent vraiment. Maintenant, faites ce que je dis sans discuter, compris ?

-C'est si grave que ça ? Demanda Alice à son père, les yeux larmoyants.

-J'en ai bien peur, ma fille, marmonna Carlisle en jetant un œil à la porte d'entrée.

OOOOO

Jacob Black était aux abonnés absents. Il ne répondait pas à son téléphone, ni à son portable. Edward avait comme un mauvais pressentiment.

-Aux dernières nouvelles, il est encore au bureau, avait dit une de ses sœurs en décrochant le téléphone.

Sauf que non, il n'y était pas non plus.

À dire vrai... l'immeuble où le BAU se trouvait était même trop calme. Pas une lumière ne filtrait, et aucun garde à l'entrée. Edward savait qu'il y avait un problème.

OOOOO

-Mon Dieu, mais ça va pas !? Il est hors de question que je touche à ce truc ! Non, non, non ! Je ne peux pas ! Vous m'en demandez trop !

Bella s'impatientait, irritée par le comportement puéril de la jeune femme. Tenir une arme à feu n'avait jamais tué personne !... Façon de parler.

-Je ne peux pas tout faire, mademoiselle Cullen. Votre père vérifie l'arrière du café, je me charge du reste. Vous, vous allez me faire le plaisir de tenir en joue la porte d'entrée, merci bien ! Je n'ai qu'un bras, au cas où vous l'auriez pas remarqué.

-Ils... ils vont entrer, c'est ça ?!

-J'en ai bien peur. Carlisle voit si nous avons une chance de fuir... mais j'en doute. Alors on va s'en occuper comme des grands.

-Mais... mais s'ils entrent ? Eh puis d'abord, de qui on parle, bordel ?

-Vous tirez, trancha Bella d'un ton implacable. Ne réfléchissez pas. Tirez.

-Mais je ne veux tuer personne, Seigneur ! Je vise la jambe ?

-Vous ne visez pas, vous tirez, s'agaça Bella en farfouillant dans le bar, cherchant d'autres armes successibles de les aider. Vous ne serez pas accusée de meurtre, si c'est ce qui vous dérange. Surtout quand on parle de la Mafia. Croyez-moi !

OOOOO

L'agent Black avait connu des jours meilleurs, c'est sûr.

En vérité, il pensait même que sa posture était bien la pire de toute sa carrière. Bien qu'elle ne soit qu'à son tout début. Mais en y réfléchissant, la possibilité que sa carrière s'arrête aujourd'hui n'était pas inenvisageable. Il se pourrait même que sa vie ne soit comptée. Et ceux, en quelques heures, à tout casser.

OOOOO

Edward Cullen visionnait les caméras de surveillance avec Mike Newton, qu'il avait réussi à joindre en urgence, quelques minutes après s'être rendu compte de la disparition de l'agent Black.

Si seulement ce n'était que ça...

Les caméras révélaient une situation bien pire encore, laissant perplexe les deux hommes. Les caméras avaient enregistré toute la scène; du bureau en passant par l'entrée de l'immeuble, finissant par l'extérieur où une grosse voiture noire attendait.

Ça avait été très rapide. Black ne s'était rendu compte de rien, que déjà, il s'était fait attaquer. Il n'avait rien pu faire. Tout avait été programmé d'avance. Black était bien une cible. Et ils l'avaient eu.

Newton regarda l'écran de contrôle avec colère, serrant les poings au fur et à mesure de la scène. Il venait d'assister à l'enlèvement d'un de ses agents. Ça le rendait fou.

-Comment ai-je pu rien voir, souffla-t-il en s'affalant dans son fauteuil, se rongeant le pouce nerveusement. Mon Dieu... depuis tout ce temps.

-Ne vous flagellez pas, assura Edward d'un ton dur et froid. Nous non plus, n'avions rien vu venir. Il faut admettre que sur ce coup, ils ont été plus que sournois.

-Ils nous ont pris pour des cons, oui ! Gueula Newton en se relevant brusquement. Je refuse de me faire ridiculisé une fois de plus ! On arrête les conneries, maintenant. Ils viennent de déclarer la guerre. Maintenant, on attaque !

Newton fonça dans son bureau, ayant l'intention de faire appel à plusieurs unités pour les aider.

D'abord Billy Black, puis Charlie Swan... et maintenant, Jacob Black. Edward savait pertinemment qu'Isabella était aussi sur leur liste. Quand ils mettront la main sur elle... il n'y aura plus aucune chance pour les retrouvés vivants.

OOOOO

Bella voyait défilés de drôle de taches noires tout autour d'elle. Elle n'eut pas le temps de comprendre, que déjà, elle s'effondrait au sol.

Carlisle fut sur elle en un instant, lui conseillant de rester allongée, le temps qu'elle reprenne ses esprits. Elle s'était légèrement blessée en tombant en arrière, sur son seul bras valide.

Edward venait de l'appeler sur son portable, l'informant d'une terrible nouvelle. Depuis, Bella faisait une crise de panique, se morfondant au sol tandis que Carlisle tentait de la calmer.

-Dis-moi ce qui se passe, Bella... calmes-toi. Respire un bon coup, d'accords. Voilà, très bien. Allez, explique-moi.

Bella préféra rester allongée au sol, les yeux irrémédiablement fermés.

-Jacob vient d'être enlevé, souffla-t-elle faiblement. Et pas par n'importe qui.

Elle grimaça, n'arrivant toujours pas à y croire. En qui pouvait-elle avoir confiance, désormais ?! Tout le monde, tout son entourage semblait renfermer de terribles secrets, prêts à lui nuire, à Jacob et elle. Comment ne pas devenir folle, après cette ultime trahison ?

-Éric était dans le coup, cracha-t-elle en rouvrant les yeux, voyant soudain rouge.

Elle se redressa subitement, les dents serrées. Une envie de frapper quelqu'un lui prenait soudain. Et pas n'importe qui. Éric et Tyler, ces deux hommes qui avaient prétendu être leurs amis depuis plus de deux ans ! La rage l'emporta. Bella se releva, comme pour oublier sa faiblesse momentanée.

C'était ce qu'ils voulaient. Lui faire du mal en enlevant des êtres chers à son cœur.

Eh bien, ils n'allaient pas s'en sortir à si bon compte ! Elle allait se battre, oublier sa peur et sa faiblesse, et n'avoir aucune pitié !

Finit la Bella fragile. Elle allait reprendre son rôle de flic au sérieux, cette fois. Et arrêter toute cette mascarade. Reprendre le contrôle.

-Combien sont-ils, dehors, Carlisle ? Demanda-t-elle d'une voix blanche, dénuée de toutes émotions.

-Très peu. Probablement deux ou trois, dans le meilleur des cas. Je pense qu'ils ne sont là que pour surveiller. Pour le moment, du moins.

-Parfait. Alors attaquons les premiers.

Bella était désormais déterminée à en finir une bonne fois pour toutes. Et elle pensait même connaître le lieu où se trouvait Jake.

OOOOO

Dire qu'il était impressionné était un euphémisme.

Il était surtout admiratif, bien qu'Edward ne le lui avouerait jamais. Il n'allait quand même pas la félicité, non plus !

Isabella le rendait de plus en plus fou. Soit elle se comportait en flic irréfléchi en se mettant délibérément en danger, soit elle démissionnait en se comportant en héroïne des temps modernes.

Parce que, merde ! Elle avait quand même réussi à envoyer un mec à terre avec un seul bras, sans être aidé par son père.

Il ne comprenait décidément plus rien.

-Tu devrais pourtant le savoir, Edward. Mettre une femme en colère est vraiment suicidaire.

Carlisle rigolait bien de la situation, lui. Il était même très fier de la jeune femme, qu'il avait connu enfant. Oui, elle pouvait bien se montrer efficace, quand on l'énervait trop.

-C'est un peu grâce à toi, fils. En apprenant l'enlèvement de son ami, Bella est devenue une véritable guerrière. Les hommes qui nous suivaient n'ont donc eu aucune chance.

Selon son père, Isabella, Alice et lui étaient sorti par derrières, les prenant alors de court en surgissant tout autour de la voiture. En une minute, les trois hommes furent plaqués au sol.

-Alice a été d'un calme exemplaire, se réjouissait Carlisle. Pendant que nous nous occupions des hommes, elle les tenaient en joues. Je crois qu'elle est encore choquée par tout ça, mais ça va aller. Je l'ai conduit en lieu sûr, avec Rosalie et ta mère. Ça va aller.

Il t'entait visiblement de s'en convaincre lui-même. Mais Edward n'était pas si catégorique.

Avec deux agents disparus, la situation était plus que critique. Et maintenant qu'ils connaissaient l'existence d'une autre taupe parmi le FBI, les chances de les surprendre étaient minces.

Au vu des corps retrouvés, l'agent Cullen savait une chose: ils ne reculeraient devant rien.

Retrouver Swan et Black était donc une question de temps. Le compte à rebours était lancé. Ils n'avaient plus droit à l'erreur.

..

15 mai

..

La CIA était désormais sur le coup. Newton s'entretenait avec l'équipe qu'Edward commandait, expliquant ce qu'il savait, et réciproquement.

Bella observait la scène de loin, assise à son propre bureau.

Les voir tous défilés autour d'elle, s'affoler à la moindre information, se creuser la tête pour savoir où chercher... ça la déprimait.

Ils tournaient en rond, c'était clair. Et comme le lui avait fait rappeler Newton; elle ne pouvait plus participer.

Formidable ! Sauf qu'il oubliait qui elle était dans l'équipe. Pas la meilleure sur le terrain, c'est sûr. Mais en profiler, elle était irremplaçable. Ses analyses leur étaient donc primordiales.

-Vas-y, crache le morceau.

Levant les yeux, Bella arqua un sourcil à l'adresse de l'agent Cullen, surprise par le ton qu'il lui adressait. Le vouvoiement n'était plus d'actualité.

-Je sais pertinemment que tu as une idée sur le lieu où pourrait se trouver ton père et Black. Vas-y, dis-le-moi.

-L'entrepôt, dit-elle sèchement en le regardant durement.

Edward fronça les sourcils, visiblement surpris.

-Quoi, l'entrepôt ? Isabella, on parle de la mafia, là. Pas d'un petit gang. Ils ne serraient jamais aussi bêtes pour retournés dans un endroit où les flics sont allé. C'est ridicule.

-Non, ça les pas, dit-elle calmement. Réfléchies deux secondes; on pense que c'est impossible qu'ils retournent là-bas... donc, par conséquent... Oh aller, un petit effort, Cullen ! Tu l'as dit toi-même; ils sont loin d'être des amateurs. Retourné au point de dépars quand on pense jamais y retourner... c'est parfait ! C'est exactement comme l'enfant criant au loup.

Edward la regarda d'un air las, visiblement peu enclin à réfléchir. Elle soupira, se levant précipitamment.

-L'enfant crie une fois au loup, tout le monde rapplique. Or, il n'y a pas de Loup. Au bout de la troisième fois, personne ne vient. Par conséquent, le fait qu'un loup vienne est subitement impensable. Tu me suis ?

-Penser qu'ils reviennent dans un lieu fouillé par la police est inenvisageable, comprit Edward en se frottant le menton pensivement. Les flics chercheraient ailleurs, et ils auraient la voix libre. C'est une idée de génie ! J'avais plutôt pensé à l'endroit où tout avait commencé, il y a un an, dans l'affaire où Billy Black fut tué.

Bella secoua la tête, prenant déjà son sac et sa veste.

-J'y avais pensé aussi. Mais c'est trop évident. Newton voulait aller là-bas. Ils ne sont pas bêtes. Ils savaient qu'on fouillerait là-bas en premier.

-Eh bien, grâce à toi... on va les prendre à leur propre jeu.

OOOOO

Jacob se réveilla dans un endroit froid et lugubre, où le vent sifflait furieusement contre la taule, qui s'ébrouait convulsivement. Le sol légèrement humide puait le poisson et la chaise où il était assis était bancale, l'énervant plus que nécessaire.

Ses mains liées dans le dos, la corde rêche rongeant sa chair à vif, il arrêta de se tortiller inutilement, préférant préserver ses forces. L'endroit où il se trouvait était immense, vétuste et glacial. Seules quelques chaînes rouillées pendaient de-ci delà.

Une autre personne se trouvait dans ce lieu vaguement familier. La tête penchée en avant, les mains liées dans le dos, du sang sécher tapissant le côté de son visage, Jacob mis du temps pour le reconnaître. Pourtant, c'était évident.

Il s'agissait de Charlie Swan, le père de Bella et accessoirement le directeur du FBI du comté de Riley. Un homme important, plein d'influence et hautement protégé. Pas assez pour la mafia New-yorkaise, toutefois.

Pour une fois, Jacob eut peur. Il connaissait Bella par cœur, et il savait pertinemment qu'elle viendra ici d'un instant à l'autre.

De nature spontanée, elle ne réfléchissait jamais. Il espérait seulement que l'agent spécial Cullen veillerait sur elle. Car de toute évidence... il restait le seul en qui Jacob pouvait encore avoir confiance. Puisqu'un de ses amis l'avait encore trahi.

-Vous êtes doués, les gars... très doués.

C'était un fait. Ils les avaient tous roulés.

Mais ce qui le rendait vraiment malade, c'était la confiance aveugle qu'il avait vouée à Éric. En lui demandant de toujours veillé sur Bella, la suivant où qu'elle aille, il avait mis en péril la couverture de l'agent spécial Cullen. Et désormais... il ignorait si Bella était en sécurité.

Il espérait que oui. Sinon, il ne répondrait plus de rien.

Après de longues minutes silencieuses, Jacob vit le directeur remuer légèrement.

Il ne fut pas surpris, sachant pertinemment qu'il n'était pas mort. Pourquoi le serait-il ? Tyler était vraisemblablement motivé par la vengeance. Les tuer maintenant ne servirait à rien.

Il manquait une pièce à l'échiquier.

OOOOO

-À toutes les unités; déployez-vous. Ouvrez le feu à mon signal.

Carlisle maniait son rôle de chef à la perfection, et Edward le soupçonnait d'aimer ça.

-Toi, tu ne bouges pas de la voiture ! Ordonna Edward en fixant Isabella du regard.

-Ah, mais tu crois encore au père Noël, à ce que je vois ! Railla-t-elle en sautant du véhicule.

-Remonte illico dans la voiture, Isabella ! Je ne plaisante pas !

-Parle à mon cul, ma tête est malade.

-Non mais je rêve ! Ragea-t-il en l'agrippant sèchement par le bras, la faisant crier.

Quelques agents tournèrent la tête vers eux, intéressés par la scène de ménage des deux jeunes gens. Isabella en profita pour s'écarter de lui rapidement.

-Mon père et Jake sont à l'intérieur, dans des conditions inconnues, à la botte de type infâme tel que Tyler ! Hurla-t-elle. Alors non, Edward, ne me demande pas de rester sagement assise dans la voiture, pendant que vous envahissez les lieux, mettant probablement en danger les détenus. Je reste près toi, si tu veux, mais je viens !

Edward l'attrapa à nouveau par le bras, fou de rage, la poussant contre la voiture. La jeune femme résista malgré tout, en colère.

-C'est non négociable, dit-elle, implacable.

L'homme serra les poings en la relâchant, la foudroyant du regard. Cette fille allait vraiment le rendre fou.

-OK, dit-il de mauvaise humeur. Tu viens avec moi. Mais écoute-moi attentivement.

Il s'approcha d'elle, au point que leur souffle se mêlent. Isabella déglutit doucement, oscillant entre ses yeux et ses lèvres. Cela le fit sourire. Imperceptiblement.

-Tu fais tout ce que je dis, tu ne fais rien d'irréfléchi, et par-dessus tout, tu ne joues pas au héros.

-C'est drôle, mais cette dernière réplique est dite par une femme, en règle générale.

Les yeux dans les yeux, Edward resta imperturbable, ce qui fit lever les yeux au ciel d'Isabella. Cette dernière s'impatientait en voyant tout plein d'agents entrés dans l'entrepôt sans elle. Elle trépignait sur place.

-Une dernière chose, souffla-t-il.

C'était une grosse erreur, il le savait. Et ce n'était certainement pas le moment. Ça aussi, il le savait. Mais il ne pouvait s'en empêcher. Ça devenait trop difficile. Elle le rendait fou.

Alors, il l'embrassa. Durement. Profondément. Passionnément.

Et Isabella le repoussa. Doucement. En hésitant. En pleine perplexité.

Elle fronça les sourcils, se touchant les lèvres du bout des doigts. Le regarda, faisant la moue. Puis se rapprocha à son tour, soudain déterminée.

-Je croyais que tout devait rester professionnel ? Demanda-t-elle en toute innocence, retenant un petit sourire. On baisse les armes, Monsieur Sexy / Connard ?

-Sexy/connard, vraiment ? S'amusa Edward en se rapprochant d'elle.

-Je ne te comprends vraiment plus, Edward ! Soupira Isabella avant de s'écarter définitivement de lui. En attendant, j'aimerais bien aller sauver mon père et Jake, si ça ne t'ennuie pas.

-Tu restes derrière moi, la prévint-il, reprenant son rôle de connard à la perfection.

-À vos ordres, Maître, se moqua-t-elle en passant devant lui. Mais je veux une arme.

Elle tendit une main, s'attendant probablement à ce qu'il lui en donne une dans la seconde.

Elle pouvait rêver, celle-là !

Edward ricana avant de lui passer devant, ignorant royalement son geste.

-Tu as un gilet pare-balles, ça suffit. Tu restes derrière moi, point final.

-Tu m'énerves, Edward ! S'emporta-t-elle en le frappant dans le dos. Va te faire voir !

-Attention, tu me donnes une idée.

-Abruti ! Fulmina Isabella avant de le suivre dans l'entrepôt, entouré de plusieurs agents déjà prêt à tirer.

OOOOO

Contrairement aux films d'action, les flics ne débarquèrent pas en faisant éclater portes, vitres et toitures en verre, descendant alors en rappelles à la James Bond.

Mais il était vrai que pour Bella, ce genre d'intervention était inédite. D'où son air impressionné en suivant les agents du FBI et de la CIA, gilet pare-balles en place, casques, lunettes et armes en mains. Même les lasers rouges l'impressionnèrent.

Ce qui rendait l'intervention plus vrai, toutefois, c'était bien le fait qu'elle se retrouve simple civile protégée de son garde du corps, demandé par son père. C'était vraiment horrible.

Pas d'arme, pas de plaque, pas de taser. Juste un gilet et un homme comme bouclier.

Autant le dire: elle se sentait plus que vulnérable.

Pourtant, le fait qu'on ait touché à sa famille... Garde du corps ou non, si Tyler où Éric se retrouvait devant elle dans les minutes qui allaient suivre... elle n'hésiterait pas. Quand bien même Edward l'en empêche. Quand bien même il lui ordonne de ne rien faire.

Bella se voyait à travers Jacob. Vengeance. Rien que la vengeance.

OOOOO

L'agent Black venait de recevoir un énième coup de poing quand une dizaine d'agents débarquèrent dans la salle vétuste.

Pendant près d'une heure, Charlie et lui avaient dû endurer les coups sans pouvoir bouger, se faisant percuter la mâchoire à tour de rôle. Le visage, mais aussi les côtes, le thorax, les jambes... Tout y était passé, ne leur laissant aucun instant de répit. Jacob ne savait même plus qui avait frappé le premier. Un blond, semblait-il. Mais il n'était plus sûr de rien.

Son nez était cassé, sa mâchoire endolorie, son œil douloureux. Et totalement épuisé.

Il n'en pouvait plus. Il voulait à laisser aller. Sombrer. Ne jamais remonter. Et c'est là que les agents fédéraux arrivèrent.

Il pensait s'en réjouir. Mais non. Car ils étaient en petit nombre. Une dizaine. Un peu plus, peut-être. Or, Tyler, pour assouvir sa vengeance, avait ameuté pas mal de monde.

Et ils étaient tous très bien armées, prêts à tirer.

En relevant difficilement la tête, Jacob distingua plein d'ombres bouger. Mais une en particulier retint son attention.

Alors, il paniqua. Car elle n'aurait jamais dû être là. Parce que Tyler la voulait. Et qu'à présent, il ne pouvait rien.

OOOOO

Les feux partirent sans prévenir. Edward réagit immédiatement, poussant Bella derrière lui avant de tirer à son tour, à l'aveugle.

Bella se recroquevilla dans son dos, suivant ses pas au fur et à mesure qu'il esquivait. Mince affaire, puisqu'il courait presque.

Aussi, Bella faillit presque louper son ami, dans un coin de la pièce, attacher à une chaise. Son père se tenait à côté de lui, dans la même position. Sauf que les deux hommes avaient deux expressions différentes sur le visage.

Jacob s'ébrouait sur sa chaise, comme si la démence venait de l'atteindre. La chaise sautait presque avec lui tant il se déchaînait. Son visage trahissait peur et impuissance. Cela lui brisa le cœur.

Son père, quand à lui, tout en si mauvais état, était figé d'effroi, la regardant fixement, la peur hantant son regard.

Visiblement, l'un comme l'autre ne pensaient pas la voir ici.

Eh bien tant pis ! Charlie Swan allait vite comprendre que sa petite fille chérie pouvait très bien se comporter en bonne flic. Se battre et surtout, sauver des vies.

Elle allait lui montrer.

Levant les yeux vers la mezzanine, Bella repéra Tyler qui l'observait, un sourire aux lèvres.

Elle le lui rendit, s'écartant inconsciemment d'Edward pour emprunter les marches menant à l'ex-légiste.

C'était de la folie. Elle le savait parfaitement. Mais c'était ainsi. Elle était flic. C'était son travail. Elle devait s'armer de courage et monter lui régler son compte. Sans reculer. Sans repenser aux ordres d'Edward, à la panique de Jacob, au fait qu'elle n'avait pas d'arme et qu'elle était seule.

Car Bella, aussi folle soit-elle, en était tout à fait consciente.

En bas, les coups de feu ne perdaient pas en intensité, se montrant de plus en plus répétés et de plus en plus menaçant et sanglant.

Quelques malfrats étaient à terre. Quelques agents aussi.

Mais Bella continua son ascension, sous le regard narquois de Tyler.

-Bonsoir, Isabella. Quel plaisir de te joindre à nous ! Il ne manquait plus que toi pour commencer la fête.

-Je crains pourtant que tu l'aies commencé sans moi, répliqua-t-elle froidement en jetant un œil à son père et à Jacob.

-Oh, ça, dit-il en haussant les épaules, comme si ça n'avait aucune importance. Juste une mise en bouche, pour attendre les retardataires. Tu comprends, je ne voudrais pas qu'on s'ennuie.

-Ta petite mise en scène à mon appartement, c'était l'invitation à la fête ?

-Exactement, ma chère ! S'exclama-t-il, tout rayonnant de malice. Vois-tu, je ne fais rien à moitié...

-Non, en effet. Mais appelle des gars plus expérimentés, la prochaine fois. Ou mieux informés. Notre échappatoire me semblait trop facile à mon goût.

-Il est vrai que leur... inefficacité à t'attraper m'a quelque peu chagriné, soupira Tyler d'un air accablé. Alors je me suis un peu défoulé sur ton ami, je dois l'admettre. Tu m'excuseras, mais son petit air ravi en apprenant ta fuite m'a légèrement vexé. Je ne supporte pas l'échec.

-Et moi, le comportement arrogant de mon garde du corps. Pourtant, je suis obligée de vivre avec. Tu vois, on n'a pas toujours ce qu'on veut.

Bella le vit devenir rouge, et n'eut pas le temps d'amorcer le moindre mouvement que déjà, Tyler l'attrapa à la gorge. Il serra tellement fort qu'elle fut obligée à ouvrir la bouche pour espérer respirer. Il serra sa gorge que plus d'avantage, souriant diaboliquement.

-Ça fait un an que je rêve de m'occuper de toi, sous les yeux de ton chez papa. Ne me gâche pas le plaisir, Isabella, ou je vais très vite m'énerver.

Ce n'était pas déjà le cas ?

Sa poigne se resserrait de plus en plus sur son cou, la faisant paniquer. Elle n'arrivait plus à respirer.

-Tu m'impressionnes, tu sais. Avec si peu d'expérience, tu arrives quand même à être la première pour résoudre une enquête. Même pour moi, tu avais deviné. Mais dis-moi... Éric, l'avais-tu vu venir ?

Il la relâcha brutalement, s'écartant d'elle avant qu'elle ne s'effondre au sol, inspirant de grande fouler d'air. Enfin, elle respirait !

-Ne l'abîme pas, ça serait dommage.

Un autre homme surgit derrière elle, l'attrapant par les cheveux pour la relever. Elle n'avait même pas encore recouvert ses esprits qu'on la bousculait déjà. Bella vit trouble quelques instants.

-Si elle arrêtait avec son sarcasme, peut-être que je me contiendrais.

Bella comprit que l'homme derrière elle n'était autre qu'Éric, un agent du BAU travaillant à ses côtés depuis deux ans. Tout comme Tyler, il l'avait bien eu. Ça la rendait malade.

-Mais elle va être sage, maintenant, n'est-ce pas, Isabella ?

-Je n'ai jamais été considérée comme une enfant sage. Je ne vois pas pourquoi ça changerait aujourd'hui.

Elle sourit en voyant Tyler rougir de colère. C'était suicidaire de le provoquer... mais mon Dieu, elle adorait ça !

Du moins, durant les deux secondes qui suivirent. Car après, Éric lui administra un coup violent derrière les genoux, la faisant tomber à terre. Un autre coup arriva sur son dos, et Bella préféra définitivement se taire. Pour le moment.

-Putain, ils vont jamais s'arrêter, en bas ?! S'énerva Tyler en s'approchant prudemment de la rambarde, observant la tuerie qui se passait en contrebas.

Des pas précipités se firent soudain entendre dans les escaliers, faisant alors surgirent Edward et trois autres agents du FBI que Bella ne connaissait pas. Les quatre hommes s'arrêtèrent à distance raisonnable, braquant déjà leurs armes sur Tyler et Éric.

Bella fut alors relevée de force et plaquer contre l'un des deux hommes, une arme contre sa tempe.

Bon... ce n'était que la deuxième fois en une semaine. Pas de quoi fouetté un chat.

-Tu as conscience, Tyler, que la dernière fois que tu as fait ça, tu t'es manger l'arrière de mon crâne en pleine face ? Je dis ça, je dis rien.

OK, elle était suicidaire. Mais surtout très en colère. Et lui faciliter la tâche était hors de question.

-Et toi, Isabella, t'a conscience que ce jour-là, c'était une belle mise en scène imaginée par Éric en personne ?

Bella arrêta de sourire bêtement, se rembrunissant.

Oui, ce jour-là, Éric l'avait secouru en tirant sur Tyler. Sauf que... Éric était en fait une taupe, comme Tyler. Et que ce dernier, ayant normalement reçu une balle dans la jambe, ne boitait même pas.

-Je suis larguée, avoua-t-elle alors qu'Edward lui faisait les gros yeux pour la faire taire. Pourquoi une telle mise en scène ? Tu voulais pourtant me capturer, Tyler, non ? Pourquoi alors Éric tire sur toi et t'arrête ? Tu voulais voir la tapisserie de la salle d'interrogatoire ou quoi ?

-Bien sur que non, sombre idiote ! Cria Tyler en lui tirant les cheveux en arrière.

Edward beugla quelque chose qu'elle ne comprit pas, l'intimant à la lâcher immédiatement.

Merci, il était temps !

Il semblait hésiter. Il ne voulait pas tirer alors qu'elle se trouvait devant.

Et le gilet pare-balles, ça servait à quoi, alors ?! Quel abruti ! Il fallait tout faire soi-même !

-On peut résumer, pour la fin d'épisode ? Demanda-t-elle d'un ton désinvolte, bien que la poigne de Tyler sur ses cheveux lui fasse horriblement mal. J'aimerais comprendre certains points, avant que l'un d'entre vous tire sur les autres et ne puisse plus répondre du tout.

La situation était critique, elle ne savait pas si son père et Jacob étaient libérés, et pourtant, elle pensait encore pouvoir faire de l'humour !

Souriant intérieurement, elle imaginait que trop bien ce que son garde du corps pensait d'elle.

OOOOO

Folle a lié, inconsciente, complètement malade, suicidaire...

Edward était tellement en colère contre elle qu'il se jura, une fois cette histoire terminée, de lui administrer une fessée tellement forte qu'elle s'en souviendrait jusqu'à sa mort.

Non mais quelle idiote ! Quelle folle !

À peine la guerre commencée entre les malfrats et le FBI, que déjà, Isabella s'était volatilisée, alors qu'il lui avait intimement ordonné de rester derrière lui.

Bon, dans un sens, il en était soulagé. Plusieurs hommes de son unité étaient tombés et il n'osait espérer ce qui se serait passé si savait être son cas, avec la jeune femme derrière lui.

Il l'avait vu que trop tard en haut de l'entrepôt.

Mais malheureusement, il n'avait pas pu la rejoindre, devant se concentrer sur ce qui se passait devant lui.

Désormais, Isabella retenait toute son attention.

Ils étaient à deux doigts de libérer Charlie Swan, il n'était alors pas question qu'il échoue à protéger sa fille unique.

C'était hors de question !

Aussi, alors qu'Isabella s'amusait à foutre hautement en rogne ses deux ravisseurs, lui et ses hommes en profitèrent pour ouvrit le feu.

Tyler tira Isabella en arrière, la maintenant bien devant lui pour qu'ils ne puissent le visé. Éric, quant à lui, tira vers eux, la rage déformant ses traits.

Un de ses hommes prit une balle en pleine poitrine et tomba dans les escaliers, tandis que les deux autres vinrent se réfugier derrière un mur.

Edward les suivit tout en gardant un œil sur Isabella. Cette dernière avait fait lâcher prise à Tyler, balançant l'arme par-dessus la rambarde. Elle lui administra ensuite un coup de genou bien placé, le faisant mettre à genoux, ce qui fit sourire Edward.

Elle savait y faire.

Éric, soudain à court de munitions, comme les deux hommes d'Edward, chargea vers eux, criant de rage. Il avait sorti un large couteau et le lança déjà vers eux. Edward esquiva en plongeant en avant, mais l'homme derrière lui n'eut pas cette chance, et le reçut dans le bras.

Éric s'élança alors sur l'homme, amorçant un combat à mains nues. Ce dernier, d'où la douleur se faisait ressentir par la grimace de son visage, tenta de se défendre du mieux qu'il put.

Edward, lui, revint vite à Isabella, qui désormais, n'y allait pas de main morte pour donner des coups à Tyler. Elle enchaîna coup de poing et coup de pied sans s'arrêter, bien que Tyler semble suivre son allure sans trop de difficulté.

Un cri lui fit tourner la tête, et Edward cria à son tour alors qu'Éric avait agrippé solidement un agent de son unité, le basculant déjà par-dessus la rambarde. L'agent s'écrasa six mètres plus bas, tandis qu'Edward fermait les yeux une seconde.

Il ne réfléchit donc plus et chargea. Il percuta violemment l'homme avant que tous deux s'effondrent au sol, se ruant de coup mutuellement.

Plus loin, des coups de feu retentirent, et Edward, assommant Éric, releva des yeux affolés vers Isabella.

OOOOO

Bella renvoyait la même perplexité qu'Edward, face au coup de feu.

Comme dans les films, elle vérifia si ce n'était pas elle qui avait été touchée, puis regarda Edward, vierge de toute trace rouge.

Elle fronça les sourcils, perdue. Le bruit entendu était pourtant bien réel.

À ses pieds, Tyler gémissait de douleur, se tenant le nez des deux mains, faisant pression pour arrêter le flux de sang. Bella sourit. Elle était très fière de sa petite leçon. Tyler en avait pris pour son grade. Elle ne s'était pas laissée malmener comme il le voulait, et il avait morflé. Elle ne s'était sûrement pas retenue dans ses coups de pied et ses coups de poing.

Sauf que le sourire victorieux de Bella s'effaça à la seconde détonation. Puis à la troisième et à la quatrième. L'effroi remplaça vite sa victoire.

Depuis quelques minutes, tout le monde avait cessez le feu. La jeune femme en avait déduit qu'ils avaient gagné, et que tout allait rentrer dans l'ordre. Or, les feux retentirent à nouveau, et cette, fois, Bella prit peur, sans savoir pourquoi.

Mais elle le sentait; son instinct ne la trompait jamais. La suite se passa alors comme au ralentit.

Bella s'approcha lentement de la rambarde, sourde aux protestations d'Edward. Elle n'entendait plus rien, si ce n'était les coups de feu. Alors elle se pencha, et baissa les yeux à l'endroit où Jacob et son père se trouvaient la dernière fois qu'elles les avaient vu.

Tout se ralentit davantage, par la suite. Bella se rappelait avoir couru. Descendu les escaliers. Traverser l'entrepôt. S'agenouiller au sol. Crier comme une folle. Pleurer jusqu'à ne plus voir.

Tant mieux. Car l'horreur de la scène l'aurait sans doute achevée.

La jeune femme hissa la tête de Jacob sur ses genoux, lui caressant doucement les cheveux sous son regard voilé. De grosse larmes vinrent couler sur leurs deux visages. Personnes ne bougèrent pour autant.

Jacob la regardait sans la voir, souriant tristement. Des larmes vinrent couler sur ses joues, faisant pleurer davantage la jeune femme.

-Ce n'est rien, dit-elle dans un lourd sanglot, murmurant en litanie cette phrase. Ce n'est rien. Tu va voir, les secours vont vite arriver. Tu vas t'en sortir. Ça va aller.

Elle mentait. Lui comme elle le savait. Non, ça n'allait pas. C'était certain.

Jacob avait pris une balle en plein thorax. Bella s'étonnait même qu'il respire encore. Ça n'allait pas durer, elle le savait. Mais elle ne voulait pas y croire. Jamais. Pas lui. Pas lui. Pas lui.

-Tu te rappelles, de notre premier jour, dans la police ? Lui demanda-t-elle doucement, caressant inlassablement les cheveux de son meilleur ami.

Jacob la regardait vaguement, le souffle court. Une larme s'échappa encore de son œil droit. Il ouvrit ensuite légèrement les lèvres.

-Quand tu m'as rentré dedans, ajouta-t-elle en reniflant.

-Je... je t'ai renversé du café partout, murmura-t-il en toussant. Tu as hurlé qu'en plus d'être tachée, tu détestais le café.

Bella émit un petit rire, mélange d'étranglement et de sanglot.

-C'est là que j'ai rit, dit-elle difficilement. Et qu'on a sympathisé.

-Moi, je suis immédiatement tombé amoureux de toi, marmonna-t-il en fermant les yeux. Mais tu as mis un an pour le comprendre.

Bella buvait ses paroles, se retenant de pleurer pour l'écouter. Mais alors, il se tut, les yeux fermés. Elle lui secoua gentiment le bras, afin qu'il continue sur sa lancée. Mais c'était terminé. Son histoire s'était achevé.

ooooo