Light the way (Eclaire le chemin)

'Eventually we all go home

it won't be long

it won't be long'

- Thursday, 'Autumn leaves revisited'


C'est le son de pages tournées régulièrement qui lui fit réaliser qu'il s'était endormi sur la tâche qu'il s'était assigné –une fois de plus.

Même si les quantités d'analgésiques avaient été diminuées, il ne pouvait s'empêcher de dormir ; beaucoup trop, de son point de vue. Et quand il ne dormait pas, il était somnolent la majeur partie du temps. Il détestait les antidouleurs – ça l'empêchait d'avoir les idées claires, l'empêchait de garder ses repas, le faisait dormir.

Mais il était bien forcé d'admettre qu'il avait besoin de dormir – et qu'il avait besoin des médicaments aussi. Guérir demandait de l'énergie, même si moins maintenant qu'au début, quand il ne pouvait pas rester éveillé et conscient de ce qu'il se passait autour de lui pour plus de quelques minutes.

Il sentit la chaleur qui passait par la fenêtre grâce à un rayon de lumière qui s'était égaré sur sa main. Il se demanda brièvement quelle heure du jour il était maintenant – son horloge interne était complètement déréglée.

Le son fit une pause, puis continua.

Il y avait quelqu'un d'autre dans la pièce.

Wow, quel shinobi tu fais… même pas capable de sentir la présence de quelqu'un d'autre dans la même pièce que toi… on se demande même plus comment tu t'es débrouillé pour te mettre dans cet état.

Il coupa abruptement la petite voix dans sa tête. Il l'avait déjà suffisamment entendue – depuis qu'il s'était réveillé et qu'il l'était resté suffisamment longtemps pour se rappeler. Il n'aimait pas se rappeler.

La peau – ou ce qu'il ressentait comme tel – sous le plâtre commença à picoter de nouveau. Il prit inconsciemment une inspiration plus profonde, anticipant la douleur qui ne manquerait pas de suivre. Foutus analgésiques qui ne faisaient pas leur boulot.

Les pages cessèrent d'être tournées.

Iruka ouvrit un œil, le cligna, l'étrécit sous la vive lumière. Les cieux était d'un bleu profond, sans aucun nuage, presque d'une couleur pure. Les cerf-volants se détachaient nettement contre.

Il lâcha sur le cahier près de son bras le stylo qu'il tenait encore pour se frotter les yeux et en chasser le sommeil. Le mouvement ne fut pas couronné de franc succès – mais au moins son environnement semblait plus net.

Le quelqu'un était assis de l'autre côté de la pièce – pas si loin – en face de lui, d'une manière qui faisait qu'il n'avait pas à bouger la tête pour le regarder.

Parce qu'il s'agissait d'un lui, les coudes sur les genoux, un petit livre orange en main, agitant l'autre, l'œil visible courbé en ce qu'il supposait être un sourire.

-Bonjour Iruka-sensei. Quoique je devrais plutôt dire 'bonne après-midi' maintenant.

Iruka cligna des yeux de plus belle.

-Kakashi-sensei ?

Qu'est-ce que lui entre toute personne faisait ici ?

-Tu sais, tu pourrais au moins faire semblant d'être un peu moins surpris… là c'est un peu vexant.

Même avec un esprit embrumé, Iruka pouvait remarquer que les paroles de Hatake manquaient du mordant auquel il était – étrangement – habitué.

-En tous cas, t'as bien meilleure mine que la dernière fois que je t'ai vu.

Le cerveau d'Iruka marqua un temps d'arrêt. Sûr, il lui semblait se souvenir qu'il y avait eu quelqu'un dans la chambre à un moment, quand il était totalement à côté de la plaque – mais en même temps, il y avait des choses dont il n'avait aucun souvenir même quand elles s'étaient vraiment passées en face de lui quand il était au moins partiellement éveillé. Ce quelqu'un ne pouvait pas avoir été Hatake, non ?

Iruka, si on lui posait la question, serait bien en peine de répondre immédiatement à la question de la nature de sa relation avec le jounin. On ne pouvait pas vraiment dire qu'ils étaient amis ; camarades, c'était pas ça non plus… peut-être des collègues de travail. Sans oublier tout le bazar hiérarchique Chuunin/Jounin, prof à l'Académie comparé à Jounin d'élite – c'était le légendaire Copy-nin dammit. Quoiqu'il trouvait que le jounin était moins embêtant que comme il se plaisait à être vu et estimé – ce qu'il ne dirait jamais tout haut – et qu'il était même drôle à se chamailler avec. Sans oublier qu'il attendait avec une certaine impatience chaque visite de l'homme après quelque longue mission loin de Konoha, quand il lui apportait des bouts d'informations précieusement collectés à propos de leur ancien élève blond.

Mais quand même, ils n'étaient rien de plus que des collègues. N'est-ce pas ?

Le cerveau ralenti du Chuunin se posa la question.

-Huh ? …quand ?

Hatake sembla gêné – non, ça n'était pas ça. Hatake ne semblait globalement pas dans son assiette.

-Maa… il y a environ deux semaines. Ai vu Sakura aussi. Elle était inquiète pour toi. Comment tu t'es débrouillé pour te mettre dans cet état ?

Les yeux d'Iruka fixèrent le plafond, sans le voir. Il pouvait encore voir les cerf-volants qui flottaient joyeusement au-dessus des toits de Konoha du coin de l'œil. Il ne se demanda pas pourquoi ils étaient là. Ils étaient juste là, fin de l'histoire.

Le silence s'étira inconfortablement, épaississant l'air de la pièce.

Il pouvait voir Kakashi aussi. L'homme ne bougeait pas de sa place, se débrouillant pour le fixer sans en avoir l'air.

-Pardon d'avoir demandé ça.

Le silence s'épaissit encore. Par un jeu de lumière, Iruka pouvait remarquer la mâchoire serrée sous le masque de l'autre homme, les traits tirés de son visage, ceux qui étaient visibles entre le tissu et le bandeau protecteur posé de travers.

Hatake se leva de son siège, alla jusqu'à la porte. Iruka ne fit pas un mouvement.

-Rétablis-toi vite sensei, dit Kakashi à la porte, levant la main pour attraper la poignée.

-Est-ce que tu savais… commença Iruka, hésitant. Kakashi se figea. Iruka espérait qu'il ne bougerais pas. C'était plus simple de parler à ce dos plutôt qu'à cet homme en face. Un dos ne vous regardait pas d'un seul œil gris porteur de douleur, désespoir, tristesse, cachés derrière comme un mur de fausse joie. Un dos ne vous faisait pas des grimaces depuis derrière un masque de tissu. Le dos de Kakashi semblait fatigué.

-Est-ce que tu savais que des mercenaires, probablement payés par Oto, utilisaient des jutsus à effets retardés ?… Ca détruit d'abord les flux de chakra là où ils frappent, puis les os, la chair, la peau et les nerfs enfin – faisant souhaiter d'avoir été tué avec le premier coup.

La voix d'Iruka se brisa. Il pouvait encore entendre les hurlements, les prières et les plaintes pour que les souffrances s'arrêtent… Il ne se rendit pas compte qu'il avait fermé les yeux, jusqu'à ce qu'il les ouvre de nouveau. La main d'Hatake était dans la sienne, et Iruka la serrait comme si sa vie en dépendait.

-C'est ce qui s'est passé ?

Kakashi fit un mouvement de tête vers les plâtres. Iruka ne vit pas le mouvement.

-Ils ont tué Megumi… à le fin, elle ne hurlait même plus… comme la plupart des personnes de la caravane qu'on était supposés protéger…

L'homme tremblait violemment, tenant toujours la main de Kakashi, et Hatake serrait fort en retour. Et puis Iruka se retrouva assis contre Hatake, agrippant la veste de l'homme à en déchirer le tissu, les bras du jounin passés délicatement autour du Chuunin.

Aucun des deux n'était étranger au point de rupture de l'esprit humain.


Lorsque Kakashi partit, plus tard dans l'après-midi, après cet épisode que, d'un accord tacite, aucun des deux ne mentionnerait à l'avenir, il sourit d'un œil au chuunin.

-Rétablis-toi vite sensei, et si t'es gentil avec les infirmières, peut-être que je t'offrirais un repas au Ichiraku quand tu sortiras.

Iruka fit un demi-sourire.

Il avait tellement envie de dormir… Par la fenêtre pouvaient encore être vus les cerf-volants vivement colorés dans le ciel qui se teintait de rouge et d'orange avec le soleil qui se couchait. D'un coup, il savait pourquoi ces cerf-volants étaient là.

C'avait été une belle journée comme celle-ci, suivie d'une claire nuit de pleine lune quand le Kyuubi avait frappé pour la dernière fois, prenant la vie de ses parents.


Il est dit que l'on flotte avant de couler – il est dit que le cœur s'immobilise avant de s'enfoncer.

Tadaam. Tous ceux qui voulaient des réponses, j'espère les avoir données. (Megumi, perso original, est là juste parce que j'avais besoin d'un nom). Ehm... je peux écrire en anglais, mais après j'arrive plus à trouver les mots en français... Y'a des approximations dont je suis pas très contente dans ce chapitre...

Là, normalement, j'arrête d'updater jusqu'aux épreuves. ( Je sens que le neuvième chap de 'Un shinobi va faire le blocus pour être écrit, j'le sens bien…)