Light the way ( éclaire le chemin)

onzième partie


Kakashi dissimula du mieux qu'il pouvait le fait qu'il boitait lorsqu'il fit les derniers kilomètres qui le séparaient de Konoha, le dissimula lorsqu'il passa la porte principale à la tombée de la nuit et qu'il salua d'un geste de la main les gardes en poste qui semblait mourir d'ennui, le dissimula lorsqu'il fit le trajet de la porte à la Tour du Hokage en passant de toit en toit pour y arriver plus vite, le dissimula lorsqu'il donna son rapport au type qui occupait le bureau des missions deux minutes avant la fermeture, et qui avait l'air prêt à s'endormir sur la table, le dissimula lorsqu'il sortit de la pièce, et grinça des dents sous la douleur impitoyable qui fusa de sa cuisse lorsqu'il entra en collision avec le Hokage dans le couloir.

Elle ne dit pas un mot; elle se contenta de l'attraper par le col de sa veste et le traîna jusque dans son bureau. Là, elle défit rapidement les lanières de tissu faisant office de bandages dont il avait entortillé sa jambe pour absorber le sang qui imbibait ses vêtements, et pour essayer de faire en sorte que la simple coupure ne tourne pas au cauchemar, puis elle commença à traiter la blessure infectée.

Ce fut seulement une fois qu'elle eut finit qu'elle prit enfin la parole:

-Tu comptais aller te faire soigner quand exactement?

-'t ce que j'allais faire...

Le son de sa voix lui fit regarder de nouveau et plus attentivement l'homme assit devant elle. Elle était le Hokage, utiliser les ninja aux mieux de leurs capacités rentrait dans la description du boulot - mais cela comprenait aussi de les connaître, où plutôt, comme Sandaime l'avait fait, de considérer chacun d'entre eux comme un membre de sa famille. Il l'y en avait cependant certains qu'elle connaissait mieux que d'autres, et Kakashi était un de ceux là.

L'homme aux vêtements froissés couvert de poussière affalé dans la chaise en face d'elle qui essayait de prendre le ton de voix qu'il utilisait habituellement échouait lamentablement à prendre la personnage du Copy-nin. Elle soupira mentalement. Etait-elle en train de le pousser à la limite de ses forces - était-elle en train de l'utiliser à la limite de ses forces? Mais en temps qu'Hokage, elle n'avait guère le choix -le village manquait toujours de troupes, et la plupart des bâtiments attendaient encore d'être réparés, si ce n'était pas d'être rebâtis entièrement. Ils avaient besoin de tout l'argent qu'ils pouvaient toucher. La vie d'un seul homme n'était rien comparée au village et aux centaines de vies que Konoha représentait.

Sa position, de inquiète et en colère, tourna à la simple inquiétude. Elle parla de nouveau, plus gentiment cette fois.

-Rentre Kakashi, et reprend des forces. Considère ça comme un congé - mais je te ferais appeler si besoin est.

Il hocha la tête pour toute réponse avant de se lever, son oeil ne croisant pas son regard. Elle n'ajouta rien, et il sortit de la pièce, sa nonchalante position habituelle semblant plus fatiguée et lasse que jamais. Elle le suivit des yeux jusqu'à ce que la porte se referme avec un bruit sourd derrière lui. Elle se tourna vers les larges fenêtres; les bâtiments et toits de Konoha n'étaient plus visibles que par l'action des lumières allumées ici et là.

Une pile de livres posés hasardeusement à côté d'une fenêtre attira son attention. Iruka les lui avait rendu plus tôt dans la journée. Elle soupira de nouveau. Encore une personne pour laquelle elle s'inquiétait... Elle lui avait refusé d'aller retourner travailler au bureau des missions si tôt, disant qu'il avait encore besoin d'un peu de temps pour se réhabituer à son corps et pour reprendre des forces; mais elle lui avait donné des choses à faire quand même - des fichiers à classer, des rapports à résumer et à classer, des choses qui semblaient insignifiantes mais qui prenaient du temps et de l'énergie. Elle savait pertinemment qu'il avait besoin d'avoir quelque chose à faire, ou il pourrait très vite toucher le fond. Il n'était pas encore dans l'état physique et mental approprié pour qu'il retourne travailler ; cependant, elle était d'une certaine manière appréciative du fait qu'il avait attendu plus longtemps qu'elle n'avait espéré pour demander son retour au service 'actif'.

Ses yeux glissèrent sur le village plongé dans l'ombre. La nuit était maintenant complètement tombée.

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Les yeux fatigués d'Iruka firent le tour des murs nus de son appartement; la fenêtre de la cuisine formait un carré d'obscurité contre la blancheur générale de la pièce, le lent tic-tac de l'horloge était le seul son qui pouvait être entendu. Cela faisait un bon bout de temps depuis qu'il avait utilisé sa-la chaîne hi-fi de ses parents. Il se rendit compte qu'il ne se souvenait plus de ce qu'il y avait dans les quelques rares Cds qu'il possédait - quand était-ce, la dernière fois qu'il avait acheté un Cd; quand était-ce la dernière fois qu'il s'était acheté quelque chose pour lui, en omettant la nourriture, les uniformes neufs, les rouleaux en rapport avec son travail à l'académie et des armes neuves?

Il se frotta les yeux de sa main qui tirait à cause du temps qu'il avait passé à écrire. La pile de papiers à côté de son coude n'avait guère grandi depuis qu'il était retourné de la Tour du Hokage. Lire, et re-lire, et classer et résumer des rapports de missions était presque aussi amusant que de faire le tour de Konoha en courant à l'envers sur les mains, et prenait à peu près autant de temps, mais il était d'une certaine manière soulagé d'avoir autre chose à faire autre qu'essayer de dormir, essayer de marcher, essayer de supporter les séances de rééducation comme un adulte, essayer de cuisiner et de manger - essayer de prétendre et se convaincre que cette mission tout droit sortie de l'enfer n'avait jamais existé.

Son estomac grommela.

Il posa sa tête dans ses mains pendant un moment avant de se lever avec précaution pour répondre aux besoins de son corps.

Les sensations revenaient plus vite dans son bras gauche que dans sa jambe, comme la mobilité. Il pouvait plus ou moins utiliser son bras maintenant, et pas juste l'avoir inutilement pendu en écharpe. Sa main, par contre, était un autre problème.

Le carré d'obscurité qu'était la fenêtre devint de plus en plus sombre tandis qu'il se préparait rapidement de quoi manger, laissant son esprit dériver sur les sentiers qu'il lui semblait bons.

Il irait demain enfin se recueillir devant ses parents. L'encens et les autres offrandes attendaient sagement dans un sac près de la porte, prêt à quitter l'appartement.

Le carré violemment noir contre les murs blancs de son appartement était à deux doigts de l'hypnotiser.

Kakashi était-il de retour au village?

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Son appartement était silencieux. Son appartement était sombre et déserté. Son appartement était froid et son frigo était à l'image de son appartement : silencieux et déserté.

Son estomac protesta haut et fort contre le régime de rations qu'il avait suivit, et ne souhaitait rien d'autre que de la vraie nourriture. Kakashi voulait de la vraie nourriture aussi.

Mais son frigo était vide, et le seul type de nourriture sauvable de ses placard était de la nourriture instantanée. Ca ressemblait un peu trop à des rations à son goût. Kakashi soupira dans l'obscurité assoupie de son appartement.

Il était fatigué, mais pas assez pour dormir sur le champ. Il avait faim, mais il décida dans un accès masochiste assez peu caractéristique de lui, d'oublier la nourriture. Ce soir semblait aussi bon qu'un autre soir pour aller se mettre une cuite.

Fort de cette décision, Kakashi abandonna son sac au beau milieu de la pièce, se débarrassa de ses vêtements couverts des relents de sa mission, pris rapidement une douche et enfila tout aussi rapidement un uniforme propre avant de quitter son appartement.

Tout oublier au moins pendant quelques heures était placé très haut dans ses priorités - juste après 'trouver un bar ouvert'.

Il aimait mieux Konoha comme ça, il décida, errant dans les rues vides, l'éclairage urbain clignotant au-dessus de sa tête, un souffle de vent courrant dans les rues assombries par la nuit, le fantôme d'un écho dans son chakra pour chaque ninja qui volaient par-dessus les toits endormis. La nuit était encore jeune.

Et puis la nuit se fit plus avancée. Il avait déjà bu pas mal, mais il avait été entraîné à tenir la boisson. L'oubli ne viendrait qu'avec quelques autres verres de plus, bien forts. Il tendit le bras pour attraper la bouteille installée près de son verre, mais une autre bouteille que la sienne le battit au temps et à la tâche difficile et périlleuse de remplir son verre. C'était une jeune femme, une civile - et après ça, le bar était trop sombre pour plus de détails. Elle semblait bien partie pour la cuite. Ils parlèrent, peut-être. Ou peut-être que c'était l'alcool qui parlait.

Ils burent un peu plus.

Ils sortirent. Ils entrèrent autre part. Ils n'allumèrent pas la lumière et il ne lui donna pas son nom, et elle ne lui donna pas le sien non plus. Il la fit gémir et le mordre et l'embrasser.

Il oublia, pour quelques heures.

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Un semblant de lumière réveilla Kakashi. Il était dans le lit de quelqu'un d'autre, avec les bras de ce quelqu'un d'autre autour de lui. Il se leva, remit ses vêtements sur le dos, noua son bandeau sur le front et le baissa sur son oeil.

Il était... dégoûté de lui-même. Honteux. Il se sentait à côté de la plaque, pas aidé pour un sou par les prémices de la gueule de bois qui arrivaient.

Il ferma silencieusement la porte derrière lui, en ayant conscience qu'il était un parfait salopard, envers lui-même, et envers cette fille dont il ne connaissait pas le nom, et qu'il ne connaîtrait sans doutes jamais. Il n'avait plus qu'une chose à faire, aller jusqu'au monument et mentalement confesser ses errements à la pierre silencieuse.

Elle avait des cheveux d'un brun foncé qui lui balayaient les épaules, un corps ferme et mince, une peau bronzée par le soleil.


J'arrive pas à croire que j'ai traîné autant pour traduire ce chapitre… le douzième est déjà en cours 'd'écriture mentale', alors à bientôt j'espère !