Chapitre 3 : Un apprentissage difficile

Les coups résonnaient dans la grande salle. Le fer contre le fer. Il était évident que la silhouette la plus imposante avait le dessus, elle attaquait sans relâche la seconde et la repoussa dans ces retranchements jusqu'à ce qu'elle tombe.

La voix sèche et dure retentit soudainement entre les murs froids, « Potter ! Relevez-vous ! Nous avons à peine commencé ! » Severus regardait son élève avec irritation. Le jeune homme était par terre et avait lâché son épée.

Harry leva les yeux vers la silhouette sombre et le regarda avec tout le venin qu'il était capable de distiller et cria tout en se relevant, « Vous avez triché ! Vous m'avez lancé un sort en même temps ! Nous nous battions à l'épée pas-»

Severus le coupa d'une voix tranchante et glaciale, se moquant de sa naïveté, « Et vous croyez quoi ? Que le Seigneur des ténèbres va simplement vous provoquer en duel ? Soyez lucide, il utilisera toutes les armes à sa disposition. Je vous ai lancé un sort mineur alors relevez-vous et préparez-vous à contrer n'importe quoi ! »

Harry grimaça mais ne protesta pas. Il avait décidé de faire comme son professeur, de lui envoyer un sort à sa façon, « Tarantallegra ! »

« Raté Potter ! Allez montrez-moi que vous valez mieux que votre père et que sa bande de chiens galeux, attaquez-moi ! » Le sourire du maître des potions fit bouillir le sang du jeune homme.

« Espèce de -» Harry se précipita vers Snape avec rage, prêt à le battre.

Snape bougea simplement les lèvres, sans prononcer un mot et Harry fit face à un mur si puissant qu'il tomba à nouveau.

« Alors Potter, incapable de lancer des sorts informulés ? Que diraient vos parents s'ils vous voyaient ! Quelle honte que leur fils ne soit pas capable de repousser une simple attaque! » Il jeta à nouveau un sort informulé, mais celui-ci rebondit sans toucher le jeune homme et revint au lanceur qui l'annula d'un simple geste de la main.

Severus regarda son élève dans les yeux, une lueur amusée dansait dans ses prunelles noires. « Bien. Je vois que lorsque l'on vous énerve un peu vous parvenez à quelque chose. »

Harry était interloqué. Il avait agi par instinct et ne s'était pas rendu compte de ce qu'il avait fait. « Quoi ? Je-je viens de -»

« Oui, vous venez d'arrêter mon sort et ce sans prononcer la moindre parole. Retenez cette impression pour pouvoir la reproduire ! Maintenant en garde ! »

Harry parvint à en repousser plusieurs, tout en contre-attaquant du mieux qu'il pouvait, mais l'épée empoisonnée de Snape l'érafla à plusieurs reprises et il fut touché par de vilains sorts. Au bout de deux heures, il tenait à peine debout.

« Bien Potter ! C'est terminé pour aujourd'hui. Vous ne vous êtes pas trop mal débrouillé pour une première séance. »

Harry le regarda éberlué : Snape venait de lui faire un compliment.

« Ne me regardez pas ainsi Potter et venez vous asseoir. Je dois examiner vos blessures. Observez bien mes mouvements. Ces gestes sont essentiels à votre survie. » Son ton était un peu moins dur que d'habitude, mais Harry le remarqua à peine tant il était fatigué.

Il n'y avait rien de grave. Severus désinfecta les égratignures laissées par l'épée, jeta un sort pour accélérer la disparition des bleus, contusions et plaies plus ou moins graves, 'Perducere contusium'. « Utilisez le sort 'Perducere' pour toute blessure. Ajoutez simplement un terme pour désigner la nature du soin à effectuer. »

Les gestes du maître des potions étaient doux et patients. Sa main effleura le genou ensanglanté de Harry et l'égratignure disparut dans une douce chaleur.

Harry fut surpris par tant de gentillesse. Ce comportement ne ressemblait en rien à celui de l'homme qu'il connaissait. Mais il se laissa faire. Il n'allait pas se plaindre de ce brusque changement d'humeur.

« Bien, j'espère que vous en avez pris de la graine. Maintenant, pour nous reposer un peu, nous allons étudier les potions ! Cet après-midi, nous reprendrons point par point les sorts curatifs jusqu'à ce que vous connaissiez chacun d'eux.»

S'il n'avait pas été assis, Harry se serait retrouvé par terre. Cet homme était décidément inhumain. Il ne pourrait jamais souffler.

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« Potter, faites un effort ! » Severus soupira. C'était la troisième fois qu'Harry jetait le sort et il n'avait pas encore réussi à refermer la moindre plaie. Les yeux du jeune homme étaient voilés et Severus se demandait de plus en plus si le satané Gryffondor écoutait ses conseils.

Le maître des potions referma lui-même l'entaille. « Qu'y a-t-il de si difficile à jeter ce sort, Potter ? » Le ton rogue fit sursauter Harry qui ne leva pas les yeux vers lui. Au contraire, il regarda ses mains qui une fois de plus tremblaient. Il ferma les poings et serra les dents, prêt à entendre l'insulte que lui préparait son mentor mais elle ne vint pas.

Cela faisait plus d'une heure que Severus et Harry se blessaient mutuellement. Le maître des potions savait que cet exercice serait plus facile à retenir s'ils s'exerçaient sur eux que sur de pauvres animaux.

« Allez, recommencez ! » Severus focalisa son attention sur les mains tremblantes du jeune homme, se demandant ce qui pouvait provoquer un tel malaise. Il releva les yeux vers le Gryffondor et haussa un sourcil.

Harry déglutit et leva sa baguette sur l'entaille que son mentor venait de se faire. Il essaya de se concentrer, mais il tremblait tellement qu'il ne réussit qu'à aggraver la plaie. Le sang coulait à flot. Le jeune homme regardait une fois de plus l'épanchement de sang, incapable de faire le moindre geste. Severus serra les dents et se soigna à nouveau lui-même.

Il conserva son calme mais c'est avec une froideur glaciale qu'il le punit. S'il ne faisait aucun effort, lui non plus n'en ferait pas. « Peut-être qu'un peu d'exercice vous refroidira les idées ! Faites trois fois le tour de la salle d'entraînement, Potter ! »

Il savait que c'était impossible mais il savait aussi qu'Harry se donnerait à fond pour ne pas subir son courroux et que cette fatigue lui permettrait d'évacuer cette peur ridicule qui aurait bien pu le tuer.

Il regarda le jeune homme qui courait comme si sa vie en dépendait. Severus sourit légèrement en voyant les couleurs revenir sur les joues de son élève. Quand il l'arrêta, Harry était à bout de souffle mais son regard n'était plus dans le vague.

« Maintenant vous allez m'expliquer pourquoi vous réagissez de cette façon à chaque fois que vous voyez du sang ! » Severus croisa les bras et verrouilla ses yeux dans ceux du jeune homme. « Et ne me mentez pas ! »

Harry détourna le regard. « A… A chaque fois, je revois Petigrew me prendre mon sang. Je sens la lame sur ma chair, sa froideur, la douleur de la lame qui entre dans ma peau, la chaleur du sang qui s'écoule et je le vois revenir à la vie. »

Severus posa deux doigts sous le menton de son disciple et le força à le regarder. « Vous devez apprendre à maîtriser vos peurs. Nous apprenons à soigner, pas à blesser ou à tuer. Vous devez être capable de vous soigner et de soigner les autres pour sauver des vies. Comprenez-vous ce que je vous dis ? »

Harry acquiesça simplement.

« Maintenant recommencez ! »

Le jeune homme ferma les yeux et se concentra sur l'entaille que Severus venait de se faire. Il inspira et jeta le sort. Le sang arrêta immédiatement de couler et la plaie se referma. Il ne restait même pas une cicatrice. Harry sourit de son succès avec une telle désinvolture que le sévère professeur sentit sa carapace se craqueler devant tant d'innocence, mais il garda son masque fermement en place. Se montrer clément avec le gamin ne l'aiderait pas à faire face à son destin.

« Allez, on recommence ! »

A la fin de l'après-midi, Harry connaissait les sorts de guérison essentiels.

A la fin du mois, il connaissait les potions curatives les plus importantes et la fonction de chaque ingrédient. Et il avait acquis le respect de son mentor. Severus avait été surpris par les capacités d'apprentissage du jeune homme. Sa mémoire était excellente, il avait de très bons réflexes, une agilité déconcertante et il était étonnement résistant aux poisons qui lui étaient injectés tous les matins par les fléchettes.

Une fois qu'il avait appris un sort, il était rare qu'Harry l'oublie. Quand ça arrivait, Severus lui réapprenait le sort et lui donnait une punition en rapport avec son oubli de manière à ce que la leçon reste gravée dans son esprit. Plus Harry demandait de l'aide et plus la sanction était importante.

Harry avait été blessé au cours de ce mois : des éraflures, des bleus, il s'était même cassé un bras en faisant une pirouette pour éviter une boule de feu et avait abondamment saigné lors d'un cours de duel. Les accidents n'étaient pas rares. Snape ne lui faisait pas de cadeau et les duels étaient les cours les plus difficiles. Son professeur était très sévère et se battait sérieusement. Harry avait eu plusieurs blessures graves, mais ne s'était pas plaint et se soignait tout seul. Même quand il avait mal à la tête, il ne disait rien, et attendait d'avoir l'occasion d'aller se faire sa propre potion. Snape le savait parce qu'il surveillait le jeune homme. Il voulait savoir comment Harry se comportait en dehors de leurs heures de cours. Et tout ce qu'il apprenait le rassurait.

Une seule chose jouait en la défaveur du Survivant : son esprit que tout bon legilimens pouvait lire comme un livre ouvert.

De son côté, Harry était exténué mais en vie, chose dont il avait douté avec un mentor tel que Snape. Entre les punitions, les blessures, les attaques mentales de Snape, les poisons, les cours de duel, il était content d'être en vie. Il aimait les fins de semaine et les révisions, c'était moins fatigant que ce qu'il faisait habituellement, même s'il devait supporter les sarcasmes et les railleries de son professeur. Il avait toujours du mal à les accepter, mais il le faisait parce qu'il voulait tuer Voldemort.

Harry n'avait jamais douté que Snape était un professeur intransigeant, dur et impatient mais il en avait tous les jours la preuve sous les yeux. Il y avait pourtant des moments où il était gentil et calme. Le jeune homme avait parfois l'impression de devoir faire face à deux personnes différentes.

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Severus se réveilla brusquement : des cris résonnaient dans la maison.

Il n'aurait pas dû entendre Potter. Leurs chambres étaient séparées par l'aile centrale, mais c'était bien lui qui criait, il en était persuadé.

Il se hâta de prendre un assortiment de potions dans son cabinet, les réduisit, les mit dans sa poche et se précipita vers la chambre de Potter.

Il arriva en un temps record. La maison avait dû raccourcir les distances, tant et si bien que l'on aurait dit que les chambres étaient connectées.

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Quand il entra, Potter se tortillait dans les couvertures et hurlait. Severus reconnut immédiatement le sortilège du Doloris qui, couplé au sort Excidium, tranchait sa peau comme le ferait un rasoir.

Les draps étaient rouges de sang, le pyjama rouge avait perdu sa couleur d'origine et il n'osait imaginer l'état de Potter.

Il fallait qu'il se réveille. Severus l'appela, mais le jeune homme refusait d'ouvrir les yeux. Ses cris continuaient de retentir dans la pièce. Du sang dégoulinait des coins de sa bouche. Il avait dû se mordre.

Severus hésitait à le toucher et encore plus à utiliser un sort. Potter remuait énormément et chaque mouvement faisait couler plus de sang encore.

Il s'approcha doucement et posa sa main sur son épaule. Au moment où sa main entra en contact avec sa peau, le jeune homme se tut, arrêta de gesticuler et ouvrit les yeux.

« Ne bougez pas Potter. Restez calme. » Severus ouvrit les fioles de potions qu'il voulait donner à Harry. Pour l'instant, il n'était pas question de toucher aux plaies ouvertes. La potion s'occuperait des coupures légères. Il attendrait qu'Harry dorme pour désinfecter et soigner les autres.

« Mal…Partout…Professeur… » Le Gryffondor avait les yeux à peine ouverts et le teint blême. Il avait perdu beaucoup de sang.

« Potter, ouvrez la bouche, je vais vous donner des potions. »

Le jeune homme s'était déjà évanoui. Severus le toucha à nouveau et il se réveilla. Il lui demanda doucement, « Potter, restez conscient suffisamment longtemps pour pouvoir prendre les potions. Vous irez mieux après. »

Il posa une main derrière la tête de Harry et le souleva légèrement. « Buvez lentement. »

Harry acquiesça et avala une potion cicatrisante, une potion de Sommeil Sans Rêve et enfin une potion pour lutter contre les effets du Doloris.

Severus posa les fioles vides sur la table de nuit, et quand il se retourna, il sentit qu'on tirait faiblement sur la manche de sa robe.

« Professeur…restez…là…s'il vous plaît. »

Severus détacha la main de Potter et la reposa sur le lit. Instinctivement, il repoussa les cheveux mouillés de sueur qui tombaient dans les yeux du jeune homme, procurant à l'enfant un réconfort dont il avait besoin.

« Ne vous inquiétez pas Potter, je reste là. »

Le jeune homme ferma les yeux, apaisé.

Severus passa la nuit près de Potter, comme il le lui avait promis.

Il changea les draps maculés de sang et enleva magiquement les tâches du pyjama du jeune homme.

Il enleva ensuite sa chemise pour regarder l'étendue des dégâts. Sa poitrine était parsemée de cicatrices et de bleus. Il n'y avait rien de sérieux, mais il avait sous les yeux la preuve que le gamin avait déjà était soumis à ces sorts.

Il effleura de sa main la peau tachetée pour accélérer la cicatrisation des éraflures les plus importantes et effacer les bleus et contusions de la peau nacrée.

Comment une seule personne, un enfant, pouvait subir autant d'horreurs ?

Il n'avait jamais pensé que les visions, parce qu'il était sûr qu'il s'agissait d'une vision, puissent être aussi douloureuses.

Profondément troublé, il resta à côté de la forme endormie, essayant de lui procurer le réconfort dont il avait besoin. Cet 'enfant' avait besoin d'une présence et de chaleur humaine.

Il avait besoin de savoir qu'il n'était pas seul. Severus lui-même avait connu cet abandon. Blessé, torturé ou simplement malade, il avait toujours été seul. Il refusait de laisser Harry subir le même sort.

De temps à autre, il posait sa main sur une joue ou sur son front pour s'assurer qu'il n'avait pas de fièvre.

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Harry ouvrit les yeux qui se focalisèrent sur ceux d'onyx, ne voyant rien d'autre que des perles noires chaleureuses et réconfortantes. Il ne sentait rien d'autre que la main qui lui caressait doucement les cheveux.

« Comment allez-vous Potter ? »

Harry cligna des paupières et détacha son regard de celui de son professeur. Les images de la nuit dernière lui revinrent en mémoire et il rougit légèrement de s'être laissé aller de la sorte. Snape devait le prendre pour un faible et un pleurnichard. Etrangement, cette idée lui pinça le cœur, comme si l'opinion que son mentor avait de lui était importante.

Il voulut serrer le poing et se rendit compte que sa main était prise dans un étau. Jamais on ne lui avait pris la main pour le rassurer ou le réconforter. Ce simple geste fit accélérer les battements de son cœur.

Snape dut percevoir son trouble puisqu'il lui lâcha la main. Harry soupira de cette perte.

« Potter ? Je vous ai posé une question. » La voix rêche le ramena à la réalité.

« J'ai mal partout, comme si j'avais des courbatures. »

« Prenez ceci, » Severus lui tendit une nouvelle potion, « Ca devrait aider vos muscles à se détendre. Vous les avez trop contractés. »

Harry prit la fiole de potion que Snape lui tendait et la but. Il se sentit immédiatement mieux.

« Vous devriez aussi prendre un bain. Regardez bien l'état de vos coupures. S'il en reste, dites-le-moi simplement et je passerai un baume dessus. Surtout dites-le-moi ! » Lui dit-il sur un ton ferme.

« Merci professeur pour.. euh les potions et pour… être resté avec moi. »

Severus le regarda longuement avant de répondre, « De rien, Monsieur Potter. »

Il allait partir quand il se retourna, « Aujourd'hui et dans les jours à venir, nous concentrerons votre entraînement sur l'occlumencie. Nous ne pouvons pas laisser ce genre de choses se reproduire. Oh et Potter, prenez votre temps. Nous ne commencerons qu'après le déjeuner. »

« Bien Monsieur ! »

Harry le regarda partir. Il ne pensait pas qu'une personne aussi froide en temps ordinaire pouvait être aussi gentille et compatissante. Il sentait encore sa main dans la sienne. Il avait eu tellement peu d'attention dans sa jeunesse que ce simple geste le fit sourire. Il en oublia que Snape était le professeur qu'il détestait le plus, qu'il avait tué Dumbledore.

Que c'était celui qu'il appelait le 'connard graisseux' qui lui avait apporté le réconfort dont il avait besoin.

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Harry descendit vers midi. Severus le regarda attentivement, cherchant des signes de malaise ou de douleur, mais il ne décela rien. Il fut même surpris de voir l'adolescent lui sourire, comme si de rien n'était. Ou plutôt comme s'ils étaient devenus les meilleurs amis du monde. Mais Severus ne pouvait pas le laisser croire que leurs relations avaient changé, si ?

Harry rit de bon cœur quand il vit son regard, « Tout va bien professeur. Je vous le promets. »

Severus détourna les yeux, « Pour ce que ça peut me faire ! Je veux juste que vous soyez en un seul morceau pour faire face au seigneur noir ! »

Le jeune homme fronça les sourcils mais ne répliqua pas.

« C'était une vision ? »

Harry acquiesça. Son visage se durcit et il détourna les yeux. Il ne voulait pas en parler. « Oui, des moldus ont été tués. » Il refusait d'en dire plus.

Snape l'étudiait encore. Il savait qu'Harry lui cachait quelque chose, mais ne savait pas quoi.

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C'est en cours d'occlumencie qu'il découvrit la vision.

Harry était devant la maison de son oncle et de sa tante. La marque des Ténèbres flottait au-dessus d'eux tandis que des mangemorts les encerclaient.

Harry criait, « Non, laissez-les ! Ils ne vous ont rien fait, je suis là ! Laissez-les ! » Les larmes roulaient sur ses joues alors qu'il regardait Voldemort jeter le Doloris sur son oncle. Il le laissa si longtemps qu'Harry était certain que Vernon était devenu fou de douleur, lui qui n'avait jamais supporté la moindre égratignure.

Dudley avait reçu l'Excidium et des mangemorts donnaient des coups de bottes dans la tête, le ventre, le dos, de la forme recroquevillée qui ne bougeait déjà plus.

Et il ne pouvait pas regarder ce qu'ils faisaient à sa tante. Il ne pouvait pas supporter de voir des mangemorts la violer, de l'entendre crier et crier encore. Il était là mais ne pouvait rien faire.

A la fin, ils les avaient tués tous les trois. Et Voldemort lui avait laissé un message. « C'est ce qui arrivera à tous tes proches Harry Potter ! »

Harry était à terre. Il avait été incapable de repousser l'attaque mentale. « Bon sang Potter, pourquoi ne pas me l'avoir dit ? » Severus passa une main dans ses cheveux.

Le jeune homme se releva, le regarda avec des yeux noirs et lui répondit en criant, « Et ça aurait changé quoi ? Que pouvez-vous faire ? Rire parce que je suis incapable de protéger mes amis et ma famille ? » Les larmes roulaient sur ses joues. Il les essuya avec rage.

« C'était votre famille Potter. Vous êtes en droit de les pleurer. Vous n'êtes pas obligé de faire croire à tout le monde que Celui Qui a Survécu peut faire face à tout, tout seul ! »

« Parce que je ne suis pas tout seul ? Qui est là pour m'aider à lutter contre Lui ? Personne ! Je suis tout seul ! Je suis censé être le seul à pouvoir le tuer ! La meilleure chose que je puisse faire pour aider mes amis est de m'entraîner pour les protéger ! Je ne peux rien faire d'autre ! »

« Oui Potter, la meilleure chose que vous puissiez faire est de vous battre. De vous entraîner et de devenir fort. Mais non, vous n'êtes pas seul ! »

Harry leva soudain les yeux vers son mentor avec curiosité. C'était la première fois que Snape lui parlait avec gentillesse et n'essayait pas de le rabaisser.

« Vous n'êtes pas seul et vous ne l'avez jamais été. Sinon que faites-vous de vos amis qui sont prêts à risquer leur vie pour vous ? Ou de Dumbledore qui a passé sa vie à essayer de protéger le monde sorcier ? »

Harry se radoucit et c'est presque avec surprise qu'il dit, « Ou de vous qui avez toujours été là pour me sauver la vie et qui êtes toujours là quand j'en ai besoin. Vous m'évitez d'avoir la grosse tête, et aujourd'hui encore vous m'entraînez au péril de votre vie. Finalement, vous êtes mon ange gardien. » Lui dit-il avec un très léger sourire, sa colère subitement retombée.

« Un ange gardien ? Peut-être, mais vous ne me rendez pas la tâche facile Potter. » Répondit Severus en haussant un sourcil.

Il ajouta un peu plus gravement, « Potter, Harry, beaucoup de gens ont besoin de vous. Ils se tournent vers vous et le feront toujours. Vous êtes une figure clef de cette guerre. C'est parce qu'ils savent que vous êtes là qu'ils gardent espoir ! »

« Mais je ne veux pas être un héros ! Je veux juste vivre ma vie tranquillement, comme tout le monde ! Est-ce vraiment trop demander ? » Demanda tristement le jeune sorcier.

« Peu de gens ont une vie ordinaire, Potter, surtout dans le monde sorcier, » Sourit Severus comme pour se moquer de la petite crise de Harry, « Mais, je puis vous assurer qu'avec moi, vous n'aurez jamais l'impression d'être un héros. Parce que je n'ai pas encore vu l'ombre d'un héros en vous. Vous avez encore beaucoup de choses à apprendre, beaucoup de choses à faire et à vivre. N'abandonnez pas maintenant. Un jour, vous aurez peut-être votre vie tranquille. »

Harry se détendit, « Et vous serez là pour me rappeler que je suis un humain qui ne vaut pas mieux que les autres ! »

« Evidemment ! Mon plus grand plaisir est de vous montrer que vous n'êtes pas supérieur aux autres ! »

Peut-être pourrait-il après tout lui faire confiance. Peut-être qu'il pourrait devenir assez fort pour vaincre le Seigneur Noir. Et peut-être même qu'il pourrait survivre.

« Professeur ! »

« Oui ? »

« Merci. »

Severus grimaça. « Rendez-moi un service voulez-vous ? »

Harry le regarda avec curiosité, « Oui, quoi ? »

« N'en parlez plus jamais. Ce genre de discussion risque de mettre un terme à ma réputation. Et ne croyez pas que je serai plus indulgent à l'avenir, ce serait mal me connaître. Allez, assez discuté, vous devez être capable de maîtriser l'occlumencie le plus rapidement possible. Préparez-vous ! »

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Ils n'avaient fait que travailler encore et encore l'occlumencie puis la légilimencie jusqu'à ce que Severus ne soit plus capable d'effleurer une seule pensée de Harry et que Harry parvienne à entrer dans l'esprit de Severus.

Il leur avait fallu une semaine intensive. Presque tous les autres domaines avaient été abandonnés au profit de cette science. L'esprit de Harry ne devait plus être envahi par le Seigneur Noir, c'était inconcevable.

Comme promis, Snape ne fut pas gentil. Apprendre l'occlumencie fut tout aussi horrible que ça l'avait été en cinquième année. Son professeur n'avait aucune patience. Il grognait et hurlait sans arrêt. Harry commençait à avoir mal à la tête et à être frustré. L'homme l'insultait sans arrêt depuis déjà cinq jours. Cinq jours pendant lesquels il avait répliqué et s'était défendu, mais il commençait à en avoir assez.

« Potter, faites un effort, votre esprit est plus ouvert qu'un livre ! N'importe qui peut passer vos barrières, si on peut appeler ça des barrières ! Si vous ne réagissez pas rapidement le Seigneur Noir va s'emparer de votre esprit et va vous obliger à tuer vos amis ! Si c'est ce que vous voulez, alors dites-le-moi tout de suite qu'on arrête le massacre ! » Lui demanda Severus sur un ton froid et détaché.

« Taisez-vous ! Taisez-vous ! Comment voulez-vous que je sache comment protéger mon esprit si vous ne m'aidez pas ! »

« Ah oui et le Seigneur Noir va vous aider ou vous prévenir peut-être ? » Railla son mentor. « En fait, vous n'êtes rien d'autre qu'un vulgaire petit insecte. Un seul coup de pied et vous n'êtes plus rien. J'aurai dû le savoir dès le début. Vous n'avez jamais eu aucune chance ! Allez, partez vous amuser avec vos petits amis ! Sans vous, on aura peut-être une chance de s'en sortir ! »

« Espèce de salaud ! Alors c'est ce que vous pensez depuis le début ! Que je n'ai aucune chance de -»

Et Snape jeta à nouveau le sort.

Sirius traversant le voile.

La mort de Cédric.

La mort de ses parents.

La mort de Dumbledore.

Dumbledore buvant l'eau de la caverne pour atteindre le médaillon.

Severus sortit de l'esprit de Harry.

« Potter, cette dernière pensée qu'était-ce ? » Lui demanda-t-il avec curiosité.

« Cela ne vous regarde pas. Ca ne vous regarde pas ! Comment osez-vous m'attaquer alors que je n'étais pas prêt. Vous avez consciemment violé mon esprit. Est-ce que ça vous fait plaisir de voir que vous êtes plus fort que moi ? » Les yeux de Harry lançaient des éclairs tant il était en colère.

Snape violait ses pensées les plus secrètes, ses souvenirs, sa vie… Il avait l'impression qu'il ne lui restait rien. Toute sa vie passait au crible de ce… ce…

Et il était incapable de le repousser.

« Je n'ai rien à vous prouver Potter. Et si vous ne parvenez pas à maîtriser l'occlumencie, c'est peut-être parce que vous aimez nager dans la culpabilité. Dans vos pensées, il n'y a que ça tout le temps. Vous culpabilisez et ça vous rend faible ! Alors cette dernière pensée, qu'est ce que c'était ? » Severus lui rendait son regard.

Harry ferma les poings. Ses yeux flamboyaient de colère et de tristesse. « Je suis coupable ! Vous êtes content. Vous avez raison, vous avez toujours eu raison. Je ne suis qu'un petit imbécile arrogant qui n'est pas capable d'assumer la tâche qu'on lui a confiée. Allez vous faire voir Snape ! Je n'ai pas besoin de vous ! » Il se précipita vers la porte.

« Voilà bien les paroles du gamin arrogant que vous êtes Potter. Vous croyez encore que vous pouvez vous débrouiller tout seul ! Et bien allez-y ! Partez, je ne vous retiens pas ! »

« Très bien, je m'en vais ! Et moi qui pensais que vous vous souciez de moi ! » Il avait déjà tourné la poignée de la porte mais Severus continuait de parler. Harry se retourna.

« Laissez-moi rire Potter. Quand je vous écoute, j'ai l'impression qu'il n'existe qu'une seule personne au monde : VOUS ! Vous Monsieur Potter n'êtes pas le centre du monde ! Vous n'êtes pas responsable de la mort de tout ceux qui ont laissé leur vie devant vous, ils étaient libres de leurs décisions, ils n'étaient pas accrochés à vos baskets ! Croire que vous en êtes responsable c'est encore vous hisser sur un piédestal ! Vous me dégoûtez Potter ! En fait, sans vos amis, vous n'êtes rien ! Vous êtes comme votre père ! Un égoïste, un petit imbécile arrogant qui n'est capable de rien sans ses amis ! Félicitations Potter, vous avez gagné ! »

« Oui, ils sont morts et oui, j'en suis responsable. Si je n'avais pas été là, aucun d'eux ne serait mort ! » Dit Harry plus doucement.

Il sortit lentement. Il devait réfléchir aux paroles de Snape. Peut-être avait-il raison. Son sentiment de culpabilité ne le rendait pas fort, il l'affaiblissait, faisant de lui une cible facile ! Il lui avait fallu une semaine entière de dispute constante avec son professeur pour se rendre compte que l'autre homme avait raison.

Il n'était qu'un gamin arrogant que la guerre avait obligé à grandir, mais il était toujours un gamin.

Il retourna dans la salle d'entraînement et fit ses exercices du matin. Il avait besoin de se dépenser. Il ne voulait plus réfléchir.

Il ne vit pas l'ombre qui l'observait avec bienveillance. Un peu inquiet par cette soudaine retombée de colère, Severus avait eu peur qu'Harry fasse une bêtise.

A la fin de l'exercice Severus se montra et Harry s'excusa. « Excusez-moi professeur ! Vous aviez raison. Mon sentiment de culpabilité m'affaiblit et m'empêche de me battre correctement. » Harry n'osait pas le regarder.

« Harry, » Le jeune homme releva les yeux avec surprise, il était rare que son professeur l'appelle par son prénom, « Je ne veux pas que vous vous battiez en espérant mourir pour racheter vos péchés. Si vraiment vous vous sentez responsables de leur mort, ce qui n'est pas le cas, vous devez vous en servir pour devenir plus fort et survivre pour racheter vos fautes. Or vous vous entraînez dans l'espoir de mourir. Je ne peux pas tolérer une telle chose ! »

Harry écarquilla les yeux de surprise. « Je -» Une fois de plus, Harry sentit les larmes lui piquer les yeux. Il inspira profondément et les repoussa.

« Vous êtes prêt à recommencer et à réussir ? » Lui demanda Severus en haussant un sourcil.

« Oui. »

« Je ne veux plus entendre de plainte, je vous préviens. »

« Entendu Monsieur ! »

Et Harry réussit malgré le sentiment de culpabilité dont il ne pouvait se défaire, mais dont il avait décidé de se servir comme d'une arme, pour affirmer sa défense, pour renforcer ses barrières. Sa culpabilité devait devenir une arme.

Severus regarda son élève avec fierté. Il pouvait réussir. Il pouvait devenir fort. Ses faiblesses pouvaient devenir une force. Il croisa les bras et envoya une nouvelle attaque que Potter balaya facilement. Son esprit était enfin fermé. En deux jours, il avait réussi à bloquer toute intrusion.

Ils n'avaient pas encore travaillé la légilimencie, mais Severus avait bon espoir qu'il y parvienne rapidement.

Severus était fier de son élève.

Il le regardait faire ses exercices avec un sourire aux lèvres. Il était maintenant certain qu'il pourrait vaincre Voldemort.