Severus retourna dans ses quartiers et s'assit dans son salon. Il passa un grand moment assis dans un fauteuil, la boite sur les genoux, à simplement la regarder. C'était le dernier cadeau de Dumbledore. Le vieux directeur était peut-être fou et excentrique, mais pour lui, il avait été comme un père.
Il avait été le seul à le soutenir quand il en avait eu besoin. Grâce à lui, il avait échappé à Azkaban et avait pu recommencer une vie normale. Et lui, il l'avait tué. Il savait qu'il n'était pas responsable, pas vraiment. Albus le lui avait ordonné, ne lui laissant pas le choix, mais la culpabilité était toujours présente, comme un poison traversant son corps.
Pour essayer d'atténuer sa faute et d'être pardonné, il avait suivi les dernières instructions du vieil homme et avait accepté d'entraîner Potter. Pour lui, c'était la seule manière d'obtenir sa rédemption. Il avait été surpris, il ne pensait pas que s'occuper de ce gamin serait plaisant et cela rendait sa punition moins difficile et sa culpabilité plus grande. Il ne savait pas si entraîner le fils de James serait suffisant pour expier sa faute.
Il ne voulait pas ouvrir la boite. C'était son dernier lien avec son mentor. Son dernier.
Il prit une profonde inspiration et l'ouvrit. La première chose qu'il vit fut une lettre. Il ne regarda pas ce qu'il y avait d'autre et la lut.
Mon cher Severus,
Vous n'êtes pas responsable de ma mort. Vous n'avez fait qu'exécuter mes ordres. Et ma mort était nécessaire pour avancer et pour détruire Voldemort.
Je suis désolé de mettre tant de pression sur vos épaules. Me pardonnerez-vous un jour pour le fardeau que je vous ai laissé ? Mais je pense avoir agi pour le mieux. Vous deviez vivre, vous, Harry et le jeune Drago Malfoy. Je vous confie à tous les trois l'avenir du monde sorcier.
Severus renifla.
Oh, je sais que vous ne croyez pas les paroles d'un vieil homme, mais croyez-moi Severus, ces deux enfants vous aideront dans cette tâche bien plus que vous ne le croyez. Entraînez Harry, aidez-le à devenir fort, mûr et adulte. Introduisez-le dans la bonne société du monde sorcier. Un jour il aura besoin de tout ce que vous aurez pu lui enseigner.
Non, ne faites pas cette tête, je sais que je vous en demande beaucoup, mais un jour vous me remercierez, vous verrez.
Cette maison vous appartient désormais Severus, à vous et à Harry. Je sais que vous l'avez visitée il y a déjà quelques temps de cela, mais je suis certain que vous l'avez trouvée bien changée. Je dois vous avouer qu'elle est un peu spéciale. Elle réagit en fonction de ses propriétaires. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle ni Sorka ni Alberfort n'en voulaient. Ils la trouvaient trop… indépendante. Je suis sûr que vous découvrirez rapidement pourquoi.
Je dois aussi vous prévenir que certaines salles sont spéciales. Je vous laisse un plan, mais je ne pense pas que vous aurez accès à toutes les pièces, je pense même que vous ne pourrez jamais accéder à certaines. Cette maison est obstinée. Je me suis moi-même vu interdire certaines pièces. Et pourtant, vous connaissez ma ténacité Severus.
Certaines pièces réagissent à la magie, d'autres simplement au caractère des occupants et dans ce cas une simple pensée peut la modifier. J'ai aussi entendu parler de salles du temps. Il paraîtrait que certaines salles montrent le futur, d'autres le passé. Je n'en sais rien, je n'ai jamais été confronté à elles. Mais rappelez-vous que mes ancêtres avaient surnommé cette maison Tempus Vitae.
Mon enfant, prenez bien soin de vous et du jeune Harry. Je vous considère tous les deux comme les fils que je n'ai jamais eus et je voudrais vraiment que vous trouviez le bonheur. S'il vous plaît Severus, ne laissez pas vos préjugés obscurcir vos sentiments envers le garçon. Il est loin d'être comme son père. Il est courageux, fier, prêt à se sacrifier pour ses amis, mais il est aussi honnête et sincère. Comme vous, il n'a jamais eu de vraie famille. Comme vous, il est blessé intérieurement et a beaucoup de difficulté à faire confiance. Vous vous ressemblez bien plus que vous ne voulez l'admettre.
Je suis certain qu'ensemble, vous pourrez réaliser de grandes choses.
Severus, Harry est la clef. Il est la clef qui mène à la libération du monde sorcier, mais aussi celle de votre bonheur.
Albus Dumbledore.
Severus renifla ; même mort, la veille chouette parlait encore par énigmes et parvenait à lui faire faire ses quatre volontés.
« Soyez maudit Albus ! Vous m'obligez à m'occuper de ce gosse et vous ne me donnez que la moitié des informations ! »
Il sourit avec amertume. « Vous me connaissez vraiment trop bien espèce de vieux fou. Je n'ai jamais pu vous refuser quoi que ce soit. Vous saviez qu'en me faisant cadeau de cette maison, vous nous donniez un refuge à ce gosse et à moi. Non seulement je ne serai pas seul, mais en plus, vous vous assurez que je ne retourne pas du côté du mal. Très intelligent Albus, très intelligent ! »
Severus se leva et se prit un verre de cognac, « A la vôtre Albus ! » Il vida son verre en une gorgée, « Et en plus, vous allez me manquer ! » Il jeta le verre contre la cheminée et se mit au piano.
Il joua pendant des heures, oubliant la douleur de la perte, de la séparation et de la trahison. Il avait cru que le mois qu'il avait passé ici avec Potter l'avait aidé à cicatriser ses plaies, mais cette lettre les rouvrait. Il se rendait compte que le directeur lui manquait terriblement et que comme d'habitude, il s'était joué de lui.
Les longs doigts fins continuaient à danser sur les touches ivoire. Tapant nerveusement, violemment pour décharger toute sa haine et sa douleur. Il ne vit pas que la porte avait été entrebâillée et que des yeux verts l'observaient. Le jeune homme avait entendu l'appel désespéré de la musique. Toujours aussi fasciné, il voulait rester et écouter, écouter encore et toujours cette mélodie qui l'attirait. Les doigts qui glissaient sur le piano étaient si agiles, si libres, ils dansaient une danse qui était inconnue à Harry, allant et venant sur le clavier.
A contrecœur, il repartit. Son professeur n'avait pas besoin de lui pour l'instant. Il soupira et referma la porte derrière lui.
Hpsshpss
Quand Severus eut achevé son morceau, il appuya sa tête contre le piano, dans un signe de faiblesse et de fatigue qu'il ne se permettait jamais. Il se reprit rapidement et retourna vers la boite. Il voulait savoir ce que le directeur lui avait laissé.
Une vieille carte, probablement celle de la maison.
Deux bracelets de protection. Il y avait un serpent sur l'un et un griffon sur l'autre. Albus vous n'aurez jamais été très subtil. Pensa-t-il.
Un pendentif, ainsi qu'une fiole de potion argentée, que Severus reconnut comme des pensées. Ainsi vous avez tenu parole. Vous me redonnez le pendentif de ma mère ! Vous croyez que vingt ans suffisent ? Vous croyez que la douleur disparaît un jour ? Que le sentiment de vengeance s'enfuit ? Non Albus, non ! Ce sont des moldus qui l'ont tuée et jamais, je ne leur pardonnerai ! Jamais !
Il restait au fond de la boite trois bagues, une grosse semblable à celle que Dumbledore portait tout le temps et deux plus petites, qui ressemblaient davantage à des alliances.
Severus les prit et vit qu'il restait encore un message,
Severus,
Vous trouverez ici des objets qui, j'espère, vous serviront. Je vous rends comme promis le pendentif de votre mère ainsi que des pensées lui appartenant. Je pense que vous n'étiez pas prêt à les voir il y a vingt ans quand vous êtes venu me trouver, mais aujourd'hui, je sais qu'avec l'aide de Harry, vous pourrez y faire face et avancer. Ne vivez pas dans le passé. Vous avez un avenir et vous devez vous battre pour lui. Elle vous aimait Severus, soyez-en certain.
Les bracelets sont des bracelets de protection. Ils appartiennent à la famille Dumbledore depuis des centaines d'années. Leur efficacité s'est avérée plus fréquemment que je n'aime à me le rappeler. Ils sont pour vous et pour Harry. Utilisez-les, je vous en prie, ils vous seront utiles bien souvent.
Les deux derniers objets sont pour vous mon ami. En vous confiant cette bague, je fais de vous mon héritier direct. Harry est trop jeune pour assumer toutes les fonctions de représentation ainsi que les fonctions politiques qu'exigent ce rôle. De plus, j'espère que ça vous aidera à être gracié aux yeux du public quand cette guerre sera terminée. Car oui, elle se terminera et vous survivrez. Vous êtes un survivant et vous méritez d'être heureux.
Mon dernier cadeau sont des alliances. Comme vous le savez, je ne me suis pas marié, Sorka et Alberforth non plus. Ces alliances appartiennent donc maintenant à mon héritier, c'est à dire vous. Si vous décidez de vous unir un jour, prenez-les. Elles ont un pouvoir de protection et renforcent les liens de l'union.
Le jour où vous vous unirez, vous découvrirez leur puissance. Et ne croyez pas que c'est encore un de mes pièges, Severus. Je ne peux pas vous en dire plus parce que leur pouvoir dépend de l'amour que les mariés ressentent l'un pour l'autre ainsi que de votre partenaire et de vos besoins.
Je sais que ce ne sera pas toujours facile mon ami, mais j'espère que ces petites choses vous aideront à avancer.
Albus Dumbledore.
Severus pouvait imaginer les yeux de Dumbledore scintiller comme s'il était là, devant lui. Il voyait presque les yeux bleus derrière les lunettes en demi-lune le regarder avec amusement et compassion. Le vieil homme savait que ces deux expressions l'énervaient, mais le maître des potions était trop fatigué pour réagir. Ouvrir la boite, lire les lettres, était plus qu'il ne pouvait en supporter.
Sa force de caractère lui avait sauvé la vie plusieurs fois, mais là c'en était trop.
Il jouait avec la fiole, la tournant dans tous les sens, se demandant ce qu'il allait faire. Il voulait regarder les souvenirs que sa mère avait conservés, mais n'osait pas rouvrir cette blessure.
La douleur qu'il ressentait encore en pensant à sa mère se mélangeait à la souffrance engendrée par la mort de Dumbledore et à son sentiment de culpabilité.
Il se leva, alla chercher une Pensine et y déversa le flacon. Il resta encore plusieurs minutes à simplement regarder le liquide argenté. Il avança finalement la tête et plongea à l'intérieur.
Il reconnut immédiatement le manoir des Snape, un grand édifice à l'aspect sévère. Cette maison avait appartenu à sa mère. Son père lui avait demandé d'en modifier le nom pour faire croire qu'il était le possesseur de toutes leurs richesses. Mais elle n'avait rien dit. Elle aimait son mari plus que tout et elle savait que son amour n'était pas vain. Ils étaient heureux ensemble.
Severus se reconnut, enfant de cinq ans, sur son piano. Sa mère était à côté de lui et lui enseignait l'art de jouer. Elle lui montrait comment ses doigts devaient glisser sur les touches ivoire.
C'est bien Severus, tu as fait beaucoup de progrès. Bientôt, tu pourras jouer aussi bien que maman.
Elle l'embrassa sur la tête. Le petit garçon lui fit un grand sourire. Est-ce que tu peux me jouer quelque chose, maman ?
Et elle se mit à jouer. Il s'agissait d'une œuvre moldue. Le Severus adulte reconnut un morceau de Bach. Sa mère aimait beaucoup les compositeurs moldus. Il ferma les poings et s'obligea à respirer calmement. Sa respiration était devenue erratique tant il était en colère. S'il n'avait pas été dans un souvenir, il est fort possible qu'il aurait détruit tout ce qui était autour de lui.
Il se força à se concentrer sur la musique et lentement la mélodie l'apaisa, comme elle apaisait le petit garçon qui commençait à s'endormir.
Quand elle eut terminé, le petit garçon dormait. Severus se retourna quand il entendit applaudir. Sa mère fit de même.
C'est absolument magnifique ma chérie. Il n'y a que toi pour rendre un tel morceau aussi vivant. Les émotions que tu fais passer sont si vraies que j'en ai la chair de poule.
Voyons mon petit mari, ces paroles ne sont-elles pas tout simplement celles d'un homme amoureux de sa femme ?
Il s'approcha et posa sa main sur sa joue. Je suis l'homme le plus comblé que la terre ait connu. Une épouse merveilleuse et un enfant prodige.
Il embrassa sa femme avec une passion retenue. Et si nous allions mettre ce petit monstre au lit ?
Son père le prit dans ses bras, en faisant attention de ne pas le réveiller et le conduisit dans sa chambre, suivit de près par sa mère. Dors bien Severus. Son père l'embrassa sur la tempe.
Un elfe de maison fit alors irruption dans la chambre et dit à voix basse. Vous avoir des visiteurs !
Reste-là ma chérie, je vais voir. Il embrassa rapidement sa femme et descendit.
Ealine Snape regarda le petit Severus dormir encore quelques instants puis ferma la porte de sa chambre avant de descendre rejoindre son mari.
Michel, est-ce que tout va bien ? Lui demanda-t-elle en descendant les escaliers.
Son mari ne répondit pas. Dans le hall, elle trouva son mari couché par terre, mort : il avait subi l'Avada Kedavra. Au-dessus de la maison, s'élevait la marque des Ténèbres et un mot était écrit sur les murs : La famille Prince ne sera pas souillée par un sang de bourbe.
Ealine courut jusqu'à son mari, le prit dans ses bras et pleura, pleura et pleura encore. Lorsque les aurors arrivèrent, elle tenait toujours son mari contre elle, sa tête contre sa poitrine, lui demandant de ne pas la quitter, lui demandant pardon.
La première scène s'arrêta là, mais une autre suivit rapidement.
Ils étaient toujours dans le manoir des Snape. Dumbledore était avec Ealine. Ma chère enfant, vous devez vous reprendre. Votre mari est mort depuis trois mois et vous avez déjà perdu dix kilos. Vous ne pouvez pas continuer ainsi.
Ils veulent aussi me prendre mon fils Albus. Mon fils. Je me battrai jusqu'au bout. Je ne laisserai pas mon frère le monter contre moi. Je ne le laisserai pas faire.
Dumbledore lui tapota gentiment l'épaule. Je sais. Je serai toujours là pour vous si vous avez besoin de moi. Vous savez que vous pouvez compter sur moi et sur l'Ordre du Phœnix.
Merci Albus, mais je crois que je suis la seule à pouvoir m'en sortir. Lui répondit-elle en le regardant dans les yeux.
Entendu ! Alors je vous laisse.
Elle acquiesça légèrement et il partit par la cheminée, regardant une dernière fois derrière lui.
Severus ne pouvait que regarder sa mère. Elle avait effectivement maigri. D'une femme aimant la vie, elle était devenue triste et amère. Ses longs cheveux tombaient sur son visage comme des fils raides et sans vie. Quand elle vit son petit garçon courir vers elle, son visage s'éclaira.
Maman, maman, c'est l'heure de ma leçon de piano.
Viens Severus. Elle le prit dans ses bras et lui murmura, Tout ira bien, ils ne pourront pas s'en prendre à toi. Elle enleva le pendentif qu'elle portait autour du cou et le mit autour de celui de Severus. Surtout ne l'enlève pas. Ne l'enlève jamais. D'accord ? Promets-le à maman.
Maman tu es bizarre aujourd'hui.
Promets-le-moi Severus.
Je te le promets maman.
Merci. N'oublie jamais que je t'aime mon grand garçon. Elle embrassa Severus qui se mit debout et lui prit la main pour la tirer vers le piano.
Moi aussi je t'aime maman. Alors on va jouer.
La scène était terminée mais déjà une autre se mettait en place.
Ils étaient encore au manoir. Cette fois, sa mère se battait avec son frère, son oncle Ethan. C'est lui qui l'avait élevé jusqu'à ce qu'il ait dix-huit ans. C'était un homme cruel qui avait beaucoup fait souffrir Severus.
Ethan sors d'ici. Tu es chez moi et tu n'es pas le bienvenu.
Ma chère sœur, tu ne dis même pas bonjour à ton frère. Répondit-il avec un sourire sarcastique si semblable à celui de Severus.
Je n'ai plus de frère depuis le jour où tu as tué mon mari. Vas-t-en où j'appelle les Aurors.
Alors appelle-les ! Je suis venue prendre possession des lieux. Désormais cette maison est à moi. Toi, tu vas épouser Alphonse Meare. C'est un ami de longue date et un parti puissant. Sa famille est de sang pur depuis des générations. C'est le dernier de sa lignée et il a besoin d'un héritier.
Il n'est pas question que je l'épouse.
Oh mais tu n'as pas le choix. C'est ça où je tue le dernier des Snape.
Salaud ! Pensa Severus. Il serrait les poings mais savait qu'il ne pouvait rien faire.
Viens-là ma belle. Je vais te montrer que je ne suis pas un rustre. Alphonse Meare sortit de l'ombre, s'approcha d'elle, la prit brutalement dans les bras et l'embrassa sans ménagement. Elle essaya de se libérer de sa poigne, mais ce ne fut que lorsqu'il la relâcha qu'elle put le gifler.
Alphonse eut la lèvre coupée. Il la gifla à sons tour. Ne recommence jamais ça, espèce de garce. Bientôt tu seras à moi et rien qu'à moi et je ne veux pas d'une sauvage !
Allons Ealine va préparer tes affaires et dire au revoir à ton fils. Ne t'inquiète pas pour lui, je m'en occuperai.
Elle le regarda avec des yeux noirs et commençait à monter les escaliers lorsque son frère lui prit le bras, et surtout ne fais pas de bêtise. La vie de ton fils dépend de ton comportement. Ils se dévisagèrent, yeux noirs contre yeux noirs. Ils se ressemblaient tant physiquement qu'on aurait pu les prendre pour des jumeaux.
Ealine avait de longs cheveux noirs et des yeux tout aussi sombres. Alphonse était son reflet, mais lui avait les cheveux courts, un nez crochu et le teint cireux.
Sa mère était belle, gracieuse et digne, son oncle lui, était sale, laid et sa malveillance se lisait sur son physique.
Severus ressemblait beaucoup aux Prince. Il n'avait de son père que la taille et la musculature, peut-être aussi le teint pâle. Son père était grand, longiligne, pâle, les yeux marrons, les cheveux châtains et possédaient des lunettes, qui faisaient de lui un intellectuel, et qui le disgraciaient encore plus aux yeux des sang purs.
Ealine monta dans la chambre de Severus, Severus, ferme la porte et ne sors que lorsque je te le dirai, d'accord ?
Severus acquiesça.
Je t'aime mon ange. Ne l'oublie jamais.
Le petit garçon n'y fit pas plus attention et se retourna vers le kit de potions pour apprenti sorcier qu'il avait eues pour son anniversaire.
La scène s'arrêtait là. Apparemment, sa mère avait laissé des pensées pour son fils. Pour qu'il sache ce qui s'était passé.
Le souvenir suivant appartenait à Dumbledore. Il était au Manoir et discutait avec un auror.
Etes-vous sûr d'avoir trouvé des traces de sang dans la salle de bains ?
L'auror hocha la tête. Oui, c'est à peine si elle a été nettoyée. J'ai retrouvé un rasoir encore ensanglanté. Je pense qu'elle s'est suicidée. Tous les témoignages confirment qu'elle était très fatiguée et dépressive depuis la mort de son mari. Nous avons également trouvé ceci. Il y a votre nom dessus. L'auror lui tendit la fiole de pensées.
Je vous remercie.
Euh monsieur, que va-t-il maintenant arriver au jeune garçon ?
Malheureusement, son oncle a décidé de s'en occuper et comme il est sa seule famille, nous ne pouvons protester.
Son oncle ? Celui qui est au service de Vous Savez Qui ?
Albus hocha la tête. Et malheureusement, nous ne pouvons rien faire. Il attend que l'enquête soit terminée pour venir vivre dans la maison.
Pauvre enfant. Vivre avec pareil individu alors qu'il vient de perdre ses parents.
Hpsshpss
Severus fut projeté hors de la pensine. Il ne pouvait pas croire ce qu'il venait de voir. Toute sa vie n'avait été que mensonge. Il avait été élevé dans la haine des moldus. Son oncle lui avait dit que c'était eux qui avaient tué sa mère et son père.
Il lui avait dit que ses parents voulaient renier son héritage sorcier en vivant dans le monde de son père, dans le monde des sangs de bourbe et qu'ils étaient morts à cause d'eux. Il lui avait dit que sa mère avait voulu le protéger et qu'elle était morte par sa faute.
Il l'avait battu encore et encore pour le punir et le purifier de cet héritage moldu. Severus avait grandi en pensant que pour réparer ses erreurs il n'avait qu'une solution : servir le sorcier le plus fort, le plus puissant qui existait. Il devait suivre Voldemort et exterminer les plus faibles, ceux qui se croyaient supérieurs et qui osaient prendre la place des sorciers. Ceux qui avaient tué ses parents.
Il avait vécu seul et sans ami parce qu'il se croyait indigne d'amour. Alors que ses parents l'avaient toujours aimé et que c'est cet oncle qui avait tué sa famille. Cet oncle qui l'obligeait à l'appeler Père alors que le monde sorcier lui avait toujours refusé le droit à l'adoption. Un homme violent qui ne se souciait pas du petit garçon qui préférait rester loin de lui et s'occuper de ses potions.
Cet oncle le battait, l'insultait, l'empêchait de manger, l'enfermer dans les prisons du manoir, pour son propre bien disait-il. Toujours pour le purifier.
Severus renifla. Les dents et les poings serrés, il regardait par la fenêtre, ne voyant rien d'autre que les images du passé défiler devant ses yeux.
Il avait eu si honte de son ascendance moldue qu'à Poudlard, il se faisait appeler Prince, du nom de jeune fille de sa mère.
Ses années à Poudlard avaient été difficiles. S'il avait cru que son oncle lui mentait quand il lui disait que personne ne pourrait jamais l'aimer, qu'il était laid, méchant et indigne de considération, il l'aurait cru en arrivant à Poudlard. Tous les élèves se moquaient de son apparence. Ses cheveux étaient graisseux, son nez trop gros, son teint cireux, ses yeux vides, ses lèvres minces ne savaient pas sourire. Tout cela faisait qu'il était fui, craint et harcelé par les autres élèves.
Severus se resservit un verre d'alcool qu'il vida. Le liquide lui brûla la gorge comme la colère menaçait de le consumer.
Son oncle était mort longtemps auparavant, tué de la main même de Voldemort parce qu'il convoitait une place qu'un être aussi dégradant que lui ne méritait pas. Mais avant de le tuer, le Seigneur Noir avait pris Severus dans ses rangs, l'obligeant pour la première fois à tuer un moldu.
Il avait eu le choix des armes et il avait choisi l'un des plus douloureux : le poison. Il en avait donné à une vieille femme sans défense qui était morte dans de terribles souffrances. Severus l'avait regardé mourir sans rien ressentir d'autre pour cette femme que de la haine et du mépris. Il était heureux de prendre une vie. Sa vengeance contre les meurtriers de ses parents pouvait commencer.
Il n'avait pas pensé que ce meurtre puisse lui donner des cauchemars et pourtant, nuit après nuit, il rêvait de cette femme et de la manière inhumaine dont elle était morte.
Mais le sentiment de culpabilité ne s'était vraiment immiscé en lui que lorsqu'on lui avait demandé de tuer un enfant, un enfant d'une dizaine d'années dont le seul tort avait été de naître moldu. Il s'était reconnu dans les yeux de l'enfant, il avait entendu sa mère le supplier d'épargner la vie de son fils.
Mais il n'avait pas eu d'autre choix. Son Seigneur et Maître était là et regardait, observait ce qu'il faisait, lui ordonnant de les tuer. Et Severus avait levé sa baguette et les avait tués. Ces meurtres lui étaient restés sur la conscience et aujourd'hui encore, il savait que ses péchés n'étaient pas pardonnés. Comment pouvait-on pardonner un tel crime ?
Et voilà qu'aujourd'hui, on lui annonçait que tout ce sur quoi il avait fondé ses valeurs était caduques. Il n'avait pas tué sa mère. Son père n'était pas responsable de leur mort. Les moldus n'étaient pour rien dans ce crime. Lui non plus. Il ne savait s'il devait se sentir soulagé ou en colère. Il était entré au service du Seigneur Noir pour rien.
Mais pourquoi Dumbledore ne lui avait-il pas dit la vérité avant ? Pourquoi maintenant ?
Il avait essayé. Il se souvenait du jour où il était venu trouver le directeur de Poudlard pour demander de l'aide, pour lui demander pardon, pour lui avouer qu'un nouveau crime allait être commis et que c'était Voldemort lui-même qui lui avait demandé de venir postuler pour le poste de professeur de potions.
Il avait tout avoué à Dumbledore. Il lui avait tout dit. Ses crimes. La mort de ses parents. Son statut de mangemort. Les poisons qu'il concoctait pour le Seigneur Noir. Le fait qu'il soit un espion envoyé par Voldemort. Et le directeur avait essayé de lui faire comprendre qu'il n'était pas coupable.
Ce n'est pas votre faute, mon garçon !
« Albus, vous ne comprenez pas. Je les ai tués, eux, mes parents, mon oncle. Tout est de ma faute. »
« Severus, vos parents vous aimaient -»
« Comment auraient-ils pu aimer un être tel que moi ? »
« Severus -»
« Non -» Le jeune homme se redressa, plissa les yeux et serra les lèvres, « Comment puis-je demander rédemption pour les crimes que j'ai commis ?Je n'ai rien à offrir. Je n'ai rien -»
Dumbledore s'était levé pour s'approcher de cet enfant. Il avait voulu lui insuffler son amour, poser simplement une main sur son épaule, mais il le lui interdisait par son attitude. Le jeune Snape était bien trop fier, bien trop impétueux et surtout trop obstiné. « Severus, vous avez beaucoup à offrir. Vous pouvez être une grande aide pour le côté du bien. En espionnant Voldemort pour moi. »
Severus resserra sa prise sur son pendentif. Il avait essayé de le lui dire.
« Et maintenant ? Le Seigneur Noir est mort et mes crimes ne pourront jamais être rachetés. »
« Severus, regardez le pendentif que vous avez au cou ! C'est la marque d'un amour infini, la marque que votre mère vous aimait plus que tout. »
Le jeune homme enleva le pendentif et le tendit à Dumbledore.
« Gardez-le ! Rendez-le-moi quand j'aurai payé pour les crimes que j'ai commis ! »
Dumbledore le regarda dans les yeux et y vit une grande détermination. Le directeur secoua la tête devant tant d'obstination et le prit. « Je vous le rendrai, soyez-en certain. »
Severus avait quitté la salle peu de temps après.
Le vieux fou a essayé de m'expliquer. Combien de fois a-t-il voulu me redonner ce pendentif que j'ai refusé ? Combien de fois m'a-t-il dit que je n'étais pas responsable de leur mort ?
Mais Severus n'avait rien voulu écouter. Il s'était retranché derrière un mur de haine et de silence si semblable à celui qu'il avait érigé quand il était enfant. Un mur infranchissable, fait de barbelés d'insultes, d'épines sarcastiques. Personne à part Dumbledore n'était parvenu à passer par-dessus.
Il était devenu aigri, amer… Il était trop tard pour changer. Sa langue serait toujours aussi acérée. Mais en regardant dans un miroir, il pouvait peut-être aujourd'hui ne plus voir l'ombre de son oncle.
Il mit le pendentif autour de son cou et sentit l'amour de sa mère irradier autour de lui. Il pouvait presque sentir une douce main blanche aux doigts effilés se poser sur son épaule. Il était presque sûr que s'il se retournait il verrait ses parents et derrière eux, Dumbledore. Mais il refusa de le faire. Il n'avait pas encore payé pour ses crimes. Il n'avait pas encore le droit de les voir. Aujourd'hui moins qu'hier, il ne pouvait accepter sa rédemption. Il avait tué gratuitement.
Il enfila ensuite la bague de Dumbledore. Il sentit le pouvoir des Dumbledore influer en lui, lui donner des forces. Il sut immédiatement que la bague était magique. Elle ouvrait des portes dont l'ancien directeur de Poudlard ne lui avait pas parlé.
Il rangea ensuite la Pensine, les fioles de souvenirs, ainsi que les lettres sur lesquelles il jeta un sort pour en masquer l'écriture et le contenu.
C'était probablement le milieu de la nuit, mais il savait qu'il ne pourrait pas dormir. Il avait trop de choses auxquelles réfléchir, trop de choses lui serraient le cœur. Dans quelques heures ce serait le matin. Peut-être serait-il moins tourmenté alors. Peut-être que d'ici demain il pourrait accepter l'amour de ses parents. Mais il faudrait encore que beaucoup d'eau coule sous les ponts pour qu'il comprenne qu'il n'avait jamais été coupable. Il avait été manipulé très jeune, trop jeune pour comprendre le poids de ses actes.
Il prit la bouteille de firewhisky, et s'installa au piano. Il avait décidé qu'il jouerait et boirait tout le reste de la nuit.
Hpsshpss
La nuit avait été courte. Au matin, il ne savait même plus comment taper sur les touches du piano. Les notes ne faisaient que du bruit. Ses doigts ne trouvaient plus les touches et lui ne les voyait plus.
Il avait dû définitivement trop boire.
Il se dirigea d'un pas chancelant vers son étude, dans laquelle il rangeait ses potions et trouva celle qu'il cherchait. Il but la fiole et se sentit instantanément mieux. Son esprit était beaucoup plus clair, mais il refusait de réfléchir. Il devait prendre une douche et retrouver le gamin. S'il ne se dépêchait pas, son insupportable élève allait rappliquer dans ses quartiers et cela il ne le voulait absolument pas.
Potter devait s'entraîner.
