Chapitre 6 : La visite de la maison

Quand Severus entra dans le salon, le gamin était déjà là, habillé de son habituelle robe d'entraînement noire.

Harry avait l'air sérieux et l'observait avec attention, comme s'il se demandait s'il allait bien. Cette simple pensée le fit renifler. « Arrêtez de me regarder avec cet air-là Potter ou je vais croire que vous vous êtes entiché de moi ! » Railla-t-il.

Le jeune homme ne détourna pas le regard mais demanda, « Est-ce que vous allez bien ? »

Cette fois ce fut au tour de Snape de le dévisager, « Cela ne vous regarde absolument pas Potter. Dépêchez—vous de terminer votre petit-déjeuner. Vous devez vous entraîner. »

« Et la lettre de Dumbledore ? » Lui demanda Harry avec audace.

« Encore une fois, cela ne vous regarde absolument pas. Si j'avais voulu vous en parler, je l'aurais déjà fait. » Sur ses mots Severus se leva et sortit. « Rejoignez-moi dans la salle dès que vous aurez terminé et ne traînez pas ! »

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Voilà déjà plus d'une heure que le gamin faisait ses exercices. Severus devait bien avouer que Potter avait fait des progrès. Il ne prononçait plus que rarement les sortilèges à voix haute et sa Magie Sans Baguette était beaucoup plus rapide et puissante.

Des ennemis lui bloquaient le passage et Severus jeta un sort dans son dos. Le jeune homme évita l'attaque surprise mais dut agir rapidement pour passer et continuer son chemin interminable. Toujours plus d'ennemis. Toujours plus d'obstacles et plus de sorts furtifs lancés de temps à autres par son mentor.

Severus serrait les poings. A la place des ombres noires, il voyait son oncle envoyer sa mère à la mort. Il voyait son oncle lui ordonner de rejoindre Voldemort. Il voyait son oncle se tenir à côté de Voldemort pendant son initiation. Il voyait son oncle violer une pauvre femme. Il voyait son oncle le rouer de coups.

« Potter, ça suffit ! Arrêtez pour ce matin ! » Dit Severus d'une voix dure et sèche.

D'un geste de la main tout s'arrêta.

« Mais je venais de commencer ! »

« Taisez-vous ! Nous allons faire quelque chose d'un peu plus constructif. Allez prendre une douche et vous changer. Je vous attends dans le salon. »

Ne sachant que dire face à la réaction étrange de cet homme, Harry obéit.

Hpsshpss

Quand Harry arriva dans le salon, Severus avait les lèvres pincées, le teint plus pâle encore que de coutume et semblait en colère. « Et bien, il était temps ! Qu'avez-vous fait pendant si longtemps ? Il ne vous fallait tout de même pas -» Il regarda sa montre « trente minutes pour vous laver et vous changer ? »

Le sang de Harry ne fit qu'un tour. Il s'était déjà redressé, prêt à lui jeter une pique et à lui dire que c'était le temps qu'il fallait quand on se lavait les cheveux, mais sa tirade fut interrompue quand son professeur leva la main, « Ne répondez pas à cela ! »

Le jeune homme le regarda de plus près, Snape avait vraiment l'air fatigué. Des cernes entouraient des yeux vides… Il se demanda encore une fois ce que contenait la boite qu'il lui avait donnée la veille.

« Potter, asseyez-vous ! »

Harry s'exécuta et le regarda avec interrogation.

« Tenez, mettez cela ! »

Harry regarda le bracelet. Dessus était gravé le symbole des Gryffondors. Il allait le mettre quand le maître des potions expliqua, « C'est un bracelet de protection porté par les membres de la famille Dumbledore. » Il ferma les yeux, laissant voir pour la première fois à quel point parler du vieux directeur l'affectait, « Je dois jeter un sort pour aligner votre énergie à celle du bracelet et vous devrez faire de même avec le mien ! »

Le jeune homme mit le bracelet, approcha son bras de celui de Snape qui lui jeta le simple sort « Protego ! »

L'ancien espion mit le sien et Harry jeta à son tour le sort. Ce n'est qu'à ce moment-là que les bracelets se mirent à briller d'une lueur bleu-violette et changèrent de forme. Celui de Severus ressemblait à un ouroboros, ce serpent qui se mord la queue. Le griffon de Harry s'était détaché du bracelet et ses pattes faisaient office d'attaches. Les unissant par sa protection. Severus comprit que le vieux fou l'avait certainement trompé. Dumbledore lui avait fait cadeau d'objets plus puissants que de simples bracelets de protection, il en était presque certain. Il marmonna entre ses dents « Maudit vieux bonhomme. »

Harry entendit le grognement de son mentor et ne put réprimer un sourire, ce qui lui valut d'être gratifié d'un regard mauvais, mais le jeune homme n'était plus affecté par ce genre de menaces et continua à sourire.

Severus soupira. S'il ne pouvait même plus effrayer ses élèves, il était mal parti. « Dans la boite que vous m'avez remise hier, j'ai trouvé un plan de la maison. Je sais que vous en avez un vous aussi. D'après Albus, la maison est assez indépendante et je suis certain que vous l'avez, tout comme moi, remarqué. » Harry acquiesça simplement. « Je pense qu'il est temps que nous voyions ce qu'il nous a laissé. »

« J'ai déjà essayé, mais sans grand succès. Je ne fais que tourner en rond. »

« Pourquoi est-ce que ça ne me surprend pas venant de vous, Potter ? »

Harry haussa simplement les épaules, « Contrairement à vous Snape, je n'étais jamais venu ici avant. Il a donc fallu que je me familiarise avec la maison. »

Severus s'assit confortablement pour expliquer au jeune homme ce qu'il savait.

Il regarda Harry dans les yeux. « Cette maison Potter est divisée en trois ailes. Comme vous l'avez certainement déjà compris, vous possédez une aile et moi l'autre. »

Il renifla quand il vit l'expression abasourdie du jeune homme. Apparemment, Potter ne savait pas qu'une partie entière de la maison lui appartenait. « Est-ce que vous avez au moins regardé la carte de cette maison avant d'essayer d'en faire le tour? » Grogna-t-il.

« Non, j'avais complètement oublié son existence. » Répondit calmement Harry. Il avait compris depuis longtemps qu'il ne servait à rien de s'énerver contre Snape.

Severus haussa un sourcil, mais ne dit rien.

« Donc, comme je le disais, l'aile ouest vous appartient. Elle comprend, à l'étage, vos 'quartiers' actuels et des chambres d'hôtes. Un grand salon, une salle à manger, un bureau et une bibliothèque se situent au rez-de-chaussée. Mes quartiers sont aménagés exactement de la même façon.

« Toutes les pièces sont d'apparence moldue. D'apparence seulement. Vous verrez rapidement que dans les différentes ailes se trouvent des pièces cachées. Si vous jetez le bon sort au bon endroit, vous verrez la pièce soit changer de décor, soit s'ouvrir sur une autre pièce. Pour ma part, j'ai commencé à chercher les pièces cachées qui se trouveraient dans mon aile et j'ai trouvé, entre autres, un cachot et un laboratoire de potions dans le sous-sol. Si vous voulez, nous pouvons essayer de voir ce que les vôtres vous réservent. »

Harry était enchanté par cette idée. « Et l'aile centrale ? »

« Ah, c'est l'aile des époux. Normalement, nous n'y avons pas accès. Elle sera à vous lorsque vous vous marierez ou que vous vous mettrez en couple. » Harry ouvrit la bouche pour parler mais Severus l'en empêcha, « Il y a peu de chance que je me mette un jour en ménage, cette aile est donc vôtre. Pas de discussion. » Le regard que lui lança Severus mettait fin à tout commentaire. « Nous avons accès au salon de l'aile centrale, à la bibliothèque, à la salle d'entraînement et au grenier, peut-être aussi à d'autres salles, mais je n'en ai pas connaissance. La maison a jugé que nous avions besoin de partager ces quelques salles. Avez-vous des questions constructives, Potter ? »

« Oui professeur. Si je ne suis pas passé par l'aile centrale ce matin, comment ai-je fait pour arriver dans vos quartiers ? »

« La maison vous a raccourci le chemin. Je pense qu'elle a délibérément occulté l'aile centrale pour vous conduire jusqu'à moi parce que vous me cherchiez. N'oubliez pas que c'est une maison magique. » Severus haussa un sourcil et Harry acquiesça simplement.

Ils se levèrent, « Nous nous trouvons actuellement dans la bibliothèque moldue de l'aile centrale. Si vous regardez bien, vous trouverez une petite statue dans un coin. » Harry la vit effectivement.

« Si vous lancez le sort 'Rictusampra' dessus » Severus leva les yeux au ciel en prononçant l'incantation si typique du directeur, « elle s'éveillera. » Le Gryffondor fit ce qui lui était demandé et une petite porte s'entrouvrit entre les livres.

La pièce qu'il voyait était illuminée par une grande baie vitrée qui s'ouvrait sur le magnifique jardin qu'Harry avait découvert le soir de son arrivée. Des étagères en bois séparées par des portraits couvraient trois des quatre murs. Pas un bruit ne venait troubler le silence des lieux. Les portraits étaient apparemment muets.

« Ces portraits, monsieur Potter, ne parleront que si vous leur adressez la parole. Cette mesure a été prise pour assurer la tranquillité de cette bibliothèque. »

C'est à ce moment-là que le portrait d'un personnage moustachu à l'aspect bourgeois prit la parole, « Vous avez ici le catalogue des livres présents dans la salle. Vous pouvez faire des recherches par titre, auteur ou thème. Il vous suffit d'inscrire ces renseignements dans le registre et ce dont vous avez besoin atterrira sur la table. C'est vraiment très pratique. Si vous désirez simplement consulter les livres, faites-les léviter ou utiliser une technique moldue. »

« Merci euh -»

« Ernest Dumbledore ! Vous devez être Harry Potter et Severus Snape ? Les nouveaux propriétaires. »

Severus le regarda de travers et croisa les bras sur la poitrine. « Je croyais que c'était un endroit calme ? »

Harry retint un rire en entendant son professeur réagir ainsi, comme s'il boudait.

« C'est le cas monsieur Snape. Mais je suis le 'documentaliste'. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis à votre disposition. »

« Merci » Dit Harry en lui faisant un grand sourire. Le portrait lui fit un clin d'œil pendant que Severus avait le dos tourné.

Harry s'approcha des étagères.

Il trouva sur une grande table des feuilles de parchemin, une plume à papotte, une simple plume et une plume à recopiage. Il effleura du doigt un des rayonnages et Ernest Dumbledore crut bon de lui fournir d'autres explications.

« La bibliothèque est composée de livres de magie blanche et de magie noire. Je pense que la plupart des ouvrages écrits et publiés se trouvent dans cette salle. Nous avons également bon nombre de textes moldus. Je dois avouer que mes ancêtres étaient des génies puisqu'ils ont fait en sorte de recevoir un exemplaire de chaque manuscrit édité. Ils sont charmés pour résister à tout, incendie, vent, eau, sorts…. Certains datent de l'époque des fondateurs de Poudlard, ils ont donc plus de mille ans. »

« Je vous remercie pour ces informations fortes utiles, » Railla Severus. « Allez venez Potter, continuons notre visite ! »

Harry traînait encore, regardant les hautes étagères remplies de livres, visiblement impressionné.

« Potter, dépêchez-vous, on ne va pas y passer la nuit. »

Harry fit un signe de la main au portrait qui lui fit un nouveau clin d'œil et suivit son professeur.

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« Vous n'avez pas besoin de visiter la salle d'entraînement, je pense que vous êtes capable de la trouver par vous-même. Maintenant, ce salon qui vous semble si moldu, celui dans lequel nous déjeunons… Regardez ! »

Il alluma une bougie d'un geste de la main. Et toutes les autres s'illuminèrent. La moitié de la pièce changea d'apparence, s'ouvrant sur une partie plus grande cachée jusque là par un petit bar moldu. Quelques tableaux représentant des paysages et des personnages étaient accrochés. Harry reconnut les quatre fondateurs. Severus parut aussi surpris que lui de voir réunis dans une même pièce les fondateurs de Poudlard.

Tous étaient muets comme si quelque chose les empêchait de prendre vie.

« Je n'avais jamais vu ces portraits avant. » Commenta Severus comme s'il se parlait à lui –même.

« Vous êtes déjà venu ici ? »

« Oui, Albus m'a fait visiter une partie de sa maison il y a environ cinq ans. Oubliant de me dire que certaines pièces étaient piégées. Je suis venu ici, mais je n'avais pas vu ces portraits, c'est vraiment bizarre. En plus, ils semblent comme… endormis. »

Il ne dit rien de plus et les deux sorciers continuèrent leur exploration.

La salle était immense, comme si elle s'était agrandie également de l'extérieur. Harry était certain qu'il y avait suffisamment de place pour danser, non pas qu'il le souhaitât, mais il pouvait presque voir des ombres danser sur le parquet. Cette vision le fit frissonner.

A leur contact, les murs et les objets semblaient reprendre vie. Harry pouvait presque entendre une musique lointaine. Une scène d'un passé lointain semblait doucement s'éveiller.

La voix de Snape le fit sortir de son état semi-hypnotique.

« Je crois, Potter, qu'il est possible de réduire la piste de danse en éteignant simplement cette bougie à votre droite, regardez ! » Et Severus éteignit la petite bougie. La salle reprit des proportions plus accueillantes.

Un canapé faisait face à la cheminée. Au centre de la salle, deux fauteuils en velours se tenaient des deux côtés d'une petite table sur laquelle était posée un échiquier dont certaines pièces avaient été bougées, comme si les occupants continuaient à jouer régulièrement. Mais après tout, peut-être qu'un jeu sorcier était capable de jouer seul.

Les photos sur le manteau de la cheminée étaient vides, comme si les occupants avaient tous décidé d'aller se promener en même temps, donnant une atmosphère étrange à la pièce.

Sur le mur en face de la cheminée, Harry vit une vitrine. Un objet attira son attention. Il s'agissait d'une petite boite en velours grenat. Elle ne paraissait pas d'origine sorcière comme le reste des bibelots. Elle ne leur parlait pas comme certains objets, ne rechigna pas quand Harry la prit et ne cria pas quand il l'ouvrit. Au contraire, elle émit une douce mélodie qui lui réchauffa le cœur. Il avait l'impression de la connaître, comme s'il l'avait toujours entendue sans en avoir conscience.

Snape regarda vers lui, attiré sans doute par la musique mais détourna son attention du jeune homme dès qu'Harry referma la petite boite.

Il était bien plus fasciné par le magnifique piano noir. Comme Harry, il sentait une atmosphère étrange imprégner cette pièce. Il aurait voulu jouer, mais avait la sensation qu'une force le repoussait. Les touches du piano s'enfonçaient toutes seules de temps à autre, mais aucun son n'en sortait. Et pourtant, en tendant l'oreille, lui aussi entendait la douce mélodie.

Un cadre était posé sur le piano. Il était vide comme tous les autres. Deux bracelets, semblables à ceux qu'ils avaient maintenant au poignet attirèrent son regard. Le serpent et le griffon faisaient office de décoration.

Le dernier objet sur lequel il focalisa son attention fut une boule à neige. Il la prit et la secoua. La neige tombait au-dessus d'une maison qui ressemblait curieusement au 'Refuge'. Malgré lui, son cœur se serra.

Tout ce qu'il voyait lui rappelait quelque chose qu'il ne pouvait définir. Un arrière-goût amer de joie et de tristesse s'empara de lui.

Il s'approcha de la fenêtre.

C'était encore plus étrange qu'il ne le pensait. Ils étaient à la fin du mois d'août, presque déjà en septembre, mais quand il regarda par la fenêtre, il vit la neige tomber. La scène était restée figée. C'était une scène d'hiver. L'étang était complètement gelé, le saule pleureur givré et la neige recouvrait le sol. Il se demandait de plus en plus si la pièce n'avait pas subi un sortilège d'immobilité. Il n'avait pas cru une seule seconde que cette maison pouvait jouer avec le temps. Mais maintenant il commençait à se poser des questions.

Malgré tout, cette salle était vraiment accueillante et chaleureuse. Ils savaient tous les deux qu'ils reviendraient ici. Ne serait-ce que pour se détendre après une journée d'entraînement.

D'un commun accord, ils sortirent, jetant un dernier coup d'œil à cette salle qui pourrait devenir leur Refuge, au sens littéral du terme cette fois.

Ils ne virent pas la petite horloge si semblable à celle des Weasley, comportant les noms : Severus, Harry, Eléane.

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Malgré tous leurs efforts, ils ne parvinrent pas à accéder aux pièces qui se situaient à l'étage.

Ils décidèrent donc de s'attaquer aux quartiers de Harry. Le salon du rez-de-chaussée joliment décoré était d'aspect moldu.

Un meuble en bois, peut-être du merisier, contenait téléviseur, magnétoscope, lecteur dvd et chaîne stéréo. Un téléphone prenait place sur une table basse.

Severus regarda ces objets atypiques d'un œil peu amène.

Il s'approcha de la table ronde et en fit le tour, passant à côté de quatre chaises. Le canapé placé devant le meuble de télévision paraissait confortable.

Il cherchait une source magique plus puissante que les autres.

Il fit le tour de la salle des yeux et aperçut, appuyée contre un mur, une petite bibliothèque. Elle contenait des livres et des babioles diverses. De l'autre côté, une porte menait à un petit salon, plus chaleureux, plus intime. Deux fauteuils étaient placés l'un à côté de l'autre, devant une petite table. Ils faisaient face à une cheminée. Une grande fenêtre donnait sur un jardin d'apparence assez grand.

Severus, comme Harry, sentait les murs irradier d'une puissante magie. Le sorcier le plus âgé se dirigea vers la bibliothèque, regarda les objets qui se trouvaient à l'intérieur, le nom des livres et en tira un, comme il était censé le faire, mais rien ne se passa.

« Potter, venez ici ! » Harry s'approcha avec curiosité, « Tirez ce livre-là, celui qui s'intitule, 'La magie est parmi nous'. »

Harry avait à peine posé la main dessus que la salle se mit à trembler. Une voix grave lui répondit « Bienvenue Monsieur Potter. Nous sommes désormais à votre disposition. Cette aile est vôtre. »

Avec ces mots, la bibliothèque se décala légèrement, cachant par la-même la porte par laquelle ils étaient entrés et laissant place à une petite ouverture. Le jeune homme entra avec précaution. Il s'agissait apparemment d'une étude. Elle était assez grande et très éclairée. Elle menait directement sur le grand jardin qu'il avait déjà aperçu de sa chambre.

Des toiles vierges étaient accrochées aux murs et l'une était posée sur un chevalet, attendant d'être peinte. Quand Harry entra, les murs et les toiles se colorèrent, s'animèrent, puis redevinrent blancs. La toile vierge sur le chevalet prit vie devant eux : elle esquissait un dessin au fusain. On aurait presque pu voir les doigts tenir un crayon et tracer les traits. Harry était médusé : il se voyait tel qu'il était actuellement. Les moindres détails étaient présents : le bracelet à peine visible à son poignet, l'accroc qu'il avait fait dans le bas de sa robe noire… les cernes de Snape et son regard troublé.

La scène représentée semblait si réelle qu'il en frissonna.

Le mur reflétait ses émotions, ses désirs, ses craintes. Les images étaient d'un réalisme saisissant. Elles montraient ses amis, tels qu'il les avait gravés dans sa mémoire, lui, Snape, ses parents, Dumbledore. Les images défilaient les unes après les autres. Des réminiscences, des souvenirs… C'était assez perturbant et les deux occupants quittèrent rapidement les lieux. Harry reviendrait certainement plus tard, mais pour l'instant, ces images étaient trop déconcertantes.

En ressortant, ils virent que la bibliothèque avait à nouveau bougé et qu'une nouvelle porte était apparue. Cette fois-ci, elle conduisait à un petit laboratoire. Snape fut surpris en le voyant. Pourquoi Potter aurait-il besoin d'un laboratoire, lui qui savait à peine préparer une potion ? Mais un fait ne lui avait pas échappé : dans chacune des salles qu'ils avaient visitées, il y avait un miroir. Il devait relire la lettre de Dumbledore, peut-être en parlait—il quelque part.

Harry ressortit rapidement. Tout comme Snape, il ne comprenait pas pourquoi il avait besoin d'un laboratoire. Il est vrai qu'il commençait à aimer préparer des potions, mais de là à avoir son propre laboratoire, c'était un peu trop.

Il monta à l'étage sans attendre son mentor. Après tout celui-ci saurait bien le retrouver. Ses 'quartiers' étaient tels qu'ils avaient été jusqu'à présent. Ou à peu près.

Le salon s'était agrémenté d'étagères supplémentaires. Un miroir avait trouvé sa place dans un coin de la pièce, le bureau s'agrandissait selon la place dont il avait besoin. Tout semblait donc à peu près normal.

Le miroir de son armoire était maintenant magique et le meuble semblait vouloir décider de sa garde-robe. Il ne pensait pas pouvoir vivre avec des meubles aussi bruyants. Quand il s'assit sur le lit, celui-ci vibra. Il se dit qu'avoir un matelas à eau devrait être drôle et le lit se transforma. Il se leva donc rapidement. C'est à ce moment-là que Snape arriva.

« Quand vous aurez fini vos enfantillages vous me préviendrez ! »

Et il s'en retourna, ne laissant pas le temps au jeune homme de répliquer.

Sa salle de bains s'était considérablement élargie, la baignoire était immense et apparemment, il pouvait changer à volonté la couleur de l'eau, mettre de la mousse ou des sels. A côté se trouvait un jacuzzi. Bref, il ne s'était pas attendu à ce que sa salle de bains ait autant changé.

Une étagère se déplaça, lui montrant qu'une nouvelle pièce s'était ouverte. Il s'agissait d'un petit bureau dont il avait également accès de l'extérieur. En temps normal, cette petite pièce ne comportait qu'un petit bureau surmonté d'un ordinateur accompagné de disquettes et de cds.

La salle n'avait pas vraiment changé, mais l'atmosphère semblait différente. D'ailleurs l'ordinateur était allumé. Il essaya de l'éteindre, mais sans succès. Et voilà que la machine voulait travailler toute seule ! Sur les potions en plus ! Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous dans cette maison avec les potions ? Il décida de quitter la pièce sans plus attendre. Cette maison était vraiment plus qu'étrange. Il n'avait pas vu que, sur le bureau, des personnages dans un cadre lui faisaient des signes.

Harry et Severus se dirigèrent ensuite vers le quartier des invités qui avait tout d'une vraie suite. Les portraits sur les murs étaient bien de la famille Dumbledore. Ils étaient bien éveillés et se parlaient entre eux. Apparemment, cette salle était réservée de préférence aux invités sortis de la maison du lion puisque les murs étaient rouges et or, enfin, jusqu'à ce que Snape entre. En effet, les murs prirent soudain une teinte verte et argent, comme si sa simple présence avait changé la couleur de la salle. Par ailleurs, les armoiries sur la porte de la chambre se modifièrent. De lion, elles devinrent serpent.

Ils n'allèrent pas dans la cuisine, dans laquelle ils allaient suffisamment fréquemment et se dirigèrent vers l'aile de Severus.

Son aile était semblable à celle de Potter. Sauf qu'à la place de l'atelier d'art, il avait une salle de musique. Des sons en sortaient chaque fois qu'il ouvrait la porte et Severus se demandait s'il n'allait pas commencer à avoir mal à la tête.

Heureusement que leurs quartiers individuels n'était pas aussi étrange que ce qu'ils venaient de voir dans l'aile centrale.

Enfin, c'était bien un cadeau digne d'Albus.

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Ce jour—là, ils ne firent rien de plus, mais l'entraînement de Harry devenait de plus en plus difficile. Severus voulait qu'il puisse se débrouiller seul dans deux mois. Deux mois c'était court, mais après cette date, le maître des potions devrait entraîner Drago et il ne savait pas s'il pourrait continuer à superviser l'entraînement du jeune Gryffondor.

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Chaque soir, après l'entraînement, Harry et Severus se retiraient dans leurs quartiers respectifs, lisant et se reposant avant et après l'heure du dîner. Il était rare qu'ils restent ensemble. Ils ne s'entendaient pas encore suffisamment bien pour supporter la présence de l'autre en dehors des heures qu'ils étaient obligés de passer ensemble.

Severus s'enfermait dans ses quartiers et jouait du piano ou lisait un livre. Harry faisait de même au début. Mais depuis qu'il avait entendu les talents de Severus, il venait parfois discrètement le rejoindre et s'installait derrière la porte pour écouter la douce musique. Elle lui faisait ressentir tant d'émotions différentes qu'il se demandait encore comment cet homme pouvait insuffler autant de choses rien qu'en jouant.

Il lui arrivait souvent de retourner dans ses quartiers, les joues trempées de larmes, sans pour autant se souvenir d'en avoir versé une seule.

Il lui arrivait aussi de se rendre dans le petit salon qu'ils avaient découvert en visitant la bibliothèque. Il prenait un livre et s'installait sur le canapé, regardant le feu de la cheminée, toujours figé, ou passait des heures à regarder par la fenêtre magique la neige tomber, se demandant comment battre Voldemort. Il restait là de longues heures. Parfois Severus le rejoignait, mais à d'autres moments, il partait avant l'arrivée de son mentor.

Chacun avait ses propres occupations.

Il n'était pas rare que les deux sorciers se retrouvent dans la petite salle. Parfois ils restaient chacun dans leur coin, mais d'autres fois, ils jouaient aux échecs. La première fois que Severus le lui avait proposé, Harry était en train de lire un manuel de défense contre les forces du mal. Il baillait et Severus se rendit compte que son jeune compagnon s'ennuyait. Il avait tout simplement posé son livre et lui avait demandé,

« Potter, est-ce qu'une partie d'échec vous tenterait ? »

Harry l'avait regardé avec des yeux ronds comme s'il n'avait pas compris ce qu'il venait de lui dire.

Son mentor avait alors levé les yeux au ciel et répété, « Potter ! Echec ! »

« Euh, oui si vous voulez monsieur, mais je vous préviens, je ne suis pas très bon. »

« Ce n'est pas grave, je vais vous apprendre. »

« D'accord ! Ensuite on pourra faire une partie de dames, j'ai vu un jeu dans la vitrine. »

« Une partie de dames ? Qu'est-ce que ce jeu peut bien être ? Rien de vulgaire j'espère ? »

« Non professeur. Si vous voulez, vous m'apprenez à jouer aux échecs et je vous apprends à jouer aux dames ! »

« Pourquoi pas ! »

« En place ! »

Harry perdit cette partie et beaucoup d'autres par la suite, mais la salle reprit les couleurs de l'été. Elle perdit de son immobilisme. Dehors la nuit était tombée, mais il ne faisait pas froid, ce n'était plus de la neige qui tombait, mais de la simple pluie. Les portraits se réveillèrent petit à petit, sans pour autant faire attention aux personnes présentes dans la pièce et ce repos du soir appris aux deux sorciers à être ensemble sans avoir le statut de maître ou d'élève, sans celui non plus d'enfant ou d'adulte. Ils étaient simplement deux personnes qui essayaient de trouver un peu de calme et de normalité dans un monde en guerre ou qui allait entrer en guerre.

Et c'est là qu'ils apprirent à se respecter. C'est là qu'Harry éclata de rire pour la première fois devant Severus quand une tour refusa de faire le déplacement demandé.

C'est là aussi que Harry vit pour la première fois les traits de Severus se détendre pour voir naître un sourire sur ses lèvres, un vrai sourire.