Chapitre 10 : Noël
Lorsqu'il arriva, il était déjà tard. Severus était dans son laboratoire à préparer des potions.
« Déjà de retour ? » Lui demanda-t-il sans lever les yeux.
Harry acquiesça simplement. « C'était plus difficile que je ne le pensais. Les voir heureux ainsi -»
« Vous les enviez ? »
« Oui, un peu, je l'avoue. Mais d'un autre côté, ils me semblent tellement naïfs… » Le jeune homme posa son coude sur la table et tint sa tête dans sa main. La tension était retombée et il se sentait extrêmement fatigué. La présence de Severus l'aidait. C'était comme si le simple fait qu'il soit près de lui lui donnait de la force et éloignait ses soucis.
« Parce que vous croyez ne plus l'être ? Vous vous trompez monsieur Potter. » Railla Severus.
Harry le regarda avec des yeux noirs mais préféra changer de sujet. « Et comment s'est passé votre journée ? »
« Mieux. Mais je crois que le jeune Malfoy ne pourra jamais me faire confiance. Il faudrait qu'il puisse parler à quelqu'un d'autre. »
« Pas à moi. Il me déteste, je risquerais d'empirer les choses … » Il se tut, il venait manifestement d'avoir une idée. « J'ai vu Ginny Weasley cet après-midi. Elle prend des cours avec Mme Pomfresh afin de devenir médicomage, ce serait bien qu'elle puisse instruire Drago. Il acceptera, elle est de sang pur après tout. »
« Oui, ce serait une idée intéressante à travailler. Harry, vous devenez de plus en plus Serpentard. » Ses yeux brillaient de malice.
« Ce commentaire émanerait de quelqu'un d'autre, je me sentirais vexé, mais puisque c'est vous, je pense que je dois en être honoré. Bon, vous avez bientôt terminé votre potion ? J'ai une partie d'échecs à gagner. »
« Vous croyez ? » Severus haussa un sourcil. « Et pour votre gouverne sachez que oui, j'ai terminé, mais j'aurais été beaucoup plus rapide si vous m'aviez donné un coup de main. » Répondit-il avec une lueur d'amusement dans le regard.
Le Serpentard rangea les ustensiles et suivit le Gryffondor hors de la salle.
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Severus apporta les potions à Voldemort et comme il l'escomptait, il lui demanda de la donner au serpent. L'animal rampant avait l'air d'aller parfaitement bien. Il la versa dans une écuelle et lui donna. Suivant les ordres de Voldemort, Nagini avala la potion, aromatisée au goût du serpent.
Ce qui l'étonna fut de voir son maître revigoré d'une énergie nouvelle, comme si ce n'était pas le serpent mais lui qui avait pris la potion. Son maître était content de lui, ce qui poussa Severus à lui poser une question.
« Maître, puis-je vous entretenir du jeune Malfoy ? »
« Bien sûr Severus, je t'écoute. »
« Maître, je ne crois pas avoir le temps de tout apprendre au jeune Drago. Il apprend vite, mais le temps est compté. Je pense qu'il serait bien qu'il apprenne l'art de guérir. Son expérience pourrait nous être bien utile sur le terrain. »
« C'est très bien pensé Severus. Tu veux plus de temps pour l'entraîner ? »
« Non mon seigneur. En fait, j'ai entendu dire que la jeune Weasley prenait des cours auprès de Mme Pomfresh afin de devenir médicomage. Je me suis dit qu'elle pourrait l'entraîner à cette spécialité. Je ne suis pas certain qu'elle soit dans le camp des amoureux de moldus et en la mettant face à Drago, elle pourrait peut-être se joindre à nous. »
« Severus, je suis fier de toi. Une nouvelle recrue, une nouvelle espionne, ce serait parfait. Je te laisse t'occuper de tout, à ta guise. Préviens-moi dès qu'elle change de camp. »
« Bien mon seigneur. »
Et il disparut, prêt à rejoindre Drago au manoir des Snape.
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« Drago, je crois que cette séance est la dernière que nous aurons avant l'année prochaine. Il me semble que tu pars avec tes parents ? »
« Oui. Nous allons en France cette année. » Dit-il sur un ton hautain.
« Ce n'est pas la peine de vous enorgueillir ainsi devant moi monsieur Malfoy. J'espère que vous continuerez à faire vos exercices pendant ces deux semaines parce qu'à votre retour nous aurons autre chose à faire que de revoir ce que vous êtes censé savoir. » Lui-dit-il sur un ton dur.
« Vous croyez vraiment que mon père me laisserait être paresseux, même pendant les vacances ? » Drago semblait irrité, presque en colère.
« Je suppose que non. Quoi qu'il en soit, à la rentrée, j'aimerais que vous preniez des cours avec une apprentie médicomage. »
« Mais je n'en connais pas ! Et je ne crois pas que mon père serait d'accord. »
« Ce que votre père pense n'a pas d'importance. Le Maître a donné son accord. Quant à votre professeur, j'ai pensé à la jeune Miss Weasley. Elle est la disciple de Mme Pomfresh, elle pourra vous apprendre beaucoup. »
« Mais elle fait partie des adorateurs de moldus. Je ne veux pas apprendre quoi que ce soit d'elle. »
« Ne faites pas l'enfant M. Malfoy. Si elle accepte, soyez-en reconnaissant et travaillez avec elle du mieux que vous pouvez. Le Seigneur Noir l'a ordonné. »
« Très bien. De toute façon, je doute qu'elle accepte. »
« Nous verrons. Bon, commençons cette leçon ! »
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Comme tous les matins, Harry s'entraîna dans la salle d'exercices puis étudia à la bibliothèque. Son regard ne cessait d'aller et venir au miroir, incapable de se concentrer. Il décida finalement de s'écouter et avança la main vers la glace. La froideur du verre lui coupa le souffle mais quand il ressortit sa main du miroir magique, il tenait quatre miroirs de poche. Il espérait pouvoir en donner à ses amis et peut-être à Drago. Si Severus était d'accord.
Noël approchait à grands pas et il était décidé à acheter des cadeaux à ses amis. Il regarda rapidement l'heure et décida qu'il avait encore le temps de sortir sans que Severus ne remarque son absence.
Il n'avait jamais été sur le Chemin de Traverses pendant les fêtes de Noël. Il découvrit les rues illuminées et fut saisi par tant de beauté. Il faisait froid, mais la neige n'avait pas encore commencé à tomber. Il y avait dans cette atmosphère de fête, une joie et un espoir normalement absents.
Sortant rarement pendant les vacances d'hiver, il s'émerveillait des décorations enchanteresses. Devant les vitrines des magasins, les chants de Noël résonnaient joyeusement. Des étincelles s'illuminaient lorsque les passants s'arrêtaient devant un magasin.
Les moldus ne savaient pas ce qu'ils fêtaient à Noël. C'était devenu une fête familiale, synonyme de rapprochement mais aussi de consommation. Les sorciers eux, célébraient la magie. En ce jour, ils établissaient un lien unique avec tout ce qui les rendait différent des moldus.
En ce jour, l'air était saturé de magie, comme si elle déployait sa puissance bienfaitrice pour redonner espoir, pour apporter la paix et la bonne humeur. Inaugurée par Merlin, il y a bien longtemps de cela, les sorciers perpétuaient la tradition, se rassemblant si possible pour chanter, pour communier avec leur magie, mais aussi pour communier les uns avec les autres. C'était le soir où tous les sorciers étaient unis. Qu'ils soient de sang pur, de sang mêlé ou d'origine moldue. Tous ressentaient la puissance de la magie.
Harry qui s'était entraîné à ressentir justement les émanations de sa magie et celle des autres, s'emplit de calme, d'apaisement et de bien-être. Les gens autour de lui discutaient comme ils ne le faisaient plus depuis que le début de la guerre. C'était comme si une brèche s'était ouverte et que la guerre s'était arrêtée. L'amour emplissait tous les cœurs.
Il trouva facilement le cadeau de Ron. Son ami avait toujours souffert des problèmes d'argent de ses parents et il savait que ni lui ni les Weasley n'accepteraient qu'il leur en prête. Il décida donc d'investir dans une société fabriquant des balais et de lui donner la concession afin qu'il ait une rentrée d'argent fixe. C'était un très beau cadeau.
Il ferait cadeau du Square Grimmaurd à Remus, et à Tonks, si elle décidait de vivre avec le loup-garou. Pour Ginny, il trouva des instruments pour médicomage et guérisseur dont elle aurait besoin plus tard si elle continuait dans cette voie. Il ne voulait pas lui offrir quelque chose de plus intime. Il ne voulait pas qu'elle se fasse d'illusions. Il désirait rester ami avec la jeune fille, mais il savait maintenant que rien de plus ne se passerait entre eux. Il lui prit également une boule à neige représentant Poudlard. A l'intérieur, on voyait les petits personnages se déplacer. A l'aide d'un peu de magie, elle pourrait recréer la vie qu'ils avaient menée à Poudlard et les voir tels qu'ils étaient à l'époque.
En entrant dans une librairie ancienne, il fut assailli par des étincelles rouges, bleus, vertes, violettes et en levant les yeux, il vit du gui. Il se fit une note afin d'en acheter pour la maison. Et il ne devait pas oublier le sapin.
Il trouva rapidement ce qu'il cherchait : le cadeau de Hermione. Il comptait lui offrir des livres rares et anciens sur l'histoire de Poudlard, des fondateurs et des créatures magiques. Il espérait faire plaisir à la jeune fille. Le vendeur les emballa dans un paquet spécial. Très petit, il étouffait les livres, réduisant leur taille. Dès qu'elle toucherait l'enveloppe, elle entendrait des rires venant de l'intérieur et aurait une irrépressible envie de rire. Il se demanda s'il devait trouver le même papier pour Severus. La pensée le fit sourire.
Le cadeau de Severus fut plus difficile à trouver. Il refusait de lui acheter des ingrédients pour potions. C'était trop commun. Non, il voulait trouver quelque chose qui le touche et qui lui fasse plaisir.
Le son du piano faisait maintenant parti de son quotidien et il voulait continuer de l'entendre jouer.
Il entra dans un boutique de musique et fut accueilli par des chants, de la musique, des partitions tournoyants autour de lui joyeusement. Il se demandait s'il devait s'en amuser ou en être agacé.
Les partitions étaient si nombreuses qu'il ne savait lesquelles choisir. En discutant avec le vendeur, il décida d'acheter des partitions de compositeurs moldus et sorciers.
Il en profita pour acheter des chants de Noël. Il lui suffirait d'ouvrir une petite boite ou de secouer une petite boule pour entendre et voir des chants et des danses.
Finalement, le papier cadeau serait lui aussi assez spécial et il avait hâte de voir la réaction de son ami.
Il retourna au Refuge, de très bonne humeur, le cœur remplit d'espoir et d'amour. Il enleva son déguisement. Il ne parlerait pas de sa sortie à Severus. Il savait que son aîné s'inquiéterait inutilement à cause de cette escapade. Il ne lui était rien arrivé, personne ne l'avait reconnu, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, non ?
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Lorsqu'il arriva, Severus se demanda s'il ne s'était pas trompé de maison. Tout était décoré de rouge, vert, bleu, gris…De petites bougies avaient été placées un peu partout ce qui donnait à la salle une atmosphère féerique.
Il fit le tour des pièces qui étaient toutes plus ou moins décorées, mais faillit s'étrangler quand il mit les pieds dans leur petit salon. Un sapin de taille moyenne trônait dans un des coins, des bougies avaient été allumées un peu partout, créant une atmosphère intime et religieuse.
Ebahi, il trouva finalement Potter au laboratoire. Sans préavis, il lui ordonna de s'expliquer, « Potter, qu'est-ce que signifie tout ceci ? »
« Bonjour à vous aussi Severus. » Répondit le jeune homme sans lever les yeux de sa potion. « Moi aussi je suis content de vous revoir. »
« Potter ne jouez pas ce petit jeu avec moi. Pourquoi ces bougies, ces guirlandes, les chants et le sapin dans le petit salon ? » Il le menaçait du regard.
« Voyons, si ce n'est pas suffisamment visible, je devrais peut-être rajouter du gui et des guirlandes. »
« Potter ! »
« Severus, c'est Noël ! Nous avons le droit de nous amuser nous aussi de temps à autre. »
« Vous auriez pu m'en parler ! »
Harry daigna enfin lever les yeux. Il avait essayé la potion et ne portait donc plus de lunettes. Lorsque le regard de Severus s'attacha à celui du jeune homme, son cœur se serra une fois de plus. Incapable d'écouter ce qu'il lui disait et incapable de détacher ses yeux de ce regard d'émeraude, il tourna les talons et claqua la porte. Voilà une attitude que le Gryffondor ne parvenait pas à comprendre.
Sachant qu'il valait mieux attendre que la colère retombe, il ne le suivit pas. Il termina tranquillement sa potion. Il n'avait rien à se reprocher. Si Severus voulait le voir, il saurait où le trouver.
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Ce soir-là, il ne revit pas le maître des potions. Ce n'est que le lendemain soir qu'il eut l'opportunité de lui demander ce qui n'allait pas.
Le maître des potions s'était réfugié dans le petit salon et buvait un verre de cognac. En arrivant, Harry posa une main sur son bras et sentit son aîné tressaillir mais celui-ci ne leva pas les yeux.
« Severus, que se passe-t-il ? »
« Rien qui vous regarde Potter. » Répondit-il amèrement.
« Si j'ai fait quelque chose pour vous mettre en colère, j'aimerais savoir ce que c'est. » Il n'avait pas enlevé sa main du bras du Serpentard et essayait de le regarder dans les yeux, mais son aîné refusait de rencontrer son regard.
« Severus ! Pour l'amour du ciel, aidez-moi ! » Cria Harry de frustration.
Son mentor tira violemment sur son bras pour que le jeune homme le lâche, mais ne répondit pas.
« Est-ce les décorations de Noël ? » Demanda-t-il à voix basse.
Pas de réponse. Les doigts se resserrent autour du verre.
« J'ai simplement voulu que l'on passe des fêtes comme tout le monde. Que l'on oublie que l'on était en guerre l'espace d'une soirée et que l'on célèbre la magie. Tout le monde semblait si heureux hier et c'était la première fois que je voyais une chose pareille. Je pensais que ça vous ferez plaisir. »
« Eh bien ne pensez pas. Apparemment ça ne vous réussit pas. » rétorqua le maître des potions d'une voix qui claqua sèchement.
« Severus s'il vous plaît. Vous savez que ces phrases mesquines ne me touchent plus. Je sais que vous ne le pensez pas. Je vous ai blessé d'une manière ou d'une autre et je voudrais savoir comment. » Il s'assit en face de l'autre homme et se servit également un verre, ce qui lui valut un regard noir.
« Alors ? »
« Je n'aime pas cette fête, ça vous va ? » Railla-t-il.
« J'avais compris. Ce que je veux savoir c'est pourquoi. »
« Est-ce que vous me laisserez tranquille si je vous le dis ? »
« On verra. »
Un autre regard noir.
Silence.
« Ma mère est morte juste avant Noël ; orphelin, j'ai été élevé par son frère qui me détestait pour être le fils d'un moldu. Noël était la période à laquelle il préférait me battre ou me laisser enfermé dans la cave, sans rien à manger. Le soir du réveillon, il arrivait généralement ivre et brûlait les affaires ayant appartenu à mon père. Je détestais cet homme et cette fête me le rappelle bien trop. La boite que Dumbledore vous a confiée pour moi contenait des pensées liées à ma mère et à mon oncle. J'ai découvert que tout ce que je prenais pour la vérité n'était que mensonges.
Les raisons pour lesquelles je détestais mon père et les moldus n'étaient pas fondées… Cet homme m'a fait entrer au service du Seigneur Noir et c'est à Noël que j'ai sacrifié ma première victime.
Vous comprenez maintenant pourquoi je n'aime pas cette fête ? »
Harry resta silencieux quelques instants puis s'approcha de l'autre homme, posa sa main sur sa joue et lui dit, « Severus, regardez-moi. »
Le maître des potions ne put que répondre à l'injonction. « Cette année sera différente. Je serai avec vous et nous passerons tous les deux notre premier Noël heureux, ou aussi heureux que nous puissions l'être. Il ne faut pas rester avec ses souvenirs négatifs. Il faut en reconstruire d'autres et c'est ce que nous allons faire cette année. »
Noyé dans des yeux cristallins, Severus ne put qu'acquiescer. Harry lui sourit gentiment. « Cette année Severus, nous ne serons pas seuls. Nous serons ensemble et j'ai bien l'intention que cette fête soit réussie. Après tout, il me faudra me mettre à la recherche des horcruxes par la suite et ce sera peut-être mon dernier Noël. »
Le jeune homme regarda Severus d'un œil nouveau. Comme il s'y attendait, sous son épaisse carapace, il existait des trous béants créés par l'absence d'amour. Il ne comprenait pas pourquoi, mais il voulait remplir ces vides. Il voulait voir son ami sourire. Voir son visage s'illuminer.
Sa joue était étrangement fraîche. Ses yeux se verrouillèrent dans ceux d'onyx et une calme acceptation s'empara de lui. Il avait la sensation que tout se passerait bien. Il n'avait plus peur de rien. Le futur serait ce qu'il serait. Il avait l'intention de passer des fêtes de fins d'année aussi bonnes que possible.
Il enleva sa main et sentit monter en lui une pointe de regret dont il refusa d'explorer les raisons.
« Alors, comment s'est passé votre cours avec Drago ? Toujours aussi arrogant j'espère ? »
Severus sortit de sa torpeur et le regarda avec un agacement mêlé d'amusement. « Potter, ça suffit. Je vais finir par croire que c'est vous le gamin arrogant. »
Harry fit mine de s'offusquer, content que sa remarque ait déridé son compagnon. « Alors ? Lui avez-vous parlé de Ginny ? »
« Oui. Maintenant c'est à vous de jouer. Il n'avait pas l'air ravi, mais comme c'est un ordre du Seigneur des Ténèbres, il ne peut pas refuser. »
« Très bien. Au fait, j'ai commencé à faire des recherches sur la marque noire. J'ai trouvé un livre ancien, parlant de ce genre de marque magique. Il les associe à celles issues d'une union et elles sont normalement ineffaçables. Le lien ne peut pas être rompu. Sauf, si le lien a été imposé et s'il est de nature démoniaque, ce qui est votre cas. Le charme est assez compliqué et n'est pas entièrement retranscrit, mais je crois qu'il y a une chance -»
Severus leva la main et regarda le Gryffondor avec une pointe de respect et de méfiance. « Je vous remercie d'avoir fait ces recherches, mais pour l'instant, j'ai besoin de cette marque. Elle me permet d'espionner les rangs des mangemorts et de savoir si quelque chose se prépare. Je ne peux pas déserter, pas maintenant. Il y a trop en jeu. »
Harry plongea ses yeux dans ceux d'onyx et n'y vit que de la détermination. Il admirait ce courage, mais ne comprenait pas l'attitude de son aîné, « Mais Severus, à chaque fois que vous allez voir Tom, vous en revenez blessé. »
« C'est la raison pour laquelle il faut le vaincre. Je dois continuer à le surveiller. »
« Je comprends. Mais ça ne veut pas dire que j'approuve. Je vous en prie, dès que ça deviendra dangereux, quittez ses rangs. »
« Je ferai ce que je dois. Comme vous. »
« Oui, comme moi. »
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Les jours passèrent lentement. Harry reprit son entraînement. Severus qui était content de voir que son disciple n'avait pas chômé. Harry avait appris de nombreux sorts et charmes nouveaux. Il était particulièrement impressionné par son bouclier de protection et le sort d'invisibilité l'intéressait au plus haut point.
Finalement, les rôles furent inversés l'espace de quelques jours. Harry enseignait à Severus ce qu'il avait appris.
Et ce fut Noël. Harry avait décidé d'attendre le 24 décembre au soir avant d'envoyer les paquets à ses amis. Il leur avait jeté un sort de manière à ce qu'ils ne puissent pas les ouvrir avant le lendemain matin. Il imaginait l'expression de Ron quand il essayerait vainement de l'ouvrir avant l'heure.
Il avait appris à téléporter directement un objet d'un endroit à un autre sans être obligé de se déplacer lui-même ou d'utiliser le réseau de cheminée qui n'était pas sûr. Normalement, il n'y avait aucun risque qu'ils soient découverts, mais il préférait ne prendre aucun risque.
Pour se faire pardonner, Severus avait décidé de cuisiner lui-même le soir, laissant cependant le repas du lendemain midi aux bons soins des elfes de maison. Ils voulaient passer une soirée tranquille dans leur petit salon.
Harry trouvait étrange de voir Snape cuisiner et encore plus étrange de ne pas le voir porter son habituelle robe de sorcier noire. Pour faire la cuisine, il avait mis un tablier blanc comme ceux qu'il avait pu voir sur les chefs. Loin d'être ridicule, le maître des potions paraissait aussi à sa place dans une cuisine que dans un laboratoire. Ca n'aurait pas dû le surprendre, après tout, l'homme était un maître dans l'art de préparer les potions et cuisiner s'apparentait à ce travail méticuleux.
Les mains de Severus étaient sans cesse occupées, laver, couper, émincer… le processus était si semblable à ceux des potions…
« Potter, ne restez pas dans mes jambes ou donnez-moi un coup de main. »
« Qu'est-ce que je fais ? »
Le Gryffondor remonta ses manches, prêt à suivre les ordres de son aîné. Il avait l'habitude des repas de fête. Chez les Dursley, il cuisinait souvent.
Severus parut surpris mais lui donna bientôt les ordres à suivre. Harry continuait à suivre le parcourt de ses longs doigts fins qui passaient d'un plat à un autre, d'un légume à un autre, d'une minutie parfaite. Il était attiré par ces doigts sans vraiment en comprendre la raison, mais suivait leur danse avec intérêt.
Sans ses lunettes, Harry trouva la cuisine beaucoup plus amusante. La buée ne couvrait plus ses verres et il était capable de voir ce qu'il faisait.
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Le dîner fut calme et tranquille. Habitué à la présence l'un de l'autre, ils appréciaient désormais l'intimité d'un repas en 'famille'.
Ils discutèrent longuement et tranquillement de choses et d'autres.
« Severus, j'ai une question à vous poser. »
« Allez-y, je vous écoute. » Severus haussa un sourcil, attendant la question.
« Aimez-vous enseigner ? »
« Dois-je me sentir offensé par cette question M. Potter ? » Le directeur de la maison du Serpent était sur la défensive.
« Non. Je trouve simplement que vous êtes un formidable professeur de Défense mais un abominable professeur de Potions. On dirait que vous détestez enseigner les potions. »
« J'aime enseigner. Les potions demandent une rigueur que peu d'étudiants possèdent et peu désirent étudier cette matière pourtant fascinante. La défense est moins dangereuse parce qu'on apprend certains gestes et il est rare qu'un élève trouve par hasard un équivalent beaucoup plus dangereux. » L'expression sur son visage était illisible. Y avait-il une pointe de regret ? Harry ne le sut pas.
« Et retournerez-vous à Poudlard après la guerre ? »
Severus parut surpris par la question. Son regard se fit lointain, ses yeux charbon s'éloignèrent de l'ici et maintenant comme pour retourner dans cet endroit jadis aimé. « Je ne sais pas si je veux y retourner, même si on ne m'enferme pas à Azkaban et que l'on y veut encore de moi. J'ai beaucoup de souvenirs et ce lieu qui m'était cher est devenu un cauchemar vivant. J'y ai tué mon mentor et ami, je ne sais pas si je pourrais supporter d'y retourner. »
Harry vit qu'il se fermait. Il redressait les murs qu'il avait petit à petit laissé tomber en présence du jeune homme. Ses yeux étaient durs et ne reflétaient que de la froideur, cependant c'est avec chaleur qu'il lui demanda, « Et vous Harry, qu'avez—vous décidé de faire après cette guerre ? »
« Je ne sais pas. J'ai toujours pensé qu'il fallait que je sois auror pour pouvoir lutter efficacement contre Tom, pour apprendre ce qu'il me fallait savoir. Mais vous êtes intervenu pour changer cela. J'ai appris tout ce que je dois savoir. Alors si je survis, que pourrais-je faire ? Devenir joueur de Quidditch ? Je ne sais pas, je ne pense pas que qu'être professionnel me plairait. Je ne sais pas ou du moins pas encore. »
« Vous trouverez. Des opportunités s'ouvriront à vous quand tout cela sera terminé. »
« Je l'espère. »
Le silence tomba quelques instants avant qu'ils ne reprennent une discussion plus animée.
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« Potter ! Etiez-vous obligé de mettre des chants aussi pathétiques ? »
Harry sourit légèrement. « Mais Severus, ce sont des chants de Noël. »
« Je vois que votre culture musicale et aussi mauvaise que votre connaissance du monde sorcier. Heureusement que je suis là pour y remédier. »
D'un geste de la main il fit taire 'petit papa Noël' et 'Mon Beau Sapin' puis tapota sur la boule pour que des chants grégoriens s'élèvent dans les airs.
Tous deux écoutèrent solennellement la musique, perdus dans leurs pensées. Ils étaient bien ainsi, simplement assis l'un à côté de l'autre.
Lorsque la musique s'arrêta, ils ne la remirent pas.
Harry prit alors un petit paquet qu'il avait posé sous le sapin et le tendit à Severus.
« Tenez, c'est votre cadeau de Noël. Je sais que la tradition voudrait que l'on attende demain matin, mais ce ne sera plus pareil. »
« Ce n'était pas nécessaire. Je n'attendais rien de votre part. » Lui dit Severus fièrement.
« Oui, je sais, mais ça me faisait plaisir. Et attendez de l'ouvrir avant de faire un commentaire. » Ses yeux verts luisaient de malice. Sans ses lunettes, les émeraudes étincelaient de milles feux. Cet 'enfant' ne pourra jamais cacher ses émotions, pas avec de tels yeux, se dit Severus.
« Quel tour cherchez-vous à me jouer, Potter ? » Répondit-il suspicieusement.
« Moi ? Aucun ! » Severus entendait le rire mais aussi la nervosité de sa voix.
Le professeur Snape prit lui aussi un petit paquet qu'il tendit au jeune homme, un petit sourire sur le visage. « Puisque c'est ainsi, prenez-le, c'est mon cadeau pour vous. »
Ce fut autour de Harry de se sentir gêné. « Vous n'auriez pas dû, Severus. »
« Vous savez ce que vous venez de me dire Potter. Attendez de l'ouvrir avant de me remercier. »
Le Gryffondor imita le regard précédent de son ami. « Très bien. » Il eut un vrai sourire. « Ouvrons-les ! »
Le jeune homme prit son temps pour défaire le paquet, sous l'œil attentif de Severus, qui lui n'avait pas encore commencé à ouvrir le sien.
L'expression de surprise qui se peignit sur ses traits fit sourire Severus. Voir Severus sourire, voir ses yeux s'éclairer était un fait tellement rare qu'il étreignit le cœur de Harry qui se sentit soudain aussi léger qu'une plume. Il ne comprenait pas ce sentiment mais l'acceptait simplement.
Il prit une expression outragée et s'insurgea :
« Que dois-je comprendre, Severus ? Que mes talents de joueur d'échecs ne sont pas à votre niveau ? »
« Je me suis simplement dit qu'un petit peu d'aide pour vous aider à gagner votre pari ne serait pas de refus. » Répondit celui-ci, les lèvres légèrement relevées dans un très léger sourire.
Harry éclata de rire. « Ainsi, vous voulez me voir gagner. Pourquoi ne pas me laisser faire alors ? Perdez simplement. Ou mieux, déclarez forfait. »
Le Serpentard le regarda sérieusement. « Je ne perds pas Potter. Je ne veux pas non plus vous voir gagner. J'ai simplement pensé que ce serait plus juste. »
Le Gryffondor plissa ses yeux émeraudes et rencontra ceux d'onyx. « C'est ce qu'on dit en général quand on a peur de perdre. »
Severus éclata alors de rire. Un vrai rire, le rire grave et chaleureux d'un baryton. « Harry, vous ne cesserez jamais de m'étonner. Vous et moi savons que même avec ce livre, vous ne gagnerez pas. Je suis un Serpentard, vous un Gryffondor. Jamais vous ne pourrez me battre. »
« Pourquoi ramenez toujours sur le tapis le fait que je suis un Gryffondor quand ça vous arrange. » S'exclama Harry en levant les bras au ciel. « Bon, assez parlé, ouvrez le vôtre. »
Dès que Severus essaya de l'ouvrir le paquet se mit à crier qu'il lui faisait mal. Le maître des potions dévisagea son compagnon, n'appréciant pas du tout ce papier. Après pas mal d'effort, il soupira en voyant le livre. « Merci Potter, j'ai toujours su que je pouvais compter sur vous pour m'aider à comprendre les potions. »
« Professeur, je pense qu'avec ce livre, vous devriez pouvoir me comprendre. Après tout, vous apprendrez comment on peut rater une potion. Et si vous regardez bien le nom des auteurs, vous verrez qu'il est signé par Greg et Forge Wasle. Deux charmants amis. Je suis sûr que vous vous souvenez d'eux. »
« Greg et Forge ? Je suppose que vous voulez parler de Fred et George Weasley ? Est-ce qu'ils ont écrit ce livre pour les élèves de Poudlard ? » Severus sourcilla.
Harry éclata à nouveau de rire. « Oui. Vous avez vu juste. Ils pensent les vendre à la prochaine rentrée. Vous voyez, vous avez là une édition très rare. La première. En plus, elle est signée. »
« J'en suis extatique. »
« Voyez le bon côté des choses. Si vous retournez un jour à Poudlard en tant que professeur, vous saurez si une potion est manquée parce que l'élève est nul ou parce qu'il veut vous faire une blague. »
Le jeune homme prit une expression plus sérieuse et lui tendit un autre paquet. « Voilà votre véritable cadeau. J'espère qu'il vous plaira. »
Severus eut un sourire en coin et tendit le sien à Harry. « Il semblerait que nos idées se soient rejointes. »
Harry déballa son cadeau. Il s'agissait d'un griffon semblable à celui qu'il avait sur le poignet. Les yeux verts se posèrent sur Severus avec interrogation. « Quand je l'ai vu, je me suis dit qu'il était fait pour vous. C'est un pendentif. »
« Merci. Il est vraiment très beau. »
Son compagnon hocha simplement la tête et ouvrir le sien. Il sortit les partitions d'une main tremblante. L'émotion était visible dans ses yeux noirs. « Harry – Je -»
Harry s'approcha de lui. « Est-ce que ça vous fait plaisir ? »
« Oui, énormément. J- je ne sais pas quoi dire. » Il était rare de voir le professeur Snape sans voix et il comprit que son cadeau l'avait véritablement touché.
« Et si vous jouiez quelque chose ? »
Sans mot dire, Severus se mit au piano et joua avec une liberté et un doigté qu'il ne s'était pas permis depuis des années. Quelque chose s'était rompu en Severus. Un mur était tombé. Harry regarda les doigts s'envoler, aussi léger que l'air, longs, graciles, fins… il ne s'en lasserait jamais.
Il leva ses yeux vers son visage et le vit transporté par l'émotion. Il ne portait plus de masque…
Quand il s'arrêta, Harry vint s'asseoir à côté de lui, « Merci. »
Severus haussa un sourcil. « Pourquoi ? Ce serait plutôt à moi de vous remercier. »
« Pour être là ce soir avec moi. Pour tout ce que vous m'avez appris. Pour me faire partager ce moment… »
Severus se tourna vers le jeune homme aux longs cheveux noirs broussailleux. « Vous n'avez pas à me remercier pour ça. »
Harry secoua lentement la tête pour s'éclaircir les idées. Il comprenait qu'il était de plus en plus attiré par le maître des potions. Ce n'était plus seulement ses doigts qui l'attiraient. Ces lèvres fines… Ces cheveux… Il se demandait s'ils étaient aussi doux que lorsqu'il les avait touchés quelques mois auparavant… Si sa peau était aussi douce.
« Qui vous a appris à jouer ainsi ? » Lui demanda-t-il doucement.
Le compositeur se referma sur lui et le jeune homme regretta ses paroles. « Ma mère. Elle jouait merveilleusement bien. »
Il ne put s'en empêcher. Il leva une main pour enlever une mèche qui tombait dans les yeux de Severus.
« Harry que -»
Lorsqu'il s'aperçut de son geste, le jeune homme redescendit la main, mais ce fut trop tard. Le maître des potions avait vu la fugace lumière de désir dans les yeux verts.
« Pardon, je ne sais pas ce qui m'a pris. » Dit Harry à toute vitesse. « Est-ce que vous pourrez un jour m'apprendre à jouer ? »
« Harry -» Dit-il d'une voix douce.
« Non Severus, je veux vraiment apprendre. »
Il soupira légèrement. « Un jour, on verra. » Harry sourit légèrement.
« Est-ce que je peux demander un autre cadeau de Noël ? » Demanda-t-il avec une légère inquiétude dans la voix.
Severus acquiesça d'un air douteux.
« Je trouve que vous vouvoyer est de plus en plus difficile. Est-ce que je peux vous tutoyer ? »
« Harry, non, vous êtes encore mon élève. »
« Severus, c'est ridicule. On est ici entre amis. Si je ne peux pas tutoyer mon meilleur ami alors qui ? »
Le jeune homme le fixait, ne sachant s'il devait être entre la colère ou indigné, mais son aîné avait vu autre chose dans ses yeux.
« Ce ne serait pas une bonne idée ! » Dit-il lentement.
« Pourquoi ? »
« Harry -»
« Non Severus ! Je ne vous demande pas de changer d'attitude envers moi ou de me considérer comme quelqu'un de votre famille, simplement comme un ami. » Le jeune homme parlait très vite, comme pour empêcher l'autre homme de réfléchir.
« Harry, vous êtes mon élève. J'ai vingt ans de plus que vous -»
« Et alors ? Je ne vous fais pas d'avance. Je veux simplement que vous me tutoyiez ! »
« Vous vous comportez comme un enfant M. Potter. » La voix de Severus claqua. « Pourquoi voulez-vous me tutoyer ? »
Harry baissa les yeux. « Je n'ai jamais connu mes parents. Mon oncle et ma tante n'étaient pas vraiment une famille pour moi. Or ici, j'ai l'impression de trouver ce que j'ai toujours recherché et dans une famille on se tutoie. » Dit-il dans un murmure.
« Est-ce que vous me voyez comme un père ou comme un oncle ? » Lui demanda alors Severus en essayant de réprimer un sourire.
Le Gryffondor releva la tête brutalement. « Non. Mon dieu non. Je ne vous vois certainement pas comme mon père, ni comme mon oncle. Mais nous formons une sorte de famille. Vous êtes mon mentor, mon soutien, mon ami et la seule personne sur laquelle je puisse compter dans cette guerre. »
Severus conserva le silence.
« Mais si vous n'êtes pas d'accord, je comprends. »
« Harry -» Le maître des potions était fatigué, exaspéré. « Comme cadeau de Noël ? »
Le jeune homme acquiesça lentement de la tête.
« Vous ne vous ferez pas d'illusion sur la nature de notre relation ? »
Harry secoua la tête, en signe de dénégation.
« Et vous comprendrez que je vous vouvoie pour une raison ? »
« Alors vous êtes d'accord ? »
« On verra. Je ne sais pas si vous méritez que l'on soit gentil avec vous quand vous faites des caprices de gamin. »
« Vieux croulant ! » Répondit Harry sur le ton de la plaisanterie.
« Pardon ? Pouvez-vous répéter ce que vous venez de dire Potter ? » Severus avait l'œil pétillant et le jeune homme rit de bon cœur.
« J'ai dit vieux croulant. N'est-ce pas ainsi que l'on nomme les personnes qui vous traitent de gamin à longueur de journée. »
« Idiot ! »
« Ouch ça fait mal ! » Le jeune homme mit ses mains sur sa poitrine pour simuler la douleur. « Professeur, vous m'avez touché droit au cœur. Comment pourrais-je me remettre un jour de ce commentaire ? »
« Ah la jeunesse ! Vous oublierez dans quelque temps, vous verrez. » Son regard se fit mélancolique, « D'ailleurs je pense que d'ici la fin de la guerre, vous aurez trouvé une petite femme, vous vous marierez et aurez beaucoup d'enfants. »
Harry se cala dans sa chaise et regarda dehors, « Je ne crois pas. Je- J'ai rompu avec Ginny. Je me suis rendu compte qu'elle n'était pas faite pour moi. Je cherche une personne qui puisse me comprendre, comprendre ce qu'est la magie blanche comme la magie noire. Une personne qui puisse comprendre que l'on fait parfois le mal pour un but plus grand. Une personne qui m'aime pour mes qualités autant que pour mes défauts. Et surtout une personne qui me voie moi et non pas Celui Qui a Survécu. »
Il rit d'un rire sans joie. « Mais pour cela, il faudrait déjà que je survive. »
« Tu verras Harry. Tu trouveras l'amour. »
Le Gryffondor dévisagea son mentor un long moment, « Pourquoi ne t'es-tu jamais marié ? »
« Qui te dit que je n'ai jamais été marié ? » Lui demanda-t-il après un temps de silence.
« Je ne sais pas. Vous ne seriez pas aussi sec et froid si ça avait été le cas, je pense. »
Severus sourit légèrement. Son compagnon n'avait même pas remarqué qu'il l'avait à nouveau vouvoyer, lui qui venait de le prier de le tutoyer. « Tu as raison. Je n'ai jamais été marié. »
« Pourquoi ? »
« Je ne mange pas de ce pain-là, c'est tout. »
Les yeux verts ne le quittaient pas. « Je- Je n'ai jamais trouvé la bonne personne. Et je ne crois pas à l'amour passion. L'amour est un sentiment incandescent. Il brûle comme une bougie et s'éteint. Un jour on se réveille et on se rend compte qu'on a jamais aimé. »
Le silence retomba entre eux.
Puis Harry ferma les yeux. « Je ne crois pas. L'amour est comme un papillon. Il est fragile, il faut y faire attention et le protéger. Il faut entretenir le feu de la flamme pour qu'il ne s'éteigne pas, mais il ne faut pas non plus l'enflammer sinon il détruit tout. L'amour est doux et amer. Il rend heureux tout autant qu'il déchire le cœur. C'est un pari. Il faut l'accepter pour lui donner une chance. Sans quoi, on risque de passer à côté. »
Il ouvrit les yeux. « C'est ce que je crois. »
« Aimes-tu Harry ? » Sa voix était tendue.
« Je ne sais pas. »
Il était soudain extrêmement las. Ses yeux se verrouillèrent dans ceux d'onyx. « Je ne sais pas, Severus, mais je compte bien le découvrir. »
Severus sentit un frisson le parcourir en entendant ces mots, comprenant qu'ils lui étaient adressés. Avant que ses pensées ne puissent le porter plus loin, Harry se leva, « Je crois que je vais aller me coucher. Il est déjà plus de trois heures du matin. »
Lui aussi se leva. « Dors bien. »
« Toi aussi. »
Harry avait la main sur la poignée lorsqu'il se retourna, « Est-ce que tu pourras jouer un de ces morceaux demain ? »
Le compositeur acquiesça. « On va vous refaire votre culture musicale monsieur Potter. Allez va te coucher. Tu tombes de sommeil. »
Harry avait bien du mal à partir. Une étrange mélancolie s'était emparée de lui et refusait de le quitter. Mais il savait que Severus refuserait sa compagnie. Il savait qu'il refuserait son amour, il avait déjà tant de mal à accepter son amitié. Il lui jeta un dernier coup d'œil, but l'aura de lumière qui entourait l'homme ténébreux. Dans la lumière tamisée, Severus avait tout du poète maudit : le regard perdu au-delà d'un horizon invisible, les longs cheveux noir corbeau emmêlés, les doigts fins courant sur les touches à la recherche d'une mélodie oubliée…
Il tourna la poignée et sortit.
