Chapitre 11 : La décision de Ginny

« Severus, je sors voir mes amis. Je devrais être rentré dans la soirée. »

« Sois prudent ! »

« Toujours ! » Il lui fit un clin d'œil et sortit. Harry avait mit une robe noire, un peu semblable à celle qu'il portait lorsqu'il s'entraînait, mais plus élégante et plus épaisse pour sortir. Il ne comptait pas traîner, mais il devait tout de même faire un tour à son nouvel appartement et se rendre au Terrier.

Comme il s'y attendait, des hiboux l'attendaient, dont ceux de ses amis qui lui demandaient de passer Noël avec eux et qui lui envoyaient des cadeaux. Il les réduisit et les mit dans sa poche avec l'intention de les ouvrir un peu plus tard dans la soirée lorsqu'il retournerait au manoir.

D'autres lettres l'attendaient, notamment du Ministère ou d'admirateurs. Il comptait demander l'avis de Severus, mais si ça ne tenait qu'à lui, toutes ces lettres partiraient à la poubelle.

Il transplana et arriva sans délais au Terrier. Mme Weasley qui avait été averti par un petit carillon sortit et vit Harry.

« Harry mon chéri, viens, entre. Ce que tu as encore grandi. Et pris des kilos. Tu n'es plus le garçon chétif que j'ai rencontré sur le quai de la gare. » Elle le prit dans ses bras. « Ah, comme j'étais inquiète. J'espère que tu vas rester un peu avec nous maintenant. »

Le jeune homme se dégagea gentiment de l'étreinte de cette femme qu'il avait toujours considérée comme une mère, « Mme Weasley, je ne peux pas rester. Dumbledore m'a laissé des choses à faire et je ne veux pas vous faire courir de risque en restant avec vous. Vous savez que Tom me cherche, le simple fait de venir ici vous met en danger. »

« Mais -»

« Non. Si je pouvais je vous emmènerais avec moi pour vous mettre en sécurité. Mais je ne le peux pas alors je veux vous savoir en sécurité. Je veux m'assurer que vous alliez bien. Je vous protégerai comme je le peux, mais il faut me laisser faire. »

« Mais Harry, tu n'es encore qu'un enfant. Tu n'as que -»

« Oui, je sais, je n'ai que dix-sept ans. J'ai pourtant rencontré Voldemort a plusieurs reprises et j'ai affronté les détraqueurs lors de ma troisième année ainsi qu'au début de ma cinquième. Si je suis suffisamment vieux pour ça, alors je le suis aussi pour prendre ma vie en mains, et c'est ce que Dumbledore voulait. »

Molly soupira. « Tu as raison Harry, tu parles maintenant comme un adulte. Tu viens de me réprimander comme une enfant pas sage. »

Le jeune homme aux yeux verts grimaça et rougit légèrement. « Je suis désolé, Molly. Je ne voulais pas être irrespectueux -»

« Non, tu ne l'as pas été. Je suis contente que tu sois là aujourd'hui. Allez venez jeune homme, je crois que vous êtes attendu. » Elle lui prit le bras pour le conduire à l'intérieur.

« Molly ! »

« Oui ? »

« S'il vous plaît, gardez un œil sur Ron, Ginny et Hermione. J'ai peur qu'ils ne commettent des bêtises si je ne suis pas là pour les surveiller. Je ne voudrais pas qu'il leur arrive malheur. »

Elle acquiesça.

« Prenez ceci, c'est un miroir magique. En cas de problème, dites simplement Harry et vous pourrez soit écrire un message soit me contacter directement. Si c'est important, écrivez ou criez SOS et je saurais que quelque chose ne va pas. » Il la regarda avec des yeux embrumés par l'angoisse. Elle vit alors à quel point il avait mûri. Cet enfant savait désormais gérer ses sentiments et ses peurs, mieux que la plupart des adultes. Il avait accepté de prendre ses responsabilités et assumait le poids de ses actes.

« Ne t'inquiète pas Harry, je garde un œil sur eux. »

Soupirant de soulagement, il lui emboîta le pas et ils entrèrent dans la maison.

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« Tu n'as pas répondu à nos lettres ! » Hermione croisait les bras et le regardait de haut.

Lorsqu'il était entré, la jeune fille l'avait entraîné à l'étage où se trouvait Ginny et Ron. Personne d'autre n'était dans la maison. Arthur travaillait, Bill et Fleur étaient chez eux, Charlie était retourné en Roumanie, les jumeaux dans leur boutique.

« A ton avis, pourquoi suis-je ici Mione, si ce n'est pas pour vous voir. Et oui, j'aurais pu répondre à vos lettres, mais dans ce cas, je ne vois pas pourquoi je serai venu. Je ne fais pas confiance aux hiboux. Ils peuvent être interceptés. Vigilance constante. »

« Oh non ! Pas toi aussi Harry. On en entend parler tous les jours. » S'exclama Ron.

Harry haussa un sourcil comme l'aurait fait Severus et leur demanda, « Au fait, je n'y avais pas pensé, mais ne devriez-vous pas être en formation tous les trois ? »

Ron lui fit un clin d'œil avant de répondre, « Non, nous sommes en vacances. Il ne reste que quelques jours, mais nous en profitons. »

« Des vacances alors que nous sommes en pleine guerre ? Que ne devons-nous pas entendre ? »

Hermione prit un air grave, « Le Ministre a décrété que nous devions continuer à vivre comme si Tu Sais Qui n'était pas. Sinon, il aurait gagné une bataille. Donc, nous sommes en vacances ! »

Harry leva les yeux au ciel. « Le Ministère ne comprend que ce qu'il veut comprendre. »

Soupirant, il agrandit les petits miroirs qu'il sortit de ses poches et en donna un à chacun. « Ce sont des moyens de communication discrets et utiles. Vous pouvez me contacter n'importe quand ou me laisser un message. C'est très rapide. Si on se donne une heure de rendez-vous, nous pouvons discuter longtemps et en direct. »

« Mais Harry où les as-tu eus ? On ne trouve pas ce genre d'objets n'importe où ! »

Il lui fit un clin d'œil et prit une expression mystérieuse, « Ah ça Hermione, c'est mon petit secret. Je t'en parlerai peut-être un jour. Peut-être. » Son regard se fit lointain et il fit une pause avant de reprendre le fil de la conversation « Voulez-vous venir avec moi, la semaine prochaine ? Je compte me rendre à Godric Hollow. Je pense qu'il n'y a rien à craindre. Je voudrais voir la tombe de mes parents et l'endroit où j'ai vécu avec eux. »

Hermione et Ron se regardèrent avec hésitation.« Nous voudrions venir Harry, je t'assure, mais on reprend notre stage de formation la semaine prochaine. Si tu y vas le week-end…» Hermione laissa sa phrase en suspens.

Harry fronça les sourcils. Partir le week-end ne l'arrangeait pas. C'était les seuls jours où il pouvait s'entraîner avec Severus. « Euh… je ne sais pas. Je vous tiendrai au courant. »

Ron avait pris la main d'Hermione dans la sienne et quand il posait son regard sur elle, il était plein de tendresse. Harry ne savait pas s'ils s'en rendaient compte, mais leurs gestes, leur regard, la manière dont ils se parlaient racontaient les sentiments qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre. Malgré lui, son cœur se serra. Ses amis avaient réussi à trouver un coin de bonheur dans cette guerre et il était content pour eux, même s'il se sentait exclu. Mais ne s'était-il pas lui-même exclu en décidant de ne pas les mêler à sa nouvelle aventure ?

Ron le ramena à la réalité. Le ton jovial du jeune homme le fit sourire.

« Alors est-ce que tu vas arrêter de jouer M. Mystère et nous dire où tu étais ? »

Il lui fit un clin d'œil. « Pas maintenant. Si vous voulez bien m'excuser, j'aimerais discuter avec Ginny quelques instants. Pendant ce temps, vous pouvez vous faire quelques câlins. » Hermione devint écarlate et le visage de Ron rouge comme une tomate.

« Harry, ça- ça ne t'ennuie pas, que nous -»

« Non, Ron. En fait, je suis vraiment très content pour vous. Vous avez le droit d'être heureux. »

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Harry entraîna la jeune fille rousse dans la chambre des jumeaux et jeta un puissant sort d'insonorisation, ainsi qu'un charme pour empêcher toute intrusion.

« Que se passe-t-il Harry ? » Elle paraissait un peu inquiète.

« J'ai un service à te demander, mais il ne sera pas facile et je comprendrais que tu refuses. » Il mit ses mains sur ses épaules et l'obligea à s'asseoir.

« Harry, tu me fais peur. Dis-moi de quoi il s'agit ? »

« Tu sais que je ne ferai jamais rien qui puisse te mettre en danger ? » Les yeux de la jeune fille brillaient d'incertitude.

« Oui bien sûr que je le sais. Tu es la personne la plus prudente que je connaisse. »

Le Gryffondor passa ses mains dans ses cheveux broussailleux, les ébouriffant encore plus qu'il ne l'était. « En fait, j'ai besoin d'un service. C'est à propos de Drago Malfoy -»

Elle se leva brusquement. « Tu sais où est Malfoy ? »

« Rassieds-toi Gin. Oui, je sais où il est. Je sais aussi qu'il s'entraîne afin de devenir plus fort et que son père s'est échappé d'Azkaban. »

« Mais -»

L'air résolu de Harry la fit taire. « Laisse-moi terminer ! Je pense qu'il peut passer de notre côté. Après tout, il n'a pas réussi à tuer Dumbledore. Mais il ne me fera jamais confiance. Il sait de quel côté je me trouve et lui est apparemment perdu. Je crois que tu pourrais le faire changer d'avis. »

Ginny se ferma complètement. Le mépris qu'elle ressentait pour le jeune homme blond était évident. « Comment veux-tu que je l'approche, Harry, je ne sais même pas où il se trouve. »

« Ceci n'est pas un problème. Est-ce que tu es d'accord pour lui enseigner la magie restauratrice, curative… celle que t'enseigne Mme Pomfresh ? »

« Harry, c'est notre ennemi ! Comment peux-tu me demander une telle chose. »

Il se mit à faire les cents pas dans la petite chambre. « Gin, ce n'est qu'un gamin arrogant manipulé par son père. Il ne sait pas ce qu'il fait. Et qu'importe de quel côté il est si ce que tu lui apprends peut sauver des vies. Dans une guerre, les 'gentils' font autant de mal que les 'méchants'. Il ne s'agit plus de camps. Il y a juste des gens qui se battent pour une cause en laquelle ils croient. »

« Crois-tu vraiment qu'il puisse passer du côté de la lumière ? » L'incertitude faisait vibrer sa voix.

« Oui, je le crois. Avec toi comme professeur, je crois qu'il fera bien plus qu'apprendre. Il se tournera de notre côté. »

Le visage de la jeune fille s'adoucit. « Pour toi Harry. Je le ferai pour toi. »

Elle se leva et il l'embrassa sur la joue. « Merci Gin. »

« Il va falloir que je t'explique un peu plus de choses. Mais pas maintenant. Trop d'oreilles indiscrètes essaient de savoir ce qui se passe. Est-ce que tu pourrais t'éclipser demain matin ? »

« Oui, je peux essayer. » Elle le regarda avec interrogation et il lui répondit avec son plus beau sourire.

Il sortit une plume de sa poche et la transforma en Portoloin. « Touche-le demain à 9h, il te conduira chez moi. Je t'expliquerai tout là-bas. Mais s'il te plaît, n'en parle ni à Ron, ni à Hermione. J'en parlerai à Molly. Je ne veux pas que tu aies des ennuis à cause de moi. »

Ils ouvrirent la porte de la chambre et virent Hermione et Ron qui essayaient d'écouter.

« Qu'étiez-vous en train d'essayer de faire ? » Il les regarda avec ses yeux les plus menaçants.

« Ri-Rien. »

« Nous voulions savoir ce que vous faisiez là-dedans tous les deux. Ginny est ma petite sœur -»

« Je ne te demande pas ce que tu fais avec Hermione, Ron. Et non, il ne s'est rien passé d'inapproprié entre Ginny et moi. Je devais simplement lui parler de quelque chose d'important. » Il vit ses deux amis échanger un regard inquiet. Il prit une profonde inspiration, « Allez entrez, je dois vous parler à vous aussi. »

Ils se regardèrent interloqués.

« Est-ce que vous avez eu le temps de faire des recherches sur l'orphelinat de Tom Jedusor ? »

« Oui, mais nous n'avons pas trouvé grand chose. Apparemment le bâtiment a été détruit il y a déjà quelque temps. Je doute donc qu'il y ait la moindre trace d'horcruxe là-bas. Qui plus est, l'adresse est vraiment vague. »

« Continuez à chercher les lieux susceptibles d'être importants pour Voldemort. Si vous trouvez quelque chose, surtout prévenez-moi. Je ne veux pas qu'il vous arrive quoi que ce soit. »

« Nous sommes capables de nous défendre tous seuls, Harry ! » Ron commençait à se mettre en colère.

« Je sais Ron. Mais cette prophétie s'adresse à moi et si tu te retrouves face Lui, tu ne pourras rien faire. » Ses yeux verts s'étaient durcis.

Hermione mit une main sur son bras. « Est-ce que je peux te parler en privé, s'il te plaît. » Harry parut surpris mais acquiesça. Ron se ferma. Son visage était un masque de colère. Hermione s'approcha de lui et pour faire taire son petit ami et le faire patienter, elle l'embrassa langoureusement et lui murmura à l'oreille « Je te raconterai. »

Ginny et Harry tournèrent la tête, se sentant gêné par cette preuve d'intimité.

Finalement, Ron entraîna Ginny hors de la chambre.

« Harry, j'ai bien réfléchi à ce mentor dont tu nous parles sans arrêt. Je crois savoir de qui il s'agit. »

Le Gryffondor qui venait de s'asseoir se releva. « Je t'ai dit que je ne voulais pas en parler. Ce n'est pas la peine d'avoir une conversation privée qui ne mènera à rien. »

Son regard se fit menaçant.

« Harry ! Je n'aime pas te voir comme ça. Tu me fais peur. On dirait que nous ne sommes plus tes amis ! »

Il passa ses mains dans ses cheveux noirs, en signe d'impuissance. « Hermione, tu sais que vous serez toujours mes meilleurs amis. Mais je ne peux pas vous inclure dans ce que je fais. C'est trop dangereux. Et si je te fais peur, j'en suis désolé. »

« Regarde-moi, s'il te plaît. » Il tourna lentement la tête et elle vit alors que dans ses yeux résidait toujours la même foi, le même amour qu'avant. Il n'y avait pas de haine ni de colère. Juste peut-être de la fatigue et de la peur.

« Ton mentor, c'est le professeur Snape, n'est-ce pas ? » Lui demanda-t-elle doucement.

Involontairement, il haussa un sourcil interrogatif. Elle se mit alors doucement à rire. « Oui, c'est ça, je ne m'étais pas trompé. »

« Je t'ai dit que je ne pouvais pas t'en parler et toi tu prends ça comme une réponse affirmative. »

« Ce sont de petites choses, Harry, la manière dont tu viens de hausser un sourcil, la manière dont tu plisses les yeux lorsque tu n'es pas content ou que tu nous soupçonnes, ton masque froid… C'est tellement typique du professeur Snape… Et toi, sans le vouloir, tu l'imites. »

« Peut-être que mon mentor le connaît. Comment pourrais-je supporter de travailler avec un salaud comme lui ? Il a tué Dumbledore ! Je ne pourrai jamais travailler avec un assassin. » Son ton fut si hargneux, si plein de colère et de frustration, qu'Hermione douta.

« Excuse-moi. Tu as raison. Ce ne sont pas mes affaires. »

« Allez viens. Allons retrouver ton petit ami avant qu'il ne s'imagine que des choses inconvenantes se passent entre nous. »

La jeune fille accepta ce changement de sujet. « Est-ce qu'il y a quelque chose entre toi et Ginny ? »

Le Gryffondor éclata de rire. « Hermione, tu as décidé de me tuer aujourd'hui ou quoi avec toutes tes questions. Non. Il n'y a rien entre Ginny et moi et il n'y aura jamais rien. Je ne l'aime pas de cette façon. Elle sera toujours une sœur pour moi, mais rien de plus. »

« Alors pourquoi -»

Il soupira, « Pourquoi je voulais la voir ? J'avais un service à lui demander. »

Hermione semblait vraiment inquiète pour son amie. « Tu sais qu'elle t'aime ? »

« Elle croit m'aimer. Je suis certain qu'elle trouvera quelqu'un de mieux que moi. Tu sais, nous évoluons maintenant dans des mondes différents. Je ne sais pas si elle pourrait supporter de vivre dans le mien et je refuse de lui imposer ça. »

« Harry James Potter ! Es-tu amoureux de quelqu'un d'autre? » Elle mit les mains sur ses hanches.

Il ne savait plus s'il devait rire ou se mettre en colère. Il lui répondit simplement. « Hermione ! Non. Je ne peux pas me permettre d'aimer maintenant. Après la guerre peut-être, mais pas maintenant. Et je ne sais pas si une personne pourra voir au-delà de mes péchés et au-delà de Celui Qui a Survécu. »

Elle le prit dans ses bras et le serra contre elle. « Harry, je ne sais pas qui est ton mentor, mais c'est une personne bien. Jamais auparavant, je ne t'avais entendu parler de l'après guerre. Avant c'était comme si tu ne comptais pas survivre. Je suis tellement rassurée. »

Le jeune homme la repoussa doucement. « Hermione ne pleure pas. Je t'assure que j'ai l'intention de survivre. Je voudrais rencontrer l'amour comme vous deux. Je voudrais avoir des enfants et vivre tout simplement. »

Il lui essuya ses larmes. « Que va penser Ron ? »

La jeune fille rit doucement, lui prit la main et l'entraîna dehors. « Hermione, je dois aller parler à Molly. Peux-tu dire à Ron, que je le verrai après, s'il te plaît ? »

« Bien sûr Harry. »

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« Molly, puis-je vous parler rapidement ? »

Elle le dévisagea. Ils avaient discuté seulement quelques heures auparavant et il lui semblait que tout avait été dit.

« Bien sûr. »

Elle arrêta son tricot et il jeta un rapide sort d'insonorisation.

« J'ai demandé un service à Ginny. Elle a accepté, ce sera un peu dangereux, mais je vous promets de veiller sur elle. Rien ne lui arrivera et si tout se passe bien, nous devrions avoir un nouvel allié. »

Molly devint livide. « Oh mon- »

Il posa une main sur son bras. « Je vous promets qu'il ne lui arrivera rien. » Il lui prit la main. « Si vous voulez, ns pouvons contracter un Serment Inviolable. Je la protégerai, au péril de ma vie s'il le faut. »

Elle prit sa main dans la sienne. « Protège mon bébé Harry. Je ne supporterais pas qu'il lui arrive quoi que ce soit. Et rends-la heureuse. Je sais que tu l'aimes et elle t'aime aussi -»

Il enleva ses mains et se détourna d'elle. « Non Molly. Je ne l'aime pas de cette manière. Elle est comme une sœur pour moi. Je ne pourrai jamais éprouver ce genre d'amour pour elle. Je suis désolé. »

« Ne le sois pas. L'amour ne se contrôle pas. J'aurais été heureuse de te voir entrer dans la famille, c'est tout. »

« Merci Molly. N'en parlez à personne s'il vous plaît. Ou seulement à Ginny. Je l'ai invitée demain à venir là où je réside. Je lui expliquerai tout en détail. Elle a un Portoloin qui s'activera demain à 9h. Début janvier, elle apprendra à une personne entêtée et arrogante ce qu'elle sait sur la magie curative. Et j'espère que cette personne passera dans notre camp. »

« Tu veux dire -»

Il la coupa, « Que cette personne n'a pas encore fait son choix. Je crois qu'elle porte la marque, mais n'est pas vraiment fidèle à Tom. Ginny est de sang pur, elle ne risque rien, sauf qu'on la recrute. Mais c'est un moindre mal. »

« Harry -»

« Je serai là. Je la protégerai et mon mentor aussi. Ne vous inquiétez pas. Je voulais simplement vous mettre au courant. »

Harry allait partir quand Molly le rappela, « Est-ce que je peux en parler à Arthur ? »

« Oui, bien sûr. Mais à personne d'autre. C'est important. »

Elle vit son air sérieux et acquiesça. La voyant extrèmement nerveuse, il posa sa main sur son épaule et lui transmit un peu d'énergie vivifiante, rassurante. Elle se sentit soudain mieux. Comme si un poids avait quitté ses épaules. Il tourna les talons et partit.

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Il remonta et vit ses amis assis les uns à côté des autres. « Je vais devoir m'en aller les gars. Mais Ron, est-ce que tu pourrais me rendre un service ? »

Le rouquin le regarda avec appréhension. « Bien sûr Harry. De quoi s'agit-il ? »

« J'aurais besoin que tu m'apprennes à jouer aux échecs. J'ai fait un pari avec mon mentor, mais je suis loin de pouvoir gagner. Il me faudrait un peu d'entraînement. »

L'atmosphère se détendit et Ron rit. « Sans problème. Dis-moi simplement quand. »

« On garde le contact. Je vous appelle bientôt, promis. »

« Harry, nous aimerions venir avec toi à Godric Hollow, peu importe quand -» Ron hésitait.

« Ne t'inquiète pas. Je vous préviendrai. Je sais que vous voulez m'aider. » Il lui serra la main et apposa un baiser sur la joue de Hermione et sur celle de Ginny, puis lui murmura à l'oreille : « Demain matin 9h, n'oublie pas. »

Et sans un mot de plus, il transplana au manoir.

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« Déjà de retour ? » Le Serpentard leva la tête des potions qu'il était en train de préparer. Il en faisait dès qu'il avait le temps. D'une part ça le détendait, d'autre part, il en avait besoin.

Harry s'affala dans la chaise la plus proche. « Pfiou. Oui, c'est fait. J'ai parlé à Ginny et à Molly. J'ai eu un peu de mal avec Hermione. Elle te soupçonnait d'être mon mentor. Elle a dit quelque chose sur ma façon de hausser un sourcil, je crois qu'elle a aussi parlé de la façon de plisser mes yeux et de mon masque froid… Il va falloir que je fasse attention si tu déteins sur moi de cette façon. »

Severus haussa un sourcil et Harry l'imita. « Tu vois ce que je veux dire. Je t'imite et je ne le fais pas exprès. Si je ne fais pas gaffe, tout le monde le saura. »

« Allons Harry ! Voilà que tu exagères encore ! Ton amie Granger a toujours eu l'esprit vif. Cependant, il ne t'a pas fallu longtemps pour la détromper. Laisse-la dire. Elle oubliera. Et si ça peut te consoler, tu ne me ressembleras jamais, je suis inimitable ! »

Le Gryffondor éclata de rire. « Voilà un aspect de ta personnalité que je ne connaissais pas ! Ne serais-tu pas légèrement égocentrique, Severus ? »

Le Serpentard haussa à nouveau un sourcil, « On utilise des mots de plus de deux syllabes, Potter ? »

« Sarcastique, hein ? »

« Je suis moi et si ça ne te plais pas, va-t-en. Je ne t'ai jamais demandé d'apprécier ma personnalité. » Il continuait sa potion, ajoutant une pincée d'aromates.

« Je n'ai rien contre ta personnalité. Bien au contraire. Une fois que l'on apprend à te connaître, on se rend compte que tu ne montres qu'un masque et qu'il n'est pas très solide en fait. J'aime ce que je vois en-dessous. »

Harry avait repris une expression sérieuse, voulant détromper son mentor. Il se rendit rapidement compte de ce qu'il venait de dire et rougit légèrement mais ne revint pas sur ses paroles.

Le silence tomba, interrompu seulement par les crépitements du feu. Harry n'osait pas lever les yeux vers le maître des potions et son regard resta collé aux ingrédients et aux mains toujours en mouvement.

Severus reprit finalement la parole. « Et si tu me donnais un coup de main pour changer ? »

Le Gryffondor leva les yeux et vit que le regard de son mentor avait changé. Il n'était plus tranchant et épineux, mais chaud et pourtant sur ses gardes, comme s'il se refusait à suivre les pensées du jeune homme.

Celui-ci eut l'impression de se perdre dans la profondeur de ces yeux noirs.

« Harry ? La Terre appelle Potter ! Harry ! »

Celui Qui a Survécu cligna des paupières, surpris. Il avait longuement fixé les yeux d'onyx de son ami. Sur la défensive, il demanda, « Oui ? »

« Est-ce que tu m'aides ? » La voix était tranchante, légèrement exaspérée. « Je ne sais pas ce que tu as aujourd'hui, mais tu n'es pas toi-même. Si tu es ainsi à chaque fois que tu vois tes amis, je te conseille de limiter les visites. » Son visage était inexpressif, mais sa voix comportait un avertissement, une mise en garde et l'inquiétude de l'homme ressentait pour son disciple.

Mais Harry se sentit piqué au vif. « Tu n'es pas juste. Je les ai vus deux fois en six mois. Tu trouves que c'est beaucoup ? »

Le Serpentard soupira. « Tu sais très bien que ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Tu viens de rentrer mais tu es désorienté, tu as les yeux dans le vague, le regard vide, tu restes là à me regarder travailler alors qu'en temps normal tu te serais fait une joie de venir m'aider. Je crois que les voir te perturbe ! » Il n'y avait pas de jugement, il s'agissait d'une simple constatation.

Harry n'eut pas la force de se mettre en colère. « Tu as raison. Je suis perturbé quand je vois ce qu'ils ont. J'aspire à vivre un jour comme eux, dans l'ignorance -»

« Potter, les seuls personnes heureuses de leur ignorance sont les imbéciles. Et je ne vous catégorise pas parmi eux. Vous pouvez être un idiot -»

Une grimace se forma sur le visage du jeune homme. « Merci Severus. Je savais que je pouvais compter sur toi pour me réconforter ! »

« Ca y'est, j'ai fini. Passons à un sujet plus intéressant que ton apitoiement. Qu'a dit Mlle Weasley ? »

Un soupir se fit entendre. « Elle est d'accord. Elle sera là demain à 9h. Nous allons devoir lui dire la vérité. »

Severus acquiesça. « J'espère qu'elle le prendra bien. »

« Je lui fais confiance. Je suis sûr qu'elle comprendra ! »

« Je l'espère, Harry, je l'espère. »

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A 9h le lendemain, Ginny arriva dans le salon moldu de Harry. Le Gryffondor était seul. Severus les rejoindrait plus tard quand Harry aurait parlé à la jeune fille.

Ginny regarda autour d'elle, ses yeux s'arrêtant sur les nombreuses étagères et la petite télévision avant de trouver son ami assis sur le canapé, un petit sourire sur le visage.

Lorsqu'elle le vit, il se leva et s'approcha d'elle. « Gin, comment vas-tu ? Tu n'as pas eu trop de mal à éviter Ron et Hermione ? »

La rouquine fronça les sourcils. « Je ne crois pas que leur mentir soit une bonne idée, Harry. Ce sont tes meilleurs amis. »

« Je sais. Mais je veux impliquer le moins de personnes possibles. Viens, assis-toi que je t'explique. »

Il la conduisit sur le canapé, s'asseyant en face d'elle et fit apparaître un plateau sur lequel était posé un verre de jus d'orange et des toasts. « Je me suis dit que tu n'avais certainement pas eu le temps de déjeuner ce matin. »

« Merci, alors raconte-moi tout. »

« Tu sais que ton 'élève' sera Drago Malfoy, n'est-ce pas ? » Elle acquiesça. « Pour l'instant, il est entraîné par mon mentor. Et c'est par son intermédiaire que tu pourras rencontrer Drago. »

« Qui est ton mentor Harry ? »

« Moi ! » Une voix grave fit soudain irruption dans la salle. Harry se leva et alla à sa rencontre. « Gin, voici mon mentor :Severus Snape ! »

Une expression horrifiée passa sur le visage de la jeune fille. « Non, non, ce n'est pas possible. » Elle se leva et se recula. « C'est un traître. »

Le sourire sur le visage de Harry s'évanouit et son professeur prit une expression grave. « Non, Gin.. Il m'a entraîné depuis le début. Il est de notre côté. »

Mais la jeune fille n'entendait rien. « Drago Malfoy et Severus Snape. Ils t'ont manipulé, tu es passé de l'autre côté et tu veux que je participe à cette mascarade. Non. Je veux rentrer chez moi. Je ne veux rien avoir à faire avec vous. »

Harry essaya de s'approcher d'elle. « Ginny. Tu sais que je ne te ferai jamais de mal. Viens t'asseoir. Je vais tout t'expliquer. »

« Non, je ne veux rien entendre. Tout n'est que mensonge. »

Il arriva à sa hauteur et la prit dans ses bras. Elle essaya de lutter, mais il ne la lâcha pas. « Gin, écoute-moi. Je n'ai pas été manipulé. J'ai appris à le connaître. Le professeur Snape est un homme bon. Il est dur parce que l'on est en guerre. Je t'assure qu'il est de notre côté. »

« IL A TUE DUMBLEDORE ! »

« Harry, je te laisse. Appelle-moi quand tu auras besoin de moi. Je crois que c'est mieux ainsi. »

« Merci Severus. »

Elle se débattit d'autant plus. « Non ! Non ! » Elle pleurait maintenant. Se laissant aller dans les bras de son meilleur ami. « Je ne peux pas y croire. »

Il l'aida à s'asseoir sur le canapé et fit venir à lui une fiole de potion calmante. « Bois ça, Gin. Ca t'aidera à te sentir mieux. »

« Je ne veux rien boire de ce qu'il a fait ! »

« Et si je te dis que c'est moi qui l'ai préparée ? » Son regard était doux et plein de douleur. Il ne savait pas comment aider son amie à comprendre. Elle ne voulait toujours pas prendre la potion. Alors il se mit à parler.

« Le jour de mon anniversaire, j'ai reçu de Dumbledore cette maison en héritage, en partage avec Severus. Sa seule condition était que nous travaillions ensemble, qu'il m'apprenne tout ce qu'il savait. Au début, ça n'a pas été facile, j'ai réagi comme toi, n'acceptant son entraînement que dans l'espoir de les tuer un jour, lui et Tom. Mais Ginny, il n'a jamais essayé de me tuer. Il a toujours été là pour moi pendant les cinq mois que j'ai passé ici avec lui, j'ai appris que ses paroles cruelles ne sont qu'un moyen de cacher une grande détresse. Ces phrases ironiques sont une tentative d'humour. Gin, il a un cœur sous ces épines. Et un cœur immense. Je le respecte. »

Elle leva vers lui des yeux déconcertés. Elle avait arrêté de pleurer, Harry la tenait étroitement enlacée dans ses bras.

« Je ne te demande pas de comprendre, pas tout de suite. Il faut du temps pour apprendre à le connaître et à lui faire confiance. Mais fais-moi confiance. Crois que je fais ce que je pense être le mieux. »

Il regarda le bracelet de la jeune fille. « Avec ce bracelet, tu devrais pouvoir dire si je suis sous l'effet d'un sortilège ou d'une potion. Je sais que j'ai beaucoup changé. Je le devais. Je le dois pour pouvoir faire ce que l'on attend de moi. »

« Gin, regarde-moi. » Elle le regarda dans les yeux. « La Gazette du Sorcier avait raison Gin. Je suis l'Elu. Je suis le seul à pouvoir tuer Voldemort. »

Elle haleta. « Es-tu prête à me faire confiance ? »

Elle acquiesça. « Vas-tu nous aider ? »

« Je -»

Il la relâcha.

« Harry, c'est trop pour moi. Tu me demandes trop en une seule fois. Je voudrais pouvoir t'aider, mais -»

« Je comprends Gin. Je vais te donner un Portoloin qui te ramènera directement chez toi et qui ne fonctionne qu'avec ton énergie magique et un mot de passe. Comme ça, au moindre problème tu pourras partir, t'évader. Et n'oublie pas le bracelet. Je saurais toujours si tu vas bien ou si tu as des problèmes. »

Elle prit une profonde inspiration. « Comment fonctionne-t-il ? »

« Tu te concentres dessus. Par exemple, si tu veux savoir si je suis sous une influence magique, tu fermes les yeux et tu cherches le lien qui te relie à moi. » Il vit la jeune fille fermer les yeux. « Est-ce que tu le vois ou est-ce que tu le sens ? » Elle acquiesça. « Maintenant tu n'as plus qu'à chercher la présence de sorts. »

Elle resta silencieuse un long moment. « Je n'en vois pas. Par contre, tu es relié à plusieurs personnes. » Elle sourit. « Et les liens sont forts. Tu nous aimes vraiment. Et celui-ci, comme il est épais et lumineux ! »

Harry sourit. « Oui, celui-ci est celui de Severus. Il garde toujours contact avec moi. Plus ou moins, mais il est inquiet et je le sens par ce lien. Il est fort parce qu'il veut pouvoir me protéger à tout prix. Penses-tu toujours qu'il soit mauvais ? »

« Je-Je ne sais pas. Laisse-moi juger par moi-même, mais ne me demande pas de lui faire confiance. Pas maintenant. »

« D'accord. »

« Est-ce – est-ce que tu éprouves des sentiments pour lui, Harry ? » Elle ouvrit les yeux et le regarda avec appréhension. « Quand je vois la nature de votre lien, je me dis qu'il y a quelque chose de plus que du respect. Est-ce que je me trompe ? »

« Nous nous sommes beaucoup rapprochés, c'est vrai. Nous sommes devenus amis. En tout cas, je l'espère. »

Elle le dévisagea, mais ne dit rien de plus.

« S'il te plaît, n'en parle pas aux autres. C'est important. »

« Je-ça va être difficile, mais je vais essayer. »

Il lui prit la main. « Si tu as le moindre doute, consulte notre lien ou appelle-moi, d'accord. »

Elle acquiesça.

« Allons voir Severus. Je pense savoir où il est et ça te fera peut-être changer d'avis. »

Elle lui prit la main et la serra. « Je ne m'habituerais jamais à t'entendre l'appeler par son prénom, et cette intonation si douce… c'est vraiment bizarre. »

Il rit légèrement, « Je te crois sur parole. Allez viens. »

Hpsshpss

Harry visualisa le petit salon de la salle commune. Il espérait que la maison créerait un raccourci et que Severus serait là plutôt que dans ses appartements.

Effectivement, il ouvrit la porte et il fut envahi par une sensation bienveillante. Il se retourna vers Ginny. « Entends-tu ? »

« Qu'est-ce ? Qui joue aussi bien ? »

« Viens. »

Ils entrèrent dans le petit salon. Comme Harry s'en doutait, Severus ne les avait pas entendus entrer. Lorsque son mentor jouait, rien ne pouvait l'atteindre. Il était comme dans un autre monde.

La jeune fille qui était tendue jusque là, serra un peu plus la main de Harry dans la sienne et ferma les yeux. Un sourire naquit bientôt sur ses lèvres. Elle se laissait envahir par la musique bienfaitrice, libératrice, qui ne connaissait aucune limite, aucune barrière. Semblable aux notes, elle avait l'impression de s'envoler. Plus rien n'existait en dehors de la musique. Plus rien n'existait en dehors de cette pièce. La personne qui jouait ne pouvait être qu'un ange envoyé par les dieux pour apporter un peu de bonheur dans ce monde de misère.

Elle ouvrit à nouveaux les yeux. Elle devait se prouver que la personne qui était devant elle, assis devant son piano, était bien son professeur de potions. L'homme le plus injuste, le plus sarcastique, le plus tranchant qu'elle connaisse, était en train de jouer une mélopée, une douce mélodie qui pouvait tout aussi bien apporter le bonheur que la tristesse.

Un frisson la parcourut. Comment cela était-il possible ? Comment une personne aussi noire pouvait en jouant paraître aussi lumineuse ? Elle ne parvenait pas à associer les deux personnages.

Harry comprit son trouble et se pencha vers elle. « Est-ce que tu vas bien ? »

Elle acquiesça, incapable de prononcer le moindre mot. L'homme était toujours à son piano, inconscient d'être écouté. Les doigts légers couraient d'une touche à l'autre dans une merveilleuse balade. Non, une personne jouant aussi merveilleusement ne pouvait pas être démoniaque. Il devait forcément y avoir du bon en lui. Comment imaginer un monstre, lorsqu'on a en face de soit une personne aussi humaine ?

Le piano n'émit plus un son. Le compositeur le ferma, prêt à se lever. Ginny lâcha la main de son ami, et se dirigea vers le maître des potions. « Professeur, merci. » Elle avait maintenant des larmes dans les yeux.

Severus ne répondit pas, acquiesçant simplement de la tête puis se tourna vers Harry qui lui fit un léger sourire. Il comprenait le malaise de son mentor.

« Rasseyez-vous Miss Weasley. » La jeune fille s'exécuta, priant Harry de faire de même. « J'en conclus que vous acceptez de nous aider. »

« Oui. Je suis navré d'avoir réagi ainsi. Je -»

« Je comprends. Ce qui me semble plus incertain est ce soudain revirement. Le principal est que vous ayez accepté. »

Ginny voulut répliquer, mais son ami l'en empêcha, lui tirant légèrement sur le bras, lui disant qu'il lui expliquerait plus tard.

« Voilà le plan. Il vaut mieux que Drago pense que je vous ai abordé sous les traits de Harry Potter. Il ne doit pas savoir qu'il est le lien entre vous et moi. Il ne doit pas savoir que je sais où se trouve le véritable Harry. Pas tout de suite. Ensuite, tout en lui enseignant ce que vous savez sur l'art de la guérison, vous devez essayer de le rallier à notre cause. Je pense qu'il viendra de lui-même, quand il en aura assez d'essayer de vous convaincre de devenir un mangemort.

Vous n'aurez rien à craindre. D'une part, parce que vous possédez le bracelet, d'autre part parce que le Seigneur Noir a accepté que vous entraîniez Drago. D'après lui, il n'a rien à perdre. Et je suis d'accord. Si vous avez le moindre problème, vous avez le bracelet. Il est bien plus puissant qu'on ne le croit au premier abord. Par ailleurs, » Il prit un objet posé sur une table, « Prenez celui-ci. Un jour, vous le donnerez à Drago. »

Ginny le prit et le regarda. Il s'agissait d'un bracelet semblable au sien. « Merci professeur. »

« Non, Mlle Weasley, c'est à moi de vous remercier. Si tout se passe comme prévu, vous allez sauver la vie de nombreuses personnes. » Ses paroles étaient pleine de bon sens et presque gentilles, mais son ton était toujours celui du cruel professeur de potions qu'elle abhorrait.

Elle comprit qu'il y avait en lui la même dualité qu'en Harry. Ils étaient tous les deux des sorciers de l'ombre brillant d'une aura lumineuse. Peu verrait un jour cette facette du professeur Snape comme peu verrait la facette sombre de son ami. Elle comprit alors pourquoi Harry n'était désormais plus à sa portée, s'il l'avait été un jour. Elle sentit son cœur se serrer. Mais c'était mieux ainsi.

« Ginny, il est temps que tu repartes. Ils vont commencer à se demander où tu es. Tu es prête ? » Elle acquiesça. D'un geste de la main, il la fit transplaner.

Le silence retomba dans la salle. Severus le brisa. « Elle a compris. »

Le Gryffondor acquiesça, mais Severus poursuivit.

« Elle a compris que tu n'étais pas à sa portée. Elle a compris que tu n'étais pas un sorcier entièrement lumineux. Ce soir en voyant mon obscurité, elle a vu la tienne. Elle a compris. »

Severus se rassit derrière son piano.

« Je sais, je l'ai vu dans son regard. Il y avait de l'acceptation. Pas de reproches. Simplement de l'acceptation. Comment puis-je être plus heureux, plus reconnaissant d'avoir une telle amie ? »

L'espion acquiesça.

« C'est ta façon de jouer qui a tout changé. Sans le vouloir, tu lui as ouvert ton cœur. »

Le Serpentard eut un sourire goguenard. « C'est là où tu te trompes Harry. Tout ce qu'elle a ressenti, elle l'a ressenti grâce au lien que tu as créé. Tu voulais lui faire comprendre, alors tu as ouvert le lien qui t'unissait à elle via le bracelet et tu ne l'as pas refermé. Lorsque vous êtes arrivé ici, ce sont tes émotions qu'elle a ressenties. Tu voulais tant lui faire comprendre que tu as joué le rôle d'empathe, de catalyseur. N'oublie pas, tu possèdes un pouvoir que le Seigneur Noir ne connaît pas. Je pense que celui-ci est important. »

Harry s'assit à côté de lui. « Je ne sais pas Severus. Tout cela me semble bien compliqué. Je préfère penser qu'elle a aimé ta façon de jouer. »

Severus eut un sourire satisfait. « C'est aussi possible. »

Le jeune homme ouvrit le piano et tapota doucement sur les touches, produisant un cliquetis, plus semblable à du bruit qu'à de la musique. Severus posa sa main sur la sienne et la positionna sur le clavier puis l'aida à appuyer sur les touches pendant que de l'autre main, il entamait une mélodie.

Il murmura uniquement pour son compagnon. « Pour jouer, tu dois déjà savoir reconnaître les notes. » Il appuya sur un doigt de Harry, « Regarde la partition, la première ligne. Bien. Do. Ré . Mi.. »

Malgré lui, un frisson traversa le jeune homme. C'était la première fois qu'ils étaient aussi proches.

« Nous sommes ici en clef de sol. »

Harry se rendit compte que le lien qui les unissait était ouvert. C'est ce lien qui lui permettait de comprendre les notes et de savoir où elles se trouvaient sur le clavier.

« Fa. Regarde ensuite où tu vas. » Il lâcha sa main. Harry sentit la chaleur le quitter. Sa main était comme engourdie. Il la regarda sans pouvoir la bouger. La chaleur fut remplacée par une sensation de douceur. L'homme était toujours à côté de lui et attendait qu'il fasse quelque chose. Il puisa alors dans le lien et joua la ligne sans la moindre fausse note.

Severus se recula légèrement de son jeune disciple et le regarda avec amusement et peut-être un peu de tendresse. « Tu as triché. Je t'ai senti te servir de mon savoir. Ce n'est pas ainsi qu'il faut procéder pour apprendre. »

Harry répondit tout aussi doucement. « Mais cela ne me permettra-t-il pas d'apprendre plus vite ? »

« Non, au contraire. Tu auras l'impression de connaître quelque chose et tu ne chercheras pas plus loin. Si tu t'en sers pour comprendre alors oui. Il faudra du temps, beaucoup de temps. Malheureusement, nous ne l'avons pas. »

Harry se sentit submergé par une vague de nostalgie et posa sa tête sur l'épaule de son mentor. « J'aimerais que le temps s'arrête maintenant. »

L'espace d'un instant, la salle fut illuminée par une douce lumière bleue, les enveloppant, leur apportant réconfort et chaleur. L'horloge magique était revenue et cette fois, Harry l'aperçut. Mais il n'eut le temps que de l'apercevoir. Déjà, la salle redevenait normale. Tout cela n'avait duré qu'une fraction de seconde. Mais Harry avait conservé la douceur, la chaleur, l'impression d'être aimé, la sensation de tendresse qu'avait apportées la lumière. Tout n'aurait pu n'être qu'un rêve.

Sortant de son hébétement, Severus soupira et s'éloigna de Harry. « Nous avons suffisamment paressé pour aujourd'hui. Il est temps de nous remettre au travail. » Son masque était à nouveau en place. Le Gryffondor savait que ses barrières étaient à nouveau infranchissables, que son professeur était à nouveau inatteignable. Il s'était enfermé dans sa coquille. Il se promit un jour de la briser. Mais le moment n'était pas encore venu.

Harry se leva et, comme son mentor, reprit une expression sérieuse, masquant ce qu'il ressentait et refermant le lien qu'ils avaient ouvert.