Chapitre 13 : Une longue journée

Les jours passèrent rapidement. La nouvelle année vint, ainsi que la reprise des cours avec Drago. Severus attendait Ginny. Il devait la mener le matin même auprès de Drago. Si tout se passait bien, il donnerait à la jeune fille un Portoloin qui la conduirait directement au Manoir des Snape, mais pour cette première leçon, il devait être là.

La jeune fille arriva à l'heure précise prévue par le Portoloin.

« Mlle Weasley ! »

« Professeur ! »

« Allons-y. Nous utiliserons la poudre de cheminette. Je suppose qu'un seul voyage par Portoloin vous suffit pour l'instant. »

Elle acquiesça.

Harry entra dans la salle. Il fit une bise à Ginny puis se tourna vers Severus. « Je vais passer la journée à Grimmault Place avec Remus, s'il est là. J'espère revenir avec le médaillon. »

Severus le regarda avec suspicion. « Ne faites rien que vous pourriez regretter Monsieur Potter. »

« Voyons Severus, tu sais bien que tu t'inquiètes toujours pour rien. » Lorsqu'il vit l'expression meurtrière sur le visage du maître des potions il ajouta avec un sourire. « Mais je te promets de ne rien faire de dangereux, ça te va ? »

Son expression ne changea pas lorsqu'il déclara, « Mlle Weasley, allons-y ! »

« Voyons Severus, ne sois pas fâché ! » Harry avait conservé son sourire.

Le maître des potions se dirigea à grandes enjambées vers la cheminée, faisant fi du jeune homme. Ginny se tourna vers lui et lui fit un sourire contrit auquel il répondit par un clin d'œil.

Hpsshpss

Harry les suivit vers la cheminée et une fois seul, se prépara au départ. Il devait retrouver le médaillon à Grimmault place et voulait voir Remus. Il n'avait pas encore eu l'occasion de donner à son second parrain son cadeau de Noël. Il en profiterait donc.

Il prit une poignée de poudre et cria « Grimmault Place ! »

Il arriva dans une grande salle vide. Il se demanda où se trouvait Remus. Il sortit du salon et se retrouva devant le portrait fermé de Mme Black. Il jeta un des derniers sorts qu'il avait découvert pour décrocher le portrait et le rendre immobile. La personne à l'intérieur ne pourrait plus bouger.

Il monta ensuite l'escalier en bois brinquebalant qui menait à l'étage. Les marches criaient sous son poids, grinçant de douleur. Il monta un étage puis un deuxième. Il savait que les objets destinés à être jetés avaient été déposés dans une sorte de grenier, un grand débarras. Remus et des aurors devaient les inspecter, voir ceux qui pourraient leur être utiles et ceux considérés comme de magie noire et dont il fallait absolument se débarrasser.

Il ouvrit la grande armoire fourre-tout et trouva rapidement le lourd médaillon qu'il avait vu dans la Pensine de Dumbledore. Il mit le précieux médaillon dans un mouchoir, sur lequel il jeta un sort de protection et le mit dans sa poche. Il ne voulait pas y toucher sans son mentor. C'était lui le spécialiste.

Il redescendit lorsqu'il sentit une aura meurtrière. Apparemment Remus avait senti sa présence dans la maison et le prenait pour un voleur, ou pire, un mangemort.

Arrivé au premier, il se remit à marcher normalement. Lorsqu'il entendit des bruits de pas, il appela « Remus ? Tonks ? »

Au niveau des escaliers, il vit le loup-garou. « Remus ! » Celui se retourna sur la défensive, mais se détendit rapidement quand il s'aperçut qu'il s'agissait de Harry.

« Harry ! Bon sang, tu m'as fait peur. Je n'ai reconnu ni ton pas, ni ton odeur ! »

« Hum, je suis capable de masquer mon odeur ou de la modifier. Pour le pas, je suppose que j'ai appris à être un peu plus prudent. »

« Que fais-tu ici Harry ? Non pas que je ne veuille pas te voir, mais tu n'es pas venu par ici depuis bien longtemps. » Le meilleur ami de son père semblait se méfier de ses motifs.

« Eh bien, pour te dire la vérité, je suis venu pour deux raisons. La première est que je voulais te donner ton cadeau de Noël. La seconde est que je voulais te voir. Je ne t'ai pas beaucoup vu depuis… » Il sentit sa gorge se nouer, « la mort de Sirius. Je- je voulais savoir comment tu allais. »

Remus répondit. « Tout va bien, je te remercie. L'Ordre est un peu désorganisé depuis la mort de Dumbledore, mais on s'en sort. Et toi Harry, comment vas-tu ? »

Le jeune homme lui fit un sourire. « Ca va. Ce n'est pas facile tous les jours, mais ça va. Dis-moi, les mangemorts sont-ils actifs ces derniers temps ? » Lui demanda-t-il avec inquiétude.

Son deuxième parrain le regarda longuement avant de répondre. « Viens, descendons dans le salon. Nous serons mieux pour discuter. » Il le prit par les épaules en un geste paternel dont le jeune homme n'avait pas l'habitude, même si ces derniers temps, ses amis semblaient multiplier ce genre de gestes.

Il se laissa conduire en bas. Il voulut s'asseoir sur un fauteuil confortable, mais celui-ci se recula au moment où il allait s'asseoir puis voulut le mordre. Remus regarda la scène avec des yeux brillants d'amusement. Finalement, le jeune homme conjura une chaise.

« Saleté de maison, il faudrait tout refaire. Elle est hostile à notre présence, on ne peut rien y faire. » Grogna-t-il avec mauvaise humeur.

« Tu t'habitueras, tu verras. » Lui répondit Remus en s'asseyant à son tour. La chaise ne bougea pas.

« Comment fais-tu ? » Harry avait une expression dégoûtée sur le visage qui fit ricaner l'autre homme.

« Ca fait partie des choses qu'on apprend en vivant ici. » Il avait l'air fatigué. « C'est toi qui as enlevé le portrait ? J'ai essayé pendant des mois, Sirius aussi d'ailleurs, sans jamais y parvenir. »

« Ouais. J'ai trouvé un sort très utile dans un vieux grimoire. Si tu veux savoir, c'est Ingstumbilus ! C'est très pratique. En fait, il mange la magie inhérente au tableau, le rendant ainsi muet, immobile et facile à décrocher. »

« J'imagine la tête qu'elle a dû faire en te voyant. »

« Tu parles, elle était endormie. Je ne lui ai pas laissé le temps de crier. Je ne suis pas fou, je suis simplement un Gryffondor. »

Remus le dévisagea, comme s'il venait de se trahir par cette simple phrase. Severus déteignait-il tant sur lui que les signes étaient visibles de l'extérieur ? Il se reprit assez vite et lui demanda « Comment s'est passé ton Noël ? »

« Très bien. » Il sortit un papier de sa poche. « C'est l'acte de propriété de cette maison. Elle est à toi. Je suis déjà passé voir un notaire. Tout t'appartient. Et comme tu peux le voir, les frais de restauration sont couverts. Tu peux maintenant agir à ta guise. »

« Mais, c'est- Harry, je ne peux pas accepter. Elle est à toi. Sirius désirait qu'il en soit ainsi. » Son regard se voila.

« Non, » Dit Harry doucement. « Il voulait qu'elle appartienne à une personne qui en prenne soin et qui la redécore entièrement. Il n'aimait pas la voir aussi sombre. Elle ressemble bien trop aux maisons hantées des films d'horreurs moldus. Les rideaux déchirés, l'escalier brinquebalant seraient suffisants pour faire fuir n'importe qui. Il y a encore du boulot. Pourtant je pense que toi et Tonks pourraient être heureux ici. »

Son ami rougit. « Merci. Je ferai de mon mieux pour la rendre habitable. Reviens ici régulièrement pour voir si les changements te plaisent. »

« D'accord. En revanche, si tu trouves des objets qui pourraient être liés à la magie noire, ne les touche pas et appelle-moi immédiatement. Je saurai quoi en faire. »

C'est avec des yeux tristes que Remus répondit, « Je pense en effet en trouver. Nous avons entassé au grenier les objets qui nous paraissaient maléfiques. Mais il semblerait que Kreatur en ait emporté. »

« Il me semble aussi. » Ne voulant pas parler de cet elfe de maison, Harry changea de sujet, « Quelles nouvelles du monde ? »

Remus regarda loin devant lui, comme si Harry n'était plus là et il lui fallut plusieurs minutes avant de répondre. « Mauvaises, très mauvaises. Voldemort et ses sbires attaquent le monde moldu, le mettant à feu et à sang. Des mensonges sont racontés aux médias, instillant un climat de peur et de panique, si bien que la liberté individuelle est réduite au profit de la sécurité. Le Ministre moldu et celui de la magie sont d'accord sur ce point : mettre davantage de policiers et d'aurors dans les rues pour protéger la population, la surveiller afin de traquer d'éventuels mangemorts.

« Le couvre-feu a été instauré et les gens ont peur de sortir la nuit. Enfermés chez eux, un climat de tension se crée. Sortir en ville, faire ses courses, prendre le bus qu'il soit magique ou non est difficile. Les gens ont peur. Regarde-les Harry, regarde leur visage dans la rue, ils regardent par terre, essayant de faire croire qu'ils sont invisibles… Ils craignent autant les policiers et les Aurors que les mangemorts… Nous sommes dans un climat de répression. On ne sait plus à qui faire confiance.

« Hier encore, des personnes ont été interpellées parce qu'elles avaient osé regarder des Aurors dans les yeux ou parce qu'elles étaient habillées en noir, rappelant les costumes des mangemorts. »

« Mais le Ministre doit certainement se rendre compte que ses aurors n'inspirent que la peur et que ce qu'il fait n'est pas juste. » Harry était inquiet.

« Non, il ne se rend compte de rien. Il pense faire ce qui est bien pour la sécurité de tous. Le problème est que les aurors ont certainement été infiltrés par des mangemorts. Sinon, comment expliquer cette vague de violence ? Comment expliquer que des aurors attaquent des innocents ? Des dizaines de magasins ont fermé leur porte à Pré-au-Lard par peur des représailles. Ils ont quitté la Grande Bretagne pour des cieux meilleurs, préférant quitter la terre de leurs ancêtres plutôt que de faire face au courroux du Ministère ou de Voldemort. »

« Comment a-t-on pu en arriver là ? Les gens ne comprennent-ils donc pas qu'il faut être tolérant et se serrer les coudes. C'est la seule manière de s'en sortir. »

Remus secoua la tête et regarda son jeune ami d'un air désolé. « Non Harry, tu te trompes. Dans des périodes telles que celles-ci, on ne sait plus à qui se fier. Ton meilleur ami peut être du côté du mal sans que tu t'en doutes. La confiance peut te faire tuer. »

« Oui, mais si tu fais confiance à ton ami, que tu acceptes ses choix même si tu sais qu'ils sont mauvais, il a une chance de revenir dans le droit chemin avant qu'il ne soit trop tard. Ne crois-tu pas ? »

« Je crois que ton raisonnement est simpliste mais pas entièrement faux. Tu as raison dans le sens que la résistance doit se faire. Les gens doivent se regrouper pour affronter le danger, mais sans Dumbledore pour les soutenir, sans toi pour les rassurer, ce n'est pas simple. »

« Je comprends…ils ont besoin d'une figure de proue à exhiber pour se rassurer. Ils doivent savoir qu'on se battra pour eux, pour qu'ils puissent continuer leur train-train quotidien, rentrer chez eux, s'occuper de leurs enfants, vivre… et moi je dois me battre, sachant que je risque de ne jamais connaître cela. Compter sur une personne pour faire le sale boulot est vraiment égoïste. Aucun d'eux ne se tiendra à mes côtés lorsque j'affronterai Voldemort, aucun d'eux ne pense à ce que je ressens à l'idée de tuer, ni à la peur qui me tord le ventre à l'idée de voir ce monstre…Mais je dois être là pour eux, parce que bébé, je les ai sauvés une première fois. »

Remus voulut poser une main sur le bras de Harry, mais celui-ci se dégagea rapidement et dit en serrant les dents. « Je le ferai, Remus. Je ferai une apparition devant les journalistes demain pour les rassurer… Mais une fois que ce sera fini, je ne veux plus entendre parler de héros. Je refuse qu'un seul d'entre eux vienne me voir pour me demander un autographe. Ce sont des lâches. »

« Non Harry. Ce sont des hommes. De simples hommes doués de magie. Tu ne peux pas leur reprocher de chercher un héros. Comme toi, ils sont seuls face à un monstre, mais eux savent qu'ils n'ont pas la force de le vaincre et de sauver leur famille. C'est ce qui nous différencie. Harry, je sais que je peux vaincre des mangemorts, mais contre Voldemort, je suis un insecte. Un coup de pied et je ne suis plus rien. » La fin de sa phrase fut prononcée dans un murmure.

« Je sais, je sais ! » Ragea-t-il, « mais c'est si difficile. Je ne suis pas certain de pouvoir le battre et savoir que tant de personnes comptent sur moi… »

« Tu redonnes de l'espoir à ceux qui en sont dépourvus Harry. Tu es un point lumineux au milieu de l'obscurité. Tu nous donnes la force de nous battre. Sans toi, se battre n'aurait aucun sens. Surtout depuis la mort de Dumbledore. Ne l'oublie jamais. »

« Merci Remus. » Il décida de changer de sujet, « Alors comment se porte Tonks ? » Harry sourit malicieusement et son ami reprit une jolie rougeur qui contrastait avec ses cheveux jaune délavé.

Hpsshpss

Ginny et Severus venaient d'arriver au manoir des Snape et attendaient Drago.

« C'est votre maison familiale, professeur ? Elle est très belle. »

« Ne posez pas de questions aussi futiles Miss Weasley. Surtout si vous connaissez la réponse. Comme M. Malfoy, vous ne serez acceptée ici qu'à certaines heures et sous certaines conditions alors n'essayiez pas de venir sans y avoir été invitée. »

Il lui jeta un regard mauvais et elle préféra ne pas répondre. La peine lui fut par ailleurs épargnée par l'arrivée d'un grand blond. Drago avait grandi depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu.

Il avait toujours l'air aussi sûr de lui et aussi arrogant. Il salua son professeur en entrant, faisant fi de la jeune fille, elle décida donc de répondre.

« Drago ! » Dit-elle froidement.

« Wesel ! »

« Monsieur Malfoy ! Je vous prie de traiter avec respect votre nouveau professeur. Si vous ne vous en sentez pas capable, dites-le-nous immédiatement et nous partirons. Ce n'est pas la peine de nous faire perdre notre temps ! »

Le jeune homme eut la décence de rougir. « Pardon, je -»

« Ce n'est pas auprès de moi que vous devez vous excuser, mais auprès de Mlle Weasley. »

« S'il vous plaît professeur Snape, appelez-moi Ginny, toi aussi Drago. Ce sera plus facile pour moi. »

Severus acquiesça simplement de la tête, l'air toujours sévère, les bras croisés sur la poitrine.

Drago regarda longuement son professeur dans les yeux, prit une profonde inspiration et dit, « Bien Ginny, excuse-moi pour cette impolitesse. Cela ne se reproduira plus. ¨Par quoi commençons-nous ce matin ? »

« Nous allons déjà essayer de guérir de simples bleus à l'aide d'un sort, puis nous verrons si tu peux guérir une plaie. Je pense que tu sais faire les potions contre la migraine, la nausée, ce genre de choses ? »

Il acquiesça. Le professeur Snape décida de rester afin de les observer. Il conjura une petite table et une chaise, se fit un café et lut son journal.

Voir cela énerva Drago qui préféra ne rien dire.

« Nous verrons aussi comment reconnaître les symptômes, comment les soigner. Dans les prochaines séances nous verrons comment réparer les os brisés… Euh, est-ce que ça te dérange si l'on fait des expériences sur nous ? »

Drago eut un air horrifié, « Comment ça sur nous ? »

Severus sourit légèrement.

« Oui. Ce sera plus facile si je me blesse et que tu essaies de me guérir. Ainsi tu sauras directement comment le corps humain réagit. Ceci dit, si me toucher te répugne, nous pouvons le faire avec des araignées ou d'autres animaux, mais ce n'est pas tout à fait pareil. »

« Je n'ai pas peur de te toucher ou de voir du sang Weasley ! Je suis un Malfoy et en tant que tel, -»

La jeune fille le regarda avec colère. « Ginny, je m'appelle Ginny et si tu veux que je t'apprenne quelque chose, tu dois être sincère avec moi. Si ça peut te rassurer, la première fois que j'ai vu un homme battu à mort, saignant tellement que l'on ne voyait plus les plaies, j'ai été malade. »

« Je ne serai pas malade ! Je ne suis pas une femmelette moi ! »

« Très bien très bien, n'en parlons plus ! »

« Alors quel est le premier sort ? Je n'ai pas toute la nuit. » Grogna Drago.

Ginny soupira, la matinée allait être longue.

Hpsshpss

« Mlle Weasley ? »

« C'est Ginny professeur. » Lui dit-elle avec un sourire fatigué. Si elle devait avoir des cours aussi exaspérant que celui-ci tous les matins, elle risquait d'avoir des difficultés à suivre ses propres cours avec Mme Pomfresh l'après-midi.

« Voilà un Portoloin. Vous devrez faire un petit détour avant de rentrer chez vous, ça ne vous dérange pas, j'espère ? »

« Non professeur. Je préfère. » Elle prit le Portoloin. « Drago, à demain. »

« Ginny ? » Il hésitait. Elle se retourna.

« Pourquoi ? »

« Pourquoi quoi ? » Elle ne savait vraiment pas de quoi il parlait et ça se voyait sur son visage.

« Pourquoi m'apprendre à guérir ? Pourquoi cherches-tu à être- 'gentille' avec moi alors que je suis exécrable et que je cherche à t'insulter tout le temps ? »

Elle sourit et regarda rapidement Severus avant de concentrer à nouveau son attention sur Drago et répondre, « Quand on s'occupe de malades, il n'y a pas de camp. Il n'y a pas de bien, il n'y a pas de mal, il y a juste des gens qui souffrent et qui méritent de vivre, quel que soit ce qu'ils ont fait. S'ils ont tué ou torturé, alors ils ont le droit a une deuxième chance. S'ils ont cherché à faire le bien, ils ont toutes les raisons de vivre pour pouvoir faire davantage de bien.

Et si je suis 'gentille' avec toi, c'est parce que je pense que tu n'es pas le petit imbécile arrogant que tu veux que l'on voit en toi. Je pense que tu es beaucoup plus profond. Tu cherches à cacher ce que tu ressens. Ta douleur, ton chagrin comme ta gentillesse. Et ne cherche pas à le nier. Tu verras, lorsqu'on commence à avoir une certaine expérience, on arrive à voir le cœur de son patient. Et je peux dire que le tien est loin d'être noir Drago. Au contraire. Tu as un cœur que tu refuses de montrer. »

« Comme tu peux être naïve -» Commença-t-il sur un ton méprisant, mais il fut interrompu par Ginny, « Je ne suis pas naïve. Je suis réaliste au contraire. Et je vois ton cœur. Alors tais-toi et cesse de te comporter comme un rustre. » Le Portoloin se mit à briller, elle allait partir. « A demain Drago, professeur. »

« Ouais, à demain. » Le jeune homme sursauta. Il avait oublié la présence de Severus.

« Drago désirez-vous rester avec moi pour déjeuner ou préférez-vous rentrer chez vous ? » Lui demanda Severus, toujours assis sur sa chaise.

« Ai-je vraiment le choix ? » Décidément le jeune homme était d'humeur grognon.

« Oui, vous avez le choix. Soit vous restez avec moi pour déjeuner et discuter si vous le souhaitez, soit vous rentrez chez vous. La seule chose que je vous demande est de ne pas parler de ces séances à votre père. Le Maître est au courant et désire que cela reste entre nous. »

Le blond acquiesça, « Dans ce cas, je préfère rester ici. Pourrons-nous commencer l'entraînement un peu plus tôt ? J'ai l'impression de m'être rouillé pendant les vacances. J'ai essayé de faire mes exercices tous les jours comme vous me l'aviez demandé mais avec mon père sur mes talons toute la journée il était difficile de m'entraîner. Il voulait absolument savoir ce que vous m'aviez appris. » Il avait l'air de reprendre du poil de la bête.

« Oui, » Répondit calmement Severus, « Lucius a toujours été bien trop curieux. Vous êtes suffisamment grand maintenant pour savoir ce que vous avez à faire. Votre père vous considère encore comme un enfant alors que vous êtes presque un homme. »

La réflexion eut l'effet désiré. Drago se redressa inconsciemment pour prouver la véracité de ses paroles. « C'est vrai, je ne suis plus un enfant. J'ai été suffisamment grand pour prendre la décision de devenir un mangemort et prendre la place de mon père l'année dernière, il est grand temps qu'il se rende compte que je suis un adulte. »

« Ca Drago, c'est un mauvais exemple. La décision que vous avez prise était idiote. Basée uniquement sur votre fierté. » La voix de Severus claqua dans l'air. « Je ne peux pas dire que ce soit un choix pris avec responsabilité, au contraire. En revanche, accepter l'aide de Ginny Weasley est une décision d'adulte. Vous avez de vous-même décidé de mettre vos rivalités de côté. Ca, c'est un choix mûr. »

« Mais- Vous condamnez ma décision de devenir un mangemort ? » Drago se recula.

« Non, pas du tout. Je regrette que vous n'ayez pas réfléchi à tout ce qu'impliquait devenir mangemort. Je pense que vous avez un avenir brillant et qu'il serait dommage de laisser un homme le contrôler. »

« Vous- Notre maître ne contrôlera jamais ma vie. » Ragea Drago.

« Bien au contraire. Une fois à son service, vous n'avez d'autre choix que de vous plier à ses ordres. Si vous êtes parmi ses favoris, vous avez plus de liberté, mais ses sous-fifres sont destinés à mourir pour lui. Mais il faut en être fier !»

Drago pâlit considérablement. Severus avait fait mouche. Il sourit intérieurement, sachant qu'une première pierre venait d'être posée.

« Que pensez-vous de Mlle Weasley, Drago ? » Demanda-t-il curieux de connaître la réponse.

« Elle est moins bête que Ronnie » Dit-il avec dégoût. « C'est un bon professeur. Elle est patiente et ne porte pas de jugement. Elle est là pour aider à sauver des vies, quelles que soient nos opinions. Je trouve ça bien. » Il était redevenu sérieux. « On pourra peut-être s'entendre. Comment avez-vous réussi à la convaincre ? »

Severus sourit malicieusement. « J'ai pris l'apparence de Potter pour pouvoir lui parler et je lui ai demandé de vous enseigner la magie de guérison. Au début, elle a été réticente, très réticente, si bien que j'ai été obligé de me dévoiler. Elle a pris peur, mais quand elle a compris que je ne lui voulais pas de mal, et que je voulais seulement la survie de ceux de mon groupe, elle a été d'accord. Elle vous connaissait et ne pouvait pas concevoir le fait que vous puissiez tuer d'autres personnes. Elle a demandé beaucoup de précautions mais au final, elle est là, elle me fait confiance et vous fait confiance. C'est le principal. »

« Mais pourquoi vous fait-elle confiance ? Après tout vous avez tué le vieux fou ? »

Severus serra les dents. « Elle pense que personne n'est totalement méchant et elle veut me donner ma chance je pense. »

« Elle a des nouvelles de Potter ? On dirait qu'il a disparu du monde sorcier depuis la fin des cours ? » Demanda Drago sans aucune arrière pensée.

Severus sourit intérieurement et répondit : « Je crains que vous ne deviez lui poser cette question vous-même. Je ne pense pas qu'elle me fasse suffisamment confiance pour me répondre si jamais je le lui demandais. »

Drago acquiesça et ils se turent, chacun plongé dans ses pensées. Severus brisa finalement le silence : « Allez venez, il est temps de déjeuner, surtout si vous voulez commencer l'entraînement de bonne heure. »

Hpsshpss

Ginny arriva au Refuge. Elle voulait voir Harry et elle était sûre que le jeune homme l'attendait. Il l'attendait effectivement, assis derrière la table de son salon et buvant une tasse de café. Lorsqu'il l'avait entendue, il avait levé les yeux vers elle et lui avait fait signe de s'asseoir à côté de lui. La jeune fille ne se fit pas prier et se servit une tasse de café comme son compagnon. Elle ne pouvait pas rester longtemps. Elle savait que sa mère était au courant et ne l'attendrait pas avant au moins 12h30, mais elle refusait de la laisser s'inquiéter plus que nécessaire.

« Alors comment s'est passé ton rendez-vous avec Drago, Gin ? » Lui demanda le jeune homme aux yeux d'un vert étrangement brillant.

« Harry ! » Répondit-elle outrée en le frappant gentiment. « C'est de Malfoy dont tu me parles. Le jour où nous sortirons ensemble les poules auront des dents. »

Une lueur énigmatique dans les yeux, il ne releva pas. « Alors comment ça s'est passé ? Il n'a pas été trop insupportable ? Il ne t'a pas trop insultée ? »

« Non, en fait il a même été courtois une fois les présentations faites. Je pense qu'il est perdu. Il ne sait pas à qui faire confiance. Je me mets à sa place, dans sa famille, hésiter n'est pas permis. On attend de lui qu'il soit un bon mangemort. Ce ne doit pas être facile. »

« Ginny ! Aide-le à faire le bon choix. Je crois qu'il n'y a que toi qui en es capable. Tu peux lui apprendre beaucoup. Tu es quelqu'un de bien et avec toi, il peut voir tout ce qu'il n'a jamais eu. Une personne qui l'écoute, à qui il puisse se confier, une personne qui ne dise lui passe pas tous ses caprices comme le font ses parents. Je pense qu'avec toi, il peut atteindre un certain équilibre. » Lui dit-il sérieusement en buvant son café comme si de rien n'était.

« Quand je t'écoute, j'ai l'impression que grâce à moi il s'est trouvé une petite femme. Ce n'est pas ce que je suis, Harry. Je suis son professeur ! Voire son amie. Mais ça n'ira jamais plus loin. »

« Je ne te demande que d'être son amie, Gin. Mais regarde les personnes qui l'accompagnaient à Poudlard : Crabbe, Goyle et Parkinson. Avec cette belle brochette, je pense qu'il a souvent dû se sentir seul. Toi, tu pourras devenir une véritable amie. D'ailleurs tu sais bien que tout le monde t'adore. » Il lui fit un rapide clin d'œil.

« Pas tout le monde. » Elle le regarda tristement. Ce fut fugitif, mais Harry le vit. Elle poursuivit sur un ton plus enjoué, « Je n'aurais jamais cru voir ça ! Ce matin, toi et le professeur Snape ! Tu te moquais délibérément de lui et il n'a absolument rien dit. »

« Non, tu exagères. Je ne me suis pas moqué de lui. Je plaisantais et il le savait. Je sais qu'il est inquiet quand je sors. Mais il ne peut pas me couver indéfiniment. Il m'a entraîné pour une raison et il me faut maintenant sortir et affronter le monde extérieur. Il ne sera pas toujours là pour m'aider. »

« C'est étrange de vous voir ainsi. A parler et à plaisanter gentiment. Je n'aurais jamais cru voir ça un jour. »

« Tu veux la vérité ? Moi non plus. » Il éclata de rire avant de reprendre un visage grave, « Pourtant, aujourd'hui, sans lui je serais perdu. Même quand il n'est pas là, je peux entendre les conseils qu'il me donnerait. J'en suis même venu à aimer nos soirées dans le petit salon, à jouer aux échecs et à discuter. J'apprécie même ses petits commentaires sarcastiques et ses piques méchamment lancées. Quand tu les écoutes attentivement, tu remarques qu'il y a toujours quelque chose de caché : un compliment masqué, une dérision, une insulte envers quelqu'un d'autre. En fait, Severus est très drôle. »

En parlant, ses yeux étaient devenus lointains et il souriait gentiment. Ginny ne l'avait pas vu sourire de cette façon presque innocente depuis qu'il avait commencé son entraînement. « Je suis contente que tu ais trouvé un ami aussi cher. » Son ton était un peu grinçant. Elle devait se faire à l'idée qu'elle avait définitivement perdu Harry. Elle pensait le savoir, mais elle ne l'avait pas encore accepté. « Il faut que je parte. Maman va s'inquiéter. »

Il acquiesça. « Repasse par ici quand tu veux. Si tu veux parler de Drago ou d'autres choses, ma porte te sera toujours ouverte. Et pour les autres moments, il y a toujours ce miroir. »

« Merci Harry ! Au fait, je sais que je t'ai remercié pour tes cadeaux de Noël. » Le jeune homme rougit d'embarras se souvenant de la manière dont la jeune fille s'était jetée à son cou. « Mais je n'ai pas vu Ron le faire. Pourtant son cadeau était vraiment très beau. »

Il la regarda longuement avant de répondre, « Il m'a contacté par miroir un soir où il était seul. Il ne voulait pas des actions, il ne voulait pas que j'ai pitié de lui, ce qui n'était pas le cas. Je me suis simplement dit qu'il pourrait devenir vendeur de balai ou concepteur. Il a toujours adoré le Quidditch. Après moult discussions, il a fini par accepter. Ce fut difficile. Il est vraiment têtu. »

« Quel est l'argument que tu lui as donné pour le faire accepter ? »

« Je lui ai simplement dit qu'après la guerre, il pourrait vivre tranquillement avec Hermione et qu'il serait bien plus heureux en sachant que ni l'un ni l'autre ne risquait leur vie en étant Aurors. Ca l'a fait réfléchir. Au final, il a dit qu'un jour il trouverait un moyen de me rembourser. Mais ce n'est pas ce que je veux. Je veux juste que mes deux meilleurs amis soient heureux. Et toi aussi. »

Elle mit les mains sur les hanches, « Harry, tu es bien trop généreux. » Elle lui fit une bise sur la joue et activa le Portoloin pour rentrer chez elle.

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Se retrouvant seul cet après-midi là, Harry décida d'aller jeter un œil à la bibliothèque. Il avait besoin d'un livre un peu spécial. Il ne pensait pas le trouver dans la section de magie blanche, qu'il avait déjà bien fouillée et lue.

« Ernest, dites-moi, vous m'avez bien dit que le miroir permettait aussi d'accéder à la section de magie noire n'est-ce pas ? »

Le petit homme rajusta ses lunettes. « Oui, c'est ce que j'ai dit. Vous avez certainement remarqué les nombreux miroirs que contient cette demeure ? » Harry acquiesça, « Eh bien, chacun a une fonction particulière. Je sais que certains peuvent avoir une incidence sur le temps, d'autres sur le lieu dans lequel vous vous trouvez. Ceux des salles de bains vous donnent un avis sur votre apparence, bien sûr, mais d'autres parlent, parfois pour vous donner des leçons, parfois pour vous faire la morale. Vous avez découvert une salle de dessin, je crois ? »

« Oui, c'est exact. Je n'ai pas encore eu le temps d'y mettre les pieds, mais c'est vrai. Ceci dit, je ne sais pas dessiner, elle ne m'intéresse donc que très peu. »

« C'est là où vous vous trompez jeune homme. Si cette pièce s'est ouverte à vous, c'est parce que vous la vouliez et que vous avez un don particulier. Le miroir vous apprendra. »

« Bah, on verra bien. Suffisamment parlé des autres miroirs. Je mets la main sur celui-ci, je pense à ce que je désire et il me conduira de l'autre côté, c'est ça ? »

« En théorie. Cependant, je pense que vous devriez attendre votre mentor. Il ne sera pas ravi que vous fassiez cela sans lui. » Il brossait maintenant sa moustache avec nervosité.

Harry fit un geste dédaigneux de la main. « Ne lui dites rien et il ne sera pas au courant. »

Il n'attendit pas la réponse. Il posa sa main sur le miroir en pensant à ce qu'il voulait. La vitre devint translucide, un froid glacial le traversa et il fut aspiré à l'intérieur.

Tout était noir, sombre et l'air était frais. On aurait dit que des personnes encapuchonnées se baladaient devant lui. D'après ce qu'il voyait, la pièce était lugubre. A peine éclairés, les rayonnages craquaient sous le poids des livres. Dans certaines sections, on voyait des lueurs blafardes, des cris à glacer le sang s'échappaient ici et là.

Il vit un de ces visages encapuchonnés, ses yeux étaient rouges et son teint était si pâle qu'on aurait pu croire qu'il s'agissait de la grande faucheuse, la mort elle-même. De part et d'autre, il voyait des fantômes parcourir la grande salle, la très grande salle.

Tout à coup, tout disparut, la salle devint lumineuse. Les rayonnages qui paraissaient à peine supporter le poids des livres quelques secondes auparavant étaient maintenant en bois clair, comme s'ils étaient neufs.

La salle ressemblait à celle qui se trouvait de l'autre côté du miroir. Rien n'en faisait un lieu de magie noire. Il s'assit à l'une des tables et, l'espace d'une seconde, il crut se retrouver dans la salle sombre. La chaise craqua comme si les ans l'avaient usée alors qu'elle paraissait neuve. La table, elle, était vieillie par rapport au reste, comme si elle était là bien avant le reste des meubles.

Il prit une plume et marqua dans le petit cahier ce qu'il cherchait : un livre sur les marques ou cicatrices causées par la magie noire, les horcruxes, les objets magiques puissants, la purification.

Plusieurs livres atterrirent devant lui, mais un attira particulièrement son attention : un pavé dont la couverture était d'un épais cuir noir et les pages en parchemin jauni remplis par une écriture manuscrite cursive. Les lettres n'étaient pas faciles à distinguer, mais l'auteur semblait savoir de quoi il parlait. Son titre, Les Puissants artefacts de la magie noire, ruse et enchantements, n'était pas à proprement parler un livre de magie noire. Au contraire, l'auteur semblait montrer comment s'en défendre.

Au fil des pages, il démontrait que la magie noire était bien plus faible que la blanche. L'art de la magie blanche s'était perdue génération après génération et l'auteur, ayant vécu au cours du XVIIeme siècle, dans les années 1620, cherchait à consigner ce qu'il avait appris pour que son savoir ne soit pas perdu, recopiant de vieux grimoires qui n'avaient pas été détruits au cours du Moyen Age, qui fut une période prospère pour les sorciers ténébreux.

Harry apprit que la célèbre discorde entre les Fondateurs de Poudlard avait perduré pendant tout le Moyen Age et que des groupuscules s'étaient créés partout dans le pays. Les sorciers n'envoyaient plus leurs enfants à Poudlard, mais auprès de ces enfants du serpent.

Cinq siècles après sa mort, les partisans de Salazar Serpentard continuaient à se réunir, prônant la magie noire, haïssant les moldus qui détruisaient autant qu'ils le pouvaient les artefacts qu'ils soupçonnaient dangereux.

Les sorciers refusaient de se cacher, créant un climat de peur et de terreur. Devenant Seigneurs de petites bourgades, ils enseignaient à leurs enfants la haine des moldus, la magie asservissante, les sorts interdits. Rien ne les arrêtait. Ils étaient puissants et le montraient. Seuls les sorciers avaient le droit d'apprendre à lire et à écrire, seuls les sorciers recevaient un tutorat, seuls les sorciers connaissaient la magie.

Poudlard était déserté. Une minorité d'élèves venaient suivre les cours, la plupart d'origine moldue. Les professeurs ne pouvaient plus que leur enseigner les bases, essayant de leur inculquer la vraie nature de la magie blanche.

Les livres laissés par les sorciers de la lumière, par les élites d'une génération, furent brûlés par les petits Seigneurs, qui les jugeaient obscènes et infondés. Très peu d'ouvrages survécurent à cette période et l'art de la magie blanche se perdit petit à petit.

L'histoire étant telle que nous la connaissons, les sorciers cherchant toujours plus de pouvoir, s'affrontèrent, jusqu'à ce qu'ils ne soient plus qu'une poignée, se croyant invincibles. Certaines lignées s'éteignirent parce qu'ils n'avaient pas eu d'enfants ou parce que l'art de la guérison avait disparu et que les enfants mourraient en bas âge.

Seule une élite avait encore cette connaissance. Cette élite, issue de Poudlard, était puissante mais tyrannisée. Se réunissant en guilde, le maître apprenait à son apprenti l'art de la magie, préférant se cacher que d'avoir à faire aux Seigneurs malfaisants.

Il fallut attendre les XIVème et XVème siècles et la Renaissance pour voir refleurir l'art de la magie blanche, pour que Poudlard retrouve son rayonnement d'antan et que les seigneurs abandonnent leur château ou du moins une partie de leurs terres. Ceux qui se considéraient comme de sang pur refusèrent d'abandonner la magie noire, la transmettant à leurs enfants de génération en génération.

La magie noire ne fut pas oubliée.

L'auteur décrivait avec précision certaines formules considérées aujourd'hui comme ténébreuses et qui à son époque, n'étaient que de la magie du cœur. Seulement le cœur peut-être lumineux ou ténébreux et ça, l'auteur l'avait compris.

Harry parcourut le livre, page après page, se passionnant par ce qu'il apprenait, par l'histoire ainsi que par les formules.

Au milieu du livre, il s'arrêta net. Un objet était dessiné. Il s'agissait d'un médaillon épais au centre duquel était gravé le sigle de Serpentard. Il sortit lentement l'objet de sa poche et le regarda. Ses yeux passèrent de l'un à l'autre, les comparant, les analysant : c'était les mêmes. Considéré comme l'un des artefacts les plus puissants du moment, le médaillon contenait des sortilèges de protection. Placé au cœur d'une cité, il devait empêcher les esprits du mal d'entrer. Porté par un 'chevalier', il était censé le protéger et repousser la magie noire. Donné à la personne aimée, il devait protéger, allant jusqu'à apporter la mort au possesseur. Le don était sacré. C'était la promesse d'un amour éternel.

Il tourna la page et tomba sur l'épée de Gryffondor. Comme le médaillon, elle était censée aider la paix à triompher. Animée de pouvoirs étranges, elle était l'arme du 'chevalier de la lumière'.

De plus en plus surpris, il continua à tourner les pages. La coupe de Poufsouffle était là également. Elle se remplissait indéfiniment, apportant courage, réconfortant l'âme fatiguée et montrant au buveur le Bien qu'il pourrait apporter autour de lui. Elle avait le pouvoir d'apporter la guérison à l'âme malade ou au corps fatigué. Longtemps laissée aux moldus, ils la considéraient comme miraculeuse.

Les objets les plus puissants étaient ceux confectionnés par les fondateurs ou les objets auxquels ils attachaient une certaine importance et auxquels ils avaient donné un pouvoir propre. Les fondateurs avaient été des sorciers puissants.

Plusieurs autres objets suivirent : des miroirs magiques tels que le miroir du rised ou d'autres permettant de remonter le temps ou de voir le futur, des statues pleurant pour apporter la nouvelle d'une guerre imminente ou l'arrivée d'un mal puissant, des bracelets semblables à celui qu'il portait…

Il sourit en voyant le dernier : une boite à musique capable de remonter le moral de celui qui écoutait, apportant réconfort à l'esprit et au corps. La fatigue diminuait et la personne était alors capable de se souvenir des meilleurs moments de sa vie, retrouvant ainsi le courage de continuer sa quête.

Tous ces objets avaient un même but : aider le défenseur du Bien, celui qu'ils appelaient le 'chevalier' à combattre l'arrivée d'un mal puissant.

Mais alors comment le médaillon avait-il pu servir de réceptacle à un morceau d'âme aussi noire ?

Il regarda l'heure : il était déjà tard. Il devait retourner au Refuge. Il ne voulait pas que Severus s'inquiète pour rien.

Il se demanda s'il pouvait emprunter le livre. Pour plus de sûreté, il écrivit sur le catalogue : emprunt d'un mois.

Il posa sa main sur le miroir et disparut.

Revenu de l'autre côté, il reprit sa lecture, cherchant un moyen de débarrasser l'artefact de ce morceau intrusif et de libérer l'âme de la corruption qui l'habite. D'après le livre, aucune âme n'est mauvaise en soit. Une âme affaiblie par un environnement hostile, peut petit à petit se gonfler d'énergie négative telle que la colère, la tristesse ou le désespoir. La recherche d'amour, si elle s'avère nulle peut conduire à la haine et à l'intolérance. L'âme corrompue s'en prend alors aux autres, cherchant à leur faire subir ce qu'elle a souffert.

Il trouva enfin la page qu'il cherchait, ' Severus, j'ai trouvé le moyen de purifier le médaillon sans le détruire.'

La réponse fut lointaine. 'J'arrive, ne fais rien sans moi !'

'Entendu !'

Il mit un marque-page et feuilleta le reste du livre.

Il chercha ensuite un moyen de supprimer le lien existant entre Voldemort et ses mangemorts. Supprimer une marque faite délibérément en signe de soumission.

Il trouva enfin ce qu'il cherchait à la fin du livre. Il était apparemment possible de s'en débarrasser. Au départ, ce genre de signe était gravé dans la chair afin de marquer les chevaliers d'un même clan. Les porteurs de la marque pouvaient ainsi converser entre eux, faire passer des informations rapidement, demander des soins… Il n'y avait rien de négatif. S'en libérer était simple : il suffisait au porteur de souhaiter se libérer du lien. Il jetait dessus une sorte de sort curatif, refermant les connections existantes entre les différents porteurs.

Il en avait déjà discuté avec Severus et savait que son mentor refuserait qu'on lui enlève la marque- pour l'instant. Il fit une copie du texte pour l'avoir à portéé de main. Il arriverait un jour où Severus devrait en être libéré et le plus tôt serait le mieux.

Il feuilleta à nouveau le livre pour trouver les objets magiques. Il ne pensait pas que tant d'artefacts médiévaux pouvaient encore exister de nos jours. Et encore, l'auteur précisait que sa liste n'était pas exhaustive. Il avait simplement répertorié les objets les plus rares et les plus puissants. Les indestructibles, ou presque. Ceux qui, aux mains d'un ennemi sachant s'en servir, pourraient faire des ravages dans le monde entier, apportant destruction et chaos sur son passage.

Heureusement, Voldemort n'était pas aussi intelligent qu'il le croyait puisqu'il n'avait pas découvert la puissance des objets dont il s'est servi pour déposer des morceaux de son âme, ayant simplement essayé de les corrompre parce qu'ils avaient appartenu aux fondateurs.

Lorsque Severus arriva, Harry était encore en train d'étudier les artefacts, cherchant le dernier, celui que Dumbledore n'avait pas su nommer.

« Harry, qu'as-tu trouvé ? » L'homme brun semblait fatigué.

Sans rien dire, le jeune homme poussa le livre vers lui à la page des horccruxes. « Ca a l'air simple. Bien plus simple que ce que j'ai dû faire pour la bague ! » Murmura Severus après avoir lu l'article.

« Et plus facile à mettre en œuvre que ce que j'ai fait avec le journal de Tom ! » Ajouta le Gryffondor.

Le Serpentard relut l'article attentivement puis feuilleta le livre. Il tomba rapidement sur les artefacts. Lui aussi reconnut plusieurs objets dont la bague de Dumbledore. Il parcourut les articles et tomba sur la magie du cœur, magie qui régissait les bracelets, mais aussi le pendentif de sa mère…

Il se plongerait dedans plus tard. « Harry, où as-tu trouvé ce livre ? » Il fronçait les sourcils.

Harry haussa les épaules. « Je suis allé faire un tour du côté de la section interdite. »

Severus fronça d'autant plus les sourcils, « Gryffondor idiot, t'es-tu dit qu'il était peut-être ensorcelé ? »

Il le dévisagea, « Voyons Severus, pourquoi serait-il ensorcelé ? »

« Parce qu'il vient de la section interdite. On ne range pas ce genre de livre dans ces rayonnages par hasard. »

« Je crois qu'il a été placé là pour survivre au temps. D'après ce que j'ai lu, l'auteur a eu peur de voir les sortilèges de magie blanche disparaître petit à petit. Et il n'a pas eu totalement tort. La plupart des sorts considérés comme ténébreux sont en fait issu de la magie blanche. Regarde toutes ces potions considérées malfaisantes alors que leur efficacité est avérée. Même la magie curative n'est plus utilisée comme elle devrait l'être. »

Loin d'être convaincu, Severus lança plusieurs sort sur le malheureux livre qui n'était pas ensorcelé. « Je te l'avais dit. » Son mentor ne répondit pas, le regardant simplement avec des yeux noirs.

« Allons-nous fabriquer cette potion ? »

Le maître des potions acquiesça, regardant une nouvelle fois la formule. « C'est vraiment très simple. Je n'aurais jamais pensé à une telle formule ! » Dit-il doucement.

« N'est-il pas difficile d'être simple ? »

Severus le regarda avec des yeux ronds. « J'ignorais que vous pouviez faire preuve de sagesse, M. Potter. Encore une fois vous me surprenez. »

Hpsshpss

La potion contenait des poils et de la poudre de licorne, du sel, du romarin, un lys, de la lavande, du romarin, du basilic, du thym, du fenouil, de l'hysope, de la menthe et de la verveine… des choses toutes simples que les moldus superstitieux utilisent encore de nos jours pour se protéger des esprits malfaisants. Peut-être devraient-ils regarder de plus près certaines rituels moldus.

Pendant qu'ils travaillaient, Harry lui demanda doucement, « Severus, pourquoi ne m'as-tu pas parlé de la violence qui s'abat en ce moment dans les rues ? »

Son mentor ne le regarda pas. « C'est Remus qui t'en a parlé ? »

« Hum hum. C'est moi qui lui ai demandé. Je voulais savoir. »

« Est-ce que ça t'aurait aidé de savoir que Voldemort s'en prend à des innocents pendant que toi tu t'entraînes ? » Il leva légèrement les yeux pour rencontrer ceux de Harry.

« Oui ! Non ! J'aurais essayé de faire quelque chose. »

« Que ressens-tu maintenant Harry ? » Lui demanda Severus d'une voix calme.

« Ce que je ressens ? De l'impuissance. De la peur, une impression d'urgence -»

« -De la culpabilité de ne pas avoir pu les aider ? »

Harry acquiesça lentement. « Oui, de la culpabilité. Je suis enfermé à l'abri et eux sont dehors à se faire tuer alors qu'il cherche à me tuer. De la frustration d'être ici et non pas dehors avec eux. »

« Et ça t'aurait apporté quoi, Harry d'aller là dehors et de te battre avec eux ? Tu te serais fait tuer alors que tu n'étais pas prêt ! Tu avais besoin de t'entraîner et je savais que si je te parlais de ce que le Seigneur Noir faisait tu te serais précipité et tu te serais fait tuer. »

« Mais maintenant -»

« Maintenant tu dois trouver les horcruxes et les détruire. Tant que ce ne sera pas fait, penser à le vaincre ne sera pas une option. Aujourd'hui, nous en avons trois en moins, presque quatre si on compte Nagini. Il ne nous reste que deux objets à trouver. Agir trop tôt nous conduirait à notre perte. Réfléchis Harry, ne laisse pas ta peur ou ta culpabilité prendre le dessus. Ta mort ne serait pas une issue à cette guerre. »

Harry le regarda un long moment, « Je sais, tu as raison, mais c'est si difficile de rester ici sans rien faire. Toi, Ginny, Hermione, Ron, vous faites tous quelque chose dans cette guerre, mais moi je reste là à attendre. »

Severus leva les yeux vers Harry. « Ca y est, c'est terminé ! Que dit le grimoire ? »

« De mettre la potion dans une boite en verre d'ajouter ensuite l'artefact puis de la refermer et de jeter le sort Putréide Purificaum. La boite devrait s'entourer d'un halo rouge ou noir et changer de couleur jusqu'à disparaître complètement, montrant ainsi que l'artefact a repris son énergie et sa puissance d'origine. »

Le maître des potions s'exécuta. Il jeta le sort sur la boite en verre qui s'entoura d'un halo rouge sang. L'artefact devenait horcruxe après un meurtre, il était donc normal que le halo soit rouge, comme le sang de la victime sacrifiée.

« Viens, rangeons ça dans la bibliothèque du petit salon. L'avoir sous la main ne peut pas faire de mal. »

Il regarda Harry et reprit la conversation de tout à l'heure comme s'il ne s'était pas interrompu. « Tu ne peux pas tout faire Harry. T'entraîner, chercher les horcruxes, conduire tes amis dans la voie qu'ils doivent suivre, protéger le monde. Tu as des priorités. Tu es ici pour chercher des solutions. Ton travail est plus important que le mien qui est d'entraîner un potentiel mangemort ou de Mlle Weasley qui fait de même. Nous avons tous un chemin que nous devons suivre et il est différent d'un individu à un autre. Ne te laisse pas abattre aussi facilement Harry. »

Severus continua à avancer, mais le jeune homme s'arrêta et le regarda longuement comme s'il le voyait pour la première fois. Il décida finalement de passer à un autre sujet. Son mentor avait eu une journée difficile, il n'était pas nécessaire d'en rajouter.

« Comment s'est passée ta journée ? »

« Elle s'est passée. »

« Je vois. »

Ils étaient tous les deux fatigués. La journée avait été longue pour tous les deux. Dans le petit salon ce soir-là, l'un comme l'autre vaqua en silence à ses occupations.