Voldemort regardait Severus de ses yeux rouge sang et le dévisageait comme il ne l'avait pas fait depuis des années : « Severus, m'es-tu fidèle ? »
L'espion se raidit inconsciemment. « Bien sûr mon Seigneur. Je sais que votre puissance est incomparable et qu'un jour vous serez le maître du monde et détruirez les sangs de bourbe et les moldus qui pullulent sur cette terre et respirent notre air. » Il cracha les mots, essayant de retrouver le venin qu'il avait autrefois, mais il avait une boule dans la gorge. Comment prononcer des paroles auxquels il croyait désormais si peu.
« Je ne sais pas, Severus. J'ai des doutes. Ton allégeance date de bien longtemps. Tu es souvent absent aux réunions et personne ne parvient à te joindre en ce moment. Même le jeune Malfoy affirme que tu es très peu au Manoir des Snape. Où passes-tu donc tes journées mon petit serpent ? »
« Seigneur, je recueille des informations comme vous me l'avez ordonné et je fais les potions que vous exigez. J'ai réussi à me faire passer pour un ami de Potter. J'ai presque retrouvé la place que j'occupais avant. J'aurais très bientôt à nouveau mes entrées dans l'Ordre du Phénix. Je vais enfin pouvoir savoir ce qui se prépare et je pourrais vous en informer. » Mentit-il.
« Je vois. » L'homme inhumain se redressa et s'approcha de la forme agenouillée de Severus. « Relève-toi mon Serpent ! Pour me prouver ta fidélité, je veux que tu me rendes un service. »
« Tout ce que vous voudrez mon seigneur. » Severus détestait ce qu'il faisait. Il détestait jouer les faibles et être rabaissé comme un chien. Mais son masque était toujours aussi froid, comme de la pierre. Aucun sentiment ne devait apparaître sur son visage.
« Relève-toi et suis-moi. »
« Bien maître. » Severus le suivit à travers les couloirs sombres. Une petite flamme rayonnait de temps à autre pour donner un peu de lumière, mais elle n'était pas suffisante. C'était un lieu privilégié pour les rats et les chauves-souris, probablement deux des animaux préférés de ce monstre.
Ils arrivèrent à une porte que le Serpentard dut se baisser pour passer. Quand il entra, il fut pris de nausée. C'était une chambre de torture. Des os gisaient ça et là, des membres étaient éparpillés un peu partout et l'odeur était insoutenable. Celle du sang. De la pourriture. De la décomposition. Des excréments.
L'atmosphère était suffocante. On sentait la peur, l'angoisse, la douleur, la torture physique et mentale. Tout dans cette pièce inspirait le dégoût.
« Vois-tu mon petit serpent, cette salle me sert contre les traîtres. Elle me permet d'obtenir des informations souvent fort utiles. Elle a aussi un autre but. Sens-tu cette odeur ? Sens-tu la peur ? Leur faiblesse est ma force ! »
Severus ne répondit pas. Il ne s'était pas vraiment attendu à ça.
« J'ai découvert, il y a quelque temps déjà, que cette atmosphère un peu particulière engendrait le dégoût, la colère, la haine, la violence. Parfois il n'est pas nécessaire de tuer ou d'utiliser l'Imperium pour qu'un homme change de camp, pour qu'il veuille faire le mal. Chaque homme a une zone d'ombre en lui. Il suffit de la découvrir et de s'en servir. Sa haine peut devenir tellement grande qu'elle se cristallise et ne demande qu'une chose : qu'on la laisse s'extérioriser. » Voldemort souriait en se promenant dans la salle, touchant les objets ensanglantés, se mettant du sang sur un ou deux doigts avant de les porter à ses lèvres avec délectation.
« Vois-tu cette boule, mon petit serpent ? Elle a une capacité formidable. Elle prend l'âme de ceux qui demandent pitié, de ceux qui sont trop faible pour résister à la torture. Elle absorbe leur peur, leur haine, leur désir de vengeance, tout ce qu'il y a de pire en eux. Je n'ai plus ensuite qu'à la libérer sur un village ou sur une ville pour que les habitants en ressentent les effets. Les pauvres moldus deviennent agressifs et essayent de s'entretuer. C'est très divertissant. Cette idée m'est venue en étudiant les légendes moldues. La boite de Pandore, tu connais Severus ? »
Celui-ci acquiesça. Une vague de froid le pénétra et il combattit le frisson d'horreur qui s'insinuait en lui.
« Seigneur, pourquoi me montrer tout ça ? »
L'intervention de Severus fit revenir Voldemort à lui. Ses yeux se focalisèrent à nouveau. Et son sourire s'accentua. « Pourquoi je te montre tout ça ? Regarde par ici ! »
Ils ouvrirent une petite porte qui menait à une cellule. Chambre froide sans fenêtre, ni banc. L'obscurité y régnait en maîtresse absolue. Il fallut à Severus un temps pour s'habituer à l'absence de lumière et pour voir la forme recroquevillée dans un coin.
« Lumos ! » Cria Voldemort. La pièce s'éclaircit et la silhouette hurla. Son cri, si c'en était un, ressemblait plus à celui d'une souris qu'à celui d'un homme. Il cachait de son bras maigre son œil unique et quand finalement il le baissa, Severus comprit pourquoi il n'avait pas pu crier : sa langue avait été arrachée.
Il lui fallut rassembler toute sa force pour ne pas faire un pas en arrière.
« Alors Severus, on ne dit pas bonjour à son ami Ecrion ! » Gloussa le monstre qui se tenait devant lui. Le masque de froideur que Severus avait gardé jusque là se brisa et sur son visage se dessina une expression horrifiée. « Eh oui mon petit serpent, cette forme à peine vivante fut le chef de mon armée. Il a été l'une des personnes en qui j'avais le plus confiance. Et voilà à quoi il en est réduit aujourd'hui. On ne me désobéit pas impunément Severus. »
C'était une mise en garde. Voldemort savait qu'il le trahissait. Et il voulait lui montrer ce qui l'attendait. L'estomac noué, plus pâle que d'ordinaire, Severus s'obligea à regarder celui qui fut son ami. Ecrion, Lucius, Lucas et lui formaient l'avant-garde de Voldemort avant sa chute. Ils étaient jeunes et faisaient entièrement confiance à celui qui voulait instaurer une nouvelle ère dans le monde magique. Mais Lucius les avait rapidement quittés, se sentant supérieur à eux, et il avait cherché à atteindre les sommets et pour se faire, il s'était rapproché du Maître en divisant leur clan.
Voldemort les avait séparés. Ecrion était devenu le chef des armées, Lucas avait été envoyé en mission bien des années auparavant et Severus s'était retrouvé à Poudlard. Ils ne s'étaient jamais revus. Sauf Lucius, bien sûr, qui était là, et qui profitait de son statut de protégé de Voldemort.
Et Ecrion était là aujourd'hui, devant lui.
« Il m'a trahi Severus. Il m'a trahi et il devait donc être puni. Aujourd'hui mon bourreau a pu lui faire cracher la cachette de son associé d'autrefois. » Severus écarquilla les yeux. « Et oui, Ecrion et Lucas se voyaient toujours. Tu sais, ils ont toujours été proches, un peu trop proches. Lucas te trompait. Il t'a toujours trompé. Tu n'étais qu'un passe-temps pour lui et il jouait avec toi quand Ecrion n'était pas là. »
« Il n'y avait aucun sentiment entre nous. » Répondit froidement le serpentard. « Quand vous m'avez envoyé à Poudlard, on a arrêté de se voir. Je ne sais pas où il est parti ni quelle était sa mission. En vérité, je ne pensais pas les revoir un jour. »
« Severus, je veux que tu tues ce traître ! Maintenant ! »
Comme un automate, Severus leva sa baguette et cria les mots mortels « Avada Kedavra ! » C'était mieux ainsi. Dans la mort son ami ne souffrirait plus.
« Et je veux que votre dernier comparse meure aussi de ta main. Je veux que tu sois mon bourreau, qu'il voie que malgré leur trahison à tous les deux, toi, tu m'es resté fidèle. Et je veux que tu me ramènes ce qu'il m'a volé. C'est une coupe. Je la veux ! Ne l'oublie pas. » Il martela les deux dernières phrases, retombant dans sa folie destructrice.
« Et je veux que tu me ramènes son bras, sa marque ! Si tu échoues, tu finiras comme lui. Tu es prévenu Severus. Je ne tolérerai pas d'autre trahison. »
« Bien mon Seigneur. Il en sera fait comme vous le désirez. » Severus agissait comme un automate. Répétant des paroles qu'il avait prononcé des dizaines, des centaines de fois. Il avait la tête vide. Et la journée n'était pas terminée. Il devait aller tuer son amant d'autrefois, son ami le plus cher.
« Voici le Portoloin qui te conduira dans un bled perdu d'Amérique Latine. En général, il reste six mois au même endroit avant de déménager et de recommencer à fuir. Du moins, c'est ce qu'il faisait quand son très cher ami Ecrion lui passait des informations. Maintenant va ! »
Severus prit le Portoloin et disparut !
Hpsshpss
Il arriva dans un petit village. Le soleil se couchait déjà, mais la chaleur était étouffante. Sa robe de sorcier pesait lourdement dans cette chaleur insupportable. Et pourtant, l'hiver n'était pas tout à fait fini.
Le cœur lourd, il chercha un saloon, un pub, un café, n'importe quoi, du moment qu'il pouvait avoir des renseignements.
Les quelques habitants qu'il croisait le dévisageaient. Sa robe de sorcier. Son teint pâle. Son statut d'étranger. Severus ne savait pas pourquoi ils le regardaient de si près, mais il s'en fichait. Rien n'avait d'importance en dehors de Lucas. Mon dieu, comment allait-il le faire ? Il ne voulait pas le tuer. Dumbledore. Ecrion. Et maintenant Lucas. La fatalité allait-elle continuer à s'acharner sur lui ? Il ne voulait plus être le bras armé de la Mort. C'était fini ce temps-là. C'était fini.
Il descendit la rue et entra dans un saloon. Le barman, un petit homme gros et jovial, le salua poliment. « Que puis-je faire pour vous ? Vous n'êtes pas du coin, n'est-ce pas ? »
« Non, je cherche un homme. Lucas Abergasil. Le connaissez-vous ? » Lui demanda froidement Severus.
L'homme se referma. « Pourquoi, qu'est-ce qu'il a fait ? »
Severus ne voulait pas perdre de temps avec cet homme. Pendant qu'il lui parlait, il procédait à une lecture de son esprit. La Légilimencie, quand on savait s'en servir, c'était souvent bien utile.
Ayant trouvé les informations qu'il cherchait, il manipula rapidement l'esprit de l'homme, lui faisant oublier la présence de son ami ainsi que la sienne. « Je vous remercie, vous m'avez été bien utile. », lui dit-il avant de partir en direction de l'hôtel de Lucas.
Chambre 13. Il frappa. Personne. Il entra. La chambre était dans un état épouvantable. On aurait dit qu'il y avait eu une bagarre. Les meubles étaient renversés, d'une table il ne restait que les pieds, on aurait dit qu'elle avait éclaté. Les coussins des fauteuils étaient éventrés. Une bouteille de vodka continuait à répandre son contenu sur le sol.
Severus s'avança doucement, baguette en main. Il avait vu quelque chose. Il s'approcha. Un homme ronflait à côté de la bouteille de vodka. Sa barbe de plusieurs jours et son odeur de sueur mélangée à l'alcool montraient qu'il ne s'était pas lavé depuis un certain temps.
« Enervatum ! » Lança Severus pour le réveiller. L'autre homme ouvrit les yeux. L'air hébété, il regarda autour de lui puis leva les yeux vers le visage de son ancien ami.
« Oh Severus ! Comment vas-tu ? » Il se leva et essaya de se jeter dans les bras de Severus. Chancelant à moitié, il faillit rater sa cible et embrasser le mur. Le Serpentard le rattrapa de justesse. Enervé, il lui lança un sort pour le dessoûler, « Abrugatis ! »
Lucas se redressa alors brusquement et le regarda avec méfiance. « Severus, que fais-tu ici ? Comment as-tu su que j'étais là ? »
Severus ne répondit pas. Son regard devait être suffisamment éloquent pour que Lucas comprenne. Il s'effondra à nouveau contre le mur, les larmes roulant sur ses joues. « Il a été découvert et tu es là pour me tuer parce que le Maître l'a ordonné. » Affirma-t-il, en ironisant sur le mot maître. « Eh bien vas-y, qu'attends-tu pour faire ton travail, comme le bon petit toutou que tu es, Severus ? »
« J'aurais déjà pu te tuer, Lucas. »
« Alors pourquoi es-tu là ? » Lucas passa une main sur son visage, se leva et se dirigea vers la salle de bains pour se mettre de l'eau sur le visage. Severus le suivit.
« Je suis là pour t'aider. Je veux trouver un moyen de te sauver la vie. »
Lucas éclata d'un rire froid, dénué d'humour. « Mais ne le vois-tu pas, Severus ? Je suis déjà mort. » Il se regarda dans le miroir et traça avec un doigt la forme de son visage. « Je ne suis plus celui que j'étais et je n'ai plus rien aujourd'hui. Plus rien. Ecrion est mort et moi avec lui. »
« Tu ne veux pas savoir comment il est mort ? » Lui demanda Severus après un long silence. Lucas s'arracha de sa contemplation et d'un coup de baguette fit chauffer du café. « Non. Mes nuits sont déjà peuplées de bien assez de cauchemars. J'imagine la torture qu'il a dû endurer. La sienne et celle de bien d'autres. Tous mes crimes passés me reviennent en mémoire, m'empêchant désormais de trouver le sommeil. »
« Comment puis-je t'aider mon ami ? » Lucas le dévisagea, cherchant une trace de mensonge sur son visage, mais Severus resta de marbre.
Il se servit une tasse et en donna une à Severus qui en but immédiatement une gorgée. Lucas le regarda avec avidité.
« Pourquoi voudrais-tu m'aider ? »
« Parce que je suis un espion au service de la lumière depuis que je suis à Poudlard. » Lâcha le serpentard au bout d'un moment.
Les yeux de Lucas s'agrandirent démesurément.« Ne me prends pas pour un imbécile Severus. Je sais très bien que c'est toi qui as tué Dumbledore. Ce n'est pas parce que j'ai quitté le monde sorcier que je ne me tiens pas au courant de ce qui s'y passe. Tu dois être le favori de notre Seigneur. Lucius doit en être vert de jalousie. » Ironisa-t-il.
« Tu ne t'imagines pas à quel point. Il ne s'en remettra jamais. Le Seigneur Noir ne lui fait plus confiance. Ce qui est une bonne chose. Je pense qu'ils sont aussi fous l'un que l'autre. » Plaisanta Severus pour essayer de détendre son ancien ami et ne voulant pas parler de son mentor. La douleur était encore trop vive.
« Continue Severus ! Tu me disais que tu n'étais plus un fidèle mangemort ! » reprit Lucas d'une voix lente. Le Serpentard prit une nouvelle gorgée de café.
« J'espionne les mangemorts pour Dumbledore depuis des années et aujourd'hui, j'entraîne Harry Potter. Lui seul peut vaincre le Seigneur des Ténèbres et j'espère voir ce jour arriver. Potter est fort, vraiment fort, de caractère, d'esprit et de puissance. Il est capable de le vaincre. J'en suis sûr. Sa résolution est déjà prise. On peut le voir dans ses yeux. Ils sont d'un vert si éclatant que tu te noierais dedans… Lucas que m'as-tu fait ? » Il mit sa main sur sa gorge comme pour s'empêcher de parler.
Lucas éclata à nouveau de rire. « Rien, je ne t'ai rien fait. Je t'ai juste donné de cette eau miraculeuse. Elle fait dire la vérité. C'est bien mieux que le veritaserum. J'en bois avec tout. C'est magique, Severus. Elle te rafraîchit l'esprit. Quand tu en bois, tu as l'impression de ne jamais avoir été aussi intelligent. Parfois tu entraperçois des images de ton futur. C'est assez angoissant, mais c'est puissant. Ne sens-tu pas cette sensation de bien-être t'envahir mon ami. »
« Lucas pourquoi ? »
« Tu ne comprends pas que c'est pour ton bien ? Je veux partager cela avec toi maintenant que Ecrion est mort. Lui-aussi était sceptique au début mais après avoir essayé, il a compris mon point de vue. Nous allons pouvoir être comme avant, tu verras. » Sa voix était aiguë et ses yeux dilatés. Il s'approcha de Severus et posa une main sur son visage avant de descendre jusqu'à ses lèvres et de l'embrasser. Il mordilla sa lèvre inférieure pour lui faire ouvrir la bouche, mais Severus le repoussa.
« C'est trop tard Lucas. Toi et moi c'est fini depuis longtemps. »
« C'est à cause d'Ecrion, hein ? Je t'assure qu'il n'y a jamais rien eu entre nous. Je ne l'aimais pas. Ce n'était que du sexe. Je n'ai toujours pensé qu'à toi, Severus. Tu le sais, n'est-ce pas ? »
« Lucas, où est la coupe ? »
« Tu es venu pour la coupe, alors ? Mais tu ne l'auras pas. » Il sortit un couteau de cuisine et se précipita sur Severus. « Non, tu ne l'auras pas, elle est à moi et à personne d'autre. J'ai vendu Ecrion parce qu'il a essayé de me la voler. Non, toi non plus tu ne l'auras pas. »
Severus évita le couteau, mais l'autre homme continuait à essayer de le frapper. « Mais ne vois-tu pas ce que tu es devenu ? Tu ressembles à un drogué ! Reprends tes esprits ! »
Lucas s'arrêta dans son élan et regarda Severus dans les yeux. Des yeux noirs face à des yeux marrons. Ses cheveux paille tombaient sur son visage, lui donnant l'air d'un enfant perdu.
Sans que rien ne puisse prévenir de ce qui allait se produire, Lucas retourna le couteau contre lui. Severus se précipita vers lui pour le guérir mais son ancien amant l'en empêcha. « Non, Severus. C'est mieux ainsi. Pour toi, comme pour moi. »
Severus le prit dans ses bras. « Pourquoi Lucas ? Pourquoi ? »
Le mangemort sourit, il semblait libéré d'un poids qu'il portait depuis des années. « Cette coupe est une bénédiction. Elle libère ton cœur du mal. Elle te montre tes erreurs passées et te trace le chemin de la rédemption. Elle te redonne -courage et -- énergie. Avec elle, tu n'as pl-us besoin de manger, elle comble tous tes besoins. Mais- j'ai continué à boire. Je me sentais si bien. J'en s- suis devenu dépendant. Pour- pour m'en passer, je –je me suis- mis à boire et à me- droguer. » Ses yeux étaient lointains, mais il ne semblait pas souffrir, bien au contraire. Parler de la coupe lui donner un air béat.
« Ah ah ah ah, les douleurs ont alors commencé. Les images ont envahi ma tête. Je ne pouvais plus le supporter. E- Ecrion a essayé de m'aider et je l'ai tué, Severus. » Les larmes coulaient sur son visage alors que le sang ruisselait par terre.
« Je croyais être le gardien de –cette coupe-, je l'ai protégée de Voldemort. Je ne voulais pas qu'il s'en serve pour faire le mal. Il- Il m'avait demandé de la retrouver. Il disait qu'elle était à lui. Mais j'ai compris que non. Elle était à moi. J'étais son gardien, Severus. Elle était à moi. » La rage lui donna la force de continuer à parler.
« Severus, je suis si faible. Elle m'a contrôlé. Je n'ai jamais réussi à me l'approprier. Et je n'ai pas eu assez de volonté pour m'en défaire. »
« Où est-elle, Lucas ? Je te promets d'en faire bon usage. Je la remettrai à qui de droit. »
Lucas le regarda dans les yeux, leva la main et la posa sur sa joue. Les larmes se mêlaient maintenant au sang. « Je sais que tu en feras bon usage mon ami. Tu as vraiment changé. Je sais que tu sauras en prendre soin. Elle est dans l'ar- armoire. Sous un sort de dissimulation. » Il ferma les yeux.
« Tu sais, elle permet aussi de li- lire les cœurs.-- Je sais aujourd'hui que je t'ai t-toujours aimé. Tu as été l'amour de ma vie, mais je sais aussi que je n'ai ja- jamais compté pour toi. Je sens qu'aujourd'hui ton cœur est pris. »
« Ne parle pas comme si tu allais mourir. Lucas, laisse-moi t'aider. Je peux te sauver. »
« Non. Mon heure est venue. Je ne veux pas sur-vivre. Ecoute-moi, encore un peu. Reste-loin de lui, Severus. » Son regard devint lointain, mais ses yeux étaient verrouillés dans ceux de Severus. Il ne bégayait plus, comme si la mort était déjà là, qu'elle l'attendait et lui laissait terminer ses adieux « Tu n'apportes que la mort et la destruction partout où tu passes. Tu ne pourras pas lui apporter le bonheur. » La main sur sa joue se crispa avant de se détendre à nouveau. « Fais attention à lui, mais ne t'attache pas trop. Il n'est pas fait pour toi. Vous n'êtes pas du même monde. Tu ne lui apporteras que le malheur. Tu ne veux pas le voir souffrir, n'est-ce pas ? Alors laisse-le. Ne t'approche pas de lui. C'est mon dernier conseil, Severus.
Severus, je t'en prie… » La main retomba. Lucas était mort. Il serra le corps sans vie dans ses bras. Aucune larme ne coulait de ses yeux secs. Son cœur par contre saignait. Il ferma les yeux de son ami, le souleva et le posa sur le lit.
Il trouva sans aucun mal la coupe qu'il avait transformée en sablier. Le sablier qui symbolisait leur union, leur clan, leur fraternité. Pour eux, il annonçait un changement. Le temps passait pour conduire à une nouvelle ère dont ils étaient les messagers. Mais aujourd'hui, c'était fini. Il jeta un sort de protection autour, la mit dans un sac et la réduisit au maximum pour que personne ne la remarque. Et autour du sac, il jeta un sort d'anti-magie pour que le Seigneur Noir ne sente pas sa puissance.
Il se dirigea vers la fenêtre pour lancer le sort Morsmodre. La marque des Ténèbres s'éleva au-dessus de la chambre d'hôtel. Severus retourna vers le corps, inspira profondément pour se donner du courage et souleva la manche de la chemise pour voir la marque noire. Elle était là, le marquant comme du bétail. Il était la propriété du Seigneur Noir et aujourd'hui, il avait décidé de lui reprendre la vie. Il coupa le bras et lança un charme de préservation dessus pour faciliter le transport.
Il allait partir quand Harry le contacta, 'Severus, j'ai trouvé le moyen de purifier le médaillon sans le détruire.'
Il essaya de se détacher de la réponse. Harry ne devait pas savoir ce qui était arrivé. 'J'arrive, ne fais rien sans moi !'
'Entendu !'
La présence s'échappa de son esprit. Il devait maintenant partir.
Il reprit son Portoloin pour retourner vers Voldemort.
Hpsshpss
« Ssseverussss, tu as été bien long. J'ai cru que tu m'avais trahi et que tu avais décidé de t'allier à mon ennemi. »
Le Serpentard était une nouvelle fois agenouillé devant son maître, le regard sur le sol. « Jamais, Seigneur. J'ai discuté avec le traître. Je voulais essayer de le raisonner avant de le tuer. Mais c'était peine perdue. Il n'était plus lui-même. Même dessoûlé, il était confus. Il n'avait plus la tête sur les épaules. Seule la mort pouvait être son châtiment. »
« Content que tu te joignes à mes idées Ssseverussss. » Voldemort était visiblement en colère, mais se contenait pour une raison ou pour une autre.
« As-tu la coupe ? »
« Il m'a parlé d'une coupe qui permet de voir ses erreurs et ses péchés. Il a dit que c'est elle qui l'avait rendu ainsi. Mais quand je lui ai demandé où elle se trouvait, il a éclaté de rire et m'a dit qu'il y avait belle lurette qu'il ne l'avait plus. Qu'il ne serait pas aussi faible s'il l'avait conservée. Il m'a dit qu'il l'avait jetée dans un fleuve pour être sûr que personne ne mette jamais la main dessus. Mais je ne l'ai pas cru. J'ai retourné ses affaires, mais elle n'était pas là. Je crois qu'il ne savait plus ce qu'il disait. »
« Effectivement. Alors la coupe n'était pas là. »
« Non mon Seigneur. »
« Donne-moi son bras. »
« Le voici, Maître. »
Voldemort sourit méchamment lorsqu'il vit le bras mutilé. Lucas avait essayé de se débarrasser de la marque. Elle était restée, mais la peau était à vif, brûlée, griffée, rongée, on aurait dit que la marque s'était étendue. « Ainsi, il a essayé de me renier jusqu'au bout. J'espère que tu l'as fait souffrir, mon petit serpent.
« Oui seigneur. Je l'ai regardé se noyer dans son sang. » Les images défilaient dans sa tête.
« Bien, laisse-moi maintenant. »
« Bien Maître. »
« Severus ! »
« Oui Maître. » Il savait ce qui l'attendait. Voldemort n'attendait que ça. C'était un monstre sanguinaire qui aimait le sang, qui aimait voir souffrir, qui aimait la douleur. Quand le sort le toucha, il serra la mâchoire. Ses dents s'entrechoquèrent.
Un courant électrique violent le traversa de part en part. Chaque nerf était touché, la douleur se répercutant à l'infini. Les cellules se dilataient. Il hurla. Il ne pouvait en cet instant penser à rien d'autre. Rien d'autre n'existait que la douleur. Mais il l'avait méritée. Il souffrait parce qu'il était un meurtrier. Malgré lui, les larmes s'échappaient de ses yeux. Il ne contrôlait plus rien. Son corps était flasque. La douleur était telle qu'il ne savait plus où il avait mal. Il ne savait plus où il était ni ce qu'il avait fait. Une seule pensée. Harry. Je ne peux pas mourir maintenant. Il a encore besoin de moi. Encore un peu.
Et la douleur disparut.
Le changement brutal, l'absence de douleur fut si brusque qu'il en rit presque. Lui aussi devenait fou.
« C'était pour avoir fait alliance avec un groupe qui s'est allié contre moi. Si tu me trahis Severus, si tu me trahis, tu subiras le même sort qu'Ecrion. Ce que tu viens de subir ne sera rien. Je te ferai revivre tes pires cauchemars. Crois-moi mon petit serpent, il vaut mieux être avec moi que contre moi. »
Le silence retomba dans la salle obscure, mais Severus sentait le regard de Voldemort sur lui. « Mais je sais que je peux compter sur toi, Severus ! Jamais tu ne m'as trahi. Jamais. Tu sais que je ne voulais pas vraiment te faire souffrir. C'était une simple mise en garde.
Je ne fais pas de mal à mes petits serpents. » Il se tourna vers Nagini et commença à caresser les écailles visqueuses du serpent. « Tu le sais toi mon petit. »
Les yeux rouges s'illuminèrent lorsqu'ils virent que Severus était toujours là. « Que fais-tu encore là, imbécile ? Va-t-en ! »
Le serpentard ne se le fit pas dire deux fois et transplana. Voldemort était fou. Il avait définitivement perdu l'esprit.
Hpsshpss
Il voulait rentrer, voir Harry, rire et plaisanter comme si de rien n'était, mais il savait que c'était impossible. Rien ne serait comme avant. C'était trop tard. La roue s'était mise en marche et sa progression était inéluctable. Il savait maintenant qu'il devait s'éloigner de Harry.
La découverte du jeune homme était primordiale. Il pensait que Lucas avait perdu l'esprit parce que l'objet avait été corrompu par le morceau d'âme incrusté par Voldemort. Le monstre lui avait transmis sa propre folie. L'eau recueillie était impure et il fallait la purifier. En rentrant ce soir-là, il se rendit directement dans son cabinet pour prendre une potion annulant les effets du Doloris et une potion revigorante. Il allait retrouver le Gryffondor quand il se rendit compte que sa robe était tachée de sang. Il se changea rapidement. Harry ne devait pas savoir. Il ne pouvait pas lui dire ce qui était arrivé. Il ne le pourrait pas.
Il ne pouvait pas non plus lui parler de la coupe. Pas tout de suite, pas ce soir, pas alors que le visage d'Ecrion était gravé dans son esprit et que les mots de Lucas résonnaient dans sa tête en une mélodie sans fin. 'Tu n'apportes que la mort et la destruction partout où tu passes'
Etait-ce vrai ? Oui, certainement.
'Tu as été l'amour de ma vie' Mais lui ne l'avait pas aimé en retour. Il avait joué avec ses sentiments. L'amour, il ne savait pas ce que c'était. Lucas avait raison. Les gens qu'il avait osé aimer étaient tous morts. Les personnes dont il avait été proche avaient toutes disparu. Aujourd'hui il en avait eu une fois de plus la preuve. Ses parents, Dumbledore, Ecrion, Lucas. Il était un danger pour tous. Il était responsable de leur mort. Harry ne méritait pas ça.
Il devait le pousser à avancer, lui donner le courage de continuer, mais ne pouvait pas aller plus loin. Ils ne pouvaient pas être amis. Il serait son mentor. Rien de plus.
Il ferma les yeux.
« Comment s'est passé ta journée ? »
« Elle s'est passée. »
« Je vois. »
hpsshpss
Les journées se poursuivirent sans relâche et Severus essayait d'ignorer Harry du mieux qu'il pouvait. Il était obligé de le voir, mais il restait de plus en plus longtemps avec Drago et évitait le petit salon au moins deux fois par semaine. Il ne voulait pas que son compagnon se fasse trop de souci, alors il y allait encore, mais c'était de plus en plus rare. Voir le gryffondor lui rappelait les derniers mots de Lucas. Il ne voulait pas être responsable de plus de destruction et voulait éviter que le jeune homme ne se rapproche trop de lui.
'Vous n'êtes pas du même monde'
Il essayait de mettre autant de distance que possible entre lui et Harry, refusant de laisser le jeune homme prendre plus de place dans sa vie. Il voyait qu'Harry s'attachait de plus en plus à lui, préférant ses conseils à ceux des autres. Ils passaient trop de temps ensemble. A la fin de la guerre, ils devraient se séparer et il avait bien vu que le Gryffondor s'était un peu trop épris de lui. Oh, il ne doutait pas que ses sentiments seraient éphémères, qu'ils étaient liés à leur promiscuité, au fait qu'Harry ne sortait pas beaucoup et qu'ils étaients tous les deux dans la même situation : à devoir faire face à un fou dangereux prêt à les tuer à la première incartade.
'Vous n'êtes pas du même monde'
Mais il ne voulait pas être celui qui permettrait à Harry de survivre. Il ne voulait pas être un élément stable dans sa vie. Lucas l'avait dit. Il n'apportait que la destruction autour de lui. Il était responsable de la mort de son ami et de celle de bien d'autres. Toutes les personnes qui l'approchaient et à qui il tenait finissaient de la sorte. Ses parents, Dumbledore, Lucas… Qui serait la suivante : Harry, Drago… qui sait ? L'un comme l'autre penaient maintenant part à la guerre et il se devait de les protéger. Mais pas d'éprouver d'autres sentiments. Il ne devait éprouver ni amitié ni amour. Il devait se montrer dur et froid envers eux, comme le monde autour d'eux l'était. Ils seraient confrontés à la mort et très probablement à la sienne.
'Tu ne lui apporteras que le malheur'
C'était difficile. Plus difficile qu'il ne l'avait pensé. Il se surprenait à observer Harry quand il pensait que celui-ci ne le regardait pas. Il était semblable à un rayon de soleil dans sa vie, repoussant ses tracas et son humeur maussade. Harry était la seule personne à savoir le faire rire et ce, malgré l'état de guerre permanent dans lequel ils vivaient désormais. Il refusait de s'abandonner à ce genre de sentiments. Harry Potter n'était pas fait pour lui. Il méritait le bonheur et ce n'est pas un homme comme lui, amer et vieux qui pourrait le lui apporter. Il en était conscient, comme il connaissait les risques qu'il encourait à chaque fois qu'il se rendait auprès de Voldemort.
'Tu n'apportes que la mort et la destruction partout où tu passes'
Severus ferma les yeux. Les mots résonnaient, encore et encore. Ce sont des pensées qu'il ressassait sans cesse ces derniers temps. Il voulait s'éloigner doucement du jeune homme pour qu'il retrouve la liberté et l'envie de voir ses amis. Il n'était pas bon qu'il passe autant de temps avec un homme aigri et amer. Harry devait voir des jeunes de son âge et vivre. Il savait que s'il laissait libre cours à ses sentiments, il l'enchaînerait à lui. Et ça, il le refusait.
'Tu ne veux pas le voir souffrir de ta mort, n'est-ce pas ? Alors laisse-le. Ne t'approche pas de lui. C'est mon dernier conseil, Severus.'
Alors Severus s'éloignait doucement de Harry. Il lui avait parlé de la coupe le lendemain soir. Ne lui donnant aucun détail.
« Harry, le hasard m'a permis de tomber sur la coupe. Elle a de grands pouvoirs, il faut faire très attention. La dernière personne à être entrée en contact avec elle est devenue folle. »
« Comment es-tu entré en sa possession, Severus ? »
« Ca n'a pas d'importance. Je l'ai, c'est tout. Elle est dans la bibliothèque à côté du médaillon, en état de purification. »
Harry souriait. « Il ne nous reste donc plus qu'un objet à trouver. »
« Oui, un seul. » Dit Severus sur un ton morne.
Les yeux du jeune homme se posèrent sur lui. « Que se passe-t-il Severus ? »
« Rien. Dis à tes amis de continuer à chercher l'orphelinat. Je pense que cet objet s'y trouvait, mais il est possible que je me trompe. On ne sait jamais et il vaut mieux ne pas prendre de risque inconsidéré. En continuant à le chercher, ils se mettent moins en danger que s'ils essayaient de participer directement à la guerre. » Pendant tout son discours, il n'avait pas regardé Harry et avait pris un ton aussi détaché que possible.
« Entendu. »
« Et évite d'y toucher tant qu'elle n'est pas purifiée. Je ne voudrais pas qu'il t'arrive ce qui lui est arrivé. »
« Severus, parle-moi. »
« C'est ce que je fais, non ? »
« Non. Tu ne me regardes même pas dans les yeux quand tu parles. »
« Je vous assure M. Potter que tout va bien. Maintenant, laissez-moi s'il vous plait. »
Harry s'était approché de lui pour poser une main sur son bras, mais Severus s'était reculé. « Je te laisse, bonsoir Harry. » Il s'était arrêté avant de partir, mais ne s'était pas retourné. « Je ne te verrai probablement pas demain. Je vais partir tôt. Je dois m'assurer que l'entraînement de M. Malfoy et de Mlle Weasley se passe bien et je compte rester assez tard pour combler le retard de Drago. »
« Severus. »
« Quoi ? »
Le serpentard s'était forcé à rester face à la porte.
« Non rien. » S'il s'était retourné, il aurait vu la tristesse dans les yeux verts.
S'il mourait, Severus savait qu'il mourait aussi. Sa marque était connectée à celle du monstre et rien ne pourrait empêcher sa destinée de s'accomplir. Il mourrait avec lui, mais cela lui était égal du moment que Harry survivait et pouvait commencer une nouvelle vie. Et il y veillerait.
Hpsshpss
Harry ne comprenait pas ce qui arrivait à Severus. Depuis qu'ils avaient trouvé la coupe, son mentor s'était totalement fermé, se retranchant dans une coquille infranchissable. Il ne souriait plus, il parlait à peine et rentrait tard presque tous les soirs. Quand il était au Refuge, il s'enfermait dans son laboratoire ou dans ses quartiers, jouait du piano, composait des mélodies ou lisait les livres qu'il ramenait de la section interdite.
Harry ne savait plus quoi faire pour le faire sortir de sa réserve. Il savait que ce n'était pas normal, mais l'autre homme refusait de parler. Il était désormais seul la majeure partie du temps. Il avait donc décidé d'aller à Poudlard avec ou sans l'accord de Minerva MacGonagall ou de Severus Snape. Si ni l'un ni l'autre ne daignait l'écouter, il serait obligé de prendre les mesures appropriées. Mais il retardait l'échéance parce qu'il savait que Severus serait contre et même s'il voulait faire quelque chose pour le contrarier, il n'était pas certain que ce soit la chose à faire.
Il ne fit pas son interview, rompant par là la promesse qu'il avait faite à Remus, mais encore une fois, il avait écouté Severus et en avait conclu qu'il avait raison. Il ne pouvait pas se montrer au monde sorcier, il devait déjà trouver tous les horcruxes et les détruire ou les purifier, selon leur état.
La seule autre personne qu'il voyait était Ginny qui venait le voir de temps en temps pour lui parler de Drago. Il ne voyait que rarement Ron et Hermione, mais discutaient avec eux grâce aux miroirs. Ils arrivaient même de temps à autre à faire une partie d'échecs, surtout maintenant que Severus ne venait plus dans le salon le soir. Harry continuait à venir et il jouait seul. Parfois, il se mettait au piano et essayait de jouer. Mais le lien étant fermé, les sons étaient creux et vides, dénués d'émotions.
Quand il n'avait rien d'autre à faire, il allait désormais dans la salle de dessin et apprenait. Il commençait à aimer dessiner. Ernest Dumbledore avait raison, la salle lui apprenait à dessiner et il était doué. Il parvenait à faire passer les émotions qu'il ne pouvait pas transmettre dans la journée : ses peurs, ses angoisses, sa colère… mais ce qu'il représentait le plus souvent c'était de longues mains fines, des yeux d'un noir charbon lançant des éclairs ou des yeux amusés, de fines lèvres qui souriaient avec ironie ou qui lui faisait un de ses rares sourires chaleureux. Le Severus qu'il ne trouvait plus dans la journée, il le retrouvait là, dans ses peintures.
Ginny avait remarqué que quelque chose n'allait pas et elle venait le voir plus souvent. Elle n'était plus la jeune fille amourachée qu'elle était lorsqu'elle était venue la première fois au Refuge. En fait, ses visites étaient plaisantes. Elle riait et plaisantait avec le Gryffondor, lui parlant de Drago, de sa facilité à apprendre, de ses blagues, de sa gentillesse. Jamais il n'aurait pensé entendre la gentille Ginevra Weasley parler ainsi de celui qui fut un jour accusé par le trio infernal d'être l'héritier de Serpentard.
Ses visites amusaient Harry et le détendaient. L'entendre parler de Drago était vraiment drôle. Ils se disputaient constamment et la jeune fille lui rapportait ces disputes sur un ton outré. La vérité était qu'elle se faisait du souci pour son ami. Elle l'avait rarement vu aussi éteint. Il souriait de plus en plus rarement et refusait de lui parler de ses problèmes.
« Harry que se passe-t-il ? Est-ce qu'il va y avoir une attaque ? »
« Non, Gin, ne t'inquiète pas, ce n'est rien. Je devrais bientôt pouvoir affronter Tom. Je serais bientôt prêt. » Il essaya de lui sourire mais échoua lamentablement.
« Et tu crois que ça va me rassurer ? »
« Non ? »
« Bien sûr que non, espèce d'idiot. Et que pense le professeur Snape de tes projets d'affronter Tu Sais Qui ? »
« Rien. »
« Rien ? Comment ça rien ? Tu veux dire que tu ne lui en as pas parlé ? »
« Non. »
« Pourquoi Harry. C'est ton mentor, je suis certaine qu'il veut savoir. »
« Non, je ne crois pas. »
« Que s'est-il passé entre vous ? »
« Rien. Absolument rien, mais je ne le vois presque plus. On dirait qu'il m'évite, et quand je lui parle, il coupe court à la conversation le plus rapidement possible. Je sais que quelque chose ne va pas, Gin, mais je ne peux rien faire. Il ne me laisse pas l'approcher. Il refuse ma présence. »
« Alors bats-toi. Ne le laisse pas te repousser. Tu es plus fort que ça. Et tu le connais. Tu sais qu'il n'est pas dans son état normal, non ? »
Il rit avec amertume. « C'est beaucoup dire, Gin. Qui peut se vanter de connaître Severus Snape le maître des potions le plus cynique qui soit ? »
« Toi Harry. Toi tu le connais. Il t'a laissé franchir ses défenses une fois et il recommencera. Parce que c'est toi. » Elle le prit dans ses bras. « Tu verras. Et tu verras que Drago passera bientôt dans notre camp. Tu sais, c'est vraiment quelqu'un de bien, finalement. »
« Je te l'avais dit, Gin. Je te l'avais dit. »
Ginny était aussi inquiète pour son élève. Comme Severus, elle avait remarqué que depuis quelques semaines, Drago semblait soucieux. Il n'en avait parlé ni à Ginny ni à Severus et l'un comme l'autre s'inquiétaient.
Hpsshpss
Severus avait essayé de discuter avec Drago, mais il n'avait pas réussi à lui tirer les vers du nez. Sa conversation avait même été un peu trop personnelle à son goût.
« M. Malfoy ! »
Severus venait d'arriver pour son cours avec Drago. Le jeune homme avait bien progressé et même si ses progrès n'étaient pas aussi fulgurants que ceux de Harry, ils étaient très nets, surtout depuis que la jeune Weasley était entrée dans le jeu.
« Professeur, puis-je vous poser une question ? »
« Je vous en prie. » Severus était curieux de savoir ce qui troublait le jeune homme.
« Que se passera-t-il si le Maître est défait ? » Drago était vraiment inquiet, le maître des potions pouvait presque palper son angoisse.
« Vous voulez dire s'il meurt ? »
Le jeune homme acquiesça simplement.
« Pour nous ? »
Nouvel acquiescement.
« La marque est faite pour que ceux qui la portent subissent le même sort que le Seigneur Noir. » Une lueur d'horreur apparut dans les yeux de Drago. Severus nuança sa réponse. « Il faut toutefois ajouter quelques paramètres. L'influence que le Seigneur Noir a sur nous dépend de la distance qui nous sépare de lui, de notre fidélité et des barrières que nous possédons. L'Occlumencie vous permet de vous protéger de la colère du Maître. Lorsqu'il est en colère, il déverse une grande puissance dans le lien qui nous unit. Si vos murs sont assez forts, la douleur ne sera que minime. Mais s'ils sont inexistantsvous pouvez en mourir. »
« Mais le Maître ne sent-il pas les barrières de l'Occlumencie ? »
« Ah Drago, voilà une question intéressante. Le maître aime les gens forts. Il veut donc des personnes à son service qui soient capables de protéger leur esprit, mais qui ne soient pas assez forts pour que lui ne puisse envahir le leur. C'est une question de subtilité. Je n'ai qu'un conseil à vous donner : devenez aussi fort que vous le pouvez et cachez au Seigneur votre véritable puissance. »
« Mais c'est subversif. S'il l'apprenait, ne risquerait-il pas de me tuer ? »
« Peut-être, mais ce n'est pas sûr. Il peut être fier de vous ou très en colère. En vérité, je vous déconseille de provoquer sa colère. Il vaut mieux qu'il ne le découvre jamais. Si votre père ne s'est pas fait prendre comme d'autres à la fin du premier règne du Maître, c'est parce qu'il était en mission loin du Seigneur Noir. Mais beaucoup des plus jeunes recrues et des plus faibles sont morts cette nuit-là. »
Drago était songeur.
« Que se passe-t-il Drago ? »
« Rien professeur. Le Maître m'a donné une mission mais elle est plus difficile que je ne le pensais au départ. Je ne sais pas si je pourrais l'accomplir. Mais si j'échoue -»
« Qu'est-ce qui vous fait douter, Drago ? Ne faites-vous plus confiance au Maître ? » Severus fit une pause et vit le jeune homme écarquiller les yeux. Mais avant qu'il n'ait le temps de répondre, il poursuivit, « Vous éprouvez des sentiments particuliers pour une personne ? »
« Je, non, je – Je ne sais pas professeur. Mais j'ai peur. J'ai peur qu'il lui arrive quelque chose. Elle n'est pas- elle n'est pas du côté du Maître-»
« M. Malfoy, vous savez que nous sommes en guerre? »
Drago acquiesça à nouveau.
« Il est difficile de savoir ce que l'avenir nous réserve. Certains dans cette situation se dépêchent de se marier et de fonder une famille. C'est ce qu'a fait la famille Weasley. Et il y a ceux qui préfèrent rester seuls pour éviter que ceux qu'ils aiment souffrent. Il y a de grandes chances que je meure avant la fin de la guerre, je ne vois donc pas pourquoi je me rapprocherais de quelqu'un que je ferais souffrir si ma fin arrivait. Je ne veux pas non plus que ma famille ait à subir le poids de mes décisions. Si j'avais encore de la famille, je l'aurais mise à l'abri. »
« Mais professeur, croyez-vous que si cette personne éprouve elle aussi des sentiments pour moi, elle me pardonnera de l'avoir rejetée, seulement parce que c'était pour son bien ? Je ne crois pas. Je sais que si elle devait mourir, je préfèrerais avoir passé le plus de temps possible avec elle, pour avoir ni regret, ni remords. »
« Oui, mais si vous mourrez, vous l'enchaînerez peut-être à vous à vie. Elle vous survivra mais sera incapable de trouver le bonheur parce qu'elle vous aura idéalisé. »
A sa grande surprise, Drago éclata de rire. « Non professeur, je ne pense pas qu'elle puisse un jour m'idéaliser. Mais dites-moi, si vous étiez à ma place, que feriez-vous ? »
« Je refuserais de la laisser s'approcher de moi. Je refuserais de la laisser souffrir. Je préfèrerais qu'elle croit que je la déteste. »
« Professeur ? » Le jeune Serpentard fut étonné par la réponse de son aîné. « Je ne pense pas que vous ayez raison. Cette personne a le droit de savoir que vous l'aimez. »
Hpsshpss
Harry et Severus étaient dans leur petit salon, à lire les livres de magie noire que le Gryffondor était retourné chercher dans la section interdite.
Harry lançait de temps en temps des regards en direction de Severus, ce qui commençait sérieusement à énerver ce dernier.
« M. Potter, puis-je savoir ce qui vous prend ? »
Harry parut blessé. « C'est à moi de te poser cette question Severus. Depuis que Ginny entraîne Drago, je ne te vois presque plus et quand tu es là, c'est à peine si tu m'adresses la parole. Je m'inquiète simplement pour toi. »
« Je suis un grand garçon et je n'ai pas besoin que tu t'inquiètes pour moi. Je vais bien. » rétorqua sèchement Severus.
« Non, tu ne vas pas bien. Je n'ai rien dit jusqu'à présent parce que j'espérais que tu irais mieux, mais tu te renfermes de plus en plus ces derniers jours. Pourquoi ? »
« Je ne te dois pas d'explications. Et je n'ai pas besoin d'une nounou. Si ça te dérange tant que ça, tu n'as qu'à partir, je ne te retiens pas.»
« Alors c'est ça ? »
« De quoi parles-tu ? »
« Tu veux que je m'en aille ? Tu en as marre de m'avoir tout le temps sur le dos ? »
« Je n'ai pas à te dire de rester ou de partir. Cette maison est autant la tienne que la mienne. Tu fais ce que tu veux. »
Les yeux de Harry brillaient maintenant de colère. « Ce n'est pas ce que je te demande. Qu'ai-je fait Severus ? Pourquoi ma présence t'est-elle soudain devenue insupportable ? »
« Oh mais elle l'a toujours été, seulement je devais t'entraîner pour que tu deviennes fort et que tu nous débarrasses du Seigneur Noir. Je m'étais simplement habitué à ta présence, mais maintenant que je vois d'autres personnes, ta présence m'insupporte à nouveau. » Dit-il sur un ton dur.
« Oh non Severus, tu ne t'en sortiras pas comme ça. Tu m'attaques parce que tu caches quelque chose. Tu n'es pas toi-même ces derniers temps et tu essayes de me blesser, mais tu n'y arriveras pas. C'est à moi que tu parles Severus, pas à n'importe quel première année. Je vis avec toi depuis maintenant sept mois et je sais que tu n'es pas aussi cruel et froid que tu veux me le faire croire. »
« Et bien croyez ce que vous voulez M. Potter. De toute façon, à la fin de cette guerre, nous ne nous verrons plus, j'y veillerai. Vous retournerez auprès de vos amis -»
Harry se calma soudain, « Alors c'est ça ! Tu veux m'éloigner de toi parce que tu as peur de te retrouver tout seul à la fin de la guerre -»
« Non, vous vous trompez. Je n'ai pas peur de me retrouver seul, puisque je ne pense pas pouvoir survivre -»
Le jeune homme paniqua et vint se placer à genoux devant le maître des potions et prit son visage dans ses mains pour le regarder dans les yeux. « Mais qu'est-ce que tu racontes ? Pourquoi mourrais-tu ? Je ne te laisserai pas mourir. Je croyais que tu l'avais compris, depuis le temps. »
Severus se laissa attendrir. « Harry, pour tout le monde je suis un mangemort, l'assassin de Dumbledore, alors même si tu parviens à bloquer ma marque pour que je ne meure pas avec le Seigneur Noir, je terminerai mes jours à Azkaban ou je recevrai le baiser du détraqueur. Ce n'est pas ce que je veux. Je préfère mourir en me battant pour une cause juste. Tu es jeune Harry, tu as une vie -»
Harry déplaça une main pour qu'elle glisse sur la bouche de Severus. « Tais-toi, je t'en prie. Je ne supporterai pas d'entendre ces sornettes. Tu vas vivre Severus. J'ai trouvé un sort pour enlever la marque. Toi et Drago pourrez survivre malgré la mort de Tom et le Ministère n'aura aucune preuve de votre ancien statut. »
Severus prit la main sur de Harry dans la sienne et la mit sur ses genoux puis posa la sienne sur la joue du jeune homme qui ferma les yeux et appuya sa tête sur les genoux de son mentor. Severus passa ses doigts dans les cheveux noirs, caressant gentiment la douce chevelure d'un air absent. « Peut-être, mais je suis toujours l'assassin de Dumbledore, l'affreux professeur de potions que tout le monde déteste. Et je ne veux pas gâcher ta vie en restant ton ami une fois que cette maudite guerre sera terminée. »
Harry releva la tête pour regarder Severus de ses yeux flamboyants. « Je t'interdis de dire ça. Tu es mon ami. Mon meilleur ami. Je veux que tu fasses parti de ma vie maintenant comme après la guerre. Si mes autres amis ne peuvent pas le comprendre, alors c'est que je m'étais trompé sur leur compte et que ce ne sont pas de vrais amis. »
« Harry -»
« Non, je ne veux rien entendre. Et je refuse que tu te fermes à cause de ce qui se passera peut-être. On est encore en guerre. Et j'ai besoin de toi. Sans toi, je suis perdu. Alors ne recommence pas. S'il te plaît. » Il reposa sa tête sur ses genoux et le Serpentard massa à nouveau son cuir chevelu.
Après quelques minutes, Severus reprit la parole, mais changea de sujet.
« Drago est inquiet, mais il refuse de me parler de quoi que ce soit. On dirait qu'il ne me fait plus confiance. »
« C'est peut-être bon signe. Il a peut-être décidé de passer du côté de la lumière. »
« Je ne sais pas. Je crois que le Seigneur Noir lui a donné une mission et qu'il ne sait pas s'il doit ou non l'exécuter. En fait, je suis inquiet pour Mlle Weasley. »
« Je parlerai à Ginny. Peut-être sait-elle quelque chose. » Le massage s'arrêta et Harry se releva à contrecœur, évitant le regard de Severus. « J'ai peur, tu sais. J'ai un mauvais pressentiment. »
« Moi aussi Harry, moi aussi. »
