Chapitre 15 : Un nouvel allié
Harry ne savait pas où il se trouvait. Il connaissait pourtant cet endroit.
La pièce était sombre, mais la luminosité était suffisante pour qu'il puisse se promener dans la vaste salle encombrée d'objets insolites. Parfois, certains l'attiraient.
Il y avait ces étranges boucles d'oreille. Longues, en argent, elles avaient la forme d'une herbe. Sans même les toucher, il connaissait leur histoire. Il savait que la dernière personne à les avoir portées avait dû être internée en hôpital psychiatrique parce qu'elle était devenue folle. Elle n'avait pas compris leur pouvoir, pas tout de suite. Elle n'avait pas compris que grâce à elles, elle pouvait entendre les paroles des autres et ressentir leurs émotions. En un sens, elle avait acquis le don d'empathie, un don fabuleux qui permet de comprendre autrui et de l'aider à se sentir mieux. Mais ces sentiments l'avaient peu à peu consumés. Elle ne pouvait pas aider tout le monde. Elle n'était pas assez forte.
Les boucles d'oreille avaient subitement disparu à son entrée à l'hôpital et étaient arrivées là, attendant qu'une personne possédant une grande volonté et une âme charitable accepte de porter à nouveau ce merveilleux fardeau.
Sans les toucher, Harry poursuivit son chemin et tomba sur une boule de divination semblable à celle de Trelawney. La curiosité étant la plus forte, il se pencha légèrement en avant. Des images défilaient devant ses yeux.
Il vit d'abord Hermione et Ron portant leur costume d'Auror. Ils montaient sur une petite estrade. Ils rayonnaient tous les deux de bonheur. Scrimegeour s'avança vers eux pour leur remettre une plaque ou un écusson. Il ne voyait pas l'objet.
Du coin de l'œil, il aperçut Ginny et Drago. Ils avaient l'air de se disputer, mais la raison lui échappa.
Les lumières s'éteignirent et il vit Hermione disparaître sous ses yeux.
Il voulut hurler, mais la scène changeait déjà. Des gens pleuraient. Tous étaient habillés en noir. Deux cercueils. Un enterrement. Il ne voulait pas savoir celui de qui.
Du sang, il y avait du sang partout… la boule était devenue totalement rouge et il avait l'impression que le liquide débordait pour s'attaquer à lui. Il fuit. Aussi loin qu'il le put. Il voulait se réveiller.
Il se réveilla en sueur. Encore un rêve. Encore un de ses rêves dont les images lui échappaient au réveil. Il n'avait plus que des impressions fugitives, puis plus rien.
Le sommeil le rattrapait déjà. Il espérait dormir enfin d'un sommeil sans rêve, mais comme souvent, ces nuits dernières, le rêve recommença. Il ne voyait pas toujours les mêmes objets, mais s'arrêtait irrémédiablement et immanquablement devant la boule.
Il était comme hypnotisé et il continuait à regarder dedans. Cette fois, il assistait à la mort de tous ses amis. Celle de Hermione, Ron, Ginny, Severus… Mais à d'autres moments, il se voyait faire la paix avec Drago. Il se voyait combattre avec lui et vaincre le mal. Les scènes n'étaient jamais semblables, comme s'il y avait des dizaines d'avenirs différents et que rien n'était figé. Tout était possible. C'était à lui de faire son choix.
Quand il avança, il tomba sur d'autres objets insolites. Mais il les regarda à peine, avançant à l'aveuglette, cherchant quelque chose. Il ne savait pas quoi, mais il savait qu'il finirait bien par le trouver. Et devant lui apparut un objet de pourpre et d'or. Parmi tous les objets, c'était le plus étincelant, il attirait l'œil. Les dessins sur le tissu pourpre représentaient des scènes de danse, de spectacle, de musique. Les spectateurs semblaient envoûtés par cette mélodie. Il les voyait de près, comme s'il y avait eu un glissement de caméra et qu'elle effectuait un gros plan.
C'était ça. C'était l'objet qu'il recherchait. Il était enfin là, à portée de main. Il approcha lentement sa main pour le prendre. Il ne l'avait pas encore touché qu'il entendit un bruit étrange, comme un grincement. Plus sa main se rapprochait et plus le son prenait du volume et quand sa main fut dessus, la boite hurla. Le cri aigu l'obligea à se couvrir les oreilles. Une fois encore, il avait échoué.
Il ouvrit alors les yeux. Le soleil baignait la chambre d'une douce lumière. Les cris avaient disparu. Les images quittaient son esprit. Une fois de plus. Il ne savait plus ce qu'il avait fait. Mais indéniablement, il recommençait nuit après nuit. Il dormait d'un sommeil agité et se réveillait fatigué.
Sa fatigue commençait à se faire sentir et Severus l'avait remarqué.
Leur relation s'était stabilisée en une amitié incertaine. Ils n'étaient plus aussi à l'aise ensemble qu'auparavant. Une subtile tension était née entre eux, mais ni l'un ni l'autre ne voulait rompre leur fragile équilibre. Severus ne voulait pas opérer de rapprochement entre eux. Les paroles de Lucas étaient encore fraîches dans son esprit.
Mais il ne pouvait pas abandonner le jeune homme qui avait besoin de lui. Le moment était trop critique. Il resterait auprès de lui et jouerait le rôle qu'on lui avait confié, celui de mentor et de professeur. Il serait un père pour lui. Cette pensée le faisait grimacer malgré lui.
L'entraînement se passait bien, mais depuis plusieurs jours, les mouvements de Harry étaient plus lents, son temps de réaction s'était allongé. Et des cernes se creusaient autour de ses magnifiques yeux verts.
Ce matin-là, au petit-déjeuner, Severus l'appela plusieurs fois par son prénom, mais Harry ne répondit pas. Il tenait sa tasse dans ses mains. S'il raffermissait sa prise, la tasse risquait d'éclater. Severus se leva et mit une main sur son épaule. Harry ne réagit pas. Inquiet, il posa une main sur sa joue et tourna la tête du jeune homme pour qu'il le regarde. Les paupières du jeune homme clignèrent et Harry le regarda avec étonnement.
« Severus ? Quelque chose ne va pas ? »
« C'est moi qui te pose la question. Tu es assis là sans bouger depuis plusieurs minutes. J'ai beau t'appeler, tu ne réagis pas. » Il enleva sa main. La douce chaleur quitta sa joue. Harry était à nouveau envahi par le froid. Ce froid si intense qui l'enveloppait comme un manteau et refusait de le quitter.
« Je vais bien. » Répondit-il simplement. Comment pourrait-il lui expliquer cette sensation de malaise qui le submergeait depuis plusieurs jours ? Comment pourrait-il lui expliquer ce froid intérieur ? Et le goût du sang qu'il avait dans la bouche en se réveillant le matin ?
« Harry, ne me mens pas. Je sens que quelque chose ne va pas. Je n'ai pas besoin d'ouvrir le lien pour le savoir. Il suffit de te regarder. Tu es blanc comme un linge. Tu trembles comme si tu avais froid. Ton visage est brûlant. Tu as des cernes sous les yeux. Explique. »
« Je ne peux pas t'expliquer quelque chose que je ne comprends pas. Mes rêves sont peuplés de cauchemars dont je n'ai que de vagues souvenirs à mon réveil. Je sais qu'ils sont importants et qu'ils ne sont pas envoyés par Tom, mais rien ne me revient. Chaque nuit je me rapproche un peu plus de mon but, mais chaque nuit j'échoue. Il va se passer quelque chose et je ne suis pas prêt. Je ne suis pas prêt à affronter ce qui va advenir. Je ne veux pas vous perdre. Je préfère mourir que de vous perdre tous. »
Son ton était monocorde et froid. Ses yeux lointains. Il était reparti, inconsciemment.
« Harry ! » Dit Severus d'un ton sec.
Le jeune homme se retourna. « Ce n'est pas le moment de somnoler. Il faut que je parte au manoir des Snape, mais je garde notre lien ouvert. Si tu as le moindre problème, appelle-moi. »
« Ne t'en fais pas. Je vais bien. »
Severus ne le croyait qu'à moitié, mais il devait partir.
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« Il m'a confié une mission ! » Dit le jeune homme blond. « Il me teste pour savoir si je peux lui être utile. » Aucune émotion ne transparaissait sur son visage.
« Est-ce ce que tu désires, Drago ? Veux-tu vraiment faire partie des mages noirs ? Veux-tu vraiment prendre la vie de malheureux innocents. Si c'est ce que tu veux, alors je n'ai plus rien à faire ici. »
« Non, ne pars pas ! J'ai besoin de toi ! » Drago enfouit son visage dans ses mains. « Je ne sais plus ce que je veux, Gin. Tu es arrivée et tu as semé le trouble dans mon cœur. Je- J'aime sauver des vies. Sentir la vie revenir est- au-delà –je- c'est inexprimable. »
« Mais tu hésites ? »
« Ce n'est pas ça ! Gin, ma vie est entre ses mains. Si je refuse, il risque de s'en prendre à ma famille ou à toi. Je ne peux pas le laisser faire. »
« Tu pourrais devenir un espion. Tu pourrais me parler de ses plans. » La jeune fille se leva. « Tu n'es pas obligé de rester à son service. On pourrait te cacher. »
« Une fois que l'on est marqué, c'est pour la vie. Je pourrais devenir un espion, mais il s'en apercevrait. Je -»
« Et si je te donnais ce choix. Je pourrais en parler à Harry- »
« Ne mêle pas Potter à cela. Je ne veux pas de sa pitié. Ni de son aide. »
« Que t'a-t-il demandé de faire ? »
« Il veut que je participe à la cérémonie de bienvenue des nouveaux Aurors et que je fasse diversion pour que l'on puisse enlever un des amis de Potter. Pas toi. Il pense que tu vas nous rejoindre. Mais un de tes frères ou Granger. Il veut frapper fort. Potter est resté trop longtemps caché et ça inquiète le Maître. »
« Ecoute, je comprends que tu ne veuilles pas que j'en parle à Harry, mais je serai plus rassurée si tu acceptais au moins de porter un bracelet de protection. »
« Tu as en ta possession un bracelet de protection ? » Lui demanda Drago d'un air incrédule. « Mon père en cherche depuis des années, mais n'a jamais été capable d'en trouver un seul. »
« Ca veut dire que tu acceptes ? »
Il acquiesça légèrement de la tête.
« Je dois te prévenir. Je porte déjà un bracelet et il est lié à Harry. »
« J'aurais dû m'en douter, Potter, toujours Potter. Et je suppose que c'est lui qui t'a fait cadeau de celui-là ? » Il y avait de la rancœur dans sa voix, peut-être même de la jalousie.
« Oui, c'est lui qui me l'a donné. Il m'a demandé de te le remettre si un jour tu souhaitais passer de notre côté. »
« Je ne passe pas de votre côté ! En tout cas pas du sien. »
« Drago s'il te plaît. Si tu me laisses te le mettre, nous serons liés. Je saurais où tu es et il est même possible que nous puissions communiquer grâce à lui. »
De ses yeux bleus, Drago regarda attentivement la jeune fille devant lui. Elle lui paraissait si fragile, tel un papillon qui se laisserait emporter à la première rafale de vent. Elle avait pourtant une volonté de fer et un caractère énergique. Il sourit à cette pensée.
Sans dire un mot de plus, il défit la manche de sa robe de sorcier et tendit le bras. Sans perdre un instant, la jeune fille lui mit le bracelet autour du poignet et jeta le sort.
Il grommela, « Je suppose que dans un sens je suis maintenant lié à Potter. » Il regarda son bracelet. Celui-ci avait pris la forme d'une fouine, ce qui surprit Ginny. « Je suppose également que ta présence ici est également due à un tour de ce cher Potter. »
Une voix grave lui répondit. « Oui et non M. Malfoy. Nous en avons beaucoup discuté avant de prendre cette décision. Aujourd'hui, je ne le regrette pas. Je suis ravi de vous compter parmi nous. »
« Pro- professeur Snape, je -»
« Ne vous inquiétez pas M. Malfoy, je ne vais pas vous dénoncer au Seigneur Noir. Pas alors que je travaille contre lui depuis des années et que j'entraîne son pire ennemi. » Severus eut un sourire en coin.
« Vous voulez dire -»
« Oui M. Malfoy. Moi aussi. » Le jeune homme blond était toujours silencieux. « Avez-vous pris votre décision ? Etes-vous certain de votre choix ? Vous êtes conscient qu'il n'y aura pas de retour possible ? » Lui demanda Severus.
Drago regarda Ginny. Son cœur avait pris la décision, bien avant lui. « Oui. Je ne veux pas tuer quand on peut sauver des vies. »
« Alors je vous propose d'en discuter ailleurs. M. Malfoy, Mlle Weasley prenez ce Portoloin. »
Ils disparurent tous les trois pour arriver dans le grand salon du Refuge. Il n'y avait apparemment ni porte ni fenêtre. Ici, ils étaient certains d'être tranquille.
« Attendez-moi, je reviens. »
Severus sortit par une petite porte qui apparut sur sa gauche. Il savait qu'Harry était dans sa salle de dessin et s'y rendit.
Quand il arriva, il constata avec surprise que les toiles remplissaient désormais la petite salle. Des plans, des croquis, des dessins de la boite pourpre qu'il voyait dans ses rêves… l'enlèvement de Hermione, la mort de Severus… Ces peintures étaient dominées par le noir et le rouge.
Severus s'approcha des plans et les examina de près. Le premier était une coupe en élévation de Poudlard. Dans la logique du dessin, Harry avait ensuite fait un plan du premier étage, montrant avec précision les couloirs et les portes. Le suivant représentait l'intérieur d'une pièce. Il était immense, les couleurs vives, la précision était frappante. Sur un petit poignard, on pouvait voir l'écusson appartenant à une ancienne famille sorcière. A travers les dédales d'objets, Harry semblait avoir tracé comme un chemin menant à une petite boite.
Celle-ci était représentée sur la toile suivante. Les décorations émaillées, la feuille d'or, tout était dessiné avec une précision saisissante.
Il sursauta quand il entendit une voix douce lui demander, « Qu'en penses-tu Severus ? »
Le jeune homme était assis par terre, les yeux fermés, apparemment épuisé mais souriant.
« Je ne comprends pas. Pourquoi as-tu représenté tout ça ? »
« Moi non plus je ne comprenais pas au début, mais je pense que c'est l'emplacement du dernier objet. Je pense que je le sens parce que je le cherche. Les objets que nous avons ici sont encore sous l'influence de Tom et je crois que ma cicatrice réagit à leur influence. Ils se cherchent les uns les autres. Comme j'ai une partie de Lui en moi, les horcruxes m'ont identifié à lui et veulent le prévenir d'un danger. Mais ils nous ont confondus et c'est moi qui ai reçu les informations. Je suis sûr que le dernier horcruxe est ce coffre ! » Dit-il en ouvrant ses yeux verts presque rouges de fatigue.
« Nous allons y aller. Nous devons simplement convaincre Minerva de nous laisser entrer. Sans quoi nous devrons forcer les choses. » Dit-il avec un petit sourire en coin. Il voulait rassurer Harry, mais il était inquiet. Malgré l'occlumencie, malgré les murs qui protégaient son esprit, sa cicatrice réagissait aux objets pourtant enfermés dans la bibliothèque du rez-de-chaussée.
« C'est aussi ce que j'avais en tête. » Harry le regarda dans les yeux et lui demanda, « Maintenant dis-moi, pourquoi es-tu revenu aussi tôt ? Je croyais que tu voulais discuter avec Drago. »
« Mlle Weasley a réussi à le convaincre. Ils sont en bas tous les deux. »
Harry acquiesça simplement. « J'espère que ma présence ne va pas tout gâcher. Tu sais à quel point il me déteste. »
« Il me semble que c'est réciproque non ? »
« J'espère avoir grandi. » Il s'arrêta. « Au lieu de me regarder ne pas arriver à me relever, pourrais-tu m'aider s'il te plaît ? »
Severus le regarda quelques instants avant de lui tendre la main à contrecœur. Le toucher était une torture. Il voulait s'éloigner de lui, non s'en rapprocher. Mais tous ses efforts allaient immanquablement dans l'autre sens.
Il le tira et Harry se pressa contre sa poitrine. Involontairement, le bras de Severus se posa dans son dos, comme pour le protéger ou le garder près de lui. Dans un effort de volonté, il s'éloigna du jeune homme qui ne put s'empêcher de sourire.
Ils descendirent retrouver leurs invités.
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En arrivant, Harry aperçut Drago. Il avait les bras croisés sur la poitrine et ses yeux bleus, plus glacials que jamais lançaient des éclairs. Apparemment, il n'était pas ravi d'être là. Harry sourit malgré lui, se rappelant sa rencontre avec Severus au Refuge. Il avait certainement dû avoir l'air aussi mal à l'aise que Drago.
Il soupira et entra avec un léger sourire sur le visage. Il déposa un baiser sur la joue de Ginny. Drago le foudroya du regard. Apparemment la rouquine était chasse-gardée.
Lorsque le jeune homme blond le vit, son expression changea. Il écarquilla les yeux et ouvrit légèrement la bouche.
Harry tendit la main vers lui. Sous le regard insistant de Ginny, Drago lui serra la main et grommela, « Potter ! »
Le jeune homme brun lui fit un sourire fatigué. « Drago, je suis content de te voir ici. »
« Ce n'est pas mutuel, crois-moi ! » répliqua le jeune homme blond d'une voix grinçante.
Ginny allait le réprimander mais Harry éclata de rire. « Content aussi de voir que certaines choses n'ont pas changé. J'avoue que j'étais un peu inquiet. »
« Je n'ai peut-être pas changé, Potter, mais toi si. Tu as beaucoup changé. » L'enfant maigrelet était aujourd'hui musclé. Ses yeux verts ressortaient du fait de ses longs cheveux noirs toujours aussi emmêlés et de son teint pâle. Des cernes creusaient ses yeux et la fatigue lui donnait l'air d'être un revenant.
« Tu aurais besoin de dormir un peu plus Potter. Ces bleus sous les yeux ne siéent pas à ton visage. D'ailleurs qu'as-tu fait de ces traits angéliques qui te caractérisaient et te donnaient un air efféminé ? »
« Je crois que j'ai grandi, Drago, tout simplement. Quant à dormir, je ne peux que te répondre que certaines personnes ne sont pas dotées de ce privilège. Si tu as fini de me dévisager, j'aimerais qu'on parle de ce qui est important. »
Tous acquiescèrent.
« Avant d'aller plus loin, j'aimerais m'assurer que tout ce qui se dira aujourd'hui restera entre nous et pour cela, j'aimerais jeter un sort sur chacun de nous. Ce sort scellera nos paroles. Nous ne pourrons divulguer à qui que ce soit ce qui ce sera dit ici. Ni par écrit, ni oralement, ni par télépathie… rien. Etes-vous d'accord ? » Leur demanda Severus.
Drago était inquiet mais puisque tout le monde était d'accord, il ne pouvait pas montrer ses réticences, pas en présence de Potter, en tout cas. Il continuait à l'observer. Mais ne parvenait pas à retrouver l'insupportable 'enfant chéri' du monde sorcier dans ce personnage. Potter était assis, à côté du professeur Snape. Son visage était semblable à un masque froid mais ses yeux de jade reflétaient une immense tristesse. Une grande force et une grande volonté émanaient de lui, comme si rien ne pouvait lui résister. Drago avait bien du mal à détacher ses yeux de ce visage si contradictoire.
Oui, il pourrait être ami avec ce nouveau Potter.
Il ressentait un lien entre Potter et Snape. Ce n'était pas visible au premier coup d'œil et rien dans leur attitude ne permettait d'émettre ce genre d'hypothèse et pourtant, c'était dans la manière dont ils se regardaient, la manière dont il parlait et dont réagissait Potter.
Le professeur Snape était fidèle à lui-même, froid, sarcastique, voire méchant par moment, mais son regard s'arrêtait sur Potter régulièrement, comme s'il était inquiet.
Drago avait beaucoup appris de Ginny. Elle lui avait montré la voie de la guérison, il était allé plus loin, cherchant dans l'aura les troubles dont le malade avait souffert et dont il souffrait maintenant. Ce qu'il lisait en Potter était ahurissant. Ca n'avait pas de sens. Le jeune homme était fatigué, si fatigué qu'il pourrait s'effondrer à l'instant. Mais sa magie n'avait jamais été aussi libre. Chaque individu retenait d'une certaine façon sa magie pour la dominer et s'en servir à bon escient. Chez Potter, elle était libre et flottait autour de lui. Et pourtant il en avait l'absolu contrôle et ça se ressentait.
A un moment, les yeux de jade rencontrèrent les bleus glacials de Drago. Le temps sembla suspendu. Ils avaient tous les deux un fort pouvoir empathique. Ils savaient tous deux contrôler ce pouvoir et quand ils entrèrent en contact, leurs émotions se mélangèrent. Drago se sentit rapidement perdu, mais Harry savait exactement ce qu'il faisait et avant que le jeune homme blond ne puisse aller trop loin dans l'analyse de ses forces et de ses faiblesses, il dressa un mur entre eux.
Leurs pouvoirs s'étaient mélangés l'espace d'une seconde. Ils en avaient été surpris tous les deux. Pendant ce temps extrêmement court, ils avaient tous les deux ressenti une force similaire. Harry avait reconnu celle de ses rêves et avait dressé un mur rapidement pour éviter qu'ils ne sombrent dans le monde des images. Drago avait lui aussi compris le danger de la situation et l'avait aidé à dresser cette barrière magique. Il savait qu'il ne fallait pas mélanger ainsi les émotions et les esprits. Ca pouvait être dangereux.
Pendant ce bref échange qui n'avait pas duré plus d'une minute, Drago comprit le lien puissant qui existait entre Harry et Severus. Il comprit également qu'Harry pourrait devenir un ami, un véritable ami s'il lui laissait une chance. Ils étaient bien plus semblables qu'il ne l'avait cru.
Drago observait et écoutait. Ils lui faisaient suffisamment confiance pour lui parler des horcruxes, de ceux qu'ils avaient découverts ainsi que de celui restant. Ils partagèrent avec lui leurs hypothèses. L'atmosphère était étrange. Il savait où il était et avec qui, mais il se sentait comme engourdi. C'était trop. Trop d'un coup.
Tout d'un coup, le regard de Harry s'arrêta sur Drago. « Severus, je crois que lui aussi ressent le pouvoir des deux horcruxes. » Harry avait pensé retenir cette force grâce au mur, mais il s'était trompé.
L'esprit de Drago chavirait déjà. « Je pense que c'est à cause de la marque et de l'empathie. Drago et moi ressentons les vibrations qu'émettent ces deux artefacts. Ils essayent de nous montrer quelque chose et résister est très difficile. »
Drago entendait la voix de Potter, mais ne la comprenait pas. C'était comme si l'ici et maintenant n'avait plus d'importance.
« Ginny, prends-lui la main. Ca devrait l'aider. »
Drago sentit une main chaude prendre la sienne. Des picotements revinrent au bout de ses doigts. La vie revenait en lui. L'impression de brouillard s'en allait lentement. « Que s'est-il passé ? »
C'est Harry qui lui répondit. « Ce sont les horcruxes. Ils émettent des vibrations auxquels toi et moi sommes sensibles. Ils veulent nous conduire au dernier artefact. Résister est difficile. Mais grâce aux bracelets protecteurs et au lien que tu as maintenant avec Ginny, tu devrais pouvoir rester parmi nous. »
« Et toi Potter, comment fais-tu pour tenir ? » Lui demanda Drago avec suspicion.
« Le lien qui m'unit à Severus est ouvert. Il m'empêche de m'endormir. »
Severus mit fin à cette conversation en demandant au jeune Malfoy ce qu'il savait sur les plans du Seigneur Noir.
Il leur dit ce qu'il avait déjà raconté à Ginny. On ne lui avait rien dit de plus.
« Il y aura donc une attaque le jour de la cérémonie d'accueil des nouveaux Aurors ! » Dit Harry à voix basse.
Drago acquiesça. « Le Seigneur Noir m'a confié cette mission parce qu'il sait que je suis invité à titre officiel. L'un des chefs de division des Aurors fait partie de la famille. Tous les ans je participe à cet événement. » Dit-il ironiquement. « Mais je ne dois faire qu'une diversion. Il ne veut pas que par ma faute, la mission échoue. »
« Drago, » Lui dit Severus en utilisant son prénom, « Vous ferez exactement ce que le Seigneur Noir vous a demandé. N'essayez pas d'empêcher quoi que ce soit. Nous nous occupons de tout. Harry est invité par Mlle Granger et M. Weasley. Puisque aucun rôle ne m'a été attribué, je trouverai un moyen de venir. Par contre, vous devez vous comporter tous comme vous le faisiez à Poudlard.» Leur dit Severus de son ton professoral.
« Très bien. »
« Maintenant, je vous propose de rentrer chez vous Ginny. Je ne veux pas que les vôtres s'inquiètent. Il est déjà tard. Drago, je vous propose de rester ici. Vous allez vous entraîner tous les deux. Ca vous permettra de rester éveillés et de voir où vous en êtes l'un et l'autre. »
Harry et Drago verrouillèrent leur regard. Voilà une idée qui leur plaisait à tous les deux.
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Après le départ de Ginny, Harry, Drago et Severus se rendirent dans la salle d'entraînement. Severus s'était proposé comme arbitre et malgré les clins d'œil incitatif du Survivant, le maître des potions n'avait pas l'intention de faire de préférence.
Drago avait vu dans cette attitude une tentative pour alléger l'atmosphère. Ils ressentaient tous ce malaise qui annonce l'arrivée d'une mauvaise nouvelle. La présence des horcruxes n'aidant pas, ils devaient prendre sur eux.
Voir Harry essayer de plaisanter avec le sévère professeur Snape avait quelque chose de surréaliste. Si la situation n'avait pas été aussi sérieuse, il aurait éclaté de rire.
Severus avait décidé qu'ils commenceraient par un duel sorcier. Les deux jeunes gens sourirent de satisfaction. Ils avaient tous les deux en mémoire le souvenir de leur première année et de leur duel raté. Ce serait l'occasion de voir qui était le plus fort.
Severus aussi était curieux de savoir qui des deux était le plus puissant ou le plus rusé. Il pensait qu'Harry aurait l'avantage de la force ainsi que celui de l'expérience. Qui plus est, il était beaucoup plus serpentard qu'il ne voulait l'admettre et Drago ne connaissait pas ce trait de sa personnalité.
Il donna le départ.
Harry attaqua avec un sort de jambe en coton. Le sort informulé surpris Drago qui tomba. Il contra par un sort d'aveuglement que le Survivant repoussa mais qui donna le temps au blond de se libérer du sort. Harry colora les cheveux du jeune Malfoy qui prirent une jolie teinte rouge et or.
Pour se venger, Drago lança le sort de Tarentallegra à voix haute puis colora les cheveux de Harry en vert et gris.
Il lança ensuite un sort de glace sous les pieds du Gryffondor qui glissa. Dans le même temps, Harry mit facticement le feu à la robe du serpentard qui paniqua et s'aspergea d'eau. Harry en profita pour lancer un vent glacial sur son adversaire.
….
Les coups pleuvaient. Les deux jeunes hommes étaient des adversaires de taille. Severus les regardait se battre. Ils n'utilisaient que des sorts simples, qui ne risquaient pas de les blesser mais qui permettraient de faire la différence.
Trente minutes après le début du duel, ils se battaient encore.
Quarante-cinq minutes après, ils commençaient à montrer des signes de fatigue. Les sorts étaient un peu plus évolués, un peu plus inventifs. Le combat était plus lent, ils s'étudiaient, cherchant les faiblesses de l'autre.
Du point de vue de Severus, Harry avait toujours eu le dessus. Il ne cherchait pas à vaincre, mais à se mettre à la hauteur de son adversaire. Il essayait de faire durer le combat, de mettre à l'épreuve son endurance. Drago se battait bien, mais il était parfois un peu lent et certains de ses coups manquaient de précision.
Au bout d'une heure, le maître des potions décida d'arrêter le combat. Ils s'étaient tous les deux très bien débrouillés. Et si Drago n'avait pas encore atteint le niveau de Harry, face à des mangemorts, il s'en sortirait très bien.
« Stop ! Arrêtez le combat ! »
Drago sourit et envoya un dernier sort, transformant la couleur de la robe de son adversaire pour qu'elle se marie avec celle de ses cheveux.
Severus regarda Drago avec des yeux noirs mais ne fit pas de commentaire. Comme s'ils avaient été filmés, le maître des potions leur montra les erreurs qu'ils avaient commises et ce qu'ils auraient pu faire pour les éviter.
Finalement, Severus décida de garder Drago pour tester son niveau en occlumencie et en legitimencie. Curieux, Harry resta pour les observer. Sa nemesis s'en sortait beaucoup mieux que lui. Drago repoussait Severus dès qu'il atteignait les bords de son esprit. Aucun souvenir ne pouvait filtrer, aucune émotion, aucune pensée.
Le survivant avait appris à écarter les intrus de son esprit, mais il n'avait jamais réussi à les repousser aussi vite. Il était impressionné.
Regardant l'heure, Drago s'étonna, « Il est temps que je parte. Père va s'inquiéter et va venir me chercher si je ne rentre pas rapidement. »
Harry tendit une nouvelle fois la main vers Drago. « Drago, tu es un adversaire remarquable, je suis content que tu sois avec et non contre moi. »
Le jeune Malfoy lui sourit, « Moi aussi Potter, je suis content d'être avec toi. Dans un véritable combat, je ne pense pas être à la hauteur. »
« Je ne sais pas Drago, je ne sais vraiment pas. Je trouve qu'en équipe, nous serions complémentaires. »
Le blond se retourna vers Severus, « Professeur, je vous retrouve au Manoir demain ? »
« Revenez plutôt ici avec Mlle Weasley. Je pense que pour vos cours de médicomage, vous êtes mieux au manoir des Snape, mais il est plus intéressant maintenant que vous vous battiez avec des adversaires réels. On pourrait voir demain ce que vous valez en équipe. Nous avons ici un très bon équipement-»
« Oh non Severus, tu ne veux pas que l'on se batte encore contre cette machine infernale ! »
« Je vois que vous avez compris mes intentions M. Potter ! » Sourit Severus.
Drago les regardait interagir comme s'il n'était pas là. Ensemble, ils avaient trouvé un équilibre. Il sourit. Potter et Snape ensemble. Pourquoi pas ?
« Et si nous faisions équipe contre le bâtard graisseux, Potter, qu'en penses-tu ? »
« Que tu as parfois des idées de génie Malfoy. »
Sur un ton plus grave, Drago conclut, « N'oubliez pas, la cérémonie a lieu dans une semaine. »
Et il partit.
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Une fois Drago parti, Harry et Severus s'installèrent dans leur petit salon. Ils devaient trouver un plan, un moyen d'empêcher l'attaque sans que l'on soupçonne Drago d'avoir vendu la mèche.
Ils se servirent un verre de whisky et tombèrent dans le silence. Harry savait qu'il devait garder la tête sur les épaules et discuter pour empêcher son esprit de s'aventurer sur le terrain glissant des horcruxes.
« Severus, pourquoi Tom ne t'a-t-il pas parlé de cette attaque ? Ne te fait-il plus confiance ? » Lui demanda Harry.
« Non, je pense qu'il a fini de me tester. Il me garde en réserve pour les attaques importantes. Qui plus est, ma présence serait mal perçue et on me soupçonnerait immédiatement. » Il but une gorgée sans regarder Harry.
« Il t'a testé ? Depuis la mort de Dumbledore ? » Le Gryffondor fixait sur lui ses yeux émeraude.
« Oui. »
« La coupe ? »
Severus acquiesça. « Elle était entre les mains d'un de mes anciens amis. J'ai été obligé de le tuer. » Sa voix était froide et son visage impassible. Preuve qu'il souffrait énormément intérieurement, Harry en était sûr. Ce sentiment était renforcé par le fait que Severus refusait obstinément de croiser son regard.
Harry hésitait. Il voulait être proche de lui et lui faire oublier ses souffrances. Il voulait reprendre la place qui était sienne dans ses bras. Mais il savait que son aîné refuserait de se laisser attendrir. Alors il se mordit la lèvre inférieure, en signe de doute.
Il se leva et s'assit devant le piano. « Viens » dit-il à Severus en lui tendant la main.
Severus vint s'asseoir à côté de lui.
Harry mit une main sur le clavier, ouvrit le lien et chercha une mélodie entraînante. Une musique qui leur fasse oublier ces moments difficiles.
Il commença, mais Severus posa rapidement sa main sur la sienne pour l'empêcher de pianoter. Il réduisit le lien et joua un autre air, plus lent, mélancolique qui correspondait à leur humeur.
La musique s'arrêta.
Harry posa sa tête sur l'épaule du serpentard et lui dit. « Tu sais que ce n'est pas ta faute. Ton ami serait mort de la main d'un autre mangemort et nous n'aurions jamais récupéré la coupe. Je sais que ça a du être très difficile mais -»
Severus posa un doigt sur les lèvres du jeune homme. « Chut ! Je ne veux pas en parler. Ca fait maintenant parti du passé. Je le remercierai toujours pour le cadeau qu'il m'a fait, mais il restera à jamais dans le passé. Un verrou est posé sur cette porte et elle ne sera plus jamais ouverte. »
« Ce n'est pas en construisant des murs devant ton cœur que la douleur va disparaître, Severus. Pour pouvoir continuer à vivre, il faut accepter la douleur. »
« Harry, une partie de moi est morte avec lui cette nuit-là. A chaque fois que je commets un meurtre une partie de moi meurt. Si je veux vivre, je dois me protéger. » Il ferma les yeux. C'était une conversation bien trop douloureuse. Elle faisait remonter bien trop de souvenirs. Ces souvenirs qui étaient verrouillés au plus profond de son cœur. Jamais il ne les réveillerait. Jamais. « L'attaque a lieu dans une semaine, il va nous falloir un plan. »
Harry soupira. Il avait compris le message. Déjà Severus se levait pour retourner s'aaseoir dans son fauteuil. Le jeune homme le suivit à regret. « J'ai pensé que tu pourrais te déguiser, et je te présenterai aux autres comme étant mon mentor. Ils sont tous si curieux, qu'ils seront ravis de te rencontrer. »
« Je m'en doute. » Marmonna Severus. « Mais ce n'est pas une si mauvaise idée. Il faut prévenir les membres de l'Ordre, leur demander de se tenir prêt. »
« Oui, et encadrer Ron, Hermione et Ginny le plus possible puisqu'ils seront les cibles privilégiées. »
« Je pense qu'il faut aussi leur apprendre certains sorts que nous avons trouvés. Ils pourront leur sauver la vie. Je pense notamment au sort d'invisibilité et à ce bouclier. »
« Hum hum, et pourquoi pas aussi le transplanage d'objet à distance. On ne sait jamais, ça peut être utile. »
« Pourquoi pas ? »
…
Ils continuèrent à discuter jusqu'à une heure avancée de la nuit. Harry craignait de rêver et de ne pas pouvoir dormir.
Lorsqu'il alla se coucher, il ne remarqua pas l'ombre qui le suivait. Severus, inquiet, refusait de laisser Harry seul. Caché sous un sort d'invisibilité, il passa la nuit à côté de lui. Quand le jeune homme s'agitait, il posait une main sur son front ou lui prenait une main. Harry arrêtait automatiquement de bouger. Comme s'il était rassuré.
Severus partit avant son réveil. Lui-même ne dormit que quelques heures.
Au bout de trois jours, les rêves de Harry diminuèrent. Drago faisait régulièrement des exercices avec Harry. Ils étaient complémentaires. Les faiblesses de Harry étaient les points forts de Drago. A tour de rôle, ils protégeaient leurs arrières. Leurs efforts étaient toujours coordonnés comme s'ils savaient d'instinct où l'autre allait lancer son sort. Severus avait été impressionné par cette synchronie.
De temps à autre, il entrait dans le jeu pour se battre contre ses deux disciples ou avec eux.
La semaine passa vite. Sous couvert d'une ancienne rivalité, Harry et Drago se disputaient souvent, mais l'un comme l'autre lisaient au-delà. Les disputes cachaient leur angoisse et leur amitié nouvelle qu'ils avaient des difficultés à accepter. Comment devenir ami avec quelqu'un que l'on a cru détester pendant si longtemps ? Quand il se posait cette question, Harry regardait toujours Severus. Il se rendait alors compte de la force des préjugés. Si Dumbledore n'était pas mort, si la guerre n'avait pas eu lieu, s'il n'avait pas été le Survivant, il aurait pu passer à côté de ces nouvelles amitiés qui aujourd'hui constituaient son monde, son univers.
