Chapitre 16, la mort des héros

De la cérémonie de bienvenue des nouveaux Aurors, Harry ne gardait qu'un souvenir flou.

Leur arrivée à lui et à Severus au Ministère pour la fameuse cérémonie.

Le regard complice échangé avec Drago en voyant les femmes se presser autour du Maître des potions qui ce soir-là, ressemblait à un homme d'une quarantaine d'années aux yeux gris et aux cheveux noir corbeau. Sa forte musculature mise en valeur par sa robe de cérémonie bleu nuit. Il avait conservé une expression sévère mais elle était adoucie par ses yeux gris.

Les regards ébahis des membres de l'Ordre quand il leur présenta son mentor.

Les rires des personnes présentes.

La nervosité de Ginny.

Les regards de Drago.

Le sourire heureux qu'affichait Ron et Hermione : maintenant qu'ils étaient Aurors, ils avaient décidé de se marier.

L'appel des nouveaux Aurors.

La montée de Ron et Hermione sur l'estrade.

Un rire sinistre.

La soudaine obscurité.

Une lumière verte.

Des cris.

L'aveuglante luminosité.

Les membres de l'Ordre encerclés.

Ron, la baguette pointée sur Hermione.

Les yeux écarquillés d'effrois, Ron ?

Lucius Malfoy, donnant un objet à la jeune fille. Tu arrives trop tard Potter !

Sa disparition. Ton amie la sang de bourbe est déjà entre nos mains !

La colère ! Dis-moi où elle est, maintenant !

Les poings serrés.

Le cri d'un loup suivi de celle d'un homme.

La reconnaissance de son échec.

Des larmes roulant sur ses joues.

Les cris de Ron l'accusant de la disparition d'Hermione. C'est de ta faute !

Les corps de Remus et de Peter Petitgrew.

Espèce de traître

Hpsshpss

Il était assis sur le canapé dans le salon, mais il ne voyait rien, n'entendait rien à part les cris, la voix de Ron et celle de Lucius.

Il était là, il savait ce qui allait se passer, mais il n'avait rien pu faire. Il voyait encore le visage surpris et confus de Hermione lorsque Ron avait pointé sa baguette sur elle.

Une larme.

Tu étais notre meilleur ami

Une autre larme.

C'est toi qui lui as donné ce Portoloin

Il enfouit son visage dans ses mains. « Je n'aurais jamais fait une telle chose ! Jamais ! Mais toi Ron, pourquoi ? »

Le visage des membres de l'Ordre. Tous le croyaient responsable. « Hermione, tu sais que je n'aurais jamais fait une telle chose, hein ? »

Une main se referma sur le bracelet. Il cherchait le lien qui le conduirait à Hermione. Mais il ne le trouvait pas. Ron était là, une étrange lueur rouge émanait du lien, comme s'il était pollué par un autre esprit. Ginny était là, elle aussi. Elle avait fermé le lien. Malgré cela, il ressentait une grande douleur, une grande peine émanant de la jeune fille. Il savait qu'elle ne serait pas seule et ça le rassurait.

Une main se posa sur son épaule. Il ferma les yeux.

« J'avais promis de les protéger et je n'ai pas réussi. J'ai trahi ma promesse, Severus ! »

Une voix douce, « Regarde-moi Harry ! » Une main sur sa joue. « On a fait ce qu'on a pu. On ne pouvait pas savoir que Ron Weasley était manipulé. » Severus essuya les larmes qui ruisselaient maintenant les joues de Harry.

« J'aurais pu le savoir. Par le lien, j'aurais pu savoir que quelque chose n'allait pas ! »

« Tu ne les surveillais pas. Tu leur laissais leur liberté parce que tu les aimais et que tu avais confiance en eux. » L'autre main se posa sur l'autre joue et Severus tourna doucement la tête de Harry pour voir ses yeux.

« Remus est mort, lui non plus, je n'ai pas pu le sauver. »

« Remus est mort parce qu'il voulait capturer Peter Petitgrew. Il est mort parce qu'il voulait protéger Tonks. Il est mort en défendant des valeurs auxquelles il croyait. Je pense qu'il ne pouvait espérer de meilleure mort : il défendait la vie de la femme qu'il aimait. »

Harry ferma les yeux.

Les images se bousculaient dans sa tête.

Les lumières étaient éteintes. L'obscurité avait envahi la salle. Remus avait senti les mangemorts. « Harry, dépêche-toi de monter sur l'estrade, Lucius Malfoy va essayer de s'en prendre à tes amis. Peter est là. Je m'occupe de lui. »

Harry avait réussi à atteindre les marches. Il se retourna au moment où la lumière revenait. Peter était à côté de Remus, un couteau en argent à la main. Il rata Tonks mais le poignard se logea dans la poitrine du loup-garou. Immédiatement, sa respiration se fit haletante. Il leva sa baguette et jeta le sort mortel. Il mourrait, mais pas seul.

Lucius riait.

Ron pointait sa baguette sur Hermione.

Il ouvrit les yeux.

Il tomba sur des yeux onyx. Noir. Noir comme du charbon. Mais chauds et réconfortants.

Les larmes ruisselaient toujours.

Une main glissa de sa joue jusqu'à son dos. Elle l'attirait contre lui.

Ron pointait sa baguette sur Hermione pour la stupéfixier. Lucius lui tendait un objet. « Elle disparut. « Potter, c'est gentil de nous rendre une petite visite. Comment trouves-tu cette petite fête ? «

Il resserra sa main sur le bracelet. Pas de trace de la jeune fille.

Il pleurait maintenant comme un enfant. Une main douce lui caressait le dos dans un geste réconfortant.

Une autre s'attardait dans ses cheveux. Au creux de son oreille, il entendait murmurer « Ce n'est pas de ta faute. Tu n'aurais rien pu faire. »

Severus était là lui-aussi. Entouré par ses anciens élèves. Il avait profité de l'obscurité pour stupéfixier les personnes autour de lui, qu'ils soient mangemorts ou non. Drago avait fait de même, protégeant Ginny du mieux qu'il pouvait.

Des Aurors avaient attaqué les invités.

Pansy Parkinson était morte. Tonks aussi.

Des bras puissants le tenaient, l'enveloppaient, le réconfortaient. Lui prodiguant le calme dont il avait besoin. Lui redonnant de la force pour avancer.

« Harry, elle n'est pas morte. On peut encore la sauver. » Des doigts massaient son cuir chevelu.

Des mots, des paroles que son cerveau n'enregistrait pas.

Ils restèrent longtemps dans cette position : Harry lové dans les bras de Severus. Le froid n'était tenu à distance que par sa chaleur. La colère n'était éloignée que par sa force.

Il fallut attendre de longues heures avant qu'Harry ne relève la tête pour parler et demander doucement. « Pourquoi Ron a-t-il fait ça ? »

Severus continuait à passer ses doigts dans les cheveux d'ébène. « Je pense qu'il était sous Imperium. »

« Et pourquoi- »

Severus lui mit un doigt sur la bouche. « Harry, je pense qu'il y avait un gaz inodore dans la salle qui contrôlait plus ou moins les personnes sans barrière mentale. Je crois que ton ami Ron était déjà sous son influence et que ça n'a fait qu'empirer les choses. »

« Alors il croit vraiment que je suis responsable de l'enlèvement d'Hermione, » Murmura-t-il.

« Lui et tous les autres. »

« C'est peut-être mieux ainsi. Il ne se souviendra pas de ce qu'il a fait. »

Severus écarquilla les yeux. « Tu veux endosser cette responsabilité ? Tu veux que tout le monde croit que tu es responsable ce désastre ? Harry, ce ne serait pas juste. »

Severus le sentait trembler comme une feuille.

« Je préfère que l'on croit que c'est moi. Je ne veux pas que Ron se rende compte de ce qu'il a fait. Il ne s'en remettrait jamais. Il l'aimait tellement. »

« Ce sera difficile, tu auras sa réprobation et sa haine, tu t'en rends compte. »

« Je sais. »

« Tu ne pourras jamais redevenir son ami et les gens autour de lui, ceux que tu considérais comme tes amis te répudieront, te traiteront comme un monstre, es-tu prêt à subir cela sans rien dire ? »

« Est-ce que tu seras avec moi ? » Les yeux verts baignés de larmes plongèrent dans ceux de Severus.

« Oui, je serai avec toi tant que tu auras besoin de moi. »

« Alors je pourrai subir leur opprobre et leur rejet. » Les larmes roulaient à nouveau sur ses joues. Il les essuya d'un revers de la main. « Et me voilà encore en train de pleurer comme un petit garçon. »

« Tu as le droit Harry. Tu as le droit de pleurer. Ce n'est pas interdit, ce n'est pas une tare et ce n'est pas un signe de faiblesse, au contraire. Pleurer permet de se libérer de sentiments qui nous empêchent d'avancer. Parce que tu pleures, tu sais que tu es humain et que tu ne seras jamais comme lui. Parce que tu pleures, tu sais que tu as des sentiments. »

A ces mots, les larmes ruisselèrent sur les joues rougies, sans retenue. Severus resserra son étreinte, « Je serai toujours là pour toi, Harry. Toujours. » Et il embrassa le haut de sa tête.

Hpsshpss

Harry s'était finalement assoupi dans ses bras. Severus resserra son étreinte. La fatigue, la tension avaient eu raison de lui. Et Severus s'en félicitait : Harry devait récupérer pendant ces quelques heures de sommeil. Severus ne doutait pas que les prochains jours seraient un véritable enfer.

Ils étaient désormais seuls. L'Ordre serait contre Harry. Le monde qui chérissait Celui-Qui-A-Survécu allait le prendre pour un traître. L'amour des gens allait se transformer en haine. La croyance en abandon.

Ses amis les plus proches lui tourneraient le dos.

Le sommeil était un luxe que lui ne pouvait se permettre.

Il finit par déplacer le jeune homme et se mit au piano. Il déversa sa rancœur, sa colère envers le monde, l'injustice qu'il ressentait. Son jeu était hanté par les évènements de la soirée, par la douleur qu'il avait vue dans les yeux verts. Par l'impuissance qu'il ressentait.

Quand il eut terminé, il se sentait vidé. Il avait l'impression qu'il ne pourrait plus jamais rien ressentir. Il posa sa tête sur le clavier, signe d'impuissance et de fatigue.

Une main passa dans ses cheveux. « Tu devrais aller dormir Severus. Je sais que tu m'as veillé ces derniers jours à cause des horcruxes. Tu as autant besoin de sommeil que moi, si ce n'est plus. »

Les yeux verts n'étaient plus vides. Ils avaient repris une teinte vive. La douleur était plus présente que jamais, mais il avait retrouvé l'espoir. Il avait décidé de se battre.

« Je vais bien. » Grogna-t-il. Harry lui massa gentiment le cuir chevelu, l'aidant à se détendre.

Les doigts arrêtèrent de bouger. Harry s'assit à côté de lui et posa sa tête sur son épaule.

« J'ai peur de ce que l'avenir nous réserve. »

« … »

« Je vais aller voir les parents de Hermione pour leur expliquer ce qui s'est passé. C'est le moins que je puisse faire. »

Severus acquiesça.

« Ensuite j'irai trouver Ron. Il faut que je le libère de ce sort qui l'enserre. Qui sait ce qu'il risque de faire autrement ? »

« Harry, fais attention à toi. Tu ne seras pas forcément le bienvenu. »

« Je sais. Ginny m'a contacté tout à l'heure. Elle voulait avoir de mes nouvelles. Elle est cloîtrée chez elle. Ses parents me croient coupables. Seul Fred et George refusent de les croire. Ron me maudit à chaque phrase qu'il prononce et il commence à faire peur à tout le monde. Il s'amuse à lancer le Doloris sur des animaux innocents et s'entraîne à lancer le sort mortel. Elle est très inquiète. »

« T'a-t-elle parlé de la soirée ? »

« Oui, il y a eu quatre morts : Remus, Tonks, Pansy et un Auror. Très peu de blessés, mais en aidant les gens, elle a remarqué une odeur étrange autour d'eux. Apparemment, la majorité des invités étaient sous l'influence d'un gaz ou d'une potion ce qui confirme tes soupçons. Je n'en sais pas plus. »

« Quand comptes-tu partir ? »

« Maintenant, tout de suite, bientôt, je ne sais pas. Il faut que je parle à Drago. Je veux savoir s'il sait quelque chose. »

« Il devrait être chez moi ce matin. Tu veux m'accompagner ? »

Harry acquiesça.

Hpsshpss

Harry et Severus retrouvèrent Drago au manoir des Snape. Le jeune homme parut surpris de les voir.

« Je ne pensais pas vous trouver ici aujourd'hui. Je voulais venir pour que mon père ne se doute de rien mais -» Il s'arrêta. « Comment vas-tu Harry ? »

Ce dernier lui fit un sourire fantôme. « Aussi bien que possible. As-tu des nouvelles - ? » Il ne parvint pas à prononcer son nom.

« Non, je suis désolé. J'ai essayé de faire parler mon père, mais il est muet comme une tombe. Il pense que ce coup lui permettra de remonter dans l'estime du Maître. Il ne se rend pas compte que celui-ci se sert de lui comme d'une marionnette. »

« Je m'en doutais. » Il le regarda un long moment avant de lui demander, « Puis-je te demander un service ? »

Drago plissa les yeux. « Ca dépend. »

« Je crois que le lien que j'ai avec Ron est pollué par un Imperium ou autre chose. Ginny, Hermione, Ron et moi dépendons des mêmes liens. Je ne veux pas exposer Ginny inutilement. Je voudrais éviter d'utiliser le lien alors si tu pouvais protéger Ginny, garder contact avec elle… »

« Ce n'était pas la peine de me le demander. Je l'aurais fait. »

« Merci. »

« Et vous professeur, qu'allez-vous faire ? »

« Je vais voir si je peux obtenir des informations du Maître. On ne sait jamais. »

« Alors je viens avec vous .»

« Très bien. Ne fais pas de folies Harry. Ne me prouve pas une nouvelle fois quel Gryffondor modèle tu es. »

Harry lui fit un petit sourire qui n'atteignit jamais ses yeux. « Je vais faire ce que je peux. »

Hpsshpss

Harry était parti depuis peu quand il ressentit la présence de Hermione. C'était léger, mais il la sentait. Il chercha le lien et visualisa rapidement la scène. Elle était retournée chez elle, dans sa maison, auprès de ses parents.

Harry transplana et atterrit à quelques mètres de la maison.

Elle était en feu. Des mangemorts l'encerclaient et riaient bêtement. Hermione était là, à côté de Lucius Malfoy, baguette en main. Il voulut s'approcher, mais c'était déjà trop tard. Elle levait sa baguette sur les personnes devant elle. Deux mots, deux petits mots mirent fin à la vie de ses parents. Elle avait, de ses mains, pris la vie de ceux qui la lui avait donnée.

Comme si elle l'avait senti, elle se retourna vers lui. Dans ses yeux vides, il y avait des larmes. Celles de Harry glissaient sur ses joues. Il était arrivé trop tard. Dans son esprit il entendait les mots, les mots qui lui disaient de partir.

Dans la foule, il aperçut Severus et Drago. Eux aussi étaient là. Eux aussi avaient été impuissants.

Le rire de Voldemort résonnait dans la rue comme une promesse. Une victoire.

Il savait que ce ne serait que le début.

Petit à petit, les mangemorts disparurent.

Il courut rapidement vers la maison en flammes. Mais c'était trop tard. Elle continuait de brûler, les flammes rongeaient tout ce qui avait appartenu à son amie, tout ce qui l'avait rendu telle qu'elle était. Il jeta le sort pour éteindre le feu, mais la maison brûlait encore. Elle continuait à se consumer.

A son niveau, il voyait les corps sans vie des Granger. Il avait l'impression que leurs yeux étaient posés sur lui et que dans la mort, ils le jugeaient. Il entendait leurs cris…

Il lançait le sort encore et encore, comme si éteindre le feu lui permettait de gagner une victoire, comme si ça lui ramènerait son amie, comme si ça redonnerait la vie à ses parents ou à Remus.

Les pompiers étaient venus. Eux aussi étaient impuissants face à ce feu qui se propageait. Les badauds ne comprenaient pas son attitude. Beaucoup étaient venus le voir, mais il ne leur répondait jamais, continuait à lancer son sort avec toute la rage de son désespoir.

Longtemps après, il sentit une présence à côté de lui. Il n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qui il s'agissait. « Pourquoi n'as-tu rien fait ? »

« Drago et moi sommes arrivés trop tard. »

« Tu aurais dû essayer ! » Il tourna vers lui son regard froid.

« Oui, j'aurais dû ! J'aurais dû l'empêcher de les tuer, j'aurais dû l'empêcher de les torturer, j'aurais dû empêcher les flammes de lécher le bâtiment. Mais c'était leurs morts ou la sienne. Qu'aurais-tu préféré, Harry ? Aurais-tu préféré que j'agisse et qu'ils la tuent ? » Severus ferma les yeux. « Si j'avais pu les sauver, je l'aurais fait. »

« Je- Je – J'étais complètement bloqué. Je n'ai pas pu, je n'ai pas pu l'aider. »

« Je sais Harry. Je sais. Viens, tu ne peux pas rester là. » Severus posa un manteau sur ses épaules. En ce mois de mars, l'air était encore frais, mais Harry ne sentait plus rien. Ni la chaleur des flammes qui avaient ravagé la maison, ni la froidure de l'air.

« Viens, nous devons rentrer. Je crois qu'ils ont prévu quelque chose pour demain. Tu dois te reposer si tu veux l'aider. »

Le jeune homme acquiesça et prit sa main.

Hpsshpss

Lorsqu'ils arrivèrent au Refuge, Harry n'était plus que l'ombre de lui-même. Toutes ses forces lui échappaient. Il se sentait responsable de ce qui était arrivé aux parents de Hermione ainsi qu'à la jeune fille.

On l'appelait le Survivant, l'Elu, mais il était incapable d'aider les personnes qu'il aimait. Il se refermait totalement sur lui, ne laissant personne, pas même Severus traverser ses barrières mentales. Il ne se rendait pas compte de ce qu'il faisait. Il ne se rendait pas compte qu'il s'isolait.

Il cherchait encore et toujours à atteindre Hermione. C'était devenu son unique pensée, sa raison de vivre.

Severus avait dit qu'ils avaient prévu quelque chose pour le lendemain, mais Harry sentit un changement dans son lien avec Ginny dans la soirée.

Par son lien, il voyait des images.

Des cris. Dans chaque coin, des hommes masqués torturaient des moldus, essayant de nouveaux sorts, se délectant des cris et des pleurs. Voldemort avait emmené sa boule à terreur et aspirait la vie des gens. Il aspirait leurs espoirs, leur peur, leur haine…

Ils tuaient les enfants devant leurs parents, ils violaient les femmes devant leur mari, ils égorgeaient les hommes devant les femmes et les enfants.

C'était un spectacle atroce. Trop horrible pour être vrai.

Harry avait toujours su qu'ils étaient en guerre. Mais il n'avait pas compris ce que ça signifiait.

'Severus, Voldemort est retourné au village des Granger, mais il a aussi enlevé Ginny. Je dois faire quelque chose.'

'Attends-moi !'

'Non !' Et il ferma le lien.

Il se jeta un sortilège d'invisibilité, fit tomber le brouillard et entra dans la bataille, stupéfixiant autant de mangemorts qu'il le pouvait.

Les cris avaient cessé.

« Trouvez le trouble-fête et tuez-le ! » Cria une voix.

Les mangemorts qu'il avait stupéfixiés se relevaient déjà. Les moldus blessés ou morts se relevaient également et se pressaient vers lui, comme s'ils pouvaient le voir. Ils sentaient sa vie, ils sentaient son énergie, sa colère….

Que faire ? Il ne voulait pas leur faire de mal. Il continuait à lancer des sorts qui ne servaient à rien. Encerclé par des moldus armés, il cessa de bouger pour se rendre. Il enleva le sort d'invisibilité.

Un rire monstrueux.

« Potter, comme je suis content que tu te joignes à nous ! Emmenez-le auprès de ses amis ! »

Harry suivit le cortège composé de mangemorts et de moldus. Hermione était là, les yeux vides, un poignard à la main, Ginny, à côté d'elle, était attachée et ne pouvait pas bouger. Ron refusait de le regarder. Il avait des traces de sang sur le bras.

« Alors, pas d'émouvantes retrouvailles ? Comme je suis déçu ! Lucius, souhaite-lui la bienvenue ! »

Le Doloris.

Une douleur aiguë traversa son corps, s'attaquant aux nerfs, les électrifiant, lui faisant oublier qu'existait un monde sans douleur.

Puis plus rien. Sa cicatrice au front saignait.

« Puisque tu es là Potter, je n'ai plus besoin d'eux. » Il fit un geste en direction de Lucius qui leva sa baguette vers Ron, un sourire triomphal sur le visage.

Mais Harry savait se battre sans baguette et sans parole. La baguette de Lucius voltigea loin de lui.

« Tu veux jouer à ce jeu ? Si tu veux. » Voldemort fit un geste de la main et les moldus s'entre-attaquèrent.

« Non ! » Il s'élança mais Voldemort l'arrêta. « Regarde-les se battre, Potter ! Regarde leur médiocrité ! Ils ne sont là que pour nous divertir. »

Voldemort riait. Il voulait les voir s'entretuer. Rien n'était plus drôle.

Harry ferma les yeux et serra les dents. Une décharge d'énergie se produisit, les propulsant tous en arrière.

Les renforts arrivaient. Il fallait arrêter le massacre. Les coups de hache pleuvaient dans tous les sens. Il entendait les coups de fusil, les râles de ceux qui agonisaient…

Severus et Drago étaient en tête, suivi de Hagrid, Minerva, des Aurors, des membres de l'Ordre…

Harry essayait d'atteindre ses amis, mais il était encerclé par des mangemorts. Il avait beau les frapper, ils se relevaient inlassablement pour l'attaquer encore et encore.

Drago se rapprocha de lui, « Potter, tu n'as pas le choix ! Tu dois les tuer. Ce ne sont plus des êtres humains mais des marionnettes manipulées. C'est toi ou eux. »

Mais il ne pouvait pas, il ne pouvait pas se résoudre à tuer des innocents. Parmi ces gens se trouvaient des moldus qui n'avaient rien demandé, qui étaient, il y a encore quelques heures, de simples villageois. Côte à côte, ils essayaient de lutter contre leurs adversaires.

Du coin de l'œil, il aperçut Lucius s'attaquer à Ginny. Drago le vit aussi et abandonnant Harry, il se précipita vers la jeune fille, recevant le sort qui lui était destiné. Des marques semblables à des coups de couteaux étaient gravés sur son visage et sur son corps. Le sang suintait des plaies. Lucius regardait son fils sans comprendre. La trahison se lisait pleinement sur son visage.

Severus profita de la surprise de Lucius pour l'attaquer.

« Toi aussi Severus ! C'est toi qui as poussé mon fils, mon propre fils à me trahir ! »

« Non Lucius, c'est toi et tes rêves qui l'ont conduit ici ! »

Les sorts claquaient entre les deux hommes. Tous plus puissants les uns que les autres. Des sorts destinés à blesser. Lucius voulait le faire souffrir et non le tuer.

Hagrid se battait contre les moldus sous Imperium. Il essayait de les arrêter grâce à sa taille imposante, mais les mangemorts qui le connaissaient ne manquaient pas de ressources pour le faire tomber.

Des sorts fusaient de tous les côtés.

Une petite fille pleurait près de Hagrid. Elle cherchait son papa et sa maman. Malgré les coups, malgré sa petite taille, elle déambulait entre les cadavres, se déplaçant d'une personne à une autre.

Voldemort se délectait des cris d'épouvante et de souffrance. Il aperçut la petite fille seule, innocente, sur le champ de bataille. Il rit, leva sa baguette et lança le sort mortel.

Hagrid se précipita devant la petite fille et reçut le sort. Il tomba de tout son poids sur le sol, couvert de sang. La petite fille s'assit à côté de lui et regarda 'le gros monsieur dormir'. Elle lui donnait de toutes petites tapes pour essayer de le réveiller, mais il ne se réveillait pas.

Harry vit toute la scène. Il entra dans une rage folle, tuant tous ses ennemis, ne faisant pas de distinction entre moldus et mangemorts. Ils l'attaquaient, il devait se défendre.

Voldemort était seul et regardait le spectacle qui s'étendait devant lui, mettant de temps à autre la main sur sa boule magique. « Ah Harry, tu arrives enfin jusqu'à moi ! J'ai cru que tu mourrais avant. Prépare-toi ! »

Harry affrontait Voldemort en combat singulier. Le Maître serpent n'hésitait pas à tricher, mettant des innocents moldus en face de lui pour qu'ils lui servent de bouclier. Le Survivant évitait les attaques, sauvait les prisonniers, mais attaquait rarement. Un coin de son esprit lui rappelait qu'il n'avait pas détruit tous les horcruxes. Il ne pouvait pas le tuer. Ca ne l'empêchait pas de déverser sa rage sur lui.

Lucius et Severus continuaient à se battre. Le blond lui lança un sort aveuglant que l'espion repoussa et renvoya sans problème.

Ginny avait soigné les blessures les plus profondes de Drago. Le jeune homme voulait que le combat se termine rapidement. Il y avait déjà eu trop de morts et trop de blessés. Il ferma les yeux. Il avait pris sa décision. Il lança un sort pour que son père ait les jambes tremblantes. Déstabilisé, celui-ci reçut le sort qu'il venait d'envoyer.

Son œil droit devint blanc.

Lucius avait perdu. Mais refusait de partir vaincu. Il transplana rapidement vers Hermione, lui murmura ses derniers ordres, jeta un sort pour mettre le feu aux bâtiments qui les entouraient et profita de la confusion pour s'enfuir. La jeune fille se précipita vers Harry, couteau en main, prête à le transpercer de coups. Harry reçut un coup dans le dos. Severus vit la scène. Harry se retourna pour arrêter Hermione pendant que Voldemort levait sa baguette vers le jeune homme. Le sang de Severus ne fit qu'un tour. Il attaqua Voldemort et reçut l'aide inattendu de Blaise Zabini qui, jusqu'à présent, faisait partie des mangemorts. Blaise se mit devant le Survivant et reçut un coup mortel.

Ron avait été libéré et se battait lui-aussi contre les mangemorts. Dès qu'il le put, il s'approcha d'Hermione pour la stupéfixier, mais le sort ne fonctionnait pas sur elle. Elle se retourna et changea de cible. Ron reçut un coup de couteau puis un autre. Il regardait Hermione dans les yeux sans cligner, essayant de la raisonner, essayant de rouvrir le lien éteint.

Elle avait des larmes dans les yeux, mais elle continuait d'attaquer sans relâche son fiancé qui se défendait à peine.

Harry essaya de désarmer son amie, mais ça ne suffisait pas, elle frappait et griffait. Elle n'était plus elle-même. Elle était sous l'effet de l'Imperium et rien n'y fit. Derrière lui, Severus avait bien du mal à retenir le Seigneur Noir. Il devait faire quelque chose, tenter le tout pour le tout. Quand Harry leva sa baguette, Ron hurla « Non, ne la tue pas, ne la tue pas ! »

Ca faisait beaucoup rire Voldemort de penser que deux personnes d'un même camp pouvait s'entretuer. Harry leva alors sa baguette et jeta le sort mortel sur Voldemort, avec toute la haine qu'il éprouvait pour cet homme, toute sa douleur, toute sa colère !

Il leva sa baguette vers Voldemort, le sort mortel sur les lèvres.

Mais le sort ne l'atteignit jamais. Voldemort avait déjà transplané et c'est Hermione qui reçut le sort de plein fouet. Elle n'avait jamais eu le temps de redevenir elle-même, jamais eu le temps de dire ses dernières volontés, de dire à Harry qu'elle lui pardonnait, de dire à Ron qu'elle l'aimait. Elle était morte si vite ! Et il entendait le rire cruel de Voldemort résonner, comme s'il n'avait attendu que cela. Que cette prise d'otages n'avait eu qu'un seul but, celui-ci.

Un à un les mangemorts disparurent. Des corps gisaient dans la grange, mais ils n'avaient pas le temps de s'occuper d'eux. Il fallait penser aux blessés et à ceux qui allaient bien.

Ginny et Drago aidaient les blessés à sortir, portant les infirmes, déplaçant magiquement les plus démunis. Il fallait aller vite.

Harry fut obliger de stupéfixier Ron qui refusait de partir. Le feu les entourait. Les flammes atteignaient déjà le corps de la jeune fille.

Il transplana avec Ron, il aurait peut-être le temps de revenir la chercher. Il aurait peut-être le temps de sauver d'autres vies.

Il y avait encore du monde à l'intérieur. Il voulait y retourner, il devait au moins récupérer son corps. Pour Ron… Pour lui… Pour être certain qu'ils ne pouvaient rien faire pour la sauver. Qu'elle était bien morte…

Il allait transplaner à l'intérieur, mais deux bras puissants le retinrent. Il se retourna, Severus était là, du sang coulait sur son visage. Il secoua simplement la tête. « C'est trop tard. »

« NOOOOONNNNNNN ! Lâche-moi Severus, lâche-moi ! Je dois aller les sauver, je dois aller la sauver ! »

Il essaya de se dégager mais ne put que regarder la grange brûler.

« Harry, c'est trop tard, c'est trop tard. » Harry continuait de se tortiller dans ses bras. « Harry, regarde-moi ! Regarde-moi ! »

Le jeune homme arrêta de se débattre et de ses yeux baignés de larmes, regarda les yeux onyx. « C'est trop tard Harry. Elle est morte avant même que la grange ne s'enflamme. Elle a reçu le sort mortel. Tu ne peux plus rien pour elle. »

Harry enfouit son visage dans l'épaule de son aîné et pleura, refusant de regarder le feu, refusant l'évidence de sa mort. Severus entoura ses bras autour de sa taille et le tint serré contre lui, dans une embrassade qui se voulait avant tout un réconfort, mais qui, il le savait, n'était pas suffisant.

« Il y a eu tant de morts, tant de morts, et pourquoi Severus ? Pour rien ! Nous ne pouvions pas gagner !»

« Je ne suis pas sûr que nous ayons tout perdu, Harry. Nous sommes toujours vivants, le Seigneur Noir s'est enfui. Il voulait nous affaiblir, mais il n'a pas réussi. Regarde autour de toi. »

Harry leva alors les yeux et observa ce qui se passait. Il y avait un grand élan de solidarité, les survivants s'aidaient les uns les autres, il n'y avait plus de sang purs, de sang mêlés ou de moldus. Non, il n'y avait plus que des hommes et des femmes qui s'entraidaient, heureux d'être en vie. Certains pleuraient, mais tous avaient une expression pleine d'espoir sur le visage. Ils avaient gagné cette bataille. Oui, ils avaient perdu des proches, mais c'était une victoire. Les morts n'étaient pas morts pour rien, ils étaient morts en héros.

Au milieu du champ dévasté, de la terre brûlée et des cadavres, Ginny aidait une jeune femme, apparemment moldue, à soigner son bras cassé, Drago à côté d'elle, obéissait aux ordres de la jeune médicomage.

Severus avait raison, ils venaient de gagner une bataille. Le prix à payer était lourd, mais ils avaient gagné. Les forces adverses venaient de subir une lourde défaite.

« Merci Severus ! » Il essaya de lui faire un sourire, mais ce furent des larmes qui ruisselèrent sur ses joues.

« Viens, nous devons aller les aider. »

Il prit sa main et se leva. Il regarda le soleil se lever, essuya ses dernières larmes et alla aider les survivants. Il y avait encore du travail à faire.