Chapitre 17, Un dernier adieu

Cette nouvelle journée était difficile.

Il fallait guérir les blessés, retrouver les cadavres, les identifier, annoncer la mort d'êtres chers.

Ron restait dans son coin, sans bouger, sans parler. Il regardait fixement la grange brûlée dont il ne restait que des cendres. Le corps d'Hermione avait été retrouvé calciné, mais le jeune homme roux refusait de regarder, refuser de s'approcher. Il ne croyait pas à sa mort, il refusait de le croire.

Ginny avait essayé de lui parler. Il n'avait même pas levé les yeux vers elle. Enfermé dans son monde, il ne l'avait probablement même pas vue.

Harry n'osait s'approcher de lui. Il se sentait responsable de ce qui était arrivé. Mais il jetait régulièrement des coups d'œil inquiets dans sa direction.

Avec l'aide de Severus et de Drago, il soignait les gens et effaçait les souvenirs des moldus. Il ne fallait pas qu'ils connaissent la vérité, il ne fallait pas qu'ils sachent qu'ils avaient été les victimes innocentes d'un sorcier maléfique.

Ils avaient essayé d'éteindre le feu, mais il avait déjà gagné tout l'espace. L'éteindre ne servait plus à rien. Quand le feu eut cessé de brûler, c'est lui qui était entré. Il était resté un long moment à fixer ce qui restait du bâtiment.

Puis une main s'était posée sur son épaule. Elle l'avait serré pour lui donner de la force et l'avait libéré. Harry s'était avancé doucement, droit devant lui, ne regardant que les ruines.

L'odeur de chair brûlée, de cendres… l'empêchait de respirer. Jeter un sort pour dissiper la fumée et les odeurs ne lui était pas venu à l'esprit. Il était comme engourdi. Il avançait prudemment, cherchant le reste des corps calcinés, à peine reconnaissables. Au fond du bâtiment, il retrouva le corps du demi-géant. Il ne s'arrêta que quelques secondes pour jeter un sort de préservation sur le corps.

Hagrid était mort comme il avait vécu : en défendant les plus faibles. Il resterait à jamais le bon gros géant. Les yeux de Harry le piquaient. Il refusait de pleurer.

Il continua son chemin. Il avait une autre personne à retrouver.

La jeune fille était là. Brûlée. Seul l'anneau que lui avait offert Ron pour sceller leurs fiançailles brillait encore, signe de leur amour éternel.

Incapable de faire quoi que ce soit, il regardait l'anneau. Une boule s'était formée dans sa gorge et son estomac était noué.

Du bruit le tira de sa paralysie. Autour de lui, on commençait à s'activer. Ginny était entrée elle aussi. Les yeux plein de larmes, elle jetait des sorts de préservation sur les corps pour que les familles puissent les identifier. Elle n'acceptait l'aide de personne, pas même celle de Drago. Il était là et elle le savait, ça lui suffisait.

Harry jeta le sort sur son corps et se baissa lentement pour lui enlever l'anneau. Il eut l'impression que la main se refermait sur la sienne. Il la serra doucement. Les larmes ruisselaient maintenant sur son visage. « Pardonne-moi Mione ! Pardonne-moi» Murmura-t-il au cadavre.

Il lâcha la main, serra l'anneau et avança résolument

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Severus était resté dehors. Il avait laissé le Survivant entrer dans la grange. Il devait affronter ses démons, seul.

Il faisait des allées et retours pour conduire les moldus loin d'ici. Les membres de l'Ordre faisaient de même.

Ils avaient enfin terminé lorsque Minerva s'approcha de lui.

« Severus -»

« Minerva » Répondit-il froidement.

« Je- Merci. »

« Vous n'avez pas à me remercier. » Ses yeux étaient froids.

« Sans vous, nous ne serions pas là aujourd'hui. »

« J'ai pris un risque en venant vous voir, mais avec la disparition de Mlle Weasley -»

Elle posa une main sur son bras. Il la regarda avec des yeux noirs. Elle la retira. « Severus, vous devez partir. Les guérisseurs de Sainte Mangouste vont arriver, les Aurors aussi. »

Il acquiesça.

Severus regarda Harry qui se retourna presque immédiatement. Il avait compris le message. Le jeune homme s'arrêta auprès de Drago, lui murmura quelque chose à l'oreille. Le blond acquiesça, désigna Ginny et se dirigea vers la jeune fille.

Le maître des potions observait la scène de loin. Drago posa doucement sa main sur celle de la jeune fille. Elle leva la tête vers lui. Des cendres couvraient son visage et des traces de larmes étaient visibles. Ses yeux rouges témoignaient de sa fatigue et de sa tristesse. Il lui dit quelque chose et elle acquiesça. Il resserra sa prise sur son bras, certainement pour la réconforter. Finalement, elle déposa un baiser sur sa joue et leva une main pour essayer d'effacer les traces que ce baiser laissé sur sa joue. Une caresse fugace qui fit frissonner Drago. Il lui prit la main, la baisa et se retourna vers Severus.

Harry de son côté, s'était assis à côté de Ron. Le jeune Weasley ne sembla pas s'apercevoir de sa présence.

« Je suis désolé Ron. »

Mais celui-ci n'entendit pas ou du moins ne répondit pas. Harry prit la main de son ami, ouvrit sa paume et y déposa la bague avant de la refermer. Ron ne bougea pas, mais les larmes coulaient maintenant sur ses joues. Il serra le poing, pour ne pas la lâcher, pour sentir ce qui restait de sa fiancée, de l'amour de sa vie. Comprenant son besoin de solitude, Harry le laissa.

Ils devaient partir. Ils avaient encore tant de choses à faire.

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Il devait s'occuper, tenir son esprit loin des morts, loin des amis perdus.

Il fallait penser aux priorités. La marque devait être enlevée des bras de Severus et de Drago, sans quoi Voldemort pourrait les tuer en utilisant le lien.

Severus et Drago le regardaient avec inquiétude, comme s'il risquait de s'effondrer à tout moment. Il soupira. Il ne voulait pas que l'on s'inquiète pour lui. Il ne voulait pas qu'on lui rappelle ce qui venait de se produire.

« Il faut vous débarrasser de la marque des ténèbres. »

Severus acquiesça simplement. Il s'assit, releva la manche de sa robe, montrant à Harry la marque noire, colorée de rouge. Voldemort commençait déjà à infecter de son venin la marque du Maître des potions.

Harry posa sa paume fraîche sur le bras nu. Severus frissonna. Sa main était si douce sur la peau fiévreuse.

Le jeune homme ferma les yeux et se concentra sur le lien qui existait entre Voldemort et l'ancien espion, récitant une formule ancienne censée apporter guérison et protection. La marque était profondément incrustée dans la peau. Le lien était puissant et Voldemort refusait de le laisser se défaire. Mais Harry tenait bon, il récitait la formule encore et encore. Il sentait la présence de Voldemort, mais il la sentait aussi diminuer alors que celle de Severus prenait plus de force. Quand il ne ressentit plus aucune trace du monstre, quand il fut sûr que la conscience de Severus était à nouveau pleine et entière, le Survivant ouvrit enfin les yeux, un petit sourire sur le visage.

Il rencontra les yeux de son ancien professeur, chauds et passionnés. Il savait qu'il avait réussi. Quand Drago s'avança vers eux, Harry détourna le regard et brisa le lien qui s'était ainsi établi. Il enleva lentement sa main.

La marque avait totalement disparu. A la place apparaissait et disparaissait un ouroboros, symbole du maître des potions. La peau était à nouveau saine. Il était libéré de Voldemort.

Severus se leva mais Drago ne prit pas sa place tout de suite. « Je ne crois pas que ce soit une bonne idée que tu me débarrasses de la marque maintenant. Tu as l'air épuisé. »

« Il faut le faire immédiatement. On a perdu suffisamment de temps. Je suis presque certain que l'infection a gagné tout ton bras. »

« Mais -»

« Non, il faut le faire. Assieds-toi là et pense simplement à ton désir de liberté. Pense à ton désir de te débarrasser de la marque et de ta servitude. Si tu ne le fais pas, nous pouvons y rester tous les deux.»

Drago acquiesça simplement et prit la place de Severus, releva la manche de sa robe et le rituel commença. Severus vit le Survivant flancher au bout de quelques minutes seulement. Il était trop faible. Il risquait de consumer sa magie et de prendre celle de Drago. C'était dangereux. Mais Harry était décidé. Il continuait le rituel.

L'infection, qui avait effectivement gagné tout le bras, partait et revenait selon la puissance et la fatigue de jeune homme. Severus s'assit à côté de Harry, mit un bras autour de sa taille et posa sa main sur la sienne. Le Survivant eut un sursaut de surprise, ouvrit les yeux et aperçut le maître des potions qui lui fit un petit signe de tête. Il referma les yeux et ensemble, ils combattirent le mal, ils combattirent la présence infectieuse de Voldemort et ensemble, ils en vinrent à bout.

Mais Harry était épuisé et s'effondra presque aussitôt.

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Harry sentait des doigts courir dans ses cheveux. Il n'y avait plus d'odeur de chair brûlée ou de sang autour de lui, il n'entendait plus de cris.

Les doigts continuaient leur chemin, enlevant une mèche de son front. Il les sentit frôler sa peau, puis il n'y eut plus rien.

« Ce n'est pas la peine de faire semblant Harry, je sais que tu es réveillé. » Lui dit une voix chaude.

Harry ouvrit les yeux. Severus avait un petit sourire sur le visage, mais les cernes creusaient ses yeux fatigués.

« Que s'est-il passé ? »

« Tu t'es évanoui après avoir libéré Drago de la marque noire. »

Des images défilaient devant les yeux de Harry. Il les ferma et serra les poings. Il ne fallait pas penser. Quand il les rouvrit, il demanda, « Comment va-t-il ? »

« Plutôt bien. Je lui ai donné une chambre. Il va rester avec nous. Il ne peut pas retourner chez lui. »

« C'est mieux ainsi- Severus ? »

« Oui ? »

Harry leva la main et traça de ses doigts les cernes de son aîné, « Tu devrais aller dormir. A force de me veiller, tu vas t'effondrer. »

Le maître des potions lui prit la main et le scruta du regard. Il vit que son jeune élève était vraiment inquiet. « Tu es encore fatigué. Tu as vraiment affaibli ton énergie magique. Rendors-toi maintenant. »

« Tu me promets de faire de même ? »

« Promis, espèce de gamin impertinent. »

« Vieux croulant. » répliqua Harry dans un sourire avant de se rendormir.

Severus soupira. Ce jeune homme était vraiment devenu sa raison de vivre. Il se pencha et déposa un baiser sur son front.

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Harry se réveilla à nouveau en entendant de la musique venir de la salle voisine. Il savait que c'était Severus. Lui aussi avait perdu des amis, des anciens élèves dans cet incendie, dans cette bataille. Et lui, le sauveur du monde sorcier n'avait rien pu faire.

Pleurer ne servirait à rien. Harry se leva et sortit. Il avait besoin de réfléchir, de réfléchir à ce qu'il devait faire, à ce qui venait de se passer. Il passa devant la porte du salon où Severus jouait, mais ne dit rien. Son mentor avait besoin d'extérioriser ses sentiments. Sa mélodie était triste, pleine de rage et de violence.

L'écouter lui donnait les larmes aux yeux. Il ne devait pas pleurer.

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Ce ne fut que plusieurs heures plus tard, alors que le ciel commençait à s'obscurcir que Severus trouva Harry appuyé contre un saule pleureur, regardant l'étendu d'eau devant lui, les nombreux arbres et le jardin qu'ils avaient crée ici petit à petit. Ils ne venaient pas souvent dans ce jardin paradisiaque, mais pour trouver le repos, celui-ci était parfait. Harry aurait pu s'asseoir sur un banc, mais Severus savait que le jeune homme préférait le contact avec le sol.

Severus ne dit rien, il s'assit simplement à côté de son compagnon et observa la lune se lever, les premières étoiles scintiller dans le ciel.

Il sentit une tête s'appuyer contre son épaule. Harry tremblait légèrement alors Severus mit un bras autour de ses épaules et le rapprocha, comme pour lui fournir un peu de chaleur ou le protéger du monde extérieur. Un geste qui fit sourire son jeune compagnon.

Harry le regarda, lui fit un petit sourire qui n'atteignit pas ses yeux rouges et irrités. Aucune parole n'était nécessaire, ils se comprenaient. Ils restèrent longtemps dans cette position. Ni l'un ni l'autre n'avait le courage de bouger. Ce ne fut que beaucoup plus tard que Severus bougea.

Severus se leva et tendit la main à Harry qui la prit. La vie continuait. Ils avaient encore un combat important à mener. Leurs ennemis étaient toujours vivants et plus forts que jamais. Ce n'était pas le moment de baisser les bras.

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Lorsqu'ils retournèrent à l'intérieur, le soleil commençait à se lever.

Drago était déjà debout et les attendait. A voir ses yeux, lui non plus n'avait pas dû beaucoup dormir. Il les regarda, mal à l'aise, un peu inquiet.

« J'ai reçu des nouvelles de Ginny. » Il s'arrêta, « Les enterrements sont prévus pour cet après-midi. Nous y sommes tous les trois conviés. Les charges n'ont pas été retirées contre nous, mais ils ne feront rien pendant l'enterrement. Le professeur MacGonagall nous assure de notre sécurité. »

Harry le regarda avec des yeux vides et acquiesça. Il allait devoir leur face à tous, faire face à sa responsabilité. Il l'avait tuée. Il se sentait sale et le regard des autres, leur jugement lui faisait peur. Mais il le devait. Il regarda son ancien professeur qui inclina légèrement la tête. Ses yeux noirs étaient illisibles, mais Harry savait qu'ils cachaient une grande souffrance.

Severus aussi devait y aller. Il devait faire face à ses anciens collègues, surmonter sa culpabilité et dire adieu à ses anciens collègues et élèves. Il n'avait pas encore pu se recueillir sur la tombe de son mentor. Il ferma les yeux et se les frotta. La journée allait être difficile. Même s'ils n'avaient pas été proches, il respectait Hagrid. Lupin quant à lui, était le dernier maraudeur. Son ancien ennemi d'enfance venait de mourir. Et une partie de lui avec. Severus les avait détestés, voir haïs, mais il n'avait jamais souhaité un destin aussi cruel au maraudeur.

Il y avait aussi ses anciens élèves. Blaise Zabini, qui était mort pour sauver Harry. Pansy, qui s'était finalement révélée en tant que mangemorte. Ils étaient morts, avec tant d'autres.

Et il devait soutenir Harry.

Le professeur Snape n'avait pas remis les pieds à Poudlard depuis qu'il avait tué son directeur Albus Dumbledore. L'école avait d'ailleurs fermé et ne rouvrait qu'exceptionnellement, pour enterrer ou plutôt commémorer la mort de ses héros. Severus ne savait pas comment il serait accueilli. Ses anciens collègues savaient pourquoi il avait tué Albus Dumbledore, mais comment réagiraient-ils à sa présence ?

Oui, ce serait autant une épreuve pour lui que pour Harry, mais ils seraient tous les deux, alors tout devrait bien se passer.

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Habillés d'une robe noire, Harry et Severus prirent de la poudre de cheminette et entrèrent dans la cheminée. Ils atterrirent dans le bureau d'Albus Dumbledore. Son portrait trônait à côté de ceux de ses prédécesseurs et quand il vit entrer les deux arrivants, ses yeux étincelèrent derrière ses lunettes en demi-lune. « Entrez mes enfants. Ah, quel plaisir de revoir mes deux garnements préférés. Vous semblez avoir surmonté vos différences.» L'ancien directeur était bien trop joyeux.

Severus regarda le directeur avec des yeux noirs, alors que Harry rit légèrement, malgré la lueur dans ses yeux qui trahissait son chagrin. « Bonjour monsieur le directeur. Je vous remercie : nous nous entendons maintenant très bien et cela grâce à vous. »

« Ah mon enfant, j'ai toujours su que vous étiez faits pour vous entendre- »

« Monsieur le directeur- »

« Allons Severus ! Il y a longtemps que vous ne m'appelez plus ainsi. »

La douleur se lisait maintenant cruellement sur le visage de maître des potions et il serrait le poing. Harry le vit, « Excusez-nous, nous sommes attendus. »

Il avança une main pour la poser sur le bras de Severus, mais celui-ci le regarda avec des yeux noirs. Il se rétracta.

Ils allaient sortir quand ils entendirent le vieux fou dire, « Severus, mon garçon, vous n'êtes pas coupable d'une chose que je vous ai supplié d'accomplir. Vous avez fait ce qu'il fallait et vous le savez. »

Severus avança, ne souhaitant pas discuter de cela avec le portrait de l'homme qu'il considérait comme un père et qu'il avait été obligé de tuer.

Ils descendirent les escaliers. La cérémonie avait lieu dehors.

En bas des escaliers se trouvait Minerva MacGonagall. Quand elle les vit, une expression de surprise se peignit sur son visage, mais elle ne dit rien et s'avança simplement vers eux pour leur serrer la main. « Severus ! Monsieur Potter ! »

« Professeur ! » Répondit simplement Harry.

« Appellez-moi Minerva, je ne suis plus votre professeur maintenant. »

« Si vous m'appelez Harry. » Répondit le jeune homme en lui serrant la main. Minerva et Severus se regardaient fixement. Le Survivant vit Drago. Celui-ci était parti un peu plus tôt pour accompagner Ginny et Harry décida de laisser ses anciens professeurs discuter.

Il regarda Severus et dit, « Drago est en bas, je vais lui parler. » Severus ne le regarda pas, se contentant d'acquiescer.

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« Severus, pourquoi n'êtes-vous pas revenu auprès de l'Ordre après ? » Lui demanda Minerva d'une voix cassée.

« Je l'ai tué Minerva. Je n'avais plus rien à faire avec l'Ordre. J'ai accompli sa dernière volonté en entraînant le gamin pour qu'il soit capable de le tuer, mais je ne pouvais rien faire d'autre. »

« Et bien sûr, vous continuez à espionner ? »

Severus renifla. « Après la débâcle qui a conduit à la mort de Miss Granger et de M. Zabini, je crains de ne plus être le bienvenu dans le cercle des mangemorts. »

« Alors revenez parmi nous. Je sais que vous ne vouliez pas le faire. Albus m'a laissé une lettre, il m'a tout expliqué. Il m'a dit que vous deviez le tuer mais qu'il fallait avoir confiance en vous. Et j'ai confiance en vous Severus. De plus, depuis hier, les journaux racontent ce que vous avez fait pour aider les victimes. Les gens ne vous font toujours pas confiance, mais ça va changer. J'ai parlé au Ministère- »

« Votre confiance est bien mal placée professeur. Quant aux journaux, je n'en ai cure. Je suis ici pour présenter mes hommages à ceux qui sont morts. Excusez-moi ! » Dit-il pour partir. Cette conversation avait suffisamment duré. Mais avant qu'il ne se soit éloigné, la vieille femme mit une main sur son épaule. « Vous serez toujours le bienvenu dans cette école Severus. Et si vous avez besoin de quoi que ce soit, je serai toujours là pour vous. »

Il la regarda et acquiesça. « Merci Minerva. »

Et il descendit sans un mot de plus. Harry se dirigeait maintenant vers Ron, Severus décida donc d'aller voir Malfoy.

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« Ron ? » Demanda Harry d'une petite voix.

« Harry, mon vieux, je suis content que tu sois venu ! »

Harry était perdu. « Est-ce que tout va bien ? »

« Oui, pourquoi est-ce que ça n'irait pas ? Je suis sûr qu'elle aurait aimé. Regarde, ils ont mis des livres un peu partout dans la Grande Salle parce qu'ils savaient qu'elle les aimait- »

« Ron, je- je suis désolé ! » Lui dit Harry, incapable de le regarder dans les yeux.

« Pourquoi Harry ? Ce n'était pas de ta faute. »

« Ron, tu ne sais pas ce que tu dis. Tu as vu -»

« Je sais que tu ne lui aurais jamais fait de mal, que tu l'as aidée comme tu le pouvais ! » Il se retourna soudain, livide, un masque de furie sur le visage. « Qu'est-ce qu'il fait ici celui-là, c'est de sa faute si elle est morte. De sa faute ! »

Harry tourna la tête et vit Severus. C'était après Severus que Ron en avait. Harry lui agrippa le bras et le retourna pour qu'il le regarde. « Non, Ron, ce n'était pas de sa faute. Il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour l'aider. Lui, Ginny et Drago, ont tout fait pour lui sauver la vie. C'est mon sort qui l'a tué. C'est à cause de moi qu'elle est morte ! »

Ron serrait les dents. « Comment peux-tu dire une telle chose Harry ! Je sais que tu as essayé de l'aider. Lui, c'est un mangemort. Il a déjà tué Dumbledore. Il est venu avec Malfoy et ils avaient tous deux prévu de la tuer. Et ils sont là aujourd'hui. Lâche-moi Harry ! Il faut que -»

« Que quoi Ron ? » Dit une voix féminine à côté d'eux. « Ils n'ont rien fait. Ils ont essayé de nous aider. C'est Severus qui s'est battu contre Tu-Sais-Qui pour protéger Harry. C'est Drago qui a reçu l'Exicrisus à ma place. »

« Non !!! »

« Si Ron, et c'est Severus qui m'a sauvé la vie. Sans lui et Drago, Lucius m'aurait tuée. Il ALLAIT me tuer Ron. Alors je t'interdis de t'en prendre à eux. »

Ron avait arrêté de bouger et regardait sa sœur avec des yeux méprisants. « Comment oses-tu les protéger. Et tu les appelles maintenant par leur prénom. Drago et Severus ! Qu'as-tu fait Ginny ? As-tu écarté les jambes devant eux ? Es-tu devenu une mangemorte ? »

Ginny le gifla. « Je t'interdis de me parler ainsi Ronald Weasley ! Je sais que tu souffres, mais je ne tolérerai pas ce genre de propos, pas venant de mon frère. » Elle tourna les talons et se dirigea vers Drago et Severus. Elle avait des larmes dans les yeux. Drago mit simplement un bras autour de ses épaules pour la consoler.

Harry libéra Ron. « Tu es allé trop loin, Ron. »

« Ah non, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi Harry. Ils sont coupables tous les deux et je leur ferai payer un jour ou l'autre. » Ron regardait en direction de sa sœur.

« Alors ce sera tout seul Ron. Je ne marcherai pas là-dedans avec toi. Si tu cherches un coupable, tu peux t'en prendre à Voldemort, à Lucius Malfoy ou à moi, mais Drago et Severus ne sont pas coupables. »

Et lui aussi tourna les talons. Il se dirigea vers Mme Weasley et ne vit pas le regard échangé entre Severus et Ron. Un regard qui promettait un combat futur.

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La cérémonie fut très belle. On était venu en masse assister à l'enterrement de ces héros.

Harry aperçut dans la foule ses amis de Gryffondor et d'autres élèves qui avaient été avec lui à Poudlard. Tous venaient assister à la disparition des héros. La cérémonie commençait.

Comme pour Dumbledore, les sirènes chantaient. Leur chant mélodieux remplissait l'espace autrement silencieux.

Des cercueils blancs étaient alignés les uns à côté des autres, ouverts pour qu'on les voie. Remus Lupin, Nymphadora Tonks, Rubeus Hagrid, Hermione Granger.

Tout le monde avait trouvé naturel que les héros de guerre ou les victimes se fassent enterrer à côté d'Albus Dumbledore, si la famille n'avait pas d'autres projets. Les parents de Blaise avaient préféré lui rendre un hommage particulier et l'avait inhumé près de sa famille

La condition de Remus avait posé quelques problèmes aux membres du Ministère, mais la nouvelle directrice, Minerva MacGonagall avait rapidement mis tout le monde d'accord en acceptant le loup-garou.

Il avait été décidé que Remus et Tonks seraient enterrés ensemble. Ils n'avaient pas eu le temps de profiter de la vie à deux, mais ils seraient au moins réunis dans la mort.

On avait demandé à Molly de dire quelques mots, mais le chagrin qu'elle ressentait était trop grand. Arthur prit sa place.

Harry avait les yeux rivés sur le Ministre. Il ne voulait pas regarder les corps. Il ne pouvait pas accepter que son deuxième parrain soit mort.

L'homme portait une robe de sorcier miteuse, rapiécée en plusieurs endroits. Il semblait malade et épuisé. Bien qu'il fut encore jeune, ses cheveux châtains étaient parsemés de mèches blanches.

Il avait à peine eu le temps de le connaître.

« Le professeur R.J Lupin. »

Les yeux dans le vague, il entendait la voix d'Arthur, mais il ne comprenait pas le sens des mots.

« Ca n'a rien à voir avec une quelconque faiblesse. Les Détraqueurs vous affectent plus que n'importe qui parce qu'il y a dans votre passé des horreurs qui n'existent pas chez les autres. »

Son regard vacillait de temps à autre vers les cercueils. Son second parrain était là, presque serein.

« Je reconnais que je suis un loup-garou. »

Le dernier des Maraudeurs…. Le dernier rival de Severus

« Lunard c'est moi, c'est ainsi que mes amis me surnommaient quand j'étais à Poudlard. »

Harry jeta un regard vers son mentor. Le poing serré était le seul signe extérieur de ses émotions. Il savait pourtant que les deux hommes se respectaient, même s'ils ne s'aimaient pas.

« Avant que la potion tue-loup ait été découverte, je devenais un véritable monstre une fois par mois. »

Le ciel commençait à se couvrir, dans peu de temps il se mettrait à pleuvoir.

Le loup-garou se cabra en faisant claquer ses longues mâchoires.

Son regard se posa sur Tonks.

« Ne m'appelle pas Nymphadora, Remus. » Répondit la jeune sorcière avec un frisson.

Il n'avait pas eu le temps de connaître la jeune femme.

« Je suis métamorphomage. »

Harry avait l'impression d'être engourdi, de ne rien éprouver.

« Je suis trop vieux pour toi, trop pauvre… trop dangereux… »

Tout lui paraissait irréel.

« Ca m'est égal… »

Les gens levaient les yeux vers le ciel. Le tonnerre commençait à gronder.

« Prends bien soin de toi Harry. »

« Bon, eh bien, au revoir Harry. Je suis sûr que nous nous reverrons un jour. »

Harry avait maintenant les yeux fixés sur les corps sans vie. On refermait les cercueils pour les déposer en douceur dans la tombe qui leur était réservée.

Il avait perdu le dernier membre de sa famille.

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L'acte de courage de Hagrid avait fait le tour des journaux du pays. Autrefois moqué, il était aujourd'hui pleuré comme le héros qu'il avait toujours été.

Le cercueil était ouvert pour que tous puissent voir le demi-géant dans son repos éternel. Harry avait les yeux fixés sur celui qui fut son premier ami, et qui, même dans la mort, avait peu changé.

Un véritable géant se tenait dans l'encadrement. Son visage était presque entièrement caché par une longue crinière de cheveux emmêlés et par une grande barbe broussailleuse, mais on voyait distinctement ses yeux qui brillaient comme deux scarabées noirs au milieu du foisonnement.

Harry serra les poings, mais ses yeux restaient fixés sur le corps sans vie. Les éclairs illuminaient le ciel.

Il tira d'une poche de son manteau noir une boite en carton légèrement aplatie. Harry l'ouvrit en tremblant et découvrit à l'intérieur un gros gâteau au chocolat un peu fondu sur lequel était écrit avec un glaçage vert : « Joyeux anniversaire Harry. »

Le Ministère avait accepté de l'incinérer. Ses cendres seraient éparpillées dans la Forêt Interdite auprès des animaux qu'il avait tant aimés. Le Ministre jeta le sort.

C'est vrai, je ne me suis pas présenté, je suis Rubeus Hagrid, gardien des clefs de Poudlard.

Les flammes s'élevaient dans les airs, emportant avec lui ce cœur immense et sa grande maladresse.

Submergé par l'émotion, il enfouit son visage dans sa serviette.

Harry refusait de pleurer, refusait de laisser ses émotions prendre le dessus.

Ses mains tremblaient si violemment que le pot de lait se brisa sur le sol.

Les flammes noires consumaient le cercueil. Elles étaient semblables au feu des dragons. Des larmes coulaient maintenant sur les joues de Harry, mais il ne les sentait pas.

Le brave petit, il a reconnu sa maman…. J'ai décidé de l'appeler Norbert.

Les larmes lui brouillaient la vue. Mais à travers les flammes, Harry crut apercevoir le demi-géant, à la mine grave lui faisant un signe de la main. L'orage se rapprochait. Les grondements étaient de plus en plus proches.

Certains disent qu'il est mort. A mon avis, ce ne sont que des calembredaines. Je ne crois pas qu'il ait eu quelque chose de suffisamment humain pour mourir.

Harry cligna des yeux et essuya ses larmes avec sa manche. La vision avait déjà disparu. Minerva se leva et jeta le parapluie rose dans les flammes. Harry serrait le poing qui saignait légèrement.

« Je… je leur donne un peu d'aide… » Dit-il en parlant du parapluie rose.

Les cendres étaient maintenant jetées vers la forêt, s'envolant avec ses rêves.

« Moi professeur ! Si j'avais pu me douter…»

Les yeux de Harry restaient fixés sur les cendres qui s'envolaient, mais sa vision se brouillait à nouveau.

« Tu vas gagner, » Grogna Hagrid en le gratifiant d'une nouvelle tape sur l'épaule qui donna à Harry l'impression de s'enfoncer de cinq centimètres dans le sol boueux.

Severus prit doucement la main blessée. Harry tourna la tête vers lui, mais son mentor avait les yeux fixés sur les cendres qui se dispersaient lentement.

« Ca ne sert à rien de s'inquiéter. Il arrivera ce qui arrivera et il faudra se préparer à l'affronter. »

« Hagrid, vous nous manquerez à tous. » Murmura Harry en regardant les cendres.

« Jamais vu de mômes aussi doués pour en savoir plus que ce qu'ils ne devraient. Et c'est pas un compliment. On appelle ça des fouineurs. »

Hagrid resterait à jamais chez lui.

«Je reste, c'est ma maison. Je vis ici depuis l'âge de treize ans. »

Une plaque commémorative était placée à côté de la tombe de Dumbledore. Il retournait auprès de son mentor, de son ami, de la seule personne qui avait un jour cru en lui. Il serait heureux d'être enterré à ses côtés. Les éclairs continuaient à illuminer le ciel noir.

Un grand homme ce Dumbledore.

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C'était maintenant au tour d'Hermione.

Harry ne voulait pas regarder. Il ne voulait pas voir, il ne voulait pas entendre.

Mais comme pour Hagrid et pour Remus, ses yeux se posèrent sur le cercueil. Loin d'être calciné comme la dernière fois qu'il l'avait vue, elle était à nouveau la jeune fille qu'il avait connue dans le train qui l'emmenait à Poudlard pour la première fois.

Elle avait d'épais cheveux bruns ébouriffés, de grandes dents et un ton autoritaire.

Le sommeil éternel… Une goutte tomba du ciel. Il commençait à pleuvoir.

« …Personne n'est sorcier dans ma famille … Ah au fait, je m'appelle Hermione Granger. »

Harry voulait détourner le regard. Les images se succédaient dans son esprit et il était impuissant à les arrêter.

Hermione leva à nouveau la main comme si elle essayait de toucher le plafond.

La pluie se mélangeait maintenant à ses larmes, aux éclairs et au grondement du ciel mais il ne bougea pas.

« Tu lis trop Hermione, » Lui dit Ron.

Son esprit hurlait, « Ca n'aurait pas dû être toi. J'aurais dû mourir là-dedans. Tu avais encore tellement de choses à faire. »

Hermione criant vers lui « tu l'as vaincu, tu l'as vaincu. »

Harry ne sentait pas la pluie, il ne sentait pas les larmes. Seule la main de Severus le raccrochait à l'ici et maintenant.

Son visage était entièrement recouvert d'une fourrure noire. Ses yeux étaient devenus jaunes et de longues oreilles pointues dépassaient de ses cheveux. « Ce… ce n'était pas un cheveu de Millicent, c'était un poil de chat. »

Les chaises se mirent à trembler. La main se resserra autour de la sienne. Le regard inquiet de Severus. Il devait se calmer.

« Harry, s'il te plaît, dit Hermione les yeux pleins de larmes, sois raisonnable »

Il regarda dans la direction de Ron. Le jeune homme serrait les poings. Son visage irradiait de colère. Il ferma les yeux. « Pardonne-moi Mione, pardonne-moi ! »

« Ce n'est pas parce que tu as mis trois ans à t'en apercevoir que d'autres n'ont pas vu tout de suite que je suis une fille. »

« D'accord, d'accord, on sait que tu es une fille. Ca te va ? Alors tu es d'accord pour venir avec nous ? »

Oh Mione, que va-t-on faire sans toi ?

« La prochaine fois qu'il y aura un bal, tu n'auras qu'à me demander d'y aller avec toi avant que quelqu'un d'autre le fasse à ta place et non pas au dernier moment parce que tu n'as trouvé personne d'autre. »

Tu avais bien deviné Mione… Je n'ai pas confirmé tes soupçons, mais comme d'habitude tu savais… Il serra les dents. Comment pourrais-tu me pardonner ? Pourras-tu un jour me pardonner ?

« Et bien, j'ai trouvé qu'il parlait comme toi. …. Tu disais qu'il ne fallait pas apprendre des sorts inutilement, … n'est ce pas ce que Snape a fait ? »

Ron se leva, laissant tomber sa chaise, et partit à grandes enjambées. Harry eut le temps de voir les larmes ruisseler sur ses joues.

« Vas-y ! » Dit Hermione, en repoussant ses larmes, « J'en ai marre de Ron en ce moment, je ne sais pas ce que j'aurais du faire… »

Hermione, nous devions être inséparables. A la vie comme à la mort….

Tous ensemble, ils franchirent alors la barrière magique qui s'ouvrait sur le monde moldu.

Harry voulut suivre Ron, mais Severus resserra sa prise sur sa main et lui fit un signe de la tête.

Hpsshpss

La cérémonie fut épuisante. Entre les journalistes, les représentants du Ministère, les discours, ce fut une journée éprouvante et Harry et Severus furent contents de retourner au Refuge.

Ni l'un ni l'autre n'acceptèrent de divulguer l'endroit où ils se rendaient ni ce qu'ils allaient faire. Leurs amis s'inquiétaient. Minerva laissa partir Snape. Elle avait enfin accepté qu'Harry fouille le château à la recherche du dernier horcruxe. Ron voulut savoir pourquoi il partait avec un traître. Il n'avait pas encore compris que le mentor d' Harry était Severus Snape.

A côté de la pierre tombale blanche de Dumbledore, il y avait désormais de petites tombes blanches de chaque côté, présentes comme un souvenir, comme un soutien. Ils étaient morts comme l'ancien directeur de Poudlard pour essayer de ramener la paix. Ils étaient morts en héros.

Severus s'était recueilli auprès de la tombe de son mentor. Il n'avait pas dit un mot, mais Harry avait vu qu'il serrait les dents.

Quand le sable avait été jeté sur les cercueils, un lourd silence était tombé. Ce fut une très belle cérémonie, triste, mais elle renforça la détermination de chacun. Il fallait que cette guerre se termine bientôt.

A la fin de la cérémonie, tout le monde s'était retourné vers Harry, attendant que celui-ci fasse un discours, les rassure, leur dise que tout allait bien et qu'il allait les sauver, mais il n'en fit rien. Il fit comme s'il ne les voyait pas.

Et c'était peut-être le cas. Des amis proches venaient de mourir. Et pour l'instant, c'était tout ce qui avait de l'importance pour lui. Il devait survivre et se battre, mais ça n'allait pas être facile.