Chapitre 18, le dernier horcruxe

Harry, Drago et Severus revinrent dans la soirée. Les regards n'avaient pas quitté les deux Serpentards. Des mots durs avaient été prononcés. Ils avaient entendu les gens murmurer entre eux, les regarder de travers, se demander ce que faisaient ces traîtres à Poudlard.

Les Aurors présents n'étaient pas intervenus. La directrice le leur avait interdit. Severus et Drago avaient le droit d'être présents. Elle avait témoigné en leur faveur, mais ce n'était pas suffisant et les deux hommes préféraient que le rôle qu'ils jouaient du côté du bien reste discret, surtout s'ils devaient recréer des contacts avec des mangemorts.

Ils rentrèrent donc, prirent un verre de whisky et restèrent longtemps silencieux, à ressasser cette difficile journée.

Depuis l'arrivée de Drago, Harry et Severus ne restaient plus dans leur petit salon. Ils ne voulaient pas mettre le Serpentard blond à l'écart mais cette salle était la leur et y faire entrer une tierce personne les dérangeait un peu. Ils passaient de longues heures dans le grand salon, plus spacieux et moins intime.

La voix rauque, Harry demanda doucement à Drago. « Sais-tu comment Ginny et Ron se sont retrouvés là-bas ? »

« Ginny a été envoyée sur les lieux par des Aurors. Ils avaient contacté Sainte Mangouste mais l'hôpital manquait déjà de personnel, ils se sont donc tournés vers Mme Pomfresh qui était occupée avec des patients. Elle s'est dit que ce serait une bonne expérience pour Ginny. Elle était loin de penser que c'était une mission dangereuse. Weasel a été envoyé pour sécuriser le terrain. » Répondit Drago en grinçant des dents. Penser qu'il aurait pu perdre la jeune fille le rendait malade. « Ils n'ont même pas pris la peine de lui dire ce qui l'attendait. Ils lui ont mis un Portoloin dans les mains et l'ont envoyé droit sur Voldemort !»

« Mais -» Harry voulut l'interrompre, mais le jeune homme ferma les yeux pour contenir sa colère et poursuivit comme s'il n'avait pas été interrompu.

« Les mangemorts étaient encore sur place. Hermione aussi. Weasel a été incapable de se défendre contre elle. Ils ont été faits prisonnier et devaient servir de monnaie d'échange. » Sa respiration s'était accélérée et ses yeux brillaient d'une colère non dissimulée. « Ils hésitaient entre les tuer et te faire venir. L'idéal étant de les tuer devant toi et de te tuer ensuite. » A la fin de sa tirade, il serrait le poing.

« Et ils ont réussi. » Grogna Severus en regardant Harry avec des yeux noirs. Lui aussi grinçait des dents. « Bon sang, qu'espérais-tu ? Te faire tuer ? »

Le jeune homme le regarda avec des yeux vides puis répondit doucement. « Je ne pensais pas. Je voulais seulement la sauver. » Il n'avait plus la force d'être en colère. Triste, peut-être. Il avait surtout l'impression d'être une coquille vide, une âme errante.

« Sais-tu seulement ce que signifie penser, Harry ? Tu aurais pu y rester ! » Le regard noir était verrouillé dans les yeux d'émeraude. De la peur. Il y avait de la peur dans les yeux de Severus.

Drago regarda ses deux compagnons. Le Gryffondor tremblait. « Severus !» Dit simplement le jeune homme blond en signe d'avertissement.

« Mais je suis en vie et eux sont morts ! Tu crois que ça me plaît ? Tu crois que j'ai voulu cela ? C'était mes amis ! » Les yeux verts étaient clairs, voilés par la tristesse, brouillés par la tempête qui l'animait intérieurement. La culpabilité. Le sentiment de ne pas en avoir fait assez.

Tout un coup toute la colère du maître des potions s'évapora. Il regarda le jeune homme devant lui, courageux, puissant et pourtant si fragile à cet instant. La présence de Drago totalement oubliée, Severus se dirigea vers Harry et le prit dans ses bras. C'était une impulsion, c'était un besoin. Pour lui. Comme pour Harry.

« Tu n'as pas sauvé tout le monde, c'est vrai, mais sans toi, combien d'autres seraient morts ? » Les mots étaient murmurés à l'oreille du jeune homme. La tête ébouriffée s'appuyait contre la poitrine puissante et Harry écoutait les battements réguliers de ce cœur qui tambourinait et l'accrochait à la vie. C'était tangible. C'était là. Ils étaient vivants. Eux non.

Drago sourit et quitta la pièce. Il se demandait s'il ne devrait pas chercher un autre logement. Ces deux-là méritaient de roucouler en paix.

Harry s'accrochait à ses bras comme s'ils étaient son ancre, comme s'il risquait de couler s'il ne gardait pas un point d'ancrage, un point d'attache. « S'il te plaît Severus, ne me laisse pas. Je ne sais pas si je pourrais continuer sans toi. »

« Chut Harry. Je te promets de ne pas te laisser. Tant que tu auras besoin de moi, je serai là. » Il réitérait la promesse qu'il lui avait déjà faite. Dans sa voix, il y avait une trace de colère qu'il ne pouvait dissimuler. Le jeune homme ne put s'empêcher de se demander si elle était dirigée contre lui.

Severus recula doucement et enleva une mèche qui couvrait le front du jeune homme. « Tu devrais aller te reposer maintenant. »

Le Gryffondor était repoussé, gentiment, mais il sentait le Serpentard bouillonner. Il avait besoin d'être seul. Il n'avait pas besoin d'un gamin émotif.

Harry se détacha de ses bras, hésita, mais tourna les talons et sortit.

Severus soupira. Rester auprès de Harry était de plus en plus difficile. Il aimait le tenir dans ses bras et cette faiblesse, cette émotivité… le rendait protecteur. Il voulait protéger le jeune homme, éviter qu'on ne lui fasse du mal.

Et quand Harry était parti, il avait eu peur, il avait eu très peur de ne pas le revoir.

Peu de temps après une mélodie à la fois mélancolique et remplie de colère s'entendit dans tout le Manoir.

Hpsshpss

Le lendemain, Harry ne descendit pas petit-déjeuner. Il avait besoin d'extérioriser sa colère, son sentiment de culpabilité. Il resta dans la salle de dessin et dessina, dessina encore jusqu'à ce qu'il ne puisse plus sentir sa main.

Quand il leva les yeux sur son travail, il ne ressentait plus qu'un sentiment de tristesse et d'injustice.

Une bague de fiançailles sur un doigt.

Un demi-géant immobile au milieu des flammes.

Des coups de couteaux.

Des yeux marrons vides et larmoyants.

Un jeune homme assis devant une grange brûlée.

Des amas de cadavres.

Le soleil qui se lève derrière une grange brûlée…

Des morceaux de corps.

Il se sentait vide. Il devait retrouver l'énergie nécessaire pour continuer la guerre, pour aller chercher le dernier horcruxe. Il devait retrouver l'énergie de se battre.

Il avait déjà décidé de partir dans l'après-midi.

Severus était venu le voir. Il était inquiet pour son jeune discipline. Les épreuves qu'il avait vécues ces derniers jours l'avaient durement touché. Il savait qu'il lui faudrait du temps, beaucoup de temps pour accepter la mort de ses amis et ne plus culpabiliser.

Il avait vu le jeune homme dessiner frénétiquement comme si sa vie en dépendait, passant d'une toile à une autre, les mains comme indépendantes du reste de son corps. Les larmes ruisselaient sur ses joues, mais le jeune homme n'en était pas conscient, ses doigts en mouvement traçaient des lignes, des courbes, ne s'arrêtant jamais.

En noir, en rouge, en vert, la vision de ces toiles étaient horribles, elle reflétait son état d'esprit, son malaise, sa haine et son désespoir. Les traits étaient épais, durs, foncés.

De grands gestes, des mouvements vifs, violents, agressifs, impuissants. C'était les gestes d'un désespoir et d'une mélancolie omniprésents. D'une tristesse intangible. Mais Harry était un survivant et par ses gestes, Severus voyait la vie le traverser. Il survivrait comme toujours et il en sortirait plus fort encore.

Le Gryffondor ne pouvait pas baisser les bras, ne savait pas baisser les bras, et ses gestes, ses mouvements montraient qu'il était fort et surtout qu'il était vivant.

Severus observa un long moment la silhouette, incapable de redescendre ou de détourner le regard. Il était hypnotisé par tant de vie.

Harry ne vit pas Severus et Severus ne se montra pas. Il l'observa un moment puis redescendit. Il le laissait pour l'instant extérioriser sa colère. Il savait qu'il était fort. Il savait que pour le reste du monde, il ferait face.

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Harry descendit pour déjeuner. Il était pâle, les yeux rouges, les cheveux encore plus ébouriffés que d'habitude, mais il n'était pas hagard.

En le voyant arriver, Drago le dévisagea, mais ne fit pas de commentaires. Severus ne le regarda pas, mais annonça, « J'ai décidé de venir avec toi. Je suppose que tu vas chercher le dernier horcruxe cet après-midi, non ? »

Harry allait répondre quand Severus tourna les yeux vers lui. Leurs regards se verrouillèrent et le Gryffondor lut toute la détermination de son mentor : il ne lui permettrait pas de refuser. Le Survivant acquiesça simplement.

Ils déjeunèrent en silence.

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Le réseau de cheminée avait été ouvert à leur intention. Le château était désert. Ils passèrent d'une salle à une autre sans rencontrer le moindre fantôme, les tableaux les regardaient passer en silence, les dévisageant franchement.

Le silence était étrange dans ce lieu généralement si bruyant, si vivant. Des silhouettes disparues semblaient hanter les couloirs. Le Gryffondor voyait trois amis inséparables se balader et préparer leur prochaine aventure ; un jeune homme blond l'insulter ; des grimaces et des sourires oubliés.

Le Serpentard essayait de se concentrer sur le présent, mais il grimaçait intérieurement. Combien de fois avait-il fait le tour du château au milieu de la nuit à la recherche d'élèves à punir ? Mais aujourd'hui c'était différent, l'air était saturé de pression et s'il n'y prenait pas garde, il pourrait voir l'image du vieux directeur lui faire un de ses affreux sourire et voir ses yeux scintiller derrière ses lunettes en demi-lune.

L'atmosphère était oppressante. Sans en avoir conscience, ils ralentirent leur allure. Leurs yeux oscillaient de droite à gauche, mais il n'y avait rien.

En arrivant devant la porte de la salle sur Demande, ils échangèrent un rapide regard. Encouragé par Severus, Harry ouvrit la porte.

L'obscurité de la salle contrastait avec la luminosité du couloir et il leur fallut quelques minutes pour que leurs yeux s'ajustent à la pénombre.

Des objets cassés et des meubles en mauvais état emplissaient cette salle. Il y avait des potions, des bijoux, des chapeaux, des tableaux, des livres… tout en plus ou moins bon état. Harry s'arrêta net : Tout était exactement comme dans son rêve. Il savait ce qu'il devait faire et par où passer.

Ils échangèrent à nouveau un regard rapide et avancèrent. Lorsqu'ils furent loin de la porte, celle-ci se referma d'un coup sec, faisant sursauter le Gryffondor.

« Severus, si tu veux retrouver le livre du prince de sang mêlé, il est ici. » Murmura-t-il comme si parler risquer de réveiller une entité endormie.

Le Serpentard acquiesça. « Je préfère trouver cet objet maudit. »

Harry le regarda un long moment avant de se mettre en route.

Comme dans son rêve, il se retrouva face à la boule de Trelawney, comme dans son rêve, il était irrésistiblement attiré et comme dans son rêve il posa sa main dessus. Des visions. Du rouge, tellement de rouge. D'où pouvait-il bien venir ? Du sang. Des corps. Il voulut se reculer mais sa main était comme collée. Le sang s'attachait à lui et montait sur son bras. Il tirait mais rien n'y faisait.

Un rire. Un rire fanatique. Un rire malsain. Un rire qui donnait froid dans le dos.

Il leva la tête et tout disparut. Malgré lui, il sourit. Des enfants couraient un peu partout. Une petite fille dormait et un petit garçon la surveillait. Des mains enlacées. Des sourires heureux. Un appartement vide. Des amis, mais un vide au fond de son cœur.

Quand il releva la tête, il rencontra un regard noir charbon et sentit une main sur son bras. Harry n'était pas seul. Son cœur se mit soudain à battre beaucoup plus vite. Un sentiment de plénitude l'envahit. Severus était là.

« Est-ce que tu vas bien ? » C'était la voix de Severus.

Harry secoua la tête. Il revenait lentement à la réalité. « Oui. Je- j'étais ailleurs. »

Le maître des potions le regarda un long moment avant d'acquiescer. « Viens, continuons. »

Ils passèrent à côté des boucles d'oreille en forme d'herbe. Harry eut une impulsion subite et les prit.

Severus de son côté était attiré par des dagues. Le sang avait entaché les lames et formait une croûte épaisse. Il avait l'impression de les entendre. Elles l'appelaient. Elles recherchaient un possesseur. Il jeta un rapide sort, mais celui-ci fut littéralement avalé par les dagues qui s'illuminèrent comme si elles reprenaient doucement vie. Il haussa un sourcil. Etaient-elles faites de magie noire ? Il regarda autour de lui et trouva un grand sac. Il les fit léviter et les mit dans le sac. Il les analyserait au Refuge. Il réduisit la taille du sac et des dagues puis fourra le tout dans sa poche.

Il devait faire attention. Certains artefacts avaient un fort pouvoir envoûtant. Cette grosse bague composée d'un rubis. Il l'avait déjà vu quelque part. Il en était sûr, mais où ? Il avait beaucoup de mal à détacher ses yeux du rubis. Oui, il l'avait déjà vu, au doigt de Voldemort. Son ancien maître avait la même. Et elle avait un effet hypnotique. Il se détacha de la pierre rouge, tellement rouge … et son regard parcourut à nouveau la pièce. Harry était toujours à côté des boucles d'oreille. Il était en train de les prendre.

Le jeune homme tourna les yeux dans sa direction. Leurs regards se verrouillèrent. Harry détourna les yeux le premier et regarda dans la direction d'une grande armoire devant laquelle se trouvait le buste d'un sorcier. Severus se rapprocha de lui et ensemble ils reprirent leur chemin à travers les artefacts envoûtants et les objets cassés.

Harry déplaça le buste, ouvrit l'armoire, enleva la cage et sortit un vieux livre usagé qu'il tendit à Severus avec un petit sourire. Le Serpentard fronça les sourcils mais prit le livre, réduisit sa taille et le mit dans sa poche.

Ils se rapprochaient de l'horcruxe. Harry le sentait. Sa cicatrice le brûlait. La musique s'élevait doucement dans la salle. Le pianiste jeta un coup d'œil vers le jeune homme qui avançait maintenant comme un somnambule, la tête légèrement penchée pour écouter la musique et la suivre.

Se souvenant du rêve du jeune homme, le Serpentard lança un sort sur Harry pour le rendre sourd. Le Survivant se retourna vers lui et le regarda avec incompréhension. A travers le lien, Severus lui expliqua, ' Pour éviter que tu ne deviennes sourd lorsque la boite va se mettre à crier.'

'Bonne idée !' Harry lança un sort similaire sur Severus. Ils avancèrent prudemment, baguette en main.

Ils virent la boite pourpre. Elle paraissait bien plus terne à Harry que dans son rêve et la musique ne lui parvenait plus aux oreilles, mais c'était assurément elle. Ils eurent le sentiment que la boite les avait sentis. A chaque pas qu'ils faisaient, elle devenait plus brillante. C'était impressionnant.

Finalement à quelques mètres de l'objet, Severus arrêta Harry et jeta un sort dessus. Mais rien ne se produisit. Elle continuait à briller.

Harry avança, Severus voulut l'arrêter mais il était paralysé, il voulait crier, l'empêcher d'agir, mais il ne contrôlait plus son corps. Harry avança la main dans la lumière devenue aveuglante. Le temps semblait s'être ralenti. Severus vit Harry poser la main dessus et hurler. Il vit le jeune homme s'effondrer et la boite perdre de sa luminosité. Harry s'était évanoui, la boite était devenue terne.

Severus retrouva le contrôle de ses sens et se précipita vers Harry. Il soupira de soulagement : Harry allait bien, il était simplement dans les vapes.

Le Serpentard fit léviter la boite, agrandit le sac, la mit dedans et réduisit à nouveau le tout qu'il mit dans sa poche. Il jeta le sort du saucisson sur le jeune homme puis le Mobilicorpus. Le corps de Harry le suivait. Il fit bien attention à ce qu'il ne se cogne pas. Il repassa dans les salles silencieuses de Poudlard. Au loin, il avait l'impression d'entendre une musique et des conversations, mais quand il tendait l'oreille tout disparaissait.

Décidément, cette journée était bien étrange.

Arrivé devant la cheminée, il prit Harry dans ses bras, jeta de la poudre de cheminette et cria « Le Refuge !»

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Lorsqu'ils arrivèrent au Refuge, Drago faisait les cents pas dans le salon.

« Que lui est-il arrivé ? » Demanda-t-il en rejoignant l'ancien espion. Celui-ci lui fit un signe et posa le jeune homme sur le canapé avant d'enlever le sort qui les rendait sourds lui et Harry.

Il enleva une mèche des yeux de Harry, lui prit le poignet pour vérifier son pouls et avec sa baguette scanna le corps du Gryffondor. Apparemment tout allait bien. Il avait un faible taux magique, mais ça devrait revenir.

Il se tourna ensuite vers Drago qui suivait tous ses faits et gestes avec attention. « Pour s'approcher de l'horcruxe, on a préféré se prémunir contre le bruit assourdissant de cette boite. Mais ça n'a pas empêché ce petit imbécile de le toucher à main nue. » Dit-il en serrant les dents. « Il a de la chance de ne rien ressentir de plus qu'une grande fatigue. »

« Veux-tu que je fasse appel à Ginny ? Elle est presque médicomage après tout. »

Severus regarda Drago un long moment avec d'acquiescer. « Il vaut mieux prévenir que guérir. Surtout avec lui. »

Pendant que Drago contactait Ginny, Severus emmena Harry dans sa chambre. Il le posa doucement sur son lit et passa gentiment une main sur son visage. « Tu es vraiment un idiot Potter. » Murmura-t-il gentiment. Il soupira et se tourna pour partir, mais il entendit un son murmuré. « Hum, ton idiot ! » Surpris, le Serpentard se retourna, mais le jeune homme dormait toujours. Les yeux fermés, il souriait.

Le maître des potions secoua la tête et sortit.

Ginny était déjà là quand il redescendit. Drago lui avait déjà expliqué la situation et la jeune fille n'avait pas l'air très contente. Il entendit distinctement les mots « Quel idiot ! »

« Je ne peux pas être plus en accord avec vous, Mlle Weasley ! » La jeune fille sursauta et se retourna vers Severus.

« Ginny, professeur. »

« Très bien, alors appelez-moi Severus. » Elle lui fit un petit sourire.

« Maintenant montrez-moi ce fauteur de trouble. »

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Severus laissa le patient et la médicomage. Il devait s'occuper des horcruxes et parler à Drago.

« M. Malfoy, venez avec moi. »

« C'est Drago, Severus. Comme vous l'avez dit tout à l'heure, nous ne sommes plus à Poudlard. »

Le maître des potions acquiesça et le conduisit dans le petit salon. C'était la première fois que le jeune homme pénétrait dans cette pièce et l'atmosphère était si intime qu'il s'y sentait étrangement déplacé.

« Prenez la potion qui se trouve dans le premier tiroir et mettez-la dans une boite en verre suffisamment grande. Il devrait y en avoir dans le bas de la bibliothèque. » Severus fit léviter l'horcruxe hors du sac pour éviter de le toucher. Mais il avait l'air d'avoir perdu de son pouvoir.

L'artefact se retrouva dans la solution, mais son halo était à peine noir, d'un gris passé. Le morceau d'âme était déjà presque mort.

Severus sortit les autres artefacts et vit qu'ils avaient également perdu leurs halos. Le médaillon était magnifique. La couleur argentée brillait et faisait ressortir le symbole vert de Serpentard. Toujours aussi gros, on voyait maintenant qu'on pouvait l'ouvrir.

La coupe étincelait elle aussi. Le sigle de Poufsouffle se confondait avec la couleur dorée, mais de temps à autre, on voyait le blaireau devenir noir, bleu, rouge, violet… il passait par toutes les couleurs de l'arc en ciel. C'était vraiment magnifique.

Bientôt, bientôt ce serait terminé.

Drago avait les yeux rivés sur les artefacts. Jamais il n'avait vu quelque chose d'aussi beau. La magie flottait autour d'eux comme s'ils n'étaient que pure magie.

Voyant son regard, Severus y répondit. « Ce sont les horcruxes. Le Maître s'en est servi pour placer des morceaux de son âme et ainsi devenir immortel. Nous t'en avons parlé. Ces deux-là, sont pratiquement redevenus purs. Son influence sur eux est quasiment nulle maintenant. »

Il les rangea, servit deux verres de scotch et fit asseoir Drago dans le fauteuil que Severus était venu à considérer comme celui de Harry. Le jeune homme s'y assit avec réticence.

« Vous et moi devons organiser un réseau d'informateurs pour savoir ce qu'a prévu le Maître. Nous connaissons suffisamment de monde pour en berner certains ou pour les faire parler. Je ne dis pas que ce sera simple, mais il faut que nous le fassions. » Il but une gorgée de scotch sans regarder les yeux gris.

Drago écarquilla les yeux, mais Severus poursuivit. « Je ne dis pas que ce sera facile, mais dans cette guerre, nous avons tous une tâche à accomplir. Harry devait retrouver les horcruxes et tuer Voldemort. Nous, nous devons trouver les mangemorts et découvrir leurs plans. »

Le jeune homme but son verre en une seule gorgée et acquiesça. « Vous savez que je ferai ce qu'il faudra pour mettre fin à cette guerre. Surtout maintenant avec Gin- S'il faut que je retrouve mon père et que je le tue, je le ferai. »

« Je ne vous demande pas d'aller aussi loin. » Severus eut un petit sourire malveillant. « Je pense que cette tâche m'est réservée. » Il le regarda dans les yeux, mais le blond ne fléchit pas. « Par contre, j'aimerais que vous alliez voir votre mère. Peut-être a-t-elle des informations. Vos anciens amis aussi, Crabbe, Goyle, Millicent Bullstrode, Avery. Tous ceux que vous fréquentiez et qui pourraient douter de votre trahison ou ne pas en avoir entendu parler. Si vous devez utiliser un sort de dissimulation ou boire du polynectar, faites-le moi savoir. De mon côté, je vais essayer de contacter les mangemorts de ma connaissance. »

« Severus, ils savent que vous les avez trahis. Ca risque d'être dangereux. »

Les yeux de l'ancien espion brillaient d'une lueur malveillante quand il répondit, « Ne vous inquiétez pas pour moi M. Malfoy, je sais ce que je fais. Par contre, je vous enjoins à être très prudent. Si vous n'êtes pas sûr de vous, ne faites rien. Vous savez trop de choses pour être enlevé et torturé. »

Hpsshpss

Harry ne savait pas où il se trouvait.

Une douce musique jouait en fond sonore. Il la connaissait. Il savait qu'il la connaissait. Elle lui réchauffait le cœur et le faisait sourire. Il la suivit.

Il ouvrit une petite porte de bois et ferma les yeux. Il savait qui il allait voir. Quand il les ouvrit, il vit un petit sourire, un regard sombre et profond, des perles d'onyx remplies de tendresse. Son estomac se contracta.

L'homme arrêta de jouer, mais la musique continua. Il lui parlait, mais Harry ne comprenait pas le sens des mots. Sans savoir comment, il se retrouva dans ses bras. Il se retrouvait chez lui. Une odeur de cannelle, d'épices et d'herbes. Cette simple odeur l'enivrait. Une main douce sur sa joue. Des lèvres sur les siennes.

Des rires venant de loin. Deux enfants, une jeune fille et un jeune homme suivis de deux enfants plus jeunes. Ils étaient entrés sans frapper et lorsque son compagnon les vit, il leur jeta son célèbre regard noir qui fit rire les enfants. Derrière apparurent Drago et Ginny, main la main. Eux aussi souriaient.

Harry embrassa à nouveau son compagnon pour lui faire quitter son expression sévère.

Il s'éloigna de la scène qui se jouait là pour tomber sur une autre.

Poudlard était plein de vie. De nouveaux rivaux avaient fait leur apparition, remplaçant Malfoy et Potter ou Snape et Black.

Severus Snape était toujours là. Minerva MacGonagall aussi. Ils souriaient.

Les élèves couraient mais les deux professeurs discutaient sans faire attention à eux. Une jeune fille qui devait être une première année essayait de rattraper ses camarades. Ses cheveux noirs, ses yeux verts, et son regard profond rappelaient quelqu'un à Harry. La fillette se jeta dans les bras du Maître des potions. Il la souleva de terre, déposa un baiser sur sa joue avant de la reposer. Elle repartit en courant, lui faisant un grand signe de la main.

La musique changea subtilement. Un piano dans un caveau.

Il ferma les yeux. Il pouvait presque imaginer l'homme sur le piano, habillé en noir, l'air sévère et nostalgique…

Au milieu de la mélodie, il y eut comme une pause et l'homme le regarda, et les yeux de Harry se noyèrent dans ceux d'onyx. L'homme lui fit un sourire et la mélodie continua.

Des bras autour de sa poitrine, des baisers le long de son cou descendant lentement jusqu'à sa poitrine. Des pointes d'électricité… Des picotements si doux… des mots d'amour… deux corps nus l'un contre l'autre… Des souffles rapides… des yeux si noirs qu'il ne voyait qu'eux… une vague de désir…

Deux personnes debout dans un salon. Harry était assis dans un fauteuil, la tête dans les mains ; son compagnon, debout, faisait les cents pas. Dehors il neigeait. Le feu était allumé dans la cheminée, procurant de la lumière dans la pièce alors que le jour déclinait lentement. Des cris s'élevaient.

Une maison remplie d'enfants. Un petit garçon seul s'occupait d'une petite fille. Un jeune homme, assis au piano, s'entraînait. Quand il vit l'homme aux cheveux noirs le regarder l'air sévère et les bras croisés, il rougit et s'arrêta.

L'homme s'assit et joua avec lui. Quand ils s'arrêtèrent, les autres enfants étaient autour d'eux et les écoutaient.

Un visage froid et glacial. Un verre s'envole. Des paroles sont échangées. La musique a encore changé. Menaçante. Un baiser. Un rire sans humour.

Du sang. Un homme tenant dans ses bras un corps sans vie. Du sang sur les murs. Musique angoissante. Une mort.

Des larmes.

La musique s'effaçait, devenait lointaine. Harry s'éloignait de ce monde étrange et déjà les images le quittaient.

Il ouvrit les yeux, grimaça à cause de la lumière et les referma. Il se retournait pour se rendormir quand une voix l'interrompit, « Ca suffit Potter, vous avez suffisamment joué la belle au bois dormant. Ouvrez les yeux. » La voix était grave et froide. Son cœur se mit à battre la chamade. Il eut la vision de mains parcourant son corps. Il frissonna de plaisir et ouvrit lentement les yeux.

Severus se tenait debout à côté de son lit, les bras croisés, le regard sévère. Il prit un air penaud, se disant que quoi qu'il ait fait, ça devrait marcher. Le regard de l'autre homme s'adoucit. « Comment te sens-tu ? »

« Très bien. » Répondit-il rapidement. Il s'assit et lui demanda gravement. « As-tu récupéré l'horcruxe ? »

« Oui. Les deux autres seront bientôt totalement purifiés et je ne pense pas que la boite soit aussi contaminée que les autres. A moins que ta petite performance de tout à l'heure ne l'ait tout simplement totalement vidé de son énergie négative. »

Harry grimaça. Il attendait une remarque de ce genre. Il préféra ne pas répondre et se leva. Severus le suivit des yeux, même quand le jeune homme eut disparu dans la salle de bains. « Nous devons surveiller les mouvements des mangemorts, » Dit le Gryffondor. « Je vais contacter les aurors pour qu'ils me préviennent dès qu'il se passe quelque chose. Je dois agir. Je ne peux plus rester sans rien faire. »

« Drago et moi allons essayer de créer un réseau au sein des mangemorts. Drago va essayer de voir sa famille. Il est suffisamment rusé pour leur faire croire que c'était un coup monté. De mon côté, je connais suffisamment mes anciens confrères pour prendre la place de certains d'entre eux ou pour m'infiltrer chez eux, discrètement. »

Harry sortit lentement de la salle de bains. « Ca risque d'être dangereux. »

« On n'a rien sans rien. » Ils se regardèrent un moment et Severus reprit la parole. « Ginny est passée hier pour vérifier si tu allais bien. » Dit-il sur un ton railleur. « Elle te fait dire que ton ami Weasley aimerait te voir assez rapidement. » Harry le gratifia d'un regard noir et acquiesça.

« Est-ce que tu sais ce qu'il veut ? »

« Non, mais elle a laissé entendre qu'il était étrange et tenait des propos sans queue ni tête. Ceci dit, je ne vois pas ce que cela change à son état habituel. » Le regard de Harry était maintenant irrité.

Le Gryffondor prit une profonde inspiration. « J'y vais, il est encore tôt mais je pense qu'il est revenu. »

« Harry -» L'interpella Severus alors que le jeune homme se retourner pour partir. « Sois prudent ! »

« Severus, c'est de Ron dont tu parles, mon meilleur ami ! » Sa voix était dure. « J'y vais ! » Ajouta-t-il.

Le Serpentard soupira. Ca commençait à être vraiment difficile de lui parler.

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« Gin ? Toi aussi tu es là ? » Elle croisa son regard et posa une main sur son bras.

« Harry, ne fais pas attention à ce qu'il dit. Il- Il fait des cauchemars depuis – depuis- et il -»

« C'est normal qu'il fasse des cauchemars Gin. Il a vu sa fiancée se faire tuer par son meilleur ami ! » Murmura Harry.

Elle ouvrait la bouche pour rétorquer, mais Harry lui mit un doigt sur la bouche. « Ne dis rien, ça ne sert à rien. Où est-il ? »

« Dans sa chambre ! »

Il monta directement. Il ne croisa personne sur son chemin.

Il frappa et poussa la porte, « Ron ? »

Ron se leva et alla à sa rencontre avant de le prendre dans ses bras. « Harry, que je suis content de te voir ! J'avais l'impression que tu m'évitais ces derniers jours. »

« Je -»

« Ils disent tous des choses horribles, mais je sais qu'elles ne sont pas vraies. » Le Gryffondor le regarda avec des yeux écarquillés. « Que disent-ils ? »

« Ils disent qu'elle est morte ! Ils disent que tu as dû la tuer parce qu'elle était sous l'influence de l'Imperium, mais moi je sais que ce n'est pas vrai. Je la vois tout le temps. Elle ne serait pas là, si elle était morte ! »

Le jeune homme brun avait maintenant les yeux exorbités. « Est-ce qu'elle- est-ce que tu la vois maintenant ? »

« Non ! » Dit-il d'un ton enjoué. « Tu le saurais sinon ! Elle a dit qu'elle reviendrait tout à l'heure. Il faut bien, sinon quand est-ce qu'on pourra se revoir ? Je m'en vais demain ! »

« Tu t'en vas où ? » Lui demanda Harry avec curiosité. Il s'assit sur le lit de Ron.

« Je ne t'en ai pas parlé ? Ah, j'ai dû oublié ! » Dit-il légèrement confus. « J'ai été affecté à l'étranger. Ils disent que ça me fera du bien. J'aurai pour mission d'effacer la mémoire des habitants d'un village qui a été terrorisé par les mangemorts. Je dois aussi leur reconstruire une vie et rester un peu dans les parages pour voir si tout va bien. »

« Ca- ça a l'air intéressant. » Dit le jeune homme aux yeux verts avec hésitation.

« Ca va être super ! J'ai toujours rêvé d'avoir une action sur la vie des gens. Et là, je vais pouvoir les aider à reconstruire leur vie. Et Hermione a dit qu'elle essaierait de me suivre dans peu de temps. »

« Ron, Hermione est -»

« Non, pas toi Harry ! Ne dis rien ! » Il fouilla dans sa poche et lui tendit le bracelet. « Tiens, je voulais te le rendre. Il est à toi. Je n'en ai plus besoin maintenant que je suis auror. Et je peux défendre ma famille tout seul. Mes supérieurs ne veulent pas que je garde de contact avec cette ville, pas pour l'instant. Je sais que je t'appellerai si je l'ai encore, alors je te le rends. » Il parlait très vite comme s'il était pressé.

Le Gryffondor le prit en tremblant, « Ron, je- je suis désolé ! »

Les yeux du rouquin étincelèrent de rage. « Tu n'es responsable de rien Harry ! De rien ! Le seul coupable est Malfoy ! » Harry releva les yeux rapidement. Ron avait un éclair de lucidité.

Le rouquin se prit la tête entre les mains. Il avait l'air de souffrir le martyr. Le Gryffondor voulut intervenir, mais il l'en empêcha. « Ne t'approche pas ! Surtout pas après ce que tu as fait à Hermione. » Harry se recula, sous le choc.

Ca se termina aussi rapidement que ça avait commencé. « Je fais de terribles cauchemars ces derniers temps. Je rêve qu'elle est morte. Je la vois me donner des coups de couteau. Je la vois essayer de te tuer. Je te vois la tuer. Je me vois la vendre à Lucius Malfoy… Mais ce n'est pas vrai, ça ne peut pas être vrai. » Il avait fermé les yeux et parlait maintenant lentement, avec hésitation.

Harry posa ses mains sur les épaules de son meilleur ami pour lui instiller un peu de force. « Tout est de ma faute, Ron. Tout. Elle est morte de ma main. Tu dois t'en rappeler. Tu dois redevenir toi ! Elle est morte, Ron. Morte ! »

Ron le regarda dans les yeux, ils étaient emplis d'une tristesse indicible, « Je- Je sais Harry, mais laisse-moi le croire. Laisse-moi le croire encore un peu, s'il te plaît ! Je sais tout ça, mais je ne veux pas. Je ne veux pas ! »

« Il faut que tu l'acceptes, Ron. Je t'en prie. »

« Accepter quoi ? Que mon cauchemar est réel ? Que je ne la vois pas vraiment me sourire ? Que mon meilleur ami l'a tuée ? Je ne peux pas l'accepter, pas maintenant, mais tu vois, je ne suis pas aussi fou que j'en ai l'air. » Son sourire démentait ses paroles. Son regard avait une lueur de folie qui s'éteignit très vite. « Je vais partir, mais quand on se reverra, nous serons toujours amis, hein Harry ? »

Harry ferma les yeux. « Je serai toujours ton ami. »

« Ils ne veulent pas que je revienne avant la fin de la guerre. J'espère que je te reverrai, vieux frère ! » Il le prit dans ses bras.

« Moi aussi, j'espère te revoir. Prends bien soin de toi, Ron. »

Ron glissa au creux de son oreille, « Je sais tout et un jour ça se paiera, tout a un prix. », mais quand Harry le regarda, le jeune homme lui fit un petit sourire. « Tue-les pour moi ! Tue Voldemort ! Tue Malfoy ! Tue Snape ! Ils le méritent! » Ses yeux flamboyaient de colère.

« Moi aussi je le mérite, moi aussi. » Murmura Harry. Puis plus fort il dit, « Fais bon voyage ! » Et il partit le cœur lourd. Son ami n'était plus le même. Il se comportait comme s'il avait deux personnalités. Le Ron jovial, le fiancé d'Hermione, son meilleur ami. Celui qu'il avait été avant la catastrophe. Celui qui refusait de voir la réalité et vivait dans un monde qui n'existait plus. L'autre Ron était ivre de vengeance, à peine lucide, et Harry n'arrivait pas à savoir s'il avait vraiment conscience de ce qui était arrivé ou s'il vivait en permanence dans son monde de rêves.

En refermant la porte, Harry entendit une voix à l'intérieur qui disait, « Tu es revenue ma chérie, Harry vient de partir. Tu l'as manqué de peu. » Harry s'appuya contre la porte et ferma les yeux. Son ami n'était plus que l'ombre de lui-même.