Chapitre 19, le combat continue

Les évènements s'étaient accélérés ces derniers mois. Après le départ de Ron, le Ministère avait fait appel à Harry, lui proposant d'entrer dans une unité d'Aurors. Il avait accepté sans en parler à Severus. Chacun devait faire de son mieux pour déjouer les plans de l'ennemi. Drago et Severus avaient à nouveau infiltré les rangs des mangemorts, cherchant à connaître leurs plans.

Leur couverture était si ténue qu'il n'était pas rare qu'ils reviennent blessés.

Les missions de Harry étaient des plus dangereuses, mais il refusait de se plaindre.

Lors de sa première mission sur le terrain, son unité était tombée dans une embuscade. Il avait été fait prisonnier avec quelques uns de ses camarades. Seul, il aurait pu s'en sortir, mais il ne pouvait pas laisser ses coéquipiers mourir. Pris pour cible, il avait subi le Doloris, l'Excrucitus, reçu des coups de poings, de pieds, de couteau. Il avait certainement des os cassés. Le sang tachait ses vêtements. Les plaies se refermaient difficilement.

Il avait appris que l'esprit était plus fort que le corps et c'était vrai.

Il avait cherché une opportunité pour tous les sortir de là mais elle tardait à se présenter. Un à un, les membres de son équipe avaient été interrogés et torturés. Certains étaient morts. Il ne pouvait plus attendre.

Ce n'est que lorsqu'un de ses coéquipiers était mort sous ses yeux qu'il avait trouvé la force de tous les tuer. Il n'avait pas utilisé un sort jugé maléfique. Non, celui dont il s'était servi était l'un des sorts les plus purs et les plus doux. Il était furieux. Il ne voulait que lui rendre la vie. Se concentrant sur l'homme mort, il avait jeté le sort de guérison : mais il ne l'avait pas touché. La lumière d'une blancheur exquise avait ricoché sur le corps et s'était diffusé hors de la cellule, guérissant les hommes blessés. Un sort, aussi puissant soit-il ne pouvait pas ressusciter. Les gardes, avides, avaient cherché la source d'une telle magie. D'abord curieux, ils se rendirent rapidement compte qu'elle effaçait leur fatigue et leur apportait de la force. Non blessés, ils se nourrirent de cette pureté et en moururent. A trop en vouloir, ils avaient succombés à une crise cardiaque. Leurs corps n'avaient pas supporté cet afflux d'énergie.

Ses camarades guéris, il modifia légèrement leur mémoire et les renvoya chez eux. Lui retourna directement au Refuge. Il ne savait pas pourquoi ses coéquipiers n'avaient pas ressenti l'appel de la lumière comme les gardes, mais il en était reconnaissant. Il n'aurait pas supporté d'avoir le poids de leur mort sur la conscience.

Ses plaies étaient légères. Un peu de repos lui permettrait de se remettre sur pied rapidement. En rentrant, il s'allongea sur le canapé et s'endormit. Il se réveilla en sentant des doigts se promener dans ses cheveux. Il frissonna de plaisir.

« Harry, combien de fois t'ai-je dis de ne pas faire semblant de dormir ? »

« Fatigué ! »

« Dis-moi ce qui s'est passé. » La voix était inquiète et elle l'obligea à se rappeler les évènements de ces dernières heures.

Il s'assit avant de répondre, « On nous a envoyés dans un guet-apens. C'était un piège. On a réussi à s'enfuir, mais les pertes sont lourdes. »

« Comment te sens-tu ? »

« Bien. »

Severus le regarda longuement dans les yeux. Il rechignait à utiliser ce genre de méthode mais Harry avait la mauvaise habitude de mentir dès qu'on lui parlait de sa santé. Ce qu'il découvrit ne lui plut vraiment pas : il grimaça. « Tu appelles ça aller bien. Harry, tu as des côtés cassées, une estafilade sur le dos qui saigne encore sans compter ton épaule. » Pour preuve, il appuya doucement sur son épaule. Le Gryffondor hurla de douleur.

« Tu pourrais être un peu plus doux. »

« Je t'ai à peine touché. Si tu as aussi mal, c'est que c'est plus grave que je ne le croyais. Maintenant enlève ta robe que je puisse soigner tes plaies. » Le ton était dur, mais le Gryffondor savait que c'était un moyen pour Severus de cacher son inquiétude.

Harry s'exécuta avec difficulté. Il pouvait à peine lever les bras et l'estafilade le tirait douloureusement. « Vraiment Harry, j'ai l'impression de ne pas t'avoir appris à te battre. »

« J'aurais bien voulu t'y voir. Ils étaient toute une armée. » Murmura-t-il. Il mordit sa lèvre inférieure pour ne pas gémir. Les mains de Severus sur sa peau laissaient comme des traînées d'électricité.

Sevrus étala le baume sur la peau enflée. Ses mains étaient froides, douces et rugueuses en même temps. Elles se déplaçaient de façon experte sur le dos de Harry et sur ses épaules.

Harry soupira lorsque les mains s'arrêtèrent et quittèrent son corps.

« Et qu'est-il arrivé à ta lèvre ? » demanda doucement Harry.

Severus grogna et voulut se lever, mais Harry l'en empêcha en posant un doigt sur ses lèvres. Il toucha gentiment, presque avec vénération, l'entaille. Une lumière bleue s'échappa de ses doigts et la plaie disparut. Il n'enleva pas son doigt. Il suivit les fines lèvres avec son pouce. Severus leva une main et lui attrapa le poignet. « Harry, non. » Souffla-t-il. Le Gryffondor ne semblait pas l'avoir entendu. La main redescendit lentement, mais ses lèvres s'étaient dotées d'une volonté propre. Elles se rapprochaient de celles tentatrices de son aîné et les touchèrent. C'était doux et tendre comme le premier vol d'un oiseau, c'était une expérience singulière dans laquelle les deux hommes pouvaient se perdre.

Severus, oubliant ses réticences, mordit doucement la lèvre inférieure du jeune homme pour approfondir le baiser. Ses bras enlaçaient Harry, le rapprochant toujours plus près de lui. Le monde autour d'eux avait disparu. Il ne restait que les sensations. La chaleur qui émanait de ses mains, les traînées de feu de chacun de ses baisers, la sensation de fondre sous ses caresses.

Harry ferma les yeux. Severus passait ses mains sur les épaules de Harry quand il l'entendit gémir. S'éloignant légèrement, il vit une grimace sur son visage. « Ce n'est rien, juste mon épaule, » Souffla Harry en se rapprochant pour déposer des baisers dans le cou du Serpentard et le dévêtir.

Mais le maître des potions se raidit. Son visage se durcit. Il était retourné dans sa coquille et s'était refermé. Le Gryffondor n'insista pas. Son mentor avait repris ses esprits et ne voulait plus de lui. « Pourquoi Severus ? »

« Tu es trop jeune- je suis trop vieux.-» Le Survivant posa un doigt sur ses lèvres, mais Severus lui prit immédiatement le poignet. La scène semblait se répéter.

« C'est faux ! Severus- »

« Tu mérites mieux. » Il ferma les yeux.

« Je ne peux pas trouver mieux que toi. »

Le Serpentard eut un rire rauque et sans joie. « Tu t'es attaché à moi parce que tu ne côtoies personne d'autre. Tu as dix-sept ans, il est normal que tu cherches un ou une partenaire. Mais je ne veux pas que tu aies des regret et tu en auras si nous allons jusqu'au bout. »

Harry le regarda un long moment. « Je comprends. Je comprends tes réticences et je les accepte. Mais je n'abandonnerai pas. Ce que j'éprouve pour toi dépasse de loin toute attirance physique. C'est plus fort. Quelque chose de- je ne sais pas comment le définir, mais je sais qu'il y a quelque chose. J'espère simplement que tu t'en apercevras avant qu'il ne soit trop tard. »

Le Gryffondor allait partir quand le maître des potions le rappela, « N'attends pas pour trouver le bonheur, Harry. Vas le chercher. Je suis sûr que tu trouveras une personne à aimer, une personne bien mieux que moi. »

Harry ne se retourna pas, mais répondit simplement, « Je ne veux personne d'autre, Severus. J'aurais pu avoir Ginny, je croyais l'aimer avant de te connaître. Mes sentiments pour toi ne sont pas apparus d'un seul coup. Ils ont grandi petit à petit et je n'ai pas décidé de me sentir attiré par toi. Accepte-le, c'est tout. »

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A partir de ce jour-là, ils s'éloignèrent peu à peu l'un de l'autre. Severus passait une grande partie de la journée en compagnie de Drago. Harry avait l'impression qu'il le fuyait. La vérité était qu'il essayait de déjouer les plans du Seigneur Noir sans en parler au jeune homme.

Drago était retourné vivre au Manoir des Malfoy. Ils pouvaient inviter les mangemorts en se faisant passer pour Lucius et essayer de libérer de la marque ceux qui le voulaient. Severus et lui savaient qu'ils jouaient un jeu dangereux, mais ils étaient tous les deux prêts à prendre ce risque.

Seulement, pour permettre aux mangemorts d'entrer, ils avaient dû amoindrir les barrières de sécurité. Le jeune homme blond se pensait pourtant correctement protégé, car il n'avait pas pensé que son père oserait un jour remettre les pieds dans cette maison. Mais après tout, on pouvait difficilement accuser Lucius Malfoy de lâcheté.

C'était un soir. Drago et Narcissa discutaient tranquillement dans le salon lorsqu'ils entendirent le bruit de la porte. Ils virent une silhouette longiligne s'avancer vers eux. Nonchalante, elle avait l'air d'être dans son élément. Le temps que Drago sorte sa baguette, Lucius avait déjà stupéfixié son fils. Souriant, il jouait le rôle du chef de famille rentrant chez lui après une longue journée de travail. Il se tourna doucement vers Narcissa. La lueur de folie dans les yeux de son mari la fit reculer, mais déjà, elle touchait le mur.

« Aurais-tu peur de moi, femme ? » Il rit comme un dément. « Voyons, je suis toujours ton mari. » Il se rapprocha d'elle, lentement, comme un prédateur vers sa proie. Posant une main glacée sur la joue de sa femme, il posa ses lèvres des siennes dans un baiser brutal. Possession. Elle lui appartenait et il voulait qu'elle le sache.

La main sur sa joue se déplaça lentement jusqu'à sa nuque pendant que l'autre venait à la rencontre de la première et tout en l'embrassant, il lui enserra le cou puis se recula, un sourire aux lèvres. Drago ne put rien faire, il vit sa mère devenir livide, ses yeux sortir de ses orbites, sa tentative désespérée pour respirer, l'expression de jouissance sur le visage de son père.

Et la mort l'emporta. Son visage blanc resterait à jamais gravé dans sa mémoire tout comme les mots prononcés par Lucius avant de partir, « Tu vois mon fils, c'est ce qui arrivera à toutes les personnes que tu côtoies. Y compris l'amie des sang-de-bourbe. Tu es mon fils et je te ferai payer ta trahison. »

Il transplana alors, libérant dans le même temps le jeune Serpentard qui se précipita vers sa mère. Il essaya de la soigner, mais c'était trop tard.

Il appela les médicomages qui arrivèrent immédiatement. Parmi eux se trouvaient Ginny, mais le jeune homme ne voulait plus la mêler à cette guerre. Il préférait se détacher d'elle si ça permettait de lui sauver la vie. Il comprenait maintenant les réticences de Severus à avouer ses sentiments à la personne qu'il aimait.

Les deux Serpentards se rapprochèrent encore, s'investissant corps et âme pour éliminer leurs ennemis et découvrir les plans du Seigneur Noir.

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C'était devenu une habitude pour Drago et Severus de se réunir en début d'après-midi afin de confronter leurs informations. Ils se retrouvaient dans le Manoir des Malfoy ou dans celui des Snape, mais ils faisaient attention à ne jamais inviter ni Harry ni Ginny. Ils préféraient laisser les Gryffondors en dehors de leurs affaires autant que faire se pouvait.

Drago sentit un courant d'air froid le traverser et un malaise l'envahit. « Ginny ! » Murmura-t-il. Severus le regarda avec incompréhension. « Il faut que je la retrouve, j'ai un mauvais pressentiment. » Le jeune homme se concentra sur le lien qui le reliait à la jeune fille. Il sentait sa détresse, sa peur et surtout sa douleur. Il lui était maintenant persuadé qu'il lui était arrivé quelque chose.

Inquiet, il ne parvenait pas à la localiser. Tout était flou. Seule la douleur était tangible. Malgré lui, il sentit son corps trembler. C'était bien trop. A ce rythme-là, elle ne survivrait pas.

Severus se précipita vers le jeune homme et lui tendit une fiole de potion anti-douleur. Apparemment, Drago souffrait du Doloris. Le jeune homme prit le flacon de ses mains tremblantes et la but.

Une voix effleura la conscience du maître des potions.

'Severus, Ginny-'

'Oui, je sais, viens.' Vint la réponse lointaine.

Il ne fallut à Harry que quelques secondes pour arriver. Le blond serrait sa tête dans ses mains et essayait désespérément de localiser Ginny. « Drago ? » Celui-ci leva la tête vers le Gryffondor. « Je sais où elle est. Les Aurors sont déjà en route. » Drago se mit rapidement debout. « Où ? »

« Dans un petit village près de la côte -»

« Je la vois ! » Il transplana.

Harry et Severus le suivirent. Quand ils arrivèrent, Drago avait les mains au-dessus de Ginny et cherchait à guérir ses blessures. Elle n'avait aucune plaie ouverte, mais elle souffrait de l'après-coup du Doloris. Elle l'avait reçu trop souvent. Ses yeux étaient ouverts mais elle ne le voyait pas. Elle s'était enfermée dans un monde où personne ne pouvait l'atteindre, où la douleur n'existait pas.

« Il s'est enfui en me voyant ! Il était en train de l'interroger. Il voulait connaître mes faiblesses ! Le salaud ! » Ses yeux flamboyaient de colère, il serrait les poings.

Drago prit Ginny dans ses bras, la serra contre lui et transplana. Elle devait recevoir des soins rapidement. Il ne se souciait pas du reste. Harry et Severus ne pouvaient rien faire d'autre qu'aider les Aurors à fouiller le site. Ils trouvèrent effectivement une liste de questions. Elles ne concernaient pas seulement Drago mais Severus, Harry, l'Ordre… il avait apparemment réussi à lui faire dire les noms des membres de l'Ordre, elle avait craché le mot horcruxe et celui de Refuge. Les points d'interrogation qui suivaient les derniers mots rassurèrent quelque peu le Gryffondor. Lucius avait des informations clés mais ils ne les comprenaient pas.

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Ginny resta dans cet état catatonique pendant des mois. Les médicomages étaient pessimistes. Les améliorations étaient très lentes. Si bien qu'ils pensaient qu'elle resterait définitivement dans cet état proche de la folie.

Drago devait utiliser la ruse pour venir la voir. L'hôpital avait interdit toute visite en dehors de la famille et il n'y avait aucune raison qu'il puisse l'approcher. Les parents de Ginny ne savaient pas qu'ils étaient amis et il n'avait pas l'intention de le leur dire. Qui plus est, il était soupçonné d'avoir œuvré pour la mort de Dumbledore, alors pourquoi les Weasley lui feraient-ils confiance ?

Il s'arrangeait donc pour venir la voir régulièrement, la nuit. Harry lui donnait des nouvelles. Le Gryffondor aurait voulu parler de Drago aux Weasley, mais le Serpentard refusait catégoriquement.

Pendant les longs mois qu'elle passa dans sa chambre d'hôpital, pas une fois Ron ne vint la voir. Molly recevait une lettre de temps à autre, mais il ne parlait jamais de sa petite sœur.

Le meilleur soutien de Ginny était Drago.

Il restait des heures à côté d'elle, lui parlant de tout et de rien. La première fois qu'il essaya de lui prendre la main, la jeune fille hurla. Il eut juste le temps de se jeter un sort d'invisibilité avant l'arrivée des infirmières qui conclurent à un cauchemar et lui donnèrent une potion de sommeil sans rêve.

Malgré tout, il refusa de partir. Il profita de son sommeil pour lui prendre la main. Il recommençait le même rituel nuit après nuit. Un soir, il lui apporta un nounours. Elle sortit de sa léthargie pour le prendre et le serrer contre elle. Ce fut le début de ses progrès. Dès lors, elle se mit à sourire au jeune homme quand elle le voyait et de temps en temps lui tendait la main. Quand il la prenait, le corps de la jeune fille se détendait et elle parvenait à sourire. C'était encourageant.

Les Weasley voyaient leur fille se raccrocher à ce nounours comme si sa vie en dépendait. A part ça, elle passait ses journées à dormir où à regarder dehors d'un air absent. Ses parents ne voyaient donc pas vraiment d'amélioration de son état. Harry leur avoua que la peluche venait d'un admirateur secret. Il avait refusé de leur en dire plus, mais les Weasley faisaient confiance au jeune homme. De plus, ils espéraient secrètement voir leur fille épouser le Survivant et voyaient là une occasion pour ces deux-là de se rapprocher. Si Ginny reprenait un jour conscience du monde qui l'entourait.

Lentement, très lentement, Ginny revint à elle et recommença à parler. Dans un moment de semi-lucidité, elle demanda au jeune Serpentard de lui effacer de la mémoire cette horrible journée. Elle ne voulait pas se rappeler de ce qui s'était passé. Elle ne voulait plus participer à la guerre. D'un commun accord, Drago modifia son esprit.

Ils en avaient discuté. Il était préférable qu'elle ne se souvienne plus du Refuge, des horcruxes, du rôle de mentor de Severus ou de sa relation avec Drago. Elle devait redevenir la jeune fille qu'elle était à Poudlard. Innocente et amoureuse de Harry Potter.

Seulement, la mémoire et les sentiments ne sont pas faciles à manipuler. Ginny redevint la jeune fille joviale que tout le monde connaissait, en apparence du moins. Mais son regard restait infiniment triste. Elle savait qu'elle avait oublié quelque chose d'important et elle ne pouvait s'empêcher de chercher du regard les jeunes hommes blonds aux yeux bleus.

Drago n'avait pas pu disparaître de sa vie aussi rapidement. Non, il devait être certain qu'elle aille bien. L'assurance de Harry ne lui suffisait pas. Et, la première fois qu'il la revit, au moment précis où leurs regards se croisèrent, tout se remit en place : Drago, l'entraînement, le mentor de Harry, Severus.

Elle avait alors commencé à résister au sortilège, refusant de balayer de son esprit ses sentiments pour le jeune homme. Ce qu'il avait voulu lui faire était impensable, c'était cruel.

Elle attendit de pouvoir sortir de l'hôpital et se rendit au Manoir des Malfoy. Elle savait qu'il y était. Quand elle le vit, elle lui flanqua une gifle mémorable et se jeta dans ses bras.

Déjà fatiguée, elle pleura pendant des heures. Ses seules paroles marquèrent Drago, « Je préfère mourir maintenant que de ne jamais t'avoir connu. »

Il avait longuement réfléchi à ce que la jeune fille représentait pour lui avant de lui effacer la mémoire. Mais ses paroles le hantaient jour et nuit. Il avait cru faire le bon choix, mais il s'était trompé.

D'un commun accord, ils décidèrent de recommencer depuis le début. C'était difficile car leur relation devait rester secrète. Mais le jeune homme s'amusait à trouver des subterfuges pour la faire sortir de l'hôpital ou pour l'inviter au Manoir des Malfoy. Severus et Harry, qui étaient dans la confidence, étaient entrés dans le jeu. Voir leurs amis vivre leur amour leur faisait chaud au cœur.

Et Drago demanda Ginny en mariage.

Harry n'aurait pu être plus heureux pour ses amis. La cérémonie fut des plus simples et elle se fit à l'abri des curieux. Ils n'avaient pu inviter personne, mais Ginny fut fière de montrer sa bague à Harry et de lui détailler les vœux qu'ils avaient échangés. Le jeune homme l'enviait, mais il taisait sa jalousie. Son amie n'avait besoin que de son soutien.

Les mariages sorciers étaient intimes. Il suffisait aux deux intéressés d'échanger des vœux. S'ils étaient sincères, une lumière dorée les auréolait quelques secondes, les unissant en un serment éternel. Dans une telle union, les objets échangés étaient symboliques.

En cadeau, les habitants du Refuge avaient offert aux jeune mariés les deux horcruxes purifiés qui étaient en leur possession. La coupe fut donnée à Ginny. A l'hôpital, elle pourrait accomplir des miracles. Le médaillon revint à Drago. Le sigle des Serpentards lui plut immédiatement.

Ils avaient décidé de vivre au Manoir des Malfoy. Ginny conserverait son appartement et ferait comme si elle y vivait encore. Drago avait redéfini les barrières afin d'empêcher Lucius de les franchir. Il ne voulait pas voir se reproduire un tel drame En ces temps de guerre, personne ne devait connaître la véritable nature de leur relation. Drago avait encore bien des ennemis et elle ne voulait pas en rajouter à la liste.

Ce qui était arrivé à Ginny avait fait réfléchir Drago qui avait demandé à subir le même lavage de cerveau. Il ne voulait pas dévoiler ses secrets s'il était fait prisonnier par les mangemorts ou arrêté par les Aurors. Maintenant que Ginny était dans sa vie, il voulait avoir un avenir.

Il ne garda en mémoire que le lien qui les unissait.

Un grand sentiment de vide les étreignit. Ils n'étaient plus sûrs d'avoir agi au mieux.

Harry et Severus avaient décidé de ne plus les impliquer dans la guerre. Drago avait tout simplement refusé. Il avait décrété que si Severus faisait cavalier seul, lui aussi chercherait des informations du sien. Il n'était pas question que chacun reste isolé de son côté.

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Harry ne voulait pas de l'aide de ses amis. Ils avaient déjà suffisamment souffert et petit à petit, il essayait de couper les ponts. Il ne se rendait pas compte que plus il les repoussait, plus ils étaient présents, plus ils le surveillaient et plus ils l'aidaient.

Il travaillait seul depuis la débâcle de sa première mission. Il refusait que des hommes et des femmes risquent leurs vies à cause de lui. Ses supérieurs soupçonnaient l'existence d'un groupe de mangemorts en Roumanie. Ils l'avaient envoyé dans la région avec pour mission de le démanteler. D'une certaine façon ça l'arrangeait. Il pouvait partir sans devoir gentiment refuser l'aide de Drago qui n'avait pas oublié leur nouvelle amitié. Ca lui permettait également de s'éloigner de Severus quelque temps.

Il refusait de se l'avouer mais le rejet de l'autre homme était vraiment difficile à vivre. Il essayait de se comporter normalement avec lui, mais il y avait maintenant un mur entre eux et il en était profondément malheureux.

En Roumanie, il allait souvent voir Charlie dont les talents de dresseur de dragons étaient bien utiles pour attaquer un camp de mangemorts. Parfois, Severus l'accompagnait. mais l'ancien espion restait toujours assez loin, il n'était là que pour surveiller les arrières du jeune homme. Il venait quand il sentait que la situation risquait de se dégrader ou lorsqu'il entendait parler d'une attaque contre le Survivant. Le Gryffondor ne disait rien, acceptant cette aide avec réticence. Il savait qu'il ne ferait pas changer d'avis le Serpenatrd. Il ne pouvait alors s'empêcher de soupirer. Severus était bien trop protecteur. Il devait cependant avouer que l'ancien mangemort avait beaucoup d'intuition et il ne prenait jamais à la légère ses mises en garde.

Le Serpentard observait de loin Harry et Charlie. L'interaction entre les deux jeunes gens n'aurait pas dû le troubler, n'aurait pas dû le rendre jaloux, mais il observait le petit jeu de Harry et les regards jetés par Charlie dans sa direction, comme s'il était peu sûr de ce qu'il devait faire, comme s'il était troublé et confus. Le rouquin semblait jouer un jeu étrange : de temps en temps, il flirtait avec le Survivant, essayant de lui voler un ou deux baisers ; et à d'autres, il restait distant, comme si le Gryffondor était hors de sa portée et qu'il le savait.

Son comportement avait peut-être un rapport avec l'humeur changeante de l'objet de ses pensées. Dès que Severus disparaissait, Harry reprenait son air grave. Son visage était alors de glace, ses yeux prenaient la dureté de la pierre.

Les combats étaient constants et Harry était obligé de tuer. Chaque coup qu'il donnait, chaque sort qu'il jetait, faisait un peu plus saigner son cœur. A chaque fois qu'il tuait une personne, il tuait une partie de lui. Jusqu'à ce qu'il ne ressente plus rien, jusqu'à ce qu'il se soit prémuni contre tout sentiment. L'amour lui était refusé, la haine, il ne voulait pas la ressentir, la souffrance, il la vivait tous les jours. Il ne trouvait le repos qu'en présence du Maître des potions- et même elle était synonyme de douleur.

Ce temps passé là-bas l'avait fait réfléchir et l'avait isolé. Ses amis étaient heureux et il refusait de gâcher leur bonheur en les entraînant davantage dans la guerre. Son cœur était devenu de glace.

Il ne repartit que lorsqu'il eut achevé sa mission.

Il trouva le groupe conduit par Nott. Il assista aux séances de tortures mentales. Il vit une petite fille innocente mourir dans d'atroces souffrances.

Son sang ne fit qu'un tour. Il se précipita sur le mangemort, sortit sa dague et fit lentement glisser la lame sur la gorge de son ennemi. La vie quitta lentement le corps, le sang ruissela sur ses doigts, mais il ne ressentait rien d'autre que de l'indifférence.

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Dès son retour, le Ministère lui assigna de nouvelles missions plus dangereuses encore. Il finissait par croire que ses supérieurs cherchaient à le tuer. C'étaient de vraies missions suicide. Mais qu'importe.

A l'aide de sorts de dissimulation et de ruses, il parvenait en général à obtenir les informations qu'il cherchait. Pas à pas, il se rapprochait de Voldemort, et devenait le monstre qu'il combattait. Pour obtenir des informations, il devait parfois recourir à la torture. Il détestait faire souffrir physiquement, mais ce qu'il faisait était pire et il se détestait pour cela.

Il reprenait la technique de torture mentale dont il avait été témoin en Roumanie.

Il utilisait la peur de ses ennemis et la retournait contre eux. La légilimencie l'aidait dans cette tâche. Il leur provoquait des visions effrayantes, réveillant leurs pires cauchemars pour qu'ils avouent. Certains devenaient fous. D'autres se suicidaient. Harry essayait de ne pas y penser. Il essayait de refouler au plus profond de lui cette honte qu'il ressentait, ce dégoût de sa personne.

Il revenait souvent au Refuge blessé, mais il n'en parlait pas à Severus, comme il ne lui parlait pas de ses cauchemars. Voldemort essayait régulièrement de traverser ses barrières mentales. Il essayait de l'affaiblir, mais le Gryffondor résistait autant qu'il le pouvait.

Entre Severus et lui, il y avait désormais une barrière que ni l'un ni l'autre ne se sentait capable de franchir. Ils agissaient dans l'ombre de l'autre tout en espérant que celui-ci ne s'en aperçoive pas.

Comme bien des nuits, Severus monta dans la chambre du Survivant pendant qu'il dormait et vérifia son état de santé. Le Serpentard était très inquiet. Il voyait Harry se battre de jour comme de nuit contre ses démons réels ou imaginaires. Le Serpentard ne pouvait que rester et le soutenir quand il le lui permettait.

Une main sur sa joue, une main dans ses cheveux, Severus se contentait de le toucher et cela suffisait à le calmer. Et le jeune homme plongeait alors dans un sommeil sans rêve, comme apaisé. L'ancien espion repartait ensuite comme si de rien n'était.

Mais parfois, comme cette nuit-là, Harry lui prenait la main avant qu'il ne parte. Il s'était réveillé et avait fait semblant de dormir. Severus dissimula un sourire. Il était fier de son élève.

« Pourquoi es-tu là, Severus ? »

« Parce que je me fais du souci pour toi. Tu agis comme si tu étais immortel. Tu cours au-devant de tous les dangers sans te demander si tu t'en sortiras »

« Severus, tu ne devrais pas te faire autant de souci pour moi. Tout va bien, je t'assure. »

« Et si je ne me fais pas de souci, peux-tu me dire qui s'en fera. Tu donnes ta vie pour les autres Harry. »

Le jeune homme passa une main dans ses cheveux. « Je fais ce que je peux. Je ne tiens pas à mourir, pas encore, mais je ne veux pas voir d'autres personnes mourir sous mes yeux. »

« Mais tu n'hésites plus à tuer. » C'était une affirmation.

« Si je dois tuer pour survivre et sauver des vies alors je ne vois pas pourquoi j'aurais des remords ! »

Severus s'en était tenu là. Il lui avait tendu une dague en lui demandant de la prendre. « Je l'ai trouvé dans la Salle sur Demande et j'ai mené quelques expériences dessus. Elle devrait te protéger et me prévenir immédiatement en cas de danger. »

Oui, le prévenir en cas de danger.

Harry ne savait pas que le Serpentard le surveillait de bien plus près. Il ne savait pas que la dague pouvait agir comme un Portoloin, il ne savait pas qu'en jouant avec sa vie, il jouait aussi avec celle de Severus.

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Harry pensait que c'était une mission comme une autre, de routine : tuer quelques mangemorts, chercher des infos, protéger les innocents, punir les méchants, comme doivent le faire les gentils.

Il se retrouva une nouvelle fois face à Lucius Malfoy. Ce monstre avait fait souffrir trop de personnes. Harry était bien décidé à l'arrêter une fois pour toutes.

Un combat à mort s'engagea. La colère empêchait Harry de voir clairement ce qu'il faisait. Un sort succédait à un autre. Il ne vit pas Severus transplaner, attiré par la dague dont Harry se servait pour se battre contre Lucius. Son mentor était là et protégeait ses arrières. Lucius Malfoy n'avait jamais été un homme de parole et il n'hésitait pas à agir par ruse pour arriver à ses fins.

Le Gryffondor ne vit pas le sort que Lucius jeta sur son mentor, pas plus qu'il ne vit celui-ci s'effondrer. Il sentit ses cheveux se dresser sur sa tête et lorsqu'il se retourna, il vit Severus à terre, blessé. Lucius s'apprêtait à jeter un nouveau sort sur son ancien ami. Harry se précipita et reçut le sort à la place de Severus qui était toujours inconscient.

La douleur qui le traversa fut inimaginable. Sa peau craquait, cherchait à s'étirer. Des plaies s'ouvraient un peu partout sur son corps. Lucius en profita pour lui envoyer un nouveau sort qu'Harry évita de justesse, et seule une légère entaille creusa son visage. La douleur, la peur augmentèrent sa force et sa colère attisa sa magie. Il n'avait pas besoin de mots pour toucher Lucius qui le regardait maintenant la peur au ventre.

Les iris de Harry étaient de jade, on ne voyait qu'un vert hypnotisant. Sa colère déchaînait les éléments, Malfoy était pétrifié. Son sort se retourna contre lui, des plaies, égratignures, entailles étaient maintenant visibles sur son corps à lui. Il allait y rester. Harry allait le tuer.

Severus bougea et le jeune homme reporta immédiatement son attention sur son mentor, oubliant son ennemi juré qui en profita pour disparaître.

Harry soupira. Il regarda le maître des potions. Il était vivant. Rien d'autre n'avait d'importance.

Severus était blessé et son sang coulait abondamment. Ce n'était pas très grave, mais Harry avait eu très peur. Il le guérit rapidement et le ramena chez eux.

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La conversation qu'ils eurent ce soir-là était semblable à beaucoup d'autres. Seulement, les positions étaient inversées. « Bon sang, qu'est-ce qui t'a pris ? Tu aurais pu mourir ! »

« M. Potter, vous êtes bien mal placé pour me faire une leçon de morale. » Severus ferma les yeux. Cette conversation l'épuisait déjà. Harry lui avait donné une potion qui le faisait somnoler. « Je fais ce qu'il faut pour que tu restes en vie. Rien de plus. »

« Et qui veille sur toi, hein ? » Murmura Harry en passant ses mains dans ses cheveux. Le Serpentard s'était endormi. La conversation s'arrêta là et c'était aussi bien. Harry devait se soigner.

Car il continuait à saigner. Les potions ne parvenaient pas à arrêter l'hémorragie. Les coupures s'aggravaient, s'agrandissaient, s'infectaient.

S'il avait pu, il aurait préféré ne pas en parler au maître des potions.

Lorsque le Serpentard se leva le lendemain matin il trouva Harry allongé dans son lit, le corps couvert de bandages ensanglantés : il baignait dans son sang.

Severus prit peur. Il essaya différentes formules pour stopper l'écoulement de sang, mais rien n'y fit. S'il continuait ainsi, Harry allait mourir d'une hémorragie.

Le Survivant était fatigué, très fatigué, il sentait l'autre homme s'affairer autour de lui, sentait ses mains défaire les bandages avec d'infinies précautions. Il fit un effort pour ne pas grogner, mais c'était si douloureux. La fraîcheur de ses mains sur sa peau brûlante était apaisante. Il frissonna.

Severus lui dit quelque chose à l'oreille qu'il ne comprit pas, posa une main sur son front et se précipita hors de la chambre.

Lorsqu'il revint, il avait la coupe de Poufsouffle dans les mains. Il mit un bras autour de Harry pour l'aider à se relever et le faire boire. C'était douloureux. L'eau ne voulait pas passer. Sa gorge était si étroite qu'il avait l'impression de s'étrangler à chaque gorgée.

Epuisé, il se rallongea. Il entendait les mots sans comprendre leur sens. La voix grave le réchauffait, le maintenait éveillé, le raccrochait à la réalité.

Il commençait à comprendre le sens de certains mots, « pas le temps de faire une potion. » ; « La coupe de Poufsouffle » « Gryffondor idiot ». Apparemment, Severus répétait régulièrement la dernière expression. S'il avait pu, Harry aurait souri.

L'eau était miraculeuse. Ses plaies se refermèrent rapidement. Le processus inverse était tout aussi douloureux. La peau le tirait et le piquait. Severus le voyant souffrir, lui donna une potion pour dormir.

Le maître des potions passa la journée à ses côtés. Il alla simplement rendre la coupe à Ginny. Il ne lui avait donné de détails et ne lui avait pas expliqué ce qui était arrivé. La jeune fille n'avait pas besoin de savoir.

En se réveillant, Harry sentit la magie danser en lui. Il ne s'était pas senti aussi bien depuis fort longtemps. Quand il ouvrit les yeux, il vit Severus assis sur son lit : il se massait le front, les yeux fermés. Il n'avait jamais eu l'air aussi fatigué, aussi faible qu'en cet instant.

Pour lui montrer qu'il était réveillé, il prit sa main. Son mentor sursauta et le regarda dans les yeux. Il avait remis en place son masque froid et était à nouveau l'homme aux barrières infranchissables qu'il connaissait. Il lui demanda doucement, « Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu défendais mes arrières ? Depuis quand le fais-tu ? Severus, j'aurais pu causer ta mort ! »

Severus passa une main dans ses cheveux : « Si tu prenais soin de ta vie, je ne te surveillerais pas. Si tu ne prenais pas autant de plaisir à combattre, je ne serais pas aussi inquiet. Tu te bats comme si tu voulais mourir, Harry. Tu erres comme une âme en peine. Je ne pouvais pas te laisser continuer ainsi. Quitte à ce qu'il y ait un mort, je préférerais que ce soit moi. Tu es jeune, tu as la vie devant toi -»

« NON ! » Cria le Gryffondor, « Mais bon sang Severus, je ne prends pas plaisir à me battre comme tu le dis, j'essaie de ressentir quelque chose. Depuis que je dois tuer et torturer, je ne ressens plus rien. Je suis obligé de prendre les boucles d'oreilles magiques pour éprouver quelque chose et ce ne sont pas mes sensations que je ressens mais celles de ceux que je tue ou que je torture !» Il détourna les yeux avant de poursuivre beaucoup moins fort et sans regarder son mentor.

« Comment puis-je vouloir vivre ? Je ne me sens vivant que lorsque tu es là. » Dit-il dans un murmure. Harry détourna le regard. Il s'était suffisamment rabaissé. Severus n'avait pas besoin de voir quel être faible il était en réalité. « Ne t'enfuis pas, Harry, ça ne sert à rien. » La voix était chaude et rauque. Quand Harry se retourna, il vit les yeux de Severus briller.

« Harry, je ne veux pas que tu le regrettes, tu es encore si jeune -» Il passa le dos de sa main sur le visage du jeune homme, la faisant glisser le long de sa joue, puis sur ses lèvres. Le Gryffondor la prit et l'embrassa simplement. De longs doigts se refermèrent sur elle et la tirèrent pour le faire asseoir devant lui.

Severus s'assit sur le lit à côté de lui et le prit dans ses bras. La tête brune se laissa aller contre le torse revêtu de noir, commençant à se détendre. Le maître des potions le tint contre lui et déposa un baiser dans ses cheveux. Le jeune homme sourit et posa ses mains sur le bras son aîné, le défiant de le quitter. Le sommeil le gagnait à nouveau.

Pendant son sommeil, Severus ne le quitta pas, le regardant dormir. Il se demandait ce qu'il devait faire. Il savait qu'il ne devait pas se laisser aller à ses désirs. C'était mal, Harry était tellement jeune, mais tellement mûr aussi lui disait une petite voix.

Il soupira. « Ne te fais pas autant de soucis, Severus. Je sais ce que je veux, et je ne te forcerai pas la main. » Il sentit une caresse dans ses cheveux..

« Si je ne le voulais pas Harry, il n'y aurait pas de problème. Tu me proposes quelque chose que je devrais refuser. Ce n'est pas de l'amour. C'est un sentiment auquel je ne crois pas. Il n'y a que du désir et lorsque la guerre sera terminée et que tu auras d'autres perspectives, tu regretteras la décision que tu as prise. »

Le Gryffondor préféra ne pas souligner qu'il n'y avait pas que lui qui était impliqué. Il n'était pas le seul à devoir prendre une décision ! Et si l'amour existe ! Mais il ne verbalisa pas ses pensées. Il ne voulait se disputer avec son mentor, pas maintenant. Il refusait de laisser Severus s'éloigner de lui une nouvelle fois. Alors il l'embrassa. Maladroitement au début, mais bien vite, le baiser s'approfondit et ils s'abandonnèrent tous deux aux sensations qu'il leur procurait.

Essoufflés, ils se regardèrent longuement. Le Survivant le mettait au défi de continuer et le Serpentard était suffisamment humain pour savoir qu'il avait perdu cette bataille. Il sentait les doigts de son ancien élève glisser sur sa nuque, le frôlant dans une douce caresse. Severus l'attira contre lui et l'embrassa à nouveau. Ce baiser était beaucoup plus passionné que le précédent. Harry pouvait sentir tout ce que l'ancien espion gardait au fond de lui. A l'extérieur, il était froid, à l'intérieur, il était passionné.

Une fois que cela aurait commencé, Harry savait qu'il n'y aurait plus de marche arrière possible. C'était tout ou rien. Il entreprit de déboutonner sa robe, mais Severus l'arrêta et lui murmura à l'oreille, « Ne sois pas si pressé. »

Severus frôlait sa peau, laissant des traînées de feu, et une douce chaleur envahit son ventre.

Lentement, Severus dénudait Harry. Lentement, il déposait des baisers sur sa peau, mordillait, léchait, faisant gémir le jeune homme à chacune de ses caresses. Le Serpentard grimaçait en voyant chacune des cicatrices du jeune homme et il passait ses lèvres dessus comme pour y imprimer sa marque, comme pour lui faire oublier ce qu'elles représentaient.

Severus prenait son temps pour apprendre à connaître le corps de son nouvel amant, cherchant les points sensibles, au niveau de sa nuque, de son nombril. Il cherchait à le faire réagir. Ses mains caressaient ce corps comme s'il s'agissait d'un instrument d'une pureté infinie. Elles se baladaient sur la peau, faisant jaillir les sons les plus doux. Quand elles s'arrêtaient, un silence tendu s'élevait avant qu'un gémissement de plaisir leur permette un nouveau mouvement.

Les mains de Harry étaient dans ses cheveux, sur son dos, dansant au rythme des caresses.

La bouche de Severus goûtait, savourait la peau salée. Sa langue jouait avec le lobe de son oreille, sa nuque, ses mamelons, descendant de plus en plus bas.

Les sons que produisaient Harry éveillaient en Severus un désir qu'il retenait. Il ne voulait pas le souiller. Harry méritait tellement mieux.

Les gémissements se transformaient en halètements, Harry était proche de la crise cardiaque. Les sons se muaient en grognements. Le bassin de Harry montait et descendait et soudain, la main dans ses cheveux repoussa le Serpentard, « Non, Sev- non- Je- prends-moi. » Severus s'arrêta. « Je- non. ». Le jeune homme le regarda dans les yeux. « S'il te plaît ! » Harry se pencha pour l'embrasser, mettant dans ce baiser ce qu'il éprouvait au plus profond de lui, lui prouvant qu'il était sérieux et qu'il voulait le sentir à l'intérieur de lui.

Severus n'était qu'un homme. Il ne put résister à cette demande impérieuse.

Et quand il le prit, ce fut en douceur, savourant chaque moment, le faisant gémir et frémir. Plus il l'entendait et plus il avait du mal à se retenir. Harry était la tentation et la perfection incarnées.

Quand Harry vint, ce fut en prononçant son prénom, « Severus ! » Et avec des yeux débordant d'un sentiment qu'il ne pouvait nommer, qu'il refusait de nommer.

Ils s'endormirent tous deux, Harry sur la poitrine de Severus dont le bras entourait sa taille, comme pour le protéger ou le garder près de lui. Le maître des potions se réveilla plus tard, en sentant un courant d'air au niveau de son torse et des mains parcourant sa peau. Le jeune homme avait commencé à le déshabiller et à lui rendre caresse pour caresse. Il embrassait le torse couvert de poils, il passait sa main dessus comme s'il était la chose la plus douce qu'il ait jamais touché et ses lèvres s'étaient refermées autour d'un mamelon, faisant gémir le Serpentard.

Harry découvrit la blancheur de sa peau, les très nombreuses cicatrices qui recouvraient ce corps qu'il considérait comme parfait. Une main caressait, l'autre ouvrait ses multiples boutons. Severus voulut l'en empêcher, mais le jeune homme coupa court à toute protestation en l'embrassant, lui faisant oublier tous ses doutes et toutes ses réserves.

Les mains de Harry le faisaient se courber et il ne put rester plus longtemps inactif, il reprit le contrôle de la situation, faisant bouder le jeune homme. Severus rit comme il n'avait jamais ri auparavant. A cet instant, il n'avait plus aucune crainte, il était avec Harry et ils étaient heureux.

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Quand Harry se réveilla la fois suivante, le lit était vide. Il prit peur. Severus l'avait-il abandonné ? Avait-il décidé de faire comme si de rien n'était ?

Il tourna la tête pour parcourir la salle du regard. Severus était là et regardait dehors. Il s'était rhabillé, ne laissant plus rien voir de sa peau de nacre ou de ses cicatrices.

Il dut sentir le regard du jeune homme car il se retourna et s'avança vers lui, lui faisant oublier tous ses doutes d'un baiser.

« Je ne peux pas reprendre ce qui a été donné. Mais j'aimerais tant pouvoir t'apporter plus. »

« Tu m'apportes beaucoup plus que tu ne le crois Severus. » Répondit simplement Harry en déposant un nouveau baiser sur ses lèvres. Le maître des potions sourit et déposa à son tour un baiser sur les lèvres si sensuelles.

« Comme je te le disais, je ne peux pas reprendre ce qui a été donné. Tu m'as donné quelque chose de précieux. Je n'ai rien à te donner en retour, ni à t'apporter et quoi que tu en dises, j'aurais voulu que ta première fois se passe dans d'autres conditions. » Il mit un doigt sur les lèvres du Survivant pour l'empêcher de parler. « Un jour tu risques de le regretter. Mais puisque tu es un stupide Gryffondor avec de nobles principes, je voudrais te montrer quelque chose. » Il se tourna vers la tête du lit et Harry vit qu'une Pensine y était déposée. « Ce sont des souvenirs de mon passé, des choses importantes que tu devrais savoir. »

« Pourquoi maintenant ? »

« Je te l'ai dit, je ne crois pas en l'amour. C'est un sentiment éphémère. Mais en te montrant cela, je te- fais – une place- dans –ma-vie. »

Harry sentit sa gorge se nouer. Il attrapa ses affaires qui gisaient sur le sol et s'habilla. Il ne put s'empêcher de rougir sous le regard scrutateur de Severus. « Tu es déjà mal à l'aise mon petit Gryffondor. » Dit-il sur un ton ironique qui lui valut un regard noir. Severus lui tendit la main et ils regardèrent ensemble ses souvenirs. Harry ne lâcha pas la main de son amant, accentuant sa prise lorsque la mère du jeune garçon mourut ou lorsqu'il apprit la vérité sur son oncle. Et Severus l'enlaça quand il vit son jeune lui frémir sous les coups de ceinturon ou quand il le vit passer des nuits dans une cave, seul ou quand Severus trouva finalement la coupe aux mains de son ami.

A la fin, aucun des deux ne parla, ce qui s'était passé ne serait jamais raconté. « Si je te montre cela, c'est pour que tu voies que je ne suis pas un homme gentil, Harry. J'ai de nombreux péchés à mon actif. Je ne suis pas un saint et si tu m'acceptes, tu dois m'accepter avec ce passé. »

« Je ne suis pas un saint non plus Severus. Ces derniers mois l'ont montré. J'ai juste besoin de toi. Et de rien d'autre, mais promets-moi de ne pas refaire ce que tu as fait hier. »

« Si tu me promets de ne pas recommencer. » Répondit le maître des potions avec un sourire en coin.

« Je ferai ce que je peux, ça te va ? »

« Alors moi aussi ! »

« Sev, sois sérieux. »

« Je suis sérieux si tu es sérieux. Et je ne m'appelle pas Sev. »

Severus enleva le pendentif qu'il portait autour du cou et le mit autour de celui de son amant. Harry voulut l'enlever mais le Serpentard l'en empêcha. « Je te promets de ne pas te suivre comme je l'ai fait jusqu'à présent si tu gardes ce pendentif. Il est ancien et puissant, il saura te protéger. »

« Mais c'était celui de ta mère, Severus. Je ne peux pas accepter. » Harry s'apprêtait à l'enlever, mais le Serpentard l'en empêcha à nouveau.

« Garde-le. »

Il avait le visage si grave qu'Harry mit simplement ses mains autour du pendentif, « J'en prendrai soin. »

« Je sais que tu le feras. »