Chapitre 20 : la fin du cauchemar
Les attaques se faisaient de plus en plus fréquentes. Harry, Severus et Drago échangeaient les informations qu'ils avaient pour essayer de découvrir où se cachait le Seigneur des Ténèbres. Peu de mangemorts avaient modifié leurs habitudes malgré la guerre. Ils avaient retrouvé la planque de la plupart des mangemorts les plus fidèles, mais de Voldemort rien.
Il continuait à harceler Harry à travers ses rêves. Le Gryffondor les bloquait la plupart du temps mais de temps à autre il le laissait entrer. Il espérait trouver un indice, une sensation qui lui permettrait de deviner sa localisation. Toutefois, Voldemort était un Maître occlumens et il ne lui montrait que des images de tortures et de mort. Aucune trace de son refuge. Ses cauchemars avaient un goût si réel qu'il se réveillait souvent le souffle court et nauséeux.
Au début de sa relation avec Severus, il rêvait de la mort d'Hermione toutes les nuits. Il voyait le visage des personnes qu'il avait tuées. Ces masques de colère et de haine le rendaient responsable de la déchéance de leurs enfants : sans parents pour les aider et les guider dans ce monde en guerre, ils devenaient des voleurs, se prostituaient pour survivre ou entraient au service du Seigneur Noir afin de venger leurs parents. L'esprit des morts le hantait, celui des vivants le terrifiait.
Harry n'en parlait jamais. Il était responsable. Il le savait et l'avait accepté. Le contentement qu'il ressentait lorsqu'il était dans les bras de son professeur était une autre affaire. Avait-il le droit de jouir d'un peu de bonheur alors qu'il prenait tant de vies ?
Severus comprenait son silence. Il ne lui demandait jamais rien. Quand Harry se réveillait en sueur, Severus le prenait simplement dans ses bras et lui faisait l'amour.
Il comprenait les besoins de son jeune amant mieux que celui-ci et les anticipait. Il savait être doux mais aussi brutal. Parfois Harry avait besoin de ressentir de la douleur pour se souvenir qu'il était vivant. Il était exactement ce dont Harry avait besoin. Et à son contact, Harry oubliait tout. Seuls ses cauchemars lui rappelaient qu'à l'extérieur des gens mourraient.
Le Serpentard avait fini par aborder le sujet tant redouté. Le Survivant s'était figé puis avait lentement avancé ses lèvres vers celles de son amant et avait glissé sa langue dans l'antre caverneuse. Severus l'avait gentiment repoussé. Ils devaient en discuter.
« Harry ! Tu fais des cauchemars toutes les nuits, si tu voulais m'en parler, peut-être qu'ils cesseraient ! » Severus avait l'air à la fois frustré et énervé, mais le jeune homme savait que ce n'était qu'une apparence. Le maître des potions l'attira contre lui et lui enserra la taille, plaçant sa bouche contre son cou. Severus connaissait un excellent moyen de le détendre. Ses lèvres et sa langue glissaient le long de la nuque de Harry pendant que ses mains se baladaient sur son torse.
« Je,- c'est- c'est toujours la même chose ! » Il inspira profondément, se laissant aller aux caresses. Il gémit lorsque Severus pinça un mamelon. « Je n'arrive pas à oublier ce qui s'est passé. Leurs visages me hantent. Ils viennent nuit après nuit m'accuser d'avoir brisé leurs vies. Et ils ont raison ! Et Hermione-» Harry pencha la tête pour accueillir ses lèvres et ferma les yeux se laissant guider par les sensations.
« Chhut Harry, détends-toi ! » Et c'est ce qu'il fit. Les mains de Severus, sa voix, avaient un effet sur son corps qu'il ne parvenait pas à s'expliquer. « Ce n'est pas de ta faute et tu le sais. Nous sommes en guerre et nous avons tous un rôle à jouer. Combien de vies as-tu sauvées en donnant la mort ? Combien étaient sur le point de te tuer quand tu as jeté le sort mortel ?» Chaque question était ponctuée par un petit mordillement. Ses mains descendaient vers les cuisses du jeune homme.
Harry lui avait décrit ses cauchemars et Severus avait su lui en faire oublier chaque élément, chaque visage. La souffrance avait cédé face au plaisir. L'esprit de ceux qu'il avait tués ne le hantait plus. Hermione aussi était partie. Au cours de son dernier rêve, son visage n'était plus crispé, ses larmes s'étaient taries. Elle lui avait souri doucement et avait disparu. Même s'il savait qu'il ne se pardonnerait jamais de l'avoir tuée, il espérait la retrouver un jour dans un autre monde et obtenir son pardon.
Il savait qu'il était trop tôt pour expier ses péchés, mais après la guerre, il pourrait trouver un moyen de se racheter.
C'est la raison pour laquelle il fut vraiment inquiet lorsque ses cauchemars recommencèrent plus d'un an après le départ de Ron.
Il était persuadé qu'ils n'étaient pas dictés par Voldemort. La présence de Ron était trop forte. Il avait l'impression que son ami cherchait à établir un lien entre eux, à lui dire quelque chose. Depuis qu'il était parti, le jeune Auror ne lui avait donné aucunes nouvelles. Ginny lui faisait lire les rares missives qu'elle recevait. Grâce à elles, il savait que son ami allait bien. Il suivait le mouvement des mangemorts, s'installant dans les villages que les hommes de Voldemort venaient de quitter. Il modifiait l'esprit des habitants traumatisés, les soignait et les aidait à reprendre leurs vies en main.
Il avait conscience d'être dans un univers onirique. Il arrivait dans cette pièce comme s'il avait été appelé. Il connaissait cet endroit qui était à la fois familier et inconnu. Une sensation…une odeur… Il apercevait une porte qui l'attirait comme un aimant. Ron. Des cris. Il se précipita vers la porte qui s'ouvrit devant lui : Ron aux pieds de Voldemort se tordait de douleur sous le Doloris.
« Ronald Weasley, je vais te briser et tu vas m'appartenir. Je veux que tu deviennes ma marionnette, celle qui détruira Potter ! »
« Ja- Jamais je ne trahirai Harry, jamais ! »
« Mais tu l'as déjà fait, l'aurais-tu oublié ? C'est toi qui as vendu ta chère sang-de-bourbe. Sans toi, elle serait peut-être encore en vie aujourd'hui ! » L'éclat de rire était malveillant, « Oh oui jeune Weasley, c'est toi qui nous l'as vendue ! C'est également toi qui as conduit ta sœur dans notre repère. Sans toi, nous ne l'aurions pas enlevée, cet imbécile de Hagrid ne serait pas mort et ton très cher ami n'aurait pas tué ta fiancée. »
Ron se tenait la tête comme s'il souffrait énormément. « Harry, je suis désolé. Vraiment désolé ! » Murmurait-il. Il leva les yeux, croisa ceux de son meilleur ami et lui demanda pardon.
« Impero ! » Cria Voldemort et le jeune homme redevint une marionnette. Le Seigneur des Ténèbres le fit s'approcher et ouvrir le haut de sa robe. Harry vit un serpent tatoué sur l'épaule de son meilleur ami. Voldemort le toucha et le rouquin hurla.
Nuit après nuit, ses cauchemars se modifiaient, devenant plus réels et plus terrifiants.
Lucius Malfoy se tenait devant lui, ruisselant de sang. Incapable de soutenir son regard, il s'agenouilla devant lui, la tête courbée, la main sur l'épaule qui le brûlait. Un ordre muet. Il devait l'aider à s'allonger et soigner ses plaies. Ses connaissances en médicomagie étaient minimes et les potions n'arrêtaient pas l'hémorragie. Lucius avait déjà perdu l'usage d'un œil et d'un bras. Son corps s'affaiblissait de jour en jour : s'il ne faisait rien, il allait mourir.
Le jeune homme aurait aimé le voir mourir lentement. Mais cette pensée lui était refusée. Une douleur sourde s'élevait au niveau de son épaule si son esprit cherchait à se rebeller. Il n'était plus qu'un esclave obéissant.
Ses pensées lui échappaient. Il avait des absences, des trous noirs. Une présence s'infiltrait insidieusement dans son esprit. Il était trop faible pour la combattre, le tatouage ne lui permettait pas de résister à l'Imperium.
Harry essayait de lutter contre cette invasion sans se rendre compte qu'il n'était plus dans son corps. La présence le dévorait de l'intérieur, agissant comme un cancer.
Ce corps était sien. Il souriait. Mort. Il lui jeta un sort de congélation et commença à rassembler les ingrédients pour préparer du polynectar. Ce corps était pratique, mais il préférait le sien. Il se regarda dans le miroir et vit les yeux gris et froids de Lucius Malfoy.
Harry se réveilla en sursaut. Le lit était vide. Il regarda l'heure :10h50. Pas étonnant que Severus soit déjà levé. Il ferma les yeux et posa sa tête sur ses genoux.
« Encore un cauchemar ? »Le Gryffondor sursauta. Severus se tenait debout devant lui.
Le Serpentard lui tendit une potion qu'il avala sans poser de questions. « Tu ne devrais pas me faire confiance comme ça. J'aurais pu t'empoisonner. »
Malgré sa fatigue, le Survivant le regarda dans les yeux, « Je sais très bien que tu ne m'aurais pas empoisonné. »
Severus avait entrepris de lui faire un massage en attendant que la potion agisse. « J'aurais pu avoir pris du polynectar. » Murmura-t-il au creux de son oreille, mordillant le lobe.
Le Gryffondor tressaillit et se retourna, scrutant les yeux de l'homme. Il se pencha, l'embrassa et soupira. « Non c'est toi. Cette fois, tu m'as fait peur, Severus ! » Il se laissa aller contre la poitrine de l'autre homme. Il savait qu'il devait se lever. La journée était déjà bien avancée.
Il s'éloignait du maître des potions lorsque son attention fut attirée par une douce mélodie. Elle était lointaine, mais dans le silence, le son résonnait entre les murs. En tendant l'oreille, il reconnut une musique jouée par Severus. Douce, calme et réconfortante. Severus haussa un sourcil interrogateur. Le jeune homme haussa les épaules, inclina la tête et embrassa les lèvres qui lui étaient offertes avant de partir à la recherche de l'origine de cet étrange phénomène.
Le son les conduisit dans le petit salon.
Ils venaient de découvrir le pouvoir du dernier horcruxe. Suivant l'expression bien connue, la musique adoucit les mœurs. Celle-ci raffermissait les cœurs, apportait l'espoir et apaisait la colère.
Severus sortit la boite à musique de son réceptacle et la referma. Sur chacun de ses côtés se trouvait un symbole différent qu'ils devraient étudier. L'artefact était enfin libéré de l'âme de Voldemort.
Ils venaient de faire un pas de plus vers la défaite du Seigneur des Ténèbres.
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Le Survivant avait réussi à convaincre l'Ordre de se reformer. Tout le monde devait se mobiliser. Rien n'avait été fait depuis la mort d'Albus Dumbledore et leurs rares tentatives s'étaient soldé par des échecs.
En accord avec les principaux intéressés, Harry avait décidé de ne pas dévoiler le rôle de Drago et de Severus à l'ensemble des membres de l'Ordre. Il avait été déjà suffisamment difficile de convaincre les membres clés de la sincérité des deux espions, il doutait que les autres acceptent la présence des deux assassins de Dumbledore. D'ailleurs, Maugrey les surveillait de son œil magique, ce qui énervait Severus. Ils n'avaient pas besoin de l'aide de personnes bornées incapables de reconnaître un ami d'un ennemi. Shacklebolt quant à lui avait accepté d'aider Harry mais ne comprenait pas les raisons qui poussaient le Survivant à leur faire confiance et à tolérer les attaques verbales de Severus Snape.
Les paroles qu'il considérait comme blessantes, Harry les prenaient pour ce qu'elles étaient : de l'inquiétude. Severus attaquait lorsqu'il se sentait agressé ou lorsqu'il plaisantait. Son ironie mordante était comprise par peu de monde, mais le Gryffondor ne s'y trompait plus.
Ces insultes se limitaient à 'Gryffondor idiot' ou 'Gamin insolent', ce qui faisaient immanquablement sourire le jeune homme qui les assimilaient à des 'je t'aime'. Il était évident que personne d'autre ne pouvait faire semblable assimilation.
Severus assistait à la plupart des réunions de l'Ordre, mais les soupçons que nourrissaient les autres membres à son égard l'agaçaient. Il rongeait son frein autant qu'il le pouvait sans pour autant parvenir à se contenir. Il se sentait impuissant et il en était frustré. Ces réunions ne menaient à rien. Ils ne parvenaient pas à prendre la moindre décision : ils leur manquaient le charisme d'un chef. Harry aurait pu prendre cette place s'il l'avait voulu et Minerva essayait de le convaincre régulièrement de le faire mais le jeune homme ne supportait plus cette pression.
« Harry, vous seul pouvez remplacer Dumbledore dans l'Ordre du Phœnix- »
« Ce n'est pas la peine Minerva, vous savez comme moi que les Gryffondors n'ont aucune ambition, cela n'est-il pas vrai, Monsieur Potter ? » Lui demanda Severus avec un sourire satisfait.
« De l'ambition dites-vous professeur ? Oh, je n'appellerai pas cela ainsi, mais je ne pense pas être totalement dépourvu de désir! » Susurra Harry en réponse en le regardant dans les yeux. Il lui était reconnaissant de lui épargner une nouvelle discussion inutile et avait décidé de jouer à un petit jeu.
« Oui, j'oubliais vos impulsions de Gryffondor ! » S'il n'avait pas eu peur de compromettre sa réputation, Severus aurait éclaté de rire en voyant l'expression sur le visage de MacGonagall.
« Severus ! » L'arrêta Minerva choquée.
Harry se tourna vers son ancienne directrice, il avait apparemment du mal à cacher son sourire. « Laissez-le dire Minerva. Par ailleurs- » Continua-t-il en se tourna vers son ancien professeur, « je parlerai plus de pulsions ! »
« Messieurs, voyons, un peu de tenue s'il vous plaît ! » Leur demanda Minerva. « Ah ! Voici Maugrey, nous allons pouvoir commencer ! » Son soulagement fut de courte durée.
« Il est encore là celui-là ? L'assassin de Dumbledore! »
Severus serra les dents, mais c'est Minerva qui répondit, « Voyons Maugrey, vous avez vous-même vu les preuves de son innocence -»
« De sa culpabilité, oui ! » Son œil magique s'arrêta sur Severus comme pour lire dans son esprit.
« Ces réunions n'avancent à rien ! Je préfère partir puisque ma présence est si peu désirée ! » fit le Serpentard d'une voix glaciale.
« C'est ça, bon vent et ne revenez pas ! » Siffla Maugrey.
« Severus, restez s'il vous plaît. Vous faites partie intégrante de l'Ordre. » Dit doucement Minerva.
« Minerva, nous passons notre temps à nous chamailler. Rien de ce que nous avons fait ici ne nous a permis d'avancer ou de trouver des indices sur le Seigneur Noir. »
« Ecoutez-le parler, le Seigneur Noir ! Seul un mangemort- » Severus regarda l'auror avec des yeux noirs.
« Taisez-vous ! » L'aura de puissance qui entoura Celui-Qui-A-Survécu entraîna le silence. « Nous sommes ici pour travailler alors mettez vos différents de côté. J'ai entièrement confiance en Severus, il nous a prouvé bien plus souvent que vous qu'il était de notre côté. S'il y a conflit, réglez cela ailleurs ! Compris ? » Demanda-t-il en regardant Maugrey dans les yeux. Celui-ci soutint son regard puis baissa lentement la tête. « Bien, nous allons enfin pouvoir commencer ! »
Harry ne vit pas les yeux flamboyant de colère de Severus.
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A la fin de la réunion, Severus se leva pour partir. Minerva essaya de le retenir, mais il cracha, « Puis-je partir maintenant ou ai-je besoin de l'accord de Monsieur Potter ? »
« Bon vent ! » Murmura Maugrey.
« Que lui arrive-t-il ? » Demanda Drago à Harry, mais celui-ci secoua la tête. Il allait devoir le découvrir rapidement.
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De retour au Refuge, Harry posa une main sur le bras de Severus qui recula comme s'il venait de se brûler. « Severus ? Tu es fâché à cause de ce que j'ai dit ? »
« Je n'avais pas besoin que tu me défendes. Je suis assez grand pour me débrouiller tout seul, Potter ! »
« Je n'essayais pas de te défendre -»
« Laisse tomber ! » Le Serpentard claqua la porte derrière lui.
Harry soupira et se dirigea vers la bibliothèque afin d'étudier diverses stratégies possibles pour mettre fin au règne de Voldemort.
Enfermés dans leurs soucis, aucun d'eux n'entendit une petite musique s'élever doucement dans les airs. La tension se dissipa rapidement. Harry sentit se dénouer le nœud qui s'était formé au niveau de son l'estomac. Il ferma le livre et retourna dans le petit salon. Il arriva en même temps que Severus.
« Je suis désolé, Severus. Je n'avais pas l'intention de jouer les petits chefs. Je voulais -»
« Je sais ce que tu voulais faire et je t'en remercie, mais la prochaine fois, laisse-moi me débrouiller. J'ai perdu l'habitude d'être défendu. » Lui dit celui-ci en posant un doigt sur ses lèvres.
« Alors je suis pardonné ? »
« Je ne sais pas. Il en faut plus que ça pour que je te pardonne. »
« Mm, j'ai quelques petites idées. Ca te dit de les tester ? »
Severus fronça les sourcils et se dirigea vers la bibliothèque. La boite à musique était à nouveau ouverte. Il la referma mais il en ressentait encore les effets. « Je crois que même si j'avais voulu rester en colère, je ne l'aurais pas pu. Il va falloir faire quelque chose. Cette boite est en train de nous contrôler insidieusement. »
« Est-ce si mal, Severus ? Elle apaise les tensions -»
« Que faisais-tu avant de venir ici ? » Lui demanda le maître des potions à brûle-pourpoint.
« Je cherchais un moyen de tuer le Seigneur des Ténèbres, pour -»
« Pourquoi es-tu venu ici ? »
« Je ne sais pas. Je -»
« Réfléchis ! »
« Je n'avais plus envie de chercher un moyen de tuer. J'avais besoin de repos. »
« C'est ce que je pensais. J'ai ressenti la même chose. Les propriétés de cet artefact sont à double tranchant. »
« Que veux-tu dire ? »
« Elle annihile toute envie de combattre. Elle apporte la paix dans les cœurs, mais leur ôte toute velléité. Je suis même certain qu'en l'écoutant plus longtemps, elle peut réconcilier deux ennemis de toujours. » Ajouta-t-il pensif.
« Alors il faudrait l'apporter en présence de Maugrey ! » Sourit Harry. Severus le regarda avec des yeux noirs et Harry continua plus sérieusement :
« Ne crois-tu pas qu'elle est aussi capable d'apporter l'espoir au désespéré ? L'amour à l'insensible ? La paix à celui qui souffre ? »
« Si, je pense qu'elle peut aussi le faire. Je ne sais pas si elle pourra nous servir dans cette guerre, mais je suppose que par la suite, elle pourra apaiser bien des tensions. »
En l'étudiant, ils s'aperçurent qu'ils pouvaient lutter contre les effets de la boite. Plus ils étaient énervés et plus elle avait d'emprise sur eux. Mais s'ils écoutaient simplement la musique comme ils écouteraient la radio, elle avait l'effet qu'ils désiraient : bien-être, détente…
La musique s'éleva à nouveau, langoureuse, faisant voix au désir muet de Harry qui rougit d'embarras, ce qui fit éclater de rire Severus.
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La maison leur jouait d'étranges tours. Elle avait tout simplement décidé qu'il était temps qu'ils emménagent ensemble : l'escalier de l'aile centrale était redescendu, donnant libre accès aux appartements qui se situaient à l'étage.
Leurs affaires avaient été transférées sans qu'ils en aient conscience et la chambre menait aussi bien dans les quartiers de Harry que dans ceux de Severus.
Le Survivant éclata de rire lorsqu'ils firent le tour de leur nouvel appartement et qu'ils découvrirent une chambre d'enfant.
« Je crois qu'elle n'a pas compris que nous sommes tous les deux des hommes, Severus. »
Le Maître des potions le regarda avec des yeux noirs et répondit, « Les grossesses mâles sont excessivement rares, mais pas improbables chez les sorciers. »
Le jeune homme le regarda, l'air incertain, et essaya d'imaginer son compagnon portant un enfant, mais il effaça rapidement l'image de son esprit. C'était inconcevable. « De plus, » poursuivit le Serpentard, « deux hommes ont le droit d'adopter des enfants. » Severus avait les yeux fixés sur le berceau et évitait délibérément de le regarder.
« Est-ce que tu veux des enfants ? » Lui demanda gentiment Harry.
« Pas en temps de guerre ! » Répondit-il durement. « Pas lorsque la mort peut nous frapper n'importe quand. Les enfants, Harry, sont faits pour des gens qui ont un avenir, pas pour moi, jamais pour moi. » Murmura-t-il. Il se tourna vers Harry et passa sa main sur sa joue, « Mais toi, tu pourras te trouver une jolie petite sorcière et avoir des tas d'enfants une fois que cette guerre sera terminée. » Lui dit-il, un petit sourire sur le visage.
Harry scruta longuement les iris noirs, cherchant une lueur de malice. Il n'y en avait pas. Son amant était parfaitement sérieux. Le Gryffondor posa sa tête sur son épaule « Je ne te quitterai pas Severus. Quoi que tu en dises, je ne suis pas une girouette. »
La main caressait maintenant les longues mèches désordonnées, « Je sais que tu n'en es pas une, même si je le préférerais. » Puis, pour éviter tout commentaire, il l'embrassa, lui faisant oublier jusqu'au sujet de la conversation.
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Malgré ces changements, Harry continuait à avoir des cauchemars et ils le terrifiaient. Il en avait parlé à Severus dans l'espoir de les voir se dissiper comme les précédents. Mais ils étaient différents.
Aussi lorsqu'il reçut des nouvelles de Ron, sa réaction fut mitigée : il avait peur que ses cauchemars aient un accent de vérité.
La lettre était chaleureuse. Le jeune homme lui détaillait avec entrain la vie qu'il avait menée jusqu'à présent, racontant ses voyages avec allégresse. Il ne s'attardait ni sur son travail, ni sur ses nouveaux amis, mais s'excusait de son long silence. Il voulait le revoir.
Derrière tant de bonne humeur, Harry sentait poindre des traces de mélancolie. Certaines phrases avaient particulièrement retenu son attention, je suis désolé de ne pas avoir été là quand tu avais besoin de moi.
Les chemins que nous prenons sont souvent sinueux, j'ai peur que les miens ne soient tortueux.
J'ai beaucoup appris. Mais pas assez vite.
Ma vie a beaucoup changé. J'aimerais t'en parler.
Harry savait que s'il fermait les yeux, son dernier rêve reviendrait le hanter. Il verrait son visage marqué par une infinie tristesse ; le sourire sadique de Lucius remplacer le regard las ; la souffrance manipulée.
Ron avait signé de son nom et avait ajouté un sceau, un serpent.
Harry lut et relut la lettre. Il voulait se prouver que son rêve n'était que ça : un rêve induit par l'absence de son meilleur ami et une obsession grandissante envers Malfoy Senior. Le sort de révélation le convainquit que le parchemin avait été écrit de la main de Ron et pourtant, Severus refusait de laisser son jeune amant partir.
« Y aller est dangereux. » Dit Severus sur un ton pondéré. Connaissant Harry, un simple non renforcerait son désir.
« Je sais, mais Ron est mon ami. Je dois savoir s'il va bien. Je lui donne rendez-vous à Grimmault Place. C'est un lieu sûr, ne crois-tu pas ? »
Severus soupira. « Tu sais très bien ce que j'en pense. Comme je sais que tu partiras que je le veuille ou non. Sois simplement prudent. C'est tout ce que je te demande. »
Les yeux verts étincelèrent. « Que veux-tu qu'il m'arrive ? Au pire je tombe sur le Seigneur Noir et alors ? Je le cherche depuis des mois ! » Plaisanta-t-il.
Severus était une personne généralement calme, cachant ses sentiments derrière un masque froid. La réaction de son compagnon le prit de court : il plissa les yeux et enfonça ses doigts dans les épaules du Survivant, comme s'il avait des griffes à la place des ongles. « Ne dis pas ça ! Tu ne sais pas de quoi il est capable ! Tu dois le trouver et pas le contraire, tu m'entends ? » Sa voix était rauque et caverneuse et il prononçait les mots lentement comme effrayé.
Le jeune homme lui sourit et enleva une mèche qui tombait sur les yeux noirs. « Je plaisantais Severus. Je vais simplement voir Ron et effacer ces cauchemars de ma tête. »
« Laisse-moi venir avec toi ! » Harry fut interloqué par cette requête. Severus ordonnait, imposait mais jamais ne priait. Il le regarda longuement dans les yeux avant de répondre.
« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Il ne sait pas que tu es mon mentor et je ne suis pas sûr qu'il l'accepte. Je veux retrouver un ami, Severus, pas un ennemi. » Severus s'éloigna du jeune homme en grognant.
« Tu ne l'as pas vu depuis des mois ! Comment peux-tu être sûr qu'il est toujours ton ami et qu'il ne te conduit pas dans un piège? »
Harry posa une main sur son bras, « Tu te demandes si mes rêves ne sont pas des visions ? C'est possible. Si c'est un piège, je suis prêt. Non, ne dis rien. » Ajouta-t-il vivement quand il vit l'autre homme ouvrir la bouche, « Je préférerais avoir l'avantage de la surprise, mais je dois prendre ce risque. Je ne veux pas qu'il ait à souffrir davantage. Tu sais aussi bien que moi que la mort de Hermione l'a profondément blessé. Pendant près d'un an, je suis resté sans nouvelles. Aujourd'hui, il veut me parler, je ne peux pas le lui refuser. »
« Bon sang Harry, que cherches-tu à prouver ? Que tu peux mourir comme tout le monde ? » Severus était en colère. Harry cherchait encore à jouer les idiots.
« Je ne mourrai pas. J'ai reçu le meilleur entraînement qui soit, du meilleur sorcier qui existe. Tu m'as formé autant en magie blanche qu'en magie noire et je sais mentir aussi bien que toi. » Harry se pencha pour déposer un baiser sur les lèvres de son amant.
Severus sourit d'un air satisfait, « tu ne mentiras jamais aussi bien que moi, idiot ! »
« Ca, je ne sais pas, je ne sais vraiment pas ! »
Severus reprit un visage sérieux et grave, « Harry, promets-moi de faire attention et de m'appeler si tu as le moindre problème ou le moindre doute ! »
« Je te le promets. » Severus le regardait avec des yeux noirs. « Je te promets aussi de rester bien sagement à Grimmault Place. Ca te va ? » Le Serpentard grogna à nouveau. Il avait le sentiment qu'il venait de perdre un point important.
Il l'embrassa à nouveau. Cette fois, le baiser fut passionné. Harry essayait de rassurer le maître des potions et de lui faire oublier ses doutes.
« Imbécile ! » Dit gentiment le Serpentard en attirant le Gryffondor contre lui.
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Comme prévu, Harry retrouva Ron dans la maison de son parrain. Il n'y était pas retourné seul depuis la mort de Remus. Il en avait laissé l'usage à l'Ordre, comme l'aurait voulu ses parrains.
Son meilleur ami était déjà là. Il avait encore changé depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Vieilli était peut-être un terme plus adéquat. Les cheveux longs, les traits anguleux, le visage dur lui donnaient l'aspect d'un homme sévère. L'enfant insouciant était devenu un homme aigri. Le Survivant sentit son estomac se serrer. Il était exactement comme dans ses rêves. Il se força à sourire et s'approcha de lui.
« Eh Ron, content de te revoir. »
« Et moi donc ! » Le visage du rouquin se décrispa, il lui fit un grand sourire et le prit dans ses bras en une accolade fraternelle. « Ce que tu m'as manqué vieux ! Alors raconte-moi tout ! »
Harry eut l'impression de revenir en arrière et de retrouver son ami d'enfance. Il ne manquait qu'Hermione. Ron lui raconta sa vie, ajoutant par-ci par-là des anecdotes salaces qui firent rire le Gryffondor. « Je t'ai rapporté un cadeau. Je voulais te l'envoyer par hibou, mais j'ai préféré te l'apporter moi-même. »
Son sourire disparut et une lueur de tristesses illumina ses yeux. Lentement, très lentement Harry prit le paquet et l'ouvrit. Il contenait un pendentif en forme de serpent. Il l'avait à peine touché qu'il eut l'impression qu'un crochet le soulevait de terre par le nombril : c'était un Portoloin.
'Merde, pourquoi faut-il toujours que Severus ait raison ?'
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Il se réveilla dans une cellule non gardée, entourée de Ron et de Neville. Il déverrouilla immédiatement les portes, mais les deux jeunes gens pointaient leur baguette sur lui. Derrière lui, un rire lui glaça le sang.
« Alors Potter, es-tu content de cet accueil chaleureux ? De vieux amis que tu n'as pas revus depuis fort longtemps. Qu'en penses-tu ? »
« Que leur avez-vous fait ? »
« Rien pour l'instant, mais ça ne va pas tarder. Entre nous, ce sont de parfaits petits esclaves. Ils exécutent tous mes souhaits. C'est très rafraîchissant. Tu sais, ils t'attendaient avec impatience. A cause de toi, ils sont tous les deux marqués à vie ! » Voldemort parlait sur un ton ironique. Il paraissait très à son aise dans cet élément. Harry serrait et desserrait les poings. Il avait en tête plusieurs sorts qui pourraient mettre fin à la vie du Lord, mais il devait savoir quel genre de marque avaient reçu ses amis et prononcer le sort qui tuerait Nagini.
« Et comment trouves-tu ce manoir ? J'aime beaucoup. J'ai simplement réorganisé sa dynamique. La prison que tu vois là était une chambre d'amis. A côté, dans l'ancienne chambre de tes parents, j'ai fait installer une cellule de torture. Je suis certain que l'on va passer de grands moments entre nous dans cette nouvelle pièce. » Harry tressaillit. Comment pouvait-il se trouver à Godric's Hollow? La maison était en ruine. Il l'avait vu de ses propres yeux. Il préféra ne pas poser la question.
« Qu'attendez-vous de moi et d'eux ? »
« D'eux ? Par grand chose ! Je suppose que je les tuerai si tu ne m'obéis pas au doigt et à l'œil. Quant à toi, je veux te briser lentement avant de te tuer. Tu as été pour moi une épine au pied depuis si longtemps que ce sera un vrai plaisir. »
Harry prit conscience de la précarité de sa situation : il devait s'enfuir avec ses amis. Sans baguette et sans parole, il lança une incantation peu connue devant servir à endormir la maisonnée et à affaiblir le Seigneur des Ténèbres. Rien ne se produisit. Il regarda ses amis, ferma les yeux pour se concentrer et recommença à voix haute. Le résultat fut similaire.
Le rire de son ennemi résonna entre les murs alors qu'il était pris de vertige. La douleur était insupportable. Ses nerfs vibraient comme s'ils étaient en feu. Le Doloris. Il l'avait reçu tant de fois ces derniers mois qu'il connaissait chaque sensation. Bientôt il allait oublier où il se trouvait et qui il était. Il savait qu'il devait se détacher de son corps. Oublier la douleur. Severus.
Comme dans un rêve, il le vit. Il observa l'expression sévère de cet homme de fer. Il était en colère, c'était indéniable. Les membres de l'Ordre avaient le visage fermé mais résolu. Il n'entendait pas les paroles, mais leurs mouvements, leurs gestes lui firent penser que la discussion devait être animée. Il reporta son attention vers Severus et le vit soudainement lever la tête et chercher quelque chose du regard.
Minerva posa une main sur son bras. Il secoua la tête et ferma les yeux. Quand il les rouvrit, l'épuisement se lisait pleinement sur son visage. Harry lui dit doucement, au creux de l'oreille, 'Godric's Hollow' L'homme écarquilla les yeux et se retourna. Mais il n'y avait toujours personne.
Le jeune homme fut brutalement ramené à la réalité. La douleur avait cessé. Ron venait de lever le sort. Ses yeux, ordinairement bruns, avait une teinte grisâtre et viraient au rouge. « Pour ce que tu m'as enlevé Harry Potter. Pour tout ce que tu m'as pris. Pour la vie que tu m'as volée. » Disait-il les dents serrées, les larmes aux yeux.
La douleur revint plus intense que jamais.
Harry hurlait maintenant. La douleur était insoutenable. Il n'avait plus la force de résister au sort lancé par celui qu'il considérait comme son meilleur ami. Ron baissa finalement sa baguette et lui cracha dessus. Le Survivant murmura « Ron, non. », Mais on l'emmenait déjà.
Sa 'chambre' était une petite cellule sans lit, sans chaise, sans coussin. La pièce était totalement vide. C'était une autre manière de l'humilier : on lui enlevait tout ce qui pouvait le rendre humain.
Voldemort avait une expression triomphante. « Que penses-tu de mon petit tour, Harry ? Seuls mes alliés ont la permission de jouir de leurs droits magiques sous ce toit. » Il allait partir quand il ajouta, « Ah j'oubliais, tes amis vont venir t'apporter ta nourriture tout à l'heure. Amusez-vous bien ! »
Il essaya de guérir ses blessures, mais comme l'avait dit le Seigneur des Ténèbres, il ne pouvait pas produire la moindre étincelle magique. Le bracelet était inactif. Les barrières de la maison étaient bien trop puissantes.
'Dans quoi me suis-je fourré cette fois ?' Se dit-il avant de sombrer dans l'inconscience.
Hpsshpss
Il se réveilla des heures après, se tordant de douleur. On était en train de lui donner des coups de pieds. Le sol était glacé et il souffrait des séquelles des sorts qu'il avait reçus un peu plus tôt.
Lorsqu'il leva les yeux, il vit Neville et Ron. Tous deux lui souriaient. « Hé Harry, tu es enfin réveillé ! » Lui dit Neville en lui tendant la main pour l'aider à se lever.
Le Survivant les regarda avec suspicion. « Que voulez-vous ? » Il se mit debout mais resta à une certaine distance de ses compagnons. Il ne voulait pas leur faire de mal, mais il ne se laisserait pas faire s'ils l'attaquaient encore.
« Voyons Harry, nous sommes tes amis ! »
« Mes amis ne sont pas ceux de Voldemort ! » Cracha le brun avec mépris.
Les deux Gryffondors se regardèrent comme s'ils essayaient de décider qui prendrait la parole.
« Tu sais, tout n'est pas tel qu'il paraît. Le Seigneur Noir n'est pas le monstre sanguinaire que tu crois. »
« Comment peux-tu dire affirmer cela, Ron ? Oublies-tu qu'il est à l'origine de tous ces meurtres ? As-tu oublié -»
« Ne prononce pas son nom, je te l'interdis ! » L'avertit le rouquin les dents serrées. Il ferma les yeux et quand il les rouvrit, ils oscillaient entre le marron et le gris. « Jusqu'à preuve du contraire c'est toi qui l'as tuée, pas lui, cependant à la lumière de certains faits, je ne retiendrais pas cela contre toi. »
Neville poursuit l'argumentaire de Ron quand il s'aperçut que le jeune Weasley n'était plus capable de continuer. « Savais-tu que tes parents avaient été du côté du Maître ? » demanda-t-il doucement à Harry.
Harry recula comme s'il venait d'être frappé.
« Ils faisaient même partie de ses favoris. Ce n'est pas lui qui les a tués. Cette nuit-là il était venu pour les sauver de Dumbledore, c'est lui le véritable monstre. C'est lui aussi qui a jeté le Doloris sur mes parents. Ils voulaient quitter l'Ordre du Phœnix. »
« Comment peux-tu le croire ? Après tout ce que tu as vécu et tout ce que tu as vu ? »
« J'ai- Nous avons des preuves, Harry. Dumbledore nous a menti. Toujours. Il cherchait à te tuer. Le Maître t'a protégé par l'intermédiaire de ses mangemorts. Il voulait que tu sois son héritier et il l'espère toujours, cependant après ce que t'as inculqué le vieux fou, il n'est pas certain que tu acceptes. »
« Comment pourrais-je accepter ces mensonges ? -»
Ron s'approcha de lui et posa une main sur son épaule, le surprenant. Lorsqu'il le regarda, le jeune homme était redevenu calme. « Laisse-lui une chance, s'il te plaît. Tu jugeras par toi-même. Je crois que sans lui, je serais mort aujourd'hui, il m'a donné une raison de vivre. Je sais maintenant que tout n'est pas vain. » Il détourna son regard de celui du Survivant avant d'ajouter, « Et il m'a promis de la ramener à la vie si tu acceptais de coopérer. Je t'en prie, ne gâche pas cette unique chance. » Leurs yeux se verrouillèrent à nouveau.
Harry passa une main dans ses cheveux, signe de sa nervosité. « Tu ne sais plus ce que tu dis ! Tu veux qu'elle devienne une inferi ? Un corps sans âme ? Comment peux-tu souhaiter une telle chose ? »
Une voix le fit sursauter. Il n'avait pas vu la porte s'ouvrir. « Je vous avais dit qu'il ne vous croirait jamais. Dumbledore l'a corrompu jusqu'à la moelle des os. Je crois qu'il n'apprendra jamais la vérité. » La voix était calme, grave mais avec un accent de gentillesse qui ne correspondait pas à la silhouette devant lui. Il refusait de s'y fier.
L'homme était assez grand, les cheveux noirs, les yeux marron clair, son sourire serein et ses yeux chaleureux lui donnaient un aspect bienveillant. Malgré tout, ce masque fit frissonner Harry.
« Maître, je suis sûr qu'il va comprendre. Est-ce… Me donnez-vous la permission de lui montrer vos souvenirs. Je suis sûre que s'il voyait la vérité de ses propres yeux, il comprendrait. »
Le Maître le jaugea du regard et ses yeux se posèrent sur Ron. « Et toi Ronald, qu'en penses-tu ? »
Le jeune homme releva brusquement la tête et rougit, « Je sais que vous ferez pour le mieux Maître. » Répondit-il simplement.
L'homme à la robe noire s'approcha lentement du jeune homme roux et lui releva le menton. Harry en profita pour faire une ultime tentative et jeta un sort qui se retourna contre lui : il se retrouva épinglé au mur. La scène continua à se dérouler devant lui et il était incapable de l'arrêter. Ils agissaient comme s'ils ne l'avaient pas vu, même si les coins des lèvres de l'homme le plus âgé se relevèrent.
Le Survivant essayait de se libérer. Ses mouvements étaient inutiles. Plus il se débattait et plus les liens se resserraient.
« Ronald, tu dois te libérer de cette haine qui voile ton cœur sans quoi je ne pourrais pas t'accepter parmi nous. Tu le sais bien. » Il caressait gentiment ses cheveux, comme s'il était un petit garçon ou un animal.
Ron réagit vivement. « Maître, je vous en prie, ne me faites pas ça. Je veux une place dans votre communauté, je -»
« Pas un mot de plus ! » Tonna Voldemort. Sa colère fit trembler les trois jeunes Gryffondors. « Je n'accepte pas les faibles, c'est bien compris ! » Les yeux de Ron flamboyèrent mais il ne répondit pas.
L'homme en noir se rapprocha de Harry et posa une main sur son visage, faisant glisser ses doigts sur la peau nue jusqu'à ce qu'il trouve la cicatrice en forme d'éclair. « Monsieur Potter, Harry, j'ai décidé de laisser à vos amis le soin de vous montrer votre passé. Je suis absolument certain que le vieux fou ne vous a jamais parlé de vos parents. » L'expression douloureuse qui traversa le visage de Harry fut la seule réponse dont il avait besoin. « C'est bien ce que je pensais. »
Il se tourna ensuite vers les deux Gryffondors, « Je vous fais confiance. Ne me décevez pas, vous n'aurez pas d'autre chance. »
Alors qu'il partait, les deux jeunes gens se courbèrent devant lui. Voldemort se retourna avant de franchir le pas de la porte, « Ah j'oubliais, n'essayez ni de faire de la magie ni de vous enfuir, les conséquences seraient désastreuses pour vous mais surtout pour vos amis. »
D'un geste de la main, il le libéra. Harry tomba comme un sac de sable. Le silence s'installa entre eux. Ron avait les poings serrés et ses yeux fixaient un point invisible. Neville était un peu déstabilisé par la réaction de son compagnon, mais il décida de prendre les devants. « Viens Harry. Nous allons te faire visiter. Tu verras, ce n'est pas aussi horrible que tu le penses. Nous vivons ici en toute liberté et Il nous protège du monde extérieur. »
« En liberté ? Neville ne l'as-tu pas entendu ? Nous sommes enfermés ici et vous êtes ses prisonniers ! »
« Ce n'est pas ce que tu crois, les choses sont plus compliquées… »
Harry ne l'écoutait plus que d'une oreille. Il essayait de contacter Severus, mais la barrière était trop puissante, il n'arrivait pas à émettre le moindre signal. Et s'il devait être franc, il commençait à s'inquiéter de ce silence radio. Il ne ressentait plus la présence de l'autre homme. Il avait l'impression qu'il avait totalement disparu. Il décida de faire contre bonne fortune bon cœur et de suivre ses 'amis'. Il jouerait leur jeu, le temps de comprendre ce qui corrompait leurs esprits.
Il sourit à Neville et lui demanda, « On y va ? »
Le jeune homme parut surpris mais acquiesça avec un sourire. Il se tourna vers Ron qui les suivit sans un mot.
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Harry fut surpris par le nombre de sorciers présents dans la maison. Aucun ne semblait être retenu de force et ils affichaient tous une expression sereine. Des enfants se couraient après, des femmes tricotaient dans le salon, discutant légèrement. Il entendit même un bébé pleurer.
Il commençait à croire qu'il était en proie à des hallucinations.
Neville lui fit visiter les différentes pièces, le présentant à certaines personnes. Ils étaient toujours accueillis avec un sourire et un mot de bienvenue. Nombreux furent ceux qui lui serrèrent la main. Ron les suivait de loin, silencieux et la tête basse.
Ils arrivèrent finalement dans une petite salle. Il devait s'agir d'un petit bureau. Quelques livres traînaient sur une étagère, un bureau de bois se trouvait au milieu de la pièce. Ron referma la porte derrière eux et Neville appuya sur une petite statue : une porte s'ouvrit sur le mur auparavant nu. Les deux Gryffondors s'avancèrent.
La salle dans laquelle ils pénétrèrent était beaucoup plus large que celle qu'ils venaient de quitter. Très lumineuse, elle devait servir de lieu de réunion. Un canapé se trouvait au centre de la pièce et des poufs, des chaises et des fauteuils formaient un cercle autour d'une petite table.
Sur les murs, des photos de groupe étaient accrochées. Il s'approcha. Intuitivement, il sut ce qu'elles représentaient. Sa gorge se serra : ses parents étaient sur chacune d'elle. Ils avaient l'air très heureux. En y regardant de plus près, il vit qu'un autre homme apparaissait : on aurait dit Voldemort, en beaucoup plus jeune. Ses cheveux longs et noirs contrastaient avec sa rigidité actuelle.
Sur celle-ci, Lily déposait un baiser sur sa joue ; sur cette autre, il faisait un bras de fer avec James pendant que la jeune femme qui riait aux éclats tenait Lucius Malfoy par le bras. En observant la scène de plus près, il vit Sirius caché derrière Voldemort (ou était-ce Tom Jédusor) essayant d'influencer les pièces d'un jeu d'échec. Sur une autre, Sirius et Tom (ça ne pouvait être que Tom, n'est-ce pas ?) étaient assis sur une moto qui décollait pour retomber aussitôt.
Une photo attira particulièrement son attention : Lily était couchée, James l'enlaçait, une expression de fierté sur le visage. Tom avait dans les bras un enfant qu'il regardait avec… amour ? affection ? Harry ne pouvait pas qualifier cette expression tant elle était incompatible avec l'homme qu'était devenu Lord Voldemort. Au bas de la photo, il y avait une dédicace, 'Avec tout mon amour- Lily'.
Le Survivant se tourna vers ses amis, troublé et décontenancé. Eux ne l'avaient pas quitté des yeux pendant qu'il faisait le tour de la pièce.
« Tu comprends maintenant qu'il était l'ami de tes parents ? » Lui demanda doucement Neville.
« C'était avant qu'il ne devienne le monstre assoiffé de sang qu'il est aujourd'hui, n'est-ce pas ? » Leur demanda doucement Harry.
« Tu ne comprends vraiment rien Harry, hein ? » Lui dit Ron sur un ton méprisant. « Il y a vingt ans, Lord Voldemort existait déjà, seulement il n'est pas celui que l'on nous a décrit. »
« J'ai vu sa Pensine Harry. C'est Dumbledore qui est responsable de l'état dans lequel se trouvent mes parents. Les Lestrange étaient sous Imperium quand ils ont agi. Aujourd'hui Mon Seigneur essaye d'aider mes parents à sortir de leur traumatisme. Il a réuni les plus grands experts. C'est vraiment quelque de bien. »
Harry se tourna à nouveau vers les photos. « Et pourquoi a-t-il tué mes parents alors ? Pourquoi était-il au Département des Mystères ? Pourquoi est-il autant craint si tout ce que vous me dites est vrai ? » Il essayait d'user de la légilimencie pour lire les esprits de ses amis, mais il avait l'impression que toute sa magie s'était évaporée.
Pourtant lorsqu'il se concentrait, les photos semblaient se modifier légèrement. Ses parents avaient alors un visage triste et il aurait juré avoir vu sa mère pleurer. A certains moments, il avait aussi l'impression de sentir une autre présence dans la pièce.
Neville s'assit et invita Harry à faire de même. Des boissons apparurent immédiatement devant eux. Le jeune Longdubat n'hésita pas à boire, mais le brun restait méfiant et fit seulement semblant d'y tremper ses lèvres. Ron ne s'était pas assis et faisait les cents pas.
« Tu ne nous crois toujours pas, alors regarde par toi-même ! » Ron tapota sa baguette contre la table et une Pensine apparut. « Alors qu'attends-tu ? Aurais-tu peur de voir la vérité, oh courageux Gryffondor ? » Ironisa Ron.
« Qu'est-ce que je t'ai fait Ron ? »
« Ce que tu m'as fait ? » Il se tourna vers Neville, « Il ose me demander ce qu'il m'a fait ? Tu as tué Hermione ! Voilà ce que tu as fait ! »
« Ron ! Il n'est pas prêt à voir la vérité. Laisse-lui le temps de s'habituer à la vraie nature du Maître. Il se rendra alors compte de la portée de ses actes. Et il aura besoin de nous. »
Harry les observa. Leurs paroles étaient incompréhensibles : ses amis le rendaient responsable de toutes les horreurs de ce monde ? Ron, son meilleur ami le détestait parce qu'il avait été obligé de tuer sa fiancée mais vénérait Voldemort ? Il comprenait que le rouquin puisse ressentir une certaine animosité à son égard, mais comment pouvait-il défendre un tel monstre ?
Par moment, lorsqu'il regardait Ron, il voyait la même expression qu'arborait Hermione quand elle était sous Imperium. Il était persuadé que ses amis étaient manipulés et que ses photos étaient truquées. Comment pouvait-il en être autrement ? Voldemort avait passé sa vie à essayer de le tuer et maintenant on voulait lui faire croire qu'il le protégeait et que ses parents étaient des mangemorts ?
« Harry ? »
Le jeune homme sortit de ses pensées. Une Pensine se trouvait sur la petite table. Il étudia attentivement ses amis avant de plonger dedans.
James, Lily et Tom discutaient gravement autour d'une table.
Harry aurait voulu les toucher. Il s'approcha doucement du couple assis sur le canapé et tendit la main, mais elle traversa les corps comme il s'en doutait.
« Tom, » Disait Lily, « Nous avons décidé de nous rapprocher de Dumbledore. Tu sais que le vieux fou nous a toujours eu pour nous une grande estime. Je pense que c'est le moment idéal pour savoir ce qu'il prépare. »
« Non, ce n'est pas une bonne idée. Dumbledore a beaucoup changé. Il n'est plus l'homme bon qu'il était avant de tuer Grindelwald. Je crois qu'en lui portant le coup fatal, il a absorbé beaucoup trop d'énergie négative. Il est devenu dangereux -»
Lily chercha la main de James qui la serra gentiment, « Nous savons tout cela Tom. Nous étions là quant il a essayé de tuer Severus. L'imbécile n'a rien compris. Nous lui avons sauvé la vie et il croit que nous sommes responsables de cet incident. »
« Il ne faut pas lui en vouloir. Severus est suspicieux de nature. Il n'a pas eu une vie facile. Mais il fait partie des nôtres aujourd'hui et j'aurais aimé que vous deveniez amis. » Soupira Tom.
« Tu sais que ce ne sera jamais possible. Trop de choses nous séparent. Et si nous voulons entrer dans le cercle du vieux fou, lui comme tous les autres doivent croire que nous sommes contre toi. »
« Ce sera beaucoup trop dangereux. Je te rappelle, Lily, que tu attends un bébé. Comment feras-tu s'il s'en prend à toi ? »
« Nous-nous en avons déjà discuté et nous pensions faire appel au sortilège de Fidelitas pour nous protéger. »
« Et qui serait votre gardien du secret ? »
« Au début, nous avons pensé à toi, mais ce serait trop risqué. L'autre solution serait de demander à Sirius. Il donnerait sa vie pour nous. »
« Je ne pourrai pas vous faire changer d'avis, n'est-ce pas ? » Demanda Tom sur un ton soucieux.
« Non, Tom. Nous faisons ce que nous pensons être juste. Il faut qu'on garde un œil sur lui, c'est important. »
« Je comprends. » Il se leva et embrassa Lily, puis serra la main de James. « Prends soin de ma petite fleur James, j'y tiens beaucoup. »
« Je te le promets Tom. »
La scène changea sous les yeux de Harry.
James était étendu par terre, mort. Le jeune homme ferma les yeux. Il n'avait pas besoin de cette image qui le hanterait à jamais.
Il entendit des cris provenant du premier étage. Il se précipita. Lily, gravement blessée, essayait de protéger son enfant. Tom était dans l'entrée et se battait avec… Dumbledore. Le directeur de Poudlard n'avait jamais eu l'air aussi machiavélique. Il était habillé de gris, ses yeux bleus étaient de glace et il était en train de torturer Tom avec un Doloris
Le sort s'acheva. Dumbledore tourna les talons et se dirigea vers le berceau. « Pousse-toi idiote, allez pousse-toi ! Je ne suis pas venu pour toi mais pour le bébé ! »
La jeune femme déjà blessée s'effondra sous le coup. Elle ne put que regarder Albus tendre la main vers le berceau et… être repoussé.
Le jeune Harry avait vu cet homme faire du mal à sa maman et avait contre-attaqué. Tom s'était rapproché et il lança un AvadaKedavra sur Dumbledore qui le repoussa et le renvoya sur l'enfant. Lily hurla, un dôme protégea le petit garçon et le sort en déviant frappa Tom qui s'évanouit dans les airs.
Lily pleurait. Elle prit son fils dans ses bras, pour le protéger d'Albus qui était encore là. Elle était à terre, sans baguette, mais cet homme n'hésita pas une seule seconde : il jeta le sort mortel sur la jeune maman.
Les yeux scintillants, il tendit les bras vers l'enfant qui le repoussa une nouvelle fois. « C'est ce que tu veux ? Eh bien Harry Potter, je vais faire de ta vie un enfer ! » Et il transplana.
Lorsqu'Harry sortit de la Pensine, il était seul. Ses amis étaient apparemment partis. Des parchemins avaient pris la place de la Pensine. Il cligna des yeux, comment ces papiers étaient-ils arrivés là ? Où était la Pensine ? Et pourquoi ses amis étaient-ils partis ?
Une autre scène s'imposa à son esprit. Un homme levait sa baguette vers lui et jouait avec son esprit.
Il devait sortir d'ici. Rien n'était réel ! Tout n'était qu'illusion. On essayait de le faire tomber dans un piège.
« Ah Harry, je vois que tu es revenu ! Comment s'est passée cette petite visite dans le passé ? Surpris par tes découvertes ? » Lui demanda une voix froide.
Le Survivant parvenait maintenant à discerner la véritable apparence de Voldemort. Son apparence trompeuse ne le dupait plus, il voyait maintenant ses mains squelettiques, sa peau si blanche qu'on apercevait ses veines en transparence. Ses yeux étaient rouges, sanglants et ses dents noires se déchaussaient.
Sa simple vue lui donnait des nausées.
« As-tu lu les lettres ? »
Le Gryffondor le regarda dans les yeux, ne pouvant s'empêcher de chercher un trait d'humanité, une émotion qui pourrait le rendre humain. Mais l'homme qu'il avait été était mort depuis longtemps. Si les images qu'il avait vues dans la Pensine étaient réelles, ce dont il doutait, Voldemort était depuis devenu un monstre avide de sang. Et Dumbledore était mort.
Il ferma les yeux. Il sentait l'entité se rapprocher de lui, il savait qu'il lui parlait, mais il n'entendait plus rien. Le silence qui régnait dans la salle se transforma rapidement en cacophonie et il se leva en criant, enserrant son front.
Il était allongé sur un lit. Le sorcier qui essayait de s'insinuer dans son esprit fut projeté de l'autre côté de la salle lorsqu'il se réveilla. Il ne lui fallut pas longtemps pour se défaire des liens qui le retenaient enchaîné. Il s'arrêta net : ses amis étaient sous la baguette de Voldemort.
Il pouvait maintenant voir leurs yeux : ils étaient bien sous l'influence de l'Imperium. Il essaya de capter le regard de Ron. Le rouquin avait appris à combattre cette magie noire en devenant Auror et avait renforcé son art à la mort de sa fiancée, alors pourquoi était-il là ? Pourquoi ne faisait-il rien pour se défendre ?
Et Harry la vit. Une jeune fille aux longs cheveux auburns entra dans la salle. Elle s'agenouilla aux pieds de son Maître, « Vous m'avez appelé, Maître ? »
« Oui Yrgane ! » Le Seigneur Noir fit un signe de tête à Ron qui s'inclina et partit avec la jeune fille. Il lui prit discrètement la main. Un anneau brillait au doigt de la jeune fille. Il murmura, « C'est pas vrai, Ron ! » Mais il comprenait ses sentiments, le désespoir qui suit la mort d'une personne chère. Ron ne voulait pas vivre dans un monde dans lequel elle n'existait pas. Dans un monde où elle avait disparu. Hermione serait toujours l'amour de sa vie.
Et Severus le sien. Pourrait-il vivre sans lui aujourd'hui ? Il refusait de se poser cette question, pourtant quotidienne pour Ron.
« Ton ami est un de mes plus fidèles serviteurs. Je crois pouvoir dire qu'il est heureux avec nous. Et toi aussi tu aurais pu l'être, comme eux, si tu avais accepté la vie que l'on te proposait. Mais tu n'en fais toujours qu'à ta tête, quel dommage ! Tu aurais été une recrue de choix dans notre équipe ! »
« Laissez partir Neville, il n'a rien à voir avec cette histoire ! »
« Tu crois ça ? » Lui répondit-il en caressant gentiment les cheveux du jeune homme immobile dont les yeux vides rappelaient les poupées de porcelaine. « Si tu veux tout savoir, il est venu de son propre chef. Il a réussi à retrouver ma trace bien avant toi. Enfin, il cherchait plutôt Bellatrix, mais c'est du pareil au même puisqu'il est là maintenant. Il m'a demandé un service et j'ai accepté. Il est ici de sa propre initiative. Il m'a promis de te tuer lui-même. C'est lui qui a eu l'idée de modifier tes souvenirs et ta perception du réel, mais il a échoué et sera puni. »
« Je suis désolé Harry, vraiment désolé. Mais ils…. Ont enlevé Luna. Ils l'ont enlevé et torturé. Elle… Elle est dans le même état que mes parents. C'est encore elle. C'est encore elle, Harry. Elle sème la mort et la destruction autour d'elle. Je voulais juste qu'elle paie pour tous ses crimes… Je suis désolé, mais je ne le regrette pas. Non, je ne le regrette pas. » Ses yeux s'étaient ranimés. La petite poupée s'était éveillée et ses paroles haineuses, pleines de rancœur et de désespoir firent frissonner Harry. Jamais Neville n'aurait prononcé de telles paroles. Voldemort l'avait vidé de son amour, de sa gentillesse, de sa candeur et l'avait rendu amer et vengeur.
Le Seigneur des Ténèbres éclata de rire. Dans une caresse, il essuya ses larmes. « Regarde quel bon serviteur il est devenu. Vous, Gryffondor, êtes si naïfs, il est si facile de vous avoir à ma botte ! » Il enserra le cou de Neville tout en gardant ses yeux verrouillés dans ceux de son ennemi. « Il va payer à ta place Potter. Soit tu me dis où se trouve ce que tu m'as volé, soit il meurt. A toi de choisir ! » De son ongle, il écorcha la gorge du jeune homme et une perle de sang apparut. Il l'essuya et la lécha. « Alors, j'attends une réponse, petit Gryffondor. »
Le Survivant serra les poings, « Je ne sais pas de quoi vous parlez ! »
Un rictus anima le visage du monstre qui accentua la pression sur la nuque du jeune homme. « Vraiment ? Laisse-moi te rafraîchir les idées ? Et si je te parlais d'objets ayant appartenu aux Fondateurs ? »
« Oh vous voulez parler d'une bague et d'un médaillon ? Ils avaient l'air empli de magie noire alors je les ai détruits. Ou plutôt Dumbledore les a détruits. C'est ce qui a accéléré sa mort. Mais moi, je ne peux rien pour vous, ces objets ne sont plus en ma possession ! » Répondit-il en lui tenant tête.
« Menteur ! Dis-moi ce que tu en as fait ou il mourra ! »
Harry ne perdit pas contenance. Il savait qu'il jouait un jeu dangereux, mais s'il lui disait la vérité, il tuerait Neville et bien d'autres. Il sentit Voldemort essayer de s'insinuer dans son esprit. Il sourit intérieurement. Voilà une occasion rêvée pour montrer ses talents d'occlumens. Il ouvrit une partie de son esprit et lui montra ce qu'il voulait voir.
« Je ne sais pas à quel jeu tu joues Potter, mais tu ne gagneras pas. » Voldemort partit suivi de Neville qui toussait. Les couleurs revenaient sur son visage.
Le jeune homme soupira. Sortir d'ici n'allait pas être simple. Il fit le vide dans son esprit et essaya d'appeler Severus. Les barrières étaient beaucoup trop puissantes. Il ne parvenait toujours pas à les franchir.
Hpsshpss
Ron vint le chercher plus tard. Il ne savait pas combien de temps s'était écoulé depuis la dernière visite de Voldemort. Harry lui prit le bras, mais le rouquin réagit en lançant le Doloris.
Jeté par son ami, le sort fut d'autant plus insupportablement douloureux. Il ne reconnaissait plus le jeune Weasley. Ni dans son attitude ni dans son physique. Parfois, son visage était marqué par des cicatrices que seul un sort tel que l'Excruciatus pouvait provoquer et ses yeux passaient du marron au bleu. Harry ferma les yeux. Ses rêves ne pouvaient pas avoir un fond de vérité. Il refusait de le croire.
Il fut conduit dans la salle à manger. Voldemort trônait au centre de la salle, Nagini à ses côtés. Harry s'approcha du trône et quand on le força à se mettre à genoux, il murmura la formule qui tuerait le serpent. Elle la tuerait à petit feu. En fin de journée, l'animal ne serait plus. Il espérait que le sort fonctionnerait. L'attaque qu'avait subi son esprit l'avait troublé. Il ne savait plus si les mises en garde de Voldemort étaient ou non réelles. Pouvait-il utiliser la magie?
« Je voulais que tu assistes à l'un de mes petits plaisirs. Je t'en prie Potter, assieds-toi. » Ron le poussa pour qu'il s'assoit aux pieds de Voldemort comme s'il était un chien. « A toi Ronald. »
Ron leva sa baguette vers un sorcier et lança plusieurs sorts successivement. Une lumière éclatante frappa le jeune homme dont les pupilles se dilatèrent et blanchirent. Il cria, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Il se mit à cracher des limaces. Harry regarda son meilleur ami et le vit sourire malicieusement. Il essaya d'entrer dans l'esprit de son ami. Par légilimencie ou en tentant de retrouver le lien qu'ils avaient partagé, mais rien n'y fit. Ron était insensible à ses protestations.
Des yeux du jeune homme coulaient maintenant des larmes de sang.
Harry voulut l'aider, mais Neville et d'autres jeunes hommes étaient menacés par des mangemorts. S'il bougeait ce n'était pas une personne qui risquait de mourir, mais des dizaines. Il serra les dents et ferma les yeux. Une main dans les cheveux lui caressa doucement le crâne et l'obligea à les rouvrir. Il se recula en sentant le touché perfide et cela fit rire Voldemort. Le monstre regarda un de ses partisans qui acquiesça et lança le sort mortel sur une toute jeune fille. Voldemort lui murmura à l'oreille, « Vois ce qui attend tous les autres si tu ne m'obéis pas au doigt et à l'œil petit Gryffondor. Maintenant ouvre les yeux et regarde. »
Ron avait fait apparaître un poignard et dessinait sur le front de sa victime la cicatrice en forme d'éclair. La chair devint sanguinolente. Il lança ensuite le sort d'Excruciatus.
Les mangemorts riaient autour d'eux. Le jeune sorcier s'étranglait. La douleur et les limaces avec lesquelles il s'étouffait le tuaient.
L'homme ne fut bientôt plus qu'un cadavre.
Voldemort se pencha et murmura à l'oreille de Harry : « La prochaine fois, je fais en sorte que tes amis s'entretuent. Réfléchis bien à ma question. Je viendrai te voir tout à l'heure. »
Harry était pris entre deux feux. Il ne supporterait pas d'être responsable d'une mort de plus, mais rester inactif était peut-être bien pire. Il savait ce qu'il devait faire. Il n'avait pas d'autre solution. « Pardonnez-moi » Murmura-t-il.
Hpsshpss
Lorsque Voldemort vint le voir, il était prêt. Il avait mis les boucles d'oreilles qu'il avait trouvées dans la Salle sur Demande. Il devait être capable de ressentir les émotions de toutes les personnes présentes ici, de compatir, de se gorger de leur souffrance, de leurs espoirs, de leurs désirs.
Lorsque Voldemort arriva, il pensait à Severus. A ce qu'il éprouvait pour l'homme. Il voulait ressentir une dernière fois son amour, la sensation de bien-être qu'il ressentait en étant près de lui, le plaisir qu'il éprouvait lorsqu'ils faisaient l'amour ou qu'il le touchait.
Il pensait aussi à Ginny et Drago, les visualisant dans la pièce avec lui. Il savait que le couple le soutenait et que s'ils le pouvaient, ils lui donneraient leur force.
Il appela à lui les sensations qu'il éprouvait sur un balai, ce qu'il avait ressenti en sachant qu'il était un sorcier, en rencontrant Ron, Hermione, Neville, son parrain.
Les boucles d'oreilles l'aidaient à canaliser les sensations, les émotions, les craintes et les espoirs de toutes les personnes ayant vécu dans cette maison. La souffrance était telle que malgré lui, les larmes ruisselèrent sur ses joues.
Quand il ouvrit les yeux pour faire face au monstre qui était devant lui, il savait qu'émotionnellement il était accompagné par tous ses amis. Il les imaginait derrière Voldemort, une expression triste sur le visage. La vision était telle que s'il se concentrait, il était sûr d'entendre Severus gronder et le traiter de Gryffondor idiot. Il sourit et s'avança vers eux, oubliant la présence du monstre.
A l'aide des boucles, il diffusa l'énergie qu'il canalisait, agissant comme un médiateur. La lumière qui l'auréolait était semblable à celle qui avait tué les mangemorts lors de sa première mission.
Il continuait à avancer d'un pas chancelant. Il sentait les coups reçus par les victimes. Des marques apparaissaient sur sa peau comme s'il avait reçu l'Excruciatus. Une jambe le lâcha, il avait l'impression qu'elle était cassée. Son bras droit était maintenant inutilisable.
Voldemort voulait l'arrêter, mais lui aussi ressentait la douleur, et s'en nourrissait. Elle le rendait fort, puissant. Il rayonnait d'une lumière noire.
Harry le toucha, mais Voldemort était tellement plongé dans la sensation de puissance qu'il ne le sentit pas avant de sentir comme un coup de poignard dans le cœur. Ce n'était plus de la douleur, mais de l'amour. Il était envahi par de l'amour. Beaucoup d'amour. Il n'avait pas ressenti de telles émotions depuis si longtemps… Il ne pouvait pas connaître ces sentiments.
Des hurlements s'élevaient maintenant de toute la maison. La marque noire brûlait, rongeait la chair des mangemorts comme un virus. Elle les consumait lentement.
Harry toucha de sa main le visage de celui qu'il avait toujours considéré comme son ennemi et éprouva pour lui de la compassion. Il avait fait du mal, mais maintenant il savait qu'il ne l'avait fait que parce qu'il recherchait l'amour. En le cherchant, il avait fermé son cœur et l'avait enfermé avec les horcruxes. Il connaissait le seul moyen de le vaincre, le seul moyen de tuer un être immortel. Le seul moyen de libérer son âme. Le Survivant murmura, « Je suis désolé Tom. Tu peux partir maintenant parce que tu m'as trouvé et que je t'aime. »
Aucune formule magique n'était plus puissante que celle de l'amour et du pardon. Et Harry l'avait compris. Dans cette guerre, il s'était approché au bord du gouffre, il avait vu à quoi menaient la haine et l'indifférence. Sans Severus, il aurait pu devenir un être froid et sans cœur.
Le Survivant sentit son souffle s'accélérer, une douce chaleur l'envahir. La haine venait de quitter Voldemort et avec lui la vie. Le corps de celui qui fut le Seigneur des Ténèbres tomba comme une masse.
Voldemort mourut avec le sourire. « Tu ne l'as pas su, mais tu n'as jamais été seul Tom Jédusor. Si tu l'avais voulu, tu aurais pu avoir une vie différente. »
Harry était envahi par tant d'émotions qu'il ne savait plus lesquelles étaient siennes. La douleur était la principale. Des brûlures. Son corps le brûlait. Il enleva les boucles d'oreilles, mais c'était trop tard, son corps était marqué.
Celui de Voldemort aussi. Il était mort et il emportait avec lui ses fidèles serviteurs. Leur souffrance se voyait sur son corps.
Une bataille devait se livrer au rez-de-chaussée car ce corps sans vie se vidait de son sang et se carbonisait. Il prit feu. Bientôt il ne resterait plus rien de lui.
Harry s'allongea. Il n'était plus capable de faire un seul mouvement. Il crachait du sang, ses yeux étaient eux aussi atteint. Il n'était pas encore aveugle, mais il allait le devenir. Ses membres se paralysaient. Pourtant il souriait. Devant lui, il pouvait voir ses amis. Ils ne l'avaient pas quitté. Ils étaient là. Il pouvait presque sentir la main de Severus sur son visage, dans ses cheveux. S'il ouvrait les yeux, il le verrait.
Lentement, très lentement, il sombra dans l'inconscience.
