Chapitre 21, la fin de toute chose
« Merde Harry, où es-tu ? Je n'aurais jamais dû te laisser partir seul !» Marmonna Severus en serrant les dents. Il avait senti la conscience du jeune homme s'effacer de la sienne. Depuis qu'ils étaient amants, il n'avait plus besoin de le voir pour savoir où il était et ce qu'il faisait. Les yeux fermés, il sentait sa présence, son odeur, sa chaleur… Sans le vouloir consciemment, ils s'étaient liés mentalement.
Pourtant, en cet instant, il avait la sensation qu'Harry n'existait plus. Severus essayait de le contacter, se raccrochant à l'espoir qu'il était toujours en vie, mais ses tentatives restaient vaines.
Il n'avait jamais été aussi inquiet pour qui que ce soit.
Ses yeux se posèrent sur les dagues qu'il avait trouvées dans la Salle sur Demande. Harry avait oublié la sienne. Elle était restée à côté de sa robe de combat. Il avait voulu paraître à l'aise, calme et détendu. Il avait eu peur 'd'effrayer Ron' en emportant son 'arsenal de combat'. 'Idiot' Marmonna le Maître des potions. Il effleura la lame de ses doigts d'un geste presque révérencieux et la mit dans sa poche avec la sienne.
Severus se rendit à Grimmault Place sans grande conviction. Comme Harry, il n'aimait pas ce Manoir. Même sans le tableau de la mégère, elle recelait une énergie négative et malfaisante : il y était mal à l'aise.
Il fit le tour du propriétaire, mais il savait que le Gryffondor n'était pas là. La maison était vide.
Il n'avait plus qu'une solution mais elle ne lui plaisait guère. Ils s'étaient promis de ne plus faire appel à la jeune fille. Mais il avait absolument besoin de savoir, d'être sûr et c'était le seul moyen à sa disposition.
Son esprit faisait surgir des images qu'il ne parvenait pas à dissiper, créant des scénarios tout aussi improbables les uns que les autres : Ronald Weasley lançant le sort mortel sur Harry ; Ronald Weasley apportant Harry au Seigneur des Ténèbres ; Harry torturé ; Harry gisant mort, les mangemorts riant devant la scène.
Il ferma les yeux et ses doigts se refermèrent sur les dagues. Il ne sentit pas les lames entailler sa main. Le visage blanc et froid, il prit de la poudre de cheminette et essaya d'entrer en contact avec Ginny. Advienne que pourra. Il devait le retrouver.
La scène qui se déroulait devant lui aurait pu faire rougir n'importe qui. A moitié allongés sur un canapé, Ginny et Drago s'embrassaient passionnément. Le jeune homme faisait lentement descendre la robe de sa femme, caressant voluptueusement sa peau. Elle gémissait sous ses attentions. Une petite main fine essayait de se frayer un chemin vers la forte musculature de son mari.
Gêné mais pressé, Severus s'éclaircit la gorge. Les tourtereaux se séparèrent rapidement. Drago se reprit le premier pendant que Ginny, rouge de confusion, se rhabillait. « Que se passe-t-il Severus ? »
Il regarda la jeune fille avant de répondre. « Ressens-tu la présence de Harry ? »
Surprise, la Gryffondor se concentra sur son lien. Elle se tendit. Severus n'eut pas besoin d'entendre la réponse pour la connaître. « Je réunis l'Ordre. »
« Severus, que se passe-t-il ? » Réitéra Drago.
Severus posa les yeux sur Ginny avant de regarder son ami. « Je crains que le Seigneur des Ténèbres n'ait réussi à mettre la main sur Harry. »
Il vit Ginny blêmir du coin de l'œil avant de disparaître.
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Il ne lui fallut pas longtemps pour joindre Minerva qui rassembla le reste des membres clés. Drago était bien évidemment venu et il avait apparemment réussi à convaincre sa femme de ne pas l'accompagner. Severus lui en était reconnaissant. La vie de Ginny avait été bien trop souvent été mise en danger, même si elle ne s'en souvenait pas et qu'elle refusait de cette façon de voir les épreuves qu'elle avait traversées. Son caractère autoritaire, si semblable à celui de Molly, était réapparu quand les tortures qu'elle avait subies avaient été effacées de sa mémoire.
« Potter a disparu ! » Le masque de Severus ne trahissait pas l'émoi intérieur qu'il ressentait.
« Comment peux-tu le savoir mangemort ? » Lui demanda Maugrey.
« J'ai été le mentor de ce misérable gamin pendant presque deux ans. Nous avons un moyen de communiquer lorsque c'est nécessaire. » Dit Severus entre ses dents, incapable de dissimuler sa colère.
« Quel mentor est-ce là ? Il insulte et essaye de tuer son disciple, hein ? Je n'ai jamais rien entendu de tel ! »
Le Serpentard préféra ne pas répondre. « Il nous faut découvrir l'endroit où il est retenu prisonnier. »
« S'il est effectivement retenu prisonnier ! » Ajouta l'ancien Auror dans un grognement. Severus lui lança un regard perçant. Si les yeux pouvaient tuer, Maugrey serait mort à cet instant.
Des voix s'élevaient de tous les côtés. Arthur Weasley soutenait Severus tandis que Shacklebolt préférait attendre de réunir plus de renseignements… Tous parlaient en même temps. Le visage grave, les traits tirés, les membres de l'Ordre étaient inquiets. Ils avaient besoin de Harry pour continuer à espérer que la guerre pourrait se terminer, pour croire à une issue positive et pour se faire confiance les uns les autres. Sans lui, l'Ordre était désuni.
Malgré un visage de marbre, Severus tapotaient régulièrement la table de ses doigts, marquant son impatience et son inquiétude bien mieux que ne le feraient jamais des paroles. Ses yeux luisaient d'une fureur contenue. Sa rigidité était imposante. De temps à autre, il claquait la langue. Drago lui glissa à l'oreille, « Calme-toi ! »
Severus tournait la tête pour lui répondre lorsqu'il sentit une présence familière derrière lui. Il se retourna lentement : personne. Il fronça les sourcils, mais la sensation s'intensifia. Une odeur familière flottait autour de lui. Il ferma les yeux : Harry !
Il les rouvrit rapidement. Seul un courant d'air froid rencontra son regard.
'Godric's Hollow !'
La voix s'éleva dans les airs alors que la cacophonie retombait. Il écarquilla les yeux, tourna la tête, mais son regard ne rencontra que le vide. La sensation s'était dissoute, envolée avec le vent. La voix n'aurait pu être qu'une fabrication de son esprit, mais c'est tout ce qu'il avait désormais. Tout ce qui le rattachait à Harry.
Il sentit une main sur son bras, mais ce n'était que celle de Minerva.
Il se leva, « J'ai une idée de l'endroit où il peut se trouver ! » Il ne voulait pas donner trop d'espoir à cette hypothèse, mais c'en était une.
De sa baguette, il leur montra Godric's Hollow tel qu'il l'avait vu dans l'esprit de Harry. « Vous savez tous que Potter a essayé de retrouver ses racines il y a quelques mois ? » Tous hochèrent la tête en signe d'acquiescement.
« Il a alors réussi à capturer plusieurs mangemorts. D'après lui, il y avait une barrière qui protégeait la zone. Je pense qu'en la traversant, il l'a désactivée et a laissé le champ libre au Seigneur Noir et à ses sbires. »
« Vous pensez donc qu'il se trouve prisonnier là-bas ? »
« C'est une possibilité à ne pas exclure. » Répondit-il brièvement.
« Bien entendu, nous ne pouvons pas nous arrêter à cette hypothèse. »
« Bien sûr, il est possible que ce soit un piège dressé par Voldemort lui-même, n'est-ce pas, Snape ? » Lui demanda Maugrey.
« Pensez ce que vous voulez. Je propose à ce que l'on se divise en plusieurs groupes pour inspecter différents endroits - »
« Qui sont ? »
« La Forêt Interdite, l'orphelinat dans lequel le Seigneur Noir a été élevé, la maison de son père, celle de sa mère… la liste pourrait être longue. »
« Je suppose que tu vas aller à Godric's Hollow ? » Les yeux bleus de Drago ne l'avaient pas quitté. « Je t'accompagne. »
Severus ouvrit la bouche pour protester, mais le jeune homme reprenait déjà la parole. « Tu ne m'empêcheras pas de venir, Severus. » La détermination se reflétait sur son visage.
« Nous allons étudier les autres hypothèses. Mais surtout, si vous voyez quelque chose, prévenez-nous. Nous préviendrons les Aurors et arriverons aussitôt. » Minerva leur avait donné son accord. Plus rien ne les empêchait de partir.
Severus acquiesça. La main dans une poche, ses doigts effleuraient les lames tranchantes.
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Lorsqu'ils arrivèrent, la clairière était entourée d'une étrange aura, presque malveillante. Il frissonna. Fermant les yeux, Severus prononça une antique formule pour réveiller ce qui est endormi. Tout autour d'eux, les arbres nus se desséchaient à vu d'œil. La forêt était morte depuis longtemps.
La rivière avait arrêté de couler et au loin, la maison jadis en ruine se tenait debout.
« Comment est-ce possible ? »
« Il existe des sorts pour ramener ce qui n'est plus. Ce n'est pas très sain, mais c'est possible. »
Ils avancèrent doucement. Des corps gisaient ça et là, brûlés, la peau calcinée, en décomposition… on aurait dit qu'ils étaient morts depuis plusieurs jours.
Severus continua à avancer, les yeux fixes, l'estomac noué sans rien voir d'autre que cette porte qui le conduirait, il le savait, vers Harry.
Il ne vit pas Drago s'arrêter et sortir un miroir pour prévenir l'Ordre, pas plus qu'il ne le vit jeter un sort de conservation sur les corps et un sort de rafraîchissement pour évacuer l'odeur nauséabonde.
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Severus entra. Lui qui avait vu tant d'horreurs dans sa vie, du sang, des tortures, des gens mutilés, resta pétrifié à la vue qui s'offrait à lui. Des monceaux de chair décomposée s'amassaient un peu partout, comme si leur propriétaire avait explosé. Des membres étaient accrochés aux chandeliers. C'était une horreur sans nom …
Le cœur de Severus s'emballa. Il ne voulait pas croire que son amant se trouvait parmi ces corps, il refusait d'y croire. Non, il savait qu'il était vivant. Il devait l'être.
Il fit rapidement le tour de la maison, passant d'une pièce à l'autre, observant le même carnage dans toutes les salles. L'étage l'appelait. Il sentait la présence de Harry.
Mystérieusement, le sang ne semblait pas être venu jusque là. Tout était propre, presque trop propre. L'angoisse glaçait le sang de Severus. Il essayait de reprendre contenance. Une froide indifférence. Voilà ce qu'il devait ressentir. Rien d'autre !
Ses pas le conduisaient lentement droit devant lui. Son esprit avait arrêté de fonctionner, comme s'il avait peur de prévoir les conséquences de ce qu'il avait vu, comme s'il ne pouvait pas croire qu'Harry puisse être mort. Severus avait beau se presser, il n'avançait pas. Le temps s'était comme arrêté.
Il arriva enfin devant une porte fermée. La seule porte fermée qu'il rencontrait depuis qu'il était entré. Severus s'approcha, mit lentement la main sur la poignée et la tourna. La porte s'ouvrit dans un grincement métallique.
La pièce avait dû être une chambre réaménagée en cellule. Un lit au milieu, des barreaux aux fenêtres, une petite table.
Severus se recula dès qu'il ouvrit la porte. Il y régnait une atmosphère morbide. L'odeur était insoutenable. Il y avait des excréments un peu partout, du sang aussi, beaucoup de sang… un corps seul, mutilé, à côté du lit. Il était si défiguré qu'il était à peine reconnaissable, du sang s'écoulait de ses multiples plaies…
Non, ce n'était pas possible… Non… Il ne pouvait pas être mort… Pas maintenant… Pas alors que tout allait pouvoir enfin commencer…
Severus s'approcha doucement du corps sans vie et comme s'il avait peur de le toucher, peur de l'effrayer, peur de le réveiller… ou peur de ne pas le réveiller… il avança doucement une main vers la tête de la forme recroquevillée et dégagea les mèches de cheveux noirs pour voir ses yeux.
Son visage était balafré. Severus refusait de songer à ce qu'il avait dû endurer. Il fallait qu'il sache s'il était vivant. Il mit deux doigts sur son cou pour chercher un pouls, mais ne sentit rien. Harry était mort… Severus était arrivé trop tard. Son monde s'écroulait. Il ne s'était pas rendu compte que pendant la guerre, sa vie s'était mise à tourner autour de Potter, mais maintenant il en avait conscience et il savait, il avait enfin compris qu'il aimait ce putain de gamin, que ce gosse était devenu sa vie et qu'il ne pouvait plus vivre sans lui.
Severus bougea doucement la tête de Harry et la plaça contre lui, pour pouvoir le regarder, pour pouvoir voir celui qu'il ne pourrait jamais plus aimer. Et il se mit à le bercer doucement, comme il le ferait avec un enfant en proie à des cauchemars et il lui murmurait des paroles absurdes 'ne t'inquiète pas, je suis là… plus personne ne te fera du mal maintenant… ', 'je suis désolé de ne pas avoir été là…' comme si Harry était encore en vie et qu'il pouvait l'entendre.
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Quelqu'un passa la tête par la porte. Un Auror sûrement. Quand il vit la scène devant lui, il s'arrêta net et regarda. Un autre le rejoignit « Que se passe-t-il ? »
Le premier lui répondit alors « Je crois qu'il est devenu fou ! »
Severus riait comme s'il avait complètement perdu l'esprit. C'était effectivement le rire d'un fou. Il avait le regard d'un homme qui venait de perdre son dernier rempart…
Les Aurors présents n'oublieraient jamais l'expression qu'ils voyaient chez cet homme réputé froid et insensible. C'était celle d'un homme ivre de passion qui vient de tout perdre….
Et puis soudain, il y eut cette petite voix, « Sev- Sevrus. »
Les Aurors se redressèrent et se mirent en action. Potter était en vie. Il fallait faire monter un médicomage et s'occuper des autres blessés, ainsi que des trop nombreux morts.
Harry et Severus se retrouvèrent à nouveau seuls.
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Severus avait vu les deux aurors arriver, mais ça n'avait plus d'importance maintenant. Plus rien n'était important.
Une douce lumière entoura le corps qu'il tenait.
De la chaleur, de la douceur, des larmes enveloppaient le corps qui avait apparemment perdu sa dernière étincelle de vie.
Un soubresaut.
Severus sentit des doigts bouger : Harry n'était pas mort. Celui-Qui-A-Survécu survivrait encore.
Severus éclata d'un rire incontrôlable, déchiré, sans joie, nerveux. Il était fou, il n'y avait pas d'autres explications. Et Harry avait parlé.
Severus se tut et releva doucement la tête du jeune sorcier. « Ne dis rien Harry. Tout va bien se passer maintenant. Je suis là. »
Harry leva légèrement, très légèrement la main et Severus la lui prit. Le jeune homme le regarda et lui dit avec un très léger sourire, « je -t -aime Sev'rus Snape ».
Severus était abasourdi par la déclaration de Harry. Surpris. Effrayé. Il ne rompit pas le contact visuel et resserra légèrement sa main, comme pour le rassurer. Harry sombra à nouveau dans l'inconscience. Il lui avait fallu beaucoup d'énergie pour revenir des limbes, il lui en faudrait encore plus pour revenir complètement dans le monde des vivants. « Moi aussi Harry. »
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Harry fut transporté à Sainte Mangouste dans le service des soins intensifs. Il était dans le coma. Ses blessures étaient soignées, il ne lui en resterait qu'une longue cicatrice sur la poitrine, mais les médecins doutaient qu'il puisse se réveiller. Il avait épuisé son énergie magique. Il ne pourrait revenir dans le monde des vivants que si sa magie parvenait à se restaurer.
Les médicomages surveillaient le jeune homme avec soin. Qu'il soit en vie était un miracle. Qu'il se réveille en serait un autre.
Ses amis venaient souvent lui rendre visite. Ron, était sorti de l'hôpital au bout de trois semaines. Il ne se rappelait de rien. Son dernier souvenir remontait à sa nouvelle affectation dans un village moldu. Severus doutait de ses dires et évitait le rouquin.
Drago et Ginny venaient régulièrement voir le Survivant. Jamais en même temps et jamais quand Ron était susceptible d'être là. A sa sortie, le jeune homme roux venait s'asseoir de longues heures à côté de son meilleur ami. Ses yeux tristes prenaient parfois une teinte grise. Il devenait alors violent. Il mordit ainsi une infirmière qui lui avait demandé de quitter la chambre pour pouvoir procéder à des analyses sur le Gryffondor.
Il fut également surpris pointant une baguette sur Harry. Personne ne sut ce qu'il avait l'intention de lui faire ou ce qu'il lui avait fait.
Des comportements qui ne lui ressemblaient pas.
A d'autres moments, il restait muet ou se mettait à pleurer. Il n'acceptait l'aide de personne et encore moins de sa famille. Molly essayait de le convaincre de se faire soigner, mais il entrait dans une colère noire et détruisait tout ce qui les entourait dès qu'elle abordait le sujet.
Elle en avait parlé aux médecins de Sainte Mangouste, mais Ron était majeur et ils ne pouvaient rien lui faire sans son accord.
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Severus ne venait voir Harry que tard dans la soirée et sous un sort d'invisibilité. Les charges qui pesaient contre lui avaient été levées grâce à Minerva et au testament de Dumbledore, mais les gens se méfiaient encore de lui. Et personne ne devait savoir qu'il se faisait du souci pour Celui-Qui-A-Détruit-Vous-Savez-Qui. Il avait une réputation à préserver : celle d'un connard injuste, sarcastique et détestant le Survivant.
Son masque disparaissait dans cette chambre d'hôpital. Les traits tirés, le visage émacié, il essayait de ramener le jeune homme parmi eux. Il avait déjà repris conscience une fois, il devait réussir une nouvelle fois.
Severus lui prenait la main et se concentrait pour lui donner de l'énergie. Il savait que s'il restait trop longtemps dans le coma il ne reviendrait jamais parmi les vivants, il lui donnait autant de force qu'il le pouvait. C'était dangereux pour lui et ça le fatiguait, mais ça n'avait pas d'importance. La seule chose dont il se souciait désormais était dans ce lit et était inconscient.
A d'autres moments, il lui parlait, lui racontait ce qui se passait maintenant que Voldemort était mort, lui parlait de tous les honneurs qui lui étaient rendus… uniquement parce qu'il savait qu'Harry détesterait cela.
D'un ton sarcastique, il énonçait, « Tu te rends compte Potter, ils sont en train d'ériger une statue en ton nom au milieu de Londres. La plus hideuse de toutes les statues du monde. Tous les jours, ton nom est cité dans les journaux, dans des articles nauséeux, qui te proclament sauveur du monde sorcier. Je ne sais pas comment je fais pour survivre dans un monde dans lequel le seul nom prononcé est Potter… Mon pire cauchemar a vu le jour… » Disait-il avec un sourire en coin et une lueur triste dans les yeux.
Il poursuivait ainsi, « Bon sang Harry, tu m'as promis de ne pas mourir, tu t'en souviens ? Reviens. »
Il passait une main dans les cheveux corbeau qu'il aimait tant. Harry bougeait légèrement pour se rapprocher de la chaleur de sa main, mais n'ouvrait pas les yeux. « Harry, combien de fois t'ai-je dis de ne pas faire semblant de dormir ? » Lui demandait doucement Severus. Mais sa question restait lettre morte. Un petit sourire flottait sur les lèvres du jeune homme comme s'il l'entendait et dans un coin de son esprit, l'ancien espion entendait 'Suis fatigué !'
Le Serpentard soupirait. Harry n'était pas prêt à se réveiller.
Seul Drago avait vu Severus ainsi. Lui seul avait compris les véritables sentiments du maître des potions pour son ancien élève. Drago ne disait rien. Il avait simplement décidé de soutenir Severus. Et c'est ce qu'il faisait.
HpsshpssCe fut un soir, bien des mois plus tard, qu'Harry se réveilla pour la première fois. Il était dans une pièce sombre, trop sombre. Il ne parvenait pas à savoir où il se trouvait. Mais on lui tenait la main et on lui parlait. La voix était grave, douce et sensuelle. « Severus » se dit Harry. Il sourit légèrement et serra la main qui tenait la sienne.
Severus se pencha légèrement et dit « Dieu soit loué, tu es enfin réveillé. »
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Dès lors, Harry se remit lentement. Il avait encore besoin de beaucoup de sommeil, mais au fil des semaines, il parvenait à rester éveillé de plus en plus longtemps. Il ne voyait jamais Severus. Ron était là, Ginny, les Weasley, MacGonagall, … Mais pas de Severus.
Il lui fallut plusieurs semaines avant de pouvoir se mettre debout et plusieurs autres pour pouvoir marcher. Il ne s'était jamais senti aussi fatigué. Les cauchemars qui emplissaient ses nuits ne l'aidaient pas à retrouver la vitalité dont il avait besoin. Il voyait ses amis se faire torturer sous ses yeux, des images réelles et d'autres tirées de son imagination et de ses propres peurs. Tout ce qui concernait Ron et Neville avait été effacé de son esprit. Il savait que ses amis étaient avec lui à Godric's Hollow, mais leur rôle restait flou. Il avait le sentiment que son esprit refusait de se rappeler. Et c'était aussi bien.
Les Aurors n'avaient pas trouvé la trace de Neville parmi les morts. Ni parmi les vivants.
Parfois, dans son sommeil, Harry pleurait. Il sentait alors une main bienveillante caresser son visage, essuyer ses larmes et murmurer des paroles réconfortantes. Mais quand il ouvrait les yeux, il était toujours seul. Ses nerfs lâchaient. Il ne s'était jamais senti aussi seul.
Pourtant, ses amis étaient plus présents que jamais, lui apportant leur soutien, leur amour, leur force.
Mais la seule personne dont Harry avait besoin n'était pas là, ne venait pas. Depuis qu'il s'était réveillé, Harry n'avait pas revu Severus.
Il ne comprenait pas, mais ne disait rien. Il lui fallait du temps pour s'éclaircir les idées. La guerre était terminée, et une nouvelle vie les attendait. Harry devait savoir ce qu'il voulait et ce que voulait Severus.
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Harry avait enfin eu l'autorisation de rentrer chez lui après plus de six mois d'hospitalisation. Il était encore faible et le médicomage lui avait conseillé de se reposer encore quelques temps. Il pouvait encore avoir des baisses de tension magique. En fait, il lui avait tout simplement conseillé de partir en vacances et de ne pas utiliser sa magie pendant encore plusieurs mois.
Harry retourna à Grimmault place, où ses amis pouvaient venir le voir. Aucun ne connaissait l'existence du 'Refuge' et Harry n'avait pas l'intention de leur en parler. C'était son endroit secret, à lui et à Severus. C'était le lieu dans lequel il pouvait être vraiment lui, sans la tension des médias et de ce que le monde attendait de lui. C'était le lieu où il était aimé et dans lequel il avait connu l'amour. C'était chez lui.
Il ne comprenait toujours pas pourquoi Severus n'était pas venu. Il savait que l'ancien mangemort était resté à son chevet pendant qu'il était dans le coma et que c'est lui qui l'avait aidé à revenir dans le monde des vivants en lui donnant sa propre magie en dépit du bon sens et de sa propre santé. Il le savait parce qu'il sentait en lui la force de Severus. En lui faisant ce don, il lui avait insufflé une étincelle de vie qu'il garderait toujours en lui.
Il avait essayé d'interroger ses amis, mais peu l'avaient vu. Drago lui assurait qu'il allait bien. Mais le regard fuyant de l'héritier des Malfoy ne le réconfortait pas. Severus s'était refermé derrière le masque qu'il avait si souvent porté : celui d'un homme froid et sans cœur.
Harry était inquiet, terriblement inquiet. Il avait le pressentiment que sa prochaine rencontre avec son ancien professeur n'allait pas être des plus calmes. Fermant les yeux, il se concentra sur le bracelet, sur Severus, sur ce que l'homme représentait pour lui. Une fois de plus, il fonça contre un mur Le lien était fermé et il savait que c'était l'œuvre du maître des potions qui essayait de couper les ponts.
Harry décida de se rendre au 'Refuge'. Il devait rapidement voir Severus. L'attente le rendait malade. Il s'imaginait des scénarios invraisemblables qui expliqueraient l'attitude de son amant. Il espérait que cet entretien leur permettrait de clarifier les choses. Il ne voulait pas le laisser partir.
Le Maître des potions n'était pas dans la maison et toutes ses affaires avaient disparu. Déjà fatigué, Harry se sentait maintenant abattu. Ses jambes commençaient à flageoler. Il prit appui sur un meuble. Une expression déterminée sur le visage, il examina ses possibilités. Il était aussi têtu que le Serpentard et il allait le prouver.
Malgré son épuisement physique et magique, il décida d'aller au Manoir des Snape, même s'il doutait d'y trouver son amant : Severus détestait ce lieu dans lequel il avait tant souffert enfant.
Le réseau de cheminée du 'Refuge' avait été relié à celui du Manoir des Snape quand Severus entraînait Drago. Aux dernières nouvelles, il n'avait pas été fermé.
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Severus était assis, un verre de scotch à la main.
« Monsieur Potter! Que me vaut cet honneur ? » Le sarcasme affleurait dans sa voix.
Harry sourit et s'approcha de lui, « Tu aurais pu m'attendre pour commencer à boire, Severus !»
Le Serpentard posa son regard sur lui. Fermé. Noir. Impénétrable. Le Gryffondor se contracta inconsciemment.
« Je voulais m'assurer que tu allais bien. » Harry ne perdit pas contenance même si l'attitude de Severus le déstabilisait et le blessait.
« Qui vous a permis de m'appeler par mon prénom et de me tutoyer, Monsieur Potter ? » Le coupa sèchement ce dernier. Il regarda Harry de ses yeux plein de mépris. Le jeune homme sentit ses jambes trembler. Il s'avança vers l'autre homme, lui prit son verre des mains et en vida le contenu.
« Je ne sais pas, Severus. Peut-être parce que je le fais depuis un certain temps et que coucher avec toi m'a accordé certains droits. » Dit-il sur un ton calme mais sec.
Severus fit venir un autre verre et se servit. Ses yeux noirs brillaient d'une haine contenue. C'était comme s'il se retenait, comme s'il s'empêchait de faire quelque chose d'irréparable et quand il parla à nouveau, sa voix était calme et convenue.
« La guerre est finie, Monsieur Potter, il n'est plus nécessaire de jouer la comédie. Nous étions seuls et nous avions besoin d'un réconfort que nous avons trouvé dans les bras l'un de l'autre. Rien de plus, rien de moins. Et maintenant que la guerre est terminée, notre 'relation' n'a plus de raison d'être. Vous n'êtes rien d'autre pour moi qu'un bon coup ! » Son sourire méprisant, les mots violents firent chanceler Harry.
« Oh non Severus, non, je te connais mieux que ça. Tu ne me feras pas croire que je n'ai été qu'un divertissement et que tu n'éprouvais rien pour moi. »
« Croyez ce que vous voulez. Partez maintenant. Vous n'êtes plus le bienvenu ici. » Cracha Severus en détournant les yeux.
Harry crut voir quelque chose vaciller dans le regard noir, mais la lueur disparut avant qu'il n'ait eu le temps d'en saisir le sens.
« Ainsi, c'est ce que tu veux ? Tu veux que je m'en aille ? Très bien, Severus, je vais quitter ta vie comme tu le souhaites. Dis-moi simplement pourquoi, tu me le dois bien. » » Dit-il avec des yeux flamboyants.
« Je ne vous dois plus rien, Potter. Rien. J'ai payé mes dettes et si ça ne suffit pas, ce que nous avons 'partagé' comme vous le dites si bien a payé le reste. Je suis libre, bien plus libre que je ne l'ai été de toute ma vie.»
Harry pâlit considérablement. Il se tint à la table pour se soutenir. C'est d'une voix blanche qu'il répondit, « Tu vaux bien mieux que cela Severus. Je ne t'aurais jamais pris pour – non. » Il se raffermit, puisa dans sa force intérieure et regarda son mentor dans les yeux, montrant plus de confiance qu'il n'en ressentait au fond de lui, mais la souffrance se lisait dans son regard voilé. « Si c'est ce que tu veux, je ne vais pas t'imposer ma présence. » Une main frôla la joue du Maître des potions, mais Severus l'intercepta. Sa main fraîche redonnait des forces au Gryffondor.
« Va-t-en Harry avant que nous ne commettions des actes que nous regretterions tous les deux ! » La coquille se craquelait.
« Pourquoi ? Tu sais que je n'ai jamais joué avec tes sentiments. Je -» Sa voix se craqua. « Ne me mens pas Severus. Je mérite la vérité. » Harry écarquilla les yeux, comprenant enfin. « Tu crois qu'en me forçant à te quitter je vais t'oublier et tomber amoureux d'un jeune sorcier ? C'est mal me connaître. Je te l'ai déjà dit, je ne suis pas une girouette. Je t'ai donné mon cœur -»
Le masque s'ébréchait. La lumière qui éclairait le regard d'onyx était celui du déchirement. Severus relâcha la main qui se posa sur la joue fraîche. Severus ne recula pas et la lumière tremblota. « C'est vraiment ce que tu désires ? » Lui demanda Harry dans un murmure avant de poser ses lèvres sur les siennes dans un baiser qui se voulait d'adieu. Mais Severus l'approfondit et le Gryffondor y répondit avec entrain. Le Serpentard se laissa emporter par le baiser, par la bouche de Harry, par ses lèvres, sa langue, ses mains qui jouaient maintenant avec ses cheveux. Mais le jeune homme s'éloigna.
« Veux-tu vraiment que je quitte ta vie, Severus ? » Lui redemanda Harry contre son oreille.
Severus acquiesça simplement.
« Alors je m'en vais ! » Il verrouilla ses yeux verts dans les siens, « Je ne changerai pas d'avis Severus ! »
Le maîtres des potions ne répondit pas.
Harry allait retourner à Grimmault place quand une voix le rappela, « Harry ! » Celui-ci se retourna, « Prends bien soin de toi ! »
Harry lui sourit, « Et toi de toi ! »
Il disparut dans la cheminée.
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Harry était parti, la confrontation qu'il craignait tant était enfin terminée. Il pensait que ce serait plus facile s'il le détestait. Mais voir ses yeux se remplir de souffrance était plus qu'il n'avait pu en supporter. « Harry ! »
Severus ferma les yeux. « Gamin insolent, que m'as-tu fait ? »
Dehors, il commençait à pleuvoir.
Il soupira et se mit au piano. Il allait écrire une mélodie qui crierait son désespoir, son amour perdu, sa colère… Il était responsable de cette séparation, mais c'était mieux, pour eux deux. Severus savait que s'il n'avait pas mis un terme à leur relation, il aurait empêché Harry de prendre son envol, de trouver une liberté qu'il avait méritée.
Et Harry était encore si jeune. Il avait le temps de rencontrer l'amour. Severus ne pouvait lui permettre de s'attacher à un homme aussi âgé, pas avant qu'il n'ait expérimenté la vie. Harry avait besoin de s'éloigner de lui pour pouvoir grandir, mûrir et prendre ses propres décisions, expérimenter sa propre liberté. Et il ne pouvait pas le faire avec Severus.
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Harry décida de recommencer sa vie à zéro. Le médecin lui avait conseillé de se reposer, c'est ce qu'il allait faire. Il fit ses bagages, envoya un mot à ses amis et partit. Il avait un appartement dont il ne s'était jamais servi. Il était temps qu'il recommence sa vie et qu'il oublie Severus. Oui, un an ou deux loin de tout devrait lui faire le plus grand bien.
Note de l'auteur: L'histoire n'est pas terminée, même si la guerre l'est... Il reste 4 chapitres.
