Chapitre 24 : le retour de Harry à Poudlard
Harry observait le château depuis les grilles d'entrée. Les premières étoiles apparaissaient dans le ciel. Que de souvenirs. Son cœur se serra. Le vent d'automne sifflait, soufflait, apportant avec lui de lointains murmures. Il tendit l'oreille pour écouter les cris des fantômes qui hanteraient à jamais cet endroit. Il ferma les yeux.
Des voix disparues surgirent de nulle part. Il crut reconnaître celle fluette d'Hermione récitant ses cours, celle fort accentuée de Hagrid rassemblant les élèves de première année, celle pleine de gentille de Remus… Harry inspira profondément et ouvrit les yeux.
Des ombres naissaient dans la brume surplombant le lac, créant des illusions. Non, Hagrid ne dirigeait pas les barques vers le château, un jeune garçon ne cherchait pas sa grenouille pendant qu'un autre le regardait d'un air hautain en se moquant de lui.
Les yeux de Harry lui jouaient des tours. Il ne pouvait pas voir le trio infernal courir vers une nouvelle aventure. Non, ce n'était que son esprit, ses souvenirs. L'illusion s'effaça avec la brume.
Son regard s'attarda sur le lac, observant la brume épaisse se dissiper. Demain, les premières années passeraient par-là, continuant une tradition vieille de plus de mille ans. Mais le bon gros géant ne les accompagnerait pas.
Il refoula les larmes qui le menaçaient et avança résolument. Il n'avait pas prévenu de l'heure exacte de son arrivée, mais il savait que sa présence ne resterait pas longtemps inaperçue.
Un carrosse l'attendait. Il flatta un sombral et monta. La vue du château était fascinante. Des lumières illuminaient certaines fenêtres, les barrières, invisibles aux yeux des élèves, scintillaient de mille feux, jaunes, rouges, bleus, vertes… couleur des quatre maisons… couleur de la paix… couleur de la liberté…
Déjà il arrivait devant la Grande Porte.
Il descendit et s'arrêta un moment pour s'imprégner de l'atmosphère du château.
« Tu as pris ton temps pour arriver jusque là, Potter. Encore en train de rêvasser, je présume. » Harry aurait pu être surpris par la voix chaude, mais il avait senti les yeux noirs posés sur lui.
« Comment vas-tu, Severus ? » Les lèvres du Serpentard dessinèrent le rictus sarcastique qui était son masque depuis qu'il était professeur.
« Viens Potter, je dois te montrer tes quartiers. Ordre de la directrice. » Derrière ses paroles, Harry sentait que le Serpentard voulait mettre de la distance entre eux. Il tendit la main et lui toucha le bras. Severus se raidit mais ne bougea pas.
« 'Dois' Severus ? Est-ce une telle corvée que de m'escorter à mes quartiers ? » Severus recula.
« Avec toi, je ne sais jamais à quoi m'attendre. Tu te faufiles comme le vent et tu apparais quand on s'y attend le moins. »
« Qu'y a t il de mal à vouloir traverser ton mur de ronces ? »
« Nous en avons déjà parlé -»
« Tu as parlé, mais tu ne m'as pas demandé ce que je voulais. » Déjà, le Serpentard fuyait. Il détourna la tête. « Viens, nous allons être en retard. »
« Ne vas-tu pas me demander ce que je veux ? »
« Non. »
Cette réponse succincte fit sourire Harry. Il retrouvait l'homme qu'il aimait.
« Toi. »
Severus se retourna. « Pardon ? »
« Ce que je veux. C'est toi. » Il partit en avant, laissant le temps à Severus de digérer ses paroles. « Alors, on ne va pas passer la nuit dehors. » Lui dit-il en se retournant. Il entendit l'autre homme marmonner quelque chose au sujet d'impertinents Gryffondors.
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Revoir Harry était plus difficile encore que Severus ne l'avait imaginé. Deux ans s'étaient écoulés depuis la dernière fois qu'il l'avait pris dans ses bras et qu'il lui avait fait l'amour. Sa présence, son odeur, son aura… étaient plus qu'il ne pouvait en supporter. S'il continuait son petit jeu de séduction, Severus n'était pas certain de pouvoir lui résister très longtemps.
Mais depuis qu'ils étaient entrés dans le château, Harry avait repris une attitude plus fermée. Il s'était éloigné de lui mentalement et physiquement. Il agissait comme s'ils étaient de simples connaissances. Il lui parlait librement, mais pas familièrement. Ce changement surprit Severus, mais il en était soulagé. Il était un homme discret et ne voulait pas que sa vie privée soit connue de tous. Il refusait que son nom soit lié à celui du dragueur le plus célèbre du monde sorcier. Il grimaça. Ce que lui avait dit Drago ne l'avait pas convaincu.
Assis à la Grande Table, Severus pouvait facilement observer son ancien amant, placé entre Longdubat et MacGonagall. Apparemment le morveux ne savait pas que son ancien camarade de classe était toujours vivant. Quand il l'avait aperçu, il n'avait eu qu'une seconde d'hésitation avant de le prendre dans ses bras dans une accolade fraternelle. Longdubat, connu pour sa maladresse, était crispé et ne savait visiblement pas comment réagir à cette démonstration d'affection. Harry dut le sentir car il le relâcha rapidement, un petit sourire aux lèvres. Fidèle à lui-même, il continua à discuter sans attendre de réponse.
Très à l'aise, il discutait avec tous les professeurs. Quand Severus l'avait revu, quelques mois auparavant, il n'avait pas pris le temps de l'observer. Son regard était vif, ses yeux brillaient tour à tour de joie, de nostalgie, de regret et de remord. Revenir à Poudlard était une épreuve en soi, mais Harry réagissait bien, très bien même.
Le jeune homme se tourna vers lui et rencontra son regard. Il lui sourit d'un air entendu, prometteur. Apparemment, il était bien décidé à le reconquérir. Severus ne savait pas s'il devait en être content ou horrifié.
Il détourna le regard et fit attention à ne plus poser les yeux sur le Gryffondor. Ca ne l'empêcha pas de sentir son regard brûlant s'attarder sur lui. Si discrètement que personne à part lui ne le remarqua.
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Le repas venait de se terminer. Neville prit congé de ses collègues et retourna à ses quartiers. Harry attendit quelques minutes avant de le suivre. Il voulait, non, il devait parler à son ancien camarade. Trop de choses s'étaient passées, il restait trop de non-dit. Et Neville était bien trop tourmenté en sa présence. Il n'osait pas le regarder et bégayait quand il parlait. Harry devait lui faire comprendre que ce qui s'était passé à Godric's Hollow n'était en rien de sa faute.
Il le rattrapa avant qu'il n'atteigne ses quartiers. « Neville ! » Le jeune homme se retourna. « Harry ? Que fais-tu là ? »
« Je- Est-ce qu'on peut discuter ? »
Neville blêmit mais acquiesça. « Allons dans mes quartiers ! »
Ils avancèrent en silence. Les appartements de Neville se trouvaient dans l'aile des Gryffondors, comme le voulait son nouveau statut de directeur de Maison. Il murmura son mot de passe et fit entrer Harry.
Harry l'observa. Son ancien camarade était stressé, mais il y avait plus. Il voyait en lui une ombre qui n'existait pas avant. Quand il le regardait attentivement, il pouvait presque discerner deux personnalités. C'était étrange.
L'intérieur de son appartement montrait cette ambivalence. Les couleurs sombres étaient prédominantes. Les meubles étaient foncés, les murs tiraient sur le vert donnant tour à tour un aspect inquiétant ou chaleureux.
Neville lui servit une bièreaubeurre et ils s'assirent l'un en face de l'autre. C'est Neville qui parla le premier. « Je sais de quoi tu es venu me parler. Je- Je suis désolé Harry. Je sais ce que je t'ai fait. Je n'en ai pas de souvenirs distincts, mais j'ai parfois des flashs et on m'a raconté -» Il ne le regardait pas dans les yeux.
« Neville, je ne te tiens absolument pas pour responsable de ce qui s'est passé là-bas. Tu n'y es pour rien. Comme Ron tu étais sous l'influence d'une potion. »
Les yeux de Neville luisaient maintenant de colère. Il se leva et fit les cent pas. « Tu ne comprends rien. Je suis responsable. Je suis coupable. Parfois j'ai encore ce désir… de meurtre, de puissance… c'est plus fort que moi. Et quand je suis avec Ron, c'est pire : j'ai l'impression d'être entier. Je me sens fort. Je- » Il s'arrêta aussi vite qu'il avait commencé. « J'ai peur Harry. J'ai peur de ce que je suis capable de faire. » Murmura-t-il.
Harry ferma les yeux et essaya de visualiser l'aura de son camarade. Quand il les rouvrit, Neville s'était rassis et semblait las. « Est-ce que tu as toujours un tatouage sur ton épaule ? » Le directeur des Gryffondors écarquilla les yeux. « Comment le sais-tu ? »
« Je crois que c'est ainsi qu'il te contrôlait. Je ne sais plus exactement. Toute cette période est assez floue pour moi aussi. J'ai du mal à faire la différence entre le réel et l'illusion. C'est assez effrayant. »
« Je comprends. » Répondit simplement Neville.
« Est-ce que je peux -» Lui demanda Harry
« Je- Je ne sais pas. Je réagis parfois très violemment. Ron a voulu regarder et j'ai dû tomber dans les pommes. Après ça, je ne me souviens de rien. »
« Que ressens-tu en ma présence ? »
« Je- »
« Dis-moi la vérité. »
La voix de Neville se fit froide, lointaine et rauque. Il ne bégayait plus et semblait avoir acquis de l'assurance, « De la haine, de la colère, une envie de vengeance. C'est de ta faute si Luna est morte. C'est de ta faute -» Il ferma les yeux, serra le poing et inspira profondément. « Je suis désolé. »
« Ce n'est rien. Est-ce que tu veux t'en débarrasser ? »
« Non ! » Il passa une main sur son visage. « Si. Je veux être moi-même. Je ne veux plus ressentir cette haine. Aide-moi Harry. »
« Ca risque d'être un peu douloureux. » Le visage de Harry était sérieux. Rien de ce qu'il avait entendu ce soir ne l'avait vraiment surpris. Mais il était inquiet pour son ami. Et pour Ron.
« Enlève ta robe et ta chemise puis allonge-toi. Je vais t'immobiliser avec le sort du saucisson. D'accord ? » »
Neville acquiesça simplement et fit ce qui lui était demandé avec une répugnance visible. Le jeune professeur avait l'air de se battre contre lui-même.
Aussitôt qu'il se fût allongé, Harry lui jeta le sort, s'approcha de lui et posa ses mains à côté du tatouage. Le serpent noir se déplaçait sur son corps. Il était pour l'instant absent, mais son emplacement était marqué par un bleu. On aurait dit qu'il suçait l'énergie de sa victime. Refusant de l'effrayer davantage, Harry se tut, ferma les yeux et posa ses mains directement dessus. Le serpent arriva rapidement, sifflant sa colère. Neville était devenu rouge et essayait de bouger. Des paroles obscènes sortaient de sa bouche mais Harry les ignora et se focalisa sur le serpent.
Ca allait être plus difficile qu'il ne l'avait cru. Le lien était solidement établi et agissait directement sur son esprit.
Rapidement, il comprit qu'il ne pourrait pas rompre complètement l'influence de cette marque. Mais il pouvait en diminuer les effets.
Neville criait. Ses muscles comprimés essayaient de se libérer de leur emprisonnement. Harry fatigué, continuait à détruire les connexions qui liaient l'esprit de Neville à son tatouage, le rendant violent malgré lui.
L'exorcisme, car c'en était presque un, dura des heures. Harry s'épuisait mais refusait d'abandonner. Neville perdait de son venin au fil des heures.
Quand Harry eut terminé, son ami dormait paisiblement. Des cernes marquaient les yeux du jeune homme endormi. D'un geste de la main, il le libéra. Le tatouage n'avait pas disparu, mais le serpent était immobile, amorphe. Harry n'avait pas coupé le lien principal, mais ses ramifications n'existaient plus. Et sans maître pour les reformer, le serpent ne devrait plus pouvoir agir. Du moins Harry l'espérait-il.
Il décida de rester avec le jeune professeur jusqu'à son réveil. Il transforma une feuille de papier en matelas et s'allongea. Enfin, il pouvait trouver un peu de repos.
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L'odeur du café chaud et des tartines le réveillèrent. Regardant autour de lui, il se demanda où il était. Les évènements de la veille lui revinrent en mémoire et il se leva rapidement.
Neville l'accueillit avec un sourire sincère. « Bonjour Harry, bien dormi ? »
« Hm hm. » Harry le scruta des yeux, cherchant la double aura qu'il avait essayée de neutraliser lors de l'exorcisme. Mais il ne trouva rien. Il était soulagé. « Et toi ? »
« Je n'ai pas aussi dormi bien depuis… » Neville éclata de rire, « des années je crois. Je ne sais pas ce que tu m'as fait, mais je te remercie. »
« C'est toi qui as fait le plus gros du travail, Neville. Pour t'enlever ce tatouage, il fallait que tu le veuilles vraiment. C'est le seul moyen d'enlever les marques ténébreuses. » Harry fit une pause. « Pour te dire la vérité, je n'ai pas réussi à le faire totalement disparaître. Alors si tu sens ses effets revenir, n'hésite pas à m'en parler. Normalement, tu es libre. Celui qui te l'a apposé n'est plus, tu ne devrais plus rien avoir à craindre, mais -»
« On ne sait jamais, c'est ça ? »
« Oui. » Répondit gravement Harry.
Neville lui tendit la main et Harry la serra, un sourire sur le visage. Dans cette poignée de main, il y avait de la confiance et surtout beaucoup d'amitié.
Neville lui tendit une tasse de café et l'invita à se servir.
« Est-ce que tu crois que tu pourrais libérer Ron également ? »
« Je ne sais pas. Il est devenu caractériel. C'est à peine si je peux lui parler. Parfois, il est l'ami que j'ai toujours eu et à d'autres moments, il est si distant… Mais j'ai vérifié, il n'a pas de tatouage et je ne sens pas une double présence comme c'était le cas avec toi. »
« Pourtant, en sa présence, je sentais le tatouage s'éveiller, comme s'il avait reconnu un ami, une personne qui le comprenait. A côté de lui, je me sentais fort… Je ne comprends pas. »
« Je ne sais pas, Neville, je ne sais pas. Ron n'est plus celui qu'il était, mais je crois qu'il me rend responsable de la mort d'Hermione, ce qui expliquerait aussi son comportement. Et peut-être cache-t-il son tatouage à l'aide d'un sort ? Je vais voir ce que je peux découvrir. »
Ils mangèrent en silence puis Harry reprit la parole. « Alors Neville, as-tu décidé de ce que tu allais apprendre à tes élèves ? Et vas-tu devenir aussi sérieux que MacGonagall ou que Snape maintenant que tu es directeur de Maison ? »
Neville éclata à nouveau de rire. « Je ne crois pas pouvoir être aussi sévère qu'eux. Je dois établir les règles dès le départ et tu me connais, ce n'est pas gagné. »
« C'est là que tu te trompes. Le Neville Longdubat que je connais est un homme courageux qui n'hésite pas à se battre pour sauver ses amis. Tes élèves te respecteront pour ce que tu es, un héros de guerre, un homme de conviction et une personne qui aime les autres. »
« Merci Harry. »
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Harry se décida à retourner à ses quartiers. Il n'avait pas encore déballé ses affaires, mais ne voulait qu'une seule chose : plonger dans son lit et dormir toute la journée. Heureusement, les élèves n'arriveraient que dans la soirée.
Ce petit-déjeuner aurait dû lui redonner des forces. La vérité est qu'il l'avait achevé. Il ne s'était pas senti aussi fatigué depuis qu'il avait tué Voldemort.
Il n'avait pas pensé utiliser autant de magie. Il ne s'en servait presque pas dans le monde moldu. Dépenser une telle quantité d'un coup était de la folie. Si Severus venait à savoir ce qu'il avait fait, il était sûr de recevoir ce fameux regard tant redouté par les élèves.
Mais ses relations avec Severus n'étaient plus ce qu'elles avaient été et Harry doutait fortement qu'il vienne lui faire une leçon de morale.
Quelle ne fut donc pas sa surprise quand il vit le Maître des Potions devant ses quartiers, les bras croisés, le regard noir et l'air sévère.
« Severus ? »
« Potter, ouvre cette porte avant de t'évanouir ! »
Harry fit ce qui lui était demandé et entra, suivi de Severus. Une fois la porte refermée, l'homme au tempérament sulfureux le prit par le bras, l'aida à enlever sa robe et le conduisit à son lit. « Il faut te surveiller comme un enfant. Tu ne fais jamais attention à toi. » Murmura-t-il.
« Pour ça que j'ai besoin de toi. » Murmura Harry en fermant les yeux.
Avant de s'endormir, il sentit une main caresser doucement ses cheveux de manière rassurante. Il était enfin chez lui.
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« Potter ! Arrête de jouer à la belle au bois dormant et ouvre les yeux. Je sais que tu es réveillé. Les élèves vont bientôt arriver. En tant que nouvel enseignant, tu dois être présent. »
La cérémonie de bienvenue ! Harry ouvrit les yeux, s'assit, chercha ses affaires pour s'habiller mais Severus l'arrêta.
« Tu as encore le temps. Il reste deux heures avant qu'ils n'arrivent. Je me suis dit qu'il te fallait bien ça pour te réveiller. » Severus le regardait, un sourire satisfait plaqué sur le visage.
« Quefais-tu là ? » Harry refusait d'écouter son cœur parler d'espoir. Voir Severus était déjà suffisamment douloureux comme ça.
« Tu voulais que je te laisse te vider de ton énergie sans rien faire peut-être ? » Le masque froid était revenu. « Bon sang Harry, qu'est-ce qui t'a pris ? Si je n'avais pas activé le bracelet, tu serais mort ou dans le coma. La première fois ça ne t'a donc pas servi de leçon ? »
Harry passa une main dans ses cheveux. « Je devais le faire. Neville, était encore sous influence d'un tatouage, plus puissant encore que ne l'était ta marque. Que devais-je faire, le laisser et attendre qu'un jour il essaye de tuer l'un de nous ? »
« Tu aurais pu appeler un autre professeur. On aurait pu le faire ensemble. Tu es complètement inconscient. » Les yeux de Severus luisaient d'une flamme incandescente. Son regard en disait plus long que ses mots.
Harry ne voyait plus que ces yeux couleur nuit. Il était comme hypnotisé par tout ce qu'il y décelait. Il approcha doucement sa main de Severus et la passa dans ses cheveux, laissant ses émotions prendre le dessus. « Je suis un Gryffondor et j'agis avant de réfléchir. » Lui dit-il très doucement.
« Noble Gryffondor qui pense toujours aux autres avant de penser à lui. » Railla son aîné.
« Non, pas toujours. Si je pensais toujours aux autres, je n'essaierais pas de récupérer ton cœur. Je n'hésiterais pas à te bannir de ma vie. Ron en serait très heureux.»
« Harry, il faut toujours te sauver de toi-même. »
« Alors sauve-moi. Je n'accepterai l'aide de personne d'autre. » La détermination de Severus en fut ébranlée.
Severus soupira. « Gryffondor impertinent. » Il se pencha pour l'embrasser. « Es-tu sûr de ce que tu veux Harry ? Je te l'ai dit il y a longtemps, avec moi c'est tout ou rien. Je ne suis pas un homme de demi-mesures, je suis difficile à vivre, j'ai mauvais caractère -»
Harry posa un doigt sur ses lèvres. « Tu es tout ce dont j'ai toujours rêvé. Ces deux ans loin de toi ont été vraiment très longs. J'ai compris pourquoi tu m'avais repoussé. J'ai appris, j'ai grandi, j'ai vieilli, j'ai cherché d'autres personnes à aimer, mais personne n'a réussi à te supplanter dans mon cœur. »
« Je ne pourrai jamais t'apporter ce dont tu as besoin, Harry. Je suis vieux, froid, suspicieux, jaloux et j'ai vécu de longues années seul. »
« Je suis moi aussi d'un naturel jaloux et possessif. J'ai des ombres en moi que personne d'autre que toi ne peux comprendre. » Il s'éloigna du Serpentard. « J'ai fait des choses dans ma vie dont je ne suis pas fier. J'ai torturé, tué -» Il ferma les yeux. « J'ai des cicatrices visibles mais d'autres, plus dangereuses- qui sont gravées dans mon cœur et dans mon âme.
Contrairement à ce que croient les gens, je ne suis pas un être lumineux et pur. J'ai en moi autant d'ombre que de lumière. Mes réflexes sont ceux d'un tueur. Je ne peux pas accepter n'importe qui près de moi. Tu m'as formé, tu sais comment je réagis.
Et avec toi, je n'ai plus l'impression d'être juste un Survivant. Je suis vivant. Je suis une personne comme une autre. Simplement Harry. » Il rit amèrement. « C'est la seule chose que je désire. Etre juste Harry. »
Severus n'avait pas bougé. Il était toujours debout, l'air sévère, mais quelque chose semblait s'être brisé en lui. « J'ai quelques conditions à poser. »
Harry se retourna et le regarda, les yeux écarquillés. Il l'avait convaincu.
« Un. Je ne veux pas faire la une des journaux.
Deux, je ne partage pas.
Trois, tu dois m'accepter tel que je suis. »
Harry s'approcha de lui et posa ses lèvres sur les siennes. Mais avant que le baiser ne s'approfondisse, Severus le repoussa. « Quelle est ta réponse, Harry ? » Le Serpentard s'était refermé dans sa coquille. Il refusait de laisser parler ses émotions tant qu'il n'avait pas sa réponse. Il se barricadait pour ne pas souffrir. Son masque, son aspect sévère devait le protéger contre le rejet des autres. En cet instant, Harry comprit la peur qui l'habitait. Severus préférait repousser les autres plutôt que de souffrir. Il ne le fit pas attendre plus longtemps.
« Pour les journaux, je ne peux rien te promettre. Je te propose de ne pas nous montrer ensemble en public et de reprendre les rôles que nous jouions avant la guerre : faire croire qu'on se déteste.
Ensuite, moi non plus, je ne partage pas. Cependant, je vis maintenant avec des enfants et je ne couperai pas ce lien avec eux, même pour toi.
Enfin, toi aussi tu dois m'accepter tel que je suis. »
« Morveux. » Cette fois, c'est Severus qui initia le baiser et Harry qui le rompit.
« Est-ce que les enfants te dérangent, Severus ? »
« Non. »
« En es-tu sûr ? »
Pour toute réponse, Severus l'embrassa à nouveau. « Alors pourrais-tu donner des cours de piano à David ? Tu sais, le jeune garçon que tu as vu à l'orphelinat. Il va entamer sa première année et n'aura plus de professeur. Il est très doué et la musique l'aide à s'ouvrir au monde. »
Severus plissa les yeux et grogna, « Sera-t-il à Serpentard ? »
« Je pense, oui. »
« Alors, on devrait pouvoir s'arranger. »
Le sourire goguenard du jeune homme lui fit comprendre qu'il avait peut-être fait une erreur de jugement, mais il était trop tard pour revenir en arrière.
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La cérémonie de la Répartition allait commencer. Harry observait les élèves anxieux de première année. David se trouvait avec d'autres orphelins. Il ne paraissait pas affecté par ce qui se passait autour de lui. La tension des autres ne l'atteignait pas, du moins en apparence. Harry savait qu'il était certainement aussi inquiet que les autres, mais il ne le montrait pas.
Comme Harry s'y attendait, le jeune homme fut envoyé à Serpentard. David le regarda comme pour avoir son approbation. Il lui fit un petit signe de tête et un sourire. Le nouvel élève se dirigea vers la table de sa nouvelle Maison.
Harry sentit sur lui le regard perçant de Severus qui avait suivi leur échange muet.
Neville se pencha vers lui et lui demanda, « Tu le connais ? »
« Oui, c'est l'un des orphelins dont je m'occupe. Tu verras c'est un très bon élève. Il s'intéresse à tout. »
« Il a l'air solitaire. »
« Il est assez renfermé, c'est vrai. Sa vie n'a pas été facile. Mais il a un cœur d'or et n'hésite pas à aider les plus faibles. »
« Potter ! » La voix chaude de Severus lui fit tourner la tête. « Essaye de ne pas avoir une trop mauvaise influence sur mes Serpentards. Savoir que ce pauvre garçon t'a côtoyé plus d'un an me fait craindre qu'il ait lui aussi le complexe du héros. Un Harry Potter dans cet établissement nous suffit. Dieu soit loué, cet enfant est à Serpentard et non à Gryffondor. »
« Severus ! » réagit immédiatement Minerva d'un air outré.
« Laissez Minerva. » Harry regarda le Maître des Potions. A sa droite, Ginny observait la scène avec amusement. « Voyons Severus, que dirais-tu si tu savais que 'ce pauvre garçon' comme tu l'appelles venait d'être adopté par une Weasley. »
Severus se tourna à son tour vers la jeune fille, « Je le surveillerai de près. Il est hors de question qu'un Serpentard subisse l'influence de Gryffondors. » Il accentua le dernier mot, l'enrobant de mépris.
« Et si nous mettions fin à cette stupide rivalité entre Gryffondors et Serpentards, Severus. Je crois qu'elle a suffisamment duré. »
« Vous avez raison Potter. Laissez-nous gagner la coupe des quatre Maisons et on sera quittes. Qu'en dites-vous M. Longdubat ? »
« Que nous allons vous battre professeur. »
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Harry avait demandé des quartiers en retrait des grandes voies de circulation du château. Il ne voulait pas que ses faits et gestes soient sans cesse épiés.
Comme il le faisait ces six dernières semaines, il voyagea par cheminée et atteignit rapidement les quartiers de Severus. L'homme donnait son cours de piano à David. Le jeune homme avait fait des progrès fulgurants et s'ouvrait facilement à son directeur de Maison.
La musique envahissait la pièce. Ce n'était plus les tapotements hésitants des débuts. David était un bon élève. Et heureusement puisque Severus n'était pas connu pour sa patience. Pourtant contrairement à ses attentes, le maître des potions avait appris à aimer le jeune garçon. Il avait un tempérament vif et n'avait pas peur de faire des erreurs et de les reconnaître.
Il apprenait vite et il aimait jouer. Ensemble, ils se perdaient dans la musique. Entraient dans un monde qui leur appartenait. Un monde composé de notes. Et Harry pouvait entrer dans cet espace. Personne ne lui en avait vraiment donné l'autorisation, mais il vibrait en harmonie avec la musique. Il comprenait ce qu'ils jouaient. Il comprenait que Severus n'enseignait pas seulement à David l'art d'interpréter un morceau, mais qu'il lui apprenait surtout à jouer avec son cœur.
La mélodie retomba doucement.
« C'est bien mieux, mais à la fin, tu étais encore un peu rapide. Ici, tu n'as pas suivi le rythme. La prochaine fois, on retravaillera ce morceau. »
« Entendu professeur. »
« Va maintenant, autrement tu ne respecteras pas le couvre-feu et je serai obligé de te donner une retenue. »
« A demain. »
« Oh, bonsoir professeur Potter. »
« Bonsoir David, Severus. La leçon est terminée pour ce soir ? »
« Oui. Pour un enfant placé sous ta responsabilité, je dois avouer qu'il a des qualités que je n'aurais pas soupçonnées. »
« Pardon ? »
« Après tout, en tant que Serpentard, il est normal qu'il fasse preuve d'intelligence. Chose dont sont dénués les Gryffondors. »
Harry vit David essayer de réprimer un sourire, mais les coins de ses lèvres se redressèrent légèrement. « Et toi David, qu'en penses-tu ? »
Le jeune garçon parut hésiter un instant mais lorsqu'il vit le sourire en coin de son directeur de Maison, il répondit, « Je suis d'accord avec le professeur Snape. Les Gryffondors s'attirent sans cesse des ennuis. Et ils n'ont pas besoin de notre aide. »
« Je l'ai toujours dit, les Gryffondors sont tous des idiots. »
Harry croisa les bras et regarda Severus sévèrement. « Et c'est mon influence qui est mauvaise ? »
« Bien sûr. »
L'échange entre ses deux professeurs faisait toujours sourire David. Il était certain que peu d'élèves voyaient une joute verbale de cette sorte.
« David, veux-tu passer le réveillon à l'orphelinat ? Si tu es d'accord, j'inviterai Ginny et Drago. Sinon, je suppose que tu passeras Noël avec eux. »
« Je serai ravi de revoir les autres. »
« Entendu. Et crois-tu pouvoir nous jouer un petit air de Noël ? »
Severus menaça son ancien élève du regard. Il détestait les chants de Noël et le morveux le savait. « Si le professeur Snape est d'accord. » Dit simplement David.
Severus croisa les bras sur la poitrine et acquiesça. « Potter ! »
« Quoi ? Noël est une fête sorcière, Severus ! Les enfants seront contents d'entendre des chants de Noël. »
« Si c'est toi qui chante, je crois qu'il ne sera pas nécessaire d'apprendre ce morceau. »
« Ce qui signifie ? »
« Absolument rien. On commencera un chant de Noël au prochain cours. Maintenant allez-y David, sinon, je serai obligé d'enlever des points à Gryffondor pour vous avoir retenu après le couvre-feu. »
« Bonsoir professeurs. »
« Bonsoir David. »
Harry attendit d'entendre la porte se refermer et s'approcha du piano. Il passa révérencieusement une main sur le bois noir et s'assit à côté de Severus. Il ouvrit le lien qui existait maintenant naturellement entre eux et posa ses mains sur le clavier. Les notes s'élevèrent doucement dans la salle. Aucun autre son ne s'entendit alors.
« Je ne serais jamais aussi doué que toi. »
« Voilà enfin une vérité Potter. » Harry soupira, posa sa tête sur l'épaule de Severus et ferma les yeux.
« Alors, quelle est cette histoire de Noël ? Ne vas-tu pas le passer ici avec moi ? »
« Non, mais tu seras là. J'ai invité toutes les personnes résidant à Poudlard pendant les vacances à passer Noël à l'orphelinat. Ca fera voyager les élèves qui restent à l'école. » Il releva la tête pour regarder l'autre homme.
« Donc, si Minerva m'a demandé de réserver ma soirée de Noël, c'est pour la passer avec toi à l'orphelinat, » Grogna Severus.
« C'est ce qu'il semble. »
« Et je suis sûr que tu étais au courant. » Railla-t-il.
« Moi ? Non ! » Harry éclata de rire. Ses yeux verts étincelaient de bonheur.
Severus lui prit la main et déposa un baiser dans sa paume. Les mots qu'il voulait prononcer restèrent coincé dans sa gorge, mais ils étaient dans la manière dont il le regardait, dans la manière dont il le touchait.
Harry passait la plupart de ses nuits dans les cachots. Ils avaient installé un système qui les prévenait si on cherchait l'un ou l'autre. Ils auraient aimé passer plus de temps au Refuge, mais ils hésitaient toujours à quitter Poudlard, malgré les dispositions qu'ils avaient prises.
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Le réveillon de Noël fut animé au numéro 12 Grimmault Place. Harry avait congédié tous les gardes d'enfants afin qu'ils puissent passer Noël en compagnie de leur famille. Il avait en revanche invité les professeurs de Poudlard ainsi que le peu d'élèves qui ne quittaient pas le château pendant les vacances.
Elèves et professeurs étaient venus dès le début de l'après-midi, bien décidés à aider les enfants de l'orphelinat à se préparer pour la soirée. Quelle ne fut pas leur surprise quand ils découvrirent que les enfants étaient affairés à la cuisine autour de Harry et de Ginny. L'ambiance chaleureuse les interloqua. Comment pouvait-on s'amuser en faisant la cuisine ?
Ils furent accueillis à bras ouverts et l'atmosphère festive s'empara d'eux. Préparer des gâteaux étaient plutôt amusant. Voir le professeur Potter couvert de farine et de chocolat l'était aussi. Riant, la médicomage les laissa à leur tâche. Ils étaient tout simplement impossibles. Heureusement que les elfes de maison travaillaient de leur côté. Parce que les enfants mangeaient autant qu'ils cuisinaient.
Ils n'avaient aucune obligation, chacun faisait ce qu'il voulait faire dans la joie et la bonne humeur.
David était entouré de jeunes orphelins et leur racontait sa vie à Poudlard. Assis par terre, il tenait sa jeune sœur dans ses bras. La petite fille somnolait, son pouce dans la bouche.
Les invités n'allaient pas tarder à arriver. Drago devait venir en compagnie de Severus. Ginny les soupçonnait de comploter quelque chose. A moins que la perspective de voir autant de monde, et surtout de Weasley, ne les effraye. Mais cette pensée la fit rire. Jamais elle n'oserait traiter un Serpentard de lâche.
A sa grande surprise, elle trouva les deux hommes en train de décorer le sapin, entourés de petits garçons et de petites filles qui voulaient mettre leur touche personnelle à la décoration. Cette vue lui réchauffa le cœur. En la voyant, Drago lui fit un sourire et Severus une grimace.
Ils furent bientôt rejoints par Harry qui leur sourit avec complicité.
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Le dîner fut une réussite totale. Parfois le goût de certains plats était douteux, mais personne ne se plaignit. Après tout, les ingrédients étaient tous consommables.
Les jumeaux avaient apporté leurs dernières inventions qui firent de malheureuses victimes. A la fin du repas, Harry avait les cheveux blancs et un début de barbe. Dans l'esprit de la fête, il avait été désigné comme porte-parole du Père Noël. Même Severus ne pouvait s'empêcher de sourire d'un air moqueur en voyant le jeune homme. Mais il arrêta de sourire quand il se retrouva revêtu des couleurs des Gryffondors.
Ron et Neville avaient passé la soirée à discuter, s'éloignant des autres convives. Ron renvoyait systématiquement les enfants qui venaient les voir pour s'amuser. Molly essaya de lui parler, mais c'était vain. Neville semblait retenir toute son attention.
Harry vint les voir à plusieurs reprises. Ils s'arrêtaient de parler dès qu'il s'approchait. Il les observa une partie de la soirée. Le directeur des Gryffondors secouait la tête de temps à autre et portait une main à ses yeux. La conversation n'avait pas l'air plaisante, mais toutes les tentatives de Harry pour les engager dans une autre voie échouèrent.
Il fallut attendre que les enfants soient couchés pour que l'Auror vienne voir son meilleur ami. Voulant discuter en privé, ils s'isolèrent dans une pièce et jetèrent un sort d'insonorisation. Severus les observa partir et haussa un sourcil quand il croisa les yeux de Harry. Mais celui-ci ne put que hausser les épaules.
« Harry, » Commença Ron, « Je vais te sortir de cette situation. »
Confus, Harry haussa un sourcil comme l'aurait fait Severus. « Pardon ? »
Cette réponse sembla énerver son interlocuteur qui ferma le poing et serra les dents. « Je ne peux pas te laisser là. Snape, » Il cracha son nom, « est en train de te changer. Tu ne le vois pas, mais moi je le vois. Que fais-tu avec ces apprentis Serpentards ? Ces enfants de démons ! » Ses doigts se refermèrent sur les épaules du brun, l'agrippant comme un vautour tiendrait sa proie.
« Ron, je suis heureux. Je fais ce que je veux faire depuis des années. Ces enfants sont toute ma vie. Tu ne peux pas les rendre responsables de ce qu'ont fait leurs parents. »
« Tu entends ce que tu dis ? Ce sont eux qui ont tué Hermione -»
« Tais-toi, Ron. » Harry se libéra de ses griffes. « Ce sont des enfants. Des êtres à qui l'on doit donner la main, que l'on doit aider à s'intégrer dans notre société, que l'on doit aimer. Ils n'ont rien demandé à personne. Ils sont purs Ron. Ils forment le futur de ce monde. Grâce à eux, le monde pourra un jour vivre en paix. Sans rivalité entre Maisons, sans haine envers les moldus-»
Le rouquin le regarda calmement, une étrange lueur dans les yeux. « Ne t'inquiète pas, Harry, je vais te sauver. »
« Je n'ai pas besoin que tu me sauves, Ron. Mais qu'est-ce que tu es devenu ? Laisse-moi t'aider. » Le Survivant s'approcha de son meilleur ami qui recula.
« Ne me touche pas, Potter. » Il avait l'air affolé. « Je sais ce que tu as fait à Neville. Tu as essayé de me le prendre, mais jamais tu n'y parviendras, jamais. » Il passa une main tremblante dans ses cheveux et inspira profondément. « On a besoin de toi Harry. Les Aurors ont besoin de toi. »
« Non, Ron. Les Aurors n'ont plus besoin de moi. J'ai fait ce qu'on me demandait, j'ai accompli mon devoir. Je veux vivre en paix. Je ne veux plus ni tuer, ni torturer. C'est fini. » Murmura Harry.
« Non, ce n'est pas fini. Il y a encore beaucoup à faire. » Ron tourna les talons et sortit, refermant la porte derrière lui.
Harry cligna des paupières. Ron avait vraiment un comportement étrange. Il resta seul dans la salle quelques minutes, passant en revue la conversation. Un sentiment de malaise s'était profondément instillé en lui.
La porte se rouvrit et des pas s'approchèrent.
Des bras s'enroulèrent autour de sa taille. Harry se laissa aller contre le corps musclé de son amant. « Que voulait-il ? » Murmura la voix rauque.
« Mm, me sauver des vilains Serpentards. »
Severus le relâcha. « Pardon ? »
Harry se retourna dans ses bras, « Il croit qu'il a un devoir envers moi et qu'il doit m'aider à quitter Poudlard et l'orphelinat. Il veut que je retourne travailler au Ministère. »
Le Serpentard se contracta et ses traits se durcirent. « Que lui as-tu répondu ? »
Le Gryffondor posa ses lèvres contre le coin de la bouche de son amant, passa ses bras autour de sa taille et lui répondit au creux de l'oreille. « Qu'il n'en était pas question, que j'étais heureux avec mes Serpentards. » Il sentit le sourire contre sa joue.
« Quel est le programme de ce soir ? »
« Les cadeaux sous le sapin. »
« Ce sera sans moi. »
« Ce sera avec toi. Toujours. » Lui dit Harry en posant ses lèvres sur les siennes.
Ils n'avaient pas vu l'ombre qui était revenue sur ses pas et qui avait assisté à la rencontre inattendue.
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« Eh, j'ai entendu du bruit ! »
« Chut, tu sais bien qu'on n'a pas le droit d'être debout à cette heure de la nuit. »
« Oui, mais je veux voir le père Noël. »
« Oui, oui, je sais moi aussi. Et regarde, il y a quelqu'un. »
Des paquets atterrissaient au pied du sapin, sans qu'ils ne voient personne.
« Je t'avais dit que le Père Noël était un sorcier. » Les enfants s'approchèrent lentement mais résolument.
Ils entendirent un grognement. « Ces sales gosses ne peuvent pas rester couchés un soir dans l'année. »
« Voyons Sev, » Murmura l'autre voix, « Ce sont des enfants et ils veulent voir le Père Noël. »
Les deux garçons se regardèrent avec étonnement
« Ils ne savent pas que ceux qui ont vu le Père Noël n'ont jamais plus de cadeaux. Les traditions orales se perdent. Il vaudrait mieux qu'ils partent avant son retour. »
« Oups, le voilà ! » Dit la seconde voix.
Les enfants prirent leurs jambes à leur cou et coururent jusque dans leur chambre.
« Je crois qu'on en entendra parler pendant longtemps. »
« Tout ça c'est de ta faute Potter. Ils sont restés trop longtemps sous ton influence. Ces pauvres enfants ne pourront jamais devenir de bons petits serpents. »
Des lèvres invisibles se posèrent sur d'autres lèvres invisibles. « Je suis désolé Severus. Si ça peut te rassurer, ils ne feront pas non plus de bons Gryffondors. Ils savent où est leur intérêt. »
« Finissons-en. Je ne tiens pas à passer la nuit ici. »
« As-tu d'autres idées ? »
« Aucune te concernant, morveux. »
« Je suis blessé. »
« J'espère bien. »
« Ca y est, c'était le dernier. » Harry déposa le dernier paquet sous le sapin. « Il est temps d'aller se coucher. »
Ils remontèrent en silence jusqu'à leurs chambres. Ils s'étaient arrangés pour être voisins de palier. Ils avaient ainsi pu créer une porte entre leurs deux chambres. Tous les autres n'y verraient que du feu.
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Les vacances de Noël étaient terminées lorsque Severus emmena Harry dans son Café. Il n'y avait plus mis les pieds depuis le début de l'année, depuis qu'Harry était revenu dans sa vie. Il n'avait plus besoin de la nostalgie et de la mélancolie dont il s'était entouré pendant si longtemps.
Aujourd'hui, il voulait partager cet endroit avec Harry.
La cave était voûtée, le décor ressemblait à une nuit étoilée. La faible luminosité permettait une intimité plus grande que dans la plupart des autres cafés. Les gens ne venaient pas ici pour faire des rencontres, mais pour se détendre, apprécier la musique et se souvenir ou oublier.
Severus aimait cette atmosphère et apparemment, Harry s'y sentit immédiatement à l'aise. Personne ne l'accosta pour avoir un autographe ou pour une interview. Ils étaient ici anonymes. Des visages parmi d'autres. On discutait avec son voisin de table sans savoir ce qu'il avait fait pendant la guerre. Ca n'avait pas d'importance.
Ils commandèrent leurs boissons et Severus se mit au piano. Il ferma les yeux et joua une mélodie qu'il avait composée au début de leur relation. Douce et violente, amère et tendre, orageuse et calme, la musique résumait ce qu'il ressentait quand ils étaient ensemble.
Quand il ouvrit les yeux, il rencontra des perles vertes. Il ne jouait que pour elles. Il pouvait se perdre dans cet océan de verdure, dans la pureté de ces prunelles… Souvent, il se demandait pourquoi cet ange restait auprès de lui.
Se rendre dans ce Café devint une sorte de rituel pour eux. Le vendredi, il n'était pas rare qu'ils s'y retrouvent avant de retourner au Refuge.
Severus retourna auprès de Harry et écouta son amant parler. Ce soir était particulier. Il avait quelque chose à lui demander. Il ne parvenait pas à se concentrer sur la discussion. Mais les paroles n'avaient pas d'importance. Harry était là, c'est tout ce qui comptait à ses yeux. Son sourire était envoûtant. Severus essayait de faire croire qu'il n'était pas sous son charme. Il voulait croire qu'il contrôlait encore sa vie et ses sentiments. En public, il faisait attention de conserver son masque impassible.
Il aimait le Survivant. Cette simple pensée le faisait sourire amèrement. Aimer. Donner son cœur. Partager. S'ouvrir à l'autre. Lui laisser la possibilité de le faire souffrir.
Donner un tel pouvoir à quelqu'un lui faisait peur. Mais c'était Harry et Severus savait qu'il ne le blesserait jamais délibérément. Il avait confiance en lui.
Lui seul voyait ses barrières et parvenait à les traverser. Lui seul voyait son âme.
« Severus ? » Le jeune homme posa une main sur son bras.
« Est-ce que tu vas bien ? »
Severus répondit brusquement, « Je ne vois pas pourquoi ça n'irait pas. » Harry leva un sourcil, habitude qu'il avait prise depuis peu.
« On est de mauvaise humeur ce soir ! J'ai en tête quelques petites choses pour te changer les idées. » Il lui fit un sourire entendu, « Et j'ai quelque chose à te donner. »
Severus soupira, il ne pouvait jamais être longtemps en colère contre Harry. « Moi aussi j'ai quelque chose pour toi. Si nous rentrions ? » Harry acquiesça simplement. Severus lui prit le bras et transplanèrent au Refuge.
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S'il devait en juger par ses réactions, Harry aurait dit que Severus était en proie au doute. Son attitude au Café, la musique qu'il avait jouée, la façon dont ils les avaient fait s'éclipser…
Il s'assit pendant que Severus servait les boissons. En prenant son verre, ses doigts touchèrent ceux de l'autre homme dans une caresse involontaire.
Le Serpentard s'assit à l'autre bout du canapé, créant une distance qui n'existait pas vraiment.
Harry sortit un paquet de sa poche et le lui tendit.
Severus posa son verre, prit le paquet et l'ouvrit avec précaution. Dans un écrin, se trouvait un pendentif en forme de Serpent. Ses yeux d'émeraude rappelaient ceux de Harry. Le Gryffondor souffla quelques mots et le bijou se transforma pour s'adapter au cou de Severus. Les doigts de Harry défirent son col et touchèrent le pendentif et la peau. Il murmura, « Il assure la protection de l'être aimé et lie les âmes de deux personnes. Je n'ai acheté que cette moitié. Tu es libre de la garder ou de l'enlever. » Il ne le regarda pas dans les yeux, se concentrant sur le pendentif.
Severus repoussa doucement sa main et se leva. Harry ferma les yeux. Il ne supporterait pas un rejet. Pas maintenant. Le canapé s'affaissa doucement et une main se posa sur sa joue. Il leva les yeux et rencontra ceux d'onyx. Severus l'embrassa tendrement, comme pour le rassurer et lui donna le paquet qu'il avait entre les mains.
« Je voulais te l'offrir pour Noël. Comme tu le vois, il est resté dans un tiroir. » Il observa Harry ouvrir le paquet. C'était un griffon aux yeux noirs. Comme le serpent, le bijou se fixa de lui-même en pendentif.
« Le vendeur m'a dit que son 'compagnon' avait été vendu. » Murmura Harry.
« Acceptes-tu de t'unir à moi ? »
« Je-Oui. » Harry l'embrassa, mais Severus n'approfondit pas à son baiser.
« Harry. Je ne veux pas te lier définitivement à moi. Je veux que tu aies toujours le choix de faire ce que tu veux, de partir si tu le désires, de rencontrer d'autres hommes- » Sa voix rauque montrait à quel point cette perspective était difficile pour lui, mais qu'il lui donne ce choix, c'était lui prouver la profondeur de ses sentiments. « Cette union est plus puissante que celle de nos bracelets parce qu'elle lie la magie et l'âme de deux personnes. Ce pendentif n'est qu'un catalyseur, un symbole. Ses pouvoirs ne dépendent que de nous. Même s'ils étaient détruits, le lien demeurerait. »
« Nous serons liés tant que nous le souhaiterons. Ce lien n'est pas définitif mais il nous permettra de partager nos pouvoirs, nos magies et nos pensées. Je serai capable de savoir où tu te trouves en fermant les yeux et je pourrai communiquer avec toi, même si tu fermes le lien. » Harry sourit.
« Oui mon Gryffondor insolent. »
« C'est le lien qu'ont choisi Ginny et Drago. »
« Oui, l'autre union existante, la magie qui lie les cœurs est moins connue et certainement plus dangereuse. Peu de sorciers choisissent cette option. Les personnes unies de cette manière sentent lorsque leur moitié est en danger. Si l'un meurt, l'autre est susceptible d'y laisser sa vie. La blessure de l'un sera ressentie par l'autre aussi nettement que s'il avait lui-même était blessé. Il existe des moyens de réduire ces effets, mais le lien veillera à ce que les sensations soient véhiculées de l'un à l'autre, même si ce n'est que légèrement. Et si l'un arrête d'aimer l'autre -» Harry termina.
« Le lien se brise de lui-même, entraînant la mort des deux. »
« Non. Tu te trompes. Ce n'est qu'une légende, celle des amants maudits. La vérité est que tout lien peut être brisé. Les amants ne meurent que s'ils sont malheureux, parce qu'ils sont incapables de communiquer. L'union des cœurs permet de ressentir la présence de l'autre dans son cœur, de ressentir son essence vitale, de savoir qu'il te regarde sans avoir à poser les yeux sur lui, de savoir ce qu'il ressent sans avoir à lui poser la question. Il n'y a plus de limites entre les deux individus. C'est ce qui effraye les amoureux la plupart du temps. »
« Tu sembles attirer par cette magie. »
« Oui. » Severus prit sa main et embrassa chaque doigt de Harry, le faisant doucement gémir. « Si tu devais accepter l'offre de Weasley et partir loin de moi, j'aimerais alors que l'on s'unisse de cette façon. Je veux savoir si tu es vivant ou si tu souffres, même si tu es de l'autre côté de l'océan. Il n'y a rien de pire que l'incertitude. »
« Mais l'union des âmes -»
« Ne permet de communiquer qu'à courte distance. Je ne pourrais pas te sentir ici. » Il posa une main sur son cœur.
« Mais s'il m'arrivait quelque chose -»
« Je le saurais. Sauf, si tu perdais ta magie sans que j'aie le temps d'intervenir en te transférant un peu de la mienne ou si tu m'effaçais de ta mémoire, je n'aurais alors plus que des sensations fugaces. » Il vit Harry frissonner. Il tira sur la main qu'il tenait toujours pour qu'il se rapproche de lui et entoura sa taille de ses bras, continuant à lui parler à l'oreille.
« Je ne pourrais pas être certain que tu es en vie. » Severus le tint serré contre lui, comme s'il avait soudain peur de le voir disparaître.
« Je ne saurais pas si tu souffres. » Harry posa ses mains sur les siennes.
« Parfois, je pourrais rêver de toi. Je pourrais sentir tes émotions. Tu pourras vivre une toute autre vie sans que j'en ai conscience. » Harry se retourna et déposa un baiser sur ses lèvres, « C'est tout à fait impossible. J'ai peur que tu ne puisses pas te débarrasser de moi aussi facilement. »
Severus ignora son commentaire, mais caressa sa joue. Harry se détendit légèrement et lui fit un petit sourire. Severus relâcha son étreinte pour pouvoir masser la nuque contractée. Harry gémit sous ses mains expertes.
« Nous serons toujours liés mais la magie sera tellement affaiblie que le lien sera presque inexistant. Nous serons comme divorcés. Même en nous revoyant, nous ne retrouverons pas les effets de ce lien, pas s'il nous ne le ravivons pas. Seul un amour partagé pourra le réactiver. » Sa voix était rauque. Ses mains marquèrent une pause. Il n'aimait pas envisager ce genre de chose. La simple pensée de perdre Harry… Non, il ne pouvait pas se l'imaginer.
Harry fit voix à sa propre angoisse, « Je croyais que la magie du cœur était un lien inébranlable. Je suis un peu déçu. Je préfère ne pas penser à ce que serait ma vie sans toi. » Il se retourna et regarda Severus dans les yeux.
« Je préfère la magie d'âme. Je n'aimerais pas qu'il t'arrive quelque chose par ma faute, je n'aimerais pas que tu sois blessé parce que je le suis, que tu ressentes ma douleur. » Harry s'éloigna de lui, prit la main de Severus dans la sienne et embrassa sa paume. « Que l'on soit uni par magie d'âme ou de cœur, je t'aime Severus Snape. »
« Moi aussi, je t'aime Harry Potter. Maintenant arrête de parler. » Severus l'embrassa, versant dans ce baiser la joie de s'unir à lui, l'angoisse qu'avait réveillée en lui cette discussion, la possessivité qu'il ressentait à son égard mais qu'il refusait d'exprimer.
