Chapitre 25 : épilogue : trois années de bonheur
Les années qui suivirent la guerre furent très animées à Poudlard.
Trois ans sans évènements d'importance majeure.
Pour créer une paix durable, changer les mentalités et montrer que les moldus étaient des gens qui méritaient de vivre, le château organisait des séminaires et des séjours dans des villes ou villages moldus. Harry invitait ceux qui le désiraient à résider quelques semaines à l'orphelinat et à aider les enfants moldus et sorciers à cohabiter.
A la fin de leurs sept années d'études, tous les élèves devaient avoir fait au moins un stage, une visite et avoir assisté à un séminaire. Bizarrement, les sorciers étaient fascinés par la télévision, excités à l'idée de conduire une voiture sur un rallye sécurisé, étonnés par la capacité des moldus à s'adapter, terrifiés par les ascenseurs et les escalators…
Les élèves adoraient ces stages et se faisaient souvent des amis parmi les jeunes moldus qu'ils rencontraient. Il leur était bien entendu interdit de leur révéler l'existence du monde sorcier, mais les contacts duraient grâce à l'ingéniosité des professeurs qui s'étaient arrangés pour que les échanges continuent par courrier. Le courrier était envoyé à l'orphelinat et Harry allait le chercher régulièrement pour le redistribuer ensuite. Les enfants étaient d'autant plus enclins à apprendre à se comporter et à s'habiller comme des moldus.
C'est peut-être la raison pour laquelle les absences de Harry passèrent inaperçues, du moins au début. Il ne répondait pas quand on frappait à la porte de ses quartiers parce qu'il n'y était tout simplement pas. On pensait qu'il était à l'orphelinat, qu'il accompagnait un élève en ville, qu'il donnait des cours….
Ginny et Drago étaient les plus intrigués. La jeune fille travaillait à mi-temps à Poudlard et voyait son ami dans la journée, mais le soir venu, il se volatilisait. Elle savait qu'il n'était pas à l'orphelinat puisqu'elle ou Drago s'y rendaient fréquemment. Elle le retrouvait parfois en compagnie de Severus ou de David, mais à d'autres moments, il était introuvable.
Autre fait déroutant : il ne semblait pas vivre dans ses quartiers. Elle avait remarqué l'ordre impeccable de ses appartements. Tout était trop parfait, trop bien rangé, trop propre. Ca ne ressemblait pas à Harry qui était d'un naturel brouillon. Rien ne semblait avoir été bougé depuis qu'il avait emménagé. Tout était beaucoup trop impersonnel et l'atmosphère n'était ni accueillante ni chaleureuse comme l'était l'orphelinat ou son appartement de Londres.
Curieuse, elle l'observait. La vérité étant qu'il n'avait jamais eu l'air aussi heureux. Serein serait le mot exact.
Il était évident qu'Harry aimait son travail. Il apprenait à ses jeunes recrues à se défendre ainsi qu'à se soigner. Pour lui s'entraider dans une bataille était essentiel et il leur enseignait la tolérance. Le monde ne pourrait retrouver la paix qu'en poussant les jeunes à vivre ensemble. Les sangs purs, les sangs mêlés et les enfants d'origine moldue devaient travailler main dans la main. Il organisait des duels amicaux, formait les équipes composées d'enfants de Maisons et d'origines diverses. Ils étaient forcés de coopérer. Les rivalités de début d'année et l'animosité à son encontre le faisaient toujours sourire. Pour eux, il faisait acte de trahison. Comment osait-il les mélanger de la sorte ?
Il fallut deux ans pour changer les mentalités et créer une rivalité amicale. Mais Harry était fier du résultat. Même si les blagues se faisaient maintenant à l'encontre des professeurs. Le livre des jumeaux Weasley était presque un appel à la désobéissance professorale. Au moins, les élèves travaillaient dans un même but : celui de jouer des tours aux professeurs qui, le plus souvent, parvenaient à détourner leurs blagues.
Malgré ses obligations, il ne négligeait jamais ni David, ni Eva.
Il s'arrangeait pour passer du temps en leur compagnie. Drago et Ginny invitaient Harry et Severus le week-end ou le soir et ils venaient toujours avec plaisir, même si le maître des potions avait toujours une remarque acerbe sur le bout de la langue. Ginny s'était vite rendue compte qu'il râlait plus par principe que par mécontentement.
Ses deux amis se disputaient sans cesse. Elle en avait parfois mal à la tête à force de les entendre se chamailler pour rien. Pourtant, le sourire de Harry ou le scintillement de ses yeux lui laissaient penser que leurs prises de bec l'amusaient. Comme si avoir le dernier mot, défendre une idée contre le Serpentard était un défi qu'il devait remporter.
Severus était également plus détendu. La guerre était terminée et il n'avait plus besoin de porter le masque du mangemort. Il était toujours sévère et exigeait que l'on respecte les règles, mais il était plus souriant, ses cheveux moins gras et ses yeux plus lumineux.
Ses retenues étaient plus des cours de rattrapage que des punitions. Et il essayait de traiter toutes les Maisons avec équité. Essayait. Le terme la fit sourire. Hier encore, elle l'avait vu retirer des points à un Gryffondor qui courait dans les couloirs. Dans l'heure, Harry avait enlevé autant de points à un Serpentard pour la même raison.
Severus participait également à la vie sociale du château. Il se rendait régulièrement à l'orphelinat seul ou avec des élèves et avait proposé, même si c'était de mauvaise grâce, de garder Eva pendant ses temps libres. Il continuait à donner des cours de piano à David. Et même s'il ne l'admettrait jamais, le jeune homme pourrait bien un jour le surpasser.
En trois ans, le protégé de Harry s'était ouvert au monde. En bon Serpentard, il était très indépendant mais avait une présence semblable à celle de Severus ou de Drago qui ferait de lui un très bon préfet. Il leur ressemblait énormément. C'était certainement la raison pour laquelle il s'entendait aussi bien avec eux. Ils représentaient un modèle pour lui.
Harry quant à lui, faisait figure de protecteur.
David était respecté et écouté à Poudlard parmi les quatre Maisons.
Ginny était très fière de son fils.
Il leur avait fallu du temps pour apprendre à se connaître et à s'aimer. Les premières années n'avaient pas été faciles. David était à l'aise avec Harry comme avec Severus. La promiscuité de Poudlard facilitait ce lien. Mais il ne voyait Ginny et Drago que rarement et pourtant c'était eux qui devaient faire office de parents. David ne les connaissait pas et refusait de jouer une comédie familiale.
Beaucoup de patience, de discussions et de compromis leur permirent de tisser des liens familiaux. La présence d'Eva avait accéléré le processus qui s'était achevé à l'entrée de David en deuxième année.
Ginny avait appris à l'aimer comme un fils et même s'il refusait que sa famille adoptive prenne la place de ses parents dans son cœur, David savait qu'il pourrait toujours compter sur eux s'il en avait besoin.
Ginny était arrivée trop tard dans sa vie : elle n'avait pas pu être là quand il en avait eu le plus besoin, mais elle espérait pouvoir balayer cette insécurité et cette peur d'aimer et d'être aimé qu'elle lisait dans ses yeux, la même qu'elle voyait encore dans ceux de Severus.
Elle l'aimait comme une mère aime son enfant et le jeune garçon le savait.
Elle les regarda et sourit. Trois ans s'étaient écoulés depuis qu'Harry était revenu vivre dans le monde sorcier. Le temps était vraiment passé très vite. Elle s'était habituée à cette atmosphère de jeu et de compétition qui correspondait tant aux traits des Serpentards.
Ses trois hommes étaient en train de faire un Monopoly sorcier. Les Serpentards menaient le jeu et Harry cherchait un moyen d'éviter la faillite. Eva sur ses genoux, essayait de l'aider, jouant parfois à sa place, achetant à perte, pendant que David tentait d'attirer l'attention de sa sœur. Il voulait lui apprendre les règles du Monopoly sorcier, si bien que le jeu décida de l'envoyer en prison pour la simple mais excellente raison qu'il ne jouait pas assez vite. Les autres éclatèrent de rire. Le sourire satisfait de Severus qui croyait pouvoir gagner ranima la flamme du jeune homme et pour l'encourager, Drago posa gentiment une main l'épaule de son fils et lui fit un clin d'œil. Ginny aperçut le sourire complice qu'ils échangèrent. Ces deux-là complotait quelque chose. Si elle ne se trompait pas, ils allaient allier leurs efforts contre Harry mais surtout contre Severus qui était leur principal rival.
La jeune fille apporta les boissons, ce qui leur permit de faire une pause.
Eva en profita pour descendre des genoux de son oncle et aller voir son frère qui, content, lui enseigna les meilleures tactiques, lui montrant discrètement quelles cartes seraient les plus profitables. Roublarde, la petite fille retourna auprès de Harry pour les lui souffler à l'oreille.
Le sourire de David lui fit comprendre qu'il s'était rendu compte de ce que sa sœur mijotait, mais avait choisi de l'aider. Finalement, Eva observait autant les deux jeux et, influencés par la petite fille, Harry et David perdirent.
Et maintenant Drago et Severus se battaient pour savoir qui serait le vainqueur, se moquant par la même occasion du héros du monde sorcier qui finirait à coup sûr dernier.
Ginny s'assit à côté de Harry et de David. Eva changea de jambes et se blottit contre elle, un pouce dans la bouche.
Eva grandissait, chérie de tous et en particulier de David qui passait le plus de temps possible en sa compagnie. A cinq ans, elle trottait dans toute la maison et parlait sans arrêt. Elle faisait le bonheur de ses parents et de ses gardiens.
Harry adorait la fillette. Aux yeux de Ginny, il était évident qu'il voulait une famille et des enfants. Il considérait visblement Eva comme sa fille et elle le lui rendait bien.
Cependant, quand David était à la maison, rien ne pouvait les séparer. Eva suivait son grand frère partout comme si elle était son ombre. C'est pourquoi, il était toujours un peu jaloux quand son attention était attirée ailleurs, comme maintenant.
Loin de la repousser, David lui apprenait patiemment tout ce qu'il savait, jouait avec elle, lui lisait des histoires pour qu'elle s'endorme et lui parlait de Poudlard.
Elle serait indéniablement une sorcière. Une petite Gryffondor. Drago grognait quand elle prenait des risques inconsidérés, comme essayer de voler sur un balai toute seule 'pour faire comme les grands' ou prendre la baguette de papa 'parce que c'est drôle'.
Elle faisait la joie de tous ceux qui l'entouraient.
Le ton était comme d'habitude en train de monter. Severus et Drago croyaient tous les deux mériter la première place. Eva, une fois de plus, mit fin à la dispute. David avait gagné. Elle lui avait donné de l'argent tout au long de la partie sans le dire à qui que ce soit. 'Bah oui, sinon, comment il aurait pu continuer à acheter ?'
Peut-être une future Serpentarde après tout. Ginny embrassa les cheveux frisés de sa fille qui gigotait sans cesse entre Harry et David.
Lui faire comprendre qu'elle avait triché ne serait pas facile.
Ginny aperçut le regard de Harry se poser sur Severus. Les bras croisés, le directeur adjoint avait l'air sévère, mais il avait une lueur espiègle dans le regard. Contrairement à ce qu'il voulait faire croire, il s'amusait. Leurs yeux se croisèrent une fraction de seconde mais ce fut suffisant pour que Severus se laisse aller et se mette à rire de bon cœur avec les autres. Voilà quelque chose qui l'intriguait.
Elle était certaine que son ami éprouvait quelque chose pour le Maître des Potions. Malgré le masque permanent que Harry portait, le corps et le regard ne pouvaient mentir. Elle l'avait vu se détendre en la simple présence de Severus. Son regard s'adoucissait quand il se posait sur l'ancien espion. Et c'était réciproque, comme elle venait de le constater à l'instant.
Non, elle était sûre qu'il se passait quelque chose entre eux. Elle ne les harcèlerait pas pour savoir. Ce n'était pas son rôle et elle comprenait leur désir de discrétion. Ils avaient vécu beaucoup de choses. Il était temps qu'ils aient leur vie loin de la presse et des médias.
Elle-même restait discrète. Elle voulait simplement vivre avec son mari et ses enfants. Le monde sorcier avait accepté qu'elle et Drago aient la garde conjointe d'Eva et de David, mais refusait de les voir mariés.
Pour eux, ça n'avait pas d'importance. Le monde était en paix depuis cinq ans et plus personne ne clignait des paupières quand ils sortaient tous les quatre.
Sa famille était au complet : Drago, David, Eva, Severus et Harry. Elle n'avait besoin de rien d'autre.
Que les gens ne voient que ce qu'ils veulent voir était leur problème.
Elle, elle était heureuse.
Hpsshpss
Ginny n'était pas la seule à observer Harry.
Assis à la table des professeurs, celui qui était directeur des Gryffondor depuis quatre ans déjà, fixait son collègue et ami qui s'était pour une fois placé entre Severus et Minerva.
Severus. Prononcer le prénom de celui qui avait été son bourreau pendant si longtemps lui était encore difficile, mais son ancien professeur avait beaucoup changé. La peur qu'il éprouvait pour lui s'était mué en respect. Ils ne seraient jamais amis, mais ils pouvaient avoir des relations cordiales. Il leur était arrivé de parler d'herbes et de plantes sans que rejaillissent les souvenirs de sa scolarité.
Le sourire méprisant de Severus se faisait beaucoup plus rare. Il le réservait en général aux bêtises qui sortaient de la bouche de Harry. Ce dernier lui avait un jour avoué qu'il faisait exprès de contrarier Severus et de lui prouver qu'il était toujours un 'impudent Gryffondor sans cervelle'.
Et si Neville devait en croire l'expression du terrible professeur de potions, Harry venait de prononcer une ânerie. Les yeux vifs et passionnés, Severus donnait une leçon au professeur de Défense qui n'avait d'oreilles que pour lui.
Minerva à côté, riait de cet échange.
Neville s'était considérablement rapproché du Survivant. Celui-ci l'avait libéré d'un poids et il lui en était infiniment reconnaissant. Le professeur de Défense Contre les Forces du Mal avait toujours une minute à lui consacrer et ils discutaient aussi souvent que possible.
Mais Harry était un homme fort occupé, toujours disponible mais toujours sur le qui-vive.
Ron était jaloux de cette nouvelle amitié. Neville ne savait pas s'il était possessif envers Harry ou envers lui, mais le rouquin avait du mal à supporter de les voir ensemble. Depuis qu'Harry était professeur, il râlait et jurait de trouver un moyen de le sortir de ce guêpier. Rien de ce que Neville lui disait ne parvenait à l'en dissuader.
Le lien mystérieux que Ron et Neville avaient partagé pendant la guerre ne s'était pas totalement effacé et la présence de Ron le réconfortait, même si l'Auror s'était mis en colère quand il avait appris que son tatouage avait presque disparu. Il avait parfois le sentiment de le sentir à la lisière de son esprit cherchant quelque chose qu'il ne devait pas trouver. Neville essayait de le combattre, mais c'était un combat perdu d'avance.
Il en avait parlé à Harry qui avait froncé les sourcils mais n'avait pas continué la discussion, lui conseillant de ne pas s'inquiéter.
Son esprit dériva vers une conversation qu'il avait eue avec Harry quelques semaines après les vacances de Noël. C'était la première année qu'il faisait office de directeur des Gryffondors et il était inquiet.
« Harry, j'ai vu Ron, il y a quelques jours. Il ne comprend pas pourquoi tu l'évites. »
Le jeune professeur avait alors éclaté de rire. « Je ne l'évite pas du tout, Neville. Je lui écris mais mes lettres ne lui parviennent jamais. Quand je vais au Ministère, on me dit qu'il est en mission et impossible à joindre. Molly me donne de ses nouvelles de temps à autre. Mais même elle ne le voit que très peu. Et quand je parviens à passer cinq minutes en sa compagnie, il me reproche de passer du temps avec mes amis. »
« Il a beaucoup changé. »
« Nous avons tous changé. Mais Ron- Je ne sais pas ce qu'il s'est passé. Il était mon meilleur ami mais aujourd'hui-. » Harry soupira.
Neville acquiesça tristement. « Je crois qu'il n'aime pas te savoir ici. »
« Mais j'aime ma vie à Poudlard. Il m'a parlé de ses intentions, mais j'espère sincèrement ne jamais devoir retourner travailler pour le Ministère. J'ai vu trop d'horreurs là-bas pour avoir envie d'y retourner. » L'expression douloureuse de son ami força le jeune homme à se taire. Il y avait de la boue qu'il valait mieux ne pas remuer.
C'est à ce moment que Neville vit un médaillon briller au cou de son ami. « Tu as un très beau pendentif. »
Surpris, Harry posa sa main dessus et caressa le griffon. « C'est un cadeau. » Son sourire énigmatique était lointain et distrait.
Neville profita de sa présence pour l'interroger sur ses absences. La curiosité était définitivement un trait de caractère des Gryffondors.
« Harry, on ne te voit presque plus à Poudlard, passes-tu ton temps à l'orphelinat ? »
Le Survivant lui sourit et répondit, « Je vais, je viens. Mais j'essaie de passer le plus de temps possible chez moi. » Il regarda sa montre et se leva, « Je suis désolé Neville, j'ai un cours dans dix minutes- »
« OK, ne terrorise pas trop tes élèves. Je les ai entendus parler, ils ne semblent pas beaucoup t'apprécier. »
« ça leur passera, tu verras. » Et il partit.
Neville ne lui avait jamais reposé la question, mais sa réponse l'avait interpellé. Harry n'était-il pas chez lui à Poudlard ?
Harry avait eu raison ce jour-là, à plus d'un titre. D'une part, les élèves en étaient venus à aimer le cours de Défense et donc Harry. D'autre part, Ron avait effectivement beaucoup changé. Et pas en mieux. Son cœur était rempli de désir de vengeance et de puissance. Et il souffrait énormément.
Le Survivant dut sentir son regard car il se tourna vers lui et lui fit un clin d'œil.
Hpsshpss
Harry était revenu à Poudlard depuis trois ans quand un changement d'importance se produisit. Minerva essaya de lutter contre le Ministère, insistant sur le fait qu'Harry avait signé un contrat avec Poudlard et qu'après la guerre, il avait été déchargé de ses fonctions d'Auror.
Assise derrière son bureau, elle soupira. Rien ne pouvait être fait. Il devait retourner sur le terrain. Elle avait réussi à convaincre le Ministère de ne lui confier que des missions ponctuelles. Elle avait besoin de lui au château.
Elle en avait d'abord parlé à Severus. En tant que directeur adjoint, il devait l'aider à prendre les bonnes décisions.
Severus s'était battu contre cette décision, mettant toute son énergie dans cette bataille administrative.
« Severus, nous n'avons plus le choix. Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir. Harry doit reprendre ses fonctions d'Auror. » Ils avaient déjà eu cette conversation. Ils tournaient en rond. Severus refusait de lâcher prise, le Ministère aussi.
« Bon sang, je ne l'ai pas entraîné à survivre pendant la guerre pour qu'il meure en période de paix. N'a-t-il pas été suffisamment blessé ? Que leur faut-il de plus ? » La colère lui fit hausser le ton.
« Ils veulent un héros. Ils veulent que la population continue à avoir confiance en eux. » Elle sentait un mal de tête survenir et l'entêtement de Severus n'arrangeait rien.
« Qui est à la tête de la division des Aurors ? » Debout, son directeur adjoint faisait les cents pas.
« Ronald Weasley. » Il s'arrêta net et la regarda, le mépris se lisait dans toutes les lignes de son corps. Il renifla.
« Comment cet avorton a-t-il pu monter les échelons aussi vite ? » Elle était tentée de lui offrir un bonbon au citron, mais elle n'était pas certaine qu'il apprécie le geste. Albus avait laissé traîner ses réserves de bonbons un peu partout dans le bureau. Elle n'avait pas eu le courage de les jeter et ils étaient bien utiles. Il les avait mélangés à de la potion calmante. Elle avait continué la tradition inaugurée par le vieil homme et en proposait à tous ceux qui venaient la voir.
« D'après ce que j'ai compris, de nombreux Aurors ont donné leur démission à la fin de la guerre. M. Weasley est l'un des plus gradés. » Lui répondit-elle sèchement.
Severus ferma les yeux. « Très bien, quand comptez-vous le lui dire ? »
« Aujourd'hui. »
« Très bien. » Il serrait les dents.
Minerva appela Harry par cheminée. Sa tête apparut dans la cendre. « Que se passe-t-il, Minerva ? »
« Peux-tu venir Harry, nous aimerions te parler de quelque chose. »
Le regard vert passa de l'un à l'autre et il acquiesça. La minute suivante, il était devant eux.
« Asseyez-vous, M. Potter. »
« Vous êtes bien formelle, madame. »
« C'est une réunion professionnelle, Harry. » Les yeux du Gryffondor se posèrent sur Severus. Quelque chose dans l'expression froide et sévère du directeur adjoint dut l'interpeller. Il s'assit et attendit.
Minerva lui tendit une lettre d'un air peu amène. En la lisant, elle le vit changer de couleur. Ses épaules s'affaissèrent et son regard perdit de sa luminosité, mais à la deuxième lecture, il s'était déjà repris. Elle savait ce qu'il avait enduré pendant la guerre et son cœur saignait pour lui. Elle refusait de le lui montrer. Elle devait être intransigeante, comme toujours. Quand il lui rendit la lettre, il s'était redressé. Son courage l'impressionnerait toujours. « Très bien. Je suppose que je dois attendre de recevoir mes ordres. »
« Tu étais au courant ? » Lui demanda une voix froide et sarcastique.
Severus cherchait la dispute. Le poison contenue dans sa voix aurait fait pleurer n'importe quel première année. Si ça continuait, son mal de tête allait se transformer en migraine.
« Oui, » Répondit simplement Harry.
« Alors tu vas partir sans te battre ? » La colère faisait vibrer la voix de Severus.
« J'ai fait ce que j'ai pu pour éviter de retourner sur le terrain mais je n'ai pas le choix. Je partirai dès que j'aurais reçu mes ordres, ce qui ne devrait pas tarder maintenant qu'ils vous ont prévenu. » Répondit Harry aussi froidement.
« Alors bon vent, Potter. » Il se leva et claqua la porte derrière lui. Les tableaux aux murs frémirent sous la secousse.
« Un Snape restera un Snape. Ces sang-mêlés n'ont aucun respect pour la diplomatie. »
« Quel être arrogant ! »
Minerva jeta un sort pour faire taire les tableaux. Depuis quelques temps, les entendre lui était devenu insupportable.
« Je suis désolé Harry. Severus s'est beaucoup investi dans cette affaire. » Le poids de sa focntion de directrice pesait lourdement sur ses épaules.
Le professeur leva ses yeux verts vers elle. « Depuis quand est-il au courant ? »
« Je ne sais pas, trois semaines, un mois peut-être. »
Harry hocha simplement la tête pour acquiescer. « Je vous remercie Minerva. Je vais y aller maintenant. »
« Tiens-moi au courant des suites. »
« Bien sûr. Bonne soirée. »
Hpsshpss
Ce même soir, David avait un cours de piano. Il n'avait jamais vu son directeur de Maison aussi énervé. « Bon sang, tu as mis des gants de boxe ce soir. Pas une seule note n'est juste et tu es trop lent ! »
Un son étouffé attira leur attention. Le professeur Potter sortait de la cheminée. « Bonsoir professeur Potter. »
« Que fais-tu ici Potter ? Nous n'avons plus rien à nous dire ! »
« David, peux-tu nous laisser s'il te plaît ? »
« Non, restez-là. Nous n'avons pas terminé notre leçon. »
Harry posa une main sur son épaule. « Va dans la pièce d'à côté, je viendrais te chercher dans cinq minutes. Le professeur Snape et moi devons discuter de choses importantes. »
David regarda son professeur de piano. Il avait croisé les bras et rivalisait de volonté avec le professeur Potter. Tous deux se regardaient dans le blanc des yeux.
Il ferma la porte derrière lui. Un silence pesant plana dans l'appartement plusieurs minutes durant. L'orage semblait couver dans la pièce d'à côté. David n'aimait pas cette ambiance, ça lui rappelait les évènements qui avaient précédé la mort de ses parents. Essayant de se concentrer sur autre chose, il regarda les livres soigneusement rangés sur les étagères. La pièce devait faire office de bibliothèque ou de salle de travail. Les voix retentirent d'un seul coup, grondantes mais lointaines car atténuées par l'épais mur de pierre.
« Puisque tu as pris ta décision, nous n'avons plus rien à nous dire. » Cingla la voix de son Directeur de Maison. Etait-ce son imagination où avait-il entendu de la douleur dans sa voix ?
Il mit cette impression de côté. Il connaissait Severus depuis trois ans maintenant et il savait que son professeur ne se laissait pas émouvoir aussi facilement.
« Tu réagis comme un enfant, Severus. » Harry paraissait calme. Le cœur de David ralentit. La dispute n'allait peut-être pas durer.
« Sors d'ici. Je ne tiens pas à me faire insulter chez moi. » Non, Severus était amer. Sa carapace avait des failles finalement. C'était un homme comme les autres. Cette pensée surprit David. Pour occuper ses mains et son esprit, il prit un livre qu'il ouvrit, mais les mots semblaient n'avoir aucun sens. Les voix continuaient à retenir son attention, quoi qu'il fasse.
« Je ne- Severus, » La voix du professeur de Défense ressemblait à un soupir, chargé de tristesse. « Je ne veux pas que l'on se dispute à cause de ça. »
« Demande à ton ami Ronald Weasley pourquoi il t'envoie sur le terrain alors que tu es resté entre la vie et la mort aussi longtemps. » La voix était chargée de tension. David crut cette fois déceler une note de peur mais il mit à nouveau l'idée de côté, c'était ridicule. Le Directeur adjoint n'avait peur de rien.
« Il ne m'arrivera rien, Severus. Je serai ici la plupart du temps. On se retrouvera le soir au Refuge. Tu ne sauras même pas que j'ai été en mission pour le Ministère. » L'exaspération et la fatigue s'entendaient dans le ton de Harry.
« Et je ne saurais pas s'il t'arrive quelque chose. » Encore de l'exaspération. Comment deux personnes pouvaient se parler, ressentir les mêmes émotions sans parvenir à communiquer. Au moins, ils ne criaient plus. David s'assit, le livre serré entre ses mains.
« Notre lien -»
« Ne fonctionne pas ainsi et tu le sais. La télépathie est restreinte. Trop loin, tu ne seras pas capable de puiser dans ma magie pour reprendre des forces. » Severus avait commencé en criant, mais David dut tendre l'oreille pour entendre la fin de la phrase. Il ne voulait pas les espionner, c'est malgré lui qu'il entendait ses 'oncles' se disputer.
« Je ne t'abandonnerai pas, je te le promets. » C'était doux et si passionné.
« Ne fais pas de promesse qu'un Gryffondor impétueux comme toi ne pourras pas tenir. Je te connais Harry. Tu risqueras ta vie pour le premier inconnu que tu croiseras. Tu ne t'en sortiras pas vivant cette fois. Tu n'as plus la volonté de te battre. Ca se voit dans tes yeux. » David ne comprenait pas la raison de leur colère, il était évident qu'ils s'inquiétaient l'un pour l'autre, comme le font les membres d'une même famille.
Harry renifla, « Tu vois trop de choses dans mes yeux. » Le ton s'était singulièrement radouci. Il posa ses yeux sur son livre et commença la lecture.
Au bout de quelques minutes, il fronça les sourcils et regarda la couverture : évidemment, c'était un livre de potions.
Il entendit le bruit des pas de Harry sur le sol. Il s'arrêta. Il y avait maintenant le bruit de tissus que l'on frotte l'un contre l'autre. Pouvait-il vraiment entendre cela ou son imagination lui jouait-elle des tours ? Ce qu'il détestait cette situation.
« Je survivrai. J'ai toujours survécu. » Le professeur Potter avait la voix rauque et il murmurait.
La tension était retombée.
« As-tu reçu ta mission ? »
Un soupir, « Oui. Je dois partir demain. »
« Alors va-t-en. Nous en reparlerons quand tu reviendras. » Il ne s'était pas trompé, c'était bien de la douleur.
« Est-ce que tu viendras au Refuge, ce soir ? »
« Si je peux. »
Des bruits de pas se dirigèrent vers la porte. Il n'y eut plus aucun bruit puis un verre cliqueta contre une bouteille. Le Serpentard venait de sortir un verre et se versait quelque chose dedans. David décida de sortir.
« Professeur ? »
« David ? Excusez-moi, je vous avais oublié. » Jamais il n'avait vu son maître de maison arborer une expression aussi triste, aussi ouverte. Il avait l'impression de pouvoir lire son cœur.
« Est-ce que vous allez bien ? »
« Oui. Merci de vous en soucier. Vous devriez retourner dans votre dortoir. Nous reprendrons la leçon demain. »
« Entendu. Bonsoir professeur.
« Bonsoir M. Eddings. »
Hpsshpss
Harry était parti depuis plusieurs semaines et personne ne savait où il était. Malgré ses promesses, aucun de ses amis ne l'avaient vu. Ginny avait fait part à son mari de l'état catastrophique dans laquelle étaient les élèves.
Leur moral était au plus bas. Le directeur adjoint avait annulé toutes les sorties, il donnait des retenues dès qu'il croisait un élève et il était plus terrible qu'avant la guerre. Connaissant son mentor, Drago avait décidé de se rendre sur place.
Il frappa à la porte qui menait aux quartiers du Maître des potions. N'obtenant aucune réponse, il essaya de franchir la barrière de son esprit grâce au bracelet qu'il portait encore aujourd'hui. La porte s'ouvrit alors d'elle-même.
« Puisque tu veux absolument troubler ma tranquillité, fais-le donc de l'intérieur, Drago. » Severus buvait un liquide ambré, assis derrière son piano. Les notes sur lesquelles il appuyait de temps à autre sonnaient faux.
« Assieds-toi, je t'en prie. » Railla-t-il une fois que le jeune homme se fut confortablement installé sur le canapé. « Que veux-tu ? »
La diplomatie n'ayant jamais été son fort, Drago entra dans le vif du sujet, « Est-ce que tu as des nouvelles de Harry ? »
« Pourquoi est-ce que je saurais où le héros du monde sorcier a décidé de se cacher ? »
« Parce que tu es son ami et que tu t'inquiètes. Maintenant, as-tu réussi à le contacter via le bracelet ? »
« Non M. Malfoy. Je n'ai aucune nouvelle du Gryffondor sans peur et sans reproche. Satisfait ? »
« Non, mais je devrais m'en contenter. » Il le regarda de plus près. « Est-ce que tu dors bien ? »
« Bien que cela ne te regarde nullement, oui, je dors aussi bien que possible. » Drago décela le mensonge de ses paroles. Il avait appris du meilleur et Severus n'était en excellente forme.
Sur la table, il vit un pendentif en forme d'ouroboros. Il s'en approcha et voulut le prendre, mais Severus l'en empêcha. « N'y touche pas. » Drago haussa un sourcil. « Il est de la même forme que ton bracelet. »
Le Serpentard acquiesça simplement. « C'est un cadeau de Harry. Il porte en lui sa trace magique. Tant que ses yeux sont verts, je sais qu'il est en vivant. »
« Je ne l'avais jamais vu. Il est très beau.»
« Harry a un griffon semblable qu'il transforme en bague ou en boucle de ceinture. Il dit que ça l'amuse. » Il parlait d'une voix monocorde comme s'il se faisait des réflexions à voix haute, comme s'il avait oublié sa présence. Soudain, il s'écria, « Maintenant que tu t'es bien renseigné, est-ce que tu peux me laisser ? Je suis fatigué. »
Drago sortit sans mot de plus.
Hpsshpss
Madame Pomfresh s'occupait de son patient lorsque Harry entra dans l'infirmerie. Les yeux bouffis et rouges, le jeune homme paraissait ne pas avoir dormi depuis qu'il était parti. Il avait considérablement maigri, ses cheveux étaient emmêlés, pleins de boue et sa robe était en lambeaux.
« Que vous est-il encore arrivé ? »
« Je vais bien Pompom. Juste quelques bleus et beaucoup de sommeil à rattraper. Je suis venu immédiatement, » Il leva les yeux au ciel, « Minerva insiste pour que vous me fassiez un check-up. » Il lui sourit gentiment, « Je dois avouer que je n'ai qu'une envie : prendre une bonne douche. » Ses yeux se fermaient d'eux-mêmes et il tenait à peine debout. Pour se soutenir, il s'était appuyé contre le chambrole de la porte. Il bailla, « Et dormir. »
Il tourna la tête vers la silhouette étendue dans le lit à côté de lui et interrogea la médicomage. « C'est Severus ? Que lui est-il arrivé ? »
« Rien de bien méchant. Un chaudron a explosé. Il a essayé de protéger les élèves et il a été brûlé. Ce n'est pas grave. Il sortira demain, si j'arrive à le garder jusque là. Maintenant, asseyez-vous jeune homme ! »
« Puis-je prendre une douche avant. Je me sentirais bien mieux. »
« Entendu, mais utilisez celle de l'infirmerie. Vous pourrez porter cette robe que vous aimez tant. »
Il grogna, « Non, Pompom, vous n'allez pas m'obliger à rester ici ? »
Au lieu de répondre, elle lui fit un rapide sourire et lui désigna la salle de bains. Ce jeune homme ne pouvait qu'aimer l'infirmerie. Vu le temps qu'il y passait, il ne pouvait en être autrement. Elle observa sa démarche chancelante. Et cherchait déjà les infections qu'il était susceptible d'avoir contractées. Outre un manque de repos évident.
Elle le laissa et sortit. Quand elle revint, elle entendit une voix murmurée. Elle n'était pas sûre des paroles qui ressemblaient à des excuses, mais la main de Harry était posée sur la joue de Severus et il tenait dans l'autre le médaillon que Severus portait autour du cou quand il était arrivé. Du moins, c'est ce qu'elle croyait. Elle s'approcha. Le médaillon s'était transformé. Il avait maintenant la forme d'un Griffon.
Les deux médaillons étincelèrent doucement avant de disparaître. Elle secoua la tête. Il était temps qu'elle aille se coucher. Elle aussi commençait à avoir des hallucinations.
« Pompom ? Vous êtes venue me mettre au lit ? » Le sourire goguenard de Harry ne la surprit pas.
« Eh bien, M. Potter, il semblerait que vous ne soyez pas capable d'y aller par vous-même. Tenez, prenez ça. »
« Vous pouvez m'appeler par mon prénom, vous savez. »
« Pas quand vous agissez comme un enfant. Depuis combien de temps n'avez-vous pas dormi ? »
La silhouette allongée remua. Harry avait les yeux posés sur lui quand il répondit.
« Depuis que je suis parti ? » Elle secoua la tête. Ce garçon ne savait vraiment pas prendre soin de lui.
Severus ouvrit les yeux et les deux hommes se regardèrent sans mot dire. Quelque chose se passait entre eux. Madame Pomfresh ne reconnut pas la tension qui s'installa dans la salle. Ces deux hommes étaient à la fois de feu et de glace. Ils pouvaient être tempête et brasier. Quoi qu'il en soit, ce qu'elle vit dans les yeux de Severus n'avait rien d'amical. La tension qui raidissait ses muscles semblait avoir diminué, mais la flamme qui luisait dans ses yeux était celle de la colère.
Harry, lui, était calme. Elle avait l'impression de voir une force tranquille. La tempête qui se déployait n'atteindrait pas le jeune homme. Jamais il ne serait déraciné. Il incarnait la stabilité.
« Potter ! Le héros est enfin de retour ! » L'acidité du ton la força à réagir. « Severus ! » L'admonesta-elle.
« Non, laissez, Pompom. Il a le droit d'être en colère. Il est obligé d'assumer mes cours pendant mes absences. Je ne peux pas lui en vouloir. » La tristesse de ses yeux formait un contraste avec la rigidité de son visage.
Il s'allongea sur le lit et parla comme s'il faisait son rapport. « Nous avons trouvé ce qui paraît être la dernière planque de Lucius. Tout laisse penser qu'il est mort, mais Ron veut que nous continuions jusqu'à ce qu'on l'ait retrouvé. » Il avait mis son bras sur ses yeux et sa voix tremblait légèrement. « Il y avait encore les cadavres de ceux qu'il a utilisés pour ses expériences. Des moldus, des sorciers. Certains étaient vivants. Complètement fous. Ils vivaient comme des bêtes sauvages. Nous –nous avons été obligés de les tuer. »
« Maintenant taisez-vous Potter. Buvez ça. » Elle lui mit une fiole dans les mains et il en vida le contenu.
Avant qu'il ne s'endorme, elle l'entendit marmonner, « suis désolé. »
Elle l'observa encore un instant. Sous ses airs de froide indifférence se cacherait toujours une âme sensible, peut-être trop pour le monde dans lequel il vivait. C'était aussi ce qui faisait sa force.
Lorsqu'elle releva les yeux, elle s'aperçut que Severus le regardait aussi.
« Vous aussi Severus. Il est temps que vous dormiez. »
« Si vous n'aviez pas fait autant de bruit, je dormirais encore. » Grommela-t-il en se recouchant. Il prit la fiole qu'elle lui tendit et la but.
Quand elle revint le lendemain matin, ses deux patients étaient déjà en train de se disputer.
« Bon sang, Harry, que te faut-il d'autre ? Il essaye de te manipuler. »
« Que veux-tu que je fasse ? Je suis sous ses ordres. Et je dois l'aider. Je ne peux pas le laisser ainsi -»
« Tu te rends compte de ce que tu dis ? »
« Je t'en prie, Severus. Laisse-moi une chance. »
Il tourna la tête. « Est-ce que tu as réfléchi-? »
« Oui -» Harry vit la médicomage arriver et s'arrêta net. Elle avança comme si de rien n'était.
« Comment allez-vous ce matin ? »
« Nous vous attendions pour partir. Comme vous pouvez le voir, nous sommes prêts. » Grommela Severus.
« Severus ! » Le prévint-elle, « Je veux voir votre dos et vos bras, vérifier qu'il ne reste rien de ces brûlures. » Son regard noir ne lui fit ni chaud ni froid. Elle le connaissait depuis qu'il était enfant. Ce n'est pas son caractère de cochon qui allait lui faire peur.
Harry essayait de réprimer un sourire qui ne fut perdu ni pour l'un ni pour l'autre. « Hier soir, je ne vous ai pas fait tous les examens que j'aurais dû. Ne vous réjouissez donc pas trop vite, M. Potter. »
Un grognement venant de son jeune patient la fit sourire.
Elle créa un rideau entre Harry et Severus et s'occupa de son brûlé. La peau s'était reconstituée normalement et il n'y avait pas de poison dans son sang. Elle lui donna donc l'autorisation de sortir. Il ne se fit pas prier. Avant de partir, il s'adressa à Potter. « Si j'étais médicomage, Potter, je t'interdirais de sortir. Tu es un danger pour toi et pour les autres. »
Harry ferma les yeux.
« Je ne sais pas ce qui se passe entre vous, Potter, mais vous feriez mieux d'enterrer la hache de guerre. Vos petites rivalités sont un très mauvais exemple pour les élèves. »
Le sourire qu'il lui fit était espiègle, mais elle décela une pointe de tristesse au fond de ses yeux. « Je crois qu'on a enterré la hache de guerre depuis longtemps Pompom. »
« Voyons Harry, vous vous disputez à longueur de journée. »
Il leva une main. « Non, nous nous chamaillons, ce qui est très différent. Nous avons des points de vue divergents, c'est tout. »
« Voyons Harry -» Il éclata de rire.
« Ne vous inquiétez pas Pompom. C'est un bâtard têtu et intransigeant, mais il ne mord pas. »
Elle avait fini ses examens et il le savait. Il se leva et partit. « Merci Pompom. » Lui dit-il en lui faisant un geste de la main.
Elle secoua la tête. Ces deux-là étaient vraiment des êtres à part. Enfin, si être sans cesse en désaccord leur permettait d'avoir des relations amicales, ce n'était pas elle qui allait les arrêter.
Hpsshpss
Harry repartait en mission tous les mois, mais il ne partait plus aussi longtemps, deux jours tout au plus. Il avait discuté avec Ron, Minerva et Arthur pour trouver un compromis. Severus avait trop de travail pour assumer pleinement les cours de Harry.
L'arrivée du rouquin à Poudlard presque un an après sa dernière visite ne réjouissait personne. Il était loin d'inspirer la crainte mêlée de respect qu'incarnait Severus et qu'Harry avait essayé de reproduire.
Non, Ron était le porteur de mauvaises nouvelles. Quand il venait, il apportait la colère, la tristesse ou la douleur. Ses yeux vides semblaient tournés vers le passé tandis que son sourire glacé était celui d'un homme sans humanité. Le chef des Aurors ne s'était jamais remis de la guerre et son cercle d'amis l'avait petit à petit quitté. Seuls Neville et Harry gardaient contact avec lui. Lui-même évitait ses parents et Ginny ne voulait pas le voir. Elle savait ce qu'il pensait de Malfoy et refusait son jugement.
C'est pour cela que lorsqu'il arriva, le silence tomba dans la Grande Salle.
Les yeux de Severus se durcirent. Harry se leva nonchalamment malgré les doutes qui l'assaillaient et prit son ami dans ses bras. « Ron, quelle surprise ! Comment vas-tu ? »
Neville attendait de pouvoir lui serrer la main. Mais l'attitude de l'Auror les désarçonna. « Potter, lâchez-moi. Je suis ici en mission. » Il lui tendit un rouleau de parchemin. « C'est ta prochaine mission Harry. »
En maître des lieux, il posa une main sur l'épaule de Neville, le conduisit à sa place, conjura une chaise et discuta aimablement avec lui pendant que Harry était toujours planté au milieu de la salle, le parchemin dans les mains.
Il ne pouvait pas croire ce qu'il lisait. Il n'était pas parti aussi longtemps depuis une année. Il passa une main dans ses cheveux. La bague habituellement peu visible créa une légère lueur qui aveugla Ron, l'espace d'une seconde.
Son regard de faucon se porta sur l'objet qui avait déjà disparu. De rage, il réduisit en miette le morceau de pain qu'il avait eu l'intention de manger. Il suivit des yeux son 'meilleur ami' qui se rassit à côté du 'bâtard graisseux' lui faisant un sourire rassurant puis lui donnant le parchemin.
Il continua à le toiser jusqu'à ce que leur regard se rivent l'un dans l'autre d'une manière peu aimable. Le geste de Harry lui fit tourner la tête. Ron vit Celui-Qui-A-Sauvé-le-Monde-Sorcier poser une main sur le bras du traître d'une manière familière. Non, il ne regrettait pas un seul instant d'essayer d'arracher le Survivant à cet environnement hostile. Il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour qu'il n'ait plus à subir l'influence néfaste de l'ancien espion.
Il se retourna vers Neville qui essayait d'attirer son attention. Neville était son ami. Son seul ami et Harry avait essayé de le lui prendre. Encore une chose qu'il avait essayé de lui retirer. Mais Neville était à lui et personne ne se mettrait en travers de son chemin, pas même Harry Potter.
Il était assailli de sentiments contradictoires. Son cœur lui disait qu'Harry était son ami. Son esprit voulait lui faire du mal et il rendait Poudlard responsable de cette situation.
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« Nous ne pouvons rien faire ! » Martelait Minerva. « C'est un document officiel. Harry doit assurer cette couverture. »
« Minerva, avez-vous bien lu le document ?
Il sera seul sur le terrain et ne pourra contacter personne pendant son séjour. Personne ne saura où il se trouve et il n'aura pas le droit d'utiliser de magie. C'est de la pure folie. » Severus s'était levé.
« Je sais, mais M. Weasley a été très clair. Ca va être les vacances d'été et Harry n'a plus d'obligation envers nous. »
On frappa. « Entrez ! » Cria Severus sur un ton mordant.
« Avez-vous pris votre décision ? » Demanda Ron en entrant.
« Il est hors de question qu'on accepte ce non-sens. »
« Ce n'est pas à vous de prendre cette décision, Snape ! Vous n'êtes qu'un meurtrier. Vous n'avez rien à faire ici. »
« Ron ! » le reprit séchement Harry pour la première fois. « Ca suffit tous les deux. » Il s'arrêta un instant, son regard oscillant de Severus à Ron. « Je n'ai pas le choix, Ron. J'accepte cette mission. » Son expression triomphante ne valait que celle abasourdie de Severus. « A une condition. »
Les deux hommes reportèrent leur attention sur lui. « Je veux que ce soit la dernière. Après, je quitterai la division d'Aurors et je ne reviendrai jamais plus. C'est à prendre ou à laisser. »
Ron serra les dents. « Ce n'est pas négociable. »
« Alors je reste là. J'irai devant le tribunal si tu le veux. Ca durera des années, mais je suis prêt à prendre ce risque. Je ne suis pas une marionnette dont tu peux tirer les fils, Ron. Je veux pouvoir vivre ma vie en faisant table rase du passé. »
« Tu le peux toi ! » Il ferma le poing. Le silence dura plusieurs minutes et c'est Ron qui reprit la parole. C'est du bout des dents qu'il fit cette concession, « C'est entendu. Ce sera ta dernière mission. Après je ne te demanderai plus rien. »
« Ron -»
« Tu ne le vois peut-être pas Harry, mais ce château est infesté par la vermine. Ils sont tous contaminés par le mal. Et c'est lui la pourriture qui infeste ces murs -»
« Ron, tais-toi. Tu racontes n'importe quoi ! »
« Tu crois que je ne vois pas ce qui se passe. Malfoy, Snape… ils ont rallié la lumière, hein ! » Il renifla. « Ce n'est que du vent. »
« Monsieur Weasley, nous en avons assez entendu, veuillez partir maintenant. »
Les yeux de Ron flamboyaient de colère. « Très bien, je n'avais plus rien à dire de toute façon. Harry, je t'attends la semaine prochaine pour te donner tes ordres. » Il se retourna et sa robe virevolta. Il prit la porte et sortit.
Minerva soupira. « Je ne pensais pas que Weasley deviendrait un jour aussi tyrannique. »
« Moi non plus. Ses blessures de guerre sont encore fraîches. Je crains qu'elles ne se referment jamais. » Murmura Harry.
Severus serra simplement les dents, comme pour éviter de faire une remarque désobligeante.
« Je crois que nous en avons terminé. » Minerva regarda Harry. « Je suis désolé Harry. Je n'ai pas été d'un grand secours. »
« Au moins, ce sera la dernière fois. »
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Dobby travaillait pour Harry depuis quatre ans, depuis que le Survivant était revenu à Poudlard. L'elfe avait également fait entrer Winky à l'orphelinat. La petite elfe malheureuse avait retrouvé une famille qui avait besoin d'elle et elle avait retrouvé sa bonne humeur.
Dobby passait le plus clair de son temps au Refuge où il coordonnait le travail des autres elfes. Il avait assisté à beaucoup d'évènements dans cette maison et connaissait le lien qui unissait ses deux Maîtres. Il avait été choqué, les premiers temps, mais il avait compris que Maître Severus était parfait pour Maître Harry.
Les disputes avaient été fréquentes cette dernière année. Jusqu'à ce qu'ils lient leurs cœurs. Dobby n'aurait pas dû être là, mais il avait observé ses maîtres comme il le faisait souvent. Ils avaient échangé les anneaux d'or.
Une aura avait enveloppé leurs deux corps, les unissant pour l'éternité.
Il n'avait pas entendu les paroles prononcées, les vœux murmurés avec tendresse. Leur regard parlait pour eux. Ils avaient tous les deux laissé tomber leur masque et paraissaient l'un devant l'autre, le cœur ouvert. Le bonheur irradiait des deux hommes. Le baiser avait été magique. Deux âmes qui se rencontrent pour la première fois. Voilà ce qu'avait pensé le petit elfe.
Et aujourd'hui, il regardait ses maîtres se séparer. Harry allait devoir partir pour une longue période et ni l'un ni l'autre ne savaient quand ils allaient se revoir. Le cœur lourd, ils avaient dîné dans leur petit salon puis Severus s'était mis au piano.
La musique s'éleva doucement dans la pièce. La douleur, l'espoir qu'elle véhiculait rapprochait les deux êtres présents.
Quand la musique s'arrêta, Harry se leva et s'assit à côté de lui. « C'est très beau, Severus. Je n'avais jamais entendu cette mélodie. »
« Normal, je travaille dessus depuis quelques temps, mais je voulais que tu l'écoutes avant de partir. » Severus déposa un baiser sur les lèvres de Harry puis posa sa main contre sa joue caressant de son pouce les lèvres enivrantes et se leva. Il se dirigea vers la bibliothèque et en sortit une petite boîte.
Il revint s'asseoir à côté de Harry et la lui tendit. Pour Dobby, il ne s'agissait que d'une boite ordinaire. Il fut surpris de voir son jeune Maître froncer les sourcils.
« Idiot, tu ne sais toujours pas te servir de ta baguette à ce que je vois. » Severus déposa un baiser sur le nez du Gryffondor, jeta un rapide sort sur la boite et prononça un mot.
Quand Harry l'ouvrit, il entendit la première musique que Severus avait composée. Une petite danseuse tourbillonnait au centre de la boite.
Harry jeta le même sort, mais changea le titre de la mélodie. La danseuse avait disparu et des images holographiques de lui et de Severus pendant la guerre apparurent. Ce thème correspondait bien à la chanson, « souviens-toi ! »
Harry en avait les larmes aux yeux. Il essaya une nouvelle chanson, 'ma vie avec toi' et vit Harry et Severus ensemble, riant, plaisantant dans leur vie quotidienne.
« Merci Severus. C'est le plus beau cadeau que tu pouvais me faire. » Il posa la boite sur la table.
Ils s'assirent sur le canapé et Severus prit la main de Harry dans la sienne et embrassa l'alliance qui les liait avant de la retirer du doigt de son mari qui ouvrit la bouche pour se rebeller. Severus sourit d'un air satisfait et embrassa le Gryffondor qui fondit dans le baiser.
« Pourquoi Severus ? Tu sais très bien que je ne peux pas la remettre tout seul. C'est un objet magique très sensible- »
« Je veux te donner la possibilité de conduire ta vie autrement. » Ses yeux étaient remplis de tristesse. Jamais Dobby n'avait vu autant d'émotions dans les yeux de cet homme.
« Je suis parfaitement heureux avec la vie que j'ai maintenant, merci. » Harry paraissait outré.
Severus posa un doigt sur ses lèvres pour l'empêcher de parler. « Je suis sérieux Harry. Avec cette alliance, tu ne pourras pas faire d'autres rencontres. » Harry était maintenant partagé entre la colère et l'inquiétude. Il essaya de repousser son doigt, mais Severus poursuivit. « Laisse-moi continuer s'il te plaît » Lui demanda-t-il sur un ton très doux. « Je ne te demande pas de me tromper, mais de rester ouvert. Je ne te retiendrais pas si tu rencontrais quelqu'un d'autre. Tu sais que j'ai toujours pensé que je n'étais pas la personne qu'il te faut. »
Cette fois ce fut autour de Harry de poser un doigt sur les lèvres de son mari. « Je t'aime Severus. » Lui dit-il doucement. « Je sais que tu ne crois pas que l'amour puisse durer, mais je ne crois pas pouvoir aimer quelqu'un d'autre. » Severus voulut parler, mais Harry continua, « Si ne pas porter l'alliance peut te faire comprendre que ce que je ressens pour toi n'est pas qu'une passade, alors j'accepte. Mais quand je reviendrai, il ne sera plus question d'aller voir ailleurs, on est d'accord ? »
Severus acquiesça. Il créa une petite chaîne, passa l'anneau dedans et l'attacha autour du cou de son mari, caressant doucement la peau avec son pouce. « Profite de cette période pour faire le point sur ta vie, Harry. Je ne te demande qu'une chose : que tu aies ou non refais ta vie, reviens me voir, reviens me dire que tu vas bien. Je sais qu'à travers notre lien je le saurai, mais ce n'est pas pareil. » Il déposa un baiser sur sa main. « C'est tout ce que je te demande ! »
« Tu es bien sensible ce soir. Es-tu sûr d'aller bien ? Je vais revenir, tu le sais, hein ? »
« Oui, je le sais, mais j'ai comme un mauvais pressentiment. » Il mit sa main sur sa joue et la caressa avec son pouce. « Je t'aime Harry Potter, plus que ma propre vie. Je t'en prie sois prudent. »
« Ne le suis-je pas toujours ? »
Severus renifla de dédain et au lieu de répondre, l'embrassa passionnément.
Harry rit légèrement pour briser l'atmosphère tendue. « Je reviendrai vers toi Severus. Mon cœur est auprès de toi et tu le sais. Je sais que tu le sais. » Il passa une main dans les cheveux qui ces derniers temps n'étaient pas aussi gras qu'ils avaient l'habitude de l'être. Dobby s'imprégna de l'image de bonheur emplie de tristesse. Il prit une photo. Ses maîtres n'en prenaient jamais. Un jour, ils seraient contents de voir la collection de Dobby.
Il allait partir, les laissant dans leur intimité lorsqu'il vit Severus prendre la petite boite à musique et la dupliquer.
Les deux boites jumelles jouaient un air de Severus. Harry entraîna l'autre homme et malgré le peu de place, ils dansèrent, enlacés, l'un contre l'autre. Harry murmurait parfois quelque chose à l'oreille de Severus qui souriait légèrement.
La musique continuait, une mélodie après l'autre. Le couple dansait. Harry avait posé la tête contre la poitrine de Severus dont la bouche près de son oreille murmurait parfois des paroles que Dobby n'entendait pas mais qui faisait sourire l'autre homme. Severus ponctuait la fin de ses phrases par de petits baisers sur son oreille ou dans son cou.
Harry se recula légèrement pour regarder Severus et ils restèrent longtemps à danser les yeux dans les yeux. Puis le plus jeune déposa un baiser aux commissures des lèvres du plus vieux dans un geste empli de respect, d'admiration et d'amour.
Severus embrassa la cicatrice en forme d'éclair, resserra ses bras autour de Harry et ferma les yeux, sentant son odeur, s'imprégnant de sa présence, de sa chaleur, de la sensation de son corps contre le sien, de la douceur de sa peau, de sa chevelure rebelle…
Le laisser partir était plus difficile qu'il ne l'aurait cru. Severus n'était pas certain d'en être capable.
Se sentant de trop, Dobby disparut et retourna dans ses cuisines. Il avait encore beaucoup de choses à faire. Harry partait le lendemain et ses bagages n'étaient pas encore terminés.
Il espérait sincèrement que son maître n'allait pas rester longtemps absent.
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Ils s'embrassèrent passionnément avant qu'Harry ne parte, mais ils n'échangèrent aucune parole supplémentaire, chacun savait ce que ressentait l'autre. Et Harry avait laissé un cadeau à Severus. Un tableau qu'il avait peint, plusieurs mois auparavant. Il les avait représentés tous les deux dans leur salon, le feu crépitant dans la cheminée, Severus était à son piano et jouait avec passion. Harry le regardait tendrement.
Le tableau était magnifique. Severus pouvait presque entendre le son du piano s'élever du tableau. Harry se levait de temps en temps et venait s'asseoir à côté de Severus, passer un bras autour de sa taille, poser sa tête sur son épaule, l'embrasser ou faisait un clin d'œil à la personne qui regardait. C'était des gestes si naturels, si familiers que son estomac se noua.
Il murmura, « Reviens-moi vite ! »
Il ne savait pas pourquoi, mais il avait vraiment un mauvais pressentiment, comme s'il ne devait plus revoir Harry, ou pas avant longtemps.
Et effectivement, ce fut la dernière fois qu'il le vit.
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Severus parvenait à établir un contact avec son mari de façon intermittente. Ils ne pouvaient jamais parler longtemps. Grâce au lien qu'ils partageaient, il savait qu'il était vivant et qu'il allait bien, mais il ne pouvait s'empêcher d'être inquiet.
Quatre mois après son départ, Harry décida de bafouer le règlement et envoya un hibou à Severus, lui expliquant qu'il avait quelque chose de très important à lui dire et qu'il avait terminé sa mission. Il allait pouvoir rentrer. Sa lettre était assez vague, mais il paraissait en bonne santé.
Severus relut pour la énième fois la lettre de son mari. Il la lui avait envoyé six mois auparavant. Il la froissa, la jeta et se servit un verre de brandy. Bon sang Harry, où es-tu ?
Il regarda le tableau que lui avait laissé Harry. Son cœur se serra.
Les Aurors avaient annoncé la disparition de Harry quelques jours seulement après que Severus ait accusé réception de la lettre. Ils l'avaient activement recherché mais avaient décidé ce matin d'abandonner les recherches. Harry Potter était considéré comme manquant, déserteur, voire mort.
Severus s'assit au piano, mais fut incapable de jouer la moindre mélodie. Il posa son front contre le bois noir et inspira lentement. Il n'était pas homme à pleurer. Fermant les yeux, il se concentra sur leur lien. Rien. Il n'y avait rien. Harry avait disparu. Parfois il avait l'impression de le sentir à la lisière de son esprit, mais c'était si fugace qu'il pouvait tout aussi bien l'avoir rêvé.
Severus n'avait jamais ressenti un vide aussi grand dans sa vie et dans son cœur. Il aurait voulu mourir avec Harry, mais il se retrouvait seul. Tout autour de lui montrait la présence de son mari. Son odeur flottait encore dans la pièce. Son rire faisait encore résonner les murs de bonheur. Ses yeux continuaient à illuminer le cœur de chacun.
Il fit venir à lui le papier froissé, le plia, déposa un baiser dessus et le rangea précieusement dans sa petite boite à musique. C'était les derniers mots de son mari.
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Le Refuge est terminé. Je sais que la fin est assez brutale, mais vous savez que l'histoire continue avec Retrouver ses Racines.
Merci pour toutes vos reviews.
