La jeune Rohirrim se plaça encore plus loin de la troupe; plus elle serait éloignée d'eux, moins il y avait de chances qu'elle provoque encore leur colère. Elle marcha lentement, traînant ses jambes qui devenaient de plus en plus lourdes. Pour oublier la fatigue, elle se tint l'esprit occupé et songea à ce rôdeur à la voix apaisante. Même s'il avait pris sa défense, Ounìlam craignait que les Rohirrim finissent par influencer l'opinion de cet homme.

Par le passé, tous ceux qui ne la connaissaient pas et qui osèrent s'approcher d'elle, finirent par tomber dans le piège de Grima Langue de Serpent. Un par un, les villageois se méfièrent et bientôt, toute la population eut la même mauvaise opinion d'elle. Avec l'appui du Roi, Femléi la protégea un certain temps. Mais Théoden ne tarda pas à être possédé par le Sorcier Blanc et quelques mois plus tard, Femléi s'éteignit, la laissant devenir une femme meurtrie et soumise. Elle ne put assurer sa propre défense contre ces gens superstitieux, car la seule chose que Ounìlam avait apprise avant d'arriver à Edoras, c'est d'encaisser les coups –au sens propre comme au figuré- et de se taire. Les années passèrent et Grima fut enfin chassé. Ounìlam avait cru que ces méprises cesseraient une bonne fois pour toute, mais, hélas, sa réputation de « fille de démon » était déjà ancré solidement en l'esprit de ce peuple…

 Tôt ou tard, Aragorn l'aurait méprisée aussi, pensa-t-elle. Alors, elle avait préféré le fuir avant qu'il ne la blesse. Pourtant, il lui semblait avoir perçu en cet homme la même bienveillance que possédait son maître et tuteur, Femléi.

Ounìlam secoua la tête.

Non.

Il s'était peut-être développé un semblant de sympathie entre ce rôdeur et elle, mais cela n'aurait été que temporaire. Se lier à quelqu'un ne lui avait apporté rien d'autre que la tristesse et la déception. Elle avait déjà perdu Femléi, seul individu en qui elle avait confiance et elle ne voulait pas que l'expérience se répète encore une fois. Être seule consistait un moyen efficace de ne pas subir la perte d'un être cher. Jusqu'ici, la solitude avait été le remède à tous ses maux. Lorsqu'elle vivait parmi les hommes sauvages, Ounìlam ne se sentait en sécurité que dans les moments où ses bourreaux la laissaient seule dans le village alors qu'ils partaient piller d'autres cités. À Edoras, après la mort de Femléi, c'est en restant cloîtrée dans sa chaumière isolée qu'elle pouvait trouver la quiétude, car dès qu'elle mettait le nez dehors le harcèlement des Rohirrim recommençait. Et ici, à cet instant, sur le chemin menant vers le Gouffre de Helm, être seule et à part de tout le monde était l'unique façon de ne pas se faire menacer.

Voilà.

La solitude était la meilleure solution, bien qu'une toute petite part de Ounìlam persistait à croire le contraire…

Alors que la jeune femme réfléchissait encore, elle crut entendre des cris au loin. Elle éleva son regard vers le peuple qui se trouvait à une cinquantaine de mètres devant elle, puis Ounìlam constata que les gens s'agitaient et les chevaux semblaient nerveux.

Soudain, elle vit un énorme nuage noir voler au-dessus de la troupe. Ounìlam eut des sueurs froides lorsqu'elle entendit de lourds croassements stridents provenir de ce nuage. Elle devina qu'il s'agissait de crébains; ces oiseaux miteux qui font preuve d'autant de cruauté que les orques. Ils survolèrent les Rohirrim, mais ne prêtèrent aucunement attention à eux. Ils semblaient avoir une autre cible à atteindre…

La masse noire se dirigea directement vers Ounìlam. Prise au dépourvue, mais, surtout, très effrayée, la jeune femme n'eut d'autres choix que de se mettre à courir aussi vite que ses jambes fatiguées le purent. Mais sa tentative de fuite échoua rapidement; les oiseaux la rattrapèrent. Ils planèrent un instant au-dessus de Ounìlam, puis ils plongèrent droit sur elle. La jeune femme ne put échapper à l'assaut et eut droit à une volée de becs crochus et de griffes acérées. Cette violente attaque la fit trébucher à terre et les crébains en profitèrent pour charger une seconde fois dans sa direction. Ounìlam hurla sous l'effet de la douleur que causa cette multitude d'écorchures. D'autres blessures s'ajoutèrent à celles qu'elle avait déjà et elle ne trouva rien d'autres à faire que de se rouler en boule pour éviter les créatures. Celles-ci n'abandonnèrent pas leur proie et tels des vautours, elles se ruèrent tous sur Ounìlam, agrippant et déchirant les aillons qu'elle avait sur le dos. Ils s'acharnèrent sur elle et la picorèrent par dizaines. Ounìlam se protégea du mieux qu'elle le put, mais bientôt, la masse de volatiles la recouvra entièrement et elle se fit engloutir sous une tonne de bêtes qui ne cessait de la griffer et de la becqueter.

À travers ces cris perçants et ces coups de griffes et de becs insupportables, Ounìlam se demanda pourquoi… Pourquoi ces créatures avaient-elle surgi de nulle part pour s'en prendre à elle, rien qu'à elle? Après avoir eut droit à la méchanceté des Humains, il semblait que même les animaux avaient une dent contre elle. Pourquoi? Qu'avait donc fait cette femme pour mériter pareil sort?

Ounìlam était presque totalement engloutie sous les bêtes. Elle n'arrivait plus à respirer, étouffée et aveuglée par des plumes noires crasseuses. Pensant sa fin arrivée, elle s'abandonna aux crébains. Malgré les innombrables griffes et becs crochus qui lacéraient sa peau, elle ne se débattit plus, résignée à mourir. Elle ne voulait maintenant qu'une chose : qu'ils en finissent avec elle le plus vite possible. Une mort rapide était beaucoup moins douloureuse...

 Mais, soudainement, entre les limbes de l'inconscience et la réalité, la jeune femme sentit le poids des crébains se faire moins oppressant sur elle. Ounìlam entendit ensuite le hennissement d'un cheval. Même si son esprit était confus, elle put distinguer la présence d'une autre personne. Elle ouvrit un œil et entrevit alors un cavalier sur un étalon blanc.

Une cible de plus s'offrait aux crébains, mais le duo leur donnait du fil à retorde. Ils étaient en parfaite symbiose; de ses puissants sabots, l'animal piétinait et ruait les volatiles tandis que son cavalier s'afférait à abattre les oiseaux miteux en plein vol à l'aide d'une fine lame, délicate, mais meurtrière.

Même si les bêtes chargeaient et déstabilisaient à plusieurs reprises le cavalier, celui-ci ne broncha pas et demeura accroché à la selle de sa monture, menant une féroce bataille. Cette image de combat fut la dernière qui défila devant les yeux de Ounìlam, puis elle perdit connaissance…

                                                                                    ***

Guidé ou plutôt manipulé par cette voix mystérieuse, Legolas bondit sur Arod. Tout sembla fondre autour de lui. Il ne vit plus qu'un chemin mélodieux, un chemin créé par l'écho de cette voix qui répétait toujours les mêmes mots : « Protégez-la. Préservez-la ». L'elfe galopa sur cette route que lui traçait cet écho, hypnotisé et sourd à tout ce qui se trouvait aux alentours.

Et aussi brusquement qu'elle s'était manifestée, la voix inconnue s'évanouit de sa conscience et l'environnement reprit ses aspects normaux. Du même coup, Legolas recouvra ses esprits et arrêta immédiatement sa monture. Il constata que le chemin qu'il avait inconsciemment suivi l'avait mené à cette Rohirrim; Ounìlam…

Ce qu'il vit alors le paralysa : les crébains étaient toujours dans les parages et ils s'acharnaient sur la jeune femme comme des chiens affamés s'acharneraient sur une vulgaire pièce de viande! Legolas comprit alors qui la voix étrange lui avait ordonné de protéger. Il ne perdit pas une seconde de plus et s'empara d'une de ses dagues elfiques. Et par un simple ordre vocale, Arod se rua vers la bande de volatiles…

                                                                                  ***

Aragorn arriva au bout de la longue file de paysans et arrêta sa course folle. Il aperçut au loin son allié Legolas se démenant contre les crébains qui, somme toute, n'avaient pas complètement passé leur chemin. Par la suite, le rôdeur vit au sol un amas noir de ces créatures que l'elfe essayait désespérément d'atteindre. Cependant, d'autres de ces oiseaux miteux l'attaquaient et le repoussaient à chaque tentative d'approche. Horrifié, Aragorn en déduisit que sous cette masse, se trouvait la petite Rohirrim…

Seul, Legolas ne parviendrait jamais à venir à bout d'eux. Le rôdeur se tourna donc vers les villageois qui ne se préoccupaient même pas de ce qui passait derrière eux et il arrêta un des derniers paysans qui continuait sa route.

« Allez chercher de l'aide! Trouvez le Roi!»

Le paysan regarda Aragorn d'un air désintéressé, puis poursuivit son chemin. Le rôdeur fut décontenancé et cria au reste de la troupe :

« Resterez-vous donc tous aussi indifférents?! »

Aragorn n'attendit pas qu'on lui réponde; il courut vers Ounìlam et se joignit à la bataille que menait Legolas. Il dégaina son épée et tenta de chasser les oiseaux miteux.

« Ignobles créatures! Retournez d'où vous venez! hurla le rôdeur. »

Legolas et Aragorn se regardèrent mutuellement et conclurent un accord silencieux; le rôdeur s'hasarderait à approcher la masse noire qui s'agrippait à Ounìlam et l'elfe, lui, s'afférerait à couvrir ses arrières. Du haut de sa monture, Legolas continua donc à décapiter les crébains qui tentaient de s'en prendre à son compagnon tandis que ce dernier se mit à frapper l'amas de volatiles qui enveloppait la jeune femme. La lame tranchante d'Anduril parvint à en abattre quelques uns et un des bras de Ounìlam se trouva à découvert. Sans plus attendre, le rôdeur la tira de la masse noire. Les crébains lâchèrent momentanément leur prise et Ounilam tomba aux genoux de Aragorn, inconsciente de ce qui se produisait autour d'elle. Les oiseaux persistèrent et s'en prirent ensuite au rôdeur. Devenu un véritable bouclier humain, Aragorn protégea le corps étendu à ses pieds et décapita avec rage les bêtes qui osaient encore s'approcher.

Legolas prêtait main forte à son allié du mieux qu'il le pouvait, chassant et tranchant les monstrueux oiseaux de toute part et tout côté. Malgré la paire d'invincibles guerriers qu'ils formaient, Aragorn et Legolas ne pourraient tenir très longtemps. Les oiseaux étaient trop nombreux et trop redoutables. L'elfe eut alors une idée… Il repéra le chef parmi la bande de volatiles qui tournoyait autour d'eux; il était un peu plus gros et portait la main blanche de Saroumane sur son plumage. Legolas lâcha les rênes de Arod, empoigna son arc et retira une flèche de son carquois. L'étalon s'immobilisa de lui-même, comprenant ce que son maître allait tenter de faire. Puis, l'elfe prit sa position de tir et décocha son missile en direction du Meneur. Il le transperça et l'oiseau tomba raide mort.

Désorientés, les crébains battirent en retraite et fuirent.

Legolas ne rangea pas ses armes tant qu'il ne fut pas certain que les bêtes étaient définitivement parties. Puis, il se jeta hors de sa selle pour se précipiter vers son frère d'arme et la jeune femme.

Après avoir retrouvé ses esprits, la première chose que vit Ounìlam fut une main tendue vers elle.

« Pouvez-vous vous lever? »

C'était une main fine, grande et blanche, mais à cause de ces affreuses créatures, elle avait maintenant plusieurs égratignures. Ounìlam leva les yeux et découvrit que le propriétaire de cette main était nul autre que l'elfe impudique qui l'avait longuement dévisagée quelques heures plus tôt. Elle rebaissa son regard et fixa cette main qui attendait toujours qu'on la prenne. Ounìlam resta immobile, perturbée. Elle comprit que cet elfe était en fait le cavalier qu'elle avait vu avant de perdre conscience. Il lui avait donc porté secours? Pourquoi avait-il fait une chose pareille? Pourquoi cet elfe intimidant lui était venu en aide à elle, une simple paysanne?

Ounìlam sursauta quand elle sentit d'autres mains la prendre par les épaules pour la relever. Une fois debout, elle tourna la tête et constata que le rôdeur à la voix apaisante se tenait derrière elle. Conscient de sa méfiance envers toute personne qu'elle ne connaissait pas, Aragorn n'avait pas attendu que Ounìlam daigne prendre la main de l'elfe et l'avait relevée de lui-même.

La Rohirrim observa le visage du rôdeur, apparemment soucieux, et remarqua qu'il avait également quelques marques; souvenirs laissés par les crébains. La surprise fut encore plus déconcertante pour Ounìlam; cet homme lui avait porté secours pour la seconde fois?! Mais pour quelle raison avaient-ils pris tous les deux de tels risques? Ounìlam ne comprenait pas le geste qu'ils avaient posé; que l'on prenne sa défense n'avait pour elle aucun sens… C'était trop inhabituel.

« Il faut soigner vos blessures, déclara Aragorn. »

Ounìlam prit alors conscience de son état. Le choc de cette attaque imprévue et de cette rescousse inattendue lui avaient fait oublier durant un instant les coups et blessures qu'elle-même avait subis. Ses bras, ses jambes et son visage étaient marqués de nombreuses lacérations qui venaient s'ajouter aux blessures qu'elle endurait déjà avec peine. Mais Ounìlam ne s'en préoccupa guère. En observant les propres égratignures de ces deux individus, elle se trouva profondément ingrate. Par sa faute, ils avaient été blessés… Des plaies moins importantes que les siennes, certes, mais Ounìlam avait si peu d'estime pour elle-même qu'elle jugeait odieux que cet homme et cet elfe aient dû affronter de telles créatures pour sauver sa pauvre carcasse.

On dirait que les superstitions des Rohirrim s'avéraient justes : elle attirait le malheur sur ceux qui l'entouraient…

« Je… Je vous remercie de m'avoir tirée de ce mauvais pas, mais je n'ai nul besoin de soins. Ne me suivez plus; je ne sais quel autre fléau pourrait encore s'abattre sur vous.»

La jeune femme voulut quitter ses sauveurs, mais Legolas ne comptait pas la laisser s'enfuir ainsi. Il empoigna son bras et le retint, sans force, mais avec fermeté.

« Vous n'êtes pas l'auteur de ce fléau, mais celui qui en est à l'origine cherchait à vous éliminer pour une raison bien précise. Laquelle?

-Je… Je l'ignore. »

À ce moment, l'elfe entendit une seconde fois la voix qui s'était manifestée en son esprit.

« Le Feu brûlera. »

Legolas resta figé un moment, ne comprenant pas cette autre intrusion dans son esprit. La voix résonna plusieurs fois en lui, mais il ne put dire encore à qui elle appartenait. Puis, l'écho s'interrompit brusquement au moment où Ounìlam se défit de sa poigne. Elle quitta ses deux sauveurs en boitant et s'empressa de rejoindre la troupe de Rohirrim qui avait déjà pris beaucoup d'avance.

L'elfe observa sa main qui avait retenue la jeune femme; elle était couverte de sang. Les crébains n'y étaient pas allés de main morte et Legolas se demandait bien comment Ounìlam parvenait à continuer son chemin avec de pareilles blessures sur le corps…

Aragorn regarda s'éloigner la petite paysanne, n'ayant pas remarqué le trouble de l'elfe après qu'il eut entendu cette mystérieuse voix. Conscient que ce dernier possédait une intuition particulière, il voulut savoir si Ounìlam ignorait réellement ce qui avait poussé les crébains à s'en prendre à elle.

« Dit-elle la vérité? »

Alors qu'il était perdu dans ses songes, les paroles du rôdeur le ramenèrent sur terre et l'elfe déclara :

« Oui. Elle ignore vraiment la raison de cette attaque. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive.

-D'abord ces paysans, et maintenant ces monstres ailés… J'ai du mal à saisir. Pourquoi s'en prend-t-on à une jeune femme si vulnérable?

-Pour les Rohirrim, ce sont leurs superstitions qui animent leur haine et leur crainte. Pour ces crébains, je ne saurais expliquer la raison exacte de cet acharnement, mais j'ai l'impression que cela a un certain rapport avec l'étrange aura qui émane d'elle.

-Les villageois sont craintifs, mais de là à ignorer complètement cet assaut…

-Ils veulent carrément sa mort.

-Remercions votre fine ouie. Sans vous, il y a longtemps que cette jeune femme aurait été rejoindre les Cavernes de Mandos…

-Je n'ai entendu aucun appel à l'aide, Aragorn.

-Alors comment avez-vous su ?

-Une voix en mon esprit m'a sommé de la protéger.

-Une voix? La voix de qui?

-Hélas, je ne puis révéler à qui elle appartient. »

Aragorn réfléchit quelques instants. La situation de cette jeune femme devenait de plus en plus intrigante. Beaucoup d'énigmes l'entouraient, mais Ounìlam ne semblait pas en mesure d'expliquer quoi que ce soit.

Même s'ils venaient de lui épargner une mort certaine, cela n'avait pas suffit à ce qu'elle leur donne enfin le bénéfice du doute. Par contre, le rôdeur était tout de même déterminé à ne pas l'abandonner ainsi.  Ounìlam était troublée et intimidée et Aragorn n'avait aucune envie de lui imposer leur présence. Mais il n'avait pas le choix; quelqu'un devait s'occuper de ses blessures…

« Legolas. »

Le rôdeur détacha de sa ceinture une pochette en peau d'animal et la tendit à son compagnon.

« Voici un baume à base de feuilles d'athelas. Ses blessures cicatriseront plus rapidement grâce à cette décoction.

-Vos connaissances en médecine sont plus érudites que les miennes. Pourquoi me donner ce baume à moi?

-Parce que je veux que vous veilliez sur elle. Moi, je dois m'entretenir avec le Roi. Si Ounìlam ne peut nous éclairer sur sa propre situation, alors peut-être que Theoden, lui, saura m'offrir de plus amples explications.»

Legolas prit la pochette et scruta son allié. En son regard, il pouvait lire une profonde détermination à vouloir venir en aide à Ounìlam. S'il ne le connaissait pas si bien, on aurait put croire que le rôdeur accordait plus d'importance au sort de cette femme qu'au sort de la Terre du Milieu entière… Mais… Legolas n'éprouvait-il pas lui-même un certain intérêt envers elle? Lui qui s'était déjà tant battu pour un avenir meilleur, pour un monde libéré de l'emprise du Mal, le voilà qui se souciait d'une simple paysanne… Pourquoi avaient-ils tous les deux à cœur le bien-être de Ounìlam?

Ne comprenant pas sa propre attitude ni la sienne, l'elfe demanda :

« Quelles sont nos motivations Aragorn? Pourquoi nous préoccupons-nous de cette Rohirrim?»

Le rôdeur esquissa un léger sourire.

« Ce qui vous motive? La voix à laquelle vous avez obéit, peut-être. Quant à moi, je crois que c'est Gandalf… »

L'elfe fronça les sourcils, intrigué.

« Avant son départ, il m'avait prévenu que nous ferions une rencontre des plus surprenantes. Je n'avais pas trop saisi ses paroles, mais, à présent, je suis certain qu'il faisait allusion à Ounìlam. »

Aragorn posa une main sur l'épaule de son compagnon.

« Gardez un œil sur elle, Legolas. Ce peuple n'hésitera pas à la malmener de nouveau.

-Elle appréhende la présence de tout le monde et je n'en ferai pas exception…

-Nuance : elle appréhende tous ceux de sa race. Des humains elle n'a connut que leur bêtise et leur antipathie. Mais vous, vous êtes un Elfe. Peut-être finira-t-elle par vous accepter…

-Très bien. Je vous promets que rien ne lui arrivera plus.

-Hannon le. »

Le rôdeur partit vers la foule et se dirigea en tête du groupe, là où se trouvait le Souverain de la Marche.

Arod fut rappelé aux côtés de son maître et le duo entreprit de suivre discrètement Ounìlam. Legolas ne savait comment l'aborder sans qu'elle ne se sente à nouveau menacée, mais il devait trouver un moyen de l'approcher avant que ses blessures ne s'infectent davantage.

L'elfe sourit à lui-même, amusé par son propre comportement. Alors que tous les Peuples Libres de la Terre du Milieu étaient menacés par le désir de pouvoir absolu du Seigneur des Ténèbres… Alors que deux Hobbits entreprenaient, quelque part, un terrible périple vers la Montagne du Destin, portant avec eux la plus dangereuse des armes de ce monde… Alors que les Eorlingas se dirigeaient vers le Gouffre de Helm, espérant échapper à l'envahissement de l'armée du Traître Magicien Saroumane… L'elfe, lui, se consacrait à protéger une toute petite et simple paysanne …