Chapitre6:approche

L'après-midi avançait. Les cieux étaient toujours couverts d'étranges nuages gris et un peuple nerveux se déplaçait sur les plaines du Rohan. Le passage des Crébains n'avaient qu'inquiété davantage le Roi Theoden et il espérait pouvoir mener ses sujets, sains et saufs, au Gouffre de Helm. Il ignorait encore que les créatures ailées n'avaient pas complètement passé leur chemin, mais il ne tarderait pas à être mis au courant de cette fâcheuse mésaventure…

De son côté, Legolas continuait sa route tout en observant Ounìlam de près. Il voyait bien que la marche était de plus en plus douloureuse pour ses jambes et le châle qu'elle portait sur ses épaules était maculé de sang…

Étant un guerrier, Legolas avait toujours côtoyé la mort de près. Il avait maintes fois vu des elfes et des hommes mourir au combat ou être grièvement blessés. Nombreuses furent les scènes où il assista à des carnages sans indulgence. Longue était la liste de victimes où il vit des femmes, des enfants, des vieillards et des hommes, trépasser par la faute de l'Ombre. La vue du sang et la perte de ses alliées l'affectaient toujours, mais plus les siècles passaient, plus il s'accoutumait à ces visions d'horreur, quasi quotidiennes. Être témoin de la souffrance de cette petite humaine ne différait en rien de ce qu'il avait déjà vu par le passé. Pourtant, Legolas n'arrivait pas à rester totalement de glace. Il était même mal à l'aise de la regarder souffrir ainsi; boitant, le dos courbé, le regard à la fois abattu et résigné à son sort. Un sort étrange que l'elfe n'avait toujours pas saisi, mais qu'il jugeait déjà d'injuste et immérité. Alors, Legolas n'hésita plus; peu importe si elle se méfiait de lui, il n'allait pas la laisser endurer ses plaies atroces plus longtemps.

Il s'approcha donc un peu plus et s'annonça.

« Pardonnez-moi demoiselle Ounìlam... »

La jeune femme sursauta en entendant la voix de l'elfe retentir derrière elle. Cet être foulait le sol sans faire aucun bruit. Pourquoi avait-il profité de cette faculté pour la suivre à son insu? N'avait-il pas constaté le malheur qui s'était abattu sur lui en l'approchant? L'attaque des Crébains ne lui avait pas suffi?

« Je ne m'étais pas présenté auparavant... Je suis Legolas, du Royaume Sylvestre. »

Ounìlam ne comprenait pas qu'il persiste à lui adresser la parole, mais elle fit comme si elle n'avait rien entendu. Elle ne se retourna point et accéléra le pas pour le semer.

Legolas se maudit lui-même. Ses méthodes d'approche laissaient à désirer. Malgré sa naturelle prestance elfique et ses manières raffinées dignes de son peuple, il n'avait jamais maîtrisé avec brio l'art de débuter une conversation courtoise. Cependant, il ne renonça guère et la rattrapa en dépit du risque d'une autre dénégation.

« La route sera encore longue. Je peux vous prêter mon cheval si vous le désirez. »

Ounìlam l'ignora encore, mais Legolas n'avait pas dit son dernier mot. Il s'approcha, ouvrit la bouche pour s'adresser à elle de nouveau, mais il se fit couper la parole aussitôt.

« Ne me parlez pas. Cela se retournera contre vous. Allez rejoindre le seigneur Aragorn. »

Ounìlam venait de prendre tout son courage à deux mains pour s'exprimer si sèchement. Jamais elle n'avait osé tenir tête à qui que ce soit auparavant, mais il fallait que cet elfe comprenne que, pour sa propre sécurité et la sienne, il valait mieux qu'on la laisse tranquille.

Legolas la regarda un instant, attentif à ses paroles qui, malgré qu'elles furent lancées de manière froide, n'étaient que murmures légers; une voix faible et troublée. Comment tout un peuple pouvait-t-il craindre une femme si apeurée, si candide?

« Aragorn m'a fait promettre de veiller sur vous et je suis toujours fidèle à mes promesses. »

''Veiller sur vous.'' Ces mots sonnaient de manière étrange aux oreilles de Ounìlam. Personne ne s'était chargé de veiller sur elle depuis longtemps et elle se demandait bien pourquoi un pur étranger tenait à ce que rien ne lui arrive et ce, par l'intermédiaire d'une créature immortelle. Intriguée, elle leva son regard vers le sien. Elle eut du mal, encore une fois, à soutenir ses yeux d'un bleu de glace, transperçant et analyseurs, mais réussit tout de même à répliquer :

« Pourquoi un elfe et un rôdeur chercheraient à protéger une simple paysanne? »

Legolas observa à son tour ses yeux profonds, tristes et presque sans vitalité. Ils étaient violets. Ironie du sort, cette couleur avait toujours été associée à la mort… À travers ce regard, l'elfe pouvait lire beaucoup de souffrances et de douleurs; des souffrances qui n'avaient rien à voir avec l'attaque des Crébains. Des souffrances plus anciennes et plus atroces encore…

« Parce qu'une jeune paysanne ne mérite pas tant de mépris de la part des siens.»

Ounìlam fut émue et perturbée par ces paroles, mais elle n'avait pas envie que personne ne se préoccupe de son sort.

« Vous ignorez ce dans quoi vous vous impliquez. Partez. Il y a des causes à servir beaucoup plus nobles que la mienne.

-J'ai une tâche à accomplir. Je ne vous laisserai pas.

-Alors, vous le regretterez. »

Legolas ne tint pas compte de son avertissement. Il était résolu à la protéger de toute présence hostile. Telle était la volonté de Aragorn, mais aussi celle de la voix étrange qui avait résonné en lui.

« Montez sur mon cheval, vous souffrez. »

Ce n'était pas une suggestion, mais un ordre.

La jeune femme se rendit bien compte que toute tentative de dissuasion serait futile. Elle ne connaissait pas grand chose à sa race, mais si tous les siens ressemblaient à ce Legolas, eh bien les elfes étaient très coriaces et obstinés… Malgré tout, elle avait du mal à saisir cet être. Il avait un regard si énigmatique et un visage si impassible qu'il lui était difficile de déchiffrer ses réelles intentions. Peut-être était-il sincère…ou peut-être pas… Ounìlam ne savait que penser de lui, mais elle ne se sentait plus la force de s'objecter encore une fois. Elle lui obéit et Legolas tendit une main pour l'aider à grimper sur Arod. Elle hésita quelques instants, mais finit par accepter l'aide qu'on lui offrait. Ounìlam prit alors sa main et, brusquement, l'elfe entendit une troisième fois l'étrange écho de cette voix mystérieuse.

« L'Eau déferlera. »

N'ayant pas du tout remarqué son air stupéfié, Ounìlam mit un pied dans l'étrier, se jucha sur Arod et lâcha immédiatement la main de Legolas. Celui-ci demeura saisit quelques secondes. Il ne comprenait toujours pas la signification de ces paroles, mais ne fit voir de rien. Il prit les rênes et marcha à côté de sa monture. Il donna ensuite à Ounìlam la pochette que lui avait confiée le rôdeur.

« Qu'est-ce que c'est?

-Étendez ce baume sur vos blessures. Elle pénétrera votre peau et demain tout sera cicatrisé. »

Cette offre paraissait louche. Comment un onguent pouvait-il faire disparaître totalement ses plaies? Soupçonneuse, Ounìlam desserra les lacets de la pochette et jeta un coup d'œil suspicieux à l'intérieure : elle contenait bel et bien une mixture s'apparentant à un baume, mais qui sait si ce n'était pas une fourberie? Peut-être était-ce un poison…

La jeune femme déclina l'offre de l'elfe et lui rendit la pochette sans toutefois révéler qu'elle craignait ce que contenait réellement cet onguent.

« Les Crébains ne vous ont pas épargné non plus. Gardez-le pour vos propres blessures. »

Legolas n'était pas dupe…

« Demoiselle Ounìlam… Pourquoi vous aurait-on arraché des griffes de ces créatures pour chercher à vous empoisonner par la suite? »

Ounìlam ne répondit pas, abasourdie… Avait-elle pensé à voix haute pour que ce Legolas devine ainsi à quoi elle songeait? Décidément, la race des elfes était déconcertante. Quoique, il avait raison : qu'elle eut cru qu'il cherchait à l'empoisonner immédiatement après l'avoir sauvée n'avait aucun sens...

Sachant que la parole ne servirait à rien pour la convaincre de ses bonnes intentions, Legolas prit une petite motte d'onguent et l'étendit sur les quelques égratignures qu'il avait aux mains. Et, à vue d'œil, les plaies commencèrent à cicatriser. Ébahie, la jeune femme dût admettre qu'elle avait eut tort de se méfier.

« Je… Pardon…

-Pas d'excuses. On dit que la méfiance est mère de sûreté. Je ne peux vous en vouloir. »

Il redonna la pochette à Ounìlam et celle-ci passa la mixture sur ses bras et son visage. Aussitôt, une sensation de bien-être l'envahit et la douleur de chaque plaie s'estompa. La médecine des elfes était plus étonnante et efficace que celle des hommes et pour Ounìlam, c'en était presque magique.

Il restait encore à soigner les blessures qu'elle avait sur le dos, les jambes et tout le reste du corps, mais elle attendrait un moment où elle serait seule pour le faire…

Legolas put lire un certain soulagement sur les traits fatigués de la jeune Rohirrim; la décoction de Aragorn lui avait fait du bien. Puis, dans un murmure, que seule son ouie fine pouvait percevoir, l'elfe entendit : « merci ». Il ne put que se réjouir d'avoir gagné un tant soit peu sa confiance et, silencieusement, il continua la marche, traînant son fidèle destrier vers la troupe.

Constatant que l'elfe la menait de plus en plus près des Rohirrim, l'angoisse s'empara de Ounìlam.

« Que… Que faites-vous? Je ne peux pas m'approcher d'eux! »

Legolas répliqua sur un ton froid et tranchant.

« Ces gens doivent apprendre ce que signifie le mot « tolérance ».

Cherchait-il à causer son propre malheur? Les Rohirrim avaient déjà eu raison de Femléi; l'unique personne qui avait tenu à veiller sur elle, et cet elfe ne ferait sans-doute pas exception à la règle: s'il s'immisçait dans la troupe en compagnie de Ounìlam, tôt ou tard, il finirait par être aussi méprisé qu'elle.

Pourtant, Legolas ne parut pas du tout se soucier de ce qui l'attendait. Il marcha d'un pas déterminé, suivit de Arod, et ils avancèrent parmi la foule. Les gens les regardaient et les fusillaient du coin de l'œil. La présence d'un elfe –qui plus est, allié du Roi- était cependant trop impressionnante pour que les paysans manifestent de nouveau leur aversion.

Ils arrivèrent aux côtés de Gimli qui trottinait nerveusement sur Hasufel. Il avait perdu de vue ses deux compagnons lors de l'agitation du peuple et en voyant l'elfe se présenter à lui avec quelques écorchures, le nain grogna :

« Nom d'une hache en bois! Que s'est-il passé?

-Les Crébains.

-Quoi, ils sont encore dans les parages?!

-Plus maintenant, mais ils ont bien failli avoir raison de cette jeune demoiselle. »

L'elfe désigna sa compagne et ce n'est qu'à cet instant que Gimli remarqua la petite Rohirrim que Aragorn avait protégée des injures du peuple, quelques heures plus tôt.

« Demoiselle Ounìlam, voici Gimli fils de Gloin. C'est un guerrier fort borné et ronchonneur… »

À ce moment, le nain lança un regard des plus menaçants à l'elfe, confirmant ainsi ses dires. En guise de réponse à ces yeux emplis d'animosité, Legolas n'offrit qu'un sourire narquois à son allié et il termina sa phrase.

« …Mais aussi un ami loyal sur qui nous pouvons compter. Vous n'avez donc rien à craindre de lui.»

Les traits grognons de Gimli s'adoucirent et Legolas sourit de plus bel, toujours aussi amusé des réactions de son compagnon lorsqu'il se moquait de lui. Cependant, ces taquineries ne semblèrent pas du tout plaire à Ounìlam. Celle-ci avait la tête basse et, visiblement, elle était gênée devant le nain, un autre être d'une race qu'elle n'avait jamais vu auparavant.

Malgré la rapidité à laquelle elles guérissaient, Gimli remarqua ses blessures mille fois plus nombreuses que celles de l'elfe. Les gros sourcils sévères du nain se relevèrent et il caressa sa barbe, perplexe.

« Comment se fait-il que nous n'ayons même pas remarqué cette attaque?

-Vous étiez trop loin devant.

-Allons, si vous avez vu ces oiseaux attaquer, d'autres ont dû voir aussi!

-C'est juste.

-Alors pourquoi personne n'a réagit? Nous vous aurions prêté main forte!

-Demandez à ces paysans… »

Legolas jeta un œil accusateur aux Rohirrim tout autour. Ceux-ci feignirent n'avoir rien entendu et le nain comprit…

« Ce peuple était prêt à la laisser se faire dévorer par ces monstres…, marmonna-t-il.

-Ne tenons pas compte d'eux, Maître Nain. »

L'elfe reprit sa marche à travers la troupe et Arod le suivit. Gimli prit place aux côtés de son compagnon, continuant à trotter maladroitement sur Hasufel. Ounìlam, elle, demeura silencieuse. Elle espéra que les Rohirrim se tenant à proximité n'allaient s'en tenir qu'à des regards méprisants envers elle et que leur harcèlement n'irait pas plus loin.

La traversée se poursuivit dans le silence. Un silence qui ne plaisait pas au nain. Après avoir entendu la triste histoire de Ounìlam de la bouche du neveu et de la nièce du Roi, Gimli comprenait bien qu'elle n'ait aucune envie de parler à personne, mais il chercha tout de même un moyen de détendre l'atmosphère.

«En tout les cas, vous avez cueilli une jolie fleur sur votre passage mon ami! débita-t-il à l'adresse de l'elfe. »

Ounìlam eut bien conscience que le nain parlait d'elle, mais elle ne sembla pas apprécier le compliment. En fait, n'ayant jamais vraiment reçu de compliments, elle ne sut pas quelle réaction adopter. Alors, elle demeura le regard fixe, toujours empreint de tristesse.

Legolas, lui, esquissa un sourire plutôt mélancolique et répondit au nain.

« Vous avez raison. Une fleur qui a grandit dans l'adversité... »

Le rôdeur s'avançait parmi la foule, encapuchonné de sa cape elfique. Il ne voulait guère que l'on voit le mépris sur son visage, car c'est ainsi qu'il se sentait vis à vis ce peuple superstitieux et prêt à laisser une des leurs se faire massacrer sans réagir…

Aragorn n'avait pas pour habitude de juger qui que ce soit, mais il ne pouvait passer sous silence une attitude de telle nonchalance; le Roi devait être au courant. Et peut-être pourrait-il apporter quelque lumière aux nombreuses énigmes reliées à Ounìlam…

Il rejoignit donc la compagnie de gardes qui devançait la troupe et il salua brièvement Eowyn ainsi que son frère qui accompagnaient maintenant leur oncle. Puis, Aragorn se présenta devant le Souverain de la Marche et il s'inclina.

« Mon Roi, peut-être le moment est-il mal choisi, mais je dois m'entretenir avec vous de choses étranges…

-De quoi s'agit-il Aragorn?

-Il faudrait plutôt dire; de qui s'agit-il…

-Qui donc alors?

-Ounìlam. »

Du haut de son destrier, Theoden observa sombrement le visage encapuchonné de son allié rôdeur. Ce dernier put sentir que le Roi n'était pas très enclin à vouloir parler de cette paysanne et il se demandait bien pourquoi…

Puis, Aragorn laissa tomber le capuchon de sa cape sur son dos et révéla son visage marqué de coups de griffes et de becs. Les yeux du Roi s'écarquillèrent et le reste de ses gardes furent aussi stupéfiés.

« Ceci est le résultat d'une lutte sans pitié qui aurait put être évitée si quelqu'un avait eut la décence de prévenir la garde royale. Les Crébains n'ont pas complètement passé leur chemin, Sire. Ils s'en sont pris à cette jeune femme et, hormis Legolas et moi-même, personne n'a daigné lui venir en aide. Au contraire, votre peuple semblait se réjouir de pouvoir se débarrasser d'elle. »

Theoden n'appréciait guère que l'on critique son peuple, mais lui-même avait toujours déploré le comportement de ses sujets. Cependant, ils n'étaient que victimes de la sournoiserie de Grima Langue de Serpent, celui à l'origine de la mauvaise réputation de la protégée de feu Femléi. Les dégâts qu'avait causés son ancien conseiller lorsque son esprit était manipulé par Saroumane étaient irréparables et Theoden s'en sentait secrètement très coupable…

« Je n'approuve pas le comportement de mon peuple et je suis navré que vous ayez payé le prix de leur négligence. Cependant, il est trop tard pour faire changer leur opinion. Grima a semé la controverse entre les gens de mon Pays, mais maintenant ce pays est en péril. Je suis resté trop longtemps submergé dans les ténèbres. Aujourd'hui, je dois rattraper le temps perdu : la menace qui plane au-dessus de nous est imminente et le sort entier de mes gens est plus important que celui d'une seule d'entre eux.

-Sire, je vous ai juré fidélité, car le sort des Eorlingas m'importait grandement. Or, comment pourrais-je soutenir un peuple si insensible et pitoyable envers une des leurs? Je croyais me battre pour préserver la paix et la quiétude qui régnaient autrefois sur les Terres d'Eorl, mais je constate que je défends ni plus ni moins un peuple possédé par la haine et l'hypocrisie…

-Que voulez-vous que j'y fasse Aragorn?

-Vous êtes le Roi. Vous avez le pouvoir de faire changer la mentalité de ces gens… »

Theoden demeura silencieux quelques instants. Il avait déjà entendu pareilles paroles. Il se souvint alors de son fidèle roturier Femléi, lui implorant asile et protection pour lui et sa protégée, quelques années avant qu'il ne tombe sous l'influence du Sorcier Saroumane.

« Je vous en prie, mon seigneur! Usez de votre autorité sur les autres villageois! Vous savez que ces méprises ne sont pas fondées! Vous avez le pouvoir de faire changer leurs idées préconçues! »

Aragorn adoptait un ton aussi soucieux que Femléi. Le Roi eut l'impression de revoir en lui, la même bienveillance, la même fibre protectrice qu'il avait perçues en ce vieil agriculteur. En d'autres circonstances, le Roi n'aurait pas apprécié qu'un rôdeur lui dicte sa manière de diriger son peuple, mais ce ne fut pas le rôdeur ou même l'héritier du Trône de Gondor qui lui avait parlé. Non. Il s'agissait d'un être humain aux intentions tutélaires, presque paternelles…

« Pourquoi vous souciez-vous ainsi de cette petite? »

-Parce que sa situation m'intrigue… Puisqu'elle semait et sème encore la controverse entre les gens de votre pays, pourquoi n'avez-vous jamais cherché à en savoir davantage sur elle?

-Pour la simple et bonne raison que j'avais confiance en Femléi. Il l'avait questionnée sur sa provenance et d'aussi loin qu'elle se souvenait, elle avait toujours vécu parmi les hommes sauvages. Cependant, elle était soumise à eux. Jamais elle a été des leurs. Femléi maintenait fermement qu'elle n'était pas responsable de tout le mal qui affligeait la cité. Je le cru et je le crois encore. Toutefois, il est vrai que sa façon d'être et d'agir est étrange. Elle est morne et sans vie, dirait-on. »

À ce moment, Eowyn s'approcha et s'immisça dans la conversation.

« Après avoir été esclave et subi la hargne de ma propre race, je serais également sombre et accablée à tout jamais… »

Le regard normalement dur et rebelle de la Dame Blanche se fit compatissant pour la première fois. Peut-être était-ce la vue des blessures du rôdeur qui l'avait enfin motivé à réagir. Préoccupés par l'état dégradant de leur oncle au temps où le Sorcier Traître le maîtrisait, Eomer et elle n'avait porté que peu d'intérêt envers le pauvre Femléi et sa protégée. S'ils avaient empêché Grima de propager la mauvaise réputation de Ounìlam, jamais le peuple n'aurait souhaité sa mort et sans doute aurait-il eu l'obligeance de prévenir la Garde Royale lors de l'attaque des Crébains… puis… cet homme que Eowyn estimait de plus en plus, ne se serait pas battu seul contre ces bêtes et n'aurait pas subi autant de blessures…

Aragorn observa Eowyn, heureux qu'enfin quelqu'un appuie ses dires.

« Il est vrai que le traitement du peuple fut loin d'être favorable, mais rejetée ou non, elle aurait toujours été aussi…mystérieuse. Je la sens différente.

-Que voulez-vous dire, Aragorn? questionna le Roi.

-Je ne sais que penser…mais je suis certain d'une seule chose : le peuple est dans l'erreur. Elle n'est pas ce qu'il croit… »