Harry Potter et le secret de Voldemort
By DreamAngel7
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Chapitre XVII : Les morts aussi peuvent avoir le goût de vivreLe bureau de Dumbledore était aussi calme que d'ordinaire. Pas un bruit ne se faisant entendre, pas même le grattement léger et régulier d'une plume sur un parchemin. La salle était étrangement silencieuse, du même silence qui pouvait régner lorsque son propriétaire se livrait à une de ses profondes réflexions.
Or c'était justement le cas. Confortablement adossé au fond de son grand fauteuil professoral, un coude appuyé sur l'accoudoir et se frottant le menton, les yeux perdus quelque part dans le vague, Dumbledore était plongé dans ses pensées. Au pli soucieux qui lui barrait le front, n'importe qui aurait de suite deviné qu'il ne s'agissait nullement de pensées agréables. McGonagall ne s'y trompa pas.
-Vous vouliez me parler, Albus ? demanda-t-elle en entrant dans le bureau, l'air subitement inquiet en le voyant ainsi installé dans son fauteuil.
Dumbledore releva vivement la tête, soudain tiré de ses pensées, et se reprit rapidement.
-Oui, Minerva. Mais entrez, entrez !
McGonagall passa le seuil de la pièce et referma la porte derrière elle. Elle s'avança vers le directeur et s'assit sur une chaise à l'invitation de celui-ci. Il sembla se perdre à nouveau hors de la réalité.
-Albus ? fit McGonagall.
-Hum, oui, désolé… Je me fais vieux, dit-il avec un léger sourire qui sonnait faux. Que voulais-je vous dire ? Hum… Ah ! oui, voilà. J'aurais aimé savoir si les elfes avaient fini, le repas ne va pas tarder à commencer…
-Oui, bien sûr, ils se sont encore surpassés, comme d'habitude. Mais vous ne m'avez pas fait venir uniquement pour me dire cela, Albus, répondit-elle d'un ton accusateur.
-Hum… Non, en effet… admit Dumbledore.
Son regard se fit plus lointain et plus soucieux. A cet instant il avait vraiment l'air du vieux sorcier fatigué qu'il était réellement. Mais il ne pouvait se permettre de se montrer ainsi aux élèves, ni aux parents, certes devant McGonagall il pouvait se laisser aller, ils se connaissaient depuis suffisamment longtemps pour cela, mais pas devant d'autres personnes. Il ne devait plus un seul instant laisser voir à tous ceux qui comptaient sur lui quelqu'un qui se sentait à présent dépassé par les événements, comme il l'avait fait à son retour de la bataille d'Azkaban. Il devait rester le roc inébranlable sur lequel tous ces élèves se reposaient.
-Vous semblez fatigué ces derniers temps, Albus, remarqua McGonagall.
-Oui… Je me fais vieux, je vous l'ai dit. Il serait temps que quelqu'un prenne ma place… Enfin, tant qu'il me restera des forces, je lutterai, vous le savez…
-Que se passe-t-il, Albus ? Est-ce à cause de ces rumeurs ? J'en ai eu également quelques échos…
-Je suis inquiet, Minerva. Cela ne se passe pas du tout comme prévu, et j'ai bien peur que les conséquences n'en soient guère des plus agréables.
-Pensez-vous réellement que cela puisse entraîner un désastre ? Ce n'est qu'une querelle d'adolescents, je suis convaincue que cela n'aura pas de grande incidence sur leur relation, tout le monde se dispute de temps à autres, Albus.
-L'enjeu est trop important pour que l'on prenne cela à la légère, coupa Dumbledore. Je vous ai déjà fait part de mes inquiétudes à ce sujet. S'ils ne parviennent pas à s'entendre, il se pourrait que tout soit perdu, sans aucun espoir de revenir en arrière. Je ne peux laisser cela arriver sans tenter quelque chose.
-Bien sûr, je comprends parfaitement, mais ne doit-on pas laisser le temps faire ? Je suis contre l'idée d'intervenir dans leurs affaires personnelles, cela pourrait s'avérer plus regrettable que bénéfique, et vous le savez.
Dumbledore s'apprêta à répliquer, mais McGonagall reprit vivement :
-Je les connais bien, Albus. Cela fait déjà deux mois que j'ai l'occasion de les voir ensemble. Ils s'entendent bien mieux que ce que vous auriez pu imaginer au départ. Croyez-moi, vous feriez une grossière erreur en intervenant.
-Je ne peux pourtant pas rester sans rien faire… tenta Dumbledore.
-Et moi je vous le demande, au nom de leur amitié. Albus, faites-lui un peu confiance… termina-t-elle avec un regard suppliant.
Elle ne savait pas ce qu'elle lui demandait, elle n'avait pas compris… Il ne se sentait pas capable de faire cela, pas capable d'accorder sa confiance à cette personne qui n'avait pas encore, à ses yeux, prouvé sa loyauté. Elle devait encore faire ses preuves avant qu'il ne puisse vraiment le faire. Cependant les yeux perçants de McGonagall tendaient à le faire fléchir…
Un mouvement lui fit détourner le regard. Fumseck venait de s'envoler de son perchoir et volait vers eux. Il se posa sur l'épaule de McGonagall et frotta sa tête contre la joue du professeur qui gardait les yeux fixés sur le directeur. Ce fut la goutte de trop. Dumbledore baissa les yeux en soupirant. Si Fumseck se rangeait à l'avis de McGonagall, il devait avoir une bonne raison.
-Très bien, accordons-leur un peu de temps… concéda-t-il, à contre-cœur.
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Harry était fin prêt. Depuis longtemps. Cela ne lui avait pas pris beaucoup de temps et à présent il était assis sur son lit, ne sachant quoi faire pour s'occuper l'esprit. Il fixait le vide droit devant lui, à nouveau sujet aux mêmes interrogations. Il n'arrivait décidément pas à s'en défaire. Plus le temps passait, et plus il lui devenait difficile de résister à l'envie de se défouler sur quelque chose. Sa nervosité était à son comble.
N'y tenant plus, il se leva d'un bond de son lit. Il fallait qu'il fasse quelque chose, n'importe quoi, mais quelque chose. Il ne pouvait plus rester là à ressasser toujours la même chose, avec pour seul effet de se sentir de plus en plus minable et frustré. Il se dirigea d'un pas décidé vers la porte du dortoir, mais stoppa alors qu'il posait sa main sur la poignée. Il resta immobile quelques secondes avant de faire demi-tour et fouiller dans sa valise, puis repartir en claquant la porte derrière lui, l'objet mystérieux bien caché au fond de sa poche.
Arrivé dans la Salle commune, il hésita. Quelques Gryffondor étaient assis dans les fauteuils à discuter du bal, majoritairement des garçons. Uniquement des garçons, en fait, comme pour confirmer le stéréotype qui veut que les filles prennent des heures et des heures à se préparer… D'ailleurs, aucun d'eux n'était prêt, ils portaient encore tous leur uniforme scolaire. Harry songea un instant qu'ils seraient bientôt tous en train de courir en tous sens pour s'habiller le plus vite possible pour être à l'heure… Finalement, les filles n'avaient peut-être pas tort…
Il sortit de la pièce sans prêter grande attention à tous ces adolescents insouciants, échappant ainsi à la sensation d'étouffement qu'il avait ressentie en y entrant. Mais debout dans le couloir, il hésita à nouveau. Ses pensées se perdirent dans des méandres sinueux et ses jambes le menèrent machinalement à travers le château. Peu importait où il allait, il ne s'inquiétait même pas d'arriver en retard… après tout, aller à un bal sans cavalière, c'était le moyen idéal pour ne pas passer inaperçu. Non pas que personne ne l'ait invité, bien sûr…
En réalité, les filles s'étaient pressées au portillon, rivalisant d'artifices pitoyables ou de techniques d'approche affligeantes d'idiotie. Hermione avait beau dire, sa gloire n'avait aucunement souffert des articles sulfureux de Rita Skeeter. Au contraire, c'était à croire que depuis, sa popularité s'en était trouvée grandie. Malgré ses affirmations répétées concernant le retour de Voldemort… Ou peut-être à cause de cela ? Il ne saurait jamais, et n'avait aucune envie de le savoir. Ce qu'il voulait, c'était qu'on le croie, pas qu'on l'admire.
Il serra les dents de rage en pensant que si d'un côté il était parfois assailli par des demoiselles complètement folles de lui – et surtout de sa célébrité – qui, lorsqu'une occasion comme un bal se profilait à l'horizon, n'hésitaient pas à lui sauter dessus au détour d'un couloir pour le déstabiliser, pensant qu'ainsi il répondrait "oui" sans réfléchir, d'un autre côté il avait une amie qui avait plutôt tendance à le fuir pour la même raison… Il soupira. Jamais il ne comprendrait la gente féminine…
Il leva les yeux du sol lorsqu'il se retrouva devant une porte. L'infirmerie. Mais que fichait-il ici ? Il n'avait aucune raison de se trouver là, et la seule chose qu'il voulait, c'était s'éloigner de ce lieu. Mais… maintenant qu'il était là… Pourquoi pas ? Il posa sa main sur la poignée, mais n'acheva pas son geste. Toujours la même incertitude, depuis le matin. Que devait-il faire ?
Il ramena sa main vers lui, serra les poings, et fit demi-tour avant de repartir en courant. Ce n'était pas dans sa nature de fuir, mais c'était dans sa nature de haïr cette situation.
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Lorsque Ron se décida à monter se changer, il trouva Dean, Seamus et Neville en pleine séance d'habillage. Ils étaient surexcités, c'était à qui finirait le plus vite, tout en n'oubliant pas d'aider les autres. La chambre était presque sans dessus dessous mais les garçons ne semblaient pas s'en préoccuper, plus inquiétés par l'heure qui passait trop vite pour eux.
-Waouh, dites-moi, on s'amuse ici ! s'exclama Ron.
-Eh ! Seamus ! Viens m'aider, j'arrive pas à enfiler cette fichue patte ! fit Dean.
-C'est toi qui a récupéré le gorille, à ce que je vois, nota Ron avec amusement. Quelqu'un a écopé du costume de clown ?
-Oui, moi, répondit Neville en rougissant un peu.
Ron retint un éclat de rire. Il se dirigea vers son armoire et en sortit son propre costume, encore emballé. Il vit avec amusement un Seamus vêtu d'un costume noir avec une cape et un chapeau, un masque à la main, courir vers Dean pour lui raccrocher sa patte de gorille.
-Seamus, tu es censé être déguisé en quoi, au juste ?
-En Zorro, pourquoi ?
-Zorro ? répéta Ron. Qui c'est ?
-Zorro est arrivé-é-é ! Sans s'presser-er-er ! chantonna Seamus, brandissant une épée devant lui.
Tout le monde éclata de rire.
-Ça ne nous dit pas qui c'est ! hoqueta Ron.
-C'est un héros moldu, bande d'ignare, répondit Seamus, vexé. Un justicier qui se masque pour qu'on ne sache pas que c'est Don Diego de la Vega, le gars riche du coin… Et toi Ron, tu as pris quoi ? demanda-t-il pour détourner la conversation.
-Un costume de pirate, fit Ron en posant un rond noir devant son œil droit et en faisant une grimace.
-Dépêche-toi de t'habiller, dans ce cas, conseilla Dean. J'ai entendu dire que les costumes de pirates étaient très longs à mettre…
-Pas de souci, je l'ai déjà essayé, ça va aller tout seul, assura Ron.
Mais ses trois colocataires ne purent s'empêcher d'éclater de rire lorsque Ron se débattit nerveusement avec ses habits de pirates alors qu'eux-mêmes étaient déjà prêts et que l'heure du bal approchait à grands pas… Ron s'énerva :
-Venez m'aider au lieu de ricaner !
Et c'est toujours en rigolant que les trois garçons obéirent, sous les regards noirs de Ron, regard qui lança des éclairs dès que Dean voulut savoir s'il s'était trouvé une cavalière et qui elle pouvait bien être, moqueur.
-Vous verrez bien ! s'écria Ron, exaspéré, devant l'insistance des trois garçons.
Il n'avait pas spécialement envie de les voir s'esclaffer au nom de l'heureuse élue, surtout qu'il avait dû faire preuve d'un courage qu'il ne se connaissait pas pour oser l'inviter. Depuis le temps qu'il en rêvait, il ne voulait pas se voir rire au nez par cette bande de mec mal costumés !
Sa cavalière… Il se demandait bien à quoi elle pourrait bien ressembler, quand il la rejoindrait, elle en avait fait tout un mystère… Il ne doutait pas un seul instant qu'elle serait belle, même si, en réfléchissant un peu, il aurait effectivement dû avoir peur, après tout, c'était Halloween… Il espérait néanmoins, pour on ne sait quelle raison, que son costume ne s'accorderait pas trop mal avec le sien. Eh bien oui, que donneraient un pirate avec un Petit Chaperon Sanglant !
-Et vous ? dit-il soudain. Vous serez avec qui ?
-Euh…
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Hermione s'était enfermée dans la salle de bain des préfets depuis qu'elle était revenue de Pré-au-Lard et n'en était pas encore ressortie. Etonnamment, personne n'avait songé à faire comme elle et boycotter les salles de bains communes. Mais elle n'allait pas s'en plaindre, c'était un bonheur de ne pas être dérangée…
En fait elle n'avait pas eu besoin de beaucoup de temps, son costume à elle était bien plus simple que celui qu'elle avait pris pour Samantha par exemple. Le plus dur avait certainement été ses cheveux. Il fallait qu'ils soient lisses, mais pas autant qu'au bal de Noël auquel elle avait assisté en quatrième année. Ce qui s'avéra finalement assez compliqué. Elle se rendit compte que lisser entièrement les cheveux était dur, certes, mais les rendre simplement ondulés était loin d'être une mince affaire !
Elle arriva pourtant à attacher ses cheveux assez haut, en laissant deux fines mèches ondulées encadrer son visage. Elle négligea le maquillage au profit de ses couleurs naturelles.
Elle passa ensuite à son costume entièrement noir. Elle prit un petit haut assez décolleté, mit par-dessus un pull en nylon sans manches aux mailles si espacées qu'elles ne cachaient rien du décolleté. Elle ajouta un gilet sans manches. Elle enfila un collant résille, avec des motifs de dragons, puis une jupe qui lui arrivait juste au-dessus des genoux. Elle prit des gants résille longs jusqu'aux coudes et ajouta de courtes mitaines. Elle prit ensuite des sandalettes dont elle enroula les lanières autour de ses mollets pour les nouer sous le genou.
Elle se mit face au miroir pour juger de l'effet final. Un dernier coup de baguette magique lui ajouta deux petits tatouages noirs : une rose sur le front et un dragon sur l'épaule gauche. Une fois satisfaite, elle sortit de la salle de bain et se dirigea vers la tour des Gryffondor rejoindre son cavalier pour la soirée.
En quoi serait-il déguisé ? Il y avait de quoi s'inquiéter, en réalité, il pouvait être capable du pire comme du meilleur, parfois. Enfin, tant qu'elle ne se retrouvait pas avec un clown bariolé, tout irait bien… Elle espérait que leurs costumes ne trancheraient pas l'un par rapport à l'autre, ce qui était malgré tout le plus probable. Ils auraient peut-être dû se mettre plus ou moins d'accord, ou choisir ensemble…
-Franche-Comté, dit-elle à la Grosse Dame.
Le tableau pivota avant que la Grosse Dame n'ait eu le temps de faire le moindre commentaire sur la tenue sensiblement plus sexy qu'à l'ordinaire qu'arborait la jeune fille. La Salle Commune était entièrement vide. Hermione eut soudain peur d'être en retard. Depuis combien de temps la fête était-elle commencée ?
-Hermione ? fit une voix masculine passablement étonnée. Tu es… waouh !
La jeune fille se retourna, surprise. Elle tomba nez à nez avec… un pirate. Elle sursauta.
-Mon dieu ! s'exclama-t-elle. Ron ?
-Aux dernières nouvelles, c'est moi, acquiesça-t-il. Par contre j'ai un doute sur ton identité, plaisanta-t-il.
-Idiot, répliqua-t-elle en souriant. Je te plais ?
Elle fit un tour sur elle-même pour se faire admirer, coquette. Elle ne put s'empêcher de rougir devant le regard ébahi du rouquin, et décida de changer de sujet.
-J'espère que je ne suis pas trop en retard, il n'y a déjà plus personne…
Ron sortit de sa torpeur.
-Non non, tu es parfaitement à l'heure ! s'exclama-t-il. Ils sont tous très très en avance, c'est tout… Argh si j'avais su j'aurais pas pris ce costume !
-Mais tu es très bien en pirate ! sourit Hermione.
-C'est vrai ? demanda Ron avec espoir.
-Si je te le dis ! assura-t-elle en lui donnant une légère tape sur la tête. Allez viens, Harry doit nous attendre…
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Debout à côté des portes de la Grande Salle, Harry avait vu défiler la majorité des élèves devant ses yeux. Pour ne rien arranger à sa mauvaise humeur, tous y allaient en couple, excepté un ou deux irréductibles célibataires heureux de montrer leur indépendance. Autant dire que ces célibataires endurcis énervaient plus encore Harry, mais si c'était par jalousie ou agacement, il n'aurait su le dire. Qui enviait-il le plus ? Les solitaires heureux de l'être ou les couples tendrement enlacés ?
Harry s'impatientait de plus en plus. Et c'est parfaitement silencieux et le visage extrêmement renfrogné qu'il accueillit enfin ses deux amis, arrivés parmi les derniers, un grand sourire éclairant leurs traits et surtout, bras dessus bras dessous…
Il ne sut ce qui l'agaça le plus. La proximité qu'ils avaient provisoirement instaurée entre eux ou le regard condescendant qu'ils lui jetèrent. Toujours est-il qu'il leur tourna le dos sans rien répondre à leur « bonsoir » enjoué et les précéda dans la Grande Salle surpeuplée d'êtres tous plus étranges les uns que les autres, où le fantôme le disputait au zombie.
Les quatre grandes tables avaient été remplacées par de petites tables rondes, comme lors du bal de Noël du Tournoi des Trois Sorciers. Chacune d'elles avait une grosse citrouille grimaçante en son centre et on voyait des nuées de chauves-souris évoluer près du plafond magique, sous les nuages noirs et quelques rares étoiles que laissait voir le ciel en cette magnifique soirée d'Halloween… Diverses guirlandes de papier orange et noir découpé en formes de squelettes, citrouilles et autres, pendaient de-ci de-là au-dessus de la salle.
Harry hésita un instant. Toutes les tables avaient déjà quelques occupants, et il n'avait pas spécialement envie de se mêler à la faune scolaire. Pourtant, Ron et Hermione se dirigèrent tout à fait naturellement à la table où se trouvaient déjà les trois colocataires des deux garçons, accompagnés de leurs cavalières. Il les suivit à contre-cœur.
-Alors c'est elle, ta cavalière ? s'exclama Seamus en voyant Ron arriver. Sûr que je ne m'attendais pas à te voir avec elle. Salut, Hermione, tu es superbe !
-Merci, Seamus. Tu n'es… pas mal non plus… répondit-elle en se retenant d'éclater de rire à la vue d'un Zorro en plein monde sorcier. Et qui se cache sous cette tête de gorille ? Ah, bonsoir Dean ! Je ne t'avais pas reconnu…
-Ha ha, très drôle, lança Dean en remettant son masque-casque.
-Et… Bonsoir Neville… fit-elle, retenant toujours son fou rire à la vue du clown bariolé en face duquel elle s'asseyait.
Harry s'assit à contre-cœur à côté de ses amis. Il jeta un rapide coup d'œil aux cavalières de ses camarades de chambre alors qu'Hermione et Ron entamaient une discussion avec eux. Il ne connaissait pas la jolie blonde qui regardait Neville avec une expression de totale adoration, mais il remarqua que Dean et Parvati se tenaient plus ou moins discrètement la main, alors que Seamus observait constamment Lavande du regard.
Exaspéré, Harry tourna la tête pour observer le reste de la salle. Une quantité innombrable de couples, et quelques courageux célibataires… Rien qui soit susceptible de lui remonter le moral. Il vit alors entrer un couple bizarrement assorti, deux diables tout de vert vêtus, de la robe pour la fille et du costume chic pour le garçon aux cornes et à la petite queue en forme de lance qui se balançaient presque naturellement. On aurait pu s'attendre à ne voir que du rouge sur de tels déguisements, mais il semblait que cette couleur avait totalement été bannie de l'ensemble.
Un parfait couple de Serpentard fiers de l'être, en somme.
-Vous avez vu Malefoy ? chuchota alors Hermione d'un ton écœuré en se penchant vers les autres. Serpentard jusqu'au bout des ongles…
En effet, le diable et la diablesse n'étaient ni plus ni moins que l'orgueilleux fils Malefoy et l'insupportable Pansy Parkinson. Qui d'autre ? Ils passèrent près de leur table et Malefoy en profita pour offrir un magnifique sourire goguenard à un Harry renfrogné qui ne chercha même pas à répliquer. Qu'il se réjouisse de la dispute, il n'en avait rien à faire. Mais alors, vraiment rien !
Arrivèrent ensuite, essoufflés d'avoir couru et paniquant à l'idée d'être en retard, la rousse Ginny accompagnée du maniaque de l'appareil photo Colin Crivey en personne. Ils s'installèrent avec eux en s'excusant. Harry pensa sans aucune raison qu'avec un couple de plus à leur table, ils seraient treize, ce qui n'aurait pas manqué de faire paniquer Trelawney…
Il ne fut pas étonné de voir, et d'entendre, Dumbledore commander son plat de la même manière qu'au bal de quatrième année. Lui-même n'avait pas très faim et ne faisait que pignocher dans son assiette. Il finit par ne même plus avaler quoi que ce soit et jouer pensivement avec sa fourchette. Il remarqua vaguement que la discussion de ses amis était très animée et qu'ils paraissaient tous beaucoup s'amuser.
Une fois le repas terminé, Dumbledore demanda aux élèves de se lever et aligna les tables contre les murs, avant de faire disparaître la table des professeurs pour y installer les divers instruments du groupe qui allait se produire ce soir. Une troupe d'hommes d'un âge inqualifiable mais pourtant jeune accoururent sur la nouvelle scène et s'emparèrent de leurs instruments sous les applaudissements et les cris de joie des élèves.
Il faut dire que les Bad' Guys, groupe à l'opposé direct des Bizarr' Sisters et leurs concurrents les plus difficiles, en plus d'être particulièrement du goût des jeunes filles, faisaient une musique des plus appréciées dans le monde de la sorcellerie, un mélange de rock et de sonorités grinçantes, qui donnait une sorte de musique gothique portée à un paroxysme que n'atteignaient pas les Moldus.
Harry repensa avec une grimace à ce bal, trois ans plus tôt, où étant l'un des deux champions de Poudlard il s'était vu obligé d'ouvrir la danse. Souvenir maudit entre tous… Ça ne s'était pas trop mal passé, mais il n'était plus retourné sur la piste après la fin de la première chanson. Il détestait danser, et il était persuadé que rien ne pourrait changer cela.
Il écouta quelques chansons d'une oreille inattentive, assis seul à l'une des tables au fond de la salle. Il avait perdu Hermione et Ron de vue dès que la musique avait commencé et on ne pouvait pas dire qu'il cherchait vraiment à les repérer dans la masse compacte d'élèves qui évoluaient devant lui. Il buvait distraitement de la Bièraubeurre, le regard perdu au milieu de la foule. Puis, ayant fini son verre et étant plus qu'agacé par toute cette agitation – et notamment par Malefoy qui ne manquait pas une occasion lorsqu'il passait devant lui de lui resservir jusqu'à saturation son éternel sourire satisfait – il se leva et sortit de la Grande Salle.
L'air frais du dehors lui fit du bien. Il s'arrêta un instant en haut des marches menant au parc et inspira profondément en fermant les yeux. Enfin au calme. Les rumeurs lui parvenaient encore, mais amoindries, et à vrai dire, moins stressantes. Il jeta un coup d'œil aux grandes fenêtres qui donnaient sur l'intérieur de la Grande Salle et repéra ses deux amis en train de danser, un grand sourire vissé sur leurs lèvres. Ils devaient vraiment bien s'amuser pour être aussi joyeux et ne pas se disputer pour un oui pour un non…
Harry détourna le regard et descendit les marches. Il traversa le parc d'un pas sûr, sachant où il voulait se rendre. Il s'arrêta à nouveau en chemin, fit demi-tour et leva la tête vers les fenêtres de l'infirmerie, tout là-haut, avant de repartir. Il voulait réfléchir, encore, encore et encore, au calme. Il avait besoin d'éclaircir ses idées, de tout ordonner, et de faire la part des choses. Où était le véritable tort ?
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Alors que la nuit se glissait dans la grande infirmerie par les hautes fenêtres et que le vent créait de sinistres mugissements en agitant les branches dénudées des arbres, une forme imprécise se recroquevillait sur un lit rendu gris par le manque de lumière. Madame Pomfresh lui jeta un dernier regard avant de rejoindre sa chambre, située dans la même aile, rassurée de voir sa petite protégée du jour si calme et endormie.
Or elle se trompait lourdement. Si la jeune fille était en effet parfaitement calme, elle ne dormait pourtant pas. Elle s'était ramassée en position fœtale, les yeux grands ouverts fixés droit devant elle, regardant on se sait quoi dans l'obscurité de la pièce, les draps frileusement ramenés sur elle. Elle s'était suffisamment reposée aujourd'hui, et n'avait plus aucune envie de rester couchée encore. Elle avait passé trop de temps allongée sur ce lit et ne souhaitait plus que pouvoir se lever et marcher un peu, faire quelque chose.
Aucun son de l'extérieur ne parvenait vraiment jusqu'à elle. La salle était plongée dans un silence presque parfait, n'étaient sa propre respiration et les battements sourds de son cœur, qui l'assourdissaient aussi sûrement qu'un orchestre dépareillé. Elle haïssait le silence. Ne pouvait le supporter. Chaque seconde de plus dans ce monde d'insonorité augmentait d'un cran son irritation.
Aucun son ne se faisait vraiment entendre, mais avec un peu de concentration, elle parvenait cependant à percevoir des bruits de fête, de musique. Parfois de légers cris de voix, provenant vraisemblablement du dehors. Elle écoutait, et écoutait encore, inlassable. La fête n'avait pas commencé depuis très longtemps mais déjà elle sentait en elle le besoin d'agir. S'éloigner, pour ne plus rien entendre, ou…
Elle écoutait, et réfléchissait. Mais ses pensées étaient complètement embrouillées dans son esprit, mélangées aux clameurs du bal qui tourbillonnaient dans sa tête. Tout s'était calmé depuis son mal de tête, mais cela restait encore un peu flou. Elle revoyait Harry, sans cesse, son visage qui avait fini par se crisper sous la colère, sa voix résonnant encore douloureusement à ses oreilles… Elle ne savait trop si ce qu'elle entendait venait des fêtards, en bas, ou si c'était réellement la voix de Harry dont elle se souvenait… Mais peu lui importait. Les mots tournaient et retournaient dans sa tête, sans qu'elle puisse les repousser. Mais cherchait-elle seulement à s'en débarrasser ? Ou préférait-elle s'imprégner de chaque mot jusqu'à en pleurer ?
Un léger souffle fit voler quelques fines mèches sur son visage. Elle leva les yeux. Une fenêtre s'était ouverte. Elle était probablement mal fermée et un coup de vent un peu fort aura suffit à l'ouvrir… Elle repoussa lentement ses draps de sa main en s'asseyant sur le bord du lit, le regard sur les battants qui oscillaient au gré du vent. Elle se mit debout et avança doucement entre les lits vers la fenêtre béante, ses pieds semblant à peine effleurer le sol. Elle s'arrêta devant l'ouverture et inspira profondément l'air frais du dehors.
Il est sûr que si Madame Pomfresh était entrée à cet instant, elle aurait immédiatement crié à l'infamie. Il faut avouer que se balader de cette façon pieds nus sur un sol carrelé en plein début d'hiver et surtout par un froid pareil, avec le vent en plein visage, n'est pas ce qu'il y a de meilleur pour la santé. Mais la jeune fille n'en avait que faire. Elle finit par refermer la fenêtre mais, au lieu de retourner se terrer au fond de son lit d'infirmerie, elle regarda longuement les arbres au loin se balancer au rythme du vent, et les tournures vagues du terrain de Quidditch qui se profilait difficilement dans le noir.
Soudain elle fit demi-tour, comme prenant une décision soudaine, et s'éclipsa de l'infirmerie telle une ombre.
Comme elle s'y attendait, les couloirs étaient sombres et vides. Elle se glissa silencieusement dans les couloirs, rasant les murs pour se cacher le plus dans l'obscurité, craignant peut-être qu'on ne la surprenne. Mais qui pourrait bien la croiser alors que tous excepté Madame Pomfresh profitaient de la fête d'Halloween ? Elle n'hésita pas une seule fois sur sa route, elle connaissait le chemin par cœur à présent, même si la nuit changeait la vision des choses. Certains parcours lui étaient devenus instinctifs, comme pour aller de la tour des Gryffondor à la Grande Salle ou à la bibliothèque.
La Grosse Dame sembla ravie de la revoir en bonne santé, bien que doutant visiblement que l'infirmière l'ait vraiment laissée sortir à cette heure-là comme la jeune fille l'affirmait, et ne se fit pas prier pour la laisser entrer. La Salle Commune était bien entendu aussi vide que le reste mais elle ne s'en préoccupa pas et monta directement dans son dortoir. Elle éclaira la pièce et se dirigea vers son lit. Elle écarquilla les yeux lorsqu'elle vit un paquet déposé sur ses draps. Cabriole s'était installée dessus comme un minuscule et attendrissant chien de garde.
Elle sourit et caressa du bout des doigts le petit animal qui ronronna de plaisir. Elle l'attrapa doucement et le reposa sur son oreiller, avant de s'emparer du paquet mystérieux. Qui avait bien pu le laisser là ? Et surtout, qu'est-ce que cela pouvait bien être ? Impatiente et enfin joyeuse, elle arracha le papier brun et découvrit une avalanche de tissu noir. Elle en prit une extrémité et l'éleva devant elle.
-Oh, Hermione… murmura-t-elle, touchée. Tu n'aurais pas dû… C'est magnifique…
Pattenrond grimpa agilement sur le lit et alla s'allonger paresseusement tout près de Cabriole qui alla sans peur aucune se lover contre le chat orangé. Hermione et elle s'étaient toujours étonnées de les voir si bien s'entendre, alors qu'il est connu que les chats n'apprécient pas trop tout ce qui ressemble de près ou de loin à un animal de ce genre, souris ou hamster compris… D'autant plus lorsqu'on voyait l'animosité qui pouvait régner entre Cabriole et Blacky-Dark.
Samantha se leva et étendit le cadeau d'Hermione sur le lit. C'était une robe en soie noire assez compliquée pleine de dentelles. Elle retira vivement son pantalon et son pull et revêtit la robe avant d'aller se regarder dans la glace avec un immense sourire. Elle revint sortir des restes du paquet divers accessoires qu'elle s'empressa de mettre. Un dernier arrangement dans ses cheveux et le miroir lui renvoya une image d'elle tout à fait différente… et en un mot, sublime.
La robe lui allait à merveille. Les manches étaient ajourées et enserraient le bras jusqu'au poignet, puis retombaient en un long ruban de dentelle. Le bustier était resserré à la taille et le décolleté en dentelle suggérait plus qu'il ne montrait. La jupe, quant à elle, était un savant assemblage de bouts de dentelle sans forme précise qui voletaient légèrement au moindre mouvement, accentuant la grâce de la jeune fille. Elle trouva de grandes bottines de velours noir à haut talon, dont la robe cachait l'extrémité jusqu'au mollet.
Il y avait aussi un fin ruban de soie noire qu'elle attacha autour de son cou, ainsi qu'une paire de grandes boucles d'oreilles en argent travaillé faites de multitudes d'arabesques et de trois petites chaînes au bout desquelles pendaient trois petites pierres rondes et noires comme l'ébène. Pour arranger le tout, Samantha avait relevé ses cheveux noirs en une queue de cheval haute et faussement négligée, laissant ses deux mèches rouges encadrer son visage soigneusement blanchi par la poudre trouvée avec le reste, les yeux cernés d'un fin trait noir et les lèvres ornées d'un rouge à lèvres de la même couleur. Le tout était d'un effet saisissant.
-Je ne vous fais pas peur ? demanda-t-elle d'un ton amusé aux deux bêtes qui l'observaient impassiblement.
Elle sourit, se tourna encore une fois devant la glace pour admirer cet étrange effet gothique et passablement effrayant tout en étant indéniablement magnifique, puis envoya une bise à Cabriole et Pattenrond qui lui tirèrent chacun une jolie petite langue rose en signe d'encouragement, avant de sortir du dortoir, et de la tour.
Plus elle s'approchait du hall, et plus les clameurs de la fête se faisaient insistantes. Elle n'avait plus mal à la tête, et encore moins envie de dormir. Elle voulait profiter de sa nuit, au maximum. Elle avait cependant les idées plus claires et savait qu'elle devait faire une chose avant de se rendre au bal. Elle l'avait vu s'éclipser… Et elle savait où il se trouvait.
Elle n'hésita pas une seule seconde et sortit dans l'obscurité et le froid pénétrant de cette soirée d'automne, dédaignant délibérément les portes fermées de la Grande Salle qui semblaient l'appeler. Le froid l'assaillit aussitôt et elle se frotta vivement les bras, mais ne renonça pas pour autant. Elle se dirigea d'un pas sûr vers le terrain de Quidditch, l'esprit hanté par la scène du matin, et par ce qu'elle s'apprêtait à faire. Elle ne devait pas reculer.
Pourtant, arrivée devant les gradins du stade, elle s'arrêta. Le vent soulevait par vagues les faux lambeaux de sa jupe, emportait le bout de ses longues manches, rabattait ses mèches écarlates sur son visage blanc.
C'est ainsi que Harry la vit, ombre parmi les ombres, s'avançant craintivement vers lui, telle un spectre sorti tout droit des légendes de vampires… Tout d'abord effrayé par cet être blafard tout de noir vêtu, il se leva, baguette en main, oubliant peut-être les déguisements qui l'avaient entouré jusque-là. Mais quand il reconnut Samantha, lorsqu'elle ne fut plus qu'à quelques mètres de lui, l'inquiétude remplaça son incompréhension à la seule vue de son teint si pâle et de l'air cadavérique que lui donnaient ses vêtements et ses bras repliés sur elle.
-Sam ? murmura-t-il.
La silhouette s'immobilisa et sembla détourner la tête. Repensant aux paroles échangées le même jour, Harry se rembrunit et se rassit. Samantha baissa la tête, sentant les larmes affluer. Cela non plus elle ne parvenait plus à l'endiguer. Mais si elle se laissait submerger par sa peine et sa honte, lui était plus indécis. Les mêmes questions lui venaient encore à l'esprit, et il ne pouvait s'en défaire. Pourquoi ne parvenait-il pas à décider ? Lui en vouloir ou lui pardonner, ce n'était pas un choix si difficile…
-Je suis désolée, résonna alors tout doucement la voix de Samantha. Tu avais raison…
Harry releva la tête vers elle, surpris. Il ne s'attendait pas à des excuses. A vrai dire il ne savait même pas pourquoi elle était venue le voir. Il avait pensé que peut-être elle ne pensait pas le trouver là, mais si elle avait voulu être seule, elle serait restée à l'infirmerie, ou ailleurs dans le château, il était bien assez dépeuplé pour ça. Alors des excuses, non, il n'y avait pas du tout pensé.
-Je ne fais que profiter de toi, continua-t-elle. Et tu m'as supportée assez longtemps, sans rien dire…
Avait-il vraiment envie de l'entendre s'excuser ? Il n'aimait pas les excuses, il ne les avait jamais aimées. Il les demandait, les réclamait, mais détestait les entendre.
-Je ne suis qu'une… une arriviste…
-Une arriviste ? coupa-t-il, sincèrement étonné. Qu'est-ce que tu racontes ?
-Je ne suis pas d'ici, s'expliqua-t-elle, je veux dire… je n'ai pas vécu dans ce monde, comme vous tous… Je suis ici depuis si peu de temps… et déjà… Je ne me sens pas le droit d'être avec toi, je ne peux pas, par respect pour tous ces gens qui t'admirent, pour qui tu représentes tellement…
-C'est idiot, pourquoi je devrais me passer de notre amitié sous prétexte que tu viens seulement de découvrir ce que tu es ? fit Harry, déconcerté.
Samantha ne répondit pas. Divers sentiments passaient en elle. La honte et la peur, mais aussi l'incrédulité, voire le soulagement. Avait-il réellement parlé d'amitié ? Et si oui, y avait-elle encore droit ? Elle l'espérait et le redoutait tout à la fois. Harry hésita un moment, puis reprit la parole.
-Je dois moi aussi m'excuser pour ce que je t'ai dit…
-Non, tu n'as pas à le faire ! s'exclama Samantha, relavant la tête. Tu n'as rien à te reprocher. Tout cela est de ma faute, je dois assumer les conséquences. Et si je dois pour cela perdre l'amitié que tu tenais tant à m'offrir…
-Ne dis pas n'importe quoi, coupa Harry. J'ai autant de torts que toi dans cette histoire. Je n'aurais jamais dû m'emporter comme je l'ai fait, j'aurais dû mieux essayer de te comprendre…
-Arrête.. supplia-t-elle.
Harry réalisa alors qu'elle détestait probablement autant que lui ce genre de situation. Un léger sourire vint illuminer son visage, bien que Samantha ne le voie pas, les yeux rivés au sol. Un grand coup de vent souffla alors, et la jeune fille tressaillit. Harry secoua la tête. Elle n'était pas habillée pour un froid pareil, et il n'avait pas bronché alors qu'elle grelottait depuis le début. Il se traita intérieurement de triple imbécile et dégrafa sa cape pour aller la passer autour des épaules de son amie.
Elle ferma les yeux et tenta de retenir un sanglot qui franchit malgré tout ses lèvres, un peu étouffé. Harry la prit aussitôt dans ses bras. La fragile barrière céda et elle se mit à pleurer à chaudes larmes, se blottissant contre lui. Ils restèrent ainsi de longues minutes, Harry lui caressant tendrement le dos ou les cheveux en lui chuchotant des paroles apaisantes, tandis qu'elle se vidait de tout le stress qu'elle avait accumulé pendant ces quinze affreuses journées.
Elle finit par se calmer et s'écarta de lui en essuyant ses joues du dos de la main.
-Le maquillage a dû couler, je dois être horrible maintenant, lança-t-elle avec léger sourire.
-Non, c'est du maquillage magique, la rassura-t-il en souriant aussi. Il ne s'enlèvera que si tu le veux. Et tu n'es pas horrible, trop blanche, oui, mais pas horrible.
-C'est fait exprès… Je t'ai inquiété ?
-Un peu, oui, avoua-t-il.
-Je suis désolée…murmura-t-elle. Et quelles sont les autres propriétés de ce maquillage magique ? reprit-elle en le regardant dans les yeux avec un air espiègle.
-Est-ce que tu le sens ?
-J'ai l'impression de ne pas en avoir du tout…
-Ce maquillage est très dur à faire, expliqua Harry. Il faut qu'il tienne jusqu'au moment où on veut l'enlever, qu'on l'oublie, et qu'on ait l'impression que la couleur est tout à fait naturelle. Ça explique pourquoi il est si cher.
"Hermione est totalement folle, pensa Samantha. Elle n'aurait jamais dû m'acheter tout ça, elle a dû se ruiner… Il faudra que je trouve quelque chose pour elle…"
-D'où tu sais tout ça ? demanda-t-elle.
-D'Hermione, bien sûr, répondit-il, amusé. Je suis loin d'être spécialisé en maquillage, moi…
Samantha étouffa un léger rire. Elle imaginait en effet très mal Harry faire l'éloge d'un produit de beauté ou encore détaillant tout son processus de fabrication ou les propriétés de chaque ingrédient…
Le silence s'installa. Ils ne savaient plus vraiment quoi dire et redoutaient d'aborder à nouveau le sujet de leur dispute. Pourtant ils savaient qu'ils devaient clarifier la situation avant d'entamer la phase du pardon. Samantha voulait passer son temps avec lui, comme elle le faisait avant l'attaque, avant que ses sentiments ne deviennent compliqués à cause de ce que représentait Harry pour nombre de sorciers, mais elle craignait en même temps plus ou moins ces derniers. Harry, lui, était moins compliqué. Il voulait simplement être avec elle.
-Sam…
-Je sais, Harry, dit-elle, la tête baissée. Je suis désolée… J'étais tellement obnubilée par le fait que tu es célèbre que j'en ai totalement oublié ce que tu pouvais ressentir. J'ai… J'ai vraiment cru que je ne pouvais pas compter réellement pour toi…
-Sam…
-Laisse-moi parler… implora-t-elle. Il faut que je le dise…
Harry se tut et la regarda. Elle semblait peiner à trouver ses mots.
-Au début ça ne me gênait pas tellement, je ne connaissais rien à ce monde. Mais depuis l'attaque… j'ai pris conscience de la force et de la cruauté de ton ennemi… et ça a tout changé. Tout ce que je voyais, c'était…
Elle ferma les yeux et secoua la tête.
-Tu es un héros, Harry, reprit-elle. Quoi que tu en dises, quoi que tu en penses. Alors… je me disais qu'il fallait… "Le Survivant demande, le peuple obéit", tu te souviens ? Tu n'avais pas tort, c'était tout à fait ça. Je ne savais plus trop où j'en étais, ça me semblait être la meilleure chose à faire, je ne sais pas pourquoi… Je ne pensais vraiment pas que ça pouvait être dur pour toi aussi, je me sentais trop… insignifiante, peut-être. Pour toi, du moins.
-Et tu ne l'es pas.
Samantha releva la tête vers Harry. Son expression tout d'abord mêlée d'incrédulité et d'espoir fut lentement remplacée par un sourire. Harry en fut heureux, c'était bien la première fois qu'elle souriait vraiment depuis deux semaines. Il sentit un poids s'envoler. A partir de maintenant les choses ne pouvaient que s'arranger. Il sourit en pensant à Malefoy quand il saurait que finalement, tout n'allait pas si mal.
-Malefoy va être enchanté, fit-il.
Samantha fronça les sourcils.
-Pourquoi ? demanda-t-elle.
-Eh bien… Il semblait particulièrement ravi de nous voir en froid. Tu sais bien qu'il a toujours voulu nous séparer et, si possible, t'attirer de son côté.
-Dans ce cas je serais heureuse de briser son éphémère bonheur ! s'exclama Samantha, une lueur moqueuse au fond des yeux. Viens !
Elle voulut repartir vers le château, mais Harry la retint par le bras. Elle se retourna vers lui et l'interrogea du regard.
-Attends une seconde… dit-il seulement.
Il plongea une main dans sa poche et en sortit quelque chose que Samantha ne put voir. Il contemplait ses mains d'un air indécis, presque embarrassé.
-Harry ?
-Je t'ai acheté ça aujourd'hui, à Pré-au-Lard, dit-il enfin.
Ses deux mains étaient posées l'une sur l'autre comme un coquillage. Il leva sa main droite au-dessus de l'autre, entraînant par la même occasion une fine chaîne dont la couleur n'apparaissait pas clairement à la lumière de la nuit. Ne resta plus dans sa main gauche qu'un petit pendentif représentant un fin croissant de lune, avec une rose des vents flottant entre ses deux branches sans les toucher, et au centre de cette rose des vents, le signe chinois du Yin-Yang.
-C'est pour moi ? s'exclama Samantha, abasourdie. Mais…
-Pas de mais, fit Harry. Je sais bien qu'on venait de se disputer mais… quand je l'ai vu… Il te plaît ?
-Oui… Bien sûr qu'il me plaît, c'est magnifique… Merci beaucoup…
Il détacha le fermoir de la chaîne et la lui passa autour du cou. Il batailla un moment avec le fermoir en bougonnant. Samantha éclata de rire.
-Attends, donne, dit-elle.
Elle lui prit la chaîne des mains et l'attacha en un simple geste. Le pendentif tombait juste au creux de son décolleté, ce qui le mettait incontestablement en valeur sur sa peau magiquement blanche. Harry sourit. Elle resplendissait. Elle lui prit la main et voulut à nouveau l'entraîner derrière elle, mais il la retint une seconde fois et l'attira à lui.
-Quoi encore ? bouda-t-elle.
-Tu es sûre que ça va aller, maintenant ? demanda-t-il.
-Oui, Harry, il n'y a aucun problème, répondit-elle avant de vouloir repartir.
-Sam, recommença-t-il.
-Oui… soupira-t-elle. Je te dis que ça va, j'ai compris le message…
-Et moi je voudrais te le faire comprendre encore mieux, rétorqua-t-il énigmatiquement.
-Qu'est-ce que tu…
Le reste se perdit quelque part dans sa gorge lorsque les lèvres d'Harry se posèrent doucement sur les siennes. Il les retira rapidement, voulant sans doute éviter de la brusquer et la regarda droit dans les yeux. Il y cherchait une réponse. Mais tout ce qu'il trouva fut l'incompréhension. Elle ne réagissait pas. Finalement… peut-être n'aurait-il pas dû…
-J'ai compris le message… souffla-t-elle soudain, les yeux brillants. J'ai compris… répéta-t-elle, avant de l'embrasser à son tour.
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Dans la Grande Salle, la fête battait son plein. Les élèves s'amusaient beaucoup, ce qui changeait grandement des deux semaines précédentes. Personne n'avait fait de réelle difficulté pour oublier l'espace d'une soirée ce qui s'était passé et profiter de l'occasion. Tous pensaient que Dumbledore avait eu une idée de génie. Bref, tout allait bien.
Evoluant plus ou moins adroitement sur la piste avec Hermione, Ron jetait un regard noir à sa sœur qui semblait s'amuser follement avec Colin et dont les joues étaient rouges d'avoir ri. Hermione le remarqua et sourit.
-Qu'est-ce qui te dérange le plus ? demanda-t-elle. Qu'elle ait un petit ami ou que ce soit lui ?
Ron lui jeta un regard encore plus noir qui la fit rire.
-Tu es encore plus convaincant en pirate ! s'exclama-t-elle.
-C'est ça, rigole, grogna Ron, avant de regarder à nouveau Ginny. Grrr, les voir comme ça, ça me démonte… lança-t-il.
-Voyons, Ron, grandis un peu, le sermonna-t-elle gentiment. Elle a seize ans, ce n'est plus une gamine, elle a le droit d'avoir un copain. Et ne joue pas les grands frères protecteurs, elle est assez grande pour se débrouiller toute seule. Laisse-la vivre un peu.
-Grrr…
Hermione éclata de rire et réussit à l'entraîner plus loin. Même s'il ne voulait pas l'admettre, il savait qu'elle avait raison. Lui, ainsi que tous ses frères, avaient toujours tendance à surprotéger Ginny sous le seul prétexte qu'elle était la seule fille de la famille. Il lui jeta un dernier coup d'œil, puis voyant que Colin semblait d'aussi bonne humeur qu'elle, il se calma. Après tout, tant qu'il ne la faisait pas souffrir, il n'aurait pas une horde de roux déchaînés à ses trousses…
-Tiens donc, mais voilà le couple le plus mal assorti de la soirée ! sonna soudain une voix railleuse.
-Malefoy…
-Un vieux pirate et une femme en noir, quel bel ensemble, tu ne trouves pas, Pansy ? continua le blond. Enfin, tout le monde ne peut pas être aussi classe, ça se saurait…
-Et tu crois que des diables verts, c'est crédible ? lança Ron.
Comme Malefoy passait tout près de Ron, la queue verte tapa la jambe du roux qui grimaça de dégoût.
-Oublie un peu tes préjugés de Gryffondor, répliqua Malefoy, narquois. Qui a décrété que les diables devaient être rouges ?
Et de s'éloigner avec la minaudière Pansy, laissant un Ron fulminant de rage. Il faillit marcher sur les pieds de sa cavalière et ne s'en rendit même pas compte.
-Ron ! s'écria Hermione. Tu pourrais faire un peu attention à mes pieds, non ?
-Désolé… fit-il, l'air pas désolé pour deux sous.
-Allez, ne te laisse pas démonter, sinon ça voudrait dire qu'il a gagné, dit sagement Hermione. Profite un peu du fait que je n'ai pas encore provoqué de dispute…
-Mais il n'y a pas que toi qui les provoque ! s'exclama Ron, sincèrement surpris.
-Contente de te l'entendre dire, mon cher pirate ! sourit Hermione.
Et Ron nota enfin ce qui le turlupinait vaguement depuis le début de la soirée. Ils ne s'étaient pas encore une seule fois disputés ! Alors qu'ils ne rataient d'habitude pas une occasion de s'envoyer des piques au moindre sujet épineux… Oui, depuis le début de la soirée, ils ne faisaient que sourire et plaisanter. Allons bon, il fallait en profiter, ce n'était pas tous les jours qu'ils ressemblaient vraiment à des grands amis… Et là il tilta enfin.
-Eh ! C'est quand même toi qui commence la plupart du temps !
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-Allez viens ! s'exclama encore Samantha d'un ton joyeux, traînant derrière elle un Harry souriant dans le grand hall du château. J'ai hâte de faire enrager ce salaupio de Malefoy !
-Salaupio ? répéta Harry, amusé.
Samantha s'arrêta aussitôt et se mit à rougir comme une enfant, se mordillant l'ongle du pouce. Harry posa sa main sur sa joue et l'embrassa sur le front. Il était heureux, plus qu'il ne l'avait jamais été, et il ne cessait de s'en étonner. Mais la voir aussi enjouée après les jours sombres qu'ils venaient de traverser avait de quoi faire oublier tout le reste.
-C'est ma version d'un mot français dont je tairais la traduction, précisa-t-elle tout de même.
-Tant que ça n'est pas gentil, ça me convient, fit Harry.
-Je vois que nous sommes d'accord… le taquina-t-elle avant de lui embrasser vivement le bout du nez. Allez viens ! Non, attends, se reprit-elle.
Elle ferma les yeux et inspira un bon coup, secouant légèrement la tête pour écarter les mèches rebelles de son visage. Harry vit l'effort qu'elle faisait pour faire reculer son envie de rire au profit d'une expression indifférente et mortellement sérieuse. Une morte-vivante dans toute sa splendeur. Il songea alors qu'il ne lui faisait pas vraiment honneur avec son sourire niais sur le visage…
-Tu ne m'aides pas, lui dit-elle justement en le fixant avec ses magnifiques yeux cernés de noir qui la rendaient incroyablement attirante et tout aussi effrayante.
-Désolé.
Il ferma les yeux également et prit plusieurs inspirations pour se calmer. Puis il se perdit quelques minutes dans les yeux si beaux mais si familiers de Samantha.
-Le couple venu d'outre-tombe sort, ce soir, dit celle-ci avec un léger sourire qui sembla diabolique à Harry.
N'est pas diaboliquement effrayant qui veut…
-Vous êtes splendide ce soir, ma chère, dit Harry en lui tendant son bras, auquel la jeune fille s'empressa de s'accrocher.
-Je dois admettre que vous n'êtes pas mal non plus, répondit-elle.
-Prête ?
-Allons-y. N'oublie pas tes canines, quand même, ça le ferait mal pour un vampire…
Harry plongea vivement sa main dans sa poche pour en ressortir aussitôt les fameuses fausses dents, magiques elles aussi, bien sûr, et se dépêcha de les mettre. Puis ils prirent une grande inspiration avant de pousser les deux immenses portes de la Grande Salle.
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Ce n'était pas dans les habitudes de Ron de danser autant – et même de danser tout court – et Hermione eut pitié de lui. Elle accepta enfin de faire une pause et ils se dirigèrent tous deux vers la table où ils pensaient trouver Harry, mais elle était vide. La jeune fille s'assit tout de même en s'éventant d'une main, et bientôt des deux, tandis que Ron allait chercher quelque chose à boire.
Ginny et Colin passèrent en coup de vent devant elle et les deux demoiselles eurent juste le temps de s'échanger un signe de la main et un sourire avant que le couple ne disparaisse dans la foule. Hermione était contente pour son amie, elle semblait vraiment heureuse et même si elle était essoufflée, elle continuait de tournoyer comme une folle sur la piste avec Colin.
Ron revint avec une bouteille de Bièraubeurre qu'il déboucha avant de remplir leurs deux verres. Hermione en but avidement une gorgée et soupira de contentement devant la fraîcheur de la boisson.
-Au fait, j'ai vu passer Ginny et Colin, tout à l'heure, s'amusa-t-elle à lui lancer.
Ron se renfrogna aussitôt, à son plus grand plaisir. Elle ne pouvait s'empêcher de vouloir l'embêter. Elle avala une autre gorgée de Bièraubeurre et reprit.
-Allez, Ron ! Ne fais pas la tête pour si peu !
Elle reposa son verre et regarda autour d'elle, à la recherche de quelque chose, ou de quelqu'un.
-Tu n'as pas vu Harry ? demanda-t-elle.
-Non. Il a totalement disparu.
Hermione soupira, tout en regardant les danseurs évoluer au rythme de la musique entraînante des Bad' Guys. Sous ses yeux se mouvait un océan de couleurs changeantes, une foule bigarrée aux rires pleins de vie. Elle termina son verre, perdue au milieu des couleurs. Puis, une fois n'est pas coutume, Ron lui demanda de retourner danser, ce qu'elle accepta avec joie, non sans étonnement.
Mais alors que Ron passait un bras maladroit autour de sa taille, et qu'une autre musique démarrait, un grand claquement résonna dans la Grande Salle et toutes les têtes, y compris celles des Bad' Guys, se tournèrent vers les portes qui venaient de s'ouvrir en grand. Et tous restèrent bouche bée.
Au milieu d'eux s'avançait un couple tout de noir vêtu, le visage pâle à faire peur. Leur expression était indéchiffrable, d'une indifférence effrayante. On ne pouvait nier qu'ils étaient parfaitement assortis, et très beaux, mais en même temps ils avaient de quoi faire peur, dans cette beauté froide qu'ils dégageaient comme les effluves indélébiles d'un parfum entêtant.
Les deux jeunes gens marchaient d'un pas mesuré, d'un rythme identique. Ils semblaient ne prêter aucune attention à la foule d'élèves qui les entourait et à l'attention dont ils étaient le centre. Une allée droite se créait petit à petit devant eux, comme un sombre chemin vers on ne savait quoi qu'ils suivaient jusqu'au centre de la salle.
Les professeurs eux-même s'étaient tus et observaient la scène avec attention. Quelques-uns fronçaient les sourcils. Dumbledore semblait ne pas comprendre ce qui arrivait, McGonagall prenait de faux airs choqués, bien que plus intéressée qu'autre chose. Rogue fixait le couple de son air noir habituel. Zénobie serrait les poings de rage et écumait. Hagrid et Sinistra ouvraient de grands yeux curieux, et Flitwick s'était levé sur sa chaise pour mieux voir. Hermione aurait pu sourire de tout cela, si elle n'avait, alors qu'ils passaient devant elle et Ron, reconnu le couple.
Harry et Samantha.
C'était Harry et Samantha. Mon dieu. Harry et Samantha. Elle resta stupéfiée par cette vision sortie tout droit d'un film de vampires, n'accordant qu'une brève attention à une phrase de Ron.
-Pour toutes sortes d'occasions ? s'étranglait-il en voyant la robe soi-disant passe-partout qu'Hermione avait un peu plus tôt acheté à Samantha.
Les deux amis s'arrêtèrent au centre de la Grande Salle et se placèrent face à face. D'un geste sûr et avec lenteur presque calculée, gardant les yeux rivés dans ceux de sa cavalière, il glissa les doigts de sa main gauche entre les siens, et passa son autre main dans son dos, la rapprochant très près de lui. Si Samantha en fut gênée, elle n'en montra rien, et resta terriblement neutre.
Comme n'attendant que ce signal, les Bad' Guys se remirent aussitôt à jouer, sur un rythme beaucoup plus lent, débutant ainsi le premier slow de la soirée. Sous l'œil médusé de toutes les personnes présentes, Harry et Samantha entamèrent leur danse dans une sorte de cocon invisible qui les isolait du monde de Poudlard.
Ils tourbillonnaient en silence, chaque mouvement était d'une lenteur exceptionnelle et quasi surnaturelle. Leurs gestes semblaient ralentis par une atmosphère dense qui tentait vainement de les retenir dans une immobilité de statues. Ils retenaient les regards sur eux, comme des aimants féeriques. Tous retenaient leur souffle, fascinés et effrayés à la fois. Ils n'étaient pas humains…
Hermione parvint à détacher son regard pour observer le reste de la salle. Il n'en était pas un qui ne soit perdu dans la contemplation de ce couple inattendu. Elle remarqua Malefoy un peu plus loin. Il était dans le même état que les autres. Cela l'amusa, Malefoy, fasciné par Harry et Samantha ? Cela devrait pouvoir s'avérer bon à ressortir… De leur côté, Rogue et Zénobie ne semblaient pas partager la paralysie générale. Si Rogue n'était guère plus hargneux que d'ordinaire, Zénobie, elle, paraissait de loin ivre de colère contenue. Comme une bombe, elle semblait prête à exploser à la moindre occasion. Ses amis auraient des problèmes la prochaine fois qu'ils se croiseraient…
Mais ce qui l'inquiétait, pour le moment, c'était cette ambiance étrange qu'ils étaient parvenus à créer. Ce n'était pas normal. Ils avaient piégé un nombre incroyable de personne dans un état de béatitude extrême auquel bien peu parvenaient à s'échapper. Ils rayonnaient de magie dans un périmètre important, une magie apaisante et emplie de joie sereine, sans même se rendre compte du résultat. Elle était persuadée qu'ils s'étaient perdus dans leur propre univers, peu conscients du reste et ne désirant pas l'être.
Elle devait faire quelque chose. Elle rejoignit le groupe sur scène et parvint à leur demander et à obtenir qu'ils accélèrent la musique. Dès ce moment, tous reprirent leurs esprits et la piste se remplit de nouveaux danseurs. Harry et Samantha tombèrent un peu dans l'oubli pour un moment, mais Hermione savait que le lendemain, il en irait autrement.
Elle alla alors vers eux et il lui sembla pénétrer dans une bulle qui menait vers un autre monde. Elle s'approcha d'eux, décidée à briser ce moment de bonheur entre ses deux amis, et leur donna à chacun un coup sur l'épaule. La bulle se volatilisa instantanément et ils tournèrent la tête vers elle, avec l'air d'enfants que l'on vient de sortir d'un rêve.
-Excusez-moi de vous sortir de votre monde de petites fleurs bleues et de nuages roses mais il est temps de redescendre sur terre, dit-elle, les mains sur les hanches, faussement mécontente. Je vous signale qu'avec votre petit numéro vous avez envoûté tout le monde, vous émettiez de la magie à dix kilomètres à la ronde !
Samantha et Harry échangèrent un regard surpris.
-Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Harry.
-Je veux dire ce que je viens de dire, on aurait dit que tout le monde était posséder, ils ne regardaient plus que vous !
Ils se regardèrent à nouveau, puis un sourire vint éclairer leurs visages. Et soudain, contre toute attente, ils éclatèrent de rire.
-Ça a bien mieux marché que ce que j'imaginais, réussit à articuler Samantha, entre deux éclats de rire.
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Assis à une table devant un verre de Bièraubeurre, les quatre amis se remettaient de leurs émotions. Ron avait le même air ahuri qu'au moment où le maintenant adorable couple de vampires était entré. Il s'était fait expliquer ce qui s'était produit, mais ne parvenait pas à saisir le moindre sens à tout ce qu'il avait appris. Hermione expliqua qu'il ne se souviendrait de rien avant le lendemain matin, comme tous ceux qui n'avaient pu s'extraire de l'enchantement d'eux-mêmes.
-En tout cas, on peut dire que vous avez fait sensation, dit Hermione. Même avant que l'enchantement ne commence, vous aviez déjà captivé tout le monde.
-C'était le but recherché, rétorqua Harry.
-Je suis contente de voir que vous vous êtes réconciliés. Mais Sam, tu ne devrais pas être encore à l'infirmerie ?
Samantha secoua la tête.
-Tu me connais, Mimi, jamais je ne resterai dans une infirmerie ou un hôpital plus de temps qu'il ne faudrait pour me remettre sur pieds ! Je me sentais bien et j'en avais assez d'être couchée. Et puis, je voulais venir. J'avais raté le village, je n'allais pas rater ça aussi.
-Alors vous ne vous engueulerez plus, c'est fini ? s'enquit Ron, provoquant un éclat de rire général. Bah quoi ?
-Non, non, Ron, ne t'inquiète pas, répondit Samantha, amusée. Il n'y a plus aucun problème, tout est réglé, et très bien réglé.
Elle échangea un sourire malicieux avec Harry, puis but une gorgée de Bièraubeurre.
-Hum ! C'est bon ! s'exclama-t-elle, n'en ayant jamais goûté auparavant.
-Je t'en ai apporté une bouteille de Pré-au-Lard, si ça t'intéresse, annonça Hermione.
-Bien sûr que ça m'intéresse !
-Et des bonbons de chez Honeydukes, renchérit Ron. Et plusieurs autres choses aussi… Et Hermione t'a ramené des livres… ajouta-t-il avec une moue sceptique. Qu'est-ce que tu vas bien pouvoir faire de livres ?
-Les lire, bien sûr ! C'est très gentil à toi, Hermione, je commençais à manquer de lecture (Ron se renfrogna, conscient d'avoir à côté de lui une Hermione bis, avide de livres et encore de livres…). Et merci aussi Ron, je ne m'attendais pas du tout à ça…
Hermione et Ron haussèrent les épaules pour montrer que pour eux c'était normal. Samantha regarda la piste de danse, comme Hermione un peu plus tôt, et s'appuya contre Harry qui lui passa un bras autour des épaules. Habitués aux marques de tendresse de Harry à l'égard de la jeune fille, aucun des deux ne releva. Harry se pencha vers elle pour lui murmurer :
-Ça va ?
-Oui, oui, ne t'inquiète pas, répondit Samantha sur le même ton, suivant d'un œil distrait les pas des danseurs sur la piste, perdue dans ses pensées.
-Tu es fatiguée ?
-Non, je t'ai dit que ça allait, sourit-elle en croisant son regard.
Comme pour se contredire, elle ne put réprimer un bâillement. Harry sourit d'un air attendri. Il l'embrassa sur le front et lui glissa à l'oreille :
-Il est temps pour la princesse de la soirée d'aller dormir…
-Non, laisse-moi encore un peu, je n'ai jamais été à une fête comme celle-ci… S'il te plaît…
Il capitula devant ses yeux de chien battu. Pourtant, une heure plus tard, ce fut au tour de Samantha de capituler. Elle avait du mal à garder les yeux ouverts et ne put tenir tête longtemps à un Harry décidé à l'emmener se coucher. Ils souhaitèrent une bonne suit à Hermione et Ron et se dirigèrent vers la tour de Gryffondor. La Grosse Dame leur demanda s'ils avaient passé une bonne soirée, ce à quoi ils répondirent un « parfaite » après avoir échangé un regard complice. La peinture comprit ce qui avait échappé à leurs amis et leur adressa un clin d'œil entendu.
Ils se séparèrent au bas de l'escalier menant au dortoir des filles sur un long baiser, et Harry la regarda jusqu'à ce qu'elle disparaisse de sa vue. Après quoi il alla se laisser tomber sur son lit, heureux.
Fin du chapitre 15...
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Voili voilou, enfin la suite ! Elle aura tardé, je sais, je sais, mais que voulez-vous, pouvais pas faire autrement. J'espère que vous m'en voulez pas, en plus pour la peine j'ai fait un chapitre de 10 100 mots tout pile ! Alors, contents ? J'espère en tout cas qu'il vous aura plu, même s'il a été difficile à écrire, j'en suis malgré tout assez fière.
Malefoy (soupirant) : Et c'est reparti ! Elle va encore se jeter des fleurs pendant des heures !
DA7 : Pfff… Je ne relèverai pas… Pour ton bien. --
Malefoy : Et il est pour quand le prochain chapitre ?
DA7 : Pourquoi aborder les sujets qui fâchent ? éè
Malefoy : Haha ! C'était fait exprès !
DA7 : Je te hais èé. Le prochain bah… je sais pas trop, je pars la semaine prochaine, pour 15 jours, mais après c'est assez flou alors… pour la rentrée ? éè Vous plaignez pas, vous avez un méga chapitre pour attendre jusque-là ! Et Malo, tais-toi, teu plaît èé.
Harry : Chuis avec Sameuh ! Chuis avec Sam…
DA7 : Harry ?
Harry : Oui ?
DA7 : Tu te sens bien ? oO
Harry : Bah oui, chuis avec Sam…
DA7 : Oui bah ça on l'aura compris, à force… -- Donc comme ça t'es content que t'es avec elle et que tout va bien dans le meilleur des mondes pour vous deux ?
Harry : Ouais.
DA7 : Et t'as pensé quoi de votre entrée en scène, à part que c'était zarb ?
Harry : Sympa
Bon je crois que sur ce, y'a rien à ajouter. Donc bah euh… plush et bonnes vac' !
DreamAngel7
