Harry Potter et le secret de Voldemort
By DreamAngel7
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Chapitre XIX : D'où je viens… Pourquoi je viens…Il suivait l'homme, sans poser de question. L'homme le mena dans une salle obscure. Il s'arrêta au seuil. Il ne comprenait pas. L'homme avança encore, tenant la lumière. Tout se passait trop vite pour lui. L'homme se pencha, alluma cinq mèches au sol. Se releva. Il distingua au sol un signe aux contours sombres. Cinq pointes. Cinq bougies. Cinq couleurs. L'homme recula, de l'autre côté du signe. L'appela. Il releva la tête, chercha l'homme. Il ne le voyait pas bien dans l'obscurité.
Flash aveuglant. Il se cacha vivement le visage. Une voix cria son nom. Il regarda à nouveau. Devant lui, un cercle de lumière. De l'autre côté, l'homme s'épuisait à une vitesse affolante. Lui criait de se dépêcher. De passer le cercle. Il ne comprenait pas. L'homme cria qu'il ne tiendrait pas longtemps. Qu'il était leur dernière chance. Il ne comprenait toujours pas. Il sentit l'urgence. Et sauta.
Le noir. Des milliers de couleurs. Le néant. L'espace. L'apesanteur. La chute. Mélange indescriptible et parfait. Contradictoire et complémentaire. Le vertige, la douleur. Plus rien.
De vagues sons lui parvinrent à nouveau. Très légers, presque imperceptibles. Les mouvements de l'air effleuraient sa peau en douces vagues. Lointains bruits de pas. Respiration retenue. Lenteur. Arrêt. Geste. Un picotement sur son front, dans ses cheveux. Il ouvrit brusquement les yeux, s'écarta d'un bond devant le sursaut d'une silhouette imprécise debout devant lui. Serrant instinctivement son bras contre son corps. Prêt à fuir, malgré sa tête, lourde.
Les minutes passèrent. Aucun d'eux ne bougeait. Il se sentit rassuré par cette immobilité partagée. Il percevait mieux à présent les contours de la silhouette. C'était une jeune fille. Longs cheveux rouges, non noirs… Deux mèches rouges encadraient son visage fin et soucieux. Elle tenait une petite fiole dans la main. Ses yeux accrochèrent les siens. Il les connaissait. Il devait les connaître… Il chercha. Détailla. Fouilla sa mémoire. Il devait trouver.
Elle rougit. Se racla la gorge. Détourna les yeux. Il sortit de son examen. Se rappela l'urgence dans laquelle il était. Chercha une logique. Une issue. Une solution. Il devait agir, ne pas rester les bras ballants. Ne pas attendre qu'on vienne l'achever. Trouver celui qui pourrait l'aider. Comprendre où il était. Il savait. Au fond de son cœur. Il savait. Il réfléchit, cela dura peu. Une fraction de seconde. Il trouva. Il sut qui pourrait l'aider.
-Je dois voir Dumbledore… murmura-t-il d'un ton rauque. Le plus vite possible…
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Cela faisait plus de dix minutes qu'ils marchaient en silence dans les couloirs du château. La jeune fille scrutait le décor avec attention, comme si elle craignait de s'y perdre. « J'ai un très mauvais sens de l'orientation… » s'était-elle excusée avant de sombrer dans le mutisme le plus complet, gênée. Il se contentait donc de la suivre, car si elle connaissait très peu l'endroit, lui n'était tout simplement pas capable d'y reconnaître un seul couloir ni une seule salle. Tout ici lui était inconnu.
Elle s'arrêta soudain, en plein milieu du couloir, et marmonna quelque chose qu'il ne pût comprendre, mais qui ressemblait vaguement à « emmerdeu » avant de fermer les yeux et se taper le front du plat de la main. Il l'interrogea du regard.
-Jamais là quand il faut, bougonna-t-elle ensuite, désespérée.
Puis elle se mit à crier un mot, plusieurs fois, le faisant sursauter. Elle semblait appeler quelqu'un, mais dans ce labyrinthe désert, qui pourrait l'entendre et surtout, les retrouver ? Cependant il dût vite admettre qu'elle avait eu là une, sinon excellente, du moins bonne idée, lorsqu'un craquement sonore le fit sursauter à nouveau pour se retrouver face à… un Elfe de maison…
-M'zelle ? fit celui-ci. M'zelle a appelé Dobby ?
-Je me suis encore perdue… avoua la jeune fille en rougissant.
Il trouva cette soudaine timidité adorable. En l'observant plus attentivement, il lui trouva un air maladif, dû à son teint trop pâle, mais ce mariage entre force et faiblesse qui semblait la caractériser lui donnait un charme étrange. Il la trouva belle, oui, mais également familière, comme une lointaine parente dont il aurait retrouvé la trace. Il la connaissait. Oui. Ce ne pouvait être autrement. Dans le cas contraire… Non, il ne pouvait imaginer cela…
-Dobby avait prévu cela. M'zelle veut que Dobby l'emmène à la Salle Commune ?
-Non, non, je voudrais plutôt que tu nous emmènes au bureau de Dumbledore, s'il te plaît, répondit-elle. Ça ne te dérange pas ?
-Non ! M'zelle ne dérange jamais Dobby ! s'empressa de la rassurer le petit Elfe. Dobby… Dobby voudrait poser une question…
-Oui ?
-M'zelle veut allez voir le professeur Dumbledore à cause de monsieur ? demanda-t-il en jetant un coup d'œil au jeune homme toujours immobile.
Elle croisa alors son regard, et il resta fixé sur son expression embarrassée. Non, il ne pouvait décidément admettre ce que sa mémoire lui laissait présager. Mais pourtant… Il hocha la tête, lui faisant comprendre qu'il se fichait de savoir ce qu'elle répondrait.
-C'est urgent, se contenta-t-il de répéter tout bas pour qu'elle seule l'entende.
-Peu importe, déclara alors la jeune fille, se tournant à nouveau vers l'Elfe. Peux-tu nous y emmener assez vite ?
-Bien sûr ! Dobby connaît le chemin le plus court ! Dobby connaît tout Poudlard par cœur ! Dobby est heureux de pouvoir aider M'zelle. Venez ! lança l'Elfe en sautillant sur place.
Quelques minutes plus tard, il les laissait devant une statue de gargouille, très peu attirante. La jeune fille soupira et se prit la tête dans les mains. Il ne comprenait pas. Que se passait-il ? Qu'avait cette gargouille pour lui tirer une telle réaction ? En quoi se trouver devant cette affreuse statue pouvait être aussi affligeant ? Mais soudain la pierre trembla et se déplaça, révélant un vieil homme aux lunettes en demi-lune, vêtu d'une longue robe de sorcier multicolore. Le jeune homme se figea. Il savait qui était face à lui, on lui en avait tant parlé ! Et aujourd'hui, enfin, il le rencontrait ! Ainsi ses hypothèses se révélaient justes… Il avait devant lui la preuve vivante de ce que celui qui l'avait envoyé ici était parvenu à faire… Et il devinait le but de sa mission…
Le mage resta immobile un moment, à les observer. Il passa rapidement sur le visage rosi d'embarras de la jeune fille. Le jeune homme soutint le regard insistant qu'il fixa alors sur lui. Il ne décelait aucune hostilité chez le vieux sorcier, juste une légère once d'étonnement. Il semblait au contraire plein de bonté et bienveillant, principalement envers la jeune fille qu'il gratifiait de sourires avenants.
-Dobby m'a dit que tu voulais me voir, dit-il alors, d'une voix étrangement claire et chaleureuse chez un homme de cet âge. Je n'ai pas souvenir de vous avoir déjà vu, ajouta-t-il en se tournant vers lui. Puis-je savoir ce que vous faites ici et comment vous êtes entré ?
-C'est une longue histoire… marmonna la jeune fille.
-Bien… dit le mage après un instant de silence. Suivez-moi, je vous prie.
Elle s'engouffra dans l'escalier tournant qu'emprunta le vieil homme sans un regard pour lui. Il choisit de ne pas s'en vexer, comprenant qu'elle ne devait pas se sentir à son aise avec lui, et l'imita. Ils arrivèrent au sommet du colimaçon, devant une porte qui s'ouvrit sur un grand bureau agréablement décoré.
-Asseyez-vous.
Il obéit, tout en détaillant les meubles pleins de livres et d'objets divers, et surtout les tableaux accrochés sur tout le tour de la pièce. Tous les directeurs de Poudlard étaient représentés ici, selon ce qu'on lui avait raconté. Certains l'observaient avec une curiosité non cachée, d'autres lui jetaient des regards en coin, d'autres encore se désintéressaient totalement de lui, soupirant d'ennui dans un coin, dormant sur un fauteuil ou bien tout simplement absent du cadre… La voix du vieil homme le tira de sa contemplation.
-Si vous m'expliquiez la raison de votre présence à tous les deux ?
Il était accoudé sur son bureau, face à eux, les mains jointes devant sa bouche, ses petits yeux malicieux les observant par-dessus ses lunettes.
-Tu devrais te trouver soit en cours de Défense soit à l'infirmerie, si je ne m'abuse… ajouta-t-il en adressant un grand sourire amusé à la jeune fille qui hocha la tête.
-Oui, j'en reviens justement… dit-elle.
-De ton cours ou de l'infirmerie ? insista le mage, encore plus amusé en voyant la jeune fille rougir.
-Euh… Des deux… Vous ne serez pas trop dur avec Zénobie, monsieur ? demanda-t-elle soudain.
-Pourquoi voudrais-tu que je le sois ? s'étonna-t-il. Je n'ai pas pour habitude d'être dur avec les gens à moins qu'ils ne le méritent amplement, mais Phyllis est un de mes meilleurs professeurs et une femme en qui j'ai la plus totale confiance.
Le jeune homme vit la brune esquisser une grimace sceptique et comprit que la discussion tournait autour d'un professeur qui ne devait guère l'aimer, ce qui ne devait pas être justifiable selon les paroles que le vieux mage prononça ensuite.
-Néanmoins je parlerai de tout ceci avec elle…
-Oh non, monsieur, non ! coupa-t-elle, alarmée. Ne lui dites rien, s'il vous plaît ! Elle s'imagine déjà qu'on m'accorde un traitement de faveur, n'allez pas lui confirmer !
-Bien bien, se défendit le sorcier, les mains levées devant lui signe d'apaisement. Je ne ferai rien si tu ne le veux pas.
Elle soupira de soulagement et se renfonça dans son siège.
-Quant à vous monsieur…
-Palmirya. Ethan Palmirya.
-Oui, Palmirya… fit le mage, songeur. Vous n'ignorez pas qui je suis, j'imagine. Bien, continua-t-il en voyant le jeune homme acquiescer d'un signe de tête. Je crois que vous me devez quelques explications, à présent.
Ethan regarda un moment la jeune fille et se tourna à nouveau vers le sorcier.
-Professeur Dumbledore, je préférerais une discussion privée… murmura-t-il d'un air gêné.
Un coup d'œil à la jeune fille lui apprit cependant qu'elle ne s'en offusquait pas. Elle se leva, salua Dumbledore et s'apprêta à quitter la pièce.
-Oh, professeur… dit-elle, la main sur la poignée.
-Oui ?
-Je voulais savoir si… Enfin je voulais voir le père… Mr Weasley… Je ne sais pas si ça pourra m'être utile en quoi que ce soit mais… je voudrais lui parler…
Dumbledore se contenta de hocher la tête avec un sourire rassurant. Elle dut prendre ce signe comme une réponse positive car elle sourit à son tour et sortit de la pièce, sa fiole jade à la main et l'air plus serein.
-Bien, à nous deux, Ethan…
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Lorsqu'ils sortirent du bureau du directeur, deux heures plus tard, le repas venait tout juste d'être servi et quelques personnes dans la Grande Salle s'interrogeaient sur l'étrange absence du professeur Dumbledore. Aucun des adultes présents à la table des professeurs ne semblait inquiet, mais trois Gryffondor discutaient âprement entre eux pour savoir la raison de cette absence. Seule avec eux, une jeune brune s'interrogeait entre les informer de l'arrivée pour le moins surprenante d'un jeune homme ou garder cela pour elle, profondément déboussolée.
Mais de cela, seul le directeur s'en doutait. Ethan, lui, restait obstinément perdu dans ses pensées. Lui aussi était perdu, mais pour des raisons totalement différentes. Jamais de sa vie il n'aurait pensé ni même imaginer se retrouver ici, à Poudlard, face au plus grand mage de tous les temps et… trouvé au hasard d'un couloir et d'une apparition soudaine par une amie du célèbre Harry Potter… Amie dont il ne savait rien, ce qui continuait de grandement l'inquiéter. Harry Potter…
Il releva la tête lorsqu'ils arrivèrent devant deux grandes portes qui s'ouvrirent en grinçant. La Grande Salle était bruyante, comme à son habitude, pleine de rires et de discussions animées. La mélancolie envahit soudain Ethan. Lui n'avait jamais connu cette insouciance et cette joie. Il avait toujours vécu dans la peur et l'abattement. Une question s'imposa à son esprit : parviendrait-il à se mêler à tous ces jeunes gens, pourrait-il apprendre à vivre comme eux ?
Dumbledore alla s'installer à sa place, au centre de la table des professeurs, après un léger signe à Ethan pour lui indiquer la table des Serdaigle. Celle où il prendrait dès à présent tous ses repas, et où il ferait la connaissance des élèves de sa maison. L'accueil chaleureux qui lui fut réservé alors lui mit du baume au cœur. Ainsi, tout n'avait pas sombré… Il se surprit à sourire à ses nouveaux camarades, ce qu'il n'avait plus fait de puis longtemps. Si longtemps qu'il n'en gardait pas souvenir.
L'agitation quelque peu calmée, il observa autour de lui, détaillant un à un chaque visage, comme pour s'en imprégner. Tous y passèrent, y compris… la jeune brune qui l'avait trouvé. Samantha Leroy, amie d'Harry Potter. Il reconnut sans peine ce dernier grâce à toutes les descriptions qu'il avait pu en entendre. Il ressemblait parfaitement à l'idée qu'il se faisait de lui. Quant à Hermione et Ron… Ils semblaient comploter entre eux, à la façon dont ils parlaient à voix basse. Samantha, elle, ne participait pas à leur discussion.
Leurs regards se croisèrent. Ethan ressentit un étrange pincement au cœur en se retrouvant perdu dans ces iris insistants. Il sentit obscurément le peu de confiance qu'elle avait en lui. Pourquoi ? Il n'en avait aucune idée. Peut-être le fait qu'il soit apparu de nulle part… Il baissa les yeux, inexplicablement sombre, ou bien peut-être qu'il désespérait de la tournure des choses. Elle ne devait en aucun cas l'empêcher de faire ce qu'il devait faire. Il se devait de gagner sa confiance. Instinctivement, il sentait qu'elle seule pourrait le rapprocher d'Harry Potter…
-Ethan ? Ethan, tu es avec nous ? Nous allons faire un tour dans le château, si tu veux tu peux venir avec nous, nous pourrons te faire visiter, d'accord ? lui lança une jeune Serdaigle de son âge.
-Bien sûr, je vous suis… répondit-il.
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Il fut ainsi promené par un petit groupe de trois filles qui bavardaient gaiement en le prenant de temps à autres à témoin, moments au cours desquels il se contentait d'un vague « oui oui… » qui semblait leur convenir. Il découvrit peu à peu les couloirs du château, les fantômes qui passaient sans complexe à travers les murs et les élèves… Tout était si différent, mais tout ressemblait tellement à ce qu'il attendait… Bientôt il suivit les filles de loin, tandis qu'elles se rendaient enfin à leur Salle Commune. A sa nouvelle maison…
Perdu dans ses pensées, il ne vit pas quelqu'un d'autre se diriger comme lui vers l'entrée de la tour des Serdaigle. Ce ne fut que lorsqu'ils se percutèrent et qu'ils se retrouvèrent tous deux au sol qu'il se rendit compte qu'elle était là. Etourdi, il secoua la tête pour se remettre les idées en place.
-Je suis désolée… bredouillait une voix féminine. Je ne vous ai pas vu… Je suis tellement tête en l'air… Excusez-moi, vraiment…
Il rouvrit les yeux et resta figé devant une jeune fille agenouillée devant lui, occupée à ramasser vivement ses affaires répandues devant elle, les joues rouges. Il se reprit néanmoins bien vite et se redressa.
-Ce n'est pas la peine de t'excuser, je ne faisais pas attention moi-même. Attends, je vais t'aider… lui dit-il en rassemblant les livres et plumes éparpillés.
Elle leva vers lui un regard reconnaissant et lui sourit, horriblement embarrassée. Ils se fixèrent quelques instants puis, avec un ensemble parfait, baissèrent la tête et finir de tout ramasser. Elle repoussa une longue mèche blonde derrière son oreille et voulut tout porter elle-même mais Ethan fut plus rapide et il s'empara d'une pile de livres et de parchemins, les plumes par-dessus le tout. La jeune fille prit les quelques bouquins restant dans ses bras et se releva.
-Merci, bafouilla-t-elle. Je ne m'en sortais plus avec tout ça… Ces révisions à la bibliothèque finissent toujours comme ça, c'est effrayant. Je sais que je m'y prends très tôt mais… Je ne vais pas t'ennuyer avec ça, tu dois avoir autre chose à faire…
Elle le détailla un instant et reprit, indécise.
-Je ne t'ai jamais vu ici… Tu es le nouveau, c'est ça ?
Ethan acquiesça d'un signe de tête. La jeune fille prit alors plus d'assurance et lui tendit joyeusement la main.
-Je m'appelle Eleanor Moon, dit-elle.
-Désolé si je ne te sers pas la main, Moon, mais il semblerait que les miennes soient déjà prises… répondit Ethan avec malice.
Eleanor rougit de plus belle et plaqua sa main sur sa bouche pour étouffer un petit rire nerveux. Ethan sourit. A cet instant il se sentait vraiment bien. "Voir la vraie vie et mourir…" songea-t-il avec mélancolie. Il se présenta à son tour.
-Ethan Palmirya. Je viens d'arriver… des Etats-Unis.
-C'est vrai ? s'enthousiasma Eleanor, remettant à nouveau une mèche derrière ses oreilles. J'ai beaucoup entendu parler de l'école Meltingpot, il paraît qu'elle se trouve en plein désert du Nevada. Tu y es allé ?
-Euh…
-Excuse-moi, se reprit-elle aussitôt, cachant une nouvelle rougeur derrière sa main et ses livres. Parmi mes défauts je crains qu'il y ait aussi la curiosité, je suis désolée…
Ethan hocha la tête sans répondre, amusé, et l'écouta mettre fin à la discussion – ainsi qu'à son embarras – en donnant le mot de passe dévoilant l'entrée de la tour des Serdaigle. Il ignorait encore qu'il venait là de se faire sa première véritable amie, et qu'il passerait une bonne partie de sa soirée à discuter de tout et de rien avec elle. Et surtout à rire.
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Il suivait l'homme, sans poser de question. L'homme le mena dans une salle obscure. Il s'arrêta au seuil. Il ne comprenait pas. L'homme avança encore, tenant la lumière. Tout se passait trop vite pour lui. L'homme se pencha, alluma cinq mèches au sol. Se releva. Il distingua au sol un signe aux contours sombres. Cinq pointes. Cinq bougies. Cinq couleurs. L'homme recula, de l'autre côté du signe. L'appela. Il releva la tête, chercha l'homme. Il ne le voyait pas bien dans l'obscurité.
Flash aveuglant. Il se cacha vivement le visage. Une voix cria son nom. Il regarda à nouveau. Devant lui, un cercle de lumière. De l'autre côté, l'homme s'épuisait à une vitesse affolante. Lui criait de se dépêcher. De passer le cercle. Il ne comprenait pas. L'homme cria qu'il ne tiendrait pas longtemps. Qu'il était leur dernière chance. Il ne comprenait toujours pas. Il sentit l'urgence. Et sauta.
Le noir. Des milliers de couleurs. Le néant. L'espace. L'apesanteur. La chute. Mélange indescriptible et parfait. Contradictoire et complémentaire. Le vertige, la douleur. Plus rien.
Ethan se réveilla en sursaut, les yeux hagards et le corps trempé de sueur. Peu à peu il reprit conscience de ce qui l'entourait, un lit, des rideaux de baldaquins grands ouverts et une chambre où logeaient quatre autres Serdaigle de son âge. Nullement l'endroit d'où il venait et auquel il était habitué, et encore moins le néant de son rêve…
Il passa une main tremblante sur son visage et vérifia que ses camarades dormaient toujours. Il ne comprenait pas comment ces images pouvaient avoir cet effet sur lui. Bien sûr, c'était le moment où il avait dû quitter tout ce qu'il connaissait pour arriver ici, où tout lui était étranger, c'était la scène qui avait vu son déracinement… Mais il n'y avait en elles pas de quoi réagir ainsi…
Il hésita un moment à se lever ou à se recoucher. Indécis, il regarda par la fenêtre fermée la Forêt qui s'étendait à perte de vue sous les rayons pâles de la lune. Cette vision le décida à se lever. Il savait qu'il ne pourrait de toute façon pas se rendormir. Trop de choses avaient changé en trop peu de temps pour lui… Il avait besoin d'air. Et surtout d'espace, il en manquait cruellement depuis qu'il était entré dans cette chambre, et plus encore quand il avait tenté de fermer les rideaux. Il devenait claustrophobes…
Il repoussa les draps et posa les pieds par terre. Il traversa la pièce en faisant le moins de bruit possible et descendit les escaliers de pierre menant à la Salle Commune décorée de bleu et de bronze. Le feu brûlait encore dans la cheminée, bien que personne ne soie là pour en profiter. Il observa lentement chaque recoin, tentant de savoir s'il pourrait rester ici, mais en vint rapidement à la conclusion que la pièce pourtant grande ne lui suffisait pas…
Il soupira, sortit sa baguette d'une poche du pantalon avec lequel il dormait et aimablement fourni par Dumbledore ainsi que d'autres vêtements et objets utiles à un apprentissage en école de magie, et d'un sort, fit venir à lui un pull et une cape de sa malle. Puis il sortit dans le couloir. Contrairement à ce à quoi il s'attendait, toutes les torches étaient éteintes, dépaysé par le manque de lumière il s'empressa d'illuminer sa baguette pour pouvoir s'y retrouver.
Par chance, il se souvenait parfaitement des innombrables couloirs qu'il avait traversé avec le groupe de filles qui lui avaient servies de guides ainsi que des diverses indications qu'elles lui avaient quelques fois données. Il put ainsi se diriger sans hésiter jusqu'au hall d'entrée, prenant tout de même garde à ne rencontrer aucun professeur ou même le concierge et sa teigne de chatte dont on lui avait dit si grand bien, et de là posa enfin un pied dehors.
L'air frais lui fit du bien. Il ferma les yeux et inspira profondément, profitant du calme de la nuit. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi bien, aussi reposé… Il sourit et contempla le parc qui s'étendait, paisible, devant lui. Il ajusta sa cape et descendit les marches du perron. Il se retint de jeter des coups d'œil de tous côtés, il devait abandonner ses vieilles habitudes. Après tout, il se trouvait dans l'endroit le mieux protégé du pays…
Il fut tiré de ses pensées par une petite silhouette, tout près du lac. Un animal ? Il ne pouvait pas bien voir, la lune étant cachée par un épais nuage. Quoi que ce fut, Ethan préféra s'en éloigner, mais deux points lumineux le fixèrent soudain. L'ombre avait tourné la tête vers lui. Le nuage passa et il put reconnaître une jeune fille. La jeune fille. Samantha, l'amie d'Harry Potter. Il hésita. Elle détourna la tête, comme si peu lui importait qu'il soit là. Sans vraiment y avoir plus réfléchi, il s'approcha et s'assit sur l'herbe près d'elle. Il fixèrent en silence le lac pendant de longues minutes. Ce fut lui qui parla en premier.
-Je te remercie pour m'avoir aidé tout à l'heure… dit-il à voix basse, comme pour éviter de troubler la nature.
-Je n'ai pourtant pas fait grand chose, répondit-elle sur le même ton.
-Suffisamment pour moi…
Elle hocha simplement la tête sur le côté, sans un mot. Quelques secondes passèrent.
-Tu ne dors pas…
-Toi non plus, lui fit-elle remarquer.
-C'est juste.
-Dure journée, lâcha-t-elle comme seule explication, après un moment. J'imagine que c'est pareil pour toi…
-Certes…
Elle soupira, puis finit par tourner la tête vers lui. Elle plongea son regard scrutateur dans le sien, et demanda, à brûle-pourpoint :
-D'où tu viens ?
-D'où je viens ?
-Oui, d'où tu viens ? Tu n'es pas apparu comme par magie… enfin si… mais tu venais bien de quelque part, tu n'es pas sorti tout droit du néant.
Ethan haussa un sourcil.
-Euh… Dans un sens, j'ai bien peur que si… bafouilla-t-il.
-Tu te moques de moi, dit-elle simplement avant de retourner à sa contemplation du lac scintillant.
Alors que le silence s'installait à nouveau, Ethan se perdit dans une intense réflexion. Pouvait-il lui dire ? Il n'avait rien dit à Eleanor, la personne ici dont pour le moment il se sentait le plus proche, et ce serait pour tout révéler à une fille qui semblait ne pas apprécier sa présence ? Car même si elle ne le montrait pas ou peu, il sentait bien qu'il la mettait mal à l'aise, et qu'elle n'avait pas confiance. Or lui avait confiance en elle. Assez pour la mettre dans la confidence ?
-Je suis en droit d'exiger des explications, murmura-t-elle soudain. Je t'ai trouvé… tu m'es tombé devant dans un couloir et je t'ai amené à Dumbledore comme tu le voulais. Mais tu peux garder tes secrets.
-Tu veux la vérité ? demanda-t-il de but en blanc.
Elle le regarda à nouveau.
-Tu penses que ça me permettrait de te faire confiance ?
Ainsi il avait eu raison.
-Mes intentions sont bonnes, dit-il seulement.
-Alors soit.
Quelques heures plus tard, ce fut une Samantha en larmes et convaincue qu'il y avait bien plus malheureux qu'elle qu'il laissa retourner au château après l'avoir brièvement serrée contre lui. Et ce fut le cœur plus léger mais doutant d'avoir pris la bonne décision qu'il reprit le chemin de son lit où il parvint à rattraper quelques heures de sommeil.
Fin du chapitre 19...