Harry Potter et le secret de Voldemort

By DreamAngel7

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Chapitre XX : Une pénible journée

Comme chaque jour, Hermione se réveilla bien avant son amie. Elle la regarda dormir avec une expression inquiète, la même qu'elle affichait depuis le samedi précédent, où ils avaient fêté en comité restreint l'anniversaire de la jeune fille, et où elle avait fièrement exhibé le médaillon offert par Harry. Elle dormait toujours en serrant fermement son pendentif dans sa main. Et le jour, elle ne le quittait jamais.

En vérité, ce qui inquiétait Hermione n'était pas l'attachement que portait Samantha à cet objet mais plutôt un vague pressentiment qui ne lui plaisait pas. Elle connaissait ce pendentif, elle en était sûre. Elle l'avait déjà croisé au hasard de ses nombreuses lectures, et croyait se souvenir qu'il pouvait être dangereux… Mais Samantha refusait catégoriquement de s'en séparer tant qu'elle n'aurait pas de preuve. Et Hermione n'en trouvait aucune. Ses recherches à la bibliothèque restaient vaines, même après une semaine passée plongée dans des centaines de livres.

Mais, comme le soulignait si bien Ron avec un air exaspéré chaque fois qu'elle lui faisait part de ses doutes, il y avait tout de même eut du bon à ces derniers jours. Les relations entre Samantha et Harry s'étaient nettement améliorées, il ne restait plus aucune trace de leur différent, ils étaient plus proches mais sans être pour autant ce qu'Hermione et Ron avaient espéré : un vrai couple.

Et puis l'anniversaire s'était finalement bien déroulé. Dès que Harry leur avait avoué que Samantha venait d'avoir ses 17 ans, Ron et elle avaient tout de suite décrété qu'il fallait lui faire une petite fête, et profiter de l'occasion pour lui offrir ce qu'ils lui avaient acheté à Pré-au-Lard. Elle avait chaleureusement remercié son amie pour le costume qu'elle lui avait offert – elle avait voulu la payer mais Hermione avait catégoriquement refusé, devant quoi Samantha avait laissé échapper une larme. Ron quant à lui avait offert son « cadeau mystère » à l'abri du moindre regard. Ils avaient fini la soirée très tard, entre Bièraubeurre, bonbons et éclats de rire.

Un peu plus tard, au moment où elles rentraient sous leurs draps, la jeune fille avait avoué qu'elle avait toujours haï ses anniversaires, redoutant la date fatidique qui se répétait année après année. Puis, avec un sourire qui avait réchauffé le cœur d'Hermione après ces paroles, elle avait ajouté que c'était le premier où elle s'était sentie bien, avec eux, d'abord pendant le bal, puis pendant cette petite soirée entre amis.

Le lendemain, elle avait disparu un après-midi entier et avait à son retour refusé de dire quoi que ce soit. Et cela, même pour Ron, avait des allures inquiétantes, malgré le sourire rassurant qu'elle leur avait gracieusement offert. Seul Harry ne semblait pas s'en étonner. Il avait laissé filer l'après-midi en s'entraînant avec le reste de l'équipe sur le terrain de Quidditch.

Quant au cours de Défense contre les Forces du Mal, il s'était bien mieux déroulé que d'habitude. Une fois n'est pas coutume, Zénobie avait laissé Samantha relativement tranquille, se contentant d'un regard noir régulier lancé discrètement à la jeune fille. Hermione ne savait si elle devait s'en réjouir ou au contraire s'en alarmer. Sur ce point, personne n'avait pu l'aider.

Pattenrond s'étira sur les draps et sauta du lit d'Hermione directement sur celui de Samantha. Il alla donner un léger coup de museau à Cabriole qui lui rendit d'un petit coup de patte avant de s'étirer elle aussi, puis il lécha la joue de la jeune brune qui s'agita dans ses draps sous l'œil amusé d'Hermione.

-Hm… Quoi… marmonna-t-elle d'une voix endormie tout en repoussant maladroitement Pattenrond de son bras.

-Il y a match de Quidditch, aujourd'hui ! répondit Hermione.

-Quoi… ?

-Qui-dditch, tu sais, le jeu sur balais volants…dit malicieusement Hermione.

Samantha se redressa d'un bond.

-Balais volants ? Ah oui, j'oublie toujours que ça existe ces machins-là… fit-elle en se laissant retomber sur son oreiller. Surtout quand… – bâillement – je viens de me faire réveiller par un chat orange et un cochon d'inde magique… Ahhhh, quelle vie… conclut-elle en s'étirant.

-Lève-toi vite, tu ne voudrais tout de même pas rater le début de ton tout premier match.

-Ah ça non !

Quelques minutes plus tard, elles rejoignaient les deux garçons dans la Grande Salle. Ceux-ci discutaient avec leurs camarades des chances de chacune des équipes. Intéressée, Samantha écouta si attentivement le débat qu'elle en oubliait de manger. Hermione, elle, s'était plongée dans la lecture d'un passionnant livre sur les Boutailldos, créatures qu'ils étudiaient actuellement avec Hagrid.

Relevant la tête de son livre pour attraper une tartine, elle remarqua quelqu'un à la table des Serdaigle. Le nouveau. Il était passé quasiment inaperçu depuis son arrivée discrète, une semaine plus tôt. Mais ce qui avait retenu l'attention d'Hermione ce matin, c'était le regard insistant qu'il posait sur la table des Gryffondor. Qui fixait-il de cette manière ? Harry ? C'était plus que probable.

Leurs regards se croisèrent et il baissa vivement la tête, avant de se pencher vers sa voisine, sans doute pour se donner contenance. Hermione fronça les sourcils mais décida d'oublier ça pour le moment. Si jamais il recommençait, elle en parlerait aux garçons. Mais déjà les joueurs se levaient pour aller se préparer et les autres élèves, enthousiastes, se dirigeaient vers le stade en parlant avec animation. Hermione s'apprêta à suivre ses amis, mais Samantha était restée en arrière.

-Tout va bien ? demanda Hermione devant la légère grimace de la jeune fille.

-Oui, je… un léger mal de tête, je vais aller prendre ma potion. Partez devant, je ne voudrais pas que vous ratiez le début.

-Tu es sûre que ça va ? insista Harry, revenu sur ses pas.

-Oui, ne t'en fais pas, j'en ai pour une minute, je vous rejoins, promit Samantha, avant de s'éclipser hors de la Grande Salle direction la tour de Gryffondor.

Au stade, l'excitation était déjà là, et tous attendaient avec impatience que les joueurs entrent sur le terrain. Ce qui ne tarda pas. A peine les trois Gryffondor étaient-ils installés dans les gradins que les quatorze joueurs s'élevaient dans les airs sous les cris du public. Hermione imita la foule, comme toujours grande fan, car qui n'aime pas le Quidditch ? Les capitaines se serrèrent la main puis Madame Bibine donna le coup de sifflet marquant le début du match. Aussitôt ce fut la ruée. Les poursuiveurs se jetèrent sur le Souaffle dans une mêlée digne des plus grands rugbymen et une pluie de Cognards s'abattit dur eux.

A bien y réfléchir, Hermione n'était pas sûre que ce soit aussi fair-play que Dumbledore l'avait probablement prévu. Mais d'un autre côté, si ces deux équipes habituellement qualifiées de neutres se défoulaient autant, qu'est-ce que cela aurait donné avec l'une des deux autres équipes ? Dumbledore n'avait finalement pas pris une trop mauvaise décision. Et puis cela permettrait au moins à quatorze élèves de faire passer leur rage dans un sport sain…

Après dix minutes de jeu, personne n'avait marqué de point, et le Vif d'or était toujours invisible. Mais Hermione se désintéressait du jeu. Que faisait donc Samantha ? Elle aurait dû revenir depuis longtemps, à moins qu'elle ne se soit perdue, encore… Mais elle connaissait pourtant parfaitement le chemin entre la tour et le hall… Hermione commença à trépigner.

-Qu'y a-t-il, Hermione ? demanda Harry, qui avait remarqué son état, contrairement à Ron occupé à traiter les joueurs de gnomes sur balais.

-Tu as vu Sam ?

-Non, mais elle va arriver, ne t'en fais pas.

-Ça fait plus de dix minutes, argumenta-t-elle.

Harry ne répondit pas. Il avait froncé les sourcils et semblait chercher quelque chose autour de lui. Hermione resta intriguée jusqu'au moment où il mit sa main dans sa poche et en ressortit à moitié sa baguette. Là, elle eut peur. Elle plongea à son tour sa main dans sa poche et la crispa autour de sa baguette, ne sachant à quoi s'attendre.

-Harry, que se passe-t-il ?

-Ils arrivent…

-Quoi ! Qui ?

Et là elle comprit. Tout comme Ron, qui cessa de crier après les joueurs qui égalisaient encore à zéro. Tous deux fixèrent un instant Harry, cherchant une réaction particulière de sa part, mais ses yeux allaient toujours d'un coin à l'autre du stade et du parc, aussi se mirent-ils à chercher également. Personne d'autre n'avait réagi, se contentant de réajuster leurs manteaux et leurs écharpes autour d'eux, mais ils savaient quoi chercher. Cette sensation de froid… de froid et de tristesse… Il n'y avait que des Détraqueurs pour obtenir cet effet-là…

Dans une tribune et au sol, les professeurs oubliaient également le déroulement du match. Ils avaient senti, eux aussi, et se tenaient prêts, baguette en main. Les trois Gryffondor brandirent les leur. Prévenir les autres, vite, avant que la situation ne dégénère. Hermione n'était pas certaine qu'une dizaine de professeurs puissent repousser les Détraqueurs à eux seuls, comme lors de sa troisième année. A ce moment-là ces créatures étaient sous l'autorité du Ministère mais aussi de Dumbledore, et ils n'étaient qu'une dizaine.

Or ici ils n'obéissaient sûrement qu'au sombre Voldemort et étaient certainement bien plus nombreux et décidés. La situation n'était pas la même.

Un froid mordant les envahit soudain, et même les autres élèves se figèrent. Les Détraqueurs s'avançaient, enroulés dans leurs capes noires, à une extrémité du terrain. Ils étaient plus d'une dizaine, beaucoup plus, infiniment plus… Une attaque en masse… Les professeurs allaient déjà à leur rencontre, et quelques formes argentées sortirent des baguettes levées.

La panique commença à gagner la foule d'adolescents. Les trois Gryffondor tentèrent tant bien que mal de les convaincre de retourner rapidement au château. Les Détraqueurs se nourrissaient des souvenirs heureux de tous, moins il y aurait de gens aux alentours, plus ils auraient de chance de voir les Détraqueurs s'affaiblir. Une bonne majorité des élèves de leur maison obéissait déjà, déboussolée, et ceux des autres maisons les imitaient, plus parce qu'ils pensaient être à l'abri entre les murs protecteurs du collège. Quelques élèves de septième année étaient restés, prêts à en découdre.

Hermione vit Harry crisper tous ses muscles. Nul doute que les voix de ses parents et de Voldemort résonnaient déjà dans sa tête, même à cette distance. Mais il restait maître de lui-même et commença à descendre les gradins avec les autres pour rejoindre les professeurs, Ron et Hermione derrière lui. Ils courraient telle une marée humaine, leurs baguettes levées devant eux, et crièrent dans un ordre aléatoire la formule.

-SPERO PATRONUM !

Diverses formes argentées se précipitèrent à leur tour devant eux, aigles, loutres, renards, tigres… guidés par un magnifique cerf. Les Détraqueurs reculèrent, mais pas encore suffisamment. Ils étaient trop nombreux pour la maigre défense que les Patronus leur opposaient. Et bientôt ceux-ci se firent moins nets, témoins de la faiblesse qui gagnait peu à peu les septième année et leurs professeurs. Trop nombreux. L'adversaire était trop nombreux.

Dumbledore s'avança au devant de l'armée de Détraqueurs, seul avec sa baguette, imposant, majestueux, comme le grand mage qu'il était. Derrière lui, tous ralentirent puis stoppèrent.

-Allez-vous-en ! tonna-t-il d'une vois de stentor, à quelques pas des créatures. Il n'y a pas de place pour vous ici ! Vous n'êtes pas à votre place, retournez aux portes de l'enfer pour les garder !

A la grande surprise d'Hermione, les Détraqueurs semblèrent agités d'un grand éclat de rire. La suite elle ne s'en souvint que par flashes désordonnés.

En une fraction de seconde, un grand blond s'était élancé vers les Détraqueurs hilares, hurlant tel un barbare au combat. Avant que quiconque n'ait pu réagir, l'un d'eux avait attrapé le jeune imprudent par les épaules et l'approchait dangereusement de son visage caché par sa grande capuche. L'instant suivant, Zacharias Smith, joueur de Quidditch dans l'équipe de Poufsouffle, retombait mollement au sol, corps vivant privé de son âme, face à l'incompréhension de ses camarades.

Personne n'eut le temps de comprendre ce qui s'était produit. Un grand cri de rage pure retentit soudain, et une forte lumière, plus crue que celle du soleil d'été, les entoura, les forçant à fermer les yeux et se boucher les oreilles. Hermione tomba à genoux en grimaçant sans pouvoir émettre un son. Le cri lui sembla durer une éternité. Puis tout cessa.

Lentement, prudemment, elle entrouvrit les yeux et retira ses mains. Tout était redevenu normal. Ou presque. Le ciel avait retrouvé sa couleur et sa luminosité, et leurs oreilles n'entendaient plus qu'un bourdonnement indistinct et peu agréable. Les élèves et professeurs s'échangeaient des regards indécis, une jeune fille s'était précipitée sur le corps de Smith en pleurant. Devant eux, ne restait qu'un champ de cendres fumantes.

Quelques milliers de Détraqueurs venaient de se consumer là, dans le parc de Poudlard, par une froide matinée de Novembre.

Les premiers de toute l'histoire du monde de la magie à périr.

Un grand cri ramena tout le monde sur terre. Une petite blonde accourait vers un corps allongé sur le sol, loin des créatures dévoreuses d'âmes. Lorsqu'elle le tourna sur le dos, Hermione reconnut le nouveau de Serdaigle.

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Une demi-heure plus tard, tous les élèves avaient regagné leurs maisons, avec l'ordre strict de ne pas en sortir. Madame Pomfresh était arrivée en urgence et était repartie tout aussi vite, accompagnée de la petite blonde, du professeur Sinistra faisant léviter le nouveau devant elle et de Zacharias Smith soutenu par deux de ses amis, avant que les quatre directeurs de maison n'escortent les septième année jusqu'à leurs Salles Communes.

Ils s'étaient rassemblés, dans l'angoisse. La fureur de Dumbledore était perceptible jusqu'à la tour des Gryffondor. Hermione avait judicieusement conclu de tout cela que les Détraqueurs avaient rejoint Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, d'où le désastre d'Azkaban qui, à présent, n'était plus gardée que par d'inutiles murs de pierre. Bien sûr, tous l'avaient compris, il suffisait de voir leurs visages pour s'en rendre compte. Les plus jeunes, quant à eux, s'étaient terrés dans leurs dortoirs.

En arrivant devant le portrait de la Grosse Dame, Hermione s'était soudain souvenue de Samantha. Elle avait écouté sagement le discours du professeur McGonagall puis s'était précipitée vers sa chambre, espérant que la jeune fille n'en était pas sortie. Elle se refusait à imaginer ce qui aurait pu lui arriver dans le cas contraire.

Elle toqua, mais personne ne lui répondit. Inquiète, elle ouvrit la porte et jeta un œil à l'intérieur. La pièce était plongée dans la pénombre et les baldaquins d'un lit étaient tirés. Hermione referma sans bruit la porte et s'approcha, reconnaissant le lit de son amie. Elle repoussa les rideaux et la trouva roulée en boule sous ses draps, endormie. Hermione soupira. Au moins elle avait échappé à l'horreur de l'attaque.

Elle ressortit et retrouva les garçons, assis dans un coin de la Salle Commune avec Ginny et Neville. Elle s'assit près d'eux. Elle les informa que Samantha dormait et ne savait rien de ce qui venait d'avoir lieu, puis elle se tut et ils n'échangèrent pas un mot pendant un moment.

-L'AD a bien travaillé… hasarda Ginny.

-L'AD a beaucoup de travail, corrigea Harry.

Il sembla réfléchir un moment puis se décida.

-Je sais que j'ai définitivement dissolu l'AD, mais je pense qu'il est temps de lui donner une nouvelle vie, déclara-t-il. Zénobie est un bon professeur, je l'admets, mais ses cours ne seront pas suffisants pour ce qui nous attend. Tout le monde se retrouve à la Salle sur Demande dès que ce sera possible.

-Mais comment vas-tu les convaincre après notre dernière réunion ? demanda Hermione.

-Je sais exactement quoi leur dire, répondit Harry d'un ton assuré. Hermione, tu as toujours les gallions ?

-Oui…

-Alors tu te chargeras de les transmettre aux anciens que tu croiseras dans les couloirs pendant les changements de salle. Tu connais… Nous verrons pour des nouveaux membres plus tard, il faut déjà rassembler ceux dont nous sommes sûrs. Ensuite, nous aviserons.

-Et pour les… les Détraqueurs, qu'est-ce que tu en penses ? voulut savoir Neville.

-Nous verrons ça avec les autres. En attendant, je peux simplement vous dire que c'est très loin d'être bon signe. Le nombre des alliés diminue. Mais il fallait s'y attendre, consentit-il à répondre avant de se lever pour rejoindre son dortoir.

Après un regard circulaire à ses amis et à la salle, Hermione se leva à son tour, prétextant vouloir veiller sur Samantha. En réalité, c'était surtout pour réfléchir seule, mais l'état de son amie l'inquiétait également. Elle remonta dans sa chambre et s'assit en tailleur sur son lit, de façon à avoir Samantha face à elle. Elle l'observa, le regard vague, commençant à sentir diverses pensées l'envahir.

Perdue dans son découragement, elle avisa une drôle de fiole vert jade posée sur la table de nuit, le bouchon ôté. Elle se leva et s'approcha. Elle prit le tout dans ses mains, mais, intriguée, elle porta la fiole à son nez et la sentit. Elle savait que sentir une potion inconnue pouvait être dangereux, mais elle doutait qu'on l'ait donnée à Samantha si tel était le cas. Le mélange avait un aspect étrange, attirant et repoussant à la fois, et dégageait une odeur de vanille et de chou, la rendant aussi étrange que sa beauté.

Elle avait déjà lu quelque chose sur cette potion. Elle était préparée pour les maux de tête à répétition, ou plutôt pour les migraines, qui étaient autrement plus douloureuses et désagréables. Chroniques, surtout, pour la plupart. Rassurée sur le contenu de la fiole, elle la reboucha et la rangea délicatement dans le tiroir de la table de chevet. Ainsi Samantha était une migraineuse, une vraie. Elle n'avait pas fait une seule migraine en un mois, il avait fallu que les événements s'accélèrent pour qu'elle commence.

Hermione retourna s'installer sur son lit et laissa le flot de questions venir à elle. Pattenrond délaissa la compagnie de Cabriole, lovée tout contre Samantha, et vint se rouler en boule sur les genoux de sa maîtresse. Il ne savait certes pas ce qu'elle pensait, mais il avait naturellement senti qu'elle avait besoin d'une présence silencieuse pour suivre le cours de ses raisonnements.

Elle revint une semaine en arrière, lorsque Samantha était revenue lui demander l'article concernant l'attaque d'Azkaban. Elle s'était assise sur son lit, tout comme Hermione en cet instant, et s'était plongée dans une lecture attentive du journal, les traits barrés d'un pli soucieux. Au fur et à mesure, elle avait pâli et pris un air sévère.

-Journaliste de pacotille, imposteur, avait-elle marmonné. Soit il n'a vraiment rien compris, soit il est censuré, mais le résultat est le même. Quelques évadés ? avait-elle sarcastiquement lancé en levant la tête vers Hermione. Rien d'inquiétant ? Les abrutis !

-Ils veulent sûrement éviter une panique… avait proposé Hermione, tout en étant de l'avis de son amie.

-Eviter une panique ? Peuh, ils feraient mieux de la laisser venir, au contraire. On s'en sortirait certainement mieux. Quant aux aurors… Incapable de dire officiellement le nombre de pertes, il n'y a que les élèves de cette école qui soient à peu près au courant, c'est n'importe quoi ! C'est le monde à l'envers !

Elle avait jeté le journal par terre et s'était pris le visage dans les mains, respirant lentement et profondément pour se calmer.

-Mais dans quel monde je suis tombée, Hermione ? avait-elle murmurée, perdue. Le monde de la magie n'est-il donc qu'un sosie du monde des Moldus ?

Hermione s'était approchée et lui avait posé une main réconfortante sur l'épaule, et Samantha avait refoulé un sanglot avant de se lever, et de la laisser seule, prétextant vouloir prendre l'air. Le soir, elle avait paru en meilleure forme, mais une lueur de tristesse maintenant perpétuelle avait investi son regard. Et aujourd'hui, les événements avaient donné raisons à leurs pires craintes.

L'article de E. D. était bien à côté de la réalité. Les Détraqueurs, les pires créatures qui soient, avaient rejoint le camp de l'ennemi, laissant les plus grands criminels de cette partie de l'Europe sans aucune surveillance et libres de rejoindre à leur tour le Seigneur Noir. La situation était catastrophique. Comment récupérer le sourire dans les temps qui s'annonçaient ? Les Détraqueurs n'avaient peur de rien, ou presque. Mais…

La grande lumière revint soudain à l'esprit d'Hermione. Celui qui avait fait ça devait être animé d'une colère sans bornes à cet instant. Une telle intensité… Il avait réduit les Détraqueurs en poussière, alors que rien, jamais, n'avait pu en venir à bout. Il avait trouvé la faille de ces créatures. Involontairement ? Ou au contraire savait-il ce qu'il faisait, ce qu'étaient exactement les Détraqueurs ?

Selon les probabilités, il devait s'agir du nouveau. Rien n'était sûr, mais il était le seul à être tombé, loin des Détraqueurs, qui plus était. Et créer une telle lumière devait être éreintant, pour quelqu'un de son âge. Hermione cherchait un moyen de le rencontrer. Elle voulait lui parler, savoir ce qu'il en était. Avait-il agi en connaissance de cause ?

Un gémissement la tira de ses pensées. Samantha avait rejeté ses couvertures à ses pieds et s'agitait dans son lit. Cabriole s'était même éloignée d'elle pour éviter les coups qu'elle donnait. Hermione se leva et s'approcha. Le visage de la jeune brune était couvert de sueur, et la chaleur qui se dégageait de son front lorsqu'Hermione posa sa main sur son front confirma la fièvre. Elle se précipita dans la salle de bain et en revint avec un linge mouillé d'eau froide avec lequel elle épongea comme elle put son amie qui ne cessait de se débattre.

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L'état de Samantha s'améliora dans la soirée. Hermione lui avait fait avaler quelques gouttes de sa potion vert jade qui l'avait presque instantanément calmée, puis elle avait remis les draps sur son amie qui s'y était frileusement recroquevillée. Cabriole s'était rapprochée pour se rouler en boule près de son cou et Pattenrond était venu veiller tel un sphinx sur le sommeil des deux endormies. Attendrie et rassurée, Hermione daigna enfin sortir de son dortoir qu'elle n'avait pas quitté de la journée, excepté pour midi, et rejoignit ses amis inquiets dans la Grande Salle, devant un copieux repas.

S'asseyant avec les élèves de sa maison, elle jeta un regard circulaire à la salle. Comme elle s'y attendait, celle des Serpentard oscillait entre satisfaction et indignation – de n'avoir pas été prévenus d'une telle attaque ou de l'échec malgré tout lamentable de celle-ci, nul n'aurait pu le dire. On ne pouvait rien attendre de bien d'eux, songea-t-elle amèrement en scrutant chacun des visages des vert et argent.

Les expressions des Serdaigle et des Gryffondor étaient sombres, mais bien moins que celles des Poufsouffle. Quelques jeunes filles, probablement des camarades de Zacharias Smith, étaient en larmes, et tous les joueurs de l'équipe de Quidditch de Poufsouffle, ainsi que ceux de Serdaigle, affichaient des mines défaites et tournaient distraitement leurs fourchettes dans leur purée.

Quant aux professeurs, Hermione n'aurait su dire quel sentiment prédominait. La colère, la frustration, la tristesse… Tout se mélangeait sur leurs visages au point qu'ils en paraissaient effrayants. Dumbledore, en particulier, affichait un air sombre en contradiction totale avec celui qu'il arborait habituellement. On sentait émaner de lui une rage et une force mal contenues.

Hermione surprit un coup d'œil du directeur à leur table. Il sembla y chercher quelqu'un, jusqu'au moment où il croisa le regard d'Hermione et baissa la tête vers son assiette en fronçant les sourcils. Le professeur McGonagall l'observa un court instant avec compassion, puis l'imita et se força à manger quelque chose.

Rogue et Zénobie, contrairement à leur habitude, restaient taciturnes et n'échangeaient pas un mot ni même un regard. Seul fait intéressant, le professeur de Potions fixait d'un air éteint son avant-bras. Quant à Hagrid, il n'essayait même pas de maintenir l'illusion que tout n'allait pas si mal et était assis les bras croisés en regardant devant lui avec un air sévère, dédaignant volontairement son assiette pleine.

-Comment va Sam ? demanda Harry, la tirant de ses réflexions.

-Bien, bien… répondit-elle distraitement. La potion fait effet…

-Bien…

Le silence retomba. Hermione tendit la main pour prendre un plat, et se mit à manger plus machinalement que par vraie faim. Ron se tortillait sur sa chaise, semblant avoir quelque chose à dire mais hésitant. Finalement, il se pencha au-dessus de la table et chuchota à la jeune fille :

-Il y a eu une autre attaque, ce matin…

-Quoi !

-D'après ce qu'on nous a dit, des Mangemorts s'en sont pris à des Moldus, dans la matinée, à peu près en même temps que l'arrivée des Détraqueurs, expliqua le roux.

-Une ville entière y est passée, expliqua Harry. Il y aurait eu de nombreux morts et à peine quelques survivants, blessés graves. On n'en sait pas plus.

Hermione resta silencieuse un moment, réfléchissant.

-Sait-on où ça s'est produit ? demanda-t-elle finalement, prise d'un mauvais pressentiment.

Harry et Ron échangèrent un regard indécis.

-En France, avoua Ron au bout d'un moment.

-Assez loin du village de Sam, assura Harry. Je ne pense pas qu'elle avait des connaissances dans ce coin-là. Enfin… j'espère…

-Dans le cas contraire… commença Hermione, tandis même qu'elle priait Merlin qu'un parent de son amie n'ait pas été touché.

-Elle risque d'être plus instable qu'après l'attaque d'Azkaban, termina Harry à sa place, amer. Elle va finir par souhaiter n'avoir jamais su qu'elle est une sorcière…

-Ne dis pas ça, Harry, fit Hermione. Est-ce qu'elle a déjà semblé le regretter jusqu'à maintenant ? Si jamais quelqu'un de sa famille se fait… tombe sous l'une de ces attaques, elle en connaîtra au moins la raison, et crois-moi c'est très important pour une famille de savoir. Et puis… tu sais parfaitement qu'elle se sent très bien ici, et avec nous.

-Oui, tu dois avoir raison… soupira Harry.

-N'oublie pas à quel point elle tient à toi, asséna-t-elle avec sérieux.

Harry jugea préférable de ne rien répondre à cela. La réponse était tout à fait claire dans son esprit. Mais Hermione savait qu'il se posait une question : que valait-il face à sa famille ? Alors que l'un comme l'autre ne s'étaient toujours pas avoué franchement leurs sentiments ? Car à présent elle n'avait plus aucun doute, jamais Harry n'aurait réagi ainsi s'il avait été assuré de l'amour que Sam lui portait.

-Vous avez des nouvelles de l'élève de Serdaigle, celui qui s'est évanoui ? demanda soudainement Hermione.

-Non, pourquoi ? répondit Ron avec agressivité.

Hermione ignora le ton de sa voix et poursuivit en chuchotant pour que seuls eux l'entendent :

-Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais si c'est vraiment lui qui est à l'origine de la destruction des Détraqueurs, j'ai envie de le savoir. Imaginez un peu ! Les Détraqueurs ont rejoint Voldemort (Ron frissonna, vieille habitude qu'il avait du mal à perdre), ce sont des ennemis dont on sait finalement peu de choses et que nous sommes incapables de tuer avec nos moyens actuels. Et là, un garçon sorti d'on ne sait où…

-D'Amérique, je crois, dit Ron pensivement.

-… nous offre la solution miracle sur un plateau d'argent ! Comment a-t-il trouvé ça ? Sait-il des choses que nous ignorons ? Et est-ce qu'il pourrait et voudrait nous aider ? Vous n'avez pas envie de savoir ?

Les deux garçons échangèrent un nouveau regard, puis Harry prit la parole, du même ton décidé qu'il avait pris pour annoncer la renaissance de l'AD :

-Nous verrons cela avec les autres membres de l'AD pendant la prochaine réunion. Je pense que ce n'est pas seulement à nous de décider, nous sommes un groupe, et il faut agir comme tel.

Hermione hocha la tête pour approuver. Il avait entièrement raison, et le voir prendre des décisions aussi sages la rendait très fière de lui. Ils terminèrent de manger en silence puis s'apprêtèrent à suivre leurs camarades jusqu'à la tour quand Hermione remarqua un mouvement du coin de l'œil : Dumbledore leur faisait signe de s'approcher, assis à la table maintenant presque vide des professeurs. Elle tapota sur l'épaule des garçons et leur désigna le directeur pour qu'ils la suivent.

Il était quasiment seul à table, seul restait Hagrid à l'extrémité de la table, toujours prostré au fond de sa chaise, le professeur Sinistra qui s'était installée près de Dumbledore et regardait les trois Gryffondor avec tristesse, et le professeur McGonagall qui affichait le même air que sa collègue.

-Vous savez comment va le nouveau ? demanda d'emblée Hermione.

-Mr Palmirya ? Bien sûr, mais je doute que vous puissiez lui rendre visite avant un moment, dit-il avec son éternel clin d'œil malicieux qui manquait pour une fois d'un peu d'entrain. Il se repose pour le moment et ne sera pas autorisé à recevoir de visites avant quelques jours. Cependant…

Son regard perdit la faible lueur de malice qu'il contenait encore.

-Je crains d'avoir une mauvaise nouvelle à vous annoncer… Vos amis vous ont rapporté la seconde attaque d'aujourd'hui, j'imagine…

Hermione hocha la tête, craignant le pire.

-Et bien je me vois dans le regret de vous annoncer que parmi les habitants de cette petite ville ayant… péri, nous comptons… l'oncle et la tante de Samantha, ainsi que leurs enfants, Valérianne et Thomas…

Le professeur Sinistra détourna la tête, sans doute pour cacher quelques larmes, Minerva McGonagall étouffa un léger sanglot et à l'autre bout de la table, Hagrid grogna distinctement, tandis qu'Hermione, Harry et Ron se regardaient, sous le choc. Valérianne… N'était-ce pas celle qui écrivait si souvent à Samantha, et qui lui envoyait imperturbablement les derniers disques des groupes de rock moldus ?

Ron ne semblait pas comprendre ce qu'il venait d'entendre, Harry paraissait effondré et Hermione… était réellement effondrée. Elle se mit à trembler légèrement, les yeux dans le vague, et sentit à peine des bras l'enlacer et la serrer fort. Elle se mit à répéter à mi-voix « Pauvre Sam, pauvre Sam… », blottie contre Ron qui tentait de faire entrer l'information dans sa tête, sans vraiment y parvenir.

-Nous allons lui dire… assura Harry d'une voix éteinte. Nous allons lui dire…

Il fit demi-tour et sortit de la salle sans un mot de plus, suivi par un Ron perdu soutenant une Hermione en larmes.

Fin du chapitre 20...