Harry Potter et le secret de Voldemort

By DreamAngel7

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Chapitre XXI : On s'en fiche !

Ron ne fut pas mécontent de voir arriver le lundi matin. Non qu'il soit pressé de profiter du merveilleux enseignement de son professeur de Potions préféré mais le week-end avait été très éprouvant. Entre l'invasion des Détraqueurs et l'attaque inattendue des Mangemorts sur la petite ville française où habitaient l'oncle et la tante de Samantha, il y avait de quoi se morfondre. Se changer les idées en allant en cours n'était pour une fois pas une mauvaise chose.

Il se leva rapidement, secoua un peu l'épaule d'Harry pour le réveiller avant d'aller se préparer dans la salle de bain. Harry émergea difficilement de ses draps, les traits tirés. Ce n'était pas étonnant quand on savait qu'il avait passé son temps à s'inquiéter pour tout et n'importe quoi. Pourtant il ne se plaignit pas et, quelques minutes plus tard, ils passaient les portes de la Grande Salle. Ils commencèrent à manger – où plutôt grignoter – sans rien dire, dans la salle silencieuse. Seule la table des Serpentard semblait n'avoir pas changé.

Ron grognait dans sa barbe lorsque les autres Gryffondor entrèrent à leur tour. Il plongea le nez dans son assiette et mordit rageusement dans son toast.

-Où sont Hermione et Sam ? demanda alors Harry.

Redressant la tête, le roux se rendit compte que les deux filles manquaient à l'appel. Il avisa sa sœur qui s'approchait d'eux et lui posa la question, mais elle n'en savait pas plus qu'eux. Harry allait se lever, inquiet, quand ils virent arriver Hermione et Samantha, se tenant la main comme deux petites filles. Hermione alla s'asseoir entre Ron et Ginny. Elle avait l'air fatigué et triste, mais elle tenait bien le coup.

Samantha s'assit à côté d'Harry avec qui elle échangea un court regard gêné. Elle se colla contre lui et lui saisit discrètement la main. Ron aurait été tenté de sourire devant leur réserve et leur proximité, mais ni les circonstances ni les expressions de ses amis ne s'y prêtaient. Samantha montrait un visage pâle et des yeux rouges et cernés. Ses gestes étaient lents, parfois saccadés, et elle ne toucha qu'à un bout de toast qu'elle avala machinalement, les yeux dans le vague. Harry tenta de la forcer à manger plus, mais il devait répéter au moins deux fois avant qu'elle le comprenne. Il finit par abandonner et passa un bras protecteur autour de ses épaules.

A cet instant, le bruit caractéristique annonçant l'heure du courrier se fit entendre et une bonne centaine de chouettes et hiboux fondit sur les élèves. Blacky-Dark se posa sur l'épaule de sa maîtresse et lui mordilla l'oreille, ignorant les gestes agacés mais amorphes de celle-ci pour l'éloigner, Hedwige vint attraper le bacon que Harry lui tendait et un hibou grand-duc déposa un journal devant Hermione qui s'en empara vivement après y avoir jeté un œil. Coq voleta gaiement autour de la tête de Ron, portant un petit paquet. Quand il parvint à s'en emparer, Coq atterrit dans son assiette.

-Pauvre vieux, marmonna Ron en posant son paquet. Ça t'apprendra à être surexcité. Oh ! Ça vient de Fred et George ! Sûrement leur dernière invention…

En effet, les jumeaux Weasley avaient coutume d'envoyer au trio quelques échantillons de leurs farces et attrapes, que Harry et Ron déballaient joyeusement devant l'air sévère d'Hermione. Cela avait d'ailleurs beaucoup amusé Samantha, mais aujourd'hui elle essayait en vain de se débarrasser d'un Blacky visiblement en forme. Ron décida de ne pas ouvrir le paquet tout de suite et le rangea dans son sac. Ce n'était pas le moment ni l'endroit…

-Sniffle va bien, annonça Harry, les yeux fixés sur un vieux parchemin en piteux état. Mais il s'inquiète pour nous…

-Et il y a de quoi ! souffla Ginny en se rapprochant d'eux, un journal à la main. Regardez ça !

Elle leur brandit son exemplaire de la Gazette du sorcier, tandis qu'autour d'eux divers murmures d'ébahissement se faisaient entendre. Sur la Une s'étalait en grosses lettres le titre suivant : « ATTAQUE DU COLLEGE POUDLARD », avec en sous-titre : « LE MINISTERE CACHE DES INFORMATIONS CAPITALES ». En dessous, une photo en noir et blanc dévoilait l'état d'abandon et de délabrement de l'ancienne prison d'Azkaban.

-Le ministère a laissé passer ça ? s'étonna Ron.

-Il ne pouvait pas vraiment faire autrement, répondit sagement Hermione. Si tu crois que tous les élèves auraient gardé leurs langues pour l'aider à étouffer ça…

-J'espère que Fudge va démissionner, ou que quelqu'un va le forcer à partir, fit Ginny. Il a déjà fait assez de bavures comme ça. On ne pourra pas avoir pire que lui. Ils vont avoir du travail, au ministère…

Harry avait fait une place sur la table et étalé le journal devant lui. Il lut l'article à voix haute, de façon à ce que seuls ses amis l'entendent.

ATTAQUE AU COLLEGE POUDLARD

LA MINISTERE CACHE DES INFORMATIONS CAPITALES

De mémoire de sorcier, jamais on n'avait vu ça ! écrivait le journaliste, le mystérieux E. D. En un seul incident sont réunies deux nouvelles des plus inquiétantes qui soient. Amis lecteurs, les révélations que je m'apprête à vous faire sont terribles, et entraînent de nombreuses questions.

Samedi dernier, au cours d'un match de Quidditch opposant deux des quatre maisons de Poudlard, un nombre impressionnant de Détraqueurs a fait irruption sur le terrain, provoquant la panique chez les élèves et la surprise et l'incompréhension de tous. Lorsqu'Albus Dumbledore, pourtant reconnu comme l'un des plus grands mages de notre temps, leur a ordonné de partir, les Détraqueurs ont bizarrement éclaté de rire et n'ont pas bougé, selon un témoin, qui ajoute que leur nombre dépassait de très loin le millier.

Les élèves de Poudlard ne doivent leur salut qu'à leurs excellents professeurs et à un courageux groupe de camarades. Ceux-ci sont parvenus à repousser efficacement les Détraqueurs alors qu'ils s'en prenaient aux élèves. Un seul d'entre eux n'a pas eu la chance d'être secouru à temps et a subi le Baiser fatal…

Alors, retournement de dernière minute ou mensonge du ministère ? Les derniers résultats d'enquête qui nous sont parvenus malgré la constante censure ministérielle abondent dans ce sens. Ils font état de l'abandon total de la prison occidentale d'Azkaban, tant de ses gardiens que de ses pensionnaires, et ce depuis le 13 octobre dernier, date où la prison s'est vue assaillir par des partisans de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. TOUS LES PRISONNIERS SE SONT EVADES. De plus, certains aurors, dont les noms seront tenus secrets, nous ont dévoilé avoir combattu les Détraqueurs lors de la défense d'Azkaban. Depuis, ces derniers ont disparu dans la nature, jusqu'à avant-hier.

Il semble évident que ces créatures néfastes ont rejoint les partisans de Vous-Savez-Qui. Mais dans quel but ? Qu'ont-elles à gagner ? Ces questions trouvent une réponse évidente si l'on admet le retour du Seigneur Ténébreux annoncé depuis quelques années déjà par le tristement célèbre Harry Potter. Ce que refuse de faire le vieux Cornélius Fudge. Pourtant, au vu des derniers événements, peut-être est-il temps de redonner à notre jeune héros la dorure de son blason et d'accorder crédit à ses paroles.

Quelle que soit la position du ministère de la Magie à ce propos, il va devoir prendre de graves décisions et probablement risquer de se mettre beaucoup de monde à dos. Espérons que notre actuel ministre en sera capable et qu'il ne soit pas trop tard. Après toutes ces années où l'on nous a abreuvés de paroles rassurantes, nous devons à présent nous préparer à affronter des temps difficiles.

Il y eut un long moment de silence où tous se regardèrent, stupéfaits.

-Après un article comme ça, Fudge va se faire virer… fit Ron. Personne ne voudra plus de lui à la tête du ministère…

-Pourquoi ils ne parlent pas des Mangemorts qui ont attaqué les Moldus ? demanda Samantha d'un ton sec.

-Ça s'est passé en France, ils n'ont pas fait le lien… tenta d'expliquer Hermione, inquiète.

Ron sentit un picotement sur sa nuque. Il se retourna et croisa le regard narquois de Malefoy. Il grimaça de dégoût et préféra l'ignorer.

-Ils nous regardent tous… murmura-t-il soudain.

-C'est parce qu'ils commencent enfin à me croire, soupira Harry d'un air sombre.

-Non… fit Hermione d'une petite voix.

Rougissante et hésitante, elle retira son journal de sur ses genoux et le posa sur l'autre avant de détourner la tête. C'était un exemplaire de Sorcière-Hebdo. Samantha poussa un petit cri et mit ses mains devant sa bouche aussitôt qu'elle vit la couverture. Harry serra les poings, écumant de rage. Ron resta stoïque, n'osant croire à ce qu'il voyait.

En dessous d'un titre tapageur s'affichait une photo sombre où l'on pouvait reconnaître à l'arrière plan Poudlard, de nuit, et au premier plan… Samantha, de dos, et Harry, au stade de Quidditch, enlacés ! « APRES L'ORAGE, LE SOLEIL : HARRY POTTER SEDUIT SA PETITE FRANCAISE ! » disait le titre. La légende de la photo, quant à elle, indiquait : « Le jeune Harry Potter apprend de ses erreurs. Après avoir subi ses foudres, la demoiselle fait chavirer son cœur ». Sous le coup de la colère, Harry se leva et entraîna Samantha à sa suite hors de la Grande Salle sous les chuchotements des élèves et l'œil sévère de Dumbledore.

-Si quelqu'un voulait une preuve, il vient de nous la donner… murmura Hermione d'un ton gêné.

Ron lui jeta un regard noir et elle baissa vivement la tête. Harry et Samantha ensemble ? Pourquoi n'étaient-ils alors pas au courant ? Depuis le temps qu'ils s'évertuaient et jouaient les entremetteurs, Hermione et lui ! Cela ne méritait pas d'être mis au parfum ? Il attrapa le journal et le parcourut rapidement, les dents serrées. L'article, en page 5, était encore de la main de cet E. D. qu'ils avaient déjà appris à mépriser.

APRES L'ORAGE, LE SOLEIL : HARRY POTTER SEDUIT SA PETITE FRANCAISE !

Les derniers temps ont été durs pour tous, mais plus encore peut-être pour ce jeune homme au passé tragique. Orphelin depuis maintenant seize ans, récrié par le ministère de la Magie à propos du retour de Vous-Savez-Qui, et continuellement poursuivi par le sort, le séduisant Harry Potter entrevoit pourtant une lueur dans son sombre univers.

En effet, il semble avoir trouvé à dix-sept ans celle capable de provoquer en lui de vives émotions. Samantha Leroy, jeune française née de parents moldus, partage depuis le début de l'année la même classe que Harry pour qui elle semble éprouver la plus profonde admiration, admiration que nous partageons tous mais qui semble-t-il a pris chez elle des allures différentes. Au fil des jours passés en sa présence et à force d'admiration, Miss Leroy paraît s'être laissée prendre par le charme de Harry.

« Elle n'est jamais très loin de lui. En fait, ils passent quasiment tout leur temps ensemble » nous a confié Lavande Brown, une de leurs camarades. Son amie, Parvati Patil, ajoute : « C'est pire depuis Halloween ! Ils se font les yeux doux en croyant que personne ne voit rien ! »

Le début de leur relation a pourtant été placé sous le signe de l'orage. On se souvient avec perplexité de la dispute qui les avait violemment opposés quelques jours après la tragique attaque de la prison d'Azkaban. Divers témoignages affirmaient et affirment toujours que le tort en revient à Harry Potter, qui aurait largement sur-estimé la force de caractère de Miss Leroy face à ces événements et aurait trouvé en elle quelqu'un sur qui passer sa colère.

« Harry Potter est toujours sous pression, explique Colin Crivey, un ami proche. Personne ne le dit, mais tout le monde compte sur lui pour nous débarrasser de Vous-Savez-Qui. Avec l'attaque… Il a craqué. Ça peut arriver à n'importe qui et elle ne lui en veut plus. »

De la haine à l'amour, Harry Potter s'est ainsi forgé un chemin déjà parcouru par ses parents avant lui. Ses admiratrices n'ont plus qu'à espérer que nos deux tourtereaux ne connaissent pas la fin tragique de Lily et James Potter.

-Le salaud, siffla Ginny, par-dessus l'épaule de Ron. Comment peut-on ainsi se mêler de la vie privée de gens ? Il a été jusqu'à fouiller dans la vie de ses parents !

-Tout ça ne me plaît pas, fit Hermione. On dirait… un clone de Rita Skeeter !

Elle froissa le journal et l'enfourna dans son sac.

-Tant qu'il ne se transforme pas en cafard… dit Ron pensivement. C'est fou le nombre d'Animagi non déclarés qu'on a pu croiser…

A ces mots, Hermione se frappa le front du plat de la main et fouilla dans son sac.

-Tu transportes la bibliothèque dans ton sac à dos, maintenant ? railla Ron.

Hermione lui jeta un regard noir tout en dépliant d'un geste un parchemin fripé.

-Je garde une liste des Animagi déclarés sur moi, expliqua-t-elle. Comme tu l'as dit, nous avons suffisamment croisé d'Animagi dans notre vie.

-Et sur le nombre, combien étaient déclarés ? lui rappela Ron.

-En tout cas, aucun nom ne correspond à ces initiales…

-Combien-étaient-dé-cla-rés ? répéta Ron avec colère.

-…Et il n'y en a que trois sur les sept répertoriés depuis le début du siècle qui soient encore en vie…

-Herm…

-… mais peut-être que je devrais mettre ma liste à jour…

-Hermione ! s'écria Ron, au comble de l'exaspération.

-On va être en retard, trancha Hermione en se levant. Dépêche-toi, Ron. On se retrouve ce midi ? fit-elle à Ginny qui acquiesça d'un signe de tête.

Puis elle sortit de la Grande Salle à grands pas, suivie par un Ron énervé qui leva les yeux au ciel en pestant. Ils retrouvèrent Harry adossé au mur, près de la porte du cachot, Samantha enfouie dans ses bras. Ils discutaient en chuchotant, indifférents aux regards en biais et aux réflexions à voix basse des élèves qui passaient devant eux, et surtout des Serpentard qui semblaient hésiter entre moquerie et indignation. Malefoy, lui, les fixaient avec un dégoût non dissimulé.

Ron ressentit une pointe de rancœur en voyant ses deux amis ensemble. Il ne digérait toujours pas le fait que lui et Hermione n'aient pas été mis au courant de leur relation. Alors qu'Hermione se dirigeait vers eux d'un pas sûr, il hésitait entre rester avec eux ou rejoindre Dean et Seamus, comme lors de sa dispute avec Harry après l'incident de la Coupe de Feu. Leur en vouloir, ne pas leur en vouloir ? A force de réfléchir, il se trouva devant eux, gêné. Hermione fit comme si de rien n'était, et engagea la conversation. Deux minutes plus tard, la silhouette du professeur de Potions se profila dans le couloir.

-Je me demande quelle va être sa réaction, glissa Samantha à Ron et Hermione avant d'entrer à la suite des Serpentard.

Ils s'installèrent au fond de la classe, sortirent leurs affaires et attendirent. La réaction de Rogue ne tarda pas. A peine le dernier élève avait-il fermé la porte qu'il leur faisait profiter de son humeur exécrable.

-Dépêchez-vous, bande de mollusques ! cria-t-il. Vous êtes d'une lenteur maladive, tous ! Sortez vos affaires et mettez-vous au travail ! Evaluation, aujourd'hui !

Tous se regardèrent, ulcérés, mais ils ne se firent pas prier. Ron, qui s'attendait à une lecture sardonique de l'article de Sorcière-Hebdo, dont un exemplaire traînait, sûrement à cette intention, sur plusieurs tables de Serpentard, par Rogue, fut déçu. Celui-ci baissa une tête rageuse sur son bureau et ne la releva que pour distribuer des commentaires acides. Les Serpentard affichaient tous des têtes d'enterrement. Les étranges sautes d'humeur du professeur Rogue leur plaisaient de moins en moins, visiblement. Les Gryffondor travaillaient sans se poser de question. Le silence régnait en maître.

Profitant du temps de cuisson de sa potion, Ron jeta également un œil à ses amis. Hermione, égale à elle-même, était concentrée sur son chaudron et ne semblait, à première vue, s'occuper de rien d'autre. En fait, Ron s'aperçut qu'elle lançait souvent de brefs regards à Rogue puis à Harry et Samantha. Harry tentait de ne pas rater sa potion, mais il semblait plus inquiet de l'état de sa petite amie que de celui de sa mixture. Quant à la jeune fille… Elle mélangeait ses ingrédients sans y penser, l'air absent. Ron fut stupéfait de constater que sa potion paraissait réussie…

Avec tout ce qui était arrivé ce week-end, il était étonnant de voir tout le monde travailler avec tant d'ardeur. Samantha avait d'ailleurs plus souffert que tous ceux qui étaient réunis dans ce cachot. Au moment où Ron se demandait comment elle faisait pour supporter ce cours sans broncher, une explosion retentit et une substance orangeâtre gicla sur un peu tout le monde, provoquant panique et hurlements. De grosses écailles gluantes et repoussantes se mirent à pousser sur les bouts de peau touchés. Seuls quelques rares chanceux, dont Ron, Hermione et Neville, avaient été épargnés par les éclaboussures. Rogue s'était levé, mais paraissait totalement dépassé. Il se mit soudain à hurler plus fort que jamais, le visage rouge et les traits crispés :

-DEHORS ! TOUS ! DE-HORS !

Les élèves se ruèrent à l'extérieur en continuant de crier et prirent le chemin de l'infirmerie. Ron remarqua alors l'absence de Harry et Samantha. Ils avaient dû profiter de l'agitation créée pour s'éclipser discrètement. Il retrouva Hermione et Neville un peu plus loin.

-Tu as vu la tête de Malefoy ? lança aussitôt Neville, l'air ravi. Il était couvert d'écailles, comme un gros monstre ! Il n'avait plus du tout de peau !

-Dire que j'ai raté ça, fit Ron avec envie. Malefoy, le monstre amphibie ! J'aimerais bien savoir qui a fait ça…

-Ne le dites à personne, chuchota Hermione en se penchant vers eux. C'est Sam…

-Sam ? s'exclama Ron. Mais pourquoi ?

-Shhh ! Tu veux que Rogue le sache ? marmonna Hermione.

-De toute façon il ne la punira jamais, répliqua Ron avec dédain.

-Ce n'est pas une raison ! cingla Hermione. Franchement, Ron, parfois, tu m'exaspères. J'aurais pensé que tu lui serais un peu plus reconnaissant de nous avoir fait échapper à cette évaluation. Je te rappelle qu'elle obtient toujours de bonnes notes en potions, quel que soit son état, c'est pour toute la classe qu'elle a fait ça.

-Pour toute… bégaya Ron, sans comprendre.

-A cause des événements de ce week-end, expliqua Hermione, passablement énervée.

-Elle en profite bien, elle aussi ! lança Ron sarcastiquement.

-Espèce d'idiot.

Hermione leva les yeux au ciel et s'éloigna, après un signe de la main à Neville. Elle se dirigea vers la bibliothèque, au grand mécontentement de Ron.

-Qu'est-ce que tu veux faire encore ? s'exclama-t-il. Je n'ai pas envie de travailler !

-Tu n'as jamais envie de travailler, répliqua Hermione, agacée. Et pour information, non, je ne vais pas travailler.

-Qu'est-ce que tu vas faire, alors ?

-Continuer mes recherches sur le médaillon de Sam.

-Encore ! Eh Herm ! appela-t-il en courant pour la rattraper. On s'en fiche !

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Après une heure de recherches infructueuses à la bibliothèque, Hermione et Ron retournèrent en cours, bougonnant tous deux, mais pas pour la même raison.

-Il faudrait que l'on puisse accéder à la Réserve, finit par dire Hermione, au détour d'un couloir. Mais je doute qu'on nous donne l'autorisation…

-Tu ne pourrais pas arrêter un peu avec cette histoire ? geignit Ron. C'est un cadeau d'Harry, c'est tout ! Tu ne vas pas en faire tout un plat parce que toi tu n'as rien eu à ton anniversaire !

Hermione s'arrêta net et lui brandit l'index sous le nez.

-Ronald Weasley ! tonna-t-elle. Si je n'ai rien eu à mon anniversaire ce n'est pas parce que tu ne connais pas la date ! Alors au lieu de critiquer les autres, commence par regarder le bout de ton grand nez !

Et elle repartit à grands pas. Surpris, Ron, resta immobile un instant, puis la rattrapa, décidé à ne plus lui dire un mot. Se connaissant et la connaissant, il se disait que le silence pouvait durer longtemps. Mais elle reprit bien vite la parole.

-Nous sommes en septième année, une autorisation ne devrait pas être trop difficile à obtenir… marmonna-t-elle. Il faut vraiment que je le retrouve…

-Hermione, combien de fois devrais-je te dire qu'on-s'en-fiche !

-Eh bien dans ce cas sache que je me fiche complètement de toi, rétorqua Hermione en s'arrêtant à nouveau et lui faisant face. J'ai vu ce médaillon, je ne suis pas folle. Je sais qu'il est dangereux, et je dois lui en apporter la preuve pour qu'elle daigne s'en séparer…

-Tu veux lui enlever un cadeau d'Harry ? s'indigna Ron.

-Ecoute, Ron. Je ne peux pas t'obliger à me croire. Mais je m'inquiète pour elle, c'est bien normal. Je ne voudrais pas qu'elle se retrouve confrontée à un problème qui la dépasserait. Je sais que ce médaillon est dangereux. Seulement je ne sais plus quelles sont ses caractéristiques. Je me rappelle juste être passée très vite sur cette page et…

Elle soupira.

-Ron, si tu tiens à elle, alors il faut que tu m'aides. Ce qui peut arriver si elle s'en sert alors qu'elle ne sait rien sur cet objet, les conséquences peuvent être désastreuses. Très désastreuses. C'est peut-être… peut-être… un objet de Magie Noire… murmura-t-elle très vie, comme si elle craignait que dire ces mots ne les rende véridiques.

Elle s'éloigna aussitôt, regrettant peut-être déjà de les avoir prononcés.

-On s'en fiche… chuchota Ron, pour se rassurer. On s'en fiche, elle se fait des idées… Oui, on s'en fiche, vraiment…

Ils retrouvèrent leurs amis devant la salle d'Histoire de la Magie, enlacés, silencieux. Ron fut tout près de faire une réflexion à Samantha mais un regard appuyé d'Hermione l'en dissuada. Finalement, dépité et irrité, il délaissa sans explication la jeune fille pour rejoindre Dean et Seamus qui venaient d'arriver, comme il aurait dû le faire dès le début.

-Mais… balbutia Hermione. Qu'est-ce qui lui prend ?

Ron détourna la tête et ne se préoccupa plus d'eux. Dean et Seamus ne firent aucun commentaire, et il ignora les trois Gryffondor tout le reste de la journée. A midi, il entendit vaguement Samantha annoncer qu'elle hésitait à poursuivre la Divination. « Grand bien lui en prenne » songea-t-il avec aigreur. Il aurait bien assez d'Harry… Bien malgré lui, il suivit la discussion, prêtant peu attention à Dean et Seamus qui n'en firent de toute manière pas grand cas.

-Tu devrais arrêter définitivement, disait Ginny d'un ton inquiet. Ça te met toujours dans tous tes états rien que d'y penser…

-Mais… Trelawney…

-Trelawney n'est qu'une folle, coupa sèchement Hermione. Tu n'as pas à te préoccuper de ce qu'elle peut bien penser.

-Mais pourtant j'ai vu quelque chose ! Je ne suis pas folle ! J'ai bien eu une vision !

A ces mots, Ron tressaillit. Il se rappelait parfaitement de ce jour-là…

-Raison de plus ! répliquèrent Harry et Ginny d'une même voix.

-Tu n'es pas en état d'y retourner, affirma Harry, avec un aplomb qui agaça Ron au plus haut point.

-Mais si je voyais quelque chose… Si je pouvais aider ?

-Non.

-Harry…

-Je suis d'accord avec Harry, intervint Hermione. Sam, on n'est pas sûrs que tu puises vraiment aider… Il faudrait déjà que tu aies une vision…

-Mais j'en ai déjà provoqué une dans son cours… argumenta Samantha.

-… mais rien ne dit que tu seras capable de l'interpréter, continua Hermione. Tu as bien vu ce qui s'est passé la dernière fois…

-A l'époque je ne savais pas !

-Tu aurais pu nous dire ce qui allait arriver si tu avais compris ce qui s'était passé ? Non, et tu le sais aussi bien que moi.

Il y eut un silence, et Ron tourna imperceptiblement la tête vers eux. Samantha avait la tête baissée sur son assiette et jouait distraitement avec sa nourriture.

-Sam, tu devrais te reposer, dit Harry. Tu as eu un week-end éprouvant..

La jeune fille répondit, mais trop bas pour que Ron puisse l'entendre.

-Non, pas comme nous tous. Bien plus.

Il y eut un bruit de vaisselle alors que Samantha laissait tomber sa fourchette dans son assiette et se blottissait dans les bras d'Harry. Ron détourna la tête. Il tomba sur le visage crispé du directeur, et fronça les sourcils. Etait-ce vraiment Harry ou Samantha qu'il fixait ainsi avec colère ? Il devait avouer qu'il ne comprenait pas. Il allait en faire part à ses amis quand il se souvint qu'il n'était pas avec eux, et qu'il ne leur parlait plus. Tant pis, se dit-il en finissant de manger.

Durant le cours de Métamorphose, Ron fit profiter de sa mauvaise humeur à son furet, qui passa par toutes les formes possibles, non finies bien sûr, excepté celle qu'il fallait, avant de lui cracher au nez avec fureur et s'enfuir à travers la classe. Cette scène arracha de légers sourires à la classe. Tous étaient encore sous le choc, pour cela, Hermione avait raison. Elle le fusilla du regard lorsqu'il rejoignit sa place, à côté d'elle, loin du nouveau couple. Il se rassit en levant le nez en l'air.

-Eh bien quoi ? fit-il. J'ai réussi à les faire sourire, non ?

-Mais qu'est-ce que tu as, aujourd'hui ? siffla Hermione tout en vérifiant que McGonagall ne les regardait pas. Qu'est-ce qui se passe, enfin ?

-Il se passe que Harry et Sam m'énervent.

-Quoi encore ? soupira la jeune fille. Tu ne vas pas recommencer avec tes bouderies puériles ?

-Ce ne sont pas des bouderies puériles ! s'exclama Ron à voix basse. Ils n'avaient pas à nous cacher ça, pas après tout ce qu'on a fait ! J'estime qu'ils pouvaient bien nous en parler vu comment on s'est démenés pour eux.

Hermione garda le silence. Intrigué, Ron la regarda du coin de l'œil. Elle n'avait plus l'air en colère, mais plutôt triste. Elle leva la tête vers Harry et Sam, un peu plus loin dans la salle, et soupira.

-Je comprends vos deux points de vue, dit-elle enfin.

Elle retourna à son furet et se refusa à ajouter autre chose. Une demi-heure plus tard, elle lui demandait s'il voudrait bien l'accompagner une nouvelle fois à la bibliothèque après la fin des cours. Il faillit refuser catégoriquement, mais elle semblait tellement inquiète qu'il finit par accepter. Elle le remercia d'un sourire qui le gonfla d'orgueil à l'idée d'avoir fait au moins une bonne action dans la journée.

Il eut la surprise de voir Samantha se présenter au cours de Divination, à l'heure suivante. Elle semblait un peu absente et Harry tentait encore de la dissuader de rester. Mais elle ne bougeait pas de sous la trappe et finit par lui répondre d'un ton décidé : « Non. Je reste. » Elle fut la première à monter lorsque l'échelle apparut. Elle s'installa aussitôt au plus près du siège du professeur Trelawney, place qui lui était à présent attribuée. Parvati Patil et Lavande Brown lui lancèrent un regard meurtrier et s'assirent non loin, la guettant des yeux.

Il ne se passa rien de notable ce jour-là. Samantha essaya à nouveau la boule de cristal, mais il apparut qu'elle fut incapable de discerner quoi que ce soit. Elle était tellement épuisée qu'il n'y avait rien d'étonnant à cela, mais elle insistait, encore et encore, tant et si bien que ses yeux commencèrent à rougir et à se fermer tout seuls. Elle les frottait de temps à autres d'un revers de manche, ce qui n'arrangeait pas la situation. Le professeur Trelawney leur avait à tous donné un travail afin de pouvoir s'occuper d'elle tout à loisir, mais si tous faisaient semblant de travailler, en vérité ils épiaient tous la jeune fille.

Harry finit par en avoir assez. Il se leva, l'air aussi inquiet qu'en colère – inquiet pour Samantha et en colère contre son professeur qui n'arrêtait pas Samantha, probablement – et alla taper sur l'épaule de sa petite amie qui leva un visage fatigué vers lui.

-Sam, ça suffit pour aujourd'hui, lui chuchota-t-il à l'oreille.

Elle hocha la tête et se tourna vers une Trelawney déçue.

-Je suis désolée, je crois que je force trop, dit-elle. Je suis… fatiguée…

-Oui, je comprends, répondit le professeur. Bien sûr, vous pouvez partir, je ne vous retiens pas. Allez vous reposer, vous en avez besoin.

Mais Ron voyait bien qu'elle était plus frustrée que compréhensive. Néanmoins, Samantha put quitter la salle, sous le regard supérieur des deux Gryffondor jalouses. Harry, par contre, fut forcé de la regarder s'en aller sans pouvoir la rejoindre, retenu inflexiblement par le professeur Trelawney. Il s'évada en vitesse dès la fin du cours.

Ron retrouve Hermione au bas de l'échelle. Elle lui expliqua que le professeur Vector les avait laissés partir en avance pour les récompenser de leur bon travail. Ron leva les yeux au ciel et suivit la jeune fille jusqu'à la bibliothèque. Ils s'installèrent à une table avec une montagne de livres et se plongèrent aussitôt dans leur recherche. Mais Hermione releva la tête après quelques minutes.

-Tu sais, Ron… commença-t-elle.

-Oui ?

-Eh bien… Je sais que tu leur en veux mais… ils ont leurs raisons, tu ne crois pas ? tenta-t-elle, hésitante. Après tout ce qui s'est passé, à Halloween, avant aussi… Ça a été très dur pour eux. L'article sur leur dispute n'a bien sûr rien arrangé…

-Où veux-tu en venir ?

-Je veux dire… Enfin, Ron, après tout ça, je comprends qu'ils aient eu envie d'un peu d'intimité, d'un peu de secret autour d'eux, non ?

-Mouais… grogna Ron en retournant dans son livre. Si tu le dis.

-Mets-toi à leur place, insista Hermione. Leurs vies – même celle de Sam ! – sont racontées au monde des sorciers, jusqu'à cette dispute… Si même ça est rapporté, pourquoi afficheraient-ils leur relation ?

-Peut-être, mais nous ? s'exclama Ron. Nous ? Nous sommes leurs amis, non ? Nous savons garder un secret !

Hermione baissa la tête.

-Bien sûr, mais là n'est pas la question… répondit-elle. Ils voulaient vraiment garder ça pour eux, être les seuls à savoir. Peut-être justement à cause de tout ce que nous avons fait, je ne sais pas… Ecoute, Ron, ça leur fait de la peine que tu les ignores comme ça.

-C'est le but.

-Ron ! Ne sois pas si buté ! Ils t'aiment bien, tous les deux, tu es leur ami, comme tu le dis si bien. Vous n'avez qu'à parler de tout ça ensemble… Tu veux bien ? Tu es au courant maintenant, pas la peine de rester sur ce qui est passé. Tu veux bien faire un effort ?

-Pourquoi tu insistes autant, Hermione ? demanda Ron, suspicieux.

-Parce que, rappelle-toi, nous allons reformer l'AD. Et Harry a besoin de toi autant que de moi. Tu ne peux pas nous faire faux bond maintenant, pas avec tout ce qui se passe.

Fin du chapitre 21...