Harry Potter et le secret de Voldemort
By DreamAngel7
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Chapitre XXII : Quand la politique s'en mêle et s'emmêle...Le cours d'Histoire de la Magie était ennuyeux au possible. Le professeur Binns ne cessait d'aller et venir comme à son habitude en récitant son cours d'une voix monocorde. La moitié des élèves était déjà affalée sur les tables, alors qu'ils n'étaient là que depuis un quart d'heure, l'atmosphère était lourde et tendue. Personne n'avait encore oublié les incidents du week-end… Dans tout le château, il n'y avait guère que Binns – et Peeves aussi, sûrement – qui semblait ne pas faire grand cas de la tragédie.
Lasse et triste, la jeune fille posa sa plume et détourna le regard vers la fenêtre. Dehors, le temps se dégradait, une pluie torrentielle s'abattait sur les toits du château, déviée par un vent violent. Une véritable tempête, qui s'accordait avec l'humeur du moment. Elle soupira et posa son menton sur sa main. Son regard se perdit dans le vide. Elle aussi songeait à tout cela, mais aussi et surtout à l'AD et à Samantha. Elle avait des choses à faire.
D'abord, attendre le prochain cours pour parler à Luna Lovegood. Elle l'avait croisée plusieurs fois depuis le début de la semaine mais n'avait jamais pu l'aborder. Elle s'était promis qu'aujourd'hui, quoi qu'il arrive, elle ferait tout pour lui parler. Leur cours commun de Divination l'y aiderait sûrement. Elle avait l'impression de sentir au travers du tissu les gallions soigneusement rangés dans une poche de sa robe. En fait, Luna n'était pas la seule à qui elle devait en donner, Hermione l'avait chargée de tous les membres de l'AD de sixième année, mais elle s'en était déjà occupée.
Et puis… elle avait également promis à Samantha de l'aider à se… canaliser. Elle avait toujours du mal à comprendre les motivations de la jeune fille, et surtout elle doutait de pouvoir lui être vraiment utile. Enfin… elle verrait bien.
Elle réalisa alors que le silence s'était installé depuis un moment déjà. Quelques minutes ? Quelques secondes ? Elle regarda dans la direction où devait se trouver son professeur et fut surprise de le voir traverser le tableau, comme si quelqu'un l'avait appelé. Autour d'elle, tous les élèves échangeaient des regards d'incompréhension. Elle avisa Luna un peu plus bas, l'air absent comme toujours. C'était le moment ou jamais. Alors que tout le monde commençait à ranger ses affaires en se demandant quelle mouche avait bien pu piquer leur fantôme de professeur, elle se faufila jusqu'à la table de la Serdaigle et lui tapota l'épaule. Luna tourna son regard rêveur vers elle.
-Luna, l'AD reprend du service, lui glissa-t-elle à l'oreille tout en lui fourrant le gallion dans la main. Première réunion dès que possible.
-Oh, Ginny, je savais bien que tu étais dans le même cours que moi, chantonna Luna.
Ginny soupira puis s'éloigna sans répondre. Luna avait toujours été… un peu spéciale. Mais malgré tout, elle l'aimait bien. Elle n'avait juste aucune envie de parler. Elle prit son sac et sortit de la salle sans chercher à comprendre. Elle croisa nombre d'élèves dans les couloirs. Visiblement, la majorité des professeurs avaient également quitté leur cours sans prévenir. Tous ne parlaient que de ça. Mais que se passait-il encore ? Elle avisa son frère et ses amis, un peu plus loin, et se dirigea vers eux, quand Samantha leur lança quelque chose qu'elle n'entendit pas et les laissa sur un signe de main pour la rejoindre.
-Ginny ! s'écria-t-elle en courant vers elle. Vous aussi ils vous ont laissés sortir ?
-Oui, répondit Ginny. Ça va, toi ?
Samantha hocha la tête, le regard un peu dans le vague, l'air soudain un peu triste et mélancolique.
-Ça dépend des moments… dit-elle. Tant qu'on ne m'en parle pas…
Ginny acquiesça sans un mot, et elles allèrent s'installer dans une salle déserte, loin des oreilles indiscrètes. Elles restèrent un long moment silencieuses, Ginny assise sur une chaise, perdue dans ses pensées, et Samantha appuyée contre une table, bras croisés, semblait chercher le meilleur moyen de lancer la discussion. N'y parvenant pas, elle inspira profondément et porta son attention sur le carreau dégouttant de la fenêtre battue par la pluie. Ginny décroisa les mains et se leva pour arpenter la pièce.
-Je ne… Je ne comprends pas bien ce que tu veux, commença-t-elle maladroitement. Enfin… si, je comprends mais…
Elle se plaça face à Samantha et chercha son regard.
-Je ne suis pas sûre de pouvoir t'être utile, termina-t-elle. Qu'est-ce qui te fait croire que je peux t'aider ? Pourquoi moi plutôt qu'un autre… Harry ?
D'un coup de hanches, Samantha s'écarta de la table et alla se poster à la fenêtre, comme une vaine tentative pour fuir les explications.
-Harry… n'est pas vraiment le plus indiqué en ce qui concerne la maîtrise de soi.
-Il est pourtant resté de marbre devant des situations catastrophique, argumenta Ginny.
-Oui…
-Tu ne veux pas l'inquiéter, j'ai compris. Pareil pour Hermione et Ron, j'imagine… soupira la rouquine.
Samantha baissa la tête, et Ginny fut prise d'un mauvais pressentiment. Elle savait que la jeune brune vivait des moments difficiles, depuis son arrivée dans le monde de la magie, mais elle eut la certitude en cet instant qu'aucun d'eux n'avait deviné à quel point elle avait pu être chamboulée par tout ce qui lui était arrivé. Elle s'avança lentement et posa doucement la main sur son épaule et la sentit trembler légèrement.
-Sam ?
-Ça va… parvint à articuler la jeune fille.
-Non, ça ne va pas, rectifia Ginny avec fermeté. Raconte-moi.
-Il n'y a rien à dire de plus que ce que tu sais déjà, bredouilla Samantha.
-Sam, ne joue pas à ça avec moi, je vois bien qu'il y a quelque chose qui te tracasse et que tu as gardé ça pour toi. Je veux savoir ce qui ne va pas, et n'essaye pas de te convaincre que tu ne veux pas m'inquiéter, c'est clair ?
Samantha sursauta, et la regarda, interloquée. Ginny avait conscience d'y être allée un peu fort, surtout lorsqu'elle vit l'expression, défaite, de son amie. Néanmoins, elle sut qu'elle avait eu raison de la bousculer un peu. La maîtrise des sentiments passe avant tout par l'acceptation des événements et surtout par la confiance en ses amis. Si Samantha refusait de parler et renfermait ses craintes au fond d'elle-même, elle allait vite retomber dans le cercle vicieux qui avait succédé à l'attaque d'Azkaban, un mois plus tôt. Mais cette fois-ci serait plus dure encore…
Alors Samantha parla. Elle raconta sa haine envers Malefoy, une haine inexplicable, intarissable, dévorante et incontrôlable. Elle raconta son amour pour Harry, son admiration surtout, ce sentiment bizarre qui la prenait lorsqu'elle était avec lui, lorsqu'il la serrait dans ses bras, l'impression d'être enfin rentrée chez elle après de longues années, et non celle d'avoir trouvé l'âme sœur. Elle raconta son ressentiment envers le professeur Zénobie, le profond sentiment d'injustice qu'elle faisait naître en elle et les reproches perpétuels qu'elle lui faisait subir, et son désir toujours brisé de la rendre fière. Elle raconta son chagrin suite à la perte de membres de sa famille dans une attaque qui n'avait rien à voir avec elle, ni avec son pays, et sa peur pour le reste de sa famille, peur qu'elle ne disparaisse dans les mêmes conditions.
Elle parla, mais ne raconta pas son étrange rencontre avec Ethan Palmirya, ni leur amitié naissante, et son inquiétude pour le jeune homme, toujours allongé sur un lit de l'infirmerie, dans un état qu'elle ignorait. Ce fut la seule zone d'ombre de son imposant récit, mais cela, Ginny n'en sut rien. Elle sentit juste que Samantha lui cachait quelque chose, mais cela semblait d'importance négligeable face au reste. Aussi n'insista-t-elle pas.
Elle promit cependant de l'aider à contrôler au mieux les émotions qui l'envahissaient.
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Le cours de Divination parut abominable à Ginny. Elle n'écouta le professeur Trelawney que d'une oreille distraite et ne prêtait pas même attention à Luna qui babillait d'étranges paroles devant son jeu de tarot comme si celui-ci allait lui révéler les secrets de l'univers contre quelques incantations dénuées de sens. Les révélations de Samantha l'avaient bouleversée au plus au point. Bien sûr tout cela n'était pas entièrement nouveau, mais jamais elle n'en avait parlé d'elle-même, ni dit autant de choses. L'aider à maîtriser tout ça n'allait pas être une mince affaire.
Au cours du repas, elle lui sembla différente. A la fois plus enjouée et plus réservée. Elle avait refoulé sa douleur au fond d'elle pour n'inquiéter personne, mais c'était justement ce comportement qui était plus inquiétant.
Hermione se pencha sur la table pour parler à Harry et Ron. Ginny l'imita.
-Où sont passé les professeurs ? demanda Hermione.
En effet, la table des professeurs, au bout de la salle, était particulièrement vide.
-Ils ont encore disparu ? fit Ginny.
-Disparu ? répéta Hermione, étonnée. Non non, ils n'ont pas reparu, tu veux dire.
-Trelawney a assuré notre cours, argumenta Ginny.
A cela, Hermione se contenta de hausser les épaules d'un air dédaigneux. Elle jeta un dernier regard à la grande table vide et replongea dans son assiette, pensive. La jeune rousse savait qu'elle cherchait la raison qui aurait pu pousser les professeurs à s'absenter de cette façon. Et à en juger par les expressions des autres élèves, les pensées de chacun n'avaient rien de réjouissant.
Préoccupée, Ginny se pencha et murmura quelques mots à l'oreille d'Hermione.
-S'il y avait eu une autre attaque, Binns ne se serait pas déplacé, non ?
Hermione hocha la tête.
-C'est justement ce qui m'inquiète, répondit-elle. Qu'est-ce qui aurait pu décider Binns à abandonner son cours ? Quelque chose que Trelawney, elle, aurait pu trouver insignifiant ? Elle était pourtant là après l'attaque d'Azkaban, non ?
Une idée soudaine traversa l'esprit de Ginny. Elle fronça les sourcils. Ça paraissait si gros que ça en était presque possible…
-Et si votre Fudge avait déjà démissionné ? lança à sa place Samantha qui les observait d'un œil sceptique. Vous croyez que c'est faisable ?
Ginny échangea un regard avec Hermione, puis avec Ron et Harry, puis tous se tournèrent vers elle.
-Quoi ?
-C'est possible, en effet, dit lentement Hermione. Cela signifierait que nous aurions besoin d'un nouveau Ministre sans tarder… Ce serait une situation catastrophique…
-Catastrophique ? répéta Ron, ahuri. Ce serait la meilleure chose qui soit arrivée au Ministère, oui !
-Réfléchis un peu ! s'exclama Hermione en lui assenant une tape sur le crâne. Tu crois vraiment qu'on a besoin de ça ? C'est le pire moment pour faire une chose pareille ! Nous avons besoin d'être soudés, en ce moment, pas d'être divisés ! Et sans Ministre, comment veux-tu y arriver ? Les prochaines élections vont être une véritable bataille de pouvoir, et si jamais un Mangemort venait à se présenter…
Elle se lança dans un long et véhément discours sur l'hypothétique bêtise de Fudge afin de convaincre Ron et les autres du chaos que cela engendrerait immanquablement. Ginny écouta un peu mais se lassa très vite. Elle partageait les opinions de son amie, et elle avait remarqué le soudain abattement qui semblait avoir saisi Samantha. Elle avait le regard vague et jouait distraitement avec sa nourriture, comme elle faisait toujours lorsque quelque chose la tracassait.
Et quand Hermione prit Samantha à témoin pour appuyer ses dires, celle-ci se contenta de hocher la tête en signe d'approbation et attendit que la jeune fille se soit détournée d'elle pour se lever. Elle regarda durant de longues secondes la table des professeurs et sortit de la salle. Ginny s'empara d'une part de tarte et d'une pomme et la rejoignit dans le hall. Elle l'y trouva devant les grandes portes fermées donnant sur le parc, immobile. Ginny lui tendit la pomme tout en mordant dans sa tarte.
-Tiens, mange au moins ça.
Samantha tourna vers elle un regard vide. Elle la fixa un instant, puis la pomme, et tendit enfin les mains vers elle.
-Tu n'as rien mangé, continua Ginny, c'est très mauvais pour la santé… et tu en as vraiment besoin.
Mais Samantha resta là, les yeux fixés sur le fruit qu'elle enserrait au creux de ses mains comme une boule de neige dans des gants ou une sphère précieuse.
-Allez, mange, insista Ginny. Elle n'est pas empoisonnée, tenta-t-elle de plaisanter.
Cela parut pourtant encourager Samantha qui approcha la pomme de ses lèvres et mordit doucement dedans. Il sembla à Ginny que ce simple geste lui redonnait quelques couleurs bien agréables à voir. Elle sourit.
-Tu verras, tu te sentiras mieux, dit-elle.
D'un hochement de tête, Samantha acquiesça.
-Je me sens déjà mieux, murmura-t-elle tout bas. Merci…
-Je ne voudrais pas paraître pessimiste ou même méchante, tu sais… commença Ginny. Mais tu ne fais pas vraiment beaucoup d'efforts. Je comprends que tu puisses être fatiguée, ou autre chose ! reprit-elle alors que Samantha allait répliquer. Mais je crois que si tu mangeais plus, déjà, ça arrangerait pas mal de choses. Oh oui, j'ai bien vu que tu ne mangeais quasiment plus depuis l'attaque d'Azkaban – et ne frissonne pas s'il te plaît, tu vas devoir t'habituer à y repenser.
-Rien ne va s'arranger, je sais… murmura Samantha en détournant le regard. Je ne suis pas bête, je sais ce qui se prépare… Le monde de la Magie va entrer en guerre… n'est-ce pas ?
Elle vrilla son regard dans celui de Ginny qui ne put s'empêcher de tressaillir. Cette fille avait une telle conscience de ce qui se tramait autour d'elle ! Elle paraissait déjà tout connaître de ce monde dont elle n'avait pourtant appris l'existence que quelques mois plus tôt. Toutes les intrigues lui semblaient déjà familières, et on avait le sentiment en la regardant que même Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom n'avait aucun secret pour elle.
Mais Ginny y voyait aussi une volonté farouche, un besoin presque vital de faire quelque chose, d'agir pour empêcher un monstre d'accomplir ses desseins. Elle sentait brûler en elle le désir de réduire à néant le terrible Mage Noir. Et cette vision l'hypnotisait.
-Le nouveau est sorti de l'infirmerie ! s'écria soudain une voix dans la Grande Salle.
Samantha brisa le contact visuel avec Ginny qui en resta étourdie.
-Ethan… chuchota Samantha.
Ginny la vit s'élancer vers les portes de la salle et s'arrêter près d'une jeune fille qui en sortait.
-Excuse-moi, lui lança Samantha en la rattrapant. Attends !
Elle lui saisit le bras et la jeune fille se retourna. Ginny la reconnut pour avoir partagé quelques cours avec elle. C'était une élève de Serdaigle studieuse mais très timide. En cet instant, elle fixait Samantha en se demandant sûrement ce qu'elle lui voulait.
-Je… Je t'ai vu avec Ethan, plusieurs fois… hésitait Samantha. Tu pourrais… lui transmettre un message de ma part ? S'il te plaît…
La Serdaigle haussa les sourcils.
-Dis-lui que… que je lui souhaite d'aller mieux…
-Et tu es ?
-Samantha…
-Samantha ? coupa la jeune fille. Mais il m'a parlé de toi, sourit-elle. Tu es celle qui l'a trouvé, n'est-ce pas ?
Samantha acquiesça d'un air gêné et l'autre sourit de plus belle.
-Je suis ravie de faire ta connaissance, reprit-elle. Je vais lui transmettre ton message, j'allais justement le voir, il doit être retourné dans notre Salle Commune… Tu veux lui dire autre chose ?
-Euh… Eh bien…
-Oui ? l'encouragea-t-elle d'un large sourire et d'une légère rougeur.
-S'il pouvait me retrouver à l'endroit habituel… quand cette fichue surveillance sera levée…
-Bien, je le lui dirai.
Et elle s'éloigna sur un joyeux signe de main. Samantha la regarda jusqu'à ce qu'elle ait disparu à un croisement et se tourna lentement vers Ginny avec un sourire d'excuse. Ginny n'osa prendre la parole, trop de questions étranges se bousculant dans sa tête.
-Je suis désolée, j'aurais dû t'en parler aussi, s'excusa Samantha. Mais c'était un secret… entre lui et moi, précisa-t-elle. Je peux t'en parler mais…
-Je ne dirai rien aux autres, soupira Ginny. Tu es une vraie gamine, tu le sais, ça ?
Samantha fit une moue et Ginny laissa échapper un petit rire.
-Allez viens, tu as des péchés à confesser, jeune fille.
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Les professeurs réapparurent pendant le repas du soir. Les voix se turent lorsque les portes s'ouvrirent en grands, leur livrant le passage, et les têtes de tous les élèves se tournèrent vers eux. Ils avaient l'air soucieux mais en bonne santé, ce qui rassura en partie les élèves. Les discussions reprirent, mais plus basses, comme un léger bourdonnement, tandis que tout le monde guettait un signe de la part de Dumbledore.
Les professeurs s'assirent sans un mot à leur place – excepté Binns qui, comme à son habitude de fantôme, n'était pas là – et Dumbledore, debout devant sa chaise, se pencha à l'oreille de McGonagall pour échanger quelques mots avec elle. Quand le silence se fut totalement installé, il se redressa et scruta la salle avec attention. Il sembla jauger les élèves un instant, comme s'il déterminait s'ils étaient à même ou non d'entendre la nouvelle qu'il s'apprêtait à leur annoncer – et que tous déjà avaient depuis longtemps devinée.
-Comme vous le savez sans doute, dit-il enfin avec gravité, la Gazette a publié il y a deux jours un article sur l'attaque que nous avons essuyée samedi dernier. Et dans cet article, l'auteur a remis en question les capacités de Cornélius Fudge à assumer ses responsabilités en ces temps confus. Suite à cela...
Un brouhaha s'était élevé dans la salle, l'empêchant de continuer. Agacé, il leva une main et le silence revint.
-Suite à cela, reprit-il, Cornélius Fudge vient a donné sa démission ce matin aux premières heures.
Le vacarme qui s'ensuivit ne put être rétabli par une simple main levée. Les élèves parlaient à haute voix, s'écriaient, s'insurgeaient, bref, ne comprenaient pas. Ginny croisa le regarde d'Hermione qui regardait chaque membre de leur groupe avec l'air de leur dire « je vous l'avais bien dit ». Elle n'échangea qu'un simple hochement de tête avec la rouquine. Elles n'avaient pas été les seules à comprendre la situation.
-S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! lançait Dumbledore de sa voix forte, avant que le silence ne revienne. Je sais que c'est une mauvaise nouvelle, reprit-il, mais je vous prierai de garder votre sang froid. La Communauté magique n'arrivera à rien si tout le monde perd son calme. Je ne vous cacherai pourtant pas que le Ministère traverse depuis ce matin une période assez troublée.
-Quand auront lieu les nouvelles élections ? demanda aussitôt un élève qui venait de se lever à la table des Serdaigle.
Dumbledore tourne la tête vers lui et le fixe un moment.
-Les candidats seront présentés dimanche soir, répondit-il.
-Vous savez qui se présentera ? intervint à son tour un Poufsouffle.
-Il est trop tôt pour se prononcer, les candiatures se font un peu en hâte.
Du coin de l'œil, Ginny remarqua Malefoy se pencher et chuchoter quelque chose à l'oreille de Pansy Parkinson qui lui répondit en gloussant. Le père de l'un d'eux allait-il se présenter ? Ginny espérait bien que non. Ou en tout cas, que personne ne voterait pour eux.
Dumbledore répondit encore à quelques quelques questions, mais Ginny n'écoutait plus. Elle observait du coin de l'œil Samantha, mais également le petit nouveau de Serdaigle revenu enfin parmi les siens, dont la mine plus renfrognée que n'importe qui ne présageait rien de bon. Il jetait de temps à autres quelques coups d'œil à la Gryffondor brune qui ne remarquait rien. Il cessa lorsqu'il croisa le regard scrutateur de la rousse. Une petite blonde, à côté de lui, se pencha vers lui et lui murmura quelque chose à l'oreille, à quoi il opina de la tête.
Durant un instant, Ginny compatit. Lorsqu'il était entré dans la Grande Salle, un peu plus tôt, il s'était fait assaillir par une bande d'élèves surexcités qui n'avaient cessé de le questionner jusqu'à ce que la blonde en question intervienne avec un aplomb qu'on ne lui connaissait pas. Ginny pensa à Hermione. Elle lui avait demandé de lui parler, de le questionner... tant que les mesures de sécurité n'étaient pas levées. Mais au vu de son état, il n'était peut-être pas préférable... Elle surprit un autre regard furtif du jeune homme à la table des lions et trouva sa solution.
Quoi qu'il arrive, elle était sûre qu'il refuserait de lui parler. Tandis que Samantha... « Fichue sécurité » songea Ginny. Elle se rappela avec perplexité l'inefficacité de ces mêmes mesures quelques années plus tôt, du temps de la Chambre des Secrets. Pourquoi s'évertuaient-ils à recommencer ? Samantha trouverait bien un moyen de l'approcher...
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-Que je parle à Ethan ? Mais pourquoi ?
-Il te fait confiance, non ? insista Ginny. Tu es la seule à qui il acceptera de parler, j'en suis sûre.
-Très bien, fit Samantha, agacée. Et comment je fais pour l'approcher ? On ne peut pas se croiser en dehors des heures de repas, et c'est toi qui partage ses heures de cours, non ?
-C'est pour ça que j'aime leurs mesures de sécurité, répliqua Ginny avec ironie. On peut les enfreindre à volonté.
Samantha soupira, peu convaincue
-Soit. Admettons. Je n'y étais pas, moi, dans le stade. Comment tu crois qu'il va prendre ma question ? Je ne peux pas me permettre de lui demander ça comme ça, alors que j'étais même pas là !
-Tu ne t'inquiètes pas pour lui ? glissa la rouquine avec un air entendu.
Samantha se renfrogna.
-C'est bon, j'ai compris, je le ferai. Mais s'il me demande de garder le secret, je ne vous le répéterai pas, c'est bien compris ?
-Très clair ! s'exclama Ginny en faisant un garde-à-vous très peu réussi.
Nouveau soupir de la part de la jeune brune. Ginny souriait, triomphante. Depuis qu'Hermione lui avait demandé ce service, à savoir interroger le Serdaigle sur sa brillante intervention, quoiqu'elle ait failli lui être fatale, lors de l'attaque des Détraqueurs, elle se rongeait les freins. Mais à présent qu'elle avait délégué sa tâche à quelqu'un qui serait plus à même qu'elle de lui soutirer ces informations, elle se sentait mieux.
Ce fut cet instant que choisit le fantôme attitré de Gryffondor, sir Nicholas en personne, pour sortir d'un mur et annoncer qu'il cherchait Miss Leroy. Amusée qu'il ne l'ait pas vue, Ginny tendit la main vers la jeune fille en question.
-Ah Miss ! s'exclama-t-il. Je suis confus, je ne vous avais pas vue...
-Pas grave, bougonna la jeune fille en croisant les bras d'un air boudeur. C'est pas mon jour, faut croire... Qu'est-ce que vous me voulez ? demanda-t-elle en essayant de ne pas paraître trop impolie.
-Monsieur le directeur m'envoie vous transmettre un message, répondit le fantôme. Il m'a... prévenu que cela risquait de for vous déplaire...
-Bein voyons...
Puis, comme il ne se décidait pas à parler :
-Alors, c'est quoi cette mauvaise nouvelle qu'il ne veut même pas m'annoncer lui-même ?
-Monsieur le directeur me charge de vous annoncer...
-C'est bon ! S'impatienta Samantha. J'ai compris que vous n'étiez pas responsable !
Ginny retint un éclat de rire. Sir Nicholas continua comme s'il n'avait pas été interrompu – et sûrement avait-il raison :
-... que vos parents lui ont fait parvenir leur refus de vous voir quitter l'enceinte de l'école pour quelques raison que ce soit.
-Autrement dit... marmonna Samantha, espérant ne pas entendre ce qu'elle croyait avoir deviné.
-Autrement dit, vous ne pourrez malheureusement pas profiter de Pré-au-Lard... termina le fantôme, l'air sincèrement désolé.
Il eut cependant le bon sens de la laisser aussitôt seule avec Ginny. Celle-ci regardait avec inquiétude son amie serrer les poings et tenter de garder son calme.
-Respire, Sam, respire, dit-ele précipitemment. Ce n'est pas si grave, respire...
Samantha ferma les yeux, inspira profondément plusieurs fois, puis déclara :
-Ça ira. Je vais me coucher.
Elle lui adressa un vague signe de la main et disparut à un angle du couloir, preuve parfaite que les mesures de sécurité étaient facilement contournable.
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Le lendemain, en se réveillant, Ginny eut un mauvais pressentiment. Elle se leva pourtant l'air de rien, comme tous les matins, et s'habilla de même. Pourtant, lorsqu'elle entra dans la Grande Salle pour aller prendre son petit déjeuner, son sourire s'évanouit légèrement. Il lui semblait que le quatuor Gryffondor était plus silencieux qu'à l'ordinaire. Ou peut-être simplement Harry et Samantha, qui se jetaient de temps à autres quelques petits regards discrets. Mais n'échangeaient pas une seule parole.
Ginny s'assit à côté de Samantha en adressant un bonjour au petit groupe et commença à se servir. Elle remarqua peu à peu quelques détails qui l'intriguèrent. Elle ne comprenait pas, avait-elle loupé un épisode ? Il s'était visiblement passé quelque chose entre ces deux-là, mais quoi ? En tout cas, ça n'avait pas l'air très bon. Ils semblaient plus... distants que jamais. Ils étaient face à face, mais c'était comme s'ils s'étaient trouvés aux deux extrémités de la table...
Elle remarqua, une fois encore, le regard sévère de Dumbledore. Elle trouvait qu'il agissait bizarrement depuis quelques temps. Il semblait désapprouver quelque chose... mais quoi ? Elle croisa le regard de Ron et sut qu'il avait également vu le directeur et qu'il se posait les mêmes questions. Elle haussa les épaules et revint à son petit couple favori... qui ne ressemblait plus vraiment à un couple. Leurs mains se fuyaient lorsqu'il advenait qu'elles se frôlent, leurs regards s'évitaient de la même manières, et plein d'autres petites choses qui sautaient à présent aux yeux de la rouquine.
Qu'ils agissent de cette façon tant qu'ils gardaient le secret sur leur relation, passait encore. Mais ce secret était éventé depuis longtemps maintenant !
Sitôt son petit déjeuner terminé, ou plutôt dès que Samantha se leva dans l'intention de quitter la salle, Ginny abandonna à regret les croissants chauds et la suivit hors de la Grande Salle. Samantha mit un moment à s'apercevoir qu'elle était suivie.
-Ginn ?
-Ça n'a pas l'air d'aller fort, ce matin, attaqua d'emblée la Gryffondor.
Samantha haussa les épaules et reprit sa marche.
-Sam, si tu veux que je t'aide...
-D'accord d'accord ! s'exclama la brune en levant les bras au ciel. Je t'en aurais parlé de toute façon. Non, je rectifie : vous auriez compris de toute façon.
-Compris quoi ?
Samantha s'arrêta à nouveau. Son regard fuyait celui de son amie et elle se tordait nerveusement les doigts.
-Harry et moi... C'est fini. Depuis hier soir.
-QUOI ?
-Tais-toi un peu, s'énerva Samantha.
-Mais tu te rends compte de ce que tu me dis ? s'emporta Ginny. Pourquoi rompre ? Vous étiez si bien ensemble...
-C'est bien ça le problème, répliqua Samantha.
-Je ne comprends pas...
-Bien sûr que non.
Elle se mit à faire les cent pas, cherchant visiblement comment expliquer le plus simplement possible la situation.
-Ça n'a rien de dramatique, tu sais... commença-t-elle. Finalement, c'est même sûrement mieux comme ça. On en a beaucoup discuté hier soir, et... Enfin il se trouve qu'on s'est rendus compte de plusieurs choses et... N'aie pas l'air si choqué enfin !
Ginny croisa les bras en bougonnant. Samantha attendit.
-Vous êtes déprimants, finit par dire Ginny.
-Est-ce que tu veux bien essayer de comprendre, au moins une minute ?
Soupir de la part de Ginny, qui s'assit sur les marches d'un petit escalier et patienta en fixant la jeune brune qui se remit à tourner en rond comme un lion en cage.
-Tu vas user les dalles, railla Ginny.
-Et tu vas m'user la cervelle si tu ne t'y prends pas mieux pour m'aider, répliqua Samantha. On s'est séparés parce qu'on était trop proches...
-Drôle de raison, tu admettras, ricanna la rousse.
-Proches comme un frère et une sœur, indiqua Samantha.
Ginny en resta sans voix.
-D'accord on s'entend bien, continuait Samantha sans rien remarquer, d'accord on ne fait que passer notre temps ensemble et on a du mal à être séparés, mais... c'est plus... fraternel. Je crois que, dans un sens, ça nous gênait d'être un couple, et on se sentira sûrement mieux comme ça. Il est vraiment comme un frère pour moi, tu comprends ?
-Je vois... souffla simplement Ginny.
Elle n'en revenait pas. Mais après tout, n'était-ce pas prévisible ? Harry avait toujours voulu la protéger, cela, elle le savait. À cause de cette ressemblance dont Hermione ne cessait de se plaindre auprès d'elle ? En était-ce réellement la raison ? Mais qu'avait Harry derrière la tête pour agir ainsi ? Sa relation avec Samantha leur avait toujours parue étrange, mais là... Ginny ne savait plus quoi penser. Ils avaient eu l'air si heureux ensemble, et aujourd'hui...
-Ça ne paraît pas vraiment une bonne solution, pour le moment, nota-t-elle.
-Le temps de s'y faire... répondit vivement son amie. On en a beaucoup parlé. C'est mieux comme ça.
-Si tu le dis... marmonna Ginny, peu convaincue. Tu es sûre qu'il n'y a pas d'autre raison à votre... rupture ?
-Il y en a plusieurs... avoua la jeune fille à regret.
Furtivement, Ginny se félicita d'avoir réussi à gagner sa confiance le matin même. Elle semblait prête à se confier à nouveau...
-C'était bien, d'un côté, mais je crois qu'il a toujours été... un peu distant, gêné... dit lentement la jeune brune. Je pense qu'il a autre chose à faire que de s'occuper de moi comme d'une petite amie. Ça demande trop de temps et d'énergie... Et il a un tel destin... Je ne veux pas qu'il sacrifie ses convictions pour une simple aventure avec moi...
« Une simple aventure ? » hurla Ginny en son for intérieur.
-J'ai décidé que je ne serai pas un fardeau pour lui. Il a eu du mal à accepter cet argument, mais...
-Attends attends attends, coupa Ginny. Qui a rompu, lui ou toi ?
-D'un commun accord. L'article de cet E.D. a peut-être tout bousculé mais nous avions déjà tous les deux nos propres arguments. Moi, je ne voulais pas être un poids mort pour lui, et je le voyais plus comme un frère. Lui... pense la même chose de notre relation et...
-Et ?
Samantha détourna la tête, plus troublée qu'elle ne voulait le faire croire.
-Il m'a dit que je lui rappelais trop quelqu'un qui lui était proche... murmura-t-elle.
Fin du chapitre 22...
