Harry Potter et le secret de Voldemort

By DreamAngel7

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Chapitre XXIII : Deux tyran dans une journée

Comme les Gryffondor l'avaient prévu, les mesures de sécurités furent levées le vendredi matin, lorsqu'il était apparu évident que personne ne les respectait vraiment. La panique ayant suivi l'intrusion des Détraqueurs s'était vite dissipée et les élèves déambulaient comme à leur habitude, leur sensation d'être en sécurité dans l'enceinte du château reprenant le dessus. Malgré tout, peu de monde osait sortir dans le parc, à part quelques irréductibles courageux – ou inconscients.

Harry soupira. Les événements s'étaient enchaînés à une vitesse incroyable, depuis la rentrée, et il pressentait que les choses ne se calmeraient pas de sitôt. Il avait même l'étrange certitude que tout ne faisait que commencer, qu'il apprendrait... plus de choses qu'il ne l'aurait voulu. Mais au moins, il savait qu'il en maîtrisait quelques éléments. Il reprenait les rênes de sa vie, et surtout il agissait, comme il l'avait fait lors de sa cinquième année. Et cela le rassurait.

Même enfermé dans ce château, même si ce n'était qu'une poussière jetée dans la mer, il agissait.

Il avait déjà décidé qu'il parlerait de l'AD à Samantha. Il connaissait suffisamment l'importance de se sentir agir pour l'en priver, surtout après tout ce qu'elle avait traversé. Il se doutait qu'elle en avait besoin, peut-être presque autant que lui.

Elle semblait prendre plutôt bien leur séparation. Ils n'en avaient pas encore parlé autour d'eux – excepté peut-être à Ginny qui lui lançait régulièrement des regards noirs depuis la veille – mais tous devaient bien voir la distance tendue qui s'était installée entre eux depuis leur rupture et contre laquelle ils n'arrivaient à rien. Il ne savait plus trop s'ils avaient pris la bonne décision. Il savait pourtant que ce qu'il ressentait pour elle s'apparentait plus au sentiment protecteur d'un frère pour sa petite sœur qu'à un véritable amour. Ou du moins, il le croyait. Peut-être avaient-ils juste besoin de temps pour se faire à leur nouvelle situation...

Il secoua la tête pour chasser ces pensées hors de propos. Il avait plus important à penser. Non ?

-Harry ? Ça va ? lui glissa Hermione à l'oreille.

Ils étaient en cours d'Histoire de la Magie et Samantha somnolait sans complexe à sa droite. À sa gauche, en revanche, la préfète l'interrogeait du regard.

-Ça va, ça va acquiesça-t-il.

Il hésita, puis pris un bout de parchemin et gribouilla rapidement un petit mot qu'il fit glisser sur la table d'Hermione. Celle-ci le lut en silence, sans même songer à lui reprocher de l'empêcher de suivre ce cours passionnant, puis froissa le papier dans sa main avant de la poser sur la table en regardant droit devant elle. Harry attendit avec patience son avis. Enfin, la jeune fille hocha la tête.

-C'est une bonne idée, murmura-t-elle. Je pensais moi-même à te le proposer, Ginny aussi, je crois. Elle sera sûrement ravie...

Elle défroissa le parchemin et griffonna une seule question :

« Quand prévois-tu la première réunion ? »

-Demain soir, chuchota Harry après avoir lui-même serré le parchemin dans sa main. Neuf heures, à l'endroit prévu.

Hermione acquiesça. Il savait que d'ici la fin de la matinée, tous les anciens seraient au courant. Cette fois, on y était. L'Armée de Dumbledore reprenait du service.

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Harry avait prévu de parler à Samantha dans la soirée. Il songea avec raison, et cela, Hermione le lui confirma d'un simple regard, que la jeune fille aurait sûrement assez à penser avec le professeur Zénobie, devant la classe de qui ils attendaient patiemment le début du cours. La petite brune, crispée, s'était tordu nerveusement les doigts jusqu'à ce qu'Hermione lui prenne la main, mais à en juger par la légère grimace de douleur de cette dernière, Harry jugea que ce ne devait pas être une si bonne idée.

Hermione se pencha à l'oreille de Samantha lorsque la silhouette du professeur se profila au bout du couloir pour lui dire quelque chose que Harry n'entendit pas. Samantha acquiesça d'un signe de tête et inspira profondément. Elle n'était sans doute pas prête à affronter de nouveau son terrible professeur, après les événements du vendredi et du samedi précédents, mais elle ne pouvait rien y faire. Lui-même se sentait impuissant. Il enrageait.

Avant de pénétrer dans sa classe, Zénobie jeta un furtif regard à Samantha qui frissonna mais ne baissa pas les yeux. Harry suivit ses camarades et effleura le bras de Samantha en passant. Il savait que le message était passé. Peut-être n'arrivaient-ils plus vraiment à parler, mais ils n'en avaient plus vraiment besoin.

Ils s'installèrent au fond de la salle, et Samantha s'assit vivement à côté d'Harry. Ils échangèrent un rapide regard encore un peu gêné et sortirent leurs affaires de leur sac. Il savait que cela avait suffit à son amie pour qu'elle reprenne courage. Il reporta son attention sur le professeur Zénobie qui parcourait la salle de son habituel regard glacial et scrutateur. Le silence s'était comme toujours fait pesant. Puis elle prit la parole, d'une voix dure et sèche. Plus que d'ordinaire.

-Après le fiasco total du dernier cours, je me vois contrainte de renouveler l'expérience, en espérant que, cette fois, vous parviendrez à me donner autre chose que des inepties du genre « les poils de ses pattes lui permettent de deviner la direction du vent ».

Harry remarqua Neville qui baissait la tête, comme pris en faute. Il savait d'où elle tirait sa citation...

-Je crains aussi de devoir baisser le niveau face à votre manque total de jugeote en matière de créature maléfique, continuait-elle. Oh ne croyez pas que je vais le faire, ironisa-t-elle. Ce serait une fleur à votre bêtise. Non non non, je veux que vous mettiez vos cerveau en état de fonctionnement au moins une fois dans l'année et que vous me trouviez les caractéristiques magiques et le point faible de cette créature-ci – le tableau se remplit de notes en tous genres sur un vague geste de la baguette – en somme, que vous refassiez entièrement le devoir de la semaine dernière avec cette nouvelle créature. J'espère que j'aurai le plaisir pour une fois de mettre des notes supérieures à piètre ou désolant. Au travail !

Les élèves ne se firent pas prier. Les plumes grattèrent frénétiquement les parchemins tandis que les élèves recopiaient les notes à la va-vite. Hermione montrait l'exemple, plus déterminée que jamais, et Ron gromelait en raturant son brouillon. Harry soupira et se mit au travail. À côté de lui, il sentait Samantha trembler légèrement, mais elle avait saisi son vieux stylo et griffonnait les indications sur sa feuille à carreau. Il savait bien qu'elle ne réussirait pas l'exercice, étant difficile pour des septième année, il n'y aucun espoir qu'elle parvienne à tirer quelque chose de ces maigres informations avec si peu de connaissances.

A sa grande horreur, dès que tous eurent baissé la tête sur leurs parchemins, il vit le professeur Zénobie délaisser son bureau pour se diriger vers eux. Samantha tressaillit mais ne s'arrêta pas d'écrire. La petite femme se posta à sa hauteur et la fixa avec malveillance, les poings sur les hanches. Harry voyait son amie redoubler de volonté pour ne pas réagir, mais la situation semblait la mettre au supplice.

-Miss Leroy, quel plaisir de vous revoir ici, siffla Zénobie. Avez-vous à nouveau l'intention de quitter mon cours avant la fin ? Que je le sache dès maintenant...

La main de Samantha se crispa sur son stylo mais elle semblait décidée à ne pas répondre à la provocation. La scène n'était pas sans rappeler à Harry ses fréquentes prises de bec avec Rogue... qui étaient bien loin d'atteindre un tel niveau de haine, à bien y penser. Rogue l'avait plusieurs fois sauvé... Zénobie paraissait prête à tuer Samantha de ses mains.

-Aurai-je au moins l'insigne honneur d'avoir votre copie à le fin de ce cours ? Je suis curieuse de voir vos conclusions sur cette étonnate créature, aouta Zénobie, un rictus mauvais déformant encore son visage.

La plume métallique de Samantha s'était immobilisée dans les airs, les jointures de sa main avaient viré au blanc. Mais son cruel professeur ne semblait pas devoir s'arrêter là. Il semblait même se complaire à humilier une fois encore son élève souffre-douleur qui ne répliquait pas. Harry serrait le poing sous la table.

-A moins que vous n'ayez déjà deviné de laquelle il s'agissait...

Cette fois, le ton du professeur était incontestablement moqueur. Samantha murmura quelque chose en réponse.

-Pardon ? fit le professeur Zénobie en se penchant théâtralement vers elle. Je n'ai pas bien entendu.

-Non...

-Non ?

-Non, madame...

Zénobie se redressa en soupirant.

-Eh bien j'espère que vous l'aurez trouvé d'ici la fin du cours, Miss Leroy, grinça-t-elle. Il me semble évident que les prédispositions ne font pas tout dans la vie, il faudrait songer à travailler un peu si vous voulez continuer vos études de magie. Mais je doute qe vous arriviez à grand chose, vu votre niveau actuel.

Elle fit demi-tour et repartit à son bureau sans plus s'occuper de son élève. Harry la fusillait du regard. Quelle injustice ! Ne savait-elle donc pas tous les efforts que Samantha fournissait pour tenter de rattraper un minimum le niveau des septième année ? Ne savait-elle pas toutes les privations et les difficultés qu'elle rencontrait ? Et ces satanées histoires de prédispositions, il en avait plus qu'assez.

Le professeur Zénobie réprimanda vertement les élèves qui avaient ignoré leurs evoirs pour l'observer parler avec – ou plutôt réprimander – la jeune fille. Celle-ci n'avait toujours pas levé la tête de sa feuille et ses longs cheveux lâchés cachaient son visage. Mais Harry devina facilement les légers tressaillements de sa main. Il écarquilla les yeux, surpris. Etait-elle... en train de pleurer ? Il ne savait plus quoi faire. Ce fut finalement Hermione, assise cette fois à côté de son amie, qui s'en chargea. Embarrassé, il détourna le regard et se remit à son travail.

Le cours se termina sans autre incident notable. Le professeur Zénobie les laissa relativement tranquilles, se contentant de lire et raturer des parchemins à son bureau – sûrement le même genre de devoir qu'ils avaient. Ils allèrent rendre leur copie sans un mot. Lorsque Samantha tendit sa feuille au professeur, cette dernière fixa le papier d'un air réprobateur avant de s'en saisir brusquement et de la poser à part sur un coin de son bureau.

-Il faudrait aussi penser à grandir et à vous adapter un peu mieux si vous comptez réussir ici, lança-t-elle vertement.

-Oui, madame... répondit tout bas Samantha, avant de faire demi-tour et de s'enfuir de la salle, où Hermione l'attendait déjà avec une mine inquiète.

Impuissant, Harry ne put qu'observer la scène. Après le départ précipité de Samantha, il vit le regard du professeur la suivre jusqu'à ce qu'elle disparaisse. Son expression, à cet instant, était... indéchiffrable. Il n'y avait qu'une légère lueur dans ses yeux, dont Harry ignorait si c'était encore de la colère... ou autre chose.

Il rejoignit Ron dans le couloir. Hermione et Samantha avaient disparu, et Ron n'avait aucune idée de l'endroit où elles avaient pu aller. Ils décidèrent d'aller dans leur Salle Commune, au moins pour poser leurs affaires. Harry ne cessait de retourner les derniers événements dans sa tête. Il s'était passé tellement de choses qu'il commençait à s'embrouiller un peu. Samantha, les attaques, leur professeur sadique et enragée... Il sentait le mal de tête poindre chaque fois qu'il essayait de mettre de l'ordre dans tout ça. C'est donc avec un soulagement évident qu'il se laissa tomber dans un fauteuil devant la cheminée et ferma les yeux.

Ne plus penser à rien, juste un moment...

La salle était grande et peu éclairée par quelques rares candélabres et un feu de cheminée devant lequel un fauteuil à haut dossier était dressé. De lourdes tapisseries ornaient les murs, et d'épaisses tentures vertes cachaient les larges fenêtres et empêchait une quelconque lumière de passer. L'ambiance était sombre, feutrée, pesante. L'air était chaud. L'homme passa deux doigts dans son col pour le desserrer.

Grand, svelte, il se tenait dans l'ombre qui s'allongeait derrière le fauteuil. Son visage seul était éclairé par les lueurs mouvantes des flammes rougeoyantes. Un visage pâle, encadré de cheveux tout aussi clairs. Une silhouette à la prestance assurée, arrogante. De sa place, seule était visible la silhouette rebondie du dos d'un homme agenouillé devant le fauteuil, et les ondulations paresseuse d'un grand serpent lové devant le feu.

-Vous m'avez fait demander, Maître ?

La voix de l'homme avait quelque chose d'étrangement rauque et mystérieuse dans la chaleur de la pièce. Une main émergea de derrière le dossier, une main pâle, fine, longue. Une main qui n'avait rien d'humain.

-Mon fidèle serviteur, ironisa une seconde voix, aigüe à glacer le sang. On m'a dit que tu avais des nouvelles pour moi.

-C'est exact, Maître, aquiesça l'homme. Nous avons réussi à introduire l'un des nôtres parmi les candidats au poste de Ministre.

-J'espère qu'il s'agit de quelqu'un de confiance...

-Autant pour nous que pour la Communauté, Maître. Il de grandes chances de devenir Ministre la semaine prochaine.

-Bien, bien, parfait. Quelle précipitation, cela les perdra.

L'homme ne répondit pas. À la place, il se permit de poser une question qui accentua la tension quasi-palpable, suffocante, qui les entourait.

-Comment avance votre projet, Maître ?

L'homme au sol se recroquevilla plus encore, le serpent releva sa large tête et darda sa langue en sifflant. Un autre sifflement s'éleva en retour et le serpent se calma.

-Mon bon vieux Lucius, toujours aussi curieux, à ce que je vois, répondit la voix aigüe avec amusement. Soit, je vais te répondre cette fois encore. Il se trouve que je n'ai pas eu le temps de réitérer l'expérience depuis le week-end dernier. Il va pourtant falloir que je me prenne un moment, mais je suis très occupé pour l'heure, comme tu le sais. Mais j'ai bon espoir de réussir cette fois...

-Je vous le souhaite. L'entreprise n'a guère été très concluante jusqu'à présent...

-Je dois admettre que j'ai rencontré plus de résistance que prévu, acquiesça la voix aigüe.

-On m'a assuré que vous aviez le champ libre.

-Bien, bien. Qui aurait cru que la plus belle trahison de notre rat fétiche puisse nous servir à ce point ?

A nouveau, l'homme au sol se recroquevilla, tremblant de tous ses membres et bredouillant quelque chose d'une voix si basse que riern ne perçait dans le brouillard brûlant de la pièce.

-Vous avez su vous en tirer à merveille, Maître, assura l'homme blond. Ce fut votre plus belle idée.

-Et elle portera bientôt ses fruits, ajouta la voix aigüe. Queudver, avec ses erreurs, nous est finalement bien utile.

Un rire glacé s'éleva du fauteuil. L'homme grassouillet se ratatina au sol. L'autre ne bougea pas d'un millimètre, totalement maître de lui-même. Puis le rire s'interrompit, et l'air se fit plus oppressant.

-Mais nous en avons assez révélé à notre petit Gryffondor...

La pièce se troubla, et disparut soudain. Harry ouvrit brutalement les yeux et fut surpris par la lumière du feu de la cheminée de la tour des Gryffondor. Il regarda frénétiquement autour de lui, avant de se rappeller qu'il était dans un fauteuil de sa Salle Commune. Un rêve ? Une incursion dans l'esprit de Voldemort ? Si tel était le cas, cela faisait bien longtemps que cela ne lui était plus arrivé... Mais le picotement de sa cicatrice tendait à prouver que c'était effectivement le cas.

Il hésita à en parler à quelqu'un – Ron ou Hermione feraient très bien l'affaire, mais dans l'absolu Dumbledore serait plus conseillé – mais l'agitation qui régnait autour de lui l'en dissuada.

-Tu viens manger, Harry ? lui demanda Ron en sortant avec les autres.

-J'arrive...

Alors qu'il se levait lentement de son fauteuil, encore sonné, il avisa Hermione qui descendait de son dortoir, seule. Se souvenant du cours de Défense Contre les Forces du Mal, il se précipita vers elle pour prendre des nouvelles de Samantha. La préfète l'attira à l'écart et attendit que la salle se vide.

-Elle se repose, indiqua-t-elle en regardant les derniers Gryffondor sortir, avant d'ajouter, une fois qu'ils furent seuls : Je lui ai parlé de l'AD, elle a dit qu'elle allait y réfléchir, mais je pense qu'elle viendra. Je ne l'imagine pas rester en dehors de ça. Elle voudra agir, c'est sûr. Apprendre à se défendre, au moins, pour ne pas représenter un fardeau pour toi...

Il ne put s'empêcher de grimacer à ces mots. Voilà exactement ce que Samantha lui avait dit, lorsqu'ils avaient rompu... Hermione parut gênée, mais elle remarqua autre chose.

-Harry ? Tout va bien ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils. Ta cicatrice te fait mal ?

-Je vous expliquerai ça tout à l'heure, répliqua Harry en sortant de la Salle Commune, frottant toujours vigoureusement l'éclair à son front.

Dans la Grande Salle, il dut encore subir les regards plein de reproches de Ginny qui semblait ne toujours pas se remettre de la nouvelle. Elle l'en gratifia dès qu'il passa les portes de la salle. Lassé, Harry décida de s'asseoir à côté d'elle, il voulait vérifier que c'était bien pour leur rupture qu'elle lui en voulait. Elle détourna la tête d'un air digne lorsqu'il lui souhaita un bon appétit.

-Ecoute, Ginny, lui lança-t-il dès qu'il fut sûr que ni Ron ni Hermione ne faisaient attention à lui. J'aimerais bien savoir ce que j'ai fait qui...

-Si tu ne sais pas, ne comptes pas sur moi pour te le dire, répliqua Ginny.

-D'accord, d'accord, soupira-t-il. Admettons que je sache... Depuis quand es-tu au courant.

-Hier matin.

-Elle n'a pas perdu de temps... remarqua Harry avec une pointe d'agacement. Ecoute, je ne vois pas pourquoi ça te met autant en colère, on en a discuté et on s'est mis d'accord. Je ne l'ai pas laissée tomber comme une vulgaire chaussette...

-Arrêtez avec vos raisons idiotes, rétorqua vertement Ginny. Tu ne vois pas dans quel état vous êtes, tous les deux ? Après tout ce qui s'est passé, en arriver là...

Elle soupira. Harry ne répondit pas. Que pouvait-il dire ?

-D'ailleurs, où est-elle ? voulu savoir Ginny.

-Hermione a dit qu'elle se reposait. Elle réfléchit pour... pour l'AD.

-Elle va venir ?

-Bien sûr. Qu'elle le veuille ou non je l'y ferai venir.

-Je doute qu'elle refuse, nota Ginny.

-Peut-être, mais avec tout ce qu'elle doit rattraper... Je lui enlève le peu de temps libre qu'elle arrive à avoir... Dis-moi, à ton avis Dumbledore me reproche la même chose que toi pour me regarder comme il le fait ?

Ginny tourna la tête vers la table des professeurs, l'expression indéchiffrable.

-Je pense plutôt que si tu lui disais que tu as rompu il serait capable de sauter de joie... répondit-elle.

-Pardon ? s'étrangla Harry. Tu plaisantes...

Ginny se tourna vers lui et vrilla un regard perçant dans le sien, terriblement sérieuse.

-Est-ce que j'ai l'air de plaisanter ? Il a cette expression depuis l'article de samedi, ajouta-t-elle en regardant à nouveau la table des professeurs, où Dumbledore discutait avec McGonagall en tâchant de paraître le plus naturel possible.

-Ah...

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Harry soupira une énième fois après une énième demande de ses amis. Répéter ? Mais répéter jusqu'à quand ! Il en avait assez de dire la même chose depuis trois quarts d'heure maintenant ! Oui, il avait vu Voldemort dans son rêve. Oui, il y avait Lucius Malefoy et cet abominable traître de Queudver. Et encore oui, ils parlaient d'une trahison qui leur avait été utile. Trahison de Queudver, encore une fois. Et puis ? Qu'est-ce que répéter et répéter encore pouvait bien leur apporter ? Ils ne trouveraient rien de plus que ce qu'ils avaient déjà compris.

Que Voldemort faisait des expériences.

De quel genre ? Sur qui, sur quoi ? Dans quel but ? Autant de questions auxquelles manquaient les réponses. Et quel rôle avait joué Peter Pettigrow, le rat traitre, dans cette affaire ?

-Tu devrais prévenir Dumbledore... hasarda Hermione, approuvée par Ginny.

-Ça ne sert à rien, il ne comprendrait sûrement rien de plus que nous, répliqua Harry.

-Mais tu as encore pénétré dans l'esprit de... s'exclama Ginny.

-Ça ne se reproduira plus, coupa Harry, de mauvaise humeur. Il était furieux que j'en ai entendu autant et furieux d'avoir à nouveau partagé son esprit avec moi. Il déteste ça.

-Comment...

Hermione se tut aussitôt, comprenant. Il l'avait ressenti, comme toujours, quoi d'autre ? Elle se triturait nerveusement les doigts en réfléchissant.

-Peut-être que Dumbledore comprendrait mieux que nous... osa-t-elle enfin dire.

Harry se leva de son fauteuil, décida, et darda un regard noir sur la pauvre Gryffondor.

-Dans ce cas ça veut dire qu'il nous fait encore des cachoteries, et ne compte pas sur moi pour aller lui tirer les vers du nez.

-Harry...

Le jeune homme se figea en entendant la voix douce derrière lui. Il se retourna doucement, appréhendant de rencontrer ces yeux-là. Les yeux de Samantha. Ellle se tenait là, l'air intimidée, comme si elle voulait lui demander quelque chose de particulièrement désagréable.

-Je ne vous dérange pas ? demanda-t-elle tout bas.

-Non... non, bafouilla-t-il. Qu'y a-t-il ?

-Je voulais... te demander pour...

Elle regarda autour d'elle, vérifiant que les élèves autour ne pourraient pas l'entendre, et termina :

-... pour l'AD. Je viens, bien sûr, tu dois t'en douter, mais j'aimerais... Enfin vous vouliez parler avec Eth... le nouveau, celui qui a vaincu les... créatures, ce week-end. Si vous voulez, je peux... lui demander de venir demain...

Elle hocha la tête, attendant la sentence de Harry. Pris au dépourvu, celui-ci dut prendre de longues secondes pour comprendre ce qu'elle disait.

-Tu veux dire que... tu le connais ? s'exclama-t-il soudain.

Samantha parut soudain extrêmement gênée, mais elle acquiesça sans mot dire. Harry ne savait plus quoi penser. Il ne savait rien de tout ça, comment avait-elle pu lui cacher qu'elle le connaissait, qu'elle lui parlait... qu'elle était proche de lui au point de pouvoir lui demander ça ? Que lui cachait-elle d'autre encore ? Refusant de réfléchir à cela alors qu'il sentait la colère monter en lui doucement, comme un venin, il lui dit :

-Ça serait génial, oui. Parfait, même.

La jeune fille lui sourit et, sur un signe de la main, le laissa hébété dans la Salle Commune. Il jeta un rapide coup d'œil à ses amis. Ron et Hermione ne semblaient pas mieux comprendre que lui, mais Ginny avait un air étrange qui eut le don de lui mettre les nerfs en boule. C'était comme si elle avait été au courant et avait espéré voir Samantha lui avouer cette petite confidence.

-Bonne nuit, lâcha-t-il avant de s'éclipser dans son dortoir.

Ce soir-là, il eut beaucoup de mal à s'endormir. D'une part, le rêve concernant Voldemort le hantait ainsi que toutes les questions qui allaient de paire. Il craignait et souhaitait se retrouver à nouveau dans l'esprit du sombre Lord. Il brûlait de comprendre, d'en savoir plus. Et d'autre part, le visage de Samantha, régulièrement, succédait à celui de Voldemort...

Il fit semblant de dormir lorsque Ron alla se coucher à son tour, et finit par s'endormir vraiment au matin, alors que le soleil allait pointer ses premiers raysons sur le château. Il rêva de choses étranges et illogiques. Il vit Lucius tenter d'étrangler Pettigrow avec le corps de Nagini, tandis qu'un feu vert et argent s'élevait autour d'eux en répendant des ombres de même couleur. Puis Samantha sortait soudain des flammes, ses mèches rouges devenues vertes et le reste de sa chevelure striée de fils d'argent, main dans la main avec un jeune bellâtre à face de serpent...

Il s'éveilla brusquement lorsque ce simulacre d'Ethan Palmirya darda une langue rouge et or vers lui en sifflant d'un air menaçant sous les rires de Samantha, et se passa une main sur son visage recouvert de sueur. Son état ne s'arrangeait pas...

Le dortoir était vide et brillamment éclairé : le soleil devait être levé depuis longtemps. Il se prit la tête dans les mains et commença à réfléchir. Mais il avait les idées embrouillées et était encore fatigué, alors il préféra se rallonger. Il remercia intérieurement ses amis de l'avoir laissé dormir. Il savait qu'une dure soirée l'attendait. L'AD !

Il se redressa d'un bond et sauta hors du lit. Peu importait l'heure qu'il était, il se devait d'être prêt avant l'heure. D'être en forme, surtout. Et ce n'était pas en restant couché qu'il y arriverait. Il s'habilla en vitesse et descendit dans la Salle Commune, qu'il trouva vide. Haussant un sourcil, il sortit de la tour et se dirigea vers l'entrée du château tout en jetant des regards de tous côtés pour tenter de trouver quelqu'un. Ce ne fut qu'arrivé au hall qu'il comprit où tout le monde était passé. S'il avait jeté un œil à sa montre... Il était l'heure du repas.

Il pénétra dans la Grande Salle où tous les élèves étaient attablés en discutant bruyamment comme à leur habitude. Il alla s'asseoir à côté de ses amis qui l'accueillirentjoyeusement en se moquant de sa paresse. Il s'assit sans répondre et attrapa un pichet de jus de citrouille dont il se servit copieusement avant de boire son verre d'un trait. Puis il regarda enfin autour de lui alors que ses amis plaisantaient cette fois sur sa très grande soif. Il choisit de ne rien dire. Il savait que tout, comme lui-même, étaient impatients de voir leur petit groupe clandestin renaître.

Un phénix. C'est l'image qui s'imposa à l'esprit d'Harry lorsqu'il évoqua cette renaissance. En plus du nom évocateur de l'Armée de Dumbledore, il pourrait ajouter comme logo un petit phénix... Rouge, bien entendu. Amusé par cette idée, il se permit un sourire. Il se promit de décorer la Salle sur Demande de tapisseries représentant cet oiseau... Cela serait du plus bel effet, et la symbolique, il n'en doutait pas, ravirait ses « élèves ».

Soudain quelque chose lui sauta aux yeux.

-Où est Sam ? demanda-t-il.

Il n'eut pas besoin de la réponse ni même du regard à demi-gêné de ses amis. Au moment même où il posait la question, il l'aperçut devant lui, à la table des Serdaigle, riant avec une jeune fille et... le nouveau. Il serra les poings sans même s'en rendre compte. Ainsi donc, non contente de le connaître personnellement, elle se permettait de déserter la table de sa maison pour aller manger en sa compagnie ? Elle ne manquait vraiment pas d'air...

Son expression heureuse lorsqu'elle le regardait lui serrait le cœur. Elle semblait de meilleure humeur avec ses nouveaux amis de Serdaigle qu'avec Hermione, Ginny, Ron et lui.

Quant à lui... Ethan Palmirya. Tout en lui appelait à la méfiance. Son arrivée impromptue et inexpliquée en plein mois de novembre constitait le premier de ces signes. Nul ne savait réellement d'où il venait, ni pourquoi il était ici. La rumeur voulait qu'il soit originaire d'Amérique et qu'il ait fréquenté jusqu'ici la célèbre école de la non moins célèbre zone 51, au Nevada... Pourquoi avoir quitté une si bonne école pour venir se perdre au milieu d'un début de guerre ? Mystère.

Mais ce qui l'intriguait et l'inquiétait le plus, c'était la façon dont il avait vaincu plusieurs milliers de Détraqueurs... Personne à sa connaissance n'était capable d'une chose pareille. Il ne comprenait pas ce qui avait pu pousser le jeune homme à agir ainsi. Il avait risqué sa vie alors qu'il venait tout juste d'arriver. Etait-ce une réaction normale pour un adolescent de seize ans ? Une telle puissance était-elle imaginable chez un garçon de cet âge ?

Déterminé à lui trouver tous les défauts du monde et les pires intentions derrière un masque de gentillesse et d'altruisme, Harry trouvait derrière chaque geste du Serdaigle une raison de se méfier. Il lui semblait impossible qu'Ethan soit digne de confiance, malgré l'enthousiasme qu'affichait Hermione à son propos. Dès lors, si Ethan était un graçon si mauvais, de quel droit approchait-il de Samantha ? De quel droit se montrait-il si proche, si familier... comme s'ils s'étaient toujours connus ?

-Prêt pour ce soir ? demanda Hermione à voix basse. Les anciens ont l'air tous surexcités, on dirait la veille de Noël...

Harry fut tiré de ses oensées et regarda la jeune fille sans comprendre, l'espace d'une seconde, puis il répondit avec assurance :

-Je te l'ai dit, je sais exactement quoi leur dire. La suite dépendra essentiellement d'eux. Mais je pense que nous devrons reprendre quelques bases, pour commencer... Tout le monde risque d'avoir un peu perdu la main, même si ce qu'ils ont fait samedi peut nous prouver le contraire.

Il but un gorgée de jus de citrouille et ajouta, regardant dans le vague droit devant lui :

-On ne sait jamais.

-Tu as raison, approuva Hermione, enthousiaste.

-On va devoir encore s'entraîner à lancer des expelliarmus ? geignit Ron. Pitié, c'est ringard !

-Ce qui est ringuard, c'est ton inaptitude à comprendre qu'il est nécessaire de maîtriser à fond les bases pour pouvoir avancer, répliqua Hermione d'un ton cinglant.

-Oh, ça va ! lança Ron, vexé.

Mais Harry n'écoutait plus leur dispute naissante. Il avait intercepté le regard de Dumbledore, qui fixait Samantha d'un air perplexe. Le jeune sorcier fronça les sourcils et croisa le regard de Ginny, laquelle haussa les épaules avant de se remettre à manger.

-Harry, tu nous écoutes ?

-Hein ? Oh, pardon, je réfléchissais...

-Nous disions que de toute façon, quoi que tu décides de nous faire faire, tout le monde te suivra, n'est-ce pas, Ron ? Après tout, pour eux tu dois être le meilleur professeur qu'ils aient eu jusqu'iici... même si je ne suis pas entièrement d'accord...

Elle fut coupée net par un regard noir de Ron et baissa les yeux, honteuse. Mais une fois de plus, Harry n'écoutait que d'une oreille

-Oui, oui... marmonna-t-il distraitement.

-Harry ?

A la table des Serdaigle, le nouvel étudiant Ethan Palmirya venait de prendre dans ses bras une jeune fille aux cheveux noir et rouge...

Ce fut le geste de trop pour Harry qui sortit vivement de la salle sans un mot.

Fin du chapitre 23...