Harry Potter et le secret de Voldemort

By DreamAngel7

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Chapitre XXVII : Jour de peine

Il y avait des jours où tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et d'autres, où tout ce qui pouvait aller de travers le faisait irrémédiablement. Ce dernier lundi de novembre semblait être de ceux-là.

Il avait mal commencé pour à peu près tout le monde. Bien qu'il n'ait pas réellement commencé, en vérité : la nuit avait été blanche pour la plupart des résidents du château. Y compris et surtout pour Harry. il s'était rongé les sangs pour un oui et pour un non, ressassant constamment les mêmes interrogations, les mêmes hypothèses abracadabrantes, dans le vain espoir de parvenir à comprendre pourquoi tout ceci arrivait.

Que l'Angleterre soit plongée dans le doute et, très bientôt sûrement, la guerre, il pouvait facilement le concevoir. Mais pourquoi la famille de Samantha devait-elle également subir, pour la deuxième fois, des attaques insensées de Voldemort ? Car cela ne faisait à présent aucun doute.

La Marque des Ténèbres s'était dressée au-dessus des ruines fumantes du village français.

Il n'avait pas revu Samantha depuis le début de la fête en l'honneur des élections, mais, en revanche, les autres Gryffondor l'avaient vu, lui et surtout son humeur exécrable. Il n'avait pas dormi, n'avait aucune nouvelle véritable de son amie, et n'avait pas trouvé l'ombre d'une réponse, à aucune de ses questions. Pire que tout, les théories qu'il avait échafaudées tout au long de la nuit, aussi folles qu'elles puissent paraître, ne l'avaient en rien rassuré.

C'était de donc de fort méchante humeur qu'il était descendu prendre son petit déjeuner ce matin-là. Et qu'il partit assister à ses cours de la journée.

Ni Hermione ni Ron ne lui adressèrent vraiment la parole. La jeune fille était encore sensiblement choquée par la nouvelle, et le roux ne cessait de lui jeter de rapides coups d'œil inquiets. Il n'y avait de toute façon rien à dire. Rien à débattre. Ils n'auraient pu tirer de vraies conclusions de tous ces événements, et Harry rechignait à leur exposer les siennes.

Les visages, à la table des professeurs, offraient des expressions très variés. Certains, comme McGonagall, Hagrid ou encore Sinistra, broyaient du noir. D'autres souriaient vaguement, probablement ravis du résultat des élections. D'autres encore, et principalement Zénobie, ne partageaient ni la joie ni la consternation des autres. Harry nota sans y prêter attention qu'elle se montrait plutôt hésitante dans le comportement à adopter.

Et Amphitryon Drakomlès brillait par son absence.

Jamais Harry ne l'aurait avoué à quiconque, non plus qu'à lui-même, mais il avait le vague sentiment de chercher vainement ses repères. Il y avait eu dernièrement trop de changements – Dumbledore parti, Fudge démissionné… – et cela lui donnait l'impression que tout, peu à peu, était en train de changer, sans qu'il ne puisse rien y faire. Ce sur quoi il s'appuyait, ce qu'il s'était constitué comme soutien, semblait disparaître de sa vie. Il commençait à perdre un peu pied.

Mais non, jamais il ne l'admettrait. Etait-ce cela qu'avait ressenti Samantha en arrivant dans le monde des Sorciers ? Avait-elle eu le sentiment de se noyer dans un monde inconnu ? Non, non et non, ce qu'elle avait vécu – et vivait peut-être encore, comble de l'horreur – n'avait sans doute aucune commune mesure. Lui-même ne traversait rien de ce genre. Il ne pouvait tout simplement pas.

Vivement que Dumbledore revienne, se surprit-il à souhaiter. Le vieil homme lui avait sans doute caché bon nombre de choses, et conversait certainement nombre d'autres secrets, mais il était un pilier rassurant dans l'univers de l'école… Dans cette période de troubles, il lui manquait plus que jamais. D'autant qu'il ne parvenait à accorder sa confiance ni à Amphitryon Drakomlès, pourtant recommandé par le vieux mage lui-même, ni à Ethan Palmirya. Et que Samantha finirait tôt ou tard par vraiment craquer.

N'était-ce d'ailleurs pas déjà le cas ? Elle avait toutes les raisons pour s'effondrer. Elle qui était déjà bien malmenée par ses tout premiers mois en tant que sorcière, elle perdait à nouveau des personnes proches d'elle. Par la faute de Voldemort. Il y avait là quelque chose de profondément injuste.

Pourquoi diable s'en prenait-il à elle ? Pourquoi elle, pourquoi maintenant ? Il n'y avait aucun sens à tout cela. Et de quoi en perdre son latin.

La matinée se passa sans heurt, mais le cours du professeur Rogue n'avait rien de commun avec ceux qu'il dispensait d'ordinaire. Il avait perdu toute son agressivité. Il se contenta de réciter ses notes d'une voix monocorde, prenant à peine garde à ce qu'il faisait, et encore moins à ce que faisaient ses élèves, un peu comme le professeur Binns, l'insouciance en moins et l'abattement en plus. Même les Serpentard ne purent que regarder avec incompréhension l'état de leur professeur. Il n'était que l'ombre de lui-même.

Personne ne comprenait ce changement radical survenu chez un homme aussi hargneux que Rogue. Personne ne le pouvait, Harry en était sûr. D'autant qu'il avait remarqué les regards fébriles que le professeur jetait de temps à autres à son bras gauche. Il ne savait ce qu'il devait en penser mais, de toute manière, la raison de ce geste était évidente à ses yeux : Voldemort avait cessé de tenir son agent infiltré des dernières actions de son armée personnelle.

Harry n'avait pas envie de se demander si cela devait l'inquiéter ou non. A dire vrai, il attendait que Dumbledore donne son propre avis sur la question, il savait toujours interpréter les actions de chacun. Mais il n'était pas là.

Merde ! Etait-il donc si impuissant lorsque le vieux mage était absent ? Il avait pourtant déjà eu à se sortir d'un bon nombre de situations inextricables sans lui… Il allait devoir se ressaisir. Et vite. D'autant qu'aujourd'hui encore, les membres de l'Armée de Dumbledore comptaient sur lui.

Mais il était si fatigué…

Le cours de Métamorphoses ressemblait un peu plus à ce qu'il devait être. Le professeur McGonagall faisait de visibles efforts pour paraître un minimum naturelle. Largement aidée par son mépris affiché pour le jeune directeur de Sandarea, anciennement Meltingpot. Sa présence semblait la galvaniser et lui faire oublier tout le reste.

Sa présence, en effet, car le jeune Amphitryon Drakomlès se tenait fièrement aux côtés de la directrice des Gryffondor, tout sourire. Après avoir échangé un regard surpris face à un Rogue totalement amorphe, les élèves échangèrent cette fois-ci un regard face au sourire déplacé de leur nouveau directeur. Il y avait quelque chose d'étrange à voir le jeune homme se comporter d'une telle manière devant eux.

Une fois que tous les élèves se furent assis et firent enfin silence – quoique ce dernier détail fût très vite réglé – il s'avança d'un pas sous le regard réprobateur de McGonagall et se racla légèrement la gorge – faisant par la même occasion frémir quelques adolescents se souvenant trop bien des habitudes d'une certaine Dolorès Ombrage…

-Bonjour à tous, lança-t-il d'une voix claire et étrangement chaleureuse pour quelqu'un comme lui. Certains d'entre vous ont peut-être remarqué que je n'étais pas présent ce matin…

Il jeta un rapide coup d'œil d'enfant pris sur le fait à McGonagall qui lui fit signe de continuer, l'air sévère.

-Bon, ça arrive de rater des petits déj… commença-t-il avec désinvolture.

-Amphitryon, grogna McGonagall sur le ton d'une mère réprimandant son fils.

-Ça va, ça va je m'excuse ! s'écria-t-il, vaincu mais souriant toujours. En tant que directeur je me dois d'être là, j'ai compris. Vous êtes vraiment pire que Maya, vous savez ?

Il récolta un regard meurtrier du professeur de Métamorphose et reprit d'un air contrit en tâchant de l'ignorer.

-Bon eh bien… Maintenant que ce souci est réglé…

McGonagall laissa échapper une vague expression de mépris mais ne dit rien. La plupart des élèves – tous ceux que l'annonce de l'attaque de Mangemorts en France n'avait pas plus perturbés que cela – se mirent à rire, ce qui sembla encourager le jeune homme.

-Bon, alors… comment présenter ça ? J'imagine que vous n'avez jamais vu Albus… euh, le professeur Dumbledore assister à aucun de vos cours, n'est-ce pas ?

Les Gryffondor échangèrent des regards surpris et haussèrent les épaules en faisant de légers non de la tête.

-Non, je m'en doute… C'est un homme très occupé, nota Drakomlès pensivement. Non pas que je ne le sois pas moi-même, ajouta-t-il d'un air gêné. Diriger deux écoles comme je le fais…

-Venez-en au fait, coupa le professeur McGonagall, agacée.

-Oui oui… Pour faire simple, je vais faire comme je le fais chez moi : à partir d'aujourd'hui, j'assisterai à quelques cours avec vous. J'aime beaucoup passer un moment avec les élèves que j'ai sous ma garde, et le professeur McGonagall a très gentiment accepté de me garder avec elle durant quelques-uns de ses cours de la journée…

Quelques filles se mirent à parler entre elles à voix basse, l'air visiblement ravi. Un peu comme si le professeur Lockhart était revenu parmi eux… Déprimant, songea Harry. Une main se leva fébrilement, aussi rapide que l'éclair. Celle d'Hermione, bien entendu.

-Oui, Miss euh…

-Hermione Granger, répondit-elle. Vous allez évaluer le professeur McGonagall ?

Des murmures s'élevèrent aussitôt dans la salle. Tous se souvenaient avec une certaine répugnance de Dolorès Ombrage et de ses mesures absurdes. McGonagall s'agita, surprise et indécise, essayant malgré tout de ramener le calme dans la salle. Harry, lui, scruta le visage du jeune homme. De sa réponse dépendrait peut-être la confiance qu'il accepterait de placer en lui. Ou pas.

Mais Amphitryon Drakomlès paraissait ne pas comprendre le sens de la question.

-Evaluer Minerva ? répéta-t-il, sincèrement étonné. D'où vous vient cette idée ?

-Je… Je vous expliquerai, intervint brusquement McGonagall, l'air secoué.

Elle le poussa doucement d'un coup de baguette dans le dos et revint à son bureau. Le directeur s'assit au dernier rang sous les regards incrédules de ses élèves et accorda toute son attention au professeur. Ou presque. Le cours se déroula sans incident, et Amphitryon put se faire une idée assez précise des différents caractères des Gryffondor.

Très astucieux, songea Harry. Ce furent du moins les mots qu'Hermione lui glissa à l'oreille une fois le cours terminé. Amphitryon Drakomlès retint Harry alors que McGonagall les lâchait enfin.

-Je te rejoins en bas de l'échelle, dit celui-ci à Ron avant d'aller retrouver Drakomlès dans le coin opposé de la salle. Vous vouliez me parler, monsieur ? demanda-t-il au directeur.

-Le jeune Harry Potter, dit Amphitryon en plongeant son regard dans celui d'Harry qui ne cilla pas. Le petit protégé d'Albus, ajouta-t-il avec un sourire. Il parle sans cesse de toi. Chaque fois que j'ai eu de ses nouvelles, il n'y en avait quasiment que pour toi et tes exploits. Tu es très important à ses yeux, tu le sais, ça ?

Harry se contenta de hocher la tête sans rien dire. Que pouvait-il répondre à cela ?

-Je ne vais pas te retenir trop longtemps, j'imagine que tu as autre chose à faire, reprit Drakomlès. J'aurais voulu savoir comment allait ton amie. Ça a dû être un sacré choc, ce qui s'est passé ce week-end…

-Elle est toujours à l'infirmerie, monsieur, répondit poliment le Gryffondor, peu enclin à dire quoi que ce soit d'autre.

-Ah, d'accord… J'irai demander des nouvelles directement sur place, alors.

Pensant que la discussion était terminée, Harry fit mine de s'en aller. Le directeur le laissa faire quelques pas avant de le rappeler.

-Autre chose, dit-il. J'aimerais que tu saches que je suis à ton entière disposition. Je sais bien que je ne suis pas Dumbledore, et qu'en conséquence tu ne m'accorderas pas la même confiance qu'à lui, mais je suis là s'il y a la moindre chose que je puisse faire…

Ils restèrent immobiles de longues secondes, se fixant droit dans les yeux. Le plus jeune jaugeant son aîné. Puis finalement, le professeur McGonagall leur rappelant sa présence d'une légère toux, Harry se décida à répondre un simple :

-Merci, monsieur.

Avant de s'en aller.

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Trelawney n'avait guère été différente des autres jours. En dehors de ses nombreuses lamentations concernant la malheureuse absence de Samantha – la pauvre, pauvre petite… Lavande Brown et Parvati Patil avait arboré des airs supérieurs tout le long du cours. Et Harry avait grogné face à leur dédain.

-Ne fais pas attention à elles, lui avait chuchoté Ron. Elles sont toujours comme ça.

Ce que Harry désigna comme le pire moment de sa journée fut celui où son chemin croisa celui d'Ethan Palmirya, ennemi s'il en fut – et très certainement rival dans son esprit, bien qu'il n'y crût pas lui-même.

-Je te cherchais, avait déclaré le Serdaigle.

Harry l'avait fixé sans un mot, durement. Il ne voulait qu'une chose : que cet individu douteux tienne ses distances avec lui et Samantha. Mais Ethan semblait bien déterminé à leur imposer sa présence.

-Qu'est-ce que tu veux ? avait fini par cracher Harry.

-Des nouvelles de Sam, répondit Ethan avec fermeté.

C'était dit, même implicitement : il ne repartirait pas sans avoir eu ce qu'i voulait. Harry soupira.

-Va voir à l'infirmerie, lui lança-t-il.

-Elle n'y est plus, répliqua Ethan.

Harry dissimula du mieux qu'il put sa surprise, son soudain empressement… et son exaspération. Que ce bellâtre de Palmirya, personnage digne de méfiance, ait songé à lui rendre visite avant lui le gonflait de colère. Alors qu'on lui avait refusé l'entrée, à lui, ami et surtout petit ami reconnu de la jeune fille – bien que plus officiel que réel… Il y avait quelque chose chez le Serdaigle qui le rendait vraiment furieux.

-Alors, elle doit être à la Salle Commune, répondit-t-il avec tout le naturel dont il était capable, avant de lui tourner le dos pour s'y rendre lui-même.

-Harry ! s'écria alors Ethan. J'ignore pourquoi tu me détestes à ce point, mais je maintiens ce que j'ai dit : ordonne, et je ferai.

Harry haussa les épaules et s'éloigna sans un regard pour Ethan, Ron sur les talons – une fois qu'il se fut excusé d'un sourire contrit auprès de ce dernier.

Ils retrouvèrent Hermione dans la Salle Commune, en compagnie de Ginny… et Samantha. La jeune brune, emmitouflée dans un épais châle d'une couleur indéfinissable, s'était recroquevillée au fond d'un des trop rares fauteuils de la tour, face au feu ronflant. Harry s'en sentit soulagé. Il avait craint qu'elle n'ait purement et simplement disparu… mais elle était là, bien vivante et visiblement en bonne santé. Bien que toujours un peu choquée, sans aucun doute.

Elle sourit faiblement en voyant approcher Harry.

-Comment tu te sens ? lui demanda-t-il.

-Comme dans du coton, dit-elle d'une petite voix. C'est doux et ça empêche de réfléchir… ça fait dormir aussi…

Il passa une main dans ses cheveux, tandis qu'elle fermait les yeux.

-Tu devrais aller te reposer.

-Non, je me suis assez reposée pour les dix jours à venir, au moins.

-Bien.

Il s'assit en silence sur le tapis, près des deux autres jeunes filles. Ron l'imita. Hermione et Ginny poursuivirent le plus naturellement possible leur conversation, malgré le silence qui s'était installé autour d'elles. Harry leur fut reconnaissant de faire tant d'efforts. Mais Samantha ne l'entendait pas de cette oreille. Pas vraiment.

-Y a-t-il eu un article ce matin ? demanda-t-elle brusquement. Sur les élections.

-Euh… Oui, répondit prudemment Hermione. Rien de bien intéressant… Juste un récapitulatif des années de Fudge au Ministère, et un profil de Maximilien Moon et de ses idées…

-D'accord, fit Samantha, songeuse. Tu voudras bien me le prêter ? Je n'étais pas là ces six dernières années, alors ça pourrait me permettre de rattraper un peu mon retard…

-Si tu veux, oui…

-Super, sourit Samantha.

Elle se renfonça au fond de son fauteuil et se perdit à nouveau dans ses pensées. Sombres, très sombres, songea Harry non sans un pincement au cœur.

-Eh, Sam ! Tu connais la dernière ? s'exclama soudain Ginny avec un enthousiasme visiblement forcé.

La jeune brune émergea partiellement de sa fixation silencieuse des flammes pour reporter son attention sur son amie.

-Il paraît que le nouveau directeur aime se faire passer pour un élève ! expliqua Ginny, espérant sans doute ranimer un peu l'éclat qui s'était absenté du regard de Samantha.

-Oh… fit-elle seulement.

-Oui, on l'a eu, marmonna Ron.

-C'est vrai ? fit Ginny, surprise. Et ? Qu'a-t-il fait ?

-Rien, il s'est contenté d'écouter le cours comme n'importe quel élève, répondit-il en haussant les épaules.

-Ou presque, rectifia Harry. Il en a profité pour observer chaque élève.

-Bien entendu, à quoi tu t'attendais ? répliqua Hermione. Ce qui m'étonne, par contre, c'est qu'il arrive à trouver le temps pour faire ça…

Personne ne répondit, et la discussion fut close. Quant à faire sortir Samantha de sa léthargie, la tentative fut un échec retentissant.

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Il était impossible que cette journée finisse aussi bien, et Harry le savait. Dès le moment où il quitta la Salle Commune pour se rendre dans la Grande Salle où le dîner les attendait, il sut qu'il allait arriver quelque chose de très peu agréable. Quoi, il l'ignorait. Mais il était prêt – et surtout très irritable.

Comme un mauvais présage, Samantha l'avait gentiment mais fermement repoussé lorsqu'il avait voulu lui parler, savoir s'il pouvait faire quelque chose pour elle. Ce geste avait été à ses yeux comme une accusation, une façon de lui signifier qu'il était inutile et qu'elle n'avait pas besoin de lui. Dans son esprit, s'était formée la certitude qu'elle préférait se confier à Ethan Palmirya.

Lequel le retint avant même qu'il n'ait descendu les dernières marches de l'escalier de marbre.

-Où est-elle ? demanda-t-il d'emblée.

-Là-haut, répondit laconiquement Harry.

Ethan serra les dents, agacé mais faisant de son mieux pour se contenir. Harry en ressentit une pointe de satisfaction, voir le jeune homme dans un tel état face à lui était plutôt réconfortant.

-Ça t'amuse de me voir m'inquiéter comme ça ? grinça Palmirya. Très bien, je m'en souviendrai. J'avais imaginé que tu étais quelqu'un de meilleur que ça.

Il le fixa d'un air mauvais et fit demi-tour, rejoignant la petite blonde qui l'accompagnait toujours avant d'entrer dans la Grande Salle. Harry eut un instant d'hésitation, très court, puis entra à son tour, assez fier de lui.

Les habitudes avaient très vite repris leurs droits sur Poudlard depuis que l'angoisse des élections s'était dissipée. Pour ainsi dire, seuls les amis proches de Samantha, et quelques professeurs inquiets, ne paraissaient pas partager le soulagement général et gardaient des mines plus ou moins attristées. Mais, en dehors de cela, le château avait retrouvé son atmosphère ordinaire.

C'en était parfois enrageant. De savoir que tous avaient repris leur petit train-train quotidien avec tant d'insouciance quand le malheur s'abattait sur l'un d'entre eux… Il savait pourtant qu'il ne pouvait pas leur en vouloir, mais son sentiment d'impuissance le poussait à vouloir que la terre entière souffre avec eux, avec elle…

Il mangea rapidement, pressé de retrouver Samantha, même s'il ne pouvait l'aider que par sa présence, qui ne signifiait plus grand-chose aujourd'hui. C'était assez étrange, quand il y pensait. Le monde entier croyait qu'ils étaient ensemble… Personne n'avait encore remarqué la distance qui s'était peu à peu instaurée entre eux depuis la parution de l'article officialisant leur couple. Personne n'avait rien vu. Et eux ne disaient rien. Ils cachaient leur rupture comme ils avaient caché leur relation, mais qu'est-ce que cela pouvait bien leur apporter ?

Ils n'en avaient à dire vrai jamais discuté. Mais ni l'un ni l'autre n'avait jamais fait la moindre allusion au fait qu'ils s'étaient séparés… et aucun ne songeait à le faire. C'était… embarrassant… Plus encore peut-être que quand ils sortaient ensemble en secret – ce qui n'avait guère duré. Comment avouer la vérité quand le monde était suspendu à toute l'histoire de votre vie ? Avant cela, jamais il n'aurait pensé qu'être célèbre pouvait être si frustrant, si handicapant. Il ne pouvait plus rien faire sans que les journaux en fassent immédiatement leurs choux gras.

C'était frustrant. Navrant. Extrêmement rageant.

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Son repas rapidement avalé, le Gryffondor n'attendit pas ses amis et sortit de la salle, prétextant vouloir retrouver Samantha. Bien que ce fût effectivement la raison première de son départ, il apparut très vite, une fois dans le hall, qu'il appréhendait de la revoir si vite. Elle était si… absente… Il n'était pas sûr de pouvoir supporter de la voir dans cet état. Et pourtant, il ne pourrait pas y échapper longtemps.

Il arpenta au hasard quelques couloirs, perdu dans ses pensées. Il était fatigué de toujours se reposer les mêmes questions, mais il lui était impossible de les écarter, c'était pire qu'une nuée de moustiques dans un marais. Pourtant, alors qu'il errait depuis de déjà longues minutes, une exclamation de colère le tira de ses pensées. Il releva la tête et attendit quelques secondes, pensant avoir rêvé. Mais quelqu'un grognait vraisemblablement tout près.

Haussant un sourcil, Harry s'approcha lentement du croisement et risqua un œil dans le couloir perpendiculaire. Malefoy se tenait non loin, près du mur. Harry se recula légèrement pour se cacher, surpris. Il ne l'avait pas vu quitter la Grande Salle, il l'y croyait toujours avec ses amis… Il s'était visiblement trompé. Il fut plus stupéfait encore d'entendre de vagues grondements de colère. Il regarda à nouveau, plus attentivement.

Le visage du Serpentard était dissimulé à la vue, son front posé contre la pierre froide du mur, son poing serré juste à côté. De loin, on aurait pu jurer un adolescent totalement abattu. Peu probable…

-Comment veulent-ils que je fasse ? marmonna-t-il soudain, la voix peu assurée. Je n'y arriverai jamais, et ils le savent, ils le savent !

Il frappa le mur de son poing.

-Je ne peux pas faire ça, je ne peux pas…

A son plus grand effarement, Harry crut un instant avoir entendu la voix de Dragon Malefoy trembler. Il fronça les sourcils. Que pouvaient-ils bien avoir demandé à Malefoy qu'il se sentait incapable de faire ? Et… qui étaient ils ? Tout cela n'avait rien de rassurant.

Malefoy releva soudain la tête, comme s'il avait entendu un bruit. Il s'écarta vivement du mur en grognant un « Merde ! » avant de s'enfuir le plus discrètement possible.

Harry resta immobile au milieu du couloir. Il y avait trop de mystères ces derniers temps au château, pour leur propre bien à tous.

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La Salle Commune était vide, les élèves de Gryffondor terminant en ce moment même leur repas au rez-de-chaussée. Seule, Samantha était encore terrée au fond de son fauteuil face aux flammes rougeoyantes. Encore un peu sonné par sa rencontre avec le Serpentard aux cheveux blonds, il remarqua à peine la fiole bleu nuit qu'elle tournait et retournait dans sa main.

Cependant, il comprit soudain ce qui le gênait depuis son retour de l'infirmerie. Il poussa un cri de surprise, faisant sursauter la jeune fille.

-Tes cheveux, dit-il simplement en la pointant du doigt.

Elle prit doucement une mèche de ses cheveux et l'amena devant ses yeux sans paraître s'émouvoir de quoi que ce soit. La mèche qu'elle regardait était rouge sang.

-Elles ont repoussé, dit-elle simplement avant de la laisser retomber.

-Je vois… C'est bien, non ?

-Peut-être bien… admit-elle, presque à contrecœur.

Elle avait posé ses mains sur ses genoux repliés, enserrant la fiole entre elles et fixait le feu. Harry s'assit sur le sol et contempla lui aussi la cheminée, les bras autour des genoux.

-Je… reprit-elle. Je ne les aime pas… je crois.

-Pourquoi ?

-Je ne sais pas… Elles me mettent mal à l'aise, parfois. Je t'ai déjà dit qu'elles étaient naturelles, non ? Comment peut-on avoir des cheveux aussi rouges naturellement ? Ça n'arrive jamais, même chez les sorciers, c'est toi-même qui me l'a dit…

-Je ne pense pas que ça soit si grave, tu sais, tenta de la rassurer Harry. Il arrive des tas de choses bizarres dans le monde de la Magie, et même le plus savant de tous ne peut pas tout expliquer.

-C'est possible…

Le silence revint un court instant. Harry se sentit tellement gêné qu'il ne put s'empêcher de reprendre la parole.

-C'est quoi ?

-Quoi donc ?

Il désigna du menton la fiole qu'elle tenait toujours précieusement sur ses genoux.

-Oh, ça… C'est pour mes migraines, expliqua-t-elle lentement. Madame Pomfresh m'a dit que l'autre n'avait aucun effet, alors elle m'en a préparé une nouvelle. Elle dit que celle-ci sera vraiment efficace…

-L'autre n'avait aucun effet ? s'étonna Harry.

Il grimaça, songeant à ses propres maux de têtes, dus à Voldemort et qui avaient, Merlin merci, disparu aujourd'hui. Il y en avait qui n'avait pas cette chance.

-Non, enfin c'est ce qu'elle m'a dit. Il semblerait que j'en ai eu une hier…

-Il semblerait ? répéta Harry.

-Euh, oui… Je ne m'en suis pas bien rendue compte, j'étais… effondrée…

Sa voix se brisa et elle baissa la tête. Se sentant coupable, Harry posa une main sur les siennes, continuant de fixer le feu. Il n'y avait pas grand-chose à faire de plus, et il le savait.

-C'étaient… ma meilleure amie Elodie, et ma grand-mère… dit-elle pourtant, la voix tremblante. Elles habitaient dans le même village, et…

Harry resserra sa main sur les siennes. Elle avait besoin de parler, et il ne pouvait pas lui demander de se taire, même si c'était dur, pour tous les deux. Intérieurement, il hurlait d'impuissance.

-Je n'ai plus que mes parents, tu sais ? murmura-t-elle. Et ils sont si loin… Ils sont loin, mais ils se font tuer…

Elle éclata soudain en sanglots et se jeta dans les bras d'Harry qui la serra fort contre lui en tâchant d'ignorer sa propre peine.

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-Il prépare quelque chose, c'est sûr.

-Mais Harry, que pourrait-il bien faire ? Il est à Poudlard, l'endroit le mieux protégé de toute l'Angleterre. S'il avait pu faire quelque chose, tu ne crois pas qu'il l'aurait déjà fait ?

-Tu oublies que Dumbledore n'est plus ici, Hermione. Et que la menace vient de l'intérieur même de l'école.

-Tu crois que ça pourrait avoir un lien avec… la vision que tu as eue ?

Hermione, Ginny, Ron et Harry étaient assis en cercle dans un coin de la Salle Commune quasi déserte et débattaient à voix basse de Drago Malefoy. Le Survivant leur avait raconté dès qu'il avait pu l'étrange scène à laquelle il avait assisté. Cela avait déclenché chez ses amis quelques vagues d'inquiétude et d'incrédulité parfaitement compréhensibles. Il regarda Ginny et hocha la tête avant de lui répondre.

-C'est possible, je n'en sais rien. Mais de toute manière, il faudra le tenir à l'œil. Je suis sûr qu'il va bientôt arriver quelque chose, et ça sera à Malefoy qu'on le devra.

-Si tant est qu'il arrive quelque chose…

-Hermione ! C'est de Malefoy dont nous parlons ! s'exclama Ron. Bien sûr qu'il fera quelque chose !

-Et nous devons à tout prix découvrir ce que c'est, ajouta Harry. Je trouve qu'il nous arrive déjà assez de malheur comme ça. Si je peux prévoir ce qu'il compte faire, je pourrais bien empêcher une autre catastrophe de se produire.

-Je trouve que tu exagères un peu, Harry, nuança Hermione, l'air peu convaincu.

-Je préfère prévenir que guérir, Hermione, lui répondit Harry avec fermeté.

-Bien, soupira-t-elle. C'est toi qui vois.

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Le bureau du directeur de Poudlard était plongé dans une vague pénombre et un silence quasi religieux. Rien ne bougeait, pas même du côté du perchoir de Fumseck, libéré pour quelques temps de son occupant. Seules les ombres dansaient au rythme des flammes ronronnantes s'élevant dans l'âtre. L'atmosphère était indolente, endormie, chaleureuse. La présence de son ancien occupant imprégnait encore le lieu.

La porte avait été refermée avec douceur, presque à regret, et la clé tournée dans la serrure dans un très léger cliquetis inévitable. L'air avait vibré d'un furtif froissement de tissu, puis plus rien. Il n'avait plus fait un geste depuis lors, craignant de troubler le calme de la pièce.

C'était ainsi chaque soir, lorsque venait l'heure pour lui de venir ici pour y passer la nuit. Il se demandait encore comment il avait pu accepter de dormir dans les appartements du vieux mage, d'occuper son propre bureau, alors que lui-même n'était qu'un intrus ici. Un intrus de passage.

Il sentait sur chaque parcelle de sa peau les effluves de la puissante magie du sorcier. Chaque molécule d'oxygène portait le parfum de sa bienveillance. Chaque couleur, chaque objet éveillait en lui d'anciens souvenirs de moments partagés avec lui. Ce bureau, pour simple qu'il fût, ressemblait pour lui à un sanctuaire où tout rappelait Albus Dumbledore. Il s'y sentait presque de trop.

Bien sûr, l'adjointe de son vieil ami ne cachait pas son mécontentement de le voir ici. Aussi bien dans ce bureau qu'à la simple place de directeur. Elle n'avait jamais voulu lui dire ce qu'elle lui reprochait, mais ses regards sévères n'échappaient à personne. Il laissa échapper un soupir à la simple idée que cela ne l'aidait pas à asseoir son autorité. Il avait dans l'idée que son intégration dans cette école était plus difficile que dans la précédente. Il n'était plus très sûr d'y arriver.

Il n'avait pas pris son premier poste dans une école figée dans les anciennes traditions, encore moins dans un état en guerre.

Mais Albus l'avait jugé assez digne de confiance pour lui avoir confié Poudlard et le jeune Potter, les seules choses qui aient jamais réellement compté pour lui. Cette pensée seule suffisait toujours à lui redonner courage. Il pouvait le faire, et il allait le faire. Il voulait pouvoir dire à Albus qu'il avait eu raison de compter sur lui. Il voulait que le vieil homme puisse être fier de lui.

Il voulait simplement protéger ce qui était cher à Dumbledore.

Il embrassa une dernière fois le bureau du regard, et sourit. Albus pouvait lui faire confiance. Harry Potter pouvait lui faire confiance. Et tous les autres aussi. L'école était en de bonnes mains.

Il traversa la pièce et s'enferma dans la chambre de son ami. Cette nuit encore, il allait dormir avec l'essence d'Albus Dumbledore autour de lui.

Fin du chapitre 27…

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Petite note de l'auteur

Un chapitre écrit en quelques jours, y croyez-vous ? Pour fêter avec vous l'année 2007, je me suis coupée en quatre pour vous offrir ce chapitre 27 le 1er janvier. J'espère, et j'y crois de tout mon cœur, que cette année sera meilleurs pour vous que ne fut 2006. Car pour vous comme pour moi, il semble que cette année à présent terminée n'ait pas été porteuse de beaucoup de bonheur. Alors crions-le ensemble :

2007 sera l'année du bonheur !

DreamAngel7