Voilà enfin la suite. Merci d'avoir attendu si longtemps. Les derniers chapitres suivront vite. Promis.

Chapitre 4: Désespoir

Depuis combien de temps sommes-nous ici? Des années ? Des mois ? Des semaines ? Non, quelques jours, je suppose… Pas plus… Et je vais devoir reprendre "contact" avec le wraith… déjà…

Je ne veux pas. J'appréhende ce moment avec angoisse. Le moindre mouvement, le moindre bruit me met en alerte. Des coulées de sueur froide descendent le long de mon dos. Mon souffle est plus rapide… Dans ces moments là, je ne suis plus capable de me concentrer sur mon but, mon corps est secoué de spasmes nerveux… Heureusement, le plus souvent, c'est quand Rodney dort que je me laisse aller à la panique. Il doit garder confiance en mes capacités…

Kevin ne réagi toujours pas à mes provocations, mais je sens que je vais bientôt faire mouche. Les canons tremblent déjà. J'espère que je ne fais pas tout ça pour rien. Si je ne survis pas, il faut au moins, que lui s'en sorte…

Je ne veux pas mourir. Pas ici, pas comme ça. Je ne veux pas devenir un vieillard, ni un cadavre décharné. Je ne dis pas que je veux mourir en héros, mais je ne veux pas mourir… pour rien.

Je me tourne vers Rodney. Il est replié sur lui-même, dans un coin… Il me semble trop pâle, presque maladif. Il va me faire une crise d'hypoglycémie, si ça continue. Je dois me ressaisir. Je n'ai pas le droit de perdre mon self contrôle. Sa vie est entre mes mains. Je n'ai pas le temps de me lamenter sur mon sort.

- Mangez, Rodney.

- Non

Sa réponse a fusé. Il lance un regard affolé de l'autre côté de la cellule. Je suis ses yeux. Le plateau est vide… ou presque. Il reste un gâteau. Non, un demi-gâteau.

- Rodney, mangez ça. Je ne veux pas que vous plongiez dans le coma.

Il détourne la tête. Il pleure.

Oh non!

Il craque. C'est trop tôt, il faut qu'il tienne encore un peu.

Je décide de prendre les choses en main. J'avale la dernière bouchée de nourriture sous son regard inquiet et renvoie le plateau. Puis je m'approche de lui et le serre dans mes bras. Nous ne sommes plus que deux corps entrelacés… Condamnés.

Il semble si fragile. Je voudrais tellement lui transmettre de ma force, mais je n'en ai plus vraiment en ce moment… Je voudrais lui faire oublier ce qui nous entoure, mais rien ne le peut. Je me sens si inutile. C'est tellement frustrant, mes sentiments ne seront pas suffisants pour le sauver.

- Rodney, vous devez être fort. Ne vous laissez pas aller ainsi. Un an c'est peu.

- Je suis un monstre, John. Je veux manger. Je veux que vous me nourrissiez. Je ne pense qu'à ça. Je suis tellement… égoïste… c'est pas nouveau, mais… pas à ce prix là !

- Rodney, c'est normal.

Je resserre mon étreinte. Ses peurs réveillent d'anciennes images. Je réprime un frisson. Si je veux qu'il aille mieux, je dois le rassurer. Je le cale contre moi, caressant ses cheveux pour l'apaiser… et je commence mon histoire.

- Je vous ai dit que j'ai fait l'Afghanistan, non? J'ai failli y laisser ma peau plusieurs fois. Mais il y a une fois où j'ai senti la mort plus que les autres. J'étais avec mon meilleur ami, mon équipier… nous étions pourchassés par des barbares. Nous savions que si nous étions pris, c'était la mort… mais une mort lente… lacérations, mutilations… nous avions eu l'occasion de voir les restes d'autres soldats… Nous étions donc en train de fuir… Les balles sifflaient de tout cotés. Il a été touché. Je ne sais pas où… Je ne l'ai jamais su… Je l'ai entendu crier puis il est sorti de mon champ de vision. Je ne me suis pas arrêté. Je ne me suis même pas retourné.

J'ai profité de ce temps de répit pour m'échapper. C'était mon meilleur ami.

Je ferme les yeux, la scène défile devant moi. Je me tais. Aujourd'hui, l'homme qui est avec moi n'est pas seulement mon équipier. Il n'est pas seulement mon meilleur ami… Il est beaucoup plus. Aujourd'hui, je me retournerais. Je le porterais quitte à tomber avec lui.

Pourtant, je ne dois pas le lui montrer…

- Quand la survis est en jeu, Rodney, il est normal de ne penser qu'à soi au mépris des autres.

- John… Vous vous sacrifiez pour moi. Vous vous préoccupez plus de ma vie que de la votre.

Shit !

S'il comprend que mon action n'est pas qu'héroïque, je vais avoir des problèmes. Je ne peux pas lui dire que je tiens à sa survie pour des raisons… peu avouables…

- Je suis un militaire, Rodney. Un soldat peut facilement être remplacé par un autre. Mais vous… le chef scientifique, astrophysicien de génie… combien faudrait-il d'hommes pour reprendre votre poste ?

Il ne dit rien. Est-il convaincu ? Le silence nous entoure. Je le berce tendrement et il finit par s'endormir dans mes bras. Mes doigts courent sur son corps. Un corps d'homme, un corps rond, un corps doux… un corps que j'aime, un corps que je veux protéger, un corps que je ne veux pas lâcher. Un corps… Non, une âme. Une âme que je ne veux pas quitter, une âme qui complète la mienne, une âme qui me permet d'être moi-même… Une âme… Celle de l'homme que j'aime.

- Kevin ?

Je l'entends se lever. Puis, je sens son souffle dans mon cou.

- Oui, humain ?

Il suinte l'animosité. Je repousse doucement Rodney contre le mur et me lève pour lui faire face.

- Six mois.

Un sourire mauvais se dessine sur son visage. Il s'approche des barreaux. La peur m'envahit à nouveau alors que je fais un pas vers lui. Mon corps se met à trembler. L'appréhension. Je sais ce qui m'attend… Oui, je ne le sais que trop bien.

- Je croyais que tu ne me craignais pas, humain…

Il se moque de moi. Ses doigts frôlent mon torse, provoquant des frissons d'horreur dans tout mon corps. Je réprime un réflexe de fuite. Je lutte contre ma raison qui m'ordonne de m'éloigner… Cet être est ma mort… Je ne dois pas flancher.

- Tu n'es pas un wraith effrayant, Kevin. Tu n'es pas le premier de ton espèce que j'observe à travers des barreaux… sauf que la dernière fois, j'étais dehors.

- Tu mens.

Ses griffes se plantent dans ma chair. Un sursaut de terreur me prend. Mais je garde le contrôle de moi-même.

- Je ne mens pas. Et tu le sais. C'est pour ça que tu es en colère. D'ailleurs, Steve était bien plus imposant que toi.

- C'est impossible, humain.

Ca y est, il aspire ma vie. Et il a décidé de me torturer… Ce n'est que le juste retour des choses. Il me fait payer mon "insolence".

Il est lent. Très lent. La douleur irradie. Je m'accroche à son bras… pour tenir debout. Il m'arrache des larmes de souffrance. Mais je continue à jouer les héros et je plante mes yeux dans les siens.

- Tu m'appelles "humain" depuis quelques temps, Kevin… mais tu fais erreur. Je suis un "atlante". Nous sommes des atlantes tous les deux. Nous avons ressuscité la cité et nous sommes revenus… pour vous exterminer.

- Tu mens.

Il assure sa prise. La colère déforme ses traits. Je me retiens de crier. Je ne dois pas réveiller Rodney. Non, je ne dois surtout pas le réveiller… Je m'affaibli de plus en plus. Mes yeux se troublent. Mes jambes se dérobent. Tout vacille, je sens que je vais m'écrouler… Mais je suis comme aimanté à sa main. Je ne fais plus qu'un avec lui, je ne suis plus qu'une extension de son bras. Toute mon essence est attirée vers lui, elle se presse pour quitter mon corps… Il me prive de mon énergie… Et il prend son temps… puis d'un coup, il s'arrête. Il n'a pas dépassé. Il s'est contrôlé au dernier moment… Ce n'est pas plus mal, mais bon… les canons tremblent.

Je me traîne près de Rodney et m'endors. Je voudrais que mes rêves m'emmènent loin… Très loin d'ici… Sur Terre par exemple… Dans un monde sans wraiths… sans cauchemars éveillés… sans douleur… sans…

Ma mort imminente.

- John ! John ! Réveillez-vous ! John !

Je sursaute. Rodney est devenu une pile électrique. Ses yeux semblent affolés, mais un sourire illumine son visage. Sommes-nous rentrés sur Atlantis ?

- Il a rompu le contrat, John ! Regardez votre poitrine ! Il s'est servit pendant que vous dormiez. John, il…

- Rodney !

Il se tait d'un coup. Je le couve du regard. Il sait ce que je vais dire, il sait que son espoir est infondé. Mais ça me brise le cœur de le lui confirmer…

- Rodney, Kevin n'aurait pas pu me faire ça sans que je m'en rende compte.

Son visage se décompose, j'y lis de la déception. Mais je n'ai pas la force… son désespoir est trop lourd pour moi. Je suis vidé… littéralement… Je change de sujet:

- Il faut déplacer le plateau, s'il vous plaît, je ne peux pas bouger…

D'un bond, il se retourne.

- Non, non, non… non… NON !

De murmure, sa litanie se transforme en hurlement. Je me force à rester calme.

- Rodney, pouvez-vous m'apporter un peu de viande… et de l'eau…

Il stoppe net, reprenant ses esprits. Il s'exécute. Je reprends quelques forces puis, je lui explique ce qui c'est passé pendant son sommeil.

- Vous avez… vous avez parlé de la cité ? Alors que nous nous éreintons à la cacher ? Alors que nous ne savons pas qui nous a capturé ? Mais vous avez perdu la tête, Major !

Je souris. Je retrouve enfin le Rodney Mckay que je connais. Celui qui râle continuellement, qui fait savoir qu'il existe, qui clame son immense génie et son indéniable utilité Celui qui proteste contre toutes les injustices possibles et imaginables causées… sur sa personne. Je suis rassuré. Je perds le fil de ses paroles. C'est agréable de le voir s'agiter ainsi…

Voilà ce que je ne veux pas perdre. Ce qui compte plus que tout. Je dois rester à ses côtés et prendre les coups à sa place… Ce n'est pas mon devoir de militaire qui me dicte ça… c'est juste que s'il mourrait… Non. Ce n'est même pas concevable.

- Rodney, je vais tenter quelque chose. Allez de l'autre côté… et mangez un peu !

TBC