Bon, à la demande générale de Delphlys, on va poster la suite.
Merci pour tes encouragements. C'est vrai que la fin est hyper frustrante… Mais les japonais comme les américains ont la chance d'avoir la traduction de la suite grâce à la saison 2 sortie en manga. Aaaaah… Je les envie ! Mais bon, ma fin à moi ne te décevra pas, juré !
Petite note pour ce chapitre
Son titre « Miroir » n'est pas du tout anodin. Sans me lancer de fleurs, je dirai que ce chapitre est un tour de force stylistique. Il faut presque lire les deux premiers blocs côte à côte pour comprendre l'effet miroir. S'il y a des ambiguïtés dans la compréhension, n'hésitez pas à demander la review.
Thème : Sad Song des SES (parce que le ton général du chap est triste et mélancolique)
Chapitre 4 : Miroir
Un jour, un très long et douloureux jour s'était écoulé depuis le coup de sang de Mayura…
Seule, cloîtrée dans sa chambre depuis qu'elle était rentrée de chez Loki, Mayura dépérissait. Elle était emmitouflée dans ses couvertures, les yeux rougis et gonflés par des larmes qu'elle avait beaucoup versées en arrivant… et qu'elle versait encore par moment.
Son père était désemparé. Elle n'avait pas prononcé un mot depuis 24 heures et ne se nourrissait presque pas. Il ne l'avait jamais vue aussi effondrée.
- Mayura… Ma chérie… disait-il avec patience. Raconte donc à ton papa ce qui se passe… hein ?
Pour toute réponse, la jeune fille réprimait un nouveau sanglot et rabattait la couverture sur elle, plongée dans son mutisme. L'homme soupira de nouveau et sortit de la pièce en silence.
Mayura retournait encore et encore dans sa tête ce fameux après-midi qui avait tout cassé, comme un mauvais cauchemar qui revenait pour la tourmenter. Elle revoyait tout au ralenti. Ses éclats de voix, le visage de Loki qui se refermait petit à petit, le manoir qui s'éloignait de plus en plus d'elle… Et plus elle le revoyait, moins elle comprenait.
- Pourquoi ? renifla-t-elle pour une unième fois.
Mais à quoi cela s'appliquait-il ? Pourquoi Loki lui avait caché des choses ? Pourquoi avait-elle dû parler de cela maintenant ? Pourquoi tant de violence dans les mots ?
Mais pourquoi avait-elle si mal ? Ca, elle le savait. Loki-kun était une personne chère à ses yeux. Et comme avec toute personne que l'on aime dont on s'éloigne, le cœur lui rappelait qu'elle avait fait une erreur.
- Loki-kun…
L'adolescente se redressa dans son lit et ouvrit un tiroir de sa commode d'où elle en tira une photo. Sur la petite feuille de papier glacé, un petit garçon à la chevelure châtaine roussée et à l'air bien espiègle lui tirait la langue en grimaçant.
Mayura ne put retenir un pâle sourire. C'était rare de voir Loki délaisser son masque de marbre pour faire l'idiot devant un objectif.
Quel enfant incroyable… Mignon, intelligent, sans peur, généreux… Le petit détective l'avait d'abord intriguée mais il lui avait fallu une seule aventure pour l'adopter et le suivre partout, même s'il n'avait rien demandé.
- Ah ah ! J'étais vraiment sans-gêne… reconnut-elle avec un faible rire.
Elle se tut et abaissa la photo sur ses genoux pour regarder le dehors. Si Loki était tout cela… Pourquoi avait-elle agi de la sorte avec lui ? N'était-elle pas son amie ? Et après tout ce qu'il avait fait pour elle, elle ne pouvait pas se montrer aussi égoïste. Loki pouvait être n'importe qui, cela changerait-il quelque chose à ses yeux ? Non, bien sûr, et elle le savait.
- Loki-kun sera toujours Loki-kun… J'ai été ignoble avec lui.
Mais… accepterait-il de lui pardonner ? Elle avait été si dure, si glaciale. Chaque mot qui était sorti était comme un poignard acéré qu'elle regrettait aussitôt d'avoir lancé. Mais c'était son coeur qui avait pris le dessus sur elle. Elle n'avait rien pu contrôler.
Elle avait aussi vu le regard de Loki qui s'était effondré petit à petit, tiré toujours un peu plus vers la culpabilité. Ce qu'elle s'était haïe à ce moment ! Elle était le pire des monstres !
- Loki-kun !
Elle se leva d'un bond et posa la main sur le téléphone. Elle s'arrêta aussitôt. Non. Elle l'avait blessé de face, elle s'excusera de face.
- Papa ! Tu as vu mes caches oreilles ?
Seul, enfermé dans son bureau depuis que Mayura était partie, Loki broyait du noir. Il était resté dans son fauteuil la plupart du temps, les yeux vides et ternes par des heures de sommeil refusées… et qu'il refusait toujours.
Ses fils étaient impuissants. Il n'avait rien dit depuis une journée et ne mangeait quasiment rien. Ils ne l'avaient jamais vu aussi renfermé.
- Loki-sama… Père… disait Yamino avec douceur. Je vous en prie, dites-nous quelque chose…
Pour toute réponse, le jeune garçon détournait de nouveau les yeux et pivotait sur son siège, plongé dans son silence. L'homme soupira de nouveau et sortit de la pièce en silence.
Loki retournait encore et encore dans sa tête ce fameux après-midi qui avait tout cassé, comme un mauvais cauchemar qui revenait pour le tourmenter. Il revoyait tout en accéléré. Son silence, le visage de Mayura qui s'ouvrait de plus en plus au désarroi, la jeune fille qui s'éloignait du manoir de plus en plus… Et plus il le revoyait, plus il réalisait.
- Pourquoi ? souffla-t-il pour une unième fois.
Et il s'appliquait à tout : pourquoi lui avait-il encore caché les choses ? Pourquoi ne pas avoir parlé de cela maintenant ? Pourquoi son silence ?
Et pourquoi avait-il si mal ? Ca, il le savait aussi. Mayura était importante pour lui. Et comme avec toute personne que l'on aime dont on s'éloigne, le cœur lui rappelait qu'il avait fait une erreur.
- Mayura…
L'enfant se redressa dans son fauteuil et ouvrit un tiroir de son bureau d'où il en tira une écharpe bleue. Il la prit et la porta à ses narines pour en humer longuement ce parfum si familier à ses sens. Mayura la lui avait laissée, le jour de l'exploration de l'hôtel.
« - Cadeau ! avait-t-elle décidé. Ca te fera un souvenir de moi ! »
Loki ne put s'empêcher de sourire faiblement. C'était rare qu'elle lui laisse un souvenir d'elle où elle ne faisait pas de gaffe.
Quelle drôle d'humaine… Jolie, survoltée, souriante, obsédée de mystères… L'adolescente l'avait d'abord surpris mais il lui avait fallu une seule aventure pour qu'elle l'intéresse et qu'il veille sur elle, même s'il n'avait rien demandé.
- Ah ah ! J'étais vraiment soumis… reconnut-il avec un faible rire.
Il se tut et baissa l'écharpe sur la table pour regarder le dehors. Si Mayura était tout cela… Pourquoi avait-il agi de la sorte avec elle ? N'était-il pas son ami ? Et après tout ce qu'elle lui avait apporté, il ne pouvait pas se montrer aussi égoïste. Mayura était ce qu'elle était, et ne lui portait-il pas des sentiments bien particuliers ? Si, bien sûr, et il le savait.
- Mayura sera toujours Mayura… J'ai été faux avec elle.
Mais… accepterait-elle de lui pardonner ? Il avait été si discret, si muet. Chaque silence qu'il avait gardé en lui était comme courant d'air qu'il regrettait aussitôt d'avoir conservé. Mais il avait pris le dessus sur son cœur. Il devait se contrôler.
Il avait aussi vu le regard de Mayura qui s'était enflammé petit à petit, projeté toujours un peu plus vers la déception. Ce qu'il s'était détesté à ce moment ! Il était le pire des monstres !
- Mayura !
Il se leva d'un bond et posa la main sur le téléphone. Il s'arrêta aussitôt. Non. Il l'avait blessée de face, il s'excusera de face.
- Yamino-kun ! Tu sais où est mon manteau ?
Dehors, la fraîcheur du soir tombant échauffait ses joues glacées. Les rues étaient désertes, comme si le temps avait été arrêté pour être juste avec cette personne si chère à ses yeux. Les questions se bousculaient dans sa tête au fur et à mesure que la distance jusqu'à son domicile se réduisait.
Un peu de souffle chaud sur ses doigts lui permit de faire une pause dans ses idées.
- Une fois là-bas, que lui dirai-je ?
Telle était la question, car si la pensée de base à lui dire était « Pardonne-moi », il y avait tant de choses qui lui restaient sur le cœur. Le besoin de lui dire que sa présence à ses côtés lui était douce, que leurs enquêtes ensembles faisaient partie des meilleurs moments de sa vie, la nécessité de lui rappeler que ce qu'il s'était passé n'a jamais été voulu et que le remord avait été sa seule compagne pendant cette longue journée de silence.
- On s'est retrouvés il y a si peu de temps, on ne peut pas rester ainsi.
A ces mots, sa démarche se fit plus décidée et plus rapide. Son cœur, empli de légèreté allongeait ses pas qui résonnaient dans la rue vide.
A fond de la poche de son manteau, bien serré entre ses doigts légèrement engourdis par le froid, l'objet qui lui appartenait. Celui qui lui avait fait comprendre qu'ils ne pouvaient pas s'éloigner ainsi. Pourquoi l'avoir emmené ? Peut-être pour se donner du courage ? A croire que toucher cette chose qui lui appartient allait lui transmettre de sa bonne énergie pour faire le vide dans sa tête et trouver les mots qu'il faut.
- Ah ah ah ! Si c'était si simple !
Pas besoin de cela. Plus ses pas l'approchaient de l'autre, plus les mots apparaissaient clairement dans son esprit, limpides comme de l'eau clair.
Un sourire se dessina sur ses lèvres. Tout ce qu'il fallait dire, c'était « Pardonne-moi et reviens ». Oui. Reviens dans ma vie, dans mon cœur et ne t'en éloigne plus, peu importe ce fossé entre nous. Ils avaient assez partagé ensemble pour pouvoir en faire fi.
Son souffle devint court à cause de sa course. Ses jambes s'arrêtèrent pour lui permettre de respirer. Une fine vapeur blanche se condensait devant ses yeux. Son regard se porta un peu plus loin.
- J'y suis.
Ses doigts se refermèrent un peu plus fort encore dans sa poche alors que ses pieds acheminaient les derniers mètres. Sa maison était à présent juste devant. Son cœur s'accéléra dans sa poitrine déjà comprimée par l'effort.
Un souffle de vent vint balayer la cour offerte à ses yeux. Quelques feuilles volèrent pour aller s'échouer un peu plus loin. L'obscurité commençait à pointer sa toile sombre de nuit.
Une grande inspiration après, le portail d'entrée était franchi. Sa tête se tourna vers l'habitation. Pas un bruit, pas un son hormis celui du vent, la demeure semblait endormie.
Quelques pas ensuite, la porte d'entrée lui faisait face.
Le dernier mur entre eux.
Sa main se leva et toqua trois petits coups secs.
La seule réponse qui lui parvint fut un sifflement aigu froid qui lui arracha un nouveau frisson.
Trois nouveaux coups.
Rien. La porte close devant ses yeux, le silence autour, le vide sous ses pieds, le froid dans ses entrailles. Son cœur se pinça douloureusement.
- Alors… Tu ne veux pas me voir ? Tu ne veux plus me voir ?
Ses poings tremblaient tant ils étaient serrés. Son regard tomba au niveau de ses pieds. Ses yeux s'échauffaient doucement mais rien ne put sortir. La douleur était telle qu'elle bloquait le reste.
Son corps fit demi tour et ses pieds se dirigèrent lentement vers le portail d'entrée. Autour, tout s'écroulait tel un château de cartes. Un silence avait tout détruit.
Il faisait noir à présent. Les lampadaires éclairaient de leur pâle lueur cette silhouette meurtrie qui marchait d'un pas lent, laissant le murmure de la bise hivernale engloutir le bruit de ses pas dans l'obscurité de la nuit.
La porte s'ouvrit.
- Agence Enjaku, bonsoir ! Pardonnez-moi, je faisais la cuisine… Oh ? Personne ?
- Bonsoir ! Excusez-le retard, j'étais au temple… Hein ? Personne ?
Ca va? C'était pas trop obscur? J'expliquerai au besoin. Kiss à tous!
