Delphlys : Lol plus que ma plus fervente lectrice, tu es ma seule lectrice! Ne t'en fais pas, je ne t'oublie pas. Après tout, si j'ai écrit cette histoire, c'est pour la poster. Kiss et merci!
Thème : Sayonara Solitia de Saeko Chiba (parce que c'est triiiiiiiiste ç-ç)
Chapitre 7 : Impure
- Loki-sama m'inquiète... chuchota Yamino à son frère. Depuis cette épreuve de courage, il n'a rien dit… Et Mayura-san qui n'est pas revenue… Narugami-kun a pourtant dit qu'ils s'étaient retrouvés, je ne comprends pas…
En effet, depuis la veille au soir, Loki n'avait soufflé mot. Son silence n'avait cependant plus rien à voir avec le mutisme de la dernière fois. Le dieu malicieux avait une espèce de surprise figée dans les yeux, comme un choc émotionnel qui était resté gravé sur son visage. Il semblait pensif, complètement ailleurs.
Fenrir regarda son père en frétillant de la queue.
- En tout cas, Daddy a encore éclairci une affaire ! Daddy est le meilleur !
- Ces corbeaux… soupira Yamino entre ses dents. Se servir des souvenirs passés des gens pour ensuite les faire sombrer dans une vision future cauchemardesque… Quelle horreur…
Le chien grogna d'un air dédaigneux.
- Tu parles ! Toi, ton cauchemar, c'était de tomber dans un magasin plein de gadgets idiots qui étaient tous en rupture de stock… Pathétique !
Peu fier de cela, le jeune homme à la queue de cheval préféra ignorer les sarcasmes de son frère et rappela que l'important était que Mayura ainsi que ses camarades de classe s'en fussent tous sortis indemnes de cette aventure.
- Dans tous les cas, je me demande encore ce qui a bien pu arriver à Mayura-san pour être encore en froid avec nous… Sa vision a peut-être été si forte émotionnellement qu'elle en a été trop secouée.
A ces mots, Loki baissa les yeux. Lui-même se posait la question. Elle avait hurlé son nom comme si sa vie en dépendait. Qu'avait-t-elle bien pu voir pour qu'il la retrouve aussi choquée et terrifiée et qu'elle…
Le garçon se mordit la lèvre alors que les regards de Yamino, Fenrir et Ecchan étaient braqués sur lui, avides de réponses.
- Loki-tama… Pourquoi semblez-vous si perturbé ? couina le shikigami en essayant de capter son regard.
Silence.
- Quand j'ai retrouvé Mayura… après avoir vaincu Hugen et Munen… elle m'a…
- Elle a… ? encouragèrent les autres, retenant leur souffle.
- … elle m'a embrassé.
Silence.
- Pardon ??
- De quoa ??
- Punyaaaan ??
Les trois se précipitèrent au bureau, une pluie de questions s'abattant sur le petit détective qui avait encore un frisson confus à cette évocation. Pourquoi l'avait-elle embrassé ? Dans quel état d'esprit était-elle ? Et lui ? Etait-ce à cause de cela qu'elle était partie ?
- Eh ben… J'aurai cru que cette fille souffrait du complexe shôtacon…
- Nii-san ! gronda Yamino. Mayura-san n'est pas ainsi !
Cela dit… Il était vrai qu'une adolescente qui embrassait un jeune garçon était assez dérangeant. Encore ébranlé par cette révélation, Yamino essaya de comprendre.
- Loki-sama… Avez-vous une idée de ce qui aurait pu pousser Mayura-san a… ?
Il secoua la tête. Tout ce qu'il savait, c'était qu'elle était morte de peur. Ses larmes en avaient témoigné. Et lui, dans quel état d'esprit s'était-il trouvé à ce moment ? Stupéfait, bien sûr… Mais ensuite, sa propre réaction l'avait surpris. Il en avait oublié son apparence de petit garçon et avait voulu répondre à cet appel du cœur. Oui, lui aussi voulait l'embrasser.
Il redressa la tête. Cet aveu lui expliquerait-il enfin ce qu'étaient les sentiments qu'il nourrissait pour Mayura ? Il n'avait jamais su s'expliquer clairement pourquoi il était resté. Pour revoir encore Mayura, oui, mais était-ce là la seule chose ?
Ce contact… même dénué de la moindre douceur, ce contact charnel avait éveillé quelque chose en lui. Tout son être en avait frémi. Oui… La prendre dans ses bras, la toucher… vraiment la toucher… Il désirait ces choses-là. Tout était clair à présent. Le dieu malicieux du feu s'était amouraché d'une humaine. Une bien étrange humaine. Mais il l'aimait.
- Mais je ne suis qu'un enfant, n'est-ce pas ?
Yamino et Fenrir eurent un sourire en entendant cela. Ils avaient compris les pensées de leur père sans rien en connaître. Mais ce regret qu'il venait d'exprimer résumait à lui seul ce que Loki voulait pour lui… et Mayura.
Loki redressa la tête quand il vit Yamino lui tendre son manteau, un sourire chaleureux sur les lèvres.
- Nous ne vous attendons pas, n'est-ce pas ?
L'enfant regarda alternativement le vêtement et son serviteur, surpris, puis il hocha la tête en empoignant la veste, direction la sortie.
Dans une chambre plongée dans le noir quasi-total et le silence, une silhouette recroquevillée sur elle-même demeurait immobile dans un coin, seule, égarée, dégoûtée.
Mayura serra encore plus contre elle ses genoux qu'elle avait rabattus, les yeux toujours écarquillés par l'horreur, des cernes sous les yeux.
- Qu… Qu'est-ce… qui m'arrive… bégaya-t-elle.
Que s'était-il passé ? Elle ne se rappelait que du corps ensanglanté de Loki dans ses bras, un flou dans la pénombre, et quand elle avait ouvert les yeux, elle était en train de…
- Non !! s'écria-t-elle en enfouissant son visage dans ses bras.
Depuis quand ? Depuis quand avait-elle été souillée pour agir ainsi ? Embrasser Loki… Mais Loki n'était qu'un enfant ! Aussi soulagée et heureuse de le voir en vie fût-elle, elle n'avait pas à réagir de la sorte ! Depuis quand des pensées aussi impures s'étaient-elles insinuées dans son esprit ?
Sale. Elle était sale. Elle se dégoûtait elle-même. Elle était devenue une si mauvaise fille…
Elle se mordit fort la lèvre, telle une punition qu'elle devait infliger à une des parties de son être qui avait fauté.
- Pourquoi… ai-je fait ça ?
Elle avait agi sans réfléchir. Ses jambes l'avaient portée toutes seules jusqu'à Loki, ses mains s'étaient emparées de ses joues sans qu'elle ne puisse rien faire… Mais… aussi impulsif fut ce geste, il ne se serait jamais produit si elle ne l'avait pas voulu, même inconsciemment.
Elle redressa la tête. Cela signifiait-il… qu'elle aimait Loki ? Qu'elle l'aimait… de cette manière que la morale réprouve ?
Une larme roula le long de sa joue. Son âme était donc devenue si perverse ? Elle, aimer d'amour un enfant de dix ans à peine ? Etait-elle devenue folle ou complètement stupide ?
- Je suis… tellement…
Mais l'évidence était là. Ce petit garçon… elle l'aimait. C'était stupide, interdit, immoral. Mais elle l'aimait.
Elle se souvint alors d'une autre chose… aussi pétrifiante que le reste. Loki… Loki…
Elle porta un doigt à ses lèvres tremblantes. Loki… avait voulu l'embrasser à son tour. Elle ferma les yeux et de grosses larmes de honte roulèrent sur ses joues. Sa tête encombrée ne comprenait plus rien. Pourquoi les choses s'étaient-elles déroulées ainsi ?
- J'ai… j'ai tout gâché…
La porte de la chambre s'ouvrit, laissant le premier rayon de lumière pénétrer la pièce depuis des heures. Misao Daidôji entra et fut frappé par l'accablante vision de sa fille effondrée.
- Mayura…
Il s'avança et s'agenouilla devant sa fille unique qu'il prit doucement par les épaules.
- Que t'arrive-t-il ? Je veux t'aider, ma chérie…
La jeune fille leva son visage filé de traînées transparentes humides.
- Je… Je suis… si… si… hoqueta-t-elle, incapable d'aller jusqu'au bout.
L'homme prit sa fille dans ses bras, frustré de ne pas connaître la cause de ses larmes. Jamais il ne l'avait vue aussi bouleversée. Il lui caressa doucement les cheveux sans rien dire. Face à une telle détresse, qu'aurait-il pu faire de toute manière ?
- Hum… Pourquoi tu n'irais pas rendre visite à ton ami détective ? Ca te…
Les pleurs redoublèrent.
- Aaaaaah ! D'accord ! D'accord ! Du calme, Mayura… Je m'inquiète tellement pour toi…
L'adolescente s'écarta de son père et s'essuya les yeux. Elle ne voulait surtout pas lui causer du souci. Et certainement pas pour cela. Cela aurait été trop humiliant et dur pour lui.
- Merci, papa… Ca ira…
- Tu en es certaine ?
Elle hocha la tête et essaya de lui sourire, ce qui lui semblait vraiment difficile.
- Hum. Ne t'inquiète pas pour cela.
L'homme se doutait bien que c'était faux, mais il ne voulait pas la brusquer. Il la sentait encore trop fragilisée et vulnérable.
- Bon… Tu es restée dans le noir depuis que tu es rentrée hier soir… Tu devrais sortir pour prendre l'air.
- Tu as raison, ça me fera du bien.
Elle se leva, les membres engourdis par l'inactivité et se dirigea vers sa penderie pour prendre de nouveaux vêtements. Misao se leva à son tour et regarda sa fille d'un air attristé. Mayura était si rarement triste, mais quand elle l'était, sa peine n'était pas une petite déprime insignifiante.
- Mayura ?
- Oui, papa ?
- Je ne sais pas ce qui te tourmente… Mais si je pouvais te conseiller, je dirais : laisse-toi porter par ce que tu penses juste. Tu ne m'as jamais déçu, Mayura. Tu as toujours été une bonne fille et je suis certain que, quoi que tu puisses te reprocher, tu en es encore une. Ecoute ton cœur.
Mayura dévisagea son père avec une amère sensation de culpabilité. « Une bonne fille », hein ? Elle était impure… « Ecouter son cœur » ? Il était complètement déréglé.
Mais c'est un sourire reconnaissant qui s'afficha.
- Merci, papa.
Elle enfila un gros pull chaud, ses bottes, ferma son manteau et quitta le temple.
Le prochain chapitre sera le dernier!
